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La Poésie de Federico García Lorca – Los Poemas de Federico García Lorca

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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

Federico García Lorca

1898 – 1936



Poèmes de Federico García Lorca
Poesía
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 LA COGIDA Y LA MUERTE
LE COUP DE CORNE ET LA MORT

A las cinco de la tarde.
Cinq heures de l’après-midi.
Eran las cinco en punto de la tarde.
Il était cinq heures cet après-midi.

Tolède les arenes Las Arenas de Toledo Artgitato 4**

ODA A SALVADOR DALI
ODE A SALVADOR DALI

Una rosa en el alto jardín que tú deseas.
Une rose dans le haut jardin que tu désires.
 Una rueda en la pura sintaxis del acero.
Une roue dans la pure syntaxe de l’acier.

Statue de Federico García Lorca Estatua Federico García Lorca Plaza Santa Ana Madrid Artgitato 3**

Sonetos del amor oscuro
Sonnets de l’amour obscur

*

El Amor duerme en el pecho del Poeta
L’Amour sommeille sur la poitrine du Poète

Tú nunca entenderás lo que te quiero
Tu ne sauras jamais comme je t’aime,
 porque duermes en mí y estás dormido.
Car tu es endormi et en moi tu sommeilles.

El Poeta dice la Verdad
Le Poète dit la Vérité

Quiero llorar mi pena y te lo digo
Je veux pleurer ma douleur et te le dire
para que tú me quieras y me llores
Afin que tu m’aimes, afin que tu pleures

*

El Poeta habla por teléphono con el Amor
Le Poète par avec l’Amour au téléphone

Tu voz regó la duna de mi pecho
Ta voix irrigue la dune de ma poitrine
en la dulce cabina de madera.
Dans la douce cabane en bois.

*

El Poeta pide a su amor que le escriba
Le poète demande à son amour de lui écrire

Amor de mis entrañas, viva muerte,
Amour de mes entrailles, vive mort,
en vano espero tu palabra escrita
J’espère un mot de toi en vain

*

El Poeta pregunta a su Amor por la ciudad encantada de Cuenca
La ville enchantée de Cuenca

¿Te gustó la ciudad que gota a gota
As-tu aimé la ville que, goutte à goutte,
labró el agua en el centro de los pinos?
Traverse l’eau au centre des pins ?

*

Llagas de Amor
Plaies d’amour

Esta luz, este fuego que devora.
Cette lumière, ce feu qui dévore.
Este paisaje gris que me rodea.
Ce paysage gris tout autour de moi.

*

Noche del amor insomne
Nuit de l’amour insomniaque

Noche arriba los dos con luna llena,
Nuit de pleine lune au-dessus de nous deux,
yo me puse a llorar y tú reías.
Je commençais à pleurer et toi, tu riais.

*

Soneto de la Dulca Queja
Sonnet de la Douce Plainte

Tengo miedo a perder la maravilla
J’ai peur de perdre l’émerveillement
de tus ojos de estatua y el acento
De tes yeux de statue et l’accent

*

Soneto de la Guirnalda de Rosas
Sonnet de la Guirlande de Roses

¡Esa guirnalda! ¡pronto! ¡que me muero!
Cette guirlande ! vite ! que je meurs !
¡Teje deprisa! ¡canta! ¡gime! ¡canta!
Fais-la vite ! chante ! gémis ! chante !

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SUITES

Suite de los espejos
Suite des miroirs

SÍMBOLO
Symbole

EL GRAN ESPEJO
Le Grand Miroir

 

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Sur Federico García Lorca

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Madrid L'Ours & L'arbousier Artgitato La estatua del oso y del madroñoMADRID

Statue Estatua de Federico García Lorca Santa Ana
费德里科·加西亚·洛尔卡的雕像
Статуя Федерико Гарсиа Лорки –

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LA TROMPETTE D’UNE PROPHETIE – POEME SHELLEY – The trumpet of a prophecy – ODE AU VENT D’OUEST V

 LITTERATURE ANGLAISE

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PERCY BYSSHE SHELLEY
4 August 1792 – 8 July 1822
4 août 1792 – 8 jullet 1822

Traduction – Translation

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

French and English text
texte bilingue français-anglais

 


LES POEMES
DE PERCY BYSSHE SHELLEY
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Shelley’s poems
POEMS
POEMES

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*

ODE TO THE WEST WIND
ODE AU VENT D’OUEST

V
The trumpet of a prophecy

LA TROMPETTE D’UNE PROPHETIE

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Make me thy lyre, even as the forest is:
Que je sois ta lyre à l’instar de la forêt
What if my leaves are falling like its own!
Même si mes feuilles doivent tomber comme les siennes !
 The tumult of thy mighty harmonies
Le tumulte de tes profondes harmonies

*

Will take from both a deep, autumnal tone,
De nous deux donnera un son profond, automnal,
Sweet though in sadness. Be thou, Spirit fierce,
Suave bien que triste. Sois, Esprit tumultueux,
My spirit! Be thou me, impetuous one!
Mon esprit ! Sois moi, ô impétueux !

*

*

Drive my dead thoughts over the universe
Dirige mes pensées mortes dans l’univers
Like wither’d leaves to quicken a new birth!
Telles ces feuilles mortes pour une renaissance !
And, by the incantation of this verse,
Et, par l’incantation de ce poème,

*

Scatter, as from an unextinguish’d hearth
Disperse, comme d’un foyer inextinguible
Ashes and sparks, my words among mankind!
Les cendres et les étincelles, mes paroles à l’humanité !
Be through my lips to unawaken’d earth
Sois à travers mes lèvres à la terre endormie

*

The trumpet of a prophecy! O Wind,
La trompette d’une prophétie ! Ô Vent,
If Winter comes, can Spring be far behind?
Si l’Hiver arrive, le Printemps peut-il être loin derrière ?

*

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ODE TO THE WEST WIND
ODE AU VENT D’OUEST
POESIE DE SHELLEY

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SHELLEY INCOMPRIS

Les deux proscrits étaient morts. Il semblait que la poésie, alors incomprise, de Shelley devait laisser aussi peu de trace dans le souvenir de ses contemporains que son frêle corps dans les flots de la Méditerranée. Il semblait au contraire que la renommée de Byron, délivrée des calomnies qu’elle avait soulevées autour d’elle et purifiée par une mort héroïque, allait rentrer triomphante en Angleterre, portée par l’admiration de toute l’Europe. Il n’en fut pas ainsi. Tandis que la voix éloquente de M. Tricoupi, célébrait la louange du poète dans cette langue sonore qui avait retenti, plus de vingt siècles auparavant, aux mêmes lieux, pour les soldats de Marathon, le nom du poète resta exilé de l’Angleterre. À peine au contraire la cendre de Shelley était-elle refroidie, qu’une nouvelle école littéraire saluait en lui son chef, et élevait sa renommée au- dessus de celle de Byron. Il ne faut point s’en étonner : il est plus facile de revenir de l’obscurité que de l’impopularité. Autant et plus que Byron, Shelley avait jeté le gant à la société anglaise ; mais il n’avait pas été discuté : il n’avait eu ni admirateurs ni détracteurs, il avait été simplement incompris et rejeté. Byron au contraire avait eu ses partisans et ses adversaires ; la voix publique était fatiguée de crier son nom. L’admiration ou le mépris de sa poésie n’avait pas la saveur de la nouveauté. Son nom appartenait à l’histoire, il ne pouvait être le drapeau d’une coterie ; il était de ceux qu’on pouvait copier désormais sans avouer ses emprunts.

Edmond de Guerle
Byron, Shelley et la Littérature anglaise, d’après les Souvenirs des derniers Jours, de E.-J. Trelawny
Revue des Deux Mondes
Deuxième période
Tome 19
1859

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POEME DE PERCY BYSSHE SHELLEY

 

 

LES EPINES DE LA VIE – POEME DE SHELLEY – ODE AU VENT D’OUEST – IV -If I were a dead leaf

LITTERATURE ANGLAISE

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PERCY BYSSHE SHELLEY
4 August 1792 – 8 July 1822
4 août 1792 – 8 jullet 1822

Traduction – Translation

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

French and English text
texte bilingue français-anglais

 


LES POEMES
DE PERCY BYSSHE SHELLEY
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Shelley’s poems
POEMS
POEMES

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*

ODE TO THE WEST WIND
ODE AU VENT D’OUEST

IV
If I were a dead leaf

LES EPINES DE LA VIE

 

****

If I were a dead leaf thou mightest bear;
Si j’étais une feuille morte que tu puisses transporter ;
If I were a swift cloud to fly with thee;
Si j’étais un véloce nuage et que je vole à tes côtés ;
A wave to pant beneath thy power, and share
Une vague palpitant sous ton pouvoir et partageant

*

The impulse of thy strength, only less free
L’impulsion de ta force, seulement moins libre
Than thou, O uncontrollable! If even
Que toi, O incoercible ! Si même
I were as in my boyhood, and could be
J’étais comme dans mon enfance et si je pouvais être

*

*

The comrade of thy wanderings over Heaven,
Le camarade de tes errances dans le Ciel,
As then, when to outstrip thy skiey speed
Quand surpasser ta célérité
Scarce seem’d a vision; I would ne’er have striven
Semblait à peine un songe, je n’aurais jamais tenté

*

As thus with thee in prayer in my sore need.
De m’immiscer avec toi dans ma douloureuse prière.
Oh, lift me as a wave, a leaf, a cloud!
O souleve-moi comme une vague, une feuille, un nuage !
Je saigne!I fall upon the thorns of life! I bleed!
Je tombe sur les épines de la vie ! Je saigne !

*

 A heavy weight of hours has chain’d and bow’d
La lourde fardeau des heures a enchaîné et ployé
One too like thee: tameless, and swift, and proud.
Un être qui te ressemble : libre, rapide et fier.

*

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ODE TO THE WEST WIND
ODE AU VENT D’OUEST
POESIE DE SHELLEY

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SHELLEY INCOMPRIS

Les deux proscrits étaient morts. Il semblait que la poésie, alors incomprise, de Shelley devait laisser aussi peu de trace dans le souvenir de ses contemporains que son frêle corps dans les flots de la Méditerranée. Il semblait au contraire que la renommée de Byron, délivrée des calomnies qu’elle avait soulevées autour d’elle et purifiée par une mort héroïque, allait rentrer triomphante en Angleterre, portée par l’admiration de toute l’Europe. Il n’en fut pas ainsi. Tandis que la voix éloquente de M. Tricoupi, célébrait la louange du poète dans cette langue sonore qui avait retenti, plus de vingt siècles auparavant, aux mêmes lieux, pour les soldats de Marathon, le nom du poète resta exilé de l’Angleterre. À peine au contraire la cendre de Shelley était-elle refroidie, qu’une nouvelle école littéraire saluait en lui son chef, et élevait sa renommée au- dessus de celle de Byron. Il ne faut point s’en étonner : il est plus facile de revenir de l’obscurité que de l’impopularité. Autant et plus que Byron, Shelley avait jeté le gant à la société anglaise ; mais il n’avait pas été discuté : il n’avait eu ni admirateurs ni détracteurs, il avait été simplement incompris et rejeté. Byron au contraire avait eu ses partisans et ses adversaires ; la voix publique était fatiguée de crier son nom. L’admiration ou le mépris de sa poésie n’avait pas la saveur de la nouveauté. Son nom appartenait à l’histoire, il ne pouvait être le drapeau d’une coterie ; il était de ceux qu’on pouvait copier désormais sans avouer ses emprunts.

Edmond de Guerle
Byron, Shelley et la Littérature anglaise, d’après les Souvenirs des derniers Jours, de E.-J. Trelawny
Revue des Deux Mondes
Deuxième période
Tome 19
1859

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POEME DE PERCY BYSSHE SHELLEY

PERCY BYSSHE SHELLEY – ODE AU VENT D’OUEST – III – ODE TO THE WEST WIND

LITTERATURE ANGLAISE

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PERCY BYSSHE SHELLEY
4 August 1792 – 8 July 1822
4 août 1792 – 8 jullet 1822

Traduction – Translation

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

French and English text
texte bilingue français-anglais

 


LES POEMES
DE PERCY BYSSHE SHELLEY
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Shelley’s poems
POEMS
POEMES

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ODE TO THE WEST WIND
ODE AU VENT D’OUEST

III
Thou  who didst waken from his summer dreams

LES IMPASSIBLES ONDES DES COURANTS CRISTALLINS

****

 

Thou who didst waken from his summer dreams
Toi qui as réveillé de ses rêves estivaux
 
The blue Mediterranean, where he lay,
La Méditerranée indigo, allongée
Lulled by the coil of his crystalline streams,
Dans les impassibles ondes de ses courants cristallins,

*

Beside a pumice isle in Baiæ’s bay,
A côté d’une île volcanique à Naples dans la baie de Baïes,
And saw in sleep old palaces and towers
Qui a vu dans le sommeil de vénérables palais et citadelles
Quivering within the wave’s intenser day,
Tremblant dans la lueur plus intense de la vague,

*

*

All overgrown with azure moss and flowers
Tout envahis de mousses et de fleurs azurées
  So sweet, the sense faints picturing them! Thou
Si douces que les sens ne peuvent les peindre ! Toi,
  For whose path the Atlantic’s level powers
Par le passage duquel s’offrent les puissances de l’Atlantique

*

Cleave themselves into chasms, while far below
S’ouvrent les abysses, s’ouvrent au-dessous
  The sea-blooms and the oozy woods which wear
Les floraisons marines et les bosquets aquatiques
  The sapless foliage of the ocean, know
Le feuillage sans sève de l’océan, reconnaissent

*

Thy voice, and suddenly grow grey with fear,
Ta voix, et soudainement gris de peur,
And tremble and despoil themselves: O, hear!
Frissonnent et se dénudent : O, écoute !

*

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ODE TO THE WEST WIND
ODE AU VENT D’OUEST
POESIE DE SHELLEY

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SHELLEY INCOMPRIS

Les deux proscrits étaient morts. Il semblait que la poésie, alors incomprise, de Shelley devait laisser aussi peu de trace dans le souvenir de ses contemporains que son frêle corps dans les flots de la Méditerranée. Il semblait au contraire que la renommée de Byron, délivrée des calomnies qu’elle avait soulevées autour d’elle et purifiée par une mort héroïque, allait rentrer triomphante en Angleterre, portée par l’admiration de toute l’Europe. Il n’en fut pas ainsi. Tandis que la voix éloquente de M. Tricoupi, célébrait la louange du poète dans cette langue sonore qui avait retenti, plus de vingt siècles auparavant, aux mêmes lieux, pour les soldats de Marathon, le nom du poète resta exilé de l’Angleterre. À peine au contraire la cendre de Shelley était-elle refroidie, qu’une nouvelle école littéraire saluait en lui son chef, et élevait sa renommée au- dessus de celle de Byron. Il ne faut point s’en étonner : il est plus facile de revenir de l’obscurité que de l’impopularité. Autant et plus que Byron, Shelley avait jeté le gant à la société anglaise ; mais il n’avait pas été discuté : il n’avait eu ni admirateurs ni détracteurs, il avait été simplement incompris et rejeté. Byron au contraire avait eu ses partisans et ses adversaires ; la voix publique était fatiguée de crier son nom. L’admiration ou le mépris de sa poésie n’avait pas la saveur de la nouveauté. Son nom appartenait à l’histoire, il ne pouvait être le drapeau d’une coterie ; il était de ceux qu’on pouvait copier désormais sans avouer ses emprunts.

Edmond de Guerle
Byron, Shelley et la Littérature anglaise, d’après les Souvenirs des derniers Jours, de E.-J. Trelawny
Revue des Deux Mondes
Deuxième période
Tome 19
1859

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POEME DE PERCY BYSSHE SHELLEY

POEMES DE SHELLEY – SHELLEY’S POEMS

LITTERATURE ANGLAISE

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PERCY BYSSHE SHELLEY
4 August 1792 – 8 July 1822
4 août 1792 – 8 jullet 1822

 

 

Traduction – Translation

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

French and English text
texte bilingue français-anglais

 


LES POEMES
DE PERCY BYSSHE SHELLEY
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Shelley’s poems
POEMS
POEMES

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ODE TO THE WEST WIND
ODE AU VENT D’OUEST

I
O, wild West Wind, thou breath of Autumn’s being
Insoumis Vent d’Ouest

O, wild West Wind, thou breath of Autumn’s being,
O, insoumis Vent d’Ouest, souffle de l’être de l’Automne,
 
Thou, from whose unseen presence the leaves dead
Toi, présence invisible dispersant les feuilles mortes

*
II
Thou on whose Stream
Les Branches entremêlées du Ciel et de la Terre

Thou on whose stream, ‘mid the steep sky’s commotion,
 Toi dont le courant, dans les hauteurs du ciel agité,
Loose clouds like earth’s decaying leaves are shed,
 Se joue des nuages comme des feuilles pourries gisant sur la terre,

*
III
Thou who didst waken from his summer dreams
Les Impassibles ondes des courants cristallins

Thou who didst waken from his summer dreams
Toi qui as réveillé de ses rêves estivaux
  
The blue Mediterranean, where he lay,
La Méditerranée indigo, allongée

*
IV
If I were a dead leaf
Les épines de la vie

If I were a dead leaf thou mightest bear;
Si j’étais une feuille morte que tu puisses transporter ;
If I were a swift cloud to fly with thee;
Si j’étais un véloce nuage et que je vole à tes côtés ;

*
V
The trumpet of a prophecy
La Trompette d’une prophétie

Make me thy lyre, even as the forest is:
Que je sois ta lyre à l’instar de la forêt :
What if my leaves are falling like its own!
Même si mes feuilles doivent tomber comme les siennes !

 

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POESIE DE SHELLEY

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SHELLEY UNE ANOMALIE INTELLECTUELLE

Shelley est encore un proscrit de la société anglaise, si l’on peut appeler proscrit un homme dont le cœur et l’esprit semblaient n’avoir pas de patrie. Shelley est une véritable anomalie intellectuelle, un phénomène aussi curieux de l’infatuation de l’esprit que l’est Byron de l’infatuation du cœur. À voir ce visage enfantin et rougissant comme celui d’une jeune fille, ces grands yeux limpides et rêveurs, ce corps frêle enfermé dans une veste noire trop étroite, il n’était point aisé de reconnaître au premier abord l’homme en guerre ouverte avec toute la société et avec toutes les idées de l’Angleterre. Cette nature si délicate en apparence, si vigoureuse en réalité, allait exercer cependant sur la nature plus souple de Byron une influence puissante, qui devait aussi plus tard dominer la poésie contemporaine de l’Angleterre.
Né en 1792, quatre ans après Byron, Shelley n’avait pas eu de jeunesse. Il vécut et mourut isolé. Comme tous les esprits absolus, il commença par repousser avant de dominer. Il appartenait à une famille ancienne et considérée, et devait être un jour baronet d’Angleterre. On le mit au collège d’Eton ; mais la liberté presque excessive des écoles anglaises était encore une contrainte pour cette âme aventureuse. Au lieu de suivre les cours, il travaillait solitairement, ne frayait point avec ses camarades, dont il était détesté, et s’enfermait des journées entières dans un laboratoire de chimie, où il faillit un jour sauter avec tous ses appareils. Il passa de l’enfance à la jeunesse, d’Eton à Oxford, sans assouplirent aucune façon cette humeur indépendante. Il avait seize ans quand il publia le livre qu’il avait intitulé modestement la Nécessité de l’athéisme. Ce fut un scandale inouï dans la docte université. Sans se laisser troubler par l’orage qui gronde sur sa tête, Shelley adresse poliment son ouvrage à tous les évêques d’Angleterre, et quand il est appelé pour être censuré auprès des chefs de University Collège, il leur propose tranquillement d’argumenter contre eux en faveur de sa thèse. On ne pouvait guère espérer de ramener un esprit de cette trempe. L’exclusion fut prononcée, et de ce jour commença pour Shelley une vie errante qui ne devait se terminer qu’avec la mort. On se demande avec un étonnement douloureux quelles sont les bornes de la présomption humaine, si un écolier de seize ans peut se figurer de bonne foi qu’il a résolu à lui seul le problème de notre destinée. La même audace réfléchie l’entraîna bientôt dans les liens d’un mariage inégal, à la suite duquel il fut renié par tous les siens et déshérité par son père. Puis le scandale vint s’ajouter au scandale. Une union si imprudente (les époux avaient à eux deux trente-deux ans) devait avoir les conséquences les plus malheureuses. Shelley se sépara violemment de sa femme, qui mourut plus tard de douleur dans son abandon. Cette âme errante ne pouvait cependant rester sans attache ici-bas. Un nouveau mariage l’unit à miss Mary Wolstoncraft Godwin, fille d’un père et d’une mère également célèbres dans la littérature de leur pays. Il fallut cependant de pressantes sollicitations pour l’engager à donner à cette union une consécration civile et religieuse. Avec bien d’autres idées excentriques, Shelley avait devancé l’auteur de Jacques dans ses libres opinions sur le mariage. Il erra longtemps de lieu en lieu, fort gêné dans ses moyens d’existence. Il alla se jeter au milieu de l’insurrection irlandaise pour pacifier les partis, qu’il haranguait éloquemment dans des discours et des brochures, se replaçant ainsi sur le terrain naturel du génie anglais, la politique.
Comment s’amalgamèrent dans un pareil esprit les éléments nécessaires de toute poésie, c’est ce qu’il est difficile de comprendre. Certes, s’il suffisait de vastes conceptions pour ouvrir les ailes de la poésie, jamais sujets plus grands que ceux auxquels s’attaqua Shelley ne tentèrent le génie d’un poète. Sans parler de la Révolte d’Islam, où le poète athée développait par une heureuse contradiction le dogme de la perfectibilité humaine, un autre poème, la Reine Mab, embrassait dans une fantaisie aérienne toutes les questions qui intéressent la destinée, humaine, et le char brillant de la reine des fées poursuivait son voyage fantastique en traînant péniblement de lourdes citations empruntées à d’Holbach et à La Mettrie. Prométhée déchaîné ne semblait-il pas l’inspiration naturelle de ce génie révolté, parcelle d’esprit divin égarée dans un corps ? Mais la philosophie n’est point la poésie. La poésie, c’est l’homme tout entier dans l’infinie variété de ses sentiments et de ses affections. Quiconque en cherche le principe dans l’abstraction risquera fort de n’être ni philosophe ni poète. Toute la philosophie d’Hamlet, toute sa folie est née d’une passion : elle est humaine, et c’est pour cela qu’elle nous émeut. Shelley était poète cependant, il l’était trop peut-être, car les images s’entassent et se pressent dans la trame de ses vers, au point d’intercepter l’air et la lumière. Chaque mot y semble ciselé à part, poli comme la pierre dure d’une marqueterie, tant il a sa valeur, sa force et sa couleur propres. La poésie de Shelley ressemble à ces idoles orientales, ensevelies sous les diamants : elle frappe et n’émeut pas ; elle reste dans le souvenir comme une vision brillante, mais fantastique, qui s’évanouit au réveil.
Les plus difficiles parmi les critiques anglais font pourtant grâce à la tragédie des Cenci, dans laquelle Shelley essaya de faire vibrer des cordes plus humaines. Et cependant les Cenci sont une tragédie d’enfant écrite avec la plume d’un homme. Le vêtement brillant dont il l’a revêtue ne peut dissimuler la nudité des sentiments. Les méchants y grincent des dents comme le démon dans les contes de nourrice, ou bien ils font des plaisanteries qui font dresser les cheveux sur la tête, de sorte que les bons ne peuvent que pousser des exclamations d’horreur fort justifiées par le tissu d’abominations qui se déroule sous leurs yeux. Béatrice Cenci, toute pure et vaillante qu’elle est, n’a point et ne peut avoir de paroles pour exprimer la honte de sa flétrissure, elle ne trouve son éloquence que devant ses bourreaux. Où sont ces contrastes d’horreur et de poésie, ces élans de la conscience bourrelée de remords, ces alternatives de bons et de mauvais instincts qui nous émeuvent jusque sur les forfaits de Macbeth ? Pour peindre la nature humaine, il faut sentir comme tous les hommes et les observer. Shelley avait l’âme aussi solitaire que l’esprit ; son imagination était naturellement fantastique, non pas de cette fantaisie brillante qui n’est que l’exubérance de la vie, de cette fantaisie de Shakespeare que Coleridge a comparée au sifflement d’une badine agitée dans l’air par un joyeux et vigoureux garçon un beau matin de printemps, mais de cette fantaisie qui naît et s’éteint dans le vide, et ne s’aventure que dans les régions inexplorées. L’intelligence nette et sensée de l’Angleterre a mis longtemps à comprendre Shelley, et tel l’imite aujourd’hui qui aurait peut-être de la peine à l’expliquer.
Tel est l’étrange talent dont l’influence développa tout un côté nouveau dans le génie de Byron. Byron n’admirait cependant de tous les vers de Shelley qu’un fragment terne et insignifiant ; mais il subit la domination de son esprit. Un grand charme l’attira d’abord vers Shelley. Shelley avait pour lui la plus précieuse des qualités sociales, une absence complète de préoccupation personnelle. Il n’y avait rien à graver sur le marbre lisse et poli de son âme. Byron se laissa prendre tout doucement à cette facile bonhomie. M. Trelawny n’hésite point à déclarer que Shelley était le plus aimant et le plus sensible des hommes ; mais j’ai peine à croire à une sensibilité sur laquelle la douleur vient s’émousser sans laisser ni trace ni blessure. Renié par les siens, banni de son pays, Shelley n’avait point l’ombre d’amertume contre personne. C’est qu’en réalité il n’était guère plus occupé des autres que de lui-même. C’était un pur esprit égaré dans un corps. Il faisait mieux que mépriser la guenille que son esprit avait revêtue ici-bas, il n’y pensait pas. Il était un parfait modèle de l’ataraxie stoïcienne. Un pareil caractère était et devait être d’une parfaite égalité. Comme on l’a dit de Napoléon,
Sans haine et sans amour, il vivait pour penser….

Edmond de Guerle
Byron, Shelley et la Littérature anglaise, d’après les Souvenirs des derniers Jours, de E.-J. Trelawny
Revue des Deux Mondes
Deuxième période
Tome 19
1859

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SHELLEY’S POEM : ODE AU VENT D’OUEST – II – ODE TO THE WEST WIND – Thou on whose stream

LITTERATURE ANGLAISE

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PERCY BYSSHE SHELLEY
4 August 1792 – 8 July 1822
4 août 1792 – 8 jullet 1822

Traduction – Translation

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

French and English text
texte bilingue français-anglais

 


LES POEMES
DE PERCY BYSSHE SHELLEY
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Shelley’s poems
POEMS
POEMES

*******
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ODE TO THE WEST WIND
ODE AU VENT D’OUEST

II
Thou on whose stream

LES BRANCHES ENTREMÊLEES DU CIEL ET DE L’OCEAN

****

 Thou on whose stream, ‘mid the steep sky’s commotion,
Toi dont le courant, dans les hauteurs du ciel agité,
Loose clouds like earth’s decaying leaves are shed,
Se joue des nuages comme des feuilles pourries gisant sur la terre,
  Shook from the tangled boughs of Heaven and Ocean,
Sur les branches entremêlées du Ciel et de l’Océan,

*

 Angels of rain and lightning: there are spread
Anges de pluie et de foudre : tu inondes
  On the blue surface of thine airy surge,
A la surface bleue de ta vague aérienne,
  Like the bright hair uplifted from the head
Comme de brillants cheveux ondulant sur la tête

 *

*

 Of some fierce Mænad, even from the dim verge
De quelque féroce Ménade, posée sur la ligne
Of the horizon to the zenith’s height,
De l’horizon à la hauteur du zénith,
The locks of the approaching storm. Thou dirge
Les boucles de l’orage qui approche. Toi, chant

*

 Of the dying year, to which this closing night
De l’année finissante, sur laquelle la nuit de referme,
  Will be the dome of a vast sepulchre,
Dôme d’un vaste sépulcre
Vaulted with all thy congregated might
Voûté de toutes tes forces rassemblées

*

 Of vapours, from whose solid atmosphere
De vapeurs, dont l’atmosphère solide
Black rain, and fire, and hail will burst: O, hear!
En pluie noire, en feu, et en grêle explosera :   O, écoute !

*

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ODE TO THE WEST WIND
ODE AU VENT D’OUEST
POESIE DE SHELLEY

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SHELLEY INCOMPRIS

Les deux proscrits étaient morts. Il semblait que la poésie, alors incomprise, de Shelley devait laisser aussi peu de trace dans le souvenir de ses contemporains que son frêle corps dans les flots de la Méditerranée. Il semblait au contraire que la renommée de Byron, délivrée des calomnies qu’elle avait soulevées autour d’elle et purifiée par une mort héroïque, allait rentrer triomphante en Angleterre, portée par l’admiration de toute l’Europe. Il n’en fut pas ainsi. Tandis que la voix éloquente de M. Tricoupi, célébrait la louange du poète dans cette langue sonore qui avait retenti, plus de vingt siècles auparavant, aux mêmes lieux, pour les soldats de Marathon, le nom du poète resta exilé de l’Angleterre. À peine au contraire la cendre de Shelley était-elle refroidie, qu’une nouvelle école littéraire saluait en lui son chef, et élevait sa renommée au- dessus de celle de Byron. Il ne faut point s’en étonner : il est plus facile de revenir de l’obscurité que de l’impopularité. Autant et plus que Byron, Shelley avait jeté le gant à la société anglaise ; mais il n’avait pas été discuté : il n’avait eu ni admirateurs ni détracteurs, il avait été simplement incompris et rejeté. Byron au contraire avait eu ses partisans et ses adversaires ; la voix publique était fatiguée de crier son nom. L’admiration ou le mépris de sa poésie n’avait pas la saveur de la nouveauté. Son nom appartenait à l’histoire, il ne pouvait être le drapeau d’une coterie ; il était de ceux qu’on pouvait copier désormais sans avouer ses emprunts.

Edmond de Guerle
Byron, Shelley et la Littérature anglaise, d’après les Souvenirs des derniers Jours, de E.-J. Trelawny
Revue des Deux Mondes
Deuxième période
Tome 19
1859

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POEME DE SHELLEY

LA POESIE DE SIR THOMAS WYATT – SIR THOMAS WYATT’S POEMS

LITTERATURE ANGLAISE

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SIR THOMAS WYATT
1503 – 11 octobre 1542
1503 – 11 October 1542

 

Traduction – Translation

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

French and English text
texte bilingue français-anglais

 


LES POEMES
DE THOMAS WYATT

Thomas Wyatt’s poems

MADAM, WITHOUTEN MANY WORDS
SANS DE TROP LONGS DISCOURS

AND WILT THOU LEAVE ME THUS ?
ME QUITTERAS-TU AINSI ?
**
WHOSO LIST TO HUNT
POUR QUI VEUT CHASSER
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VIE DE THOMAS WYATT

Poète anglais, né en 1503 dans le comté de Kent, m. en 1541, fut très-aimé de Henri VIII, puis tomba dans la disgrâce et fut mis à la Tour de Londres ; il rentra enfin en faveur auprès du roi qui avait reconnu son innocence et fut nommé ambassadeur en Espagne, mais il mourut au moment de s’embarquer. Ses poésies consistent en odes, sonnets, ballades, satires, etc. Ce poëte a donné plus de souplesse et d’harmonie à la langue anglaise, mais ses poésies pèchent par affectation et obscurité. Elles ont été publiées avec celles de Surrey en 1557 et 1812, et à part en 1855, par R. Bell. – Son fils, nommé aussi Thomas Wyatt, zélé protestant, joua un des premiers rôles dans le complot de Suffolk contre la reine Marie, et se vit un instant à la tête de 15 000 hommes ; mais, abandonné des siens, il fut pris et périt de la main du bourreau (1554).

Dictionnaire universel d’histoire
et de géographie Bouillet Chassang
Lettre W
1878

 

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SIR THOMAS WYATT

POEMES DE JAMES SHIRLEY – JAMES SHIRLEY’S POEMS

LITTERATURE ANGLAISE

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JAMES SHIRLEY
Londres, septembre 1596 – Londres, octobre 1666

Traduction – Translation

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

French and English text
texte bilingue français-anglais


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LES POEMES
DE JAMES SHIRLEY

James Shirley’s poems

 

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The Contention of Ajax and Ulysses
La discorde d’Ajax et d’Ulysse
1659
The glories of our blood and state
Les Gloires de notre sang et de notre état

***

The glories of our blood and state
Les gloires de notre sang et de notre état
Are shadows, not substantial things;
Sont des ombres, des choses non substantielles;

 


TO A LADY UPON A LOOKING-GLASS SENT
LE MIROIR

When this crystal shall present
Quand ce miroir présentera
Your beauty to your eye,
Votre beauté à vos yeux,




 

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LE DERNIER DRAMATURGE DE LA GRANDE EPOQUE

par Émile Montégut

Un autre de ses-protégés fut James Shirley, le dernier dramaturge de la grande époque et l’auteur à la mode des divertissements de la cour sous Charles Ier. Shirley avait dédié à Newcastle un de ses meilleurs drames, le Traître, dont le sujet, par parenthèse, est le même que celui du Lorenzaccio, d’Alfred de Musset, et la petite préface par laquelle il lui adressa son drame indique, à ne pas s’y tromper, que la générosité du grand seigneur avait de beaucoup précédé la dédicace. Anthony Wood, cité par M. Edmond Gosse, dans une substantielle préface dont il a l’ait précéder un choix récemment publié des œuvres de Shirley, nous apprend que cette générosité avait été assez loin pour que Shirley, qui était d’ailleurs ardent royaliste, crût devoir s’enrôler dans l’armée de son patron. Il fit donc sous Newcastle les premières campagnes de la guerre civile, et le suivit après Marston-Moor sur le continent, d’où il revint furtivement en Angleterre quelques années après, lorsqu’il fut évident que la cause du roi était définitivement perdue.
Shirley n’était pas le seul poète dramatique que Newcastle eût enrôlé dans son armée. Dans la liste donnée par la duchesse des officiers composant l’état-major de son mari, je relève le nom de son lieutenant général d’artillerie, sir William Davenant, le poète lauréat de l’époque.

Émile Montégut
Curiosités historiques et littéraires
La Duchesse et le Duc de Newcastle
Revue des Deux Mondes
Troisième période, tome 100
1890

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JAMES SHIRLEY

FERNANDO PESSOA : LETTRE A LA REVUE CONTEMPORÂNEA (1922) Carta dirigida à revista Contemporânea

 O Carta dirigida à revista Contemporânea
Lettre à la Revue Contemporânea
Octobre 1922
17 Outubro 1922

Poème de Fernando Pessoa





Traduction – Texte Bilingue
tradução – texto bilíngüe

Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE PORTUGAISE
POESIE PORTUGAISE

Literatura Português

FERNANDO PESSOA
1888-1935
Fernando Pesso Literatura Português Poesia e Prosa Poésie et Prose Artgitato

 





Prosa de Fernando Pessoa




Carta dirigida à revista Contemporânea
LETTRE A LA REVUE CONTEMPORÂNEA
17 Outubro 1922
17 octobre 1922

*****

Contemporânea -nº1 – Maio de 1922 – Sumário
Le sommaire du premier n° de Contemporânea de mai 1922
Capa do nº1 da Revista Orpheu, 1915
Couverture du premier n° de la Revue Orpheu de 1915




Álvaro de Campos***

Meu querido José Pacheco:
Mon cher José Pacheko*,

Venho escrever-lhe para o felicitar pela sua «Contemporânea» para lhe dizer que não tenho escrito nada e para por alguns embargos ao artigo do Fernando Pessoa.
Je vous écris ici pour vous féliciter de votre « Contemporânea », pour vous dire que je ne l’ai pas écrit et pour revenir sur l’article de Fernando Pessoa.

Quereria mandar-lhe também colaboração.
Je voulais aussi vous envoyer une collaboration.
Mas, como lhe disse, não escrevo.
Mais, comme je vous l’ai dit, je n’écris pas.
Fui em tempos poeta decadente;
J’étais à l’époque poète décadent ;
hoje creio que estou decadente, e já o não sou.
aujourd’hui, je crois que je suis en décadence, et donc que je ne suis pas décadent.





Isto de mim, que é quem mais próximo está de mim, apesar de tudo.
Voilà pour ce qui est de moi, ce qui cependant reste donc le plus proche de moi.
De si e de sua revista, tenho saudades do nosso «Orpheu» !
Quant à votre magazine, je regrette notre « Orpheu »! 

V. continua sub-repticiamente, e ainda bem .
Vous le continuez subrepticement, et c’est bien ainsi.
Estamos, afinal, todos no mesmo lugar.
Nous sommes, après tout, tous au même endroit.
Parece que variamos só com a oscilação de quem se equilibra.
C’est comme si nous ne changions uniquement que par oscillation autour d’un point d’équilibre.
Repito-lhe que o felicito.
Je vous répète que je tiens à vous féliciter.
Julgava difícil fazer tanto bem aos olhos em Portugal com uma coisa impressa.
Je pensais qu’il était difficile de faire beaucoup de bien aux yeux au Portugal avec une chose imprimée.
Julgo bom que julgasse mal.
Je pense avoir eu un mauvais jugement.
Auguro à «Contemporânea» o futuro que lhe desejo.
Je souhaite au « Contemporânea » l’avenir que vous désirez.

 Fernando Pessoa et Costa Brochado
Café Martinho da Arcada
6 juin 1914

*

Agora o artigo do Fernando.
Maintenant, abordons l’article de Fernando.
Com o intervalo entre a primeira palavra desta carta e a primeira palavra deste parágrafo, já quase me não lembra o que é que lhe queria dizer do artigo.
Dans l’intervalle entre le premier mot de cette lettre et le premier mot de ce paragraphe, je ne me souviens presque plus de ce que je voulez vous dire sur l’article.
Talvez pensasse em dizer exactamente o que vou escrever a seguir.
Peut-être que je pensais dire exactement ce que je vais écrire, ce qui va suivre.
Enfim, prometi, e digo o que sinto agora, e segundo os nervos deste momento.
Quoi qu’il en soit, je l’ai promis, je vous dis ce que je ressens maintenant, et selon mes nerfs en ce moment précis.

Continua o Fernando Pessoa com aquela mania, que tantas vezes lhe censurei, de julgar que as coisas se provam.
Fernando Pessoa continue avec cette manie, qui j’ai si souvent condamné, de penser que les choses peuvent toujours se prouver.
Nada se prova senão para ter a hipocrisia de não afirmar.
Rien ne se prouve, seulement car il y a une hypocrisie de ne pas affirmer une chose.




O raciocínio é uma timidez — duas timidezes talvez, sendo a segunda a de ter vergonha de estar calado.
Le raisonnement est une timidité – deux timidités peut-être, la seconde consiste à avoir honte de se taire.







Ideal estético, meu querido José Pacheco, ideal estético!
L’idéal esthétique, mon cher José Pacheko, l’idéal esthétique !
Onde foi essa frase buscar sentido?
D’où vient cette phrase en quête de sens ?
E o que encontrou lá quando o descobriu?
Et en la découvrant, qu’a-t-elle trouvé ?
Não há ideias nem estéticas senão nas ilusões que nós fazemos deles.
Il n’y a pas d’idées ou d’esthétiques, il y a seulement les illusions que nous en faisons.
O ideal é um mito da acção, um estimulante como o ópio ou a cocaína:
L’idéal est un mythe de l’action, un stimulant, comme l’opium ou la cocaïne :
serve para sermos outros, mas paga-se caro — com o nem sermos quem poderíamos ter sido.
il nous sert à devenir autres, mais à quel coût ? – il ne nous sert nullement à ce que nous aurions pu être.

Estética, José Pacheco?
L’esthétique, José Pacheko?




Não há beleza, como não há moral, como não há fórmulas senão para definir compostos.
Il n’y a pas de beauté, comme il n’y a pas de morale, comme il n’y a pas de formules, sinon pour définir des composés.
Na tragédia físico-química a que se chama a Vida, essas coisas são como chamas — simples sinais de combustão.
Dans la tragédie de la physico-chimique que l’on appelle la Vie, ces choses sont comme des flammes – de simples signaux de combustion.

A beleza começou por ser uma explicação que a sexualidade deu a si-própria de preferências provavelmente de origem magnética.




La beauté a commencé comme une explication que la sexualité s’est appropriée de préférences d’une origine probablement magnétique.
Tudo é um jogo de forças, e na obra da arte não temos que procurar «beleza» ou coisa que possa andar no gozo desse nome.
Tout est un jeu de forces, et dans l’œuvre d’art que nous ne devons pas chercher la « beauté » ou autre chose qui lui déroberait ce nom.
Em toda a obra humana, ou não humana, procuramos só duas coisas, força e equilíbrio de força — energia e harmonia, se V. quiser.
En toute œuvre humaine, ou non, nous recherchons seulement deux choses : la force et l’équilibre des forces – l’énergie et l’harmonie, si vous voulez.

Perante qualquer obra de qualquer arte — desde a de guardar porcos à de construir sinfonias — pergunto só: 
Devant toute œuvre de tout art – pour élever des porcs ou pour façonner des symphonies – une seule question qui vaille :
quanta força?
quelle force ?
quanta mais força?
combien de force supplémentaire ?
quanta violência de tendência?
combien de violence de tendance ?
quanta violência reflexa de tendência, violência de tendência sobre si própria, força da força em não se desviar da sua direcção, que é um elemento da sua força?
combien de violence réflexe de tendance, de violence de tendance sur elle-même, de force de la force pour ne pas dévier de sa direction, qui est un élément de sa force ?

O resto é o mito das Danaides, ou outro qualquer mito — porque todo o mito é o das Danaides, e todo o pensamento (diga-o ao Fernando) enche eternamente um tonel eternamente vazio.
Le reste, c’est le mythe des Danaïdes, ou tout autre mythe – parce que tout mythe est celui des Danaïdes, et toute pensée (il faut le dire à Fernando) remplit un tonneau éternellement vide.




Li o livro do Botto e gosto dele.
J’ai lu le livre de Botto**** et je l’ai trouvé à mon goût.
Gosto dele porque a arte do Botto é o contrário da minha.
Car l’art de Botto est diamétralement opposé au mien.
Se eu gostasse só da minha arte, nem da minha arte gostava, porque vario.
Si je n’aimais seulement que mon art, je ne l’aimerais finalement pas car je ne cesse de changer.

*

António Botto
La photo de son passeport en 1940




*

E, à parte gostar, porque gosto?
Je l’aime, mais pourquoi donc ?
É sempre mau perguntar, porque pode haver resposta.
C’est toujours mal de questionner, car il peut y avoir une réponse.
Mas pergunto — porque gosto?
Mais je me questionne : pourquoi cet attrait ?
Há força, há equilíbrio de força, nas «Canções»?
Est-ce parce qu’il y a de la force ? Y a-t-il un équilibre de force dans ses « Canções» ?

Louvo nas «Canções» a força que lhes encontro.
Je suis heureux de trouver dans les « Canções» cette force.
Essa força não vejo que tenha que ver com ideais nem com estéticas.
Je ne vois pas en quoi cette force tienne des idéaux, ni des esthétiques.
Tem que ver com imoralidade.
Elle a à voir avec l’immoralité.
É a imoralidade absoluta, despida de dúvidas.
Elle est absolument immorale, dépourvue de doutes.
Assim há direcção absoluta — força portanto;
Par conséquent, elle a une direction absolue – donc une force ;
e há harmonia em não admitir condições a essa imoralidade.
et il y a harmonie si on n’admet pas de conditions à cette immoralité.
O Botto tende com uma energia tenaz para todo o imoral;
Botto tend avec une énergie tenace vers tout ce qui est immoral ;




e tem a harmonia de não tender para mais coisa alguma.
et il obtient l’harmonie car il ne tend vers rien d’autre.
Acho inútil meter os gregos no caso;
Je pense qu’il n’est pas utile de se référer aux Grecs ;
grego se veria o Fernando com eles se eles lhe aparecessem a pedir-lhe contas do sarilho de estéticas em que os meteu.
Fernando se verrait bien dans la gêne si les Grecs apparaissaient et s’ils le questionnaient sur ces imbroglios esthétiques.
Os gregos eram lá estetas!
Les Grecs étaient des esthètes !
Os gregos existiram.
Les Grecs vivaient, eux.




A arte do Botto é integralmente imoral.
L’art de Botto est tout à fait immoral.
Não há célula nela que esteja decente.
Aucune cellule en lui n’est décente.
E isso é uma força porque é uma não hipocrisia, uma não complicação.
Et c’est une force car c’est une non-hypocrisie, une non-complication.
Wilde tergiversava constantemente.
Wilde tergiversait constamment.
Baudelaire formulou uma tese moral da imoralidade;
Baudelaire a formulé une thèse morale de l’immoralité ;
disse que o mau era bom por ser mau, e assim lhe chamou bom.
Il a dit que le mauvais était bon car mauvais, et il a nommé cela le bien.
O Botto é mais forte:
Botto est plus fort :
dá à sua imoralidade razões puramente imorais, porque não lhe dá nenhumas.
il donne à son immoralité des raisons purement immorales, parce qu’il n’en donne aucune.

O Botto tem isto de forte e de firme:
Botto a cette force et cette fermeté :
 é que não dá desculpas.
il ne fait pas d’excuses.
E eu acho, e deverei talvez sempre achar, que não dar desculpas é melhor que ter razão.
Et je pense, et peut-être le penserai-je toujours, que de ne pas faire d’excuses est préférable à avoir raison.

Não lhe digo mais.
Je ne vous en dis pas plus.
Se continuasse, contradizer-me-ia.
A continuer, j’en viendrais à me contredire.
Seria abominável, porque talvez fosse uma maneira (a inversa) de ser lógico.
Ce serait abominable, ce pourrait être un moyen (inverse) d’être logique.
Quem sabe?
Qui sait ?

Relembro saudosamente — aqui do Norte improfícuo — os nossos tempos do «Orpheu», a antiga camaradagem, tudo em Lisboa de que eu gostava, e tudo em Lisboa de que eu não gostava — tudo com a mesma saudade.
Je regarde en arrière avec nostalgie – ici de ce Nord inutile – notre époque de l’« Orpheu », l’ancien esprit de camaraderie, tout ce qu’à Lisbonne j’aimais, et tout ce qu’à Lisbonne je n’ai pas aimé – tout ça avec toujours la même nostalgie.

Saudo-o em Distância Constelada.
Je vous salue d’un Lointain Constellé.
Esta carta leva-lhe a minha afeição pela sua revista;
Cette lettre vous apporte mon affection pour votre revue ;
não lhe leva a minha amizade por si porque V. já há muito tempo aí a tem.
je ne vous donne pas mon amitié, car vous l’avez depuis longtemps.

Diga ao Fernando Pessoa que não tenha razão.
Dites à Fernando Pessoa qu’il n’a pas raison.

Um abraço do camarada amigo
Amicalement, de votre camarade

ÁLVARO DE CAMPOS

Newcastle-on-Tyne, 17 Outubro 1922.
Le 17 octobre 1922 – Newcaste-on-Tyne

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LETTRE A LA REVUE CONTEMPORÂNEA
(1922)
Carta dirigida à revista Contemporânea 

NOTES
* José Pacheko ou José Pacheco, directeur de publication, architecte, graphiste, peintre (1885 — 1934)

** Contemporânea est une revue portugaise publiée entre 1922 et 1926 (Lisbonne – Lisboa). Directeur : José Pacheko.

*** Álvaro de Campos, (heteronímia)  hétéronyme de Fernando Pessoa, né à Tavira ou à Lisbonne, né le 13 ou le 15 de octobre 1890  et mort en 1935

****António Thomaz Botto (António Botto)  poète moderniste. Il est né à Concavada au Portugal le 17 août 1897 et mort le 16 mars 1959 à Rio de Janeiro au Brésil. Canções sont des poèmes composés par Botto et parus en 1920.

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NOVEMBRE Giovanni Pascoli – Poesia – Poésie

Giovanni Pascoli

Traduction – Texte Bilingue
Poesia e traduzione

LITTERATURE ITALIENNE

Letteratura Italiana

GIOVANNI PASCOLI
1855-1912

Giovanni Pascoli artgitato poesie poesia

Traduction Jacky Lavauzelle

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NOVEMBRE

**

Gemmea l’aria, il sole così chiaro
Air cristallin, soleil si clair
che tu ricerchi gli albicocchi in fiore,
Que tu recherches les abricotiers en fleurs,
e del prunalbo l’odorino amaro senti nel cuore…
Que ton cœur inhale l’amère fragrance des aubépines…

*




Ma secco è il pruno, e le stecchite piante
Mais le prunier est sec et les arbres étiques
di nere trame segnano il sereno,
Des lignes noires seules soulignent cette sérénité,
vuoto il cielo, e cavo al piè sonante sembra il terreno.
Le ciel est vide, tes pieds semblent faire résonner le creux de la terre.

*




Silenzio, intorno: solo, alle ventate,
Silence, tout autour, rafales de vent, seul,
odi lontano, da giardini ed orti,
Tu entends au loin, des jardins et des vergers,
di foglie un cader fragile.
La chute fragile des feuilles.
È l’estate, fredda, dei morti.
C’est le glacial été des morts.

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GIOVANNI PASCOLI
par
PAUL HAZARD
en 1912

« Il aimera toute la nature« 

Cet art très objectif est tout pénétré de sentiment. Ce pourrait être la haine de la nature marâtre, qui met au inonde les créatures pour les torturer, si nous ne nous rappelions ici la bonté essentielle de Pascoli : il ne se lasse jamais d’exprimer sa douleur, parce qu’il ne l’oublie jamais : mais de sa souffrance, plutôt qu’à la légitimité de la révolte, il conclut à la nécessité du pardon. Désirer la vengeance, blasphémer ou maudire, ne serait-ce pas perpétuer le mal sur la terre, et prendre rang parmi les coupables ? Ayant éprouvé qu’il y a dans la vie un insondable mystère, ils doivent se serrer les uns contre les autres, ceux que le même mystère angoisse ; ils doivent se chérir et s’entr’aider, pour prendre leur revanche contre le sort. La pitié, la tendresse, la douceur, voilà donc les sentimens qui pénétreront les vers du poète, et qui, partant des hommes, aboutiront aux choses. Parmi les hommes, il s’intéressera d’abord aux victimes, aux orphelins, aux malades ; puis aux humbles, aux pauvres, aux misérables ; puis encore, aux simples et aux primitifs. Pareillement, il aimera les arbres qui frémissent au vent, les fleurs qui tremblent sur leur tige, et la faiblesse gracieuse des oiseaux : comme saint François d’Assise, puisqu’on a dit de lui qu’il était un Virgile chrétien, ou un saint François païen ; comme ce Paolo Uccollo dont il a écrit la touchante histoire. Il aimera toute la nature : soit qu’il aperçoive en elle des symboles, et veuille voir des berceaux dans les nids ; soit qu’il manifeste une reconnaissance émerveillée pour les tableaux de beauté qu’elle lui présente ; soit qu’il l’associe aux hommes dans la lutte contre le mystère qui l’enveloppe elle-même, il finit par la considérer comme une mère très douce, qui nous berce encore à l’heure où nous nous endormons. « Ah ! laissons-la faire, car elle sait ce qu’elle fait, et elle nous aime !… » Ce sentiment-là, il nous le communique sans prétendre nous l’imposer. En effet, cet artiste épris d’exactitude, connaissant la valeur de la précision, en connaît aussi les limites. Il sait qu’au-delà du terme où l’analyse peut atteindre, il y a les forces presque inconscientes qu’il faut laisser agir par elles-mêmes après les avoir mises en mouvement. Il possède la pudeur rare qui consiste à ne pas vouloir tout dire ; à faire crédit à la sensibilité du lecteur ; à se taire lorsqu’il a provoqué le rêve, afin de ne le point troubler.
Giovanni Pascoli
Paul Hazard
Revue des Deux Mondes Tome 10-  1912




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Traduction Jacky Lavauzelle
artgitato
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