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ALZHEIMER – Roman musical de Jacky Lavauzelle – Chapitre 4

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ALZHEIMERJohanna Kurkela



Roman musical de
Jacky Lavauzelle

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Alzheimer Roman Musical Jacky Lavauzelle

 

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ALZHEIMER
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Roman musical


-IV-

10 février 2012. 8h30 Gare Saint-Jean

[Johanna Kurkela – Sun Särkyä Anna Mä En]

Johanna Kurkela inondait par bulles les yeux endormis de Paul et le plongeait dans un silence de forêt sous les astres livides au-dessus de sa cabane isolée.
Paul ne raisonnait plus. De si grands feux partaient sur les lignes ferrées telles des fontaines ardentes. Paul s’imaginait prophète en route vers la Jérusalem céleste. Johanna pour unique Dieu. Et Paul rentrait en contact avec son Dieu au milieu des pécheurs et des satanistes qui couraient vers leurs montures de fer. Paul se réchauffait à son soleil et se consolaient.
Et pourtant, il n’avait rien fumé ni absorbé.
Heureusement !
Au cœur des tempêtes, il ne voyait pas une seule ombre ni aucun relief. Il la pria qu’il souhaitait la prendre pour se laver de tous ses péchés.

Paul regarda son train qui était en gare. Une dame vint lui poser une main sur son épaule. Elle lui cria :

– Mon chéri ! Mon chéri, je suis là ! Regarde !

Paul pensa une seconde que Johanna était descendue du ciel. Quelle venait moissonner sa saison. Malheureusement, ce n’était qu’une méprise. La dame s’excusa, affreusement gênée. Paul la vit rougir et fut content de penser qu’il en était à l’origine.
Il avait aimé cette odeur de framboise, adorable odeur de fruit rouge, surtout en cette saison si triste et sans odeur réellement agréable. Quelques secondes et un rêve s’était formé. Quelques secondes pour imaginer que, d’un vol, Johanna, s’était transportée jusqu’ici, physiquement avec lui. Mais même ce rêve n’avait été que fugace et immédiat. Johanna n’aurait jamais porté un tel parfum. Il en était certain. Et Paul de composer mentalement le parfum idéal, le seul que pouvait porter Johanna.

[Johanna Kurkela -Ainutlaatuinen]

Il était pétillant et la fève de tonka aurait marqué l’ensemble, venu d’un puissant teck que seul le Brésil savait produire. Il donnait à ce parfum autant un délire olfactif que gustatif. Il l’aurait mélangé à des notes fugaces et fusantes pour mieux retranscrire son caractère inaccessible, protecteur et divin. Paul composait tout en attendant sur le quai 7 et, avec la petite partie de son cerveau encore non occupée à la lourde et sérieuse tâche de parfumeur, savait que dans l’heure qui arrivait, il allait voir monter son excitation et son plaisir. Non à cause du parfum, quoique celui-ci devait y participer, mais à cause de sa prochaine arrivée à Arcachon.

Dans une heure, il reverrait Georges qui s’occuperait de lui, lui installerait la puce et lui donnerait les fameux cachets. Les problèmes seraient résolus et le monde allait changer.
Son monde.

Il lui restait cinq minutes avant le départ. Paul ne se lassait pas de faire des paris dans sa tête, combien louperaient le train, combien arriveraient dans la dernière minute.
Paul regarda les derniers retardataires courir après le train, alors qu’il ne restait qu’une minute ou deux avant le départ. Paul appréciait cette urgence. Ce temps si compressé qui apportait tant d’émotion. Il les voyait aux abois, le cœur battant comme un tambour. Aucun amour ne pouvait, à ses yeux, engendrer un tel battement. Les battements de l’urgence étaient ce qu’il y avait de plus beau, pensa-t-il. Tout est si surévalué alors. Toutes les secondes deviennent si importantes. On aurait dit des ivrognes à la recherche d’un dernier ballon de rouge pour la route, des junkies à la recherche d’une ultime dose. Ces pressés de la dernière minute avaient la couleur du temps. Blême ! Fade ! Triste ! Tout le sang était alors accaparé pour faire battre à la chamade ce cœur ; ce cœur qui bat, qui bat, qui bat, comme aurait dit le Diable-Berry devant les statues des amoureux.

Le froid était toujours présent, comme la semaine dernière et avait déjà tué dix personnes. Par bonheur, l’Aquitaine, contrairement à d’autres départements, contrairement à la Dordogne ou au Lot-et-Garonne voisins, n’avaient pas de transports perturbés ni de restrictions. Les gens seulement l’étaient. Mais ça n’était pas dû au froid, quoique, ça ne devait pas les arranger.
Allez demander à une pomme de terre de supporter un gel à -15° !

Paul pensa à l’Arétin. Vous, vous ne pensez jamais à l’Arétin. Paul, si ! Croix de bois… Il y pensait souvent. Il connaissait surtout les Sonetti lussuriosi ! Coquin de Paul ! Et pensant à l’Arétin – comme vous, vous pensez aux derniers résultats du classico OM-PSG au Vélodrome, c’est tout dire ! – Paul se dit qu’il fallait vraiment vivre à Venise pour avoir plus de plaisir à voir tomber la neige que de ressentir la suave et douce brise. Il repensa à cette image qu’affectionnait l’Arétin, pour bien faire comprendre ce qu’il entendait par l’hiver. Il le comparait à un abbé ! Et l’été à une pute ! C’est un peu court quand même, se dit-il. Bien sûr l’Arétin, en bon vénitien, faisait voler notre bon abbé, l’hiver, au-dessus de tout ce qui était bon pour la gourmandise humaine, d’un intérieur douillet et d’un bon gros sommeil. Et la pute…enfin, l’été, il la voyait comme une bonne bourgeoise affalée dans le stupre, la boue et la puanteur. Et l’Arétin ajoutait qu’il préférait les cuisines au bon feu de bois, le bon rôti qui tourne et la bonne bouillotte qui te faisait te rapprocher de ta compagne et déchaîner ton tonnerre intérieur. Je ne sais pas s’il aurait pu tenir un tel discours aux pauvres familles de nos dix trépassés, notre Vénitien ! se dit en lui même Paul. Paix à son âme, pensa-t-il, et à ses quatre bûches sèches qui le ravissaient pendant cinq heures à se pâmer. Paix à son printemps des gens d’esprit, ainsi appelait-il aussi l’hiver ! Paul se disait que de cet esprit, il n’en aurait jamais, ou alors ce ne serait pas le même.

Ou alors dans les bras de Johanna !
Lové dans une couette bien épaisse et lui réchauffer ses pieds froids ! Et lui préparer une bonne tisane, avec de l’eau très pure, comme la buvait Georges, qui rajoutait toujours qu’il fallait faire le bon choix et ne pas se tromper, ou la décoction ou la macération ou l’infusion, sinon tu foutais, disait-il, tout en l’air et de poursuivre toujours sur les bonnes plantes qui allaient bien avec l’une ou l’autre, une tisane bien chaude avec du miel du cercle Polaire de Savonia, avec celui que préférait Georges, l’enchantement de Laponie  pensa Paul, son Lapin lumouss qu’il commandait lui-même sur internet, sa Magie des Polarkreises, sa merveille du Cercle Polaire. Là, Paul, aurait embrassé les thèses de l’Arétin, même sans les bûches sèches, sans le chalet douillet, il aurait été d’accord au milieu des papillons nacrés polaires, des aurores boréales, au milieu du petit collier argenté, de lemmings et des tétras en folie. Il aurait même été d’accord entouré de meutes de loups et d’ours blancs ! D’accord, même dans la gueule de Satan ! Il aurait été prêt à se damner ! Il aurait fait bouclier avec son corps bravant les vicissitudes arctiques. Mon Dieu, oui, qu’il aurait été d’accord !

[Johanna Kurkela – Prinsessalle]

Une dame qui n’avait rien à voir avec Johanna vint s’asseoir en face de lui. Elle roulait ses yeux constamment. Voulait-elle l’hypnotiser ? Que lui voulait-elle ? Connaissait-elle ses plans ? Voulait-elle lui soustraire sa pensée ? La coquine ! Il tenta bien de s’en échapper, mais diable qu’elle les tournait bien, les yeux. On eût dit des billes de Pachenko en furie descendant violemment à gauche, à droite, à gauche, dans une baraque de six étages d’Osaka…Paul referma ses yeux et se massa les paupières en finissant par le nez. Puis, nerveusement, éclata de rire. Il avait pensé à une de ses anciennes maîtresses du primaire. Il ne put s’en échapper. La dame en fut vexée et se retira de sa banquette aussi vite comme s’il lui avait montré sa bistouquette en tirant la langue et en levant sa fourche ou s’il lui avait sauté dessus pour enfin l’engendrer, voire la faire jouir, ce qui, au regard de la dame, aurait été une bénédiction.
Les gens ne supportaient plus les désagréments, la dispute, la différence. Alors que c’était ça la vie. Une vie sans problème, c’est la mort, se dit Paul. Il fallait de la différence pour avoir de la dispute. Car sans dispute, pas de vie. Georges aimait souvent raconter cette histoire chez les Laobès du Sénégal.

Vous vous préférez discuter pour savoir si Mitterrand était de gauche ou de droite, si l’Europe nous entube ou non, si notre école et notre système de santé foutent le camp, comment ils récupéreront l’abyssale dette du pays, résultat de leurs incompétences réunies. Georges, lui, aimait parler des Laobès du Sénégal.  Georges racontait qu’un chef Laobé avait décidé d’interdire toutes les disputes dans son village, mais que la situation était devenue si invivable que les Laobés quittèrent le village. Comme quoi !

[Chisu – Yksinäisen keijun tarina]

Alouette France – Paul en passant à Pessac pensait toujours à Jean Eustache. Depuis sa vision dans un ciné-club de Bordeaux de la Maman et la Putain, Paul avait tout vu d’Eustache, du cochon à la rosière. Et Paul pensait à ces jeunes filles qui rentraient et les comparait à celles de la Rosière, quand le jury composé du curé, du juge de paix, du docteur, du maire et des bonnes âmes, notamment des épouses de paysans, se réunissait pour couronner une jeune demoiselle de Pessac à la pureté des mœurs irréprochable. Quelle fille du wagon pouvait encore, à l’âge nubile, porter la couronne de violettes, roses blanches des haies et bleuets ?
Mais le train déjà s’éloignait et Paul préféra oublier. Notre monde avait tellement changé. Paul ne pensait pas en terme qualitatif. Paul s’en foutait. Mais le Mifépristone et les Durex étaient passés par là. Comment présenter une jeune fille au jury de sélection confidentiel, se demanda Paul, quand même et satisfaire, comme il disait, aux conditions sine qua non. Mademoiselle Sonia semble la plus pure du village. D’ailleurs, c’est la seule qui présente quelques qualités morales. Après quelques consommations de beuh, 100% naturelle, cultivée localement,  Mademoiselle Sonia fait des efforts, notamment parce qu’elle est née dans un univers ingrat : père, serial killer, délinquant, alcoolique et grand sodomisateur et mère, prostituée notoire. Mademoiselle Sonia a bien du courage et n’a pas encore fugué ni se s’est encore adonnée à quelques fêtes sataniques où les jeunes se retrouvent pour des orgies qui feraient rougir Catulle lui-même, au milieu de godmichets et de centaines de canards. Le Catulle pourtant en aurait fait son affaire de saint Médard ! Mais quand même, toute la ville faisant un triomphe et se retrouvant tout autour d’une vierge aux mœurs irréprochables !

[Laura Närhi – Hetken tie on kevyt]

Gazinet – Cestas

Paul ouvrit le journal qu’un voyageur avait négligemment laissé sur la banquette bordeaux. Michael Phelps pouvait se contenter de moins de 10.000 calories par jour ! Paul ne voyait pas ce que cela voulait dire. En tout cas, ça paraissait beaucoup. Il savait qu’en Angola ou en Somalie, ils étaient nombreux à vivre avec 1000 calories par jour. Mais aucun ne nage le 100 mètres en 47 secondes, se dit Paul ! Qu’est-ce qui est le plus important ? 47 secondes…100 mètres ! Ça c’était grandiose ! De l’exploit ! Par contre, vu le poids, ils couraient vite, pieds nus sur les hauts plateaux, les bougres. Il pensa que la nature était quand même bien faite !
On pouvait créer des emplois avec les poissons en voie de disparition, cabillauds, églefins, harengs et autres merlans. Diable ! Mais, quelle bonne idée. Fallait faire rentrer des tigres et des lions dans nos campagnes. On créerait des emplois de vétérinaires et de soigneurs à la toc ! Et les moins rapides, c’est-à-dire les moins productifs, allez hop ! Paul aimait dire des conneries. Comme tout un chacun ! Il savait qu’il n’était pas intéressant vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Et vous, l’êtes-vous ?
Paul fit un effort important pour récupérer quelques neurones et un peu de cerveau disponible afin de ne pas se retrouver balloter par les flots du monde tel un vulgaire plastique abandonné. Il n’y arriva pas complètement. Tout ça l’épuisait. Il fallait se recharger.

[Jippu ja Samuli Edelmann -Jos sä tahdot niin]

Marcheprime. Paul n’avait plus rien en tête. Juste la musique dans les oreilles. Il regardait la blancheur des rues et des champs. Comme tout semblait pur. Un instant, il se demanda s’il ne faisait pas fausse route. Mais il repensa à ses dettes, et le doute s’éclipsa. Une profonde inspiration et Paul ferma les yeux, sans dormir pour autant, avant de les rouvrir immensément à Gujan-Mestras.

[Johanna Kurkela – Oothan tässä vielä huomenna]

Facture Biganos

Le Teich

Gujan-Mestras

Une jeune femme monta à Gujan-Mestras et Paul tomba à l’instant amoureux et ce pendant les dix minutes de sa présence. Elle descendrait bientôt à la Teste, ce que ne savait pas encore Paul, bien sûr. Paul se dit que finalement l’amour se logeait partout en chaque centimètre de peau. Comment penser à une telle perfection. Elle semblait respirer en gémissant et Paul ne put s’empêcher de l’imaginer nue, allongée sur le fleuve Amour, quoique le fleuve Amour ne soit ni moins ni plus romantique que les autres, mais Paul pensa de suite à celui-ci, à fumer des pétales de rose. Paul se l’imaginait à ses côtés dans la vie de tous les jours. Il se voyait lui préparait le café, lui descendre sa culotte sur des jambes parfaites et galbées, lui faire griller ses tartines, lui préparer sa confiture ou ses céréales et lui frôler ses formes callipyges rebondies et éclatantes. Elle ne fit pas attention à lui. Il lui ouvrait la bouche en y insérant timidement sa langue. Mais elle, trop prude, fermait les yeux. Toute sa gestuelle était érotique et elle aurait dû être interdite de circulation ou avec la mention ‘interdite au moins de 18 ans’. C’était une provocation ! Un scandale sur patte ! Mais ce qui rendait fou notre Paul, c’est qu’un ou plusieurs lascars se permettaient régulièrement de la salir et de la profaner. Et qu’elle devait aimer ça, la traînée !

[Suvi Teräsniska – Rakkaus on lumivalkoinen]

La Hume

La Hume passa que Paul n’en rendit même pas compte.

Lui, il humait autre chose. La moindre fragrance de la Petite Robe noire relevait le moindre de ses mouvements sous sa petite robe rouge et ça malgré le froid. Toute entité rationnelle et logique volait en éclat dans le fruité du parfum. Paul comprit que la bergamote devait être à l’origine de sa pâmoison. C’est elle qui l’avait conduit dans cet état d’aventure mystico-pornographique. Et si Flaubert à découvert la bêtise, comme le disait Kundera, Paul venait de découvrir l’idiotie de l’amour. Paul était devenu en l’espace de quelques instants un fieffé crétin, un abruti pathétique, une bite sur patte. Et la passagère était sa grande initiatrice. Il aurait pu adhérer, si elle le lui avait demandé, et devenir membre actif, ça il l’avait déjà, de la secte Moun, du discordianisme ou de l’Église de l’Euthanasie. Paul était rendu à l’état de concombre. Un concombre dur et bien vert, mais un concombre quand même. Finir comme un concombre, se dira dans quelques minutes Paul, quand celui-ci aura enfin retrouvé ses esprits, quelle misère et quelle chute. Pour l’instant, sa lèvre inférieure tombait légèrement sous les coups répétés autant du fumé du parfum que des deux obus parfaitement disposés qui semblaient s’offrir à lui. Il était là à moins d’un mètre. C’est hallucinant, pensa-t-il. Une bave quasi invisible s’apprêtait à tomber mais retenue par une respiration saccadée et mécanique. Il était temps que cesse cette torture tant mentale que physique. Il ressemblait à Richard Widmark à la fin des Forbans de la nuit, pouilleux et lâche. Minable. Ne pouvait-il pas un jour ressembler à Raplh Meeker dans Kiss me deadly ou même à Charlton Heston dans La Soif du mal. Avoir l’assurance de Gregory Peck avec Polly Bergen. Eh non ! Il ressemblait en ce moment, c’est certain, plus à Peter Lorre dans M. le Maudit. Maudit il l’était. Elle l’avait maudit. Elle l’avait vidé, mais pas comme il aurait souhaité. En tout cas, Paul avait compris l’effet dévastateur que pouvait avoir une bombe. Il était anéanti, pulvérisé, atomisé, déstructuré.  Bref, il était devenu une sous-merde.

Casanova dit que le courage donne positivement les forces qu’on n’a pas. Paul n’avait plus de forces. Et encore moins de courage.

La Teste

[Bertine Zetlitz – Høre til på jord]

La belle descendit non s’en émettre un petit pet que Paul entendit distinctement. Elle fit comme si de rien n’était. La princesse partait en pétant, mais sans se retourner, princesse jusqu’au bout du string. Ce pet permit à Paul de revenir sur terre beaucoup plus rapidement et d’enlever une bonne partie du parfum enjôleur. La belle était humaine. Positivement humaine.

Le wagon fut pris d’assaut par une trentaine d’allemands en partance pour Arcachon avec à leur tête une monitrice blonde qui ressemblait à Bertine Zetlitz que Paul écoutait juste au même instant. Une amazone habillée en walkyrie. Une Lathgertha, la princesse Alvilda, ou sa fille Guritha. Une divine aussi, mais rien à voir avec la précédente. Il n’y avait pas de comparaison. Paul écouta un instant, il n’entendit pas de pet. Assurément, elle était propre et éduquée et ne pétait pas en public. Mais la bergamote n’était plus là. Une saveur poivrée l’avait remplacée. Et l’odeur de transpiration de tous ces jeunes excités finit par enlever tout désir à notre Paul.

Il commença à ranger ses affaires comme tous ceux du wagon. Le train n’allait pas tarder à rentrer en gare d’Arcachon. Les voyageurs quittaient leur nid comme s’ils venaient de se lever et de se réveiller, en se frottant les yeux et en s’étirant, comme s’ils avaient voyagé dans le transsibérien d’une seule traite. Les yeux encore plus hagards et vides que de coutume. Une angoisse diffuse s’était de suite installée. Celle d’une autre peur. Celle de l’abandon. Chacun serait-il attendu sur le quai ? Paul ressentait cette odeur, ô combien spécifique et qu’il détestait par dessus-tout.

Arcachon – Terminus

Paul descendit du Wagon le plus rapidement possible, à nouveau concentré sur l’objet de sa visite. Georges était là, seul, malgré la foule.

Ils ne s’attardèrent pas et partirent aussitôt.

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ALZHEIMER

Roman musical

Johanna Kurkela

S’IL N’Y AVAIT RIEN DE NOUVEAU – William Shakespeare Sonnets – 59 – LIX – If there be nothing new

SONNET de SHAKESPEARE
SHAKESPEARE SONNETS
THE SONNETS
THE SONNETS – LES SONNETS

William Shakespeare Sonnets

Illustration du Phénix par Friedrich Justin Bertuch
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William Shakespeare Sonnets


WILLIAM SHAKESPEARE
[1564 – 1616]

Traduction JACKY LAVAUZELLE

William Shakespeare Sonnets  Traduction Jacky Lavauzelle des Sonnets de Shakespeare


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SONNET 59

The Sonnets SHAKESPEARE
Les Sonnets de SHAKESPEARE
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If there be nothing new
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S’IL N’Y AVAIT RIEN DE NOUVEAU
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1598 

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If there be nothing new, but that which is
S’il n’y avait rien de nouveau, mais si ce qui est
Hath been before, how are our brains beguil’d,
Avait déjà existé, comme nos cerveaux se seraient égarés,
Which labouring for invention bear amiss
Combien de labeurs pour enfanter
The second burthen of a former child!
Un enfant qui est déjà né !

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O! that record could with a backward look,
O! Si l’enregistrement pouvait faire un retour arrière,
Even of five hundred courses of the sun,
De quelques cinq cents révolutions solaires,
Show me your image in some antique book,
Et me montrer votre image dans un livre antique,
Since mind at first in character was done!
Des tous premiers temps bibliques !

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That I might see what the old world could say
Que je puisse voir que ce monde-là parlait
To this composed wonder of your frame;
De votre personne comme d’une merveille ;
Wh’r we are mended, or wh’r better they,
Et voir si nous avons progressé ou régressé,

*

Or whether revolution be the same.
Ou si les révolutions sont pareilles.
O! sure I am the wits of former days,
O! Je suis si certain que les esprits d’autrefois,
To subjects worse have given admiring praise.
Ont fait l’éloge de personnes de plus mauvais aloi.

 

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SHAKESPEARE SONNETS
SONNET LIX

LES SONNETS DE SHAKESPEARE SONNETS

William Shakespeare Sonnets

DAVID CONTRE GOLIATH – OS LUSIADAS III-111 LES LUSIADES – Qual o membrudo e bárbaro Gigante,

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OS LUSIADAS CANTO IIIOs Lusiadas Traduction Jacky Lavauzelle Les Lusiades de Luis de Camoes Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS III-111 LES LUSIADES III-111
LITTERATURE PORTUGAISE

Os Lusiadas Traduction Jacky Lavauzelle Les Lusiades de Luis de Camoes




Os Lusiadas Traduction Jacky Lavauzelle Les Lusiades de Luis de Camoes

literatura português

Luis de Camões
[1525-1580]

Tradução – Traduction
texto bilingue




Luis de Camoes Les Lusiades

 

Obra Poética

(1556)

LES LUSIADES III-111




OS LUSIADAS III-111
A Epopeia Portuguesa

 

CHANT III
Canto Terceiro

Traduction Jacky Lavauzelle

verso 111
Strophe 111

III-111

Image illustrative de l'article Vasco de Gama

Vasco de Gama

Vasco da Gama signature almirante.svg

 

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Luís de Camões Os Lusiadas
OS LUSIADAS III-111
LES LUSIADES III-111
OS LUSIADAS CANTO III

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 os lusiadas canto iii david contre goliath

David contre Goliath

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« Qual o membrudo e bárbaro Gigante,
« Tout comme le puissant géant barbare,
Do rei Saul, com causa, tão temido,
Du roi Saül craint et redouté,
Vendo o pastor inerme estar diante,
Voyant le berger se tenir devant lui sans arme,
 Só de pedras e esforço apercebido,
Seulement avec des pierres et sa témérité,
Com palavras soberbas o arrogante
Avec des mots blessants, l’arrogant
 
Despreza o fraco moço mal vestido,
Accabla le faible jeune homme vêtu pauvrement,
Que, rodeando a funda, o desengana
Que de sa fronde, celui-ci enseigna alors
Quanto mais pode a Fé que a força humana:
Combien la Foi surpasse l’humaine force ;

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Os Lusiadas III Saül et David III-111 Luis de Camoes RambrandtSaül et David
Rembrandt van Rijn

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OS LUSIADAS CANTO III

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ALPHONSE XI DE CASTILLE
(13 août 1311 Salamanque – 26 mars 1350 Gibraltar)
Le Justicier – El Justiciero

Os Lusiadas Canto IIIAlphonse XI de Castille
Alfonso XI
Peinture de Francisco Cerdá de Villarestan
Musée du Prado  – Madrid

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Marie-Constance de Portugal
Femme d’Alphonse XI de Castille (1328)
Fille d’Alphonse IV du Portugal et de Béatrice de Castille
(1313 – 1357)
Alphonse XI préférait sa maîtresse Leonor de Guzmán à Marie-Constance (celle-ci assassina Leonor à la mort d’Alphonse XI)

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Alphonse IV Le Brave
( Lisbonne – )
Roi de Portugal et de l’Algarve par la grâce de dieu

Alphonse IV
Alfonso IV
Peinture du XVIIIe siècle

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OS LUSIADAS III

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Précisions historiques
et
Retour sur les versets précédents


Sonnet 1 à Sonnet 94 : la naissance du Portugal – Règnes d’Alphonse I, Sanche I, Alponse II et Sanche II. Le sonnet 94 évoque la passation de pouvoir de Sanche II à Alphonse III en 1247, un an avant la mort de Sanche II.
Sonnet 94 : nous partons pour les 32 années de règne d’Alphonse III qui nous conduirons jusqu’en 1279, date du nouveau règne de Denis Ier.
Sonnet 95 : Camoes évoque les prises guerrières d’Alphonse III en Algarve sur les Maures.
Sonnet 96 : le règne de Denis Ier-  Second fils d’Alphonse III. Son règne s’étalera de 1279 à sa mort, le 7 janvier 1325. Il nomme déjà son successeur Alphonse IV Le Brave qui règnera 32 ans de 1325 à 1357. Denis Ier va pacifier son pays – Poète et troubadour, il laissera de nombreux cantigas : cantigas de amor, cantigas de amigo, cantigas de escarnio y maldecir.
Sonnet 97 : création de l’Université de Coimbra sur les bords du Mondego -A Leiria, Denis Ier signera le Scientiae thesaurus mirabilis. L’université de Coimbra est créée en 1290.
Sonnet 98 : Denis Ier reconstruit et renforce son pays. Atropos, une des trois Moires, coupe son fil de vie en 1325. (les 3 Moires : Clotho, celle qui tisse le fil de la vie, Lachésis, celle qui déroule et qui répare le fil et la dernière Atropos, celle qui coupe). Voici venu le règne d’Alphonse IV.

Les Moires
Francisco de Goya
1820-1823
Musée du Prado – Madrid

Sonnet 99 : la traditionnelle opposition entre les Castillans et les Lusitaniens. Mais celle-ci n’empêche pas la solidarité et l’entraide, notamment lors de l’invasion Mauritanienne en terre Castillane.
Sonnet 100 : Les troupes d’invasion sont énormes. Camoes évoque la reine légendaire de Babylone, Sémiramis, celle qui créa Babylone et ses fameux jardins suspendus. L’Hydapse décrit est l’actuel Jhelum (Inde & Pakistan). Les Sarrasins se rassemblent dans le Tartèse (Andalousie).
Sonnet 101 : Alphonse XI de Castille est dépassé par l’armée imposante de l’ennemi sarrasin. Il envoie Marie-Constance, sa femme, pour avoir le soutien d’Alphonse IV du Portugal, qui n’est autre que sa propre fille (que celui-ci a eu avec Béatrice de Castille). Ce n’était pas tout à fait « a caríssima consorte » d’Alphonse XI puisqu’il lui préférait sa maîtresse, Leonor de Guzmán.
Sonnet 102 : Arrivée de la belle Marie-Constance en sanglots devant son père Alphonse IV.
Sonnet 103 : Un rassemblement gigantesque d’armées venues d’Afrique sont derrière le grand Roi du Maroc.
Sonnets 104 & 105 : La supplique de Marie-Constance à son père Alphonse IV. S’il ne vient pas à l’aide d’Alphonse XI de Castille, Marie aura tout perdu.
Sonnet 106 : Camoes compare la demande de Marie à celle de Vénus pour Énée devant Jupiter.
Sonnet 107 : Alphonse IV accepte et regroupe ses forces dans les plaines d’Évora.
Sonnet 108 : Alphonse IV à la tête des troupes lusitaniennes pénètre en Castille avec sa fille Marie-Constance.
Sonnet 109 : 1340 La bataille de Tarifa (Province de Cadix) ou bataille du Salado (30 octobre 1340) se prépare entre les deux Alphonse (IV du Portugal et XI de Castille) face aux armées menées par Abu al-Hasan ben Uthman et Yusuf Ier de Grenade.
Sonnet 110 : Camoes évoque les troupes agaréenne (des descendants d’Agar). Agar, servante d’Abraham donne naissance à Ismaël considéré comme Prophète par les musulmans (Cf. la Sourate Ibrahim). Camoes fait un rapprochement audacieux et fallacieux entre les termes Sarrasins et Sarah. On retrouve couramment cette méprise, par exemple chez  Isidore de Séville (VIe et VIIe siècle, Étymologies, IX,2,57.
Sonnet 111 : Comparaison avec David et Goliath. La foi supérieure à la force.

Jacky Lavauzelle
Camoes Les Lusiades

OS LUSIADAS CANTO III

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Vasco de Gama par Gregorio Lopes

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Luís Vaz de Camões Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS III-111 CAMOES LUSIADES III-111
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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White_Fawn_Drawing Faon Diane

 OS LUSIADAS III
LA BATAILLE DE TARIFA
LUIS DE CAMOES LES LUSIADES

LORCA Sonetos del amor oscuro – LE POETE PARLE AVEC L’AMOUR AU TELEPHONE – LORCA – EL POETA HABLA POR TELÉFONO CON EL AMOR

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FREDERICO GARCIA LORCA POÈMES

Frederico Garcia Lorca sonetos del amor oscuro sonnet de l'amour obscur

sonetos del amor oscuro

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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

Federico García Lorca

1898 – 1936

Sonetos del amor oscuro
Sonnets de l’amour obscur



Poèmes de Federico García Lorca
Poesía
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EL POETA HABLA POR TELÉFONO
CON EL AMOR
Le Poète parle avec l’Amour au téléphone
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Tu voz regó la duna de mi pecho
Ta voix irrigue la dune de ma poitrine
en la dulce cabina de madera.
Dans la douce cabane en bois.
Por el sur de mis pies fue primavera
Pour le sud de mes pieds, c’était le printemps
y al norte de mi frente flor de helecho.
Et pour le nord de mon front, c’était fleur de fougère.

*

Pino de luz por el espacio estrecho
Un sapin de lumière pour l’espace intime
cantó sin alborada y sementera
Chanta sans l’aube et sans la semence
y mi llanto prendió por vez primera
Et mes cris purent déposer pour la première fois
coronas de esperanza por el techo.
Des couronnes d’espoir pour le toit.

*

Dulce y lejana voz por mí vertida.
Une voix douce et distante versée pour moi.
Dulce y lejana voz por mí gustada.
Une voix douce et distante aimée pour moi.
Lejana y dulce voz amortecida.
Lointaine et douce voix étouffée.

*

*

Lejana como oscura corza herida.
Lointaine comme une obscure biche blessée.
Dulce como un sollozo en la nevada.
Douce comme un sanglot dans la neige.
¡Lejana y dulce en tuétano metida!
Lointaine et douce dans ma vie !

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Federico García Lorca Sonetos del amor oscuro
Sonnet de l’amour obscur

WALTER SCOTT POÈME- LE PAUVRE PÉCHEUR – ROKEBY CANTO I – 2 – Those towers, which in the shif’tin gleam

LITTÉRATURE ANGLAISE
ROCKEBY

WALTER SCOTT POÈME

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Sir Walter Scott
Édimbourg – Abbotsford

Traduction – Translation

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

French and English text
texte bilingue français-anglais


LES POÈMES
DE SIR WALTER SCOTT

Walter Scott’s poems

ROKEBY
1813

*
CANTO I
*

walter scott poemeII

 

Those towers, which in the shif’tin gleam
Ces tours, sur les mouvants flots scintillants,
Throw murky shadows on the stream,
Jettent d’obscures ombres,
Those towers of Barnard hold a guest,
Ces tours de Barnard qui abritent un invité,
 The emotions of whose troubled breast,
Troublé par les émotions de son cœur,
In wild and strange confusion driven,
Dans une une sauvage et étrange confusion,
Rival the flitting rack of heaven.
Qui rivalisent aux désordres du ciel.
Ere sleep stern Oswald’s senses tied,
Avant que le sommeil ne prenne le fier Oswald,
Oft had he changed his weary side,
Il s’était tourné et se retourné bien des fois,
Composed his limbs, and vainly sought
Repositionné, et avait vainement recherché
By effort strong to banish thought.
Par l’effort à bannir ses obscures pensées.
Sleep came at length, but with a train
Le sommeil fut enfin trouvé, mais à sa traîne demeuraient
Of feelings real and fancies vain,
Des sentiments réels et fantastiques,
Mingling, in wild disorder cast,
Mêlant, dans un sauvage désordre,
The expected future with the past.
Le futur attendu avec le passé.
Conscience, anticipating time,
La conscience, anticipant le futur,
Already rues the unacted crime,
Déjà évoque un crime non réalisé,
And calls her furies forth, to shake
Et appelle les furies, à secouer
The sounding scourge and hissing snake;
Le bruyant fléau et le serpent sifflant ;
While her poor victim’s outward throes
Alors que sur la pauvre victime affiche
Bear witness to his mental woes,
Les témoignages de ses malheurs,
And show what lesson may be read
Et montre la leçon à retenir
Beside a sinner’s restless bed.
A côté du lit agité d’un pécheur.

 

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walter scott poeme**************************

Walter Scott Poème

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WALTER SCOTT
vu par
VICTOR HUGO

Walter Scott a su puiser aux sources de la nature et de la vérité un genre inconnu, qui est nouveau parce qu’il se fait aussi ancien qu’il le veut. Walter Scott allie à la minutieuse exactitude des chroniques la majestueuse grandeur de l’histoire et l’intérêt pressant du roman ; génie puissant et curieux qui devine le passé ; pinceau vrai qui trace un portrait fidèle d’après une ombre confuse, et nous force à reconnaître même ce que nous n’avons pas vu ; esprit flexible et solide qui s’empreint du cachet particulier de chaque siècle et de chaque pays, comme une cire molle, et conserve cette empreinte pour la postérité comme un bronze indélébile.
Peu d’écrivains ont aussi bien rempli que Walter Scott les devoirs du romancier relativement à son art et à son siècle ; car ce serait une erreur presque coupable dans l’homme de lettres que de se croire au-dessus de l’intérêt général et des besoins nationaux, d’exempter son esprit de toute action sur les contemporains, et d’isoler sa vie égoïste de la grande vie du corps social. Et qui donc se dévouera, si ce n’est le poète ? Quelle voix s’élèvera dans l’orage, si ce n’est celle de la lyre qui peut le calmer ? Et qui bravera les haines de l’anarchie et les dédains du despotisme, sinon celui auquel la sagesse antique attribuait le pouvoir de réconcilier les peuples et les rois, et auquel la sagesse moderne a donné celui de les diviser ?
Ce n’est donc point à de doucereuses galanteries, à de mesquines intrigues, à de sales aventures, que Walter Scott voue son talent. Averti par l’instinct de sa gloire, il a senti qu’il fallait quelque chose de plus à une génération qui vient d’écrire de son sang et de ses larmes la page la plus extraordinaire de toutes les histoires humaines. Les temps qui ont immédiatement précédé et immédiatement suivi notre convulsive révolution étaient de ces époques d’affaissement que le fiévreux éprouve avant et après ses accès. Alors les livres les plus platement atroces, les plus stupidement impies, les plus monstrueusement obscènes, étaient avidement dévorés par une société malade ; dont les goûts dépravés et les facultés engourdies eussent rejeté tout aliment savoureux ou salutaire. C’est ce qui explique ces triomphes scandaleux, décernés alors par les plébéiens des salons et les patriciens des échoppes à des écrivains ineptes ou graveleux, que nous dédaignerons de nommer, lesquels en sont réduits aujourd’hui à mendier l’applaudissement des laquais et le rire des prostituées. Maintenant la popularité n’est plus distribuée par la populace, elle vient de la seule source qui puisse lui imprimer un caractère d’immortalité ainsi que d’universalité, du suffrage de ce petit nombre d’esprits délicats, d’âmes exaltées et de têtes sérieuses qui représentent moralement les peuples civilisés. C’est celle-là que Scott a obtenue en empruntant aux annales des nations des compositions faites pour toutes les nations, en puisant dans les fastes des siècles des livres écrits pour tous les siècles. Nul romancier n’a caché plus d’enseignement sous plus de charme, plus de vérité sous la fiction. Il y a une alliance visible entre la forme qui lui est propre et toutes les formes littéraires du passé et de l’avenir, et l’on pourrait considérer les romans épiques de Scott comme une transition de la littérature actuelle aux romans grandioses, aux grandes épopées en vers ou en prose que notre ère poétique nous promet et nous donnera.

Victor Hugo
Œuvres complètes de Victor Hugo
A PROPOS DE QUENTIN DURWARD
Juin 1823
Littérature et philosophie mêlées
Texte établi par Cécile Daubray
Imprimerie Nationale, Ollendorff
Editions Albin Michel
1934 – Hors séries – Philosophie I

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SIR WALTER SCOTT POÈME

walter scott poeme

ALZHEIMER – Roman musical de Jacky Lavauzelle – Chapitre 3

*
ALZHEIMER



Roman musical de
Jacky Lavauzelle

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Alzheimer Roman Musical Jacky Lavauzelle 

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ALZHEIMER
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Roman musical


-III-

3 février 2012. 11h45

[Halvdan Sivertsen – Twisted little star]

Paul attendait transi sur la place des Quinconces désertée au pied d’une des deux colonnes rostrales. Le froid lui-même semblait les tenir dans une main et semblait pouvoir les casser en deux. Les monstres de pierre se rétractaient pour ne plus ressembler qu’à deux tiges ridicules flottant dans l’air, deux chatons affamés, deux allumettes qui ne demandaient qu’à être allumées pour se réchauffer dans un ultime sursaut de vie comme la pauvre petite dans la Petite Fille aux allumettes.

La Place extatique attendait son délire de midi. Tous les employés suintant de stress et des craintes matinales avaient un pied au moins dans les starting-blocks de la sacro-sainte pause méridienne.

Les employés municipaux essayaient tant bien que mal de saler les passages et de gagner quelques mètres sur le gel.
Le combat semblait inégal. Déjà ils fatiguaient devant ce travail prométhéen. La cime de l’effort, aurait dit Antonin Artaud. Midi s’annonçait et le cœur n’y était plus. Une pause sera la bienvenue à ces galériens de l’ordre et de la propreté municipale.  Le vent qui soufflait de l’Estuaire semblait ramener tout le froid qu’un immense congélateur aurait amassé depuis des mois et des mois. Le vent qui soufflait sortait des entrailles de Jötunheim où les géants des glaces avaient définitivement terrassé les géants du feu. Paul se retrouvait au milieu des combats, telle une marionnette aux mains de ces brutes. Il voulait crier :

-Laissez-moi ! Foutez-moi la paix ! Je ne suis pas un Jötunn ! Je ne suis pas un Troll ! Je suis désarmé ! Partez ! Pitié ! ou prenez-moi ! Que le loup Fenrir m’emporte dans sa gueule sur des terres torrides et chaudes ! Vite Fenrir, prends-moi !

Mais il ferma sa gueule. Il n’oubliait pas où il se trouvait et que des multitudes sortaient en vague des bureaux qui se vidaient, comme on vide les tripes d’un lapin mort, après lui avoir arraché l’œil.

Il n’en pouvait plus d’attendre Georges et regarda sa montre une fois encore. Il se décida de se réchauffer avant que d’être assombri dans un bloc, dans un glaçon géant à l’autel d’un quelconque dieu glaciaire en partant à pas rapide autour de la fontaine au pied de la colonne des Girondins. Il enfonça les écouteurs. La musique entraînait les chevaux reptiles dans un précipice de glace et tous les mensonges du monde. Mais le lion du triomphe de la République n’était pas plus fringant que les chevaux de la Concorde. Tous n’avaient qu’une envie : rentrer dans les écuries à la chaude paille ou dans la flamboyante savane.

Paul monta le son. Ses oreilles piquaient. Tant pis.

Et se mettait à rêver des aventures sur des chevaux après le précipice. Peu importe qu’il soit l’homme au masque ou celui avec les oreilles d’âne. Il marchait comme on marcherait dans une nuit blanche. Sans repère parfois. Avec ses repères. Il aimait en inventer. Quelques rares lieux balisés. Même ici, au cœur de la ville, les rues, les bancs et les gens se noyaient dans le blanc.

[Vinni – God Morgen Norge]

Il avait toujours aimé les chants scandinaves.

Le soleil à son déclin. Mais la voix toujours d’une justesse impeccable. Sur un fil de cristal où courent des cristaux mélodiques. Une autre perception de l’esprit. Des forces invisibles et chaudes de l’esprit, là-bas, plus qu’ailleurs. Et les chaudes soirées d’hiver au milieu des bûches et d’un bon feu de bois. Au milieu des chants, des rires et des sourires des filles. Une réelle chaleur s’en dégageait que l’on ne retrouvait que très rarement sous d’autres climats. Nos Bordelais décontenancés faisaient eux pâles figures et portaient leurs têtes des mauvais jours, tristes sans mélancolie. Ils étaient un bloc de glace au milieu de la banquise. Rien pour inspirer les sentiments. Rien pour inspirer l’amour.

Il revint devant une des deux tristes colonnes. Georges n’étaient toujours pas là. Il regarda son téléphone. Il n’y avait pas de message. Georges n’avait que dix minutes de retard. Rien de vraiment inquiétant avec ce froid et les routes verglacées.

Il le vit arriver un peu plus tard. Georges campé sur deux longues tiges avait une tête patibulaire à faire recracher l’amour dans la bouche de Vénus. Un abandon du beau. Sec au dernier degré. Une apparence sans queue ni tête. On ne savait pas où le prendre. Toujours cet air épuisé et gris. Un mélange savant d’alcoolique invétéré, d’anémique congénital, de maladie d’Addison et d’une saloperie d’hémochromatose. Un modèle de dyschromie qui aurait intéressé tous les labos du monde. Un teint où l’état du foie se voyait sans procéder à aucune dissection. Il devait mal stocker le fer ou quoi ? C’était quoi son putain de problème ? Et pourtant, Georges était le modèle de l’hygiène, le tout bio incarné !. Pas de cigarettes. Nada. Peu de boisson.

C’est pas de chance ! Merde, alors ! Tous ces efforts pour ça ! Mais Paul s’en foutait. C’était son ami. Et il avait des stratagèmes. Par exemple lui regarder le menton quand il mangeait afin d’éviter les renvois désagréables. Pourquoi ce foutu menton était-il là plongé dans cet océan de malheur et de destruction post-nucléaire. Pourquoi ? Qu’il était beau ce putain de menton ! A faire bander un trappiste de l’Ordre cistercien de la stricte observance. Paul n’en avait jamais vu d’aussi équilibré et parfait dans tous les sens du terme. Qu’on le prenne par la face nord ou par n’importe laquelle, le derme, le lissé, la ligne…Que perfection et volupté. Rien que ce menton pouvait équilibrer l’ensemble et sauver Georges d’un profond, déterminé célibat. Mieux encore, il pouvait s’agir d’une expérience limite. Et Paul, à force de concentration, s’en servait parfois. A force d’attention sur ce foutu magnifique menton, le reste disparaissait. Les quelques centimètres de beauté suprême avait totalement aspiré les 1m90 de laideur extrême. David contre Goliath, merde ! Comme si ce menton était relié à un tout beaucoup plus grand. A un grand trou noir de la Beauté. Paul se demanda, en une fraction de seconde, pourquoi la laideur était si faible et si inconsistante, mais le froid, Georges, le rendez-vous, le firent sortir de son état philosophico-café du commerce.

Georges était pressé. Tant mieux, Paul ne pouvait pas trop s’attarder plus.

-Tu m’attendais depuis longtemps ? demanda-t-il, inquiet. Tu veux aller où ? Putain, quel froid de chien ?

On ne voyait pas trop de chiens errer cependant.  Paul se demanda ce que les chiens venaient faire là et quel pouvait-être le sens secret de cette expression aussi débile que tant d’autres que vous trouverez sur Google en tapant citations et maximes pourries ou à la con. Paul lui proposa d’aller se réchauffer au Bistrot des Quinconces. Dans un coin sombre et tranquille, ils se retrouvèrent où passait une bande de vieux standards rocks endiablés en fond, pas désagréable du tout.

Paul eût envie de danser. Mais il ne se laissa pas aller à une telle incongruité déplacée à cette heure et dans ce lieu. Salomon Burke avait la forme. Et Georges dit qu’il était ravi de réentendre ce morceau qu’il avait presque oublié. Un serveur aux mains démesurées et au col jauni vient prendre la commande. Ils n’étaient plus pressés, heureux de récupérer quelques instants de chaleur précieux. Heureux d’avoir échappé à Fenrir et aux géants.

[Solomon Burke – Cry To Me]

Ils se commandèrent deux espressos au fond d’une banquette rouge vintage.

Georges travaillait dans un laboratoire de recherche sur la mémoire et à la pointe sur des nouvelles technologies. Il testait des nouveaux médicaments pour améliorer la mémoire en les couplant avec des puces à s’insérer dans l’organisme. C’était complexe et Paul ne comprenait pas tout. Mais Paul arrivait à suivre malgré tout. Georges lui en avait parlé plus d’une fois. Mais si Paul trouvait les recherches de Georges si intéressantes, ce n’était ni par amitié ni par passions pour les exercices en éprouvettes. C’était par intérêt. Un intérêt bien personnel, en effet.

Paul était tout à fait intéressé de tester ces médicaments. Il en avait besoin. Il était assommé de dettes de jeux. Paul était joueur. Il misait sur tout, même dans sa tête. Combien de temps resterait la belle Bordelaise  qui venait de rentrer. Allait-elle prendre un café-crème ou un moka ? Serait-il saupoudré de cannelle ou de pépites de chocolat ? Avait-elle vingt-et-un ou vingt-deux ans ? Portait-elle un string rouge, blanc ou noir ? Paul s’arrêta-là. Son esprit commença à s’échauffer et de suite regarda Georges dans les yeux. Il débanda aussi sec. Il pouvait revenir à la conversation.

-Je suppose, lui dit-il, que tu es toujours réticent pour que je teste ta nouveauté. Elle a l’air vraiment prometteuse.

-Si tout marche bien, elle sera sans doute commercialisée dans dix ans, pas avant ?

-C’est ça, pas avant, et encore ! Elle doit passer des séries de test et obtenir des agréments nationaux et européens. C’est très compliqué. Les protocoles sont très stricts.

-Sinon ?

-Sinon ? Des amendes, des pénalités, des interdictions, de la prison !

-Mais ça marche ?

-ça marche sur les souris du labo. Et encore, on n’a pas de recul. Pas du tout de recul.

[Jackie Wilson – Lonely teardrop]

-Mais je suis ton ami, Georges ! Je veux bien les tester ! Entre nous, tu peux faire ça !

-Je n’ai pas le droit, Paul, pas le droit ! Comment faut-il te le dire ? Et que t’apporteraient de tels cachets, nom de Dieu ?

-Avec une telle intelligence, une telle connaissance, je peux me racheter. gagner à nouveau au Poker, au Black Jack…

-Mais tu vas te faire repérer aussi sec !

-J’ai les jeux de télé, les Questions pour un champion, Qui veut gagner des millions !

-Et les effets secondaires ?

-Je m’en contre fiche, Georges, des effets secondaires. J’ai deux malades aux fesses ! Tu crois que je vais vivre longtemps dans ces conditions ?

-Tu dois combien, putain, Paul ?

-200.000 euros, Georges ! 200.000 !

-La vache ! Ah quand même ! Toi quand tu y vas, tu y vas ! Tu n’as peur de rien !

-Si tu vois, Georges, aujourd’hui, j’ai peur. Et tu es mon seul salut. As-tu une telle somme à me prêter ?

-Sûr que non, Paul, avec la meilleure volonté du monde !

-Alors ?

-Alors quoi ?

-Tu peux m’en passer ?

-Ok ! Mais tu ne me reprocheras jamais les quelconques effets indésirables ?

-Sûr, Georges, sûr et certain. J’assumerai tout et tous les effets, c’est pour moi, comme la note.

Paul appela le grand échalas, qui arriva en trottinant. Un voisin de table jeta son Figaro dans une poubelle qui traînait. Georges l’apostropha directement :

-Malheureux, ne jetez pas vos journaux ! Quelle inconséquence ! Ne savez-vous donc pas qu’ils pourront vous servir à redonner du brillant à vos anciens cuivres ! Vous n’avez plus qu’à frotter avec ! Et c’est gagné !

Le client aurait bien voulu répondre à de tels propos inconséquents, mais, voyant Georges, parti précipitamment aux toilettes. Il n’avait pas dû voir son menton !

-Non, m’enfin ! conclua Georges, m’enfin !

Il est comme ça Georges.

Mon Dieu que la journée était belle. Paul entendait Ainutlaatuinen et c’était comme si Johanna était entrée dans le bar pour lui rouler une pelle.

[Johanna  Kurkela-Ainutlaatuine]

Comme quoi, il suffit de rien !

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ALZHEIMER

Roman musical

OS LUSIADAS CANTO III-110 LES LUSIADES – LES DESCENDANTS D’AGAR- Estão de Agar os netos quase rindo

*
OS LUSIADAS CANTO IIIOs Lusiadas Traduction Jacky Lavauzelle Les Lusiades de Luis de Camoes Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS III-110 LES LUSIADES III-110
LITTERATURE PORTUGAISE

Os Lusiadas Traduction Jacky Lavauzelle Les Lusiades de Luis de Camoes




Os Lusiadas Traduction Jacky Lavauzelle Les Lusiades de Luis de Camoes

literatura português

Luis de Camões
[1525-1580]

Tradução – Traduction
texto bilingue




Luis de Camoes Les Lusiades

 

Obra Poética

(1556)

LES LUSIADES III-110




OS LUSIADAS III-110
A Epopeia Portuguesa

 

CHANT III
Canto Terceiro

Traduction Jacky Lavauzelle

verso 110
Strophe 110

III-110

Image illustrative de l'article Vasco de Gama

Vasco de Gama

Vasco da Gama signature almirante.svg

 

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Luís de Camões Os Lusiadas
OS LUSIADAS III-110
LES LUSIADES III-110
OS LUSIADAS CANTO III

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 Os Lusiadas Canto III 110 Abraham Agar Les Lusiadas III CamoesAbraham recevant Agar

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« Estão de Agar os netos quase rindo
« Ceux qui descendent d’Agar se moquent
Do poder dos Cristãos fraco e pequeno,
Des faibles et chétives forces des Chrétiens,
As terras como suas repartindo
Et les terres se partagent
Antemão, entre o exército Agareno,
Déjà, parmi ceux des agaréens,
Que com título falso possuindo
Ceux-là même qui usurpèrent vilement
Está o famoso nome Sarraceno.
Le titre fameux de Sarrasins.
Assim também com falsa conta e nua,
Ainsi par un calcul tout aussi erroné,
À nobre terra alheia chamam sua.
Ils croient cette noble terre s’attribuer .

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OS LUSIADAS CANTO III

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ALPHONSE XI DE CASTILLE
(13 août 1311 Salamanque – 26 mars 1350 Gibraltar)
Le Justicier – El Justiciero

Os Lusiadas Canto IIIAlphonse XI de Castille
Alfonso XI
Peinture de Francisco Cerdá de Villarestan
Musée du Prado  – Madrid

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Marie-Constance de Portugal
Femme d’Alphonse XI de Castille (1328)
Fille d’Alphonse IV du Portugal et de Béatrice de Castille
(1313 – 1357)
Alphonse XI préférait sa maîtresse Leonor de Guzmán à Marie-Constance (celle-ci assassina Leonor à la mort d’Alphonse XI)

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Alphonse IV Le Brave
( Lisbonne – )
Roi de Portugal et de l’Algarve par la grâce de dieu

Alphonse IV
Alfonso IV
Peinture du XVIIIe siècle

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OS LUSIADAS CANTO III

*
Précisions historiques
et
Retour sur les versets précédents


Sonnet 1 à Sonnet 94 : la naissance du Portugal – Règnes d’Alphonse I, Sanche I, Alponse II et Sanche II. Le sonnet 94 évoque la passation de pouvoir de Sanche II à Alphonse III en 1247, un an avant la mort de Sanche II.
Sonnet 94 : nous partons pour les 32 années de règne d’Alphonse III qui nous conduirons jusqu’en 1279, date du nouveau règne de Denis Ier.
Sonnet 95 : Camoes évoque les prises guerrières d’Alphonse III en Algarve sur les Maures.
Sonnet 96 : le règne de Denis Ier-  Second fils d’Alphonse III. Son règne s’étalera de 1279 à sa mort, le 7 janvier 1325. Il nomme déjà son successeur Alphonse IV Le Brave qui règnera 32 ans de 1325 à 1357. Denis Ier va pacifier son pays – Poète et troubadour, il laissera de nombreux cantigas : cantigas de amor, cantigas de amigo, cantigas de escarnio y maldecir.
Sonnet 97 : création de l’Université de Coimbra sur les bords du Mondego -A Leiria, Denis Ier signera le Scientiae thesaurus mirabilis. L’université de Coimbra est créée en 1290.
Sonnet 98 : Denis Ier reconstruit et renforce son pays. Atropos, une des trois Moires, coupe son fil de vie en 1325. (les 3 Moires : Clotho, celle qui tisse le fil de la vie, Lachésis, celle qui déroule et qui répare le fil et la dernière Atropos, celle qui coupe). Voici venu le règne d’Alphonse IV.

Les Moires
Francisco de Goya
1820-1823
Musée du Prado – Madrid

Sonnet 99 : la traditionnelle opposition entre les Castillans et les Lusitaniens. Mais celle-ci n’empêche pas la solidarité et l’entraide, notamment lors de l’invasion Mauritanienne en terre Castillane.
Sonnet 100 : Les troupes d’invasion sont énormes. Camoes évoque la reine légendaire de Babylone, Sémiramis, celle qui créa Babylone et ses fameux jardins suspendus. L’Hydapse décrit est l’actuel Jhelum (Inde & Pakistan). Les Sarrasins se rassemblent dans le Tartèse (Andalousie).
Sonnet 101 : Alphonse XI de Castille est dépassé par l’armée imposante de l’ennemi sarrasin. Il envoie Marie-Constance, sa femme, pour avoir le soutien d’Alphonse IV du Portugal, qui n’est autre que sa propre fille (que celui-ci a eu avec Béatrice de Castille). Ce n’était pas tout à fait « a caríssima consorte » d’Alphonse XI puisqu’il lui préférait sa maîtresse, Leonor de Guzmán.
Sonnet 102 : Arrivée de la belle Marie-Constance en sanglots devant son père Alphonse IV.
Sonnet 103 : Un rassemblement gigantesque d’armées venues d’Afrique sont derrière le grand Roi du Maroc.
Sonnets 104 & 105 : La supplique de Marie-Constance à son père Alphonse IV. S’il ne vient pas à l’aide d’Alphonse XI de Castille, Marie aura tout perdu.
Sonnet 106 : Camoes compare la demande de Marie à celle de Vénus pour Énée devant Jupiter.
Sonnet 107 : Alphonse IV accepte et regroupe ses forces dans les plaines d’Évora.
Sonnet 108 : Alphonse IV à la tête des troupes lusitaniennes pénètre en Castille avec sa fille Marie-Constance.
Sonnet 109 : 1340 La bataille de Tarifa (Province de Cadix) ou bataille du Salado (30 octobre 1340) se prépare entre les deux Alphonse (IV du Portugal et XI de Castille) face aux armées menées par Abu al-Hasan ben Uthman et Yusuf Ier de Grenade.
Sonnet 110 : Camoes évoque les troupes agaréenne (des descendants d’Agar). Agar, servante d’Abraham donne naissance à Ismaël considéré comme Prophète par les musulmans (Cf. la Sourate Ibrahim). Camoes fait un rapprochement audacieux et fallacieux entre les termes Sarrasins et Sarah. On retrouve couramment cette méprise, par exemple chez  Isidore de Séville (VIe et VIIe siècle, Étymologies, IX,2,57.

Jacky Lavauzelle
Camoes Les Lusiades

OS LUSIADAS CANTO III

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Vasco de Gama par Gregorio Lopes

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Luís Vaz de Camões Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS III-110 CAMOES LUSIADES III-110
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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White_Fawn_Drawing Faon Diane

 OS LUSIADAS CANTO III
LA BATAILLE DE TARIFA
LUIS DE CAMOES LES LUSIADES

HEINRICH HEINE GEDICHTE -AVEC LE DIABLE – LE LIVRE DES CHANTS XXXV- Ich rief den Teufel und er kam

HEINRICH HEINE POÈMES
HEINRICH HEINE GEDICHTE
DIE HEIMKEHR HEINE
LE LIVRE DES CHANTS
LITTERATURE ALLEMANDE

Heinrich Heine Gedichte Buch der Lieder




Christian Johann Heinrich Heine


 

Ich rief den Teufel und er kam,
J’ai appelé le diable et il est venu,
Und ich sah ihn mit Verwund’rung an.
Et je l’ai regardé avec surprise.
Er ist nicht häßlich, und ist nicht lahm,
Il n’est ni laid ni boiteux,
Er ist ein lieber, scharmanter Mann,
C’est un bel homme gracieux,
Ein Mann in seinen besten Jahren,
Un homme dans la force de l’âge,
Verbindlich und höflich und welterfahren.
Poli, attentionné et sage.
Er ist ein gescheuter Diplomat,
C’est un habile diplomate,
Und spricht recht schön über Kirch’ und Staat.
Qui parle aussi bien de l’église que de l’État.
Blaß ist er etwas, doch ist es kein Wunder,
Certes, un peu pâle, mais rien étonnant,
Sanskritt und Hegel studiert er jetzunder.
Il étudie le sanskrit et Hegel actuellement.
Sein Lieblingspoet ist noch immer Fouqué.
Son poète préféré est encore La Motte-Fouqué.
Doch will er nicht mehr mit Kritik sich befassen,
Mais ne souhaitant plus participer aux critiques,
Die hat er jetzt gänzlich überlassen
Qu’il a abandonnées, il les a laissées
Der theuren Großmutter Hekate.
A sa chère grand-mère Hécate.
Er lobte mein juristisches Streben,
Il m’a loué mes poursuites dans les études juridiques,
Hat früher sich auch damit abgegeben.
Auxquelles il s’était intéressé jadis.
Er sagte meine Freundschaft sey
Il me dit combien mon amitié
Ihm nicht zu theuer, und nickte dabei,
Lui était chère, me saluant de la tête,
Und frug: ob wir uns früher nicht
Et me demanda : « ne nous sommes-nous pas rencontrés
Schon einmal gesehn bei’m span’schen Gesandten?
Déjà chez l’ambassadeur d’Espagne ? »
Und als ich recht besah sein Gesicht,
Et quand je regardai minutieusement son visage,
Fand ich in ihm einen alten Bekannten.
Je reconnus une vieille connaissance.


 

*

Heinrich Heine Gedichte Friedrich de La Motte-FouquéFriedrich de La Motte-Fouqué
Friedrich Heinrich Karl de la Motte
1777-1843
Écrivain Romantique Allemand
En uniforme de hussard
vers 1815

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HEINRICH HEINE POEMES
HEINRICH HEINE GEDICHTE
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UNE HISTOIRE DE SOUFFRANCE

Les Mains & La Beauté musicale de Heine

Mais ce qui m’intéressait plus encore que les discours de Heine, c’était sa personne, car ses pensées m’étaient connues depuis longtemps, tandis que je voyais sa personne pour la première fois et que j’étais à peu près sûr que cette fois serait l’unique. Aussi, tandis qu’il parlait, le regardai-je encore plus que je ne l’écoutai. Une phrase des Reisebilder me resta presque constamment en mémoire pendant cette visite : « Les hommes malades sont véritablement toujours plus distingués que ceux en bonne santé. Car il n’y a que le malade qui soit un homme ; ses membres racontent une histoire de souffrance, ils en sont spiritualisés. » C’est à propos de l’air maladif des Italiens qu’il a écrit cette phrase, et elle s’appliquait exactement au spectacle qu’il offrait lui-même. Je ne sais jusqu’à quel point Heine avait été l’Apollon que Gautier nous a dit qu’il fut alors qu’il se proclamait hellénisant et qu’il poursuivait de ses sarcasmes les pâles sectateurs du nazarénisme : ce qu’il y a de certain, c’est qu’il n’en restait plus rien alors. Cela ne veut pas dire que la maladie l’avait enlaidi, car le visage était encore d’une singulière beauté ; seulement cette beauté était exquise plutôt que souveraine, délicate plutôt que noble, musicale en quelque sorte plutôt que plastique. La terrible névrose avait vengé le nazarénisme outragé en effaçant toute trace de l’hellénisant et en faisant reparaître seuls les traits de la race à laquelle il appartenait et où domina toujours le spiritualisme exclusif contre lequel son éloquente impiété s’était si souvent élevée. Et cet aspect physique était en parfait rapport avec le retour au judaïsme, dont les Aveux d’un poète avaient récemment entretenu le public. D’âme comme de corps, Heine n’était plus qu’un Juif, et, étendu sur son lit de souffrance, il me parut véritablement comme un arrière-cousin de ce Jésus si blasphémé naguère, mais dont il ne songeait plus à renier la parenté. Ce qui était plus remarquable encore que les traits chez Heine, c’étaient les mains, des mains transparentes, lumineuses, d’une élégance ultra-féminine, des mains tout grâce et tout esprit, visiblement faites pour être l’instrument du tact le plus subtil et pour apprécier voluptueusement les sinuosités onduleuses des belles réalités terrestres ; aussi m’expliquèrent-elles la préférence qu’il a souvent avouée pour la sculpture sur la peinture. C’étaient des mains d’une rareté si exceptionnelle qu’il n’y a de merveilles comparables que dans les contes de fées et qu’elles auraient mérité d’être citées comme le pied de Cendrillon, ou l’oreille qu’on peut supposer à cette princesse, d’une ouïe si fine qu’elle entendait l’herbe pousser. Enfin, un dernier caractère plus extraordinaire encore s’il est possible, c’était l’air de jeunesse dont ce moribond était comme enveloppé, malgré ses cinquante-six ans et les ravages de huit années de la plus cruelle maladie. C’est la première fois que j’ai ressenti fortement l’impression qu’une jeunesse impérissable est le privilège des natures dont la poésie est exclusivement l’essence. Depuis, le cours de la vie nous a permis de la vérifier plusieurs fois et nous ne l’avons jamais trouvée menteuse.

Émile Montégut
Esquisses littéraires – Henri Heine
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 63
1884

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HEINRICH HEINE POÈMES
HEINRICH HEINE GEDICHTE
DIE HEIMKEHR HEINE

LE POÈTE DEMANDE À SON AMOUR DE LUI ÉCRIRE – Sonnet de l’amour obscur- EL POETA PIDE A SU AMOR QUE LE ESCRIBA

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FREDERICO GARCIA LORCA POÈMES

Frederico Garcia Lorca sonetos del amor oscuro sonnet de l'amour obscur

sonetos del amor oscuro

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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

Federico García Lorca

1898 – 1936

Sonetos del amor oscuro
Sonnets de l’amour obscur



Poèmes de Federico García Lorca
Poesía
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EL POETA PIDE A SU AMOR QUE LE ESCRIBA
Le Poète demande à son amour de lui écrire
****

Amor de mis entrañas, viva muerte,
Amour de mes entrailles, vive mort,
en vano espero tu palabra escrita
J’espère un mot de toi en vain
y pienso, con la flor que se marchita,
Et je pense, avec la fleur qui flétrit,
que si vivo sin mí quiero perderte.
Que si je vis sans moi, je préfère te perdre.

*

El aire es inmortal, la piedra inerte
L’air est immortel, la pierre inerte
ni conoce la sombra ni la evita.
Ni ne connaît l’ombre ni ne l’évite.
Corazón interior no necesita
Le cœur intérieur n’a nul besoin
 la miel helada que la luna vierte.
Du miel gelé que la lune verse.

*

Pero yo te sufrí, rasgué mis venas,
Mais j’ai souffert, j’ai lacéré mes veines,
tigre y paloma, sobre tu cintura
Tigre et colombe sur ta taille
en duelo de mordiscos y azucenas.
Dans un duel de morsures et de lys.

*

*

Llena, pues, de palabras mi locura
Comble de paroles ma folie
o déjame vivir en mi serena noche
Ou laisse-moi vivre ma calme nuit
del alma para siempre oscura.
De l’âme pour toujours obscure.

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Federico García Lorca Poèmes
Sonetos del amor oscuro
Sonnet de l’amour obscur

LE BÂILLEMENT HEINRICH HEINE POÈMES – LE LIVRE DES CHANTS XXXIV- DIE HEIMKEHR -Und als ich Euch meine Schmerzen geklagt

HEIRICH HEINE POÈMES
DIE HEIMKEHR HEINE
LE LIVRE DES CHANTS
LITTERATURE ALLEMANDE

Heine Buch der Lieder




Christian Johann Heinrich Heine


 

Und als ich Euch meine Schmerzen geklagt,
Et quand je me plaignais à vous de ma douleur,
Da habt Ihr gegähnt und nichts gesagt;
Vous bâilliez alors sans rien dire ;
Doch als ich sie zierlich in Verse gebracht,
Mais quand délicatement je la plaçais en rimes,
 Da habt Ihr mir große Elogen gemacht.
Vous me couvriez des plus grands éloges sur l’heure.

 


 

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HEINRICH HEINE POEMES
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UNE HISTOIRE DE SOUFFRANCE

Les Mains & La Beauté musicale de Heine

Mais ce qui m’intéressait plus encore que les discours de Heine, c’était sa personne, car ses pensées m’étaient connues depuis longtemps, tandis que je voyais sa personne pour la première fois et que j’étais à peu près sûr que cette fois serait l’unique. Aussi, tandis qu’il parlait, le regardai-je encore plus que je ne l’écoutai. Une phrase des Reisebilder me resta presque constamment en mémoire pendant cette visite : « Les hommes malades sont véritablement toujours plus distingués que ceux en bonne santé. Car il n’y a que le malade qui soit un homme ; ses membres racontent une histoire de souffrance, ils en sont spiritualisés. » C’est à propos de l’air maladif des Italiens qu’il a écrit cette phrase, et elle s’appliquait exactement au spectacle qu’il offrait lui-même. Je ne sais jusqu’à quel point Heine avait été l’Apollon que Gautier nous a dit qu’il fut alors qu’il se proclamait hellénisant et qu’il poursuivait de ses sarcasmes les pâles sectateurs du nazarénisme : ce qu’il y a de certain, c’est qu’il n’en restait plus rien alors. Cela ne veut pas dire que la maladie l’avait enlaidi, car le visage était encore d’une singulière beauté ; seulement cette beauté était exquise plutôt que souveraine, délicate plutôt que noble, musicale en quelque sorte plutôt que plastique. La terrible névrose avait vengé le nazarénisme outragé en effaçant toute trace de l’hellénisant et en faisant reparaître seuls les traits de la race à laquelle il appartenait et où domina toujours le spiritualisme exclusif contre lequel son éloquente impiété s’était si souvent élevée. Et cet aspect physique était en parfait rapport avec le retour au judaïsme, dont les Aveux d’un poète avaient récemment entretenu le public. D’âme comme de corps, Heine n’était plus qu’un Juif, et, étendu sur son lit de souffrance, il me parut véritablement comme un arrière-cousin de ce Jésus si blasphémé naguère, mais dont il ne songeait plus à renier la parenté. Ce qui était plus remarquable encore que les traits chez Heine, c’étaient les mains, des mains transparentes, lumineuses, d’une élégance ultra-féminine, des mains tout grâce et tout esprit, visiblement faites pour être l’instrument du tact le plus subtil et pour apprécier voluptueusement les sinuosités onduleuses des belles réalités terrestres ; aussi m’expliquèrent-elles la préférence qu’il a souvent avouée pour la sculpture sur la peinture. C’étaient des mains d’une rareté si exceptionnelle qu’il n’y a de merveilles comparables que dans les contes de fées et qu’elles auraient mérité d’être citées comme le pied de Cendrillon, ou l’oreille qu’on peut supposer à cette princesse, d’une ouïe si fine qu’elle entendait l’herbe pousser. Enfin, un dernier caractère plus extraordinaire encore s’il est possible, c’était l’air de jeunesse dont ce moribond était comme enveloppé, malgré ses cinquante-six ans et les ravages de huit années de la plus cruelle maladie. C’est la première fois que j’ai ressenti fortement l’impression qu’une jeunesse impérissable est le privilège des natures dont la poésie est exclusivement l’essence. Depuis, le cours de la vie nous a permis de la vérifier plusieurs fois et nous ne l’avons jamais trouvée menteuse.

Émile Montégut
Esquisses littéraires – Henri Heine
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 63
1884

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