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JE T’AIME COMME…POÈME DE MIRRA LOKHVITSKAÏA – Мирра Лохвицкая- 1899 – Я люблю тебя

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LITTÉRATURE RUSSE
POÉSIE RUSSE
Русская литература

Русская поэзия
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Poésie de Mirra Lokhvitskaïa
Поэзия Мирры Лохвицкой
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Mirra Lokhvitskaïa
Мирра Лохвицкая

Maria Alexandrovna Lokhvitskaïa
Мария Александровна Лохвицкая
19 novembre 1869 Saint-Pétersbourg – 27 août 1905 Saint-Pétersbourg

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JE T’AIME COMME…
1899
Я люблю тебя
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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
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Я люблю тебя, как море любит солнечный восход,
Je t’aime, comme la mer aime son lever de soleil,
Как нарцисс, к волне склоненный, — блеск и холод сонных вод.
Comme une jonquille, encline à la vague – aime le brillant et le froid des eaux endormies.
Я люблю тебя, как звезды любят месяц золотой,
Je t’aime comme les étoiles aiment leur croissant de lune,
Как поэт — свое созданье, вознесенное мечтой.
Comme le poète aime sa création, exaltée par le rêve.
Я люблю тебя, как пламя — однодневки-мотыльки,
Je t’aime comme cette flamme qui aveugle les papillons de nuit,
От любви изнемогая, изнывая от тоски.
D’un amour total, languissant de nostalgie.
Я люблю тебя, как любит звонкий ветер камыши,
Je t’aime, comme les roseaux aiment le vent sinueux,
Я люблю тебя всей волей, всеми струнами души.
Je t’aime de toute ma volonté, de toutes les cordes de mon âme.
Я люблю тебя, как любят неразгаданные сны:
Je t’aime, comme des rêves non résolus:
Больше солнца, больше счастья, больше жизни и весны.
Plus que le soleil, plus que le bonheur, plus que la vie et plus que le printemps.



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7 марта 1899
7 mars 1899

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Poésie de Mirra Lokhvitskaïa
Поэзия Мирры Лохвицкой
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LES LAURIERS-ROSES – Poème de Manuel MACHADO -ADEFLOS – 1899

Juan Gris -Vue sur la baie (1921)
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Manuel Machado Ruiz
(Sevilla, 29 de agosto de 1874-Madrid, 19 de enero de 1947)
(Séville, 29 août 1874-Madrid, 19 janvier 1947)

A Miguel de Unamuno

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Juan Gris – Pierrot (1919)

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ADELFOS
LES LAURIERS-ROSES
1899


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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
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Yo soy como las gentes que a mi tierra vinieron
Je suis comme ceux qui vinrent sur ma terre
—soy de la raza mora, vieja amiga del Sol—,
-Je suis de race maure, vieille amie du soleil-,
que todo lo ganaron y todo lo perdieron.
qui gagnèrent tout, pour tout perdre ensuite.
Tengo el alma de nardo del árabe español.
J’ai l’âme de nard de l’arabe espagnol.

*

Mi voluntad se ha muerto una noche de luna
Ma volonté est morte une nuit au clair de lune,
en que era muy hermoso no pensar ni querer…
comme c’était beau de ne pas penser ni vouloir …
Mi ideal es tenderme, sin ilusión ninguna…
Mon idéal est de m’allonger sans nulle illusion …
De cuando en cuando, un beso y un nombre de mujer.
De temps en temps, un baiser et un nom de femme.

*

En mi alma, hermana de la tarde, no hay contornos…;
Dans mon âme, sœur du soir, il n’y a plus de contours …;
y la rosa simbólica de mi única pasión
et la rose, symbole de mon unique passion,
es una flor que nace en tierras ignoradas
est une fleur qui naît sur des terres ignorées
y que no tiene aroma, ni forma, ni color.
et qui n’a pas ni arôme, ni forme, ni couleur.

*

Besos ¡pero no darlos! Gloria…. ¡la que me deben!
Baisers, n’en donner guère ! Gloire… ce qui m’est dû !
¡Que todo como un aura se venga para mí!
Que tout comme un souffle s’en vienne à moi !
¡Que las olas me traigan y las olas me lleven,
Puissent les vagues me porter, puissent les vagues m’emporter
y que jamás me obliguen el camino a elegir!
et que jamais ne m’obligent à choisir le chemin !

*

¡Ambición! No la tengo. ¡Amor! No lo he sentido.
Ambition ! Je n’en ai nullement. Amour ! Je ne l’ai ressenti.
No ardí nunca en un fuego de fe ni gratitud.
Je n’ai jamais brûlé dans un feu de foi ou de gratitude.
Un vago afán de arte tuve… Ya lo he perdido.
J’avais un vague désir d’art … je l’ai déjà perdu.
Ni el vicio me seduce ni adoro la virtud.
Ni le vice ne me séduit ni la vertu ne me tente.

*

De mi alta aristocracia dudar jamás se pudo.
De ma haute aristocratie, le doute ne pouvait exister. Jamais.
No se ganan, se heredan, elegancia y blasón…
Rien ne se gagne, ils héritent de l’élégance et du blason …
Pero el lema de casa, el mote del escudo,
Mais la devise de ma maison, l’emblème de mon blason,
es una nube vaga que eclipsa un vano sol.
c’est un vague nue qui éclipse un vain soleil.

*

Nada os pido. Ni os amo ni os odio. Con dejarme,
Je ne demande rien. Je n’aime ni ne hais. À me quitter,
lo que hago por vosotros, hacer podéis por mí…
ce que je fais pour toi, tu peux le faire pour moi …
¡Que la vida se tome la pena de matarme,
Laisse la vie prendre la peine de me tuer,
ya que yo no me tomo la pena de vivir! …
puisque je n’ai pas pris la peine de vivre ! …

*

Mi voluntad se ha muerto una noche de luna
Ma volonté est morte une nuit au clair de lune,
en que era muy hermoso no pensar ni querer…
comme c’était beau de ne pas penser ni vouloir …
De cuando en cuando un beso, sin ilusión ninguna.
De temps en temps un baiser, sans aucune illusion.
¡El beso generoso que no he de devolver!
Le baiser généreux que je ne rendrai pas !


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POEME de João da Cruz e Sousa – POEMAS João da Cruz e Sousa – Poésie de Cruz e Sousa

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Traduction Jacky Lavauzelle João da Cruz e Sousa

João da Cruz e Sousa Traduction Jacky Lavauzelle Literatura Brasileira




Traduction du Brésilien Jacky Lavauzelle
João da Cruz e Sousa


João da Cruz e Sousa
poète brésilien

Dante Negro – Cisne Negro




 Obra Poética 





 

João da Cruz e Sousa
POEMAS
POEMES

 

Traduction Jacky Lavauzelle

 

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HUMILIDADE SECRETA
HUMILITE SECRETE
1900

Fico parado, em êxtase suspenso,
Je reste immobile, en suspens extatique,
  Às vezes, quando vou considerando
Parfois, quand je considère

*

DIVINA
DIVINE
1900

Eu não busco saber o inevitável
Je ne cherche pas à connaître l’inévitable
Das espirais da tua vi matéria.
Des spirales de ta vie matérielle.

**




**

Visão
VISION
1900

Noiva de Satanás, Arte maldita,
Epouse de Satan, Art maudit,
Mago Fruto letal e proibido,
 Fruit mortel magique et interdit,

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O SONETO
LE SONNET
1905

Nas formas voluptuosas o Soneto
Des formes voluptueuses, le Sonnet
Tem fascinante, cálida fragrância
A cette douce et fascinante fragrance

Traduction Jacky Lavauzelle

**
DE ALMA EM ALMA
D’ÂME EN ÂME
1905

Tu andas de alma em alma errando, errando,
Errant, tu marches d’âme en âme, errant,
Como de santuario em santuario.
Comme de sanctuaire en sanctuaire.

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Dilacerações
Déchirements

Ó carnes que eu amei sangrentamente,
Ô chairs que j’aimais ensanglantées,
  ó volúpias letais e dolorosas,
O voluptés mortelles et douloureuses,

*

Siderações
Sidérations
1893

Para as Estrelas de cristais gelados
Pour les étoiles de cristaux glacés
  As ânsias e os desejos vão subindo,
Les envies et les désirs croissent,

*

OCASO NO MAR
COUCHER DE SOLEIL EN MER
1893

Num fulgor d’ouro velho o sol tranqüilamente desce para o ocaso, no limite extremo do mar, d’águas calmas, serenas, dum espesso verde pesado, glauco, num tom de bronze.
Dans une lueur de vieil or, le soleil descend tranquillement pour un coucher à la limite extrême de la mer, sur des eaux calmes, sereines, d’un épais et pesant vert, glauque, d’un ton de bronze.

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O simbolismo no Brasil

« No Brasil, a lírica simbolista sente diretamente as influências da França, sem passar pela experiência portuguesa, como aconteceu nas escolas literárias anteriores. Em 1891, um grupo de poetas do Rio de Janeiro, reunido em torno da Folha Popular, introduz a nova moda poética. Entre eles se destaca a figura de João da Cruz e Sousa (1861–1897). Podemos distinguir duas fases no seu itinerário poético: com a publicação de Missal e Broquéis (1893), Cruz e Sousa imita o gosto baudelairiano pelo erotismo e o satanismo; mais tarde, na fase da maturidade, ele repudia a atitude decadente, estranha à realidade brasileira, enveredando pelo filão do lirismo metafísico, místico, religioso. Simbolista mais fecundo é o mineiro Alphonsus de Guimaraens (1870–1921). Ele soube conciliar o anseio de transcendência, característica essencial do Simbolismo, com a sua fé católica, sublimizando o esoterismo no cristianismo. Usando com uma certa parcimônia as inovações técnicas da estética simbolista — rimas internas, aliterações, assonâncias, extrema preocupação com o ritmo do verso, léxico requintado, frouxidão sintática, metáfora sinestética —, Guimaraens constrói uma poesia altamente melódica. Antológico é o seu poema Ismália, onde a « Lua », a « torre », a « loucura » são símbolos da alma humana, dividida entre o mundo da realidade, da sombra, e o mundo do sonho, da verdade transcendental. »

Dicionário de Cultura Básica por Salvatore D’ Onofrio
Simbolismo
Symbolisme

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Cruz e Sousa & Alphonsus Guimaraens
LA LITTERATURE SYMBOLISTE AU BRESIL

Au Brésil, les symbolistes tirent directement leurs influences de la France, sans passer par une expérience portugaise, comme cela est arrivé dans les écoles littéraires précédentes. En 1891, un groupe de poètes de Rio de Janeiro, se réunissent autour de la Folha Popular, la « Feuille Populaire », qui représente cette nouvelle mode poétique. Parmi eux se trouve la figure de João da Cruz e Sousa (1861-1897). On peut distinguer deux phases dans son parcours poétique : avec la publication du Missal et Broquéis (1893), Cruz e Sousa imite le goût baudelairien pour l’érotisme et le satanisme ; plus tard, dans sa maturité, il répudiera cette attitude décadente, étrangère à la réalité brésilienne en se lançant dans un lyrisme métaphysique, mystique, religieux.
Un symbolisme plus fécond se retrouve chez Alphonsus Guimaraens (1870-1921). Il savait concilier la transcendance du désir, caractéristique essentielle du symbolisme, avec sa foi catholique, en sublimant l’ésotérisme dans le christianisme. Il utilisa certaines innovations techniques de l’esthétique symboliste : rime interne, allitération, assonance, extrême préoccupation au rythme des vers, lexique raffiné, le laxisme syntaxique, métaphore synesthésique – Guimaraens construit une poésie très mélodique. Anthologique est son poème Ismaïlia, où la « Lua« , la « torre« , la « loucura » (« Lune », la « tour », la « folie ») sont des symboles de l’âme humaine, séparant monde de la réalité, obscur, et le monde du rêve, de la vérité transcendantale.
Dictionnaire de la culture de base par Salvatore D ‘Onofrio
Symbolisme

Trad. (JL) du texte de Salvatore D’ Onofrio

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POEMAS  João da Cruz e Sousa
Poésie de Cruz e Sousa

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Traduction Jacky Lavauzelle João da Cruz e Sousa

João da Cruz e Sousa Traduction Jacky Lavauzelle Literatura Brasileira

A Promessa DOM CASMURRO XI MACHADO DE ASSIS

A Promessa
DOM CASMURRO MACHADO DE ASSIS

L’Œuvre de Joaquim Maria Machado de Assis

Poema & Prosa de Machado de Assis




Dom Casmurro Machado de Assis

Littérature Brésilienne
Literatura Brasileira

Joaquim Maria Machado de Assis
 Rio de Janeiro 1839 – 1908 Rio de Janeiro


joaquim-maria-machado-de-assis-artgitato




 

L’Œuvre de Machado de Assis

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DONA GLORIA
Dom Casmurro Machado de Assis

 DOM CASMURRO
XI
Roman – Romance

1899
A Promessa

Traduction Jacky Lavauzelle

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dom-casmurro-machado-de-assis-artgitato-joaquin-sorolla-paseo-par-la-playa-1909-museo-sorolla-madridJoaquin Sorolla
Paseo par la playa
1909
Museo Sorolla Madrid

 

Capítulo XI – Onzième Chapitre

A Promessa




Tão depressa vi desaparecer o agregado no corredor, deixei o esconderijo, e corri à varanda do fundo.
Aussitôt qu’il disparut dans le couloir, je quittai ma cachette, et couru sur le balcon à l’étage.
Não quis saber de lágrimas nem da causa que as fazia verter a minha mãe.
Je ne voulais pas connaître la cause des larmes que versait ma mère.
A causa eram provavelmente os seus projetos eclesiásticos, e a ocasião destes é a que vou dizer, por ser já então história velha;
La cause devait être probablement les projets ecclésiastiques, et c’est l’occasion de vous parler de cette si vieille histoire ;
datava de dezesseis anos.
cela remonte à seize ans.



Os projetos vinham do tempo em que fui concebido.
Les projets remontent du moment de ma conception.
Tendo-lhe nascido morto o primeiro filho, minha mãe pegou-se com Deus para que o segundo vingasse, prometendo, se fosse varão, metê-lo na igreja.
Ayant eu d’abord un premier enfant mort-né , ma mère s’attacha la volonté de Dieu afin que le deuxième soit bien vivant, promettant, si c’était un garçon, de le faire rentrer dans les ordres.
Talvez esperasse uma menina.
Elle espérait peut-être une fille.
Não disse nada a meu pai, nem antes, nem depois de me dar à luz;
Elle ne dit rien à mon père, ni avant ma naissance, ni après m’avoir mis au monde ;
contava fazê-lo quando eu entrasse para a escola, mas enviuvou antes disso.
Elle devait le lui dire dès que je serai rentré à l’école, mais elle fut veuve avant.
Viúva, sentiu o terror de separar-se de mim;
Veuve, elle fut terrorisée à l’idée de se séparer de moi ;
mas era tão devota, tão temente a Deus, que buscou testemunhas da obrigação, confiando a promessa a parentes e familiares.
mais elle était si pieuse, si dévote, qu’elle cherchait des témoins de son obligation, confiant sa promesse à ses parents et à la famille. Unicamente, para que nos separássemos o mais tarde possível, fez-me aprender em casa primeiras letras, latim e doutrina, por aquele padre Cabral, velho amigo do tio Cosme, que ia lá jogar às noites.
Seulement, afin que nous nous séparions le plus tard possible, elle me fit apprendre à la maison mes premières lettres, le latin et le catéchisme par le père Cabral, vieil ami de l’oncle Cosme, qui jouait le soir à la maison.




Prazos largos são fáceis de subscrever;
Les engagements généraux sont faciles à souscrire ;
a imaginação os faz infinitos.
l’imagination les repousse infiniment.
Minha mãe esperou que os anos viessem vindo.
Ma mère a attendu des années.
Entretanto, ia-me afeiçoando à ideia da igreja;
Cependant, elle continuait à me sensibiliser à l’idée de l’église ;
brincos de criança, livros devotos, imagens de santos, conversações de casa, tudo convergia para o altar.
Boucles d’oreilles d’enfants, livres pieux, images saintes, les conversations quotidiennes, tout convergeait vers l’autel.
Quando íamos à missa, dizia-me sempre que era para aprender a ser padre, e que reparasse no padre, não tirasse os olhos do padre.
Quand nous allions à la messe, elle me disait chaque fois que c’était pour apprendre à être un prêtre, il me fallait observer le prêtre, ne pas le quitter un moment des yeux.
Em casa, brincava de missa,
À la maison, je jouais à la messe,
— um tanto às escondidas, porque minha mãe dizia que missa não era coisa de brincadeira.
– un peu en secret, parce que ma mère soulignait à chaque fois que la messe ne pouvait être une chose avec laquelle on pouvait plaisanter.
Arranjávamos um altar, Capitu e eu.
Nous arrangions un autel, Capitou et moi.
Ela servia de sacristão, e alterávamos o ritual, no sentido de dividirmos a hóstia entre nós;
Elle servait comme sacristain, et nous altérions le rituel en divisant l’hostie ;
a hóstia era sempre um doce.




l’hostie était toujours un gâteau.
No tempo em que brincávamos assim, era muito comum ouvir à minha vizinha:
Au moment où nous étions dans notre jeu, il était très fréquent d’entendre par Capitou :
« Hoje há missa? »
« Y-a-t-il une messe aujourd’hui ? »
Eu já sabia o que isto queria dizer, respondia afirmativamente, e ia pedir hóstia por outro nome.
Je savais ce que cela signifiait, je répondais alors par l’affirmative, et je partais à la quête de l’hostie sous un autre nom.
Voltava com ela, arranjávamos o altar, engrolávamos o latim e precipitávamos as cerimônias.
Je revenais avec mon offrande et alors nous commencions à arranger l’autel, écorchant le latin et accélérant la cérémonie.
Dominus non sum dignus …
Isto, que eu devia dizer três vezes, penso que só dizia uma, tal era a gulodice do padre e do sacristão.
Cela, je devais le dire trois fois, mais je pense que je ne le disais qu’une seule fois, à cause de la faim du prêtre et du sacristain.
Não bebíamos vinho nem água;
Nous ne buvions ni du vin ni de l’eau ;
não tínhamos o primeiro, e a segunda viria tirar-nos o gosto do sacrifício.
nous n’avions pas du premier et le second aurait effacé le goût du sacrifice.



Ultimamente não me falavam já do seminário, a tal ponto que eu supunha ser negócio findo.
Dernièrement, je n’entendais plus parler du séminaire, au point que je croyais que l’entreprise n’était plus d’actualité.
Quinze anos, não havendo vocação, pediam antes o seminário do mundo que o de São José.
Quinze ans, sans vocation, orientaient plus vers le séminaire du monde que vers celui de Sao José.
Minha mãe ficava muita vez a olhar para mim, como alma perdida, ou pegava-me na mão, a pretexto de nada, para apertá-la muito.
Ma mère passait beaucoup de temps à me regarder comme une âme perdue, ou prenait parfois ma main, sous un quelconque prétexte, en la serrant très fort.

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A Promessa
DOM CASMURRO MACHADO DE ASSIS

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dom-casmurro-machado-de-assis-la-denonciation-artgitato-victor-meirelles-de-lima-la-premiere-messe-au-bresil-1861Victor Meirelles de Lima




La Première messe au Brésil
A Primeira Missa no Brasil
1861
Museu Nacional de Belas Artes – MnBA
Rio de Janeiro

LA FEROCITE DES PIRATES MALAIS Charles de Varigny 1887

 Charles de Varigny 

Ecrivain & diplomate








L’Océanie moderne
1887

La Revue des Deux Mondes

LA FEROCITE DES PIRATES MALAIS

(extrait)

Au nord de Java et à l’est de Sumatra s’étend l’île de Bornéo, mesurant 1,280 kilomètres de longueur sur 1,200 de largeur, et contenant plus de trois millions d’habitants. Découverte en 1521 par les Portugais, occupée en partie par les Hollandais en 1604, cette lie, l’une des plus vastes du monde, est peu connue, sauf sur les côtes. Dans cet immense archipel d’Asie, la barbarie lutte encore énergiquement contre la civilisation. Les pirates y pullulaient, et ce n’est guère que depuis 1876 que les Espagnols ont réussi à traquer et à détruire ces écumeurs de mer. Bornéo en abritait un grand nombre ; la férocité de ces Malais, leur mépris de la mort, ont, pendant des siècles, inspiré la terreur aux navigateurs qui se hasardaient dans ses parages. On a peu de renseignements sur l’intérieur de cette terre massive et compacte, aux contours fermes et arrêtés. Ni golfes profonds, ni anses sinueuses ; les fleuves au cours lent et paresseux charrient des matières végétales en décomposition, obstruant leur parcours de troncs d’arbres et leurs embouchures de bancs de vase. Aucune issue navigable par laquelle la civilisation puisse s’infiltrer ; une côte de grès adossée à des marais et à d’inextricables forêts. On sait que ces forêts abritent une vie animale intense, une incomparable végétation, et des tribus sauvages réfractaires à tout contact avec les Européens. Les orangs outangs ou mias y abondent ; on ne les rencontre qu’à Sumatra et à Bornéo ; en quelques jours, M. Alfred Russel-Wallace en tua plus de dix. Le tigre, le léopard, le rhinocéros, l’éléphant, le tapir, peuplent ces forêts où fourmillent des millions d’insectes, des chauves-souris-vampires, des crapauds volants.

On sait aussi que le sol est riche en mines d’or, d’étain, de fer, de gisements de diamants ; que sur les côtes existent de nombreuses pêcheries de perles ; mais, sauf sur un très petit nombre de points, ces richesses ne sont pas exploitées. L’Européen a peine à pénétrer dans cet inextricable massif, gigantesque et mystérieuse corbeille de verdure vénéneuse, fragment de l’Inde radieuse, meurtrière et brûlante jeté comme une sentinelle avancée entre l’Océanie et la presqu’île de Malacca.

Ici la vie est trop intense, le climat trop extrême pour notre race. L’équateur coupe en. deux parties égales cette terre humide et fiévreuse où le climat est cruel comme l’indigène, où la nature, d’une merveilleuse beauté, étouffe et tue l’homme par ses parfums violons, brise son énergie et sa volonté, et le livre sans défense, comme sans résistance, aux miasmes putrides de ses marais diaprés de fleurs étincelantes, peuplés de reptiles et d’animaux redoutables. Seuls, les Dayaks, les Malais, les Soulonans et quelques Négritos peuvent impunément respirer cet air empoisonné. Comme eux et mieux qu’eux, les Chinois y vivent, y prospèrent et s’y multiplient. Ici encore, comme à Java et à Sumatra, cette race étonnante et prolifique travaille et s’enrichit, insouciante des conditions climatologiques, dédaigneuse de la souffrance physique, de la maladie, de la mort, bravant tout pour l’amour du gain.

L’Océanie moderne
Charles de Varigny
Revue des Deux Mondes
tome 83
1887

DOM CASMURRO MACHADO DE ASSIS CHAPITRE II DU LIVRE Capítulo II Do Livro

DOM CASMURRO MACHADO DE ASSIS

L’Œuvre de Joaquim Maria Machado de Assis

Poema & Prosa de Machado de Assis




Littérature Brésilienne
Literatura Brasileira

Joaquim Maria Machado de Assis
 Rio de Janeiro 1839 – 1908 Rio de Janeiro


joaquim-maria-machado-de-assis-artgitato




 

L’Œuvre de Machado de Assis

 DOM CASMURRO
II
Roman – Romance
1899

Traduction Jacky Lavauzelle

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dom-casmurro-machado-de-assis-artgitato-joaquin-sorolla-paseo-par-la-playa-1909-museo-sorolla-madridJoaquin Sorolla
Paseo par la playa
1909
Museo Sorolla Madrid

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DOM CASMURRO MACHADO DE ASSIS

Capítulo II- Second Chapitre
Do Livro
Du Livre





Agora que expliquei o título, passo a escrever o livro.
Maintenant que j’ai expliqué le titre, je passe à l’étape suivante qui est d’écrire le livre.
Antes disso, porém, digamos os motivos que me põem a pena na mão.
Avant, cependant, je souhaite donner les raisons pour lesquelles j’ai pris un stylo dans les mains.

Vivo só, com um criado.
Je vis seul avec un domestique.
A casa em que moro é própria;
Dans une maison qui m’appartient ;
fi-la construir de propósito, levado de um desejo tão particular que me vexa imprimi-lo, mas vá lá.
Je la fis construire avec, en tête, un dessin particulier qui me gêne d’expliciter, mais je vais le faire quand même.
Um dia, há bastantes anos, lembrou-me reproduzir no Engenho Novo a casa em que me criei na antiga Rua de Mata-cavalos, dando-lhe o mesmo aspecto e economia daquela outra, que desapareceu. 
Un jour, il y a plusieurs années, j’ai souhaité reproduire à Engenho Novo la maison dans laquelle j’ai grandi, dans une vieille rue de Mata-Cavalos, de lui donner le même aspect et les mêmes fonctions.
Construtor e pintor entenderam bem as indicações que lhes fiz:
Le constructeur et peintre ont bien compris les demandes que je formulais :
é o mesmo prédio assobradado, três janelas de frente, varanda ao fundo, as mesmas alcovas e salas.
c’était le même bâtiment d’un étage, trois fenêtres devant, une  véranda derrière, les mêmes chambres et les mêmes salles.
Na principal destas, a pintura do teto e das paredes é mais ou menos igual, umas grinaldas de flores miúdas e grandes pássaros que as tomam nos bicos, de espaço a espaço.
Dans la pièce principale, la peinture du plafond et des murs sont à peu près semblables, quelques guirlandes de fleurs fines et des grands oiseaux qui  les attrapent par le bec, approximativement.
Nos quatro cantos do teto as figuras das estações, e ao centro das paredes os medalhões de César, Augusto, Nero e Massinissa, com os nomes por baixo…
Dans les quatre coins, les saisons, et au centre des murs, des médaillons de César, Auguste, Néron et Masinissa, avec les noms en-dessous …
Não alcanço a razão de tais personagens.
Je ne comprends toutefois pas le présence de tels personnages.
Quando fomos para a casa de Mata-cavalos, já ela estava assim decorada;
Quand nous sommes arrivés à Mata-Cavalos, elle était déjà décorée ainsi ;
vinha do decênio anterior.
ça provenait de la décennie précédente.
Naturalmente era gosto do tempo meter sabor clássico e figuras antigas em pinturas americanas.
Bien sûr, c’était dans l’air du temps d’imiter les saveurs classiques et les figures antiques dans les peintures américaines.
O mais é também análogo e parecido.
L’ensemble est également similaire.
Tenho chacarinha, flores, legume, uma casuarina, um poço e lavadouro.
Je possède de la terre, des fleurs, des légumes, un casuarina, un puits et un lavoir.
Uso louça velha e mobília velha.
J’ai aussi de la vieille vaisselle et des meubles anciens.
Enfim, agora, como outrora, há aqui o mesmo contraste da vida interior, que é pacata, com a exterior, que é ruidosa.
Quoi qu’il en soit, maintenant, comme jadis, nous avons le même contraste entre la vie intérieure, qui est calme, et celle de l’extérieure, qui est bruyante.





O meu fim evidente era atar as duas pontas da vida, e restaurar na velhice a adolescência.
Mon but évident était de lier les deux extrémités de ma vie, et de restaurer ma vieillesse dans mon adolescence.
Pois, senhor, não consegui recompor o que foi nem o que fui.
Pour vous, lecteur, je n’ai pu ni retrouver qui j’étais ni ce qui fut.
Em tudo, se o rosto é igual, a fisionomia é diferente.

En tout état de cause, si le visage est le même, la physionomie, elle, est différente.
Se só me faltassem os outros, vá;
Si seulement il ne manquait que les autres, va ;
um homem consola-se mais ou menos das pessoas que perde;
Les hommes se consolent plus ou moins de ce qu’ils perdent ;
mas falto eu mesmo, e esta lacuna é tudo.

mais là, c’est moi qui manque, et cette absence est tout.
O que aqui está é, mal comparando, semelhante à pintura que se põe na barba e nos cabelos, e que apenas conserva o hábito externo, como se diz nas autópsias;
Ce qui est ici, je reconnais qu’il s’agit d’une mauvaise comparaison, ressemble à la teinture qui se met sur la barbe et les cheveux, et qui ne retient que l’aspect externe, comme on dit dans les autopsies ;
o interno não aguenta tinta.
l’intérieur ne se teinte pas d’encre.
Uma certidão que me desse vinte anos de idade poderia enganar os estranhos, como todos os documentos falsos, mas não a mim.
Un certificat me donnant vingt ans pourrais tromper les étrangers, comme tous les faux papiers, mais pas moi.
Os amigos que me restam são de data recente;
Les amis qui me restent sont récents ;
todos os antigos foram estudar a geologia dos campos-santos.
les plus vieux étudient la géologie des cimetières.
Quanto às amigas, algumas datam de quinze anos, outras de menos, e quase todas crêem na mocidade.
Quant aux amies, certaines datent de quinze ans, d’autres moins, et presque toutes croient en la jeunesse.
Duas ou três fariam crer nela aos outros, mas a língua que falam obriga muita vez a consultar os dicionários, e tal frequência é cansativa.
Deux ou trois voudraient le faire croire à d’autres, mais la langue qu’elles parlent demande beaucoup de temps ensuite en consultation des dictionnaires, et cette fréquence est fatigante.





Entretanto, vida diferente não quer dizer vida pior;
Cependant, une vie différente ne signifie pas une vie plus mauvaise ;
é outra coisa.
c’est autre chose.
A certos respeitos, aquela vida antiga aparece-me despida de muitos encantos que lhe achei;
A certains égards, cette vieille vie me semble dépouillée aujourd’hui de nombreux charmes que je percevais jadis ;
mas é também exato que perdeu muito espinho que a fez molesta, e, de memória, conservo alguma recordação doce e feiticeira.
mais il est également vrai qu’elle a perdu de nombreuses épines qui la rendait détestable, et j’en garde des souvenirs doux et suave.
Em verdade, pouco apareço e menos falo.
En fait, je sors et je parle peu.
Distrações raras.
Les distractions sont rares.
O mais do tempo é gasto em hortar, jardinar e ler;
La majeure partie de mon temps se passe à jardiner et à lire ;
como bem e não durmo mal.
je mange et je dors plutôt bien.

Ora, como tudo cansa, esta monotonia acabou por exaurir-me também.
Maintenant, comme tout me fatigue, cette monotonie m’a finalement épuisé aussi.
Quis variar, e lembrou-me escrever um livro.
Je voulais un changement, et m’est venu l’idée d’écrire un livre.
Jurisprudência, filosofia e política acudiram-me, mas não me acudiram as forças necessárias.
La jurisprudence, la philosophie et la politique se sont présentées à moi, mais je n’avais pas la force nécessaire.
Depois, pensei em fazer uma História dos Subúrbios, menos seca que as memórias do padre Luís Gonçalves dos Santos, relativas à cidade;
Alors je pensais faire une Histoire des Faubourgs, moins sèches que les mémoires du père Luís Gonçalves dos Santos [Padre Perereca 1767-1844], relatifs à la ville ;
era obra modesta, mas exigia documentos e datas, como preliminares, tudo árido e longo.
Le travail était modeste, mais la recherche des documents requis et ses dates demandaient un travail aride et long.
Foi então que os bustos pintados nas paredes entraram a falar-me e a dizer-me que, uma vez que eles não alcançavam reconstituir-me os tempos idos, pegasse da pena e contasse alguns.
Ce fut alors que les bustes peints sur les murs sont venus me parler et me dire que, étant donné qu’ils ne parvenaient pas à reconstituer pour moi les temps anciens, je me devais de prendre la plume et d’en conter quelques-uns.
Talvez a narração me desse a ilusão, e as sombras viessem perpassar ligeiras, como ao poeta, não o do trem, mas o do Fausto:
Peut-être que l’histoire me donnerait l’illusion, et les ombres envahiraient-elles légères, comme au poète, pas le nôtre du train, mais celui du Faust,
« Aí vindes outra vez, inquietas sombras? »…
« Là, vous voilà, ombres agitées ? » …

Fiquei tão alegre com esta ideia, que ainda agora me treme a pena na mão.
J’étais si joyeux à cette idée, que la plume tremble, même encore maintenant, dans la main.
Sim, Nero, Augusto, Massinissa, e tu, grande César, que me incitas a fazer os meus comentários, agradeço-vos o conselho, e vou deitar ao papel as reminiscências que me vierem vindo.
Oui, Neron, Auguste, Masinissa, et toi, grand César, qui m’incitent pour faire mes commentaires, je vous remercie de vos conseils, et je pose sur le papier les souvenirs qui viennent à moi.
Deste modo, viverei o que vivi, e assentarei a mão para alguma obra de maior tomo.
Par conséquent, je vivrai ce que j’ai vécu, et ainsi ma main travaillera pour réaliser demain une œuvre encore plus magistrale.
Eia, comecemos a evocação por uma célebre tarde de novembro, que nunca me esqueceu.
Allons, commençons en évoquant une célèbre fin de novembre, que je n’ai jamais oubliée.
Tive outras muitas, melhores, e piores, mas aquela nunca se me apagou do espírito.
J’ai eu bien d’autres, mieux, et des pires encore, mais celle-ci n’est jamais sortie de mon esprit.
É o que vais entender, lendo.
Tu comprendras pourquoi à la lecture de ce qui suit.

***

DOM CASMURRO MACHADO DE ASSIS

DOM CASMURRO MACHADO DE ASSIS 1899

DOM CASMURRO

L’Œuvre de Joaquim Maria Machado de Assis

Poema & Prosa de Machado de Assis




Littérature Brésilienne
Literatura Brasileira

Joaquim Maria Machado de Assis
 Rio de Janeiro 1839 – 1908 Rio de Janeiro


joaquim-maria-machado-de-assis-artgitato




 

L’Œuvre de Machado de Assis

 DOM CASMURRO
Roman – Romance
1899

Traduction Jacky Lavauzelle

*****

dom-casmurro-machado-de-assis-artgitato-joaquin-sorolla-paseo-par-la-playa-1909-museo-sorolla-madrid

Joaquin Sorolla
Paseo par la playa
1909
Museo Sorolla Madrid

*****

SOMMAIRE – Capítulos

I
Capítulo Primeiro – Chapitre Premier

Do Título
Du Titre
Uma noite destas, vindo da cidade para o Engenho Novo, encontrei no trem da Central um rapaz aqui do bairro, que eu conheço de vista e de chapéu.
Du train qui m’amenait de la Gare Centrale de la ville à Engenho Novo, un soir, je trouvais dans le train un jeune garçon de mon quartier que je connais de vue et nous nous saluons du chapeau quand nous nous croisons.

***




II
Capítulo II – Chapitre II
Do Livro
Du Livre
Agora que expliquei o título, passo a escrever o livro.
Maintenant que j’ai expliqué le titre, je passe à l’étape suivante qui est d’écrire le livre.
Antes disso, porém, digamos os motivos que me põem a pena na mão.
Avant, cependant, je souhaite donner les raisons pour lesquelles j’ai pris un stylo dans les mains.

***

III
 Capítulo III – Chapitre III
A Denúncia – La Dénonciation




Ia a entrar na sala de visitas, quando ouvi proferir o meu nome e escondi-me atrás da porta.
J’allais entrer dans le salon quand j’entendis prononcer mon nom ; je me cachais derrière la porte.
dom-casmurro-machado-de-assis-la-denonciation-artgitato-victor-meirelles-de-lima-la-premiere-messe-au-bresil-1861

***




 IV
Capítulo IV- Chapitre IV
Um Dever Amaríssimo !
UN DEVOIR TRES AMER

José Dias amava os superlativos.
José Dias aimait les superlatifs.
Era um modo de dar feição monumental às idéias;
C’était un moyen pour donner de la force aux idées ;

***

V
Capítulo V- Chapitre V
O Agregado
L’Habitué




Nem sempre ia naquele passo vagaroso e rígido.
Ce pas lent, il ne l’avait pas toujours.

Também se descompunha em acionados, era muita vez rápido e lépido nos movimentos, tão natural nesta como naquela maneira.
Aussi pouvait-il s’agiter en de rapides et agiles mouvements, aussi naturels que le premier.

**




VI
Capítulo VI- Chapitre VI
Tio Cosme
Oncle Cosme

Tio Cosme vivia com minha mãe, desde que ela enviuvou. 
Oncle Cosme a vécu avec ma mère, depuis qu’elle est devenue veuve.
Já então era viúvo, como prima Justina;
Il était alors veuf, la cousine Justina aussi ;

dom-casmurro-machado-de-assis-alfred-de-dreux-africain-tenant-un-cheval-au-bord-dune-mer

**

VII
Capítulo VI- Chapitre VI
Dona Gloria




Minha mãe era boa criatura.
Ma mère était une bonne créature.
Quando lhe morreu o marido, Pedro de Albuquerque Santiago, contava trinta e um anos de idade, e podia voltar para Itaguaí.
Quand son mari, Pedro de Albuquerque Santiago, est mort, elle avait trente et un ans, et aurait pu revenir à Itaguai.

***

VIII
Capítulo VIII- Chapitre VIII
É Tempo
Il est temps

Mas é tempo de tornar àquela tarde de novembro, uma tarde clara e fresca, sossegada como a nossa casa e o trecho da rua em que morávamos.
Mais il est temps de reparler de cet après-midi de novembre, un après-midi tranquille, clair et frais comme notre maison et comme ce coin de la rue dans lequel nous avons vécu.

***

IX
Capítulo IX – Chapitre IX
A Ópera
L’Opéra




Já não tinha voz, mas teimava em dizer que a tinha.
Il n’avait déjà plus de voix, mais il persistait à dire qu’il en avait encore.
« O desuso é que me faz mal », acrescentava.
«Le désoeuvrement, cela me rend malade», ajouta-t-il.

***

X
Capítulo X – Dixième Chapitre 
Aceito a Teoria
J’accepte la théorie

Que é demasiada metafísica para um só tenor, não há dúvida;
C’est trop de métaphysique pour un ténor, sans aucun doute ;
mas a perda da voz explica tudo, e há filósofos que são, em resumo, tenores desempregados.
mais la perte de la voix explique tout, et il y a des philosophes qui sont des ténors chômeurs.

***








XI
Capítulo XI – Onzième chapitre
A Promessa
La Promesse

Quando íamos à missa, dizia-me sempre que era para aprender a ser padre, e que reparasse no padre, não tirasse os olhos do padre.
Quand nous allions à la messe, elle me disait chaque fois que c’était pour apprendre à être un prêtre, il me fallait observer le prêtre, ne pas le quitter un moment des yeux.
Em casa, brincava de missa,
À la maison, je jouais à la messe,




**

Capítulo XII – Douzième chapitre
Na Varanda
Sur la Véranda

Um coqueiro, vendo-me inquieto e adivinhando a causa, murmurou de cima de si que não era feio que os meninos de quinze anos andassem nos cantos com as meninas de quatorze;
Un cocotier, me voyant aussi anxieux et en devinant la cause, me murmura par dessus moi que ce n’était pas immoral que des garçons de quinze cherchent à se cacher dans les coins avec des jeunes filles de quatorze ans ;




**

Capítulo XIII – Treizième chapitre
Capitu
Capitou

Então eu coçava o queixo, como o doutor, e acabava mandando aplicar-lhe umas sanguessugas ou dar-lhe um vomitório:
 Alors, je me grattais le menton, à l’instar du docteur, et je finissais toujours par lui appliquer quelques sangsues ou lui donner un vomitif :
era a terapêutica habitual do médico.
 c’était le traitement médical habituel.

**

Capítulo XIV – Quatorzième chapitre
A Inscrição
L’Inscription

Tudo o que contei no fim do outro capítulo foi obra de um instante.
Tous mes propos du précédent chapitre ne durèrent qu’un instant.
O que se lhe seguiu foi ainda mais rápido.
Ce qui s’ensuivit fut encore plus rapide.

**

Capítulo XV – Quinzième chapitre
Outra Voz Repentina
Une autre voix

Meu desejo era ir atrás de Capitu e falar-lhe agora do mal que nos esperava;
Mon désir était d’aller rejoindre Capitou et de lui parler du malheur qui nous attendait ;

****

DOM CASMURRO

DOM CASMURRO CHAPITRE I DU TITRE Capítulo Primeiro Do Título

DOM CASMURRO

L’Œuvre de Joaquim Maria Machado de Assis

Poema & Prosa de Machado de Assis




Littérature Brésilienne
Literatura Brasileira

Joaquim Maria Machado de Assis
 Rio de Janeiro 1839 – 1908 Rio de Janeiro


joaquim-maria-machado-de-assis-artgitato




 

L’Œuvre de Machado de Assis

 DOM CASMURRO
I
Roman – Romance
1899

Traduction Jacky Lavauzelle

*****

dom-casmurro-machado-de-assis-artgitato-joaquin-sorolla-paseo-par-la-playa-1909-museo-sorolla-madridJoaquin Sorolla
Paseo par la playa
1909
Museo Sorolla Madrid

*******

Capítulo Primeiro – Chapitre Premier
Do Título
Du Titre

***

Uma noite destas, vindo da cidade para o Engenho Novo, encontrei no trem da Central um rapaz aqui do bairro, que eu conheço de vista e de chapéu.
Du train qui m’amenait de la Gare Centrale de la ville à Engenho Novo, un soir, je trouvais dans le train un jeune garçon de mon quartier ; je le connais de vue et nous nous saluons du chapeau à chaque fois que nous nous croisons.
Cumprimentou-me, sentou-se ao pé de mim, falou da Lua e dos ministros, e acabou recitando-me versos. 
Il me salua et s’assis à mes côtés, me parla de la Lune et des ministres et finit par me réciter des vers.
A viagem era curta, e os versos pode ser que não fossem inteiramente maus.
Le voyage a été court et les vers n’étaient donc peut-être pas si mauvais.
Sucedeu, porém, que, como eu estava cansado, fechei os olhos três ou quatro vezes;
Comme j’étais fatigué, j’ai fermé mes yeux trois ou quatre fois ;
tanto bastou para que ele interrompesse a leitura e metesse os versos no bolso.
cela suffit à interrompre sa lecture et à ranger ses vers dans sa poche.

— Continue, disse eu acordando.
– Continuez, lui dis-je, en me réveillant.

— Já acabei, murmurou ele.
– J’ai fini, murmura-t-il.

— São muito bonitos.
– Ils sont très beaux.




Vi-lhe fazer um gesto para tirá-los outra vez do bolso, mas não passou do gesto;
Je le vis faire un geste pour les sortir à nouveau de la poche, mais il s’arrêta-là ;
estava amuado.
Il boudait.
No dia seguinte entrou a dizer de mim nomes feios, e acabou alcunhando-me Dom Casmurro.
Le lendemain, il me traita de tous les noms et m’appela Dom Casmurro.
Os vizinhos, que não gostam dos meus hábitos reclusos e calados, deram curso à alcunha, que afinal pegou.
Les voisins, qui ne supportaient pas mes tranquilles habitudes et indépendantes, ont adopté ce surnom, qui a fini par me rester.
Nem por isso me zanguei.
Cela ne me dérangeais pas plus que ça.
Contei a anedota aos amigos da cidade, e eles, por graça, chamam-me assim, alguns em bilhetes: 
J’ai conté cette anecdote à mes amis de la ville, qui, depuis, me nomme de la sorte, jusqu’à me le noter sur certains billets ;
« Dom Casmurro, domingo vou jantar com você. »
« Dom Casmurro, dimanche, je dînerai avec vous. »
  — « Vou para Petrópolis, Dom Casmurro;
-« Je vais à Petrópolis, Dom Casmurro ;
a casa é a mesma da Renânia;
la même maison de Renania ;,
vê se deixas essa caverna do Engenho Novo, e vai lá passar uns quinze dias comigo. »
quitte ta caverne d’Engenho Novo, et viens passer quinze jours avec moi. »
— « Meu caro Dom Casmurro, não cuide que o dispenso do teatro amanhã; 
– « Mon cher Dom Casmurro, ne croyez pas que je vous dispense du théâtre demain ;
venha e dormirá aqui na cidade;
venez ! vous dormirez ici, en ville.
dou-lhe camarote, dou-lhe chá, dou-lhe cama;
je vous trouve une loge et je vous offre le thé, et un lit aussi ;
 só não lhe dou moça. »
mais je ne vous offre pas de fille. »
Não consultes dicionários.
Ne regardez pas le dictionnaire.
Casmurro não está aqui no sentido que eles lhe dão, mas no que lhe pôs o vulgo de homem calado e metido consigo.
Casmurro, n’a pas le sens que nous lui donnons ici, mais celui plus ordinaire du bourru : un homme silencieux et taciturne.
Dom veio por ironia, para atribuir-me fumos de fidalgo.
« Dom » a été posé de manière ironique, en ajoutant une dimension distinguée et noble.
Tudo por estar cochilando!
Tout ça pour avoir fermé les yeux un moment !
Também não achei melhor título para a minha narração;
Aussi, je n’ai pas trouvé de meilleur titre à mon récit ;
se não tiver outro daqui até ao fim do livro, vai este mesmo.
et il restera le même si je n’en trouve pas d’autres avant la fin du livre.
O meu poeta do trem ficará sabendo que não lhe guardo rancor.
Mon poète du train constatera que je ne lui en garde aucune rancune.
 E com pequeno esforço, sendo o título seu, poderá cuidar que a obra é sua.
Et avec un peu d’effort, et comme le titre est le sien, il pourra penser que cet œuvre est la sienne.
Há livros que apenas terão isso dos seus autores; 
Il y a en effet des livres qui ne doivent pas autre chose à leurs auteurs ;
alguns nem tanto.
certains, même pas cela.




****************

DOM CASMURRO I

Œuvre de Joaquim Maria Machado de Assis

La Poésie de Joaquim Maria Machado de Assis
Poema de Machado de Assis




Littérature Brésilienne
Literatura Brasileira

Joaquim Maria Machado de Assis
 Rio de Janeiro 1839 – 1908 Rio de Janeiro
joaquim-maria-machado-de-assis-artgitato

 




 

La Poésie de

Joaquim Maria Machado de Assis

Traduction Jacky Lavauzelle

(Un Vieux Pays Texte écrit par Machado de Assis en français)

***

Un Vieux Pays

Il est un vieux pays, plein d’ombre et de lumière,
Où l’on rêve le jour, où l’on pleure le soir ;

un-vieux-pays-artgitato-machado-de-assis

***

Flor de Mocidade
Fleur de Jeunesse

Eu conheço a mais bella flôr;
Je sais quelle fleur est la plus belle ;
És tu, rosa da mocidade,
C’est toi, la rose de jeunesse,

flor-de-mocidade-artgitato-machado-de-assis-fleur-de-jeunesse

**

Memórias Póstumas de Brás Cubas
Mémoires posthumes de Braz Cubas

memorias-postumas-de-bras-cubas-memoires-posthumes-de-braz-cubas-artgitato-machado-de-assis

*******




 

La Prose de

Joaquim Maria Machado de Assis

 DOM CASMURRO
Roman – Romance
1899

dom-casmurro-machado-de-assis-artgitato-joaquin-sorolla-paseo-par-la-playa-1909-museo-sorolla-madridMachado de Assis

*******

MACHADO DE ASSIS
par Adrien Delpech
en 1910

Machado de Assis eut le rare bonheur d’être connu jeune et de mourir vieux. La consécration de son nom était un de ces faits contre lesquelles jeunes générations ne se rebellent plus. On prend le pli de la vénération tout comme un autre : Irène même servit au triomphe de Voltaire.

Ce fut un précurseur, ou plutôt un écrivain d’exception. En plein échevellement romantique, il se maintenait à l’écart, et, jusqu’à son dernier jour, il a conservé une place à part entre les auteurs brésiliens.

Longues périodes redondantes, phrases de contexture un peu molle, dont le rythme et l’harmonie sont souvent la qualité dominante, vision grandiose, mais parfois diffuse de la Nature et des événements, propension à l’enthousiasme et à l’emphase, voilà certes des tendances péninsulaires que les peuples de formation nouvelle conservèrent sur le Nouveau Continent. Je ne veux pas dire qu’il n’y ait que cela, mais il y a certainement de cela dans les poésies de Campoamor et dans celles de Gonçalves Dias, dans les discours de Castellar et dans ceux de Silveira Martins.

Or, si quelqu’un fut concis dans la forme, indifférent au style pompeux, et rebelle à la grandiloquence, ce fut incontestablement l’écrivain dont nous nous occupons.

D’où lui vint donc sa notoriété, qui le place à un si haut rang parmi les intellectuels de son pays ?

Peut-être de ce contraste même.

Dans l’exercice de tout art, il faut distinguer l’instinct des tendances acquises. L’un est fatal et physiologique, les autres peuvent être le résultat d’un idéal d’occasion. L’éducation modifie, mais ne refait pas un tempérament. Pourquoi l’évolution de l’intellectualité latine va-t-elle aujourd’hui de préférence vers l’ironie et la concision du style, c’est ce qu’on ne peut réduire à une loi. La réaction contre le romantisme, l’imitation de quelques coryphées, un certain goût pour la littérature scientifique et précise, y ont sans doute contribué. Mais rien ne permet d’affirmer qu’une réaction ne se produira pas demain. Il y a toujours eu des va et des vient. À l’éparpillement et à la prolixité du XVIe siècle a succédé la pondération classique ; à l’enthousiasme et au délaiement du romantisme, le sourire et le raccourci de notre temps. Encore reste-t-il à expliquer, si l’on admet que notre époque n’est pas du tout lyrique, pourquoi les pièces à panache de M. Edmond Rostand ont une si fulgurante carrière.

Machado de Assis possédait naturellement le don de condenser beaucoup d’idées en peu de phrases, et de découvrir les traits saillants des visages et des caractères. Ces qualités, beaucoup en reconnaissaient le mérite, qui ont continué de s’approvisionner au bazar de la rhétorique d’oripeaux de moins bon aloi. La sobriété, les teintes douces, l’ironie bienveillante de Machado de Assis n’offusquaient personne. Les délicats s’y complurent ; les truculents n’y virent point un péril pour leur gloire. On lui pardonna d’abord, on acclama plus tard son talent.

De là à être un auteur populaire, il y a loin. Machado de Assis n’a rien de ce qui plaît au grand public. S’il se trouve souvent des situations fortes dans ses contes, il dédaigna d’en tirer parti, et répugna toujours aux sentiments outrés et aux ficelles banales.

La masse ne s’intéresse guère qu’aux situations, tandis qu’elles ne sont qu’un prétexte pour l’artiste. On peut faire presque mécaniquement du feuilleton industriel et du roman commercial, en dosant l’impression à produire sur les nerfs des gens peu cultivés et sensibles ; c’est une question de pression et d’engrenages, comme pour les automobiles. L’art véritable demeure toujours supérieur à l’expérience et aux formules.

Il y a toujours chez un auteur populaire, fût-il même un grand poète comme cela se voit, un fond de philosophie courante et banale. Le gros public conserve de préférence dans sa mémoire les tirades poncives et les refrains d’orgue de barbarie. La foule n’aime que ce qui est tombé dans son domaine, qui est le domaine commun. Les idées vierges et les images neuves ne la séduisent pas. Elles ne lui plaisent qu’après avoir longtemps traîné sur le trottoir. Chez un poète de génie, ce qui agrée aux lettrés n’est généralement pas ce qui séduit la foule ; tout au moins les motifs d’admiration sont-ils différents.

Machado de Assis restera l’auteur favori d’une élite, ce qui est une garantie de survie. Il ne faut pas confondre célébrité et popularité : huit cent mille exemplaires d’un journal à grand tirage répandent en une matinée dans toutes les loges de concierges la bonne parole d’un feuilletoniste en vogue. Par contre, on n’a peut-être pas imprimé cinquante éditions de Kant en cent trente ans. Un auteur peut voir tirer ses livres à soixante mille exemplaires en six mois, ce n’est jamais qu’une élite qui maintiendra sa renommée. — En matière d’art, contrairement à la politique, on ne triomphe que par les minorités.

Machado de Assis était avant tout un curieux. Cet homme mince, effacé, qui se renfermait dans un cercle d’amis et n’avait point le don de la parole, étant né bègue, contemplait, à travers son lorgnon à minces cercles d’or, toutes les manifestations de l’âme humaine, avec une indicible satisfaction. Laideur ou beauté, infirmités morales ou saines manifestations d’équilibre, tout était pour lui matière à étude et à dilettantisme. Il s’enthousiasmait peu et ne s’indignait pas. Il avait sa place au parterre, et dans quel théâtre ! Employé supérieur du ministère de l’Industrie, ayant, je crois, suivi la filière, il vit grimacer dans son bureau et devant sa table les types les plus divers. Comme Molière chez son barbier, il contemplait le défilé. Depuis le ministre jusqu’au plus humble solliciteur, des gens de toutes conditions et de toutes mentalités se trémoussaient devant lui comme des marionnettes. La morgue des uns, la platitude des autres, le désir du lucre, les tripotages de toute sorte, l’écho des influences féminines et des secrets d’alcôve ; quelle série d’aspects pour un écrivain ! — Les ministres : il en connut au moins cinquante, dont les portraits jaunissent mélancoliquement dans l’antichambre du ministère. Parfois un de ses collègues devait se pencher vers lui pour lui dire : « Voici un tel… Savez-vous la nouvelle ?… » et les anecdotes réelles, les racontages, les médisances, et aussi les calomnies, moins laides souvent que la réalité toute crue, s’accumulaient dans sa mémoire, en un énorme dossier de documents humains.

Machado de Assis
Quelques Contes – Préface
Traduction par Adrien Delpech
Garnier Frères
1910
pp. v-xxix

VERGERS – Recueil de poèmes de RAINER MARIA RILKE – 1924-1925

Rainer Maria Rilke
VERGERS

VERGERS
1924-1925
Ecrits en Français

signature 2


LITTERATURE ALLEMANDE
Deutsch Literatur

Gedichte – Poèmes

 

RAINER MARIA RILKE
1875-1926

 Rainer Maria Rilke Portrait de Paula Modersohn-Becker 1906
Portrait de Rainer Maria Rilke
1906
Par Paula Modersohn-Becker

*








 

VERGERS
de Rainer Maria Rilke
1924-1925

Gedicht von Rainer Maria Rilke

 

*

Vergers Rainer Maria Rilke 1924 1925 Artgitato Paul Klee Mythe de Fleur 1918
Mythe de Fleurs Paul Klee 1918

*




VERGERS

1
MON COEUR FAIT CHANTER DES ANGES

Ce soir mon cœur fait chanter
des anges qui se souviennent
Une voix, presque mienne,
par trop de silence tentée,

Monte et se décide
à ne plus revenir;
tendre et intrépide,
à quoi va-t-elle s’unir ?

 

2
LAMPE DU SOIR

Lampe du soir, ma calme confidente,
mon coeur n’est point par toi dévoilé;
(on s’y perdrait peut-être;) mais sa pente
du côté sud est doucement éclairée.

C’est encore toi, ô lampe d’étudiant,
qui veux que le liseur de temps en temps
s’arrête, étonné, et se d´range
sur son bouquin, te regardant.

(Et ta simplicité supprime un Ange.)

3
L’ANGE A TA TABLE

Reste tranquille, si soudain
l’Ange à ta table se décide;
efface doucement les quelques rides
que fait la nappe sous ton pain.

Tu offriras ta rude nourriture,
pour qu’il en goûte à son tour,
et qu’il soulève à la lèvre pure
un simple verre de tous les jours.




4
LES ETRANGES CONFIDENCES

Combien a-t-on fait aux fleurs
d’étranges confidences,
pour que cette fine balance
nous dise le poids de l’ardeur.

Les astres sont tous confus
qu’à nos chagrins on les mêle.
Et du plus fort au plus frêle
nul ne supporte plus

notre humeur variable,
nos révoltes, nos cris -,
sauf l’infatigable table
et le lit (table évanouie).

5
LES DANGERS DE LA POMME

Tout se passe à peu près comme
si l’on reprochait à la pomme
d’être bonne à manger.
Mais il reste d’autres dangers.

Celui de la laisser sur l’arbre,
celui de la sculpter en marbre,
et le dernier, le pire :
de lui en vouloir d’être en cire.

6
L’INVISIBLE

Nul ne sait, combien ce qu’il refuse,
l’Invisible, nous domine, quand
notre vie à l’invisible ruse
cède, invisiblement.

Lentement, au gré des attirances
notre centre se déplace pour
que le cœur s’y rende à son tour:
lui, enfin Grand-Maître des absences.

7
LES PLIS DES ETOILES DORMANTES

À Mme et M. Albert Vulliez.

Paume, doux lit froissé
où des étoiles dormantes
avaient laissé des plis
en se levant vers le ciel.

Est-ce que ce lit était tel
qu’elles se trouvent reposées,
claires et incandescentes,
parmi les astres amis
en leur élan éternel?

Ô les deux lits de mes mains
Abandonnés et froids,
légers d’un absent poids
de ces astres d’airain.

8
LES DERNIERS MOTS

Notre avant-dernier mot
serait un mot de misère,
mais devant la conscience-mère
le tout dernier sera beau.

Car il faudra qu’on résume
tous les efforts d’un désir
qu’aucun goût d’amertume
ne saurait contenir.




9
LE SILENCE DIVIN

Si l’on chante un dieu,
ce dieu vous rend son silence.
Nul de nous ne s’avance
que vers un dieu silencieux.

Cet imperceptible échange
qui nous fait frémir,
devient l’héritage d’un ange
sans nous appartenir.

10
C’EST LE CENTAURE QUI A RAISON

C’est le centaure qui a raison,
qui traverse par bonds les saisons
d’un monde à peine commencé
qu’il a de sa force comblé.

Ce n’est que l’Hermaphrodite
qui est complet dans son gîte.
Nous cherchons en tous les lieux
la moitié perdue de ces Demi-Dieux.

11
CORNE D’ABONDANCE

Ô belle corne, d’où
penchée vers notre attente?
Qui n’êtes qu’une pente
en calice, déversez-vous!

Des fleurs, des fleurs, des fleurs,
qui, en tombant font un lit
aux bondissantes rondeurs
de tant de fruits accomplis!

Et tout cela sans fin
nous attaque et s’élance,
pour punir l’insuffisance
de notre cœur déjà plein.

Ô corne trop vaste, quel
miracle par vous se donne !
Ô cor de chasse, qui sonne
des choses, au souffle du ciel !

12
COMME UN VERRE DE VENISE

Comme un verre de Venise
sait en naissant ce gris
et la clarté indécise
dont il sera épris,

ainsi tes tendres mains
avaient rêvé d’avance
d’être la lente balance
de nos moments trop pleins.

13
DOUX PÂTRE

Doux pâtre qui survit
tendrement à son rôle
avec sur son épaule
un débris de brebis.
Doux pâtre qui survit
en ivoire jaunâtre
à son jeu de pâtre.
Ton troupeau aboli
autant que toi dure
dans la lente mélancolie
de ton assistante figure
qui résume dans l’infini
la trêve d’actives pâtures.

14
LA PASSANTE D’ETE

Vois-tu venir sur le chemin la lente, l’heureuse,
celle que l’on envie, la promeneuse?
Au tournant de la route il faudrait qu’elle soit
saluée par de beaux messieurs d’autrefois.

Sous son ombrelle, avec une grâce passive,
elle exploite la tendre alternative:
s’effaçant un instant à la trop brusque lumière,
elle ramène l’ombre dont elle s’éclaire.




15
SUR LE SOUPIR DE L’AMIE

Sur le soupir de l’amie
toute la nuit se soulève,
une caresse brève
parcourt le ciel ébloui.

C’est comme si dans l’univers
une force élémentaire
redevenait la mère
de tout amour qui se perd.

16
PETITE ANGE EN PORCELAINE

Petit Ange en porcelaine,
s’il arrive que l’on te toise,
nous t’avions quand l’année fut pleine,
coiffé d’une framboise.

Ça nous semblait tellement futile
de te mettre ce bonnet rouge,
mais depuis lors tout bouge
sauf ton tendre tortil.

Il est desséché, mais il tient,
on dirait parfois qu’il embaume;
couronné d’un fantôme,
ton petit front se souvient.

17
LE TEMPLE DE L’AMOUR

Qui vient finir le temple de l’Amour?
Chacun en emporte une colonne;
et à la fin tout le monde s’étonne
que le dieu à son tour

de sa flèche brise l’enceinte.
(Tel nous le connaissons.)
Et sur ce mur d’abandon
pousse la plainte.

18
EAU QUI PRESSE

Eau qui se presse, qui court -, eau oublieuse
que la distraite terre boit,
hésite un petit instant dans ma main creuse,
souviens-toi!
Clair et rapide amour, indifférence,
presque absence qui court,
entre ton trop d’arrivée et ton trop de partance
Tremble un peu de séjour.

19
EROS

I
Ô toi, centre du jeu
où l’on perd quand on gagne;
célèbre comme Charlemagne,
roi, empereur et Dieu, –

tu es aussi le mendiant
en pitoyable posture,
et c’est ta multiple figure
qui te rend puissant. –

Tout ceci serait pour le mieux;
mais tu es, en nous (c’est pire)
comme le noir milieu
d’un châle brodé de cachemire.

II
Ô faisons tout pour cacher son visage
d’un mouvement hagard et hasardeux,
il faut le reculer au fond des âges
pour adoucir son indomptable feu.

Il vient si près de nous qu’il nous sépare
de l’être bien-aimé dont il se sert;
il veut qu’on touche, c’est un dieu barbare
que des panthères frôlent au désert.

Entrant en nous avec son grand cortège,
il y veut tout illuminé, –
lui, qui après se sauve comme d’un piège,
sans qu’aux appâts il ait touché.

III
Là, sous la treille, parmi le feuillage
il nous arrive de le deviner:
son front rustique d’enfant sauvage,
et son antique bouche mutilée …

La grappe devant lui devient pesante
et semble fatiguée de sa lourdeur,
un court moment on frôle l’épouvante
de cet heureux été trompeur.

Et son sourire cru, comme il l’infuse
à tous les fruits de son fier décor;
partout autour il reconnaît sa ruse
qui doucement le berce et l’endort.

IV
Ce n’est pas la justice qui tient la balance préciser
c’est toi, ô Dieu à l’envie indivise,
qui pèses nos torts,
et qui de deux cœurs qu’il meurtrit et triture
fais un immense cœur plus grand que nature,
qui voudrait encor

grandir…Toi, qui indifférente et superbe,
humilies la bouche et exaltes le verbe
vers un ciel ignorant…
Toi qui mutiles les êtres en les ajoutant
à l’ultime absence dont ils sont des fragments.

20
QUE LE DIEU SE CONTENTE DE NOUS

Que le dieu se contente de nous,
de notre instant insigne,
avant qu’une vague maligne
nous renverse et pousse à bout.

Un moment nous étions d’accord :
lui, qui survit et persiste,
et nous dont le cœur triste
s’étonne de son effort.




21
DANS LA MULTIPLE RENCONTRE

Dans la multiple rencontre
faisons à tout sa part,
afin que l’ordre se montre
parmi les propos du hasard.

Tout autour veut qu’on l’écoute -,
écoutons jusqu’au bout;
car le verger et la route
c’est toujours nous !

22
LA DISCRETION DES ANGES

Les Anges, sont-ils devenus discrets !
Le mien à peine m’interroge.
Que je lui rende au moins le reflet
d’un émail de Limoges.

Et que mes rouges, mes verts, mes bleus
son œil rond réjouissent.
S’il les trouve terrestres, tant mieux
pour un ciel en prémisses.

23
LE MOUVANT EQUILIBRE

Combien le pape au fond de son faste,
sans être moins vénérable,
par la sainte loi du contraste
doit attirer le diable.

Peut-être qu’on compte trop peu
avec ce mouvant équilibre;
il y a des courants dans le Tibre,
tout jeu veut son contre-jeu.

Je me rappelle Rodin
qui me dit un jour d’un air mâle
(nous prenions, à Chartres, le train)
que, trop pure, la cathédrale
provoque un vent de dédain.

24
CE QU’IL NOUS FAUT CONSENTIR

C’est qu’il nous faut consentir
à toutes les forces extrêmes;
l’audace est notre problème
malgré le grand repentir.

Et puis, il arrive souvent
que ce qu’on affronte, change:
le calme devient ouragan,
l’abîme le moule d’un ange.

Ne craignons pas le détour.
Il faut que les Orgues grondent,
pour que la musique abonde
de toutes les notes de l’amour.

26
LA FONTAINE

Je ne veux qu’une seule leçon, c’est la tienne,
fontaine, qui en toi-même retombes, –
celle des eaux risquées auxquelles incombe
ce céleste retour vers la vie terrienne.

Autant que ton multiple murmure
rien ne saurait me servir d’exemple;
toi, ô colonne légère du temple
qui se détruit par sa propre nature.

Dans ta chute, combien se module
chaque jet d’eau qui termine sa danse.
Que je me sens l’élève, l’émule
de ton innombrable nuance!

Mais ce qui plus que ton chant vers toi me décide
c’est cet instant d’un silence en délire
lorsqu’ à la nuit, à travers ton élan liquide
passe ton propre retour qu’un souffle retire.

27
MON CORPS

Qu’il est doux parfois d’être de ton avis ;
frère aîné, ô mon corps,
qu’il est doux d’être fort
de ta force,
de te sentir feuille, tige, écorce
et tout ce que tu peux devenir encor,
toi, si près de l’esprit.

Toi, si franc, si uni
dans ta joie manifeste
d’être cet arbre de gestes
qui, un instant, ralentit
les allures célestes
pour y placer sa vie.

28
LA DEESSE

Au midi vide qui dort
combien de fois elle passe,
sans laisser à la terrasse
le moindre soupçon d’un corps.

Mais si la nature la sent,
l’habitude de l’invisible
rend une clarté terrible
à son doux contour apparent.

29
LE VERGER
I

Peut-être que si j’ai osé t’écrire,
langue prêtée, c’était pour employer
ce nom rustique dont l’unique empire
me tourmentait depuis toujours: Verger.

Pauvre poète qui doit élire
pour dire tout ce que ce nom comprend,
un à peu près trop vague qui chavire,
ou pire: la clôture qui défend.

Verger: ô privilège d’une lyre
de pouvoir te nommer simplement;
nom sans pareil qui les abeilles attire,
nom qui respire et attend…

Nom clair qui cache le printemps antique,
tout aussi plein que transparent,
et qui dans ses syllabes symétriques
redouble tout et devient abondant.

II

Vers quel soleil gravitent
tant de désirs pesants?
De cette ardeur que vous dites,
où est le firmament?

Pour l’un à l’autre nous plaire,
faut-il tant appuyer?
Soyons légers et légères
à la terre remuée
par tant de forces contraires.

Regardez bien le verger:
c’est inévitable qu’il pèse;
pourtant de ce même malaise
il fait le bonheur de l’été.

III

Jamais la terre n’est plus réelle
que dans tes branches, ô verger blond,
ni plus flottante que dans la dentelle
que font tes ombres sur le gazon.

Là se rencontre ce qui nous reste,
ce qui pèse et ce qui nourrit
avec le passage manifeste
de la tendresse infinie.

Mais à ton centre, la calme fontaine,
presque dormant en son ancien rond,
de ce contraste parle à peine,
tant en elle il se confond.

IV

De leur grâce, que font-ils,
tous ces dieux hors d’usage,
qu’un passé rustique engage
à être sages et puérils?

Comme voilés par le bruit
des insectes qui butinent,
ils arrondissent les fruits;
(occupation divine).

Car aucun jamais ne s’efface,
tant soit-il abandonné;
ceux qui parfois nous menacent
sont des dieux inoccupés.

V

Ai-je des souvenirs, ai-je des espérances,
en te regardant, mon verger?
Tu te repais autour de moi, ô troupeau d’abondance
et tu fais penser ton berger.

Laisse-moi contempler au travers de tes branches
la nuit qui va commencer.
Tu as travaillé; pour moi c’était un dimanche, –
mon repos, m’a-t-il avancé?

D’être berger, qu’y a-t-il de plus juste en somme?
Se peut-il qu’un peu de ma paix
aujourd’hui soit entrée doucement dans tes pomme
Car tu sais bien, je m’en vais…




VI

N’était-il pas, ce verger, tout entier,
ta robe claire, autour de tes épaules?
Et n’as-tu pas senti combien console
son doux gazon qui pliait sous ton pied?

Que de fois, au lieu de promenade,
il s’imposait en devenant tout grand;
et c’était lui et l’heure qui s’évade
qui passaient par ton être hésitant.

Un livre parfois t’accompagnait…
Mais ton regard, hanté de concurrences,
au miroir de l’ombre poursuivait
un jeu changeant de lentes ressemblances.

 

VII

Heureux verger, tout tendu à parfaire
de tous ses fruits les innombrables plans,
et qui sait bien son instinct séculaire
plier à la jeunesse d’un instant.

Quel beau travail, quel ordre que le tien!
Qui tant insiste dans les branches torses,
mais qui enfin, enchanté de leur force,
déborde dans un calme aérien.

Tes dangers et les miens, ne sont-ils point
tout fraternels, ô verger, ô mon frère?
Un même vent, nous venant de loin,
nous force d’être tendres et austères.

30
TOUTES LES JOIES DES AÏEUX

Toutes les joies des aïeux
ont passé en nous et s’amassent;
leur cœur, ivre de chasse,
leur repos silencieux

devant un feu presque éteint…
Si dans les instants arides
de nous notre vie se vide,
d’eux nous restons tout pleins.

Et combien de femmes ont dû
en nous se sauver, intactes,
comme dans l’entr’acte
d’une pièce qui n’a pas plu -,

parées d’un malheur qu’aujourd’hui
personne ne veut ni ne porte,
elles paraissent fortes
appuyées sur le sang d’autrui.

Et des enfants, des enfants!
Tous ceux que le sort refuse,
en nous exercent la ruse
d’exister pourtant.

 

31
PORTRAIT INTERIEUR

Ce ne sont pas des souvenirs
qui, en moi, t’entretiennent;
tu n’es pas non plus mienne
par la force d’un beau désir.

Ce qui te rend présente,
c’est le détour ardent
qu’une tendresse lente
décrit dans mon propre sang.

Je suis sans besoin
de te voir apparaître;
il m’a suffi de naître
pour te perdre un peu moins.

32
LA DOUCE VIE

Comment encore reconnaître
ce que fut la douce vie?
En contemplant peut-être
dans ma paume l’imagerie

de ces lignes et de ces rides
que l’on entretient
en fermant sur le vide
cette main de rien.

33
LE SUBLIME EST UN DEPART

Le sublime est un départ.
Quelque chose de nous qui au lieu
de nous suivre, prend son écart
et s’habitue aux cieux.

La rencontre extrême de l’art
n’est-ce point l’adieu le plus doux?
Et la musique: ce dernier regard
que nous jetons nous-mêmes vers nous !

34
COMBIEN DE PORTS

Combien de ports pourtant, et dans ces ports
combien de portes, t’accueillant peut-être.
combien de fenêtres
d’où l’on voit ta vie et ton effort.

Combien de grains ailés de l’avenir
qui, transportés au gré de la tempête,
un tendre jour de fête
verront leur floraison t’appartenir.

Combien de vies qui toujours se répondent;
et par l’essor que prend ta propre vie
en étant de ce monde,
quel gros néant à jamais compromis.

35
L’OFFRANDE

N’est-ce pas triste que nos yeux se ferment ?
On voudrait avoir les yeux toujours ouverts,
pour avoir vu, avant le terme,
tout ce que l’on perd.

N’est-il pas terrible que nos dents brillent ?
Il nous aurait fallu un charme plus discret
pour vivre en famille
en ce temps de paix.

Mais n’est-ce pas le pire que nos mains se cramponnent,
dures et gourmandes ?
Faut-il que des mains soient simples et bonnes
pour lever l’offrande !

36
LA MELODIE PASSAGERE

Puisque tout passe, faisons
la mélodie passagère ;
celle qui nous désaltère,
aura de nous raison.

Chantons ce qui nous quitte
avec amour et art ;
soyons plus vite
que le rapide départ.

37
L’ÂME-OISEAU

Souvent au-devant de nous
l’âme-oiseau s’élance;
c’est un ciel plus doux
qui déjà la balance,

pendant que nous marchons
sous des nuées épaisses.
Tout en peinant, profitons
de son ardente adresse.

38
VUE DES ANGES

Vues des Anges, les cimes des arbres peut-être
sont des racines, buvant les deux;
et dans le sol, les profondes racines d’un hêtre
leur semblent des faîtes silencieux.

Pour eux, la terre, n’est-elle point transparente
en face d’un ciel, plein comme un corps?
Cette terre ardente, où se lamente
auprès des sources l’oubli des morts.

39
LES INCONNUS

Mes amis, vous tous, je ne renie
aucun de vous; ni même ce passant
qui n’était de l’inconcevable vie
qu’un doux regard ouvert et hésitant.

Combien de fois un être, malgré lui,
arrête de son œil ou de son geste
l’imperceptible fuite d’autrui,
en lui rendant un instant manifeste.

Les inconnus. Ils ont leur large part
à notre sort que chaque jour complète.
Précise bien, ô inconnue discrète,
mon cœur distrait, en levant ton regard.

40
LE CYGNE

Un cygne avance sur l’eau
tout entouré de lui-même,
comme un glissant tableau;
ainsi à certains instants
un être que l’on aime
est tout un espace mouvant.

Il se rapproche, doublé,
comme ce cygne qui nage,
sur notre âme troublée…
qui à cet être ajoute
la tremblante image
de bonheur et de doute.

41
NOSTALGIE DES LIEUX

Ô nostalgie des lieux qui n’étaient point
assez aimés à l’heure passagère,
que je voudrais leur rendre de loin
le geste oublié, l’action supplémentaire !

Revenir sur mes pas, refaire doucement
– et cette fois, seul – tel voyage,
rester à la fontaine davantage,
toucher cet arbre, caresser ce banc…

Monter à la chapelle solitaire
que tout le monde dit sans intérêt;
pousser la grille de ce cimetière,
se taire avec lui qui tant se tait.

Car n’est-ce pas le temps où il importe
de prendre un contact subtil et pieux ?
Tel était fort, c’est que la terre est forte;
et tel se plaint: c’est qu’on la connaît peu.

42
LE SORT IMMOBILE

Ce soir quelque chose dans l’air a passé
qui fait pencher la tête;
on voudrait prier pour les prisonniers
dont la vie s’arrête.
Et on pense à la vie arrêtée…

À la vie qui ne bouge plus vers la mort
et d’où l’avenir est absent ;
où il faut être inutilement fort
et triste, inutilement.

Où tous les jours piétinent sur place,
où toutes les nuits tombent dans l’abîme,
et où la conscience de l’enfance intime
à ce point s’efface,

qu’on a le cœur trop vieux pour penser un enfant
Ce n’est pas tant que la vie soit hostile;
mais on lui ment,
enfermé dans le bloc d’un sort immobile.

43
TEL CHEVAL QUI BOIT A LA FONTAINE

Tel cheval qui boit à la fontaine,
telle feuille qui en tombant nous touche,
telle main vide, ou telle bouche
qui nous voudrait parler et qui ose à peine -,

autant de variations de la vie qui s’apaise,
autant de rêves de la douleur qui somnole:
ô que celui dont le coeur est à l’aise,
cherche la créature et la console.




45
LUMIERE

Cette lumière peut-elle
tout un monde nous rendre ?
Est-ce plutôt la nouvelle
ombre, tremblante et tendre,
qui nous rattache à lui ?
Elle qui tant nous ressemble
et qui tourne et tremble
autour d’un étrange appui.
Ombres des feuilles frêles,
sur le chemin et le pré,
geste soudain familier
qui nous adopte et nous mêle
à la trop neuve clarté.

46
LA BLONDEUR DU JOUR

Dans la blondeur du jour
passent deux chars pleins de briques ;
ton rosé qui revendique
et renonce tour à tour.

Comment se fait-il que soudain
ce ton attendri signifie
un nouveau complot de vie
entre nous et demain.

47
LE SILENCE UNI DE L’HIVER

Le silence uni de l’hiver
est remplacé dans l’air
par un silence à ramage;
chaque voix qui accourt
y ajoute un contour,
y parfait une image.

Et tout cela n’est que le fond
de ce qui serait l’action
de notre cœur qui surpasse
le multiple dessin
de ce silence plein
d’inexprimable audace.

 

48
LA NATURE

Entre le masque de brume
et celui de verdure,
voici le moment sublime où la nature
se montre davantage que de coutume.

Ah, la belle! Regardez son épaule
et cette claire franchise qui ose …
Bientôt de nouveau elle jouera un rôle
dans la pièce touffue que l’été compose.

49
LE DRAPEAU

Vent altier qui tourmente le drapeau
dans la bleue neutralité du ciel,
jusqu’à le faire changer de couleur,
comme s’il voulait le tendre à d’autres nations
par-dessus les toits. Vent impartial,
vent du monde entier, vent qui relie,
évocateur des gestes qui se valent,
ô toi, qui provoques les mouvements interchangeables
Le drapeau étale montre son plein écusson, –
mais dans ses plis quelle universalité tacite !

Et pourtant quel fier moment
lorsqu’un instant le vent se déclare
pour tel pays: consent à la France,
ou subitement s’éprend

des Harpes légendaires de la verte Irlande.
Montrant toute l’image, comme un joueur de cartes
qui jette son atout,
et qui de son geste et de son sourire anonyme,
rappelle je ne sais quelle image
de la Déesse qui change.

50
LA FENÊTRE

I

N’es-tu pas notre géométrie,
fenêtre, très simple forme
qui sans effort circonscris
notre vie énorme?

Celle qu’on aime n’est jamais plus belle
que lorsqu’on la voit apparaître
encadrée de toi; c’est, ô fenêtre,
que tu la rends presque éternelle.

Tous les hasards sont abolis. L’être
se tient au milieu de l’amour,
avec ce peu d’espace autour
dont on est maître.

II

Fenêtre, toi, ô mesure d’attente,
tant de fois remplie,
quand une vie se verse et s’impatiente
vers une autre vie.

Toi qui sépares et qui attires,
changeante comme la mer, –
glace, soudain, où notre figure se mire
mêlée à ce qu’on voit à travers ;

échantillon d’une liberté compromise
par la présence du sort ;
prise par laquelle parmi nous s’égalise
le grand trop du dehors.

III

Assiette verticale qui nous sert
la pitance qui nous poursuit,
et la trop douce nuit
et le jour, souvent trop amer.

L’interminable repas,
assaisonné de bleu -,
il ne faut pas être las
et se nourrir par les yeux.

Que de mets l’on nous propose
pendant que mûrissent les prunes;
ô mes yeux, mangeurs de rosés,
vous allez boire de la lune !

51
A LA BOUGIE ETEINTE

À la bougie éteinte,
dans la chambre rendue à l’espace,
on est frôlé par la plainte
de feu la flamme sans place.

Faisons-lui un subtil
tombeau sous notre paupière,
et pleurons comme une mère
son très familier péril.

52
L’APPROCHE

C’est le paysage longtemps, c’est une cloche,
c’est du soir la délivrance si pure -;
mais tout cela en nous prépare l’approche
d’une nouvelle, d’une tendre figure…

Ainsi nous vivons dans un embarras très étrange
entre l’arc lointain et la trop pénétrante flèche;
entre le monde trop vague pour saisir l’ange
et Celle qui, par trop de présence, l’empêche.

53
LA ROSE

On arrange et on compose
les mots de tant de façons,
mais comment arriverait-on
à égaler une rosé ?

Si on supporte l’étrange
prétention de ce jeu,
c’est que, parfois, un ange
le dérange un peu.

54
L’IMPERTUBABLE NATURE

J’ai vu dans l’œil animal
la vie paisible qui dure,
le calme impartial
de l’imperturbable nature.

La bête connaît la peur ;
mais aussitôt elle avance
et sur son champ d’abondance
broute une présence
qui n’a pas le goût d’ailleurs.

55
OBJETS OBSCURS

Faut-il vraiment tant de danger
à nos objets obscurs?
Le monde serait-il dérangé,
étant un peu plus sûr?

Petit flacon renversé,
qui t’a donné cette mince base?
De ton flottant malheur bercé,
l’air est en extase.

56
LA DORMEUSE

Figure de femme, sur son sommeil
fermée, on dirait qu’elle goûte
quelque bruit à nul autre pareil
qui la remplit toute.

De son corps sonore qui dort
elle tire la jouissance
d’être un murmure encor
sous le regard du silence.




57
LA BICHE

Ô la biche : quel bel intérieur
d’anciennes forêts dans tes yeux abonde ;
combien de confiance ronde
mêlée à combien de peur.

Tout cela, porté par la vive
gracilité de tes bonds.
Mais jamais rien n’arrive
à cette impossessive
ignorance de ton front.

58
SOUS CES BEAUX ARBRES

Arrêtons-nous un peu, causons.
C’est encore moi, ce soir, qui m’arrête,
c’est encore vous qui m’écoutez.

Un peu plus tard d’autres joueront
aux voisins sur la route
sous ces beaux arbres que l’on se prête.

59
LES ADIEUX

Tous mes adieux sont faits. Tant de départs
m’ont lentement formé dès mon enfance.
Mais je reviens encor, je recommence,
ce franc retour libère mon regard.

Ce qui me reste, c’est de le remplir,
et ma joie toujours impénitente
d’avoir aimé des choses ressemblantes
à ces absences qui nous font agir.

 

VERGERS
de Rainer Maria Rilke
1924-1925

Gedicht von Rainer Maria Rilke

 

*

Vergers Rainer Maria Rilke 1924 1925 Artgitato Paul Klee Mythe de Fleur 1918