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LA FLÛTE DES VERTEBRES de MAÏAKOVSKI – Le Prologue – Флейта-позвоночник

Флейта-позвоночник

LA FLÛTE DES VERTEBRES DE MAÏAKOVSKI


русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe
 

 





 

Владимир Владимирович Маяковский
Vladimir Maïakovski

1893-1930

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
стихотворение Лермонтова

 




 Poème de Vladimir Maïakovski

LA FLÛTE DE VERTEBRES
Флейта-позвоночник
1915
PROLOGUE – пролог

**

За всех вас,
A vous toutes,
которые нравились или нравятся,
qui aiment ou qui avez aimé,
хранимых иконами у души в пещере,
Icônes stockées dans une caverne de l’âme,
как чашу вина в застольной здравице,
Comme une coupe de vin à boire lors d’un toast,
подъемлю стихами наполненный череп.
Je lève mes vers au fond de ce crâne.



Все чаще думаю –
De plus en plus, je pense –
не поставить ли лучше
Que le mieux serait de placer
точку пули в своем конце.
Une balle à la fin.
Сегодня я
Aujourd’hui,
на всякий случай
Juste au cas où,
даю прощальный концерт.
Je donne un concert d’adieu.



 

Память!
Mémoire !
Собери у мозга в зале
Recueille dans la pièce du cerveau
любимых неисчерпаемые очереди.
Une file inépuisable d’amantes.
Смех из глаз в глаза лей.
Que le rire baignent les yeux.
Былыми свадьбами ночь ряди.
Que la nuit s’embellisse de nos hymens passés.
Из тела в тело веселье лейте.
Que de corps en corps la joie circule.
Пусть не забудется ночь никем.
Que ne soit jamais oublié cette nuit.
Я сегодня буду играть на флейте.
Aujourd’hui, je vais jouer de la flûte.
На собственном позвоночнике.
Sur ma propre colonne vertébrale.



 




*******

Poème de Vladimir Maïakovski
LA FLÛTE DES VERTEBRES
PROLOGUE
1915




LA FLÛTE DES VERTEBRES DE MAÏAKOVSKI

PASSION DE MAÏAKOVSKI (1917) Страсти Маяковского (Владимир Владимирович Маяковский)

Маяковский поэма
Страсти Маяковского

PASSION DE MAÏAKOVSKI


русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe
 

 





 

Владимир Владимирович Маяковский
Vladimir Maïakovski

1893-1930

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
стихотворение Лермонтова

 




 Poème de Vladimir Maïakovski

Страсти Маяковского
La Passion de Maïakovki
1917

**

 Слышите?
Entendez-vous ?
Слышите лошажье ржанье?
Entendez-vous hennir les montures ?
Слышите?
Entendez-vous ?
Слышите вопли автомобильи?
Entendez-vous les crissements des voitures ?
Это идут,
Voilà
идут горожане
Les citoyens
выкупаться в Его обилии.
Qui se baignent dans Son abondance.

Разлив людей.
Une foule qui se déverse.
Затерся в люд,
Une foule qui m’étouffe,
расстроенный и хлюпкий.
Frustrée et visqueuse.
Хватаюсь за уздцы.
Je tends les rênes.
Ловлю
Je pêche
за фалды и за юбки.
Les basques et les jupes.


Что это?
Qui est-ce ?
Ты?
Est-ce toi ?
Туда же ведома?!
Tu sembles désinvoltes ?!
В святошестве изолгалась!
Désinvolture blasphématrice !
Как красный фонарь у публичного дома,
Comme la lumière rouge d’un bordel,
кровав
Se colorent
налившийся глаз.
Mes yeux irrigués.

Зачем тебе?
Pourquoi es-tu ici ?
Остановись!
Stop !
Я знаю радость слаже!
Je sais de plus douces joies !
Надменно лес ресниц навис.
Des forêts de cils hautainement suspendus.
Остановись!
Stop !
Ушла уже…
Elle est déjà emportée …



 

Там, возносясь над головами, Он.
Là-bas, s’élevant au-dessus des têtes, le voici.

Череп блестит,
Crâne scintillant,
хоть надень его на ноги,
A s’en même mettre sur ses pieds !
безволосый,
Sans un poil sur le caillou
весь рассиялся в лоске.
Tout brille en lui.
Только
Seulement
у пальца безымянного
Sur l’annulaire
  на последней фаланге
Sur la dernière phalange
 три
Trois
 из-под бриллианта –
– à côté des brillants-
выщетинились волосики.
Poils hirsutes.



Вижу – подошла.
Je vois – elle s’approche.
Склонилась руке.
Elle attrape sa main.
Губы волосикам,
Puis approche ses lèvres des trois poils,
шепчут над ними они,
Qui chuchotent sur chacun d’eux,
   « Флейточкой » называют один,
« Ma belle flûte » pour l’un,
« Облачком » – другой,
« Mon petit nuage » – pour l’autre,
 третий – сияньем неведомым
Au troisième – un éclat inconnu
 какого-то,
Pour lequel,
только что
Je viens juste
 мною творимого имени.
De lui donner un nom.




*******

Poème de Vladimir Maïakovski
PASSION DE MAÏAKOVSKI
Страсти Маяковского




PASSION DE MAÏAKOVSKI

DISCOURS DE SALERNE de GEORGES CLEMENCEAU 1893

Georges CLEMENCEAU




Discours de Salerne
1893

***

discours-de-salerne-georges-clemenceau-artgitatoGeorges Clemenceau
28 septembre 1841-Mouilleron-en-Pareds (Vendée) – 24 novembre 1929 Paris




 

Source : Duroselle pages 291 ff

« Mes chers concitoyens,

« Après une longue épreuve, je me présente devant vous. C’est le sort des hommes politiques – je parle des hommes de combat – d’être exposés à toutes les surprises, à tous les attentats.

« Autrefois on les assassinait ; c’était l’âge d’or. Aujourd’hui, contre eux l’entreprise réputée infâme paraît légitime ; contre eux le mensonge est vrai ; la calomnie, louange ; la trahison, loyauté.

« Dans une démocratie où tous les appétits, tous les intérêts, toutes les passions sont publiquement aux prises, quoi de plus tentant que de profiter sans scrupules de tous les incidents pour chercher à troubler l’opinion par les attaques personnelles les plus violentes ? Et tous ceux qu’on aura pu redouter un jour seront exposés à subir ce qu’auront accumulé de sentiments inavouables, les appétits inassouvis, les intérêts menacés, les espérances trompées, les ambitions déçues. (Mouvements.)

« J’ai lu que c’était un honneur d’être le point de mire de telles attaques, un honneur redoutable, qu’on ne peut affronter que cuirassé de haute indifférence, capable d’endurer tout sans défaillir, et toujours face à l’ennemi, jusqu’à ce que la fortune se lasse et fasse honte aux hommes.

« Attaqué de tous les côtés à la fois, insulté, vilipendé, lâché, renié ; sous les accusations les plus infamantes, je n’ai pas faibli ; et me voici debout, devant vous pour qui j’ai subi ces outrages, prêt à vous rendre des comptes. (Applaudissements)

« Je ne vous ai jusqu’ici jamais parlé de moi. Après plus de six mois d’attaques quotidiennes, qu’il me soit permis, pour cette fois, de me mettre en cause.

« Depuis plus de trente ans, je suis un républicain de bataille.

« En 1862, étudiant, j’étais en prison pour la République.

« Depuis lors, fidèle à mon parti, je suis resté dans la mêlée, sans repos, sans trêve, m’efforçant de régler l’ardeur des uns, pressant, encourageant les autres, toujours montrant l’ennemi et criant : en avant !




« Maire de Paris pendant le siège, député à Bordeaux et à Versailles, président du Conseil municipal de Paris, de nouveau député depuis 1876, j’ai, suivant mes moyens, servi publiquement la cause du peuple. Contre les monarchistes, les cléricaux, les réactionnaires de tous noms et de tous déguisements, au grand jour, sous les yeux du pays, bien ou mal, heureux ou malheureux, j’ai combattu.

« Sans doute, pour le triomphe de nos idées communes, fort de l’assentiment de mes commettants, vigoureusement secondé par mes amis, j’ai dû livrer plus d’un combat à ses républicains ; à des républicains qui étaient les plus nombreux, les plus forts et – j’en puis témoigner – de leur côté très ardents contre nous. (Applaudissements)

« Le parti républicain peut-il se soustraire à ce qui est la vie même de l’humanité, la lutte entre l’esprit de stabilité, de conservation, et l’esprit d’évolution, de réforme, de progrès ? Dans notre parti commun, pour la réformation politique et sociale, nous avons donc obstinément bataillé, tous solidaires, vous mes commettants, moi votre mandataire.

« Mais ce que j’ai le droit de dire aujourd’hui sans craindre un démenti, c’est que, étranger à la politique d’insultes et de haine, j’ai combattu les idées, non les personnes, ; c’est que, en lutte avec des républicains, j’ai toujours respecté mon parti ; c’est que, au plus fort de la bataille, ne perdant jamais de vue le but commun, j’ai conclu toujours par un appel à la solidarité commune contre l’ennemi commun ; c’est qu’enfin, attaqué, injurié, calomnié par certains républicains, et pouvant parfois user de mortelles représailles, je ne l’ai pas fait.

« Il est vrai, j’ai renversé des ministères. Des personnages plus ou moins désintéressés me le reprochent souvent.

« Ce qu’on ne dit pas. c’est que les modérés ont, à travers tout, sous des noms divers, maintenu les mêmes hommes et la même politique d’atermoiement. Ce qu’on ne dit pas, c’est que rencontrant un cabinet radical, les modérés ne se sont pas fait faute de s’unir à la droite pour le renverser. Ainsi se retourne contre eux un de leurs principaux griefs contre nous.

« Ces rencontres de partis opposés sont toute l’histoire du régime parlementaire. On me reproche à la fois d’avoir été opposant systématique et gouvernement occulte. L’une des accusations détruit manifestement l’autre. Toujours en minorité, je n’ai jamais refusé le pouvoir parce qu’on ne me l’a jamais offert, sauf quand il était inacceptable, au moment où M. Grévy allait quitter l’Élysée. (Applaudissements)

« J’ai fondé un journal pour servir la politique de réformes. Notre plate-forme, c’était la République par l’application de ce qui a constitué notre parti : le vieux programme républicain. Développer l’action du suffrage universel, accroître son efficacité par la plus large diffusion de l’instruction à tous les degrés ; mieux repartir les charges publiques ; débarrasser l’individu des vieilles entraves monarchiques qui l’enserrent. Vis-à-vis de l’Église, la liberté de conscience, la sécularisation de l’État. Dans le domaine économique et social, rechercher le principe par où se résume tout le programme républicain : la Justice. (Longs applaudissements. Bravo !) Enfin, pour refaire la France vaincue, ne pas gaspiller son sang et son or dans des expéditions sans profit. Voilà ce qu’on a osé appeler une politique antipatriotique. (Applaudissements prolongés)

« Qu’on ouvre le journal depuis quinze ans, on n’y trouvera pas autre chose. (Oui, oui. Bravo ! bravo !)
« Contre moi, j’ai l’orgueil de dire que la meute a donné toute entière d’une rage inouïe. Ce fut une belle chasse, longue et pourtant endiablée, où nul ne s’épargna, ni les valets, ni les chiens. Il n’y manqua que l’hallali trop tôt sonnée. (Acclamations. — Applaudissements. — Vive Clemenceau !)

« Prenant prétexte de tout, dénaturant tout, mentant, calomniant, faisant des faux, toute une bande accusatrice se leva d’un seul coup contre moi.

« On réveilla tout, on fouilla ma vie, on n’épargna rien.

« J’avais assassiné Lecomte et Clément Thomas.

« Le bureau de poste installé dans la maison que j’habite payait mon loyer.

« Il y a quelques semaines encore, j’ai lu dans un journal que j’avais une loge à l’Opéra, que je dépensais 200 000 francs par an et que c’était le budget qui payait tout cela. Un aventurier bien connu ou plutôt mal connu dans le Var, où le jury de la cour d’assises lui a dit son fait, a trouvé plus rond de fixer à 400 000 francs le chiffre de mes dépenses annuelles.

« Alors que ma vie est au grand jour et que je défie qu’on y trouve d’autre luxe qu’un cheval de selle, dont la pension est de 5 francs par jour, pendant neuf mois, et une action de chasse qui ne me revient pas à 500 francs… (Applaudissements), j’avais fait obtenir un avancement inouï dans la légion d’honneur à M. Cornelius Herz. Je l’avais aidé dans ses entreprises. Je défiai qu’on apportât une seule preuve à l’appui de ces dires, on n’a jamais essayé.

« M. Cornelius Herz était un espion, et par conséquent j’étais son complice. De preuve ou de commencement de preuve, pas de trace.

« J’avais extorqué à M. de Lesseps des sommes fantastiques. Toute la presse de la compagnie de Panama vécut de cela pendant de longues semaines. Cinq minutes de témoignages devant la cour d’assises et, de l’aveu de M. de Lesseps, il restait de cela néant. À ce point qu’après tant d’accusations si diverses et si passionnées, mon nom n’est même pas prononcé dans le rapport de la commission d’enquête.

« Aujourd’hui, je dirai devant vous ce que je n’ai pas voulu dire pour me défendre : c’est que M. Charles Bal m’ayant offert des parts de syndicat, j’ai refusé. C’est qu’un personnage autorisé m’ayant offert 50 000 francs pour La Justice, en dehors de la publicité régulière, j’ai refusé. Voilà l’homme accusé de vénalité par les vendus ! (Tonnerre d’applaudissements.)

« Tout ceci je puis le prouver.

« Mais il s’agissait bien de preuves.

« Un membre de la commission d’enquête donnait aux journaux une note indiquant que j’avais touché un chèque de 100 000 francs de la Compagnie de Panama. Le même enquêteur en faisait discrètement confidence à un député que je pourrais nommer. Quand les journaux s’en furent donnés à cœur joie, le même homme, interrogé par un de mes amis, répondit qu’il y avait eu erreur. Mais il ne donna pas de note aux journaux pour démentir sa note précédente. C’est l’histoire du fameux chèque Marot dont le seul tort est de n’avoir jamais existé. Il y a quelques jours à peine un journaliste-député faisait allusion à cette histoire, en ayant soin de brouiller tout, pour émettre avec plus d’aise un doute discret. Et puis j’avais reçu des millions de M. Cornelius Herz. Était-ce trois, était-ce cinq ? On ne savait pas bien. Plutôt cinq que trois. (Rires.)

« L’argent était-il entré dans la caisse du journal ? On l’avait affirmé d’abord, mais la comptabilité étant là, on ne put le soutenir longtemps. Ce fut alors à mon profit personnel que j’avais touché cette somme.

« Je monte à la tribune, j’offre mes livres, ceux de mon journal. «  On pense bien qu’ils sont en règle  », répond naïvement l’accusateur.

« Que me reste-il à établir ? Qu’il n’y a pas trace de ces millions dans ma vie. Rien n’est si facile.

« Quand j’ai connu M. Cornelius Herz, il n’était pas millionnaire. Quand il l’est devenu, la comptabilité du journal établit :

« 1. Que La Justice est restée dans une situation précaire ; à certains moments, très difficile ;

« 2. Que j’ai contracté, pour la soutenir, des engagements personnels dont je n’ai pu encore me libérer, et qui seraient lourds pour moi au jour de la liquidation.

« Parlerai-je de ma situation personnelle ?

« J’ai réglé mes dettes de jeunesse par un emprunt chez un notaire de Nantes. On peut y aller voir, la dette subsiste encore. Où sont les millions ? (Applaudissements.)

« J’ai marié ma fille sans dot. Où sont les millions ? (Applaudissements.)

« Je suis installé depuis six ans dans mon domicile actuel. Le marchand de meuble et le tapissier ont été peu à peu réglés par acomptes. Je n’ai pas encore fini de les payer. Où sont les millions ? (Applaudissements répétés.)
« Voici à quels aveux on réduit les serviteurs désintéressés de la République.

« Que la honte de cette humiliation soit sur ceux qui ont rendu cette confession nécessaire. »

Discours de Salernes
Georges Clemenceau
Discours prononcé à Salernes
Var
9 août 1893

THE PROPHET KHALIL GIBRAN LE PROPHETE IX HOUSES LES MAISONS

the-prophet-khalil-gibran-houses-les-maisons-artgitato-caspar-david-friedrichThe Prophet
HOUSES
LES MAISONS

Le Prophète

The Prophet IX
KHALIL GIBRAN
Littérature Libanaise
Lebanese literature
le-prophete-khalil-gibran-fred-holland-day-1898Photographie de Fred Holland Day
1898





جبران خليل جبران
Gibran Khalil Gibran
1883–1931
le-prophete-khalil-gibran-the-prophete-n

Traduction Jacky Lavauzelle

 

THE PROPHET IX
HOUSES
LES MAISONS

1923




*****
The Prophet

*

the-prophet-khalil-gibran-houses-les-maisons-artgitato-caspar-david-friedrich

 Le Rêveur  Der Träumer Caspar David Friedrich
1835-1840
Musée de l’Ermitage – Saint Pétersbourg

Then a mason came forth and said, « Speak to us of Houses. »
Ensuite, un maçon sortit et dit : «Parle-nous des maisons. »

And he answered and said:
Et il répondit et dit :

Build of your imaginings a bower in the wilderness ere you build a house within the city walls.
Construisez en imagination un écrin dans le désert avant que vous ne construisiez une maison dans les murs de la ville.

For even as you have home-comings in your twilight, so has the wanderer in you, the ever distant and alone.
Car, comme vous, au crépuscule, rentrez chez vous, il en va de même pour le vagabond qui est en vous, le toujours lointain et solitaire.

Your house is your larger body.
Votre maison est votre grand corps.

It grows in the sun and sleeps in the stillness of the night; and it is not dreamless. Does not your house dream? And dreaming, leave the city for grove or hilltop?
Elle se développe au soleil et dort dans le silence de la nuit ; et ce ne sont pas sans rêves. Votre maison n’a-t-elle pas de rêve ? Et rêvant, ne quitte-t-elle pas la ville pour un bosquet ou une colline ?

Would that I could gather your houses into my hand, and like a sower scatter them in forest and meadow.
Si je pouvais rassembler vos maisons dans ma main, et, comme un semeur, les disperser dans la forêt et la prairie.

Would the valleys were your streets, and the green paths your alleys, that you might seek one another through vineyards, and come with the fragrance of the earth in your garments.
Que les vallées soient vos rues et les chemins verts vos allées, que vous puissiez vous chercher à travers les vignes, et revenir avec le parfum de la terre sur vos vêtements.

But these things are not yet to be.
Mais ces choses ne sont pas encore là.

In their fear your forefathers gathered you too near together. And that fear shall endure a little longer. A little longer shall your city walls separate your hearths from your fields.
Dans leur crainte, vos ancêtres se sont réunis les uns à côté des autres. Et cette crainte durera un peu plus longtemps. Un peu plus tard encore, vos murs de la ville sépareront vos foyers de vos champs.

And tell me, people of Orphalese, what have you in these houses? And what is it you guard with fastened doors?
Et dites-moi, gens de Orphalese, que possédez-vous donc dans ces maisons ? Et que gardez-vous avec des portes fermées ?

Have you peace, the quiet urge that reveals your power?
Avez-vous la paix, l’assurance tranquille qui révèle votre puissance?

Have you remembrances, the glimmering arches that span the summits of the mind?
Avez-vous des souvenirs, des arches scintillantes qui couvrent les sommets de l’esprit ?

Have you beauty, that leads the heart from things fashioned of wood and stone to the holy mountain?
Avez-vous la beauté, qui mène au cœur des choses façonnées de bois et de pierre à la montagne sainte ?

Tell me, have you these in your houses?
Dites-moi, avez-vous ces choses-là dans vos maisons?

Or have you only comfort, and the lust for comfort, that stealthy thing that enters the house a guest, and becomes a host, and then a master?
Ou avez-vous seulement le confort, et la soif de confort, cette chose furtive qui pénètre dans la maison tel un invité, et devient un hôte, et enfin un maître ?

Ay, and it becomes a tamer, and with hook and scourge makes puppets of your larger desires.
Oui, et il devient un dompteur, et avec un  crochet et un fléau fait des marionnettes de vos plus grands désirs.

Though its hands are silken, its heart is of iron.
Bien que ses mains soient soyeuses, son cœur est de fer.

It lulls you to sleep only to stand by your bed and jeer at the dignity of the flesh.
Il vous berce pour dormir seulement pour se tenir près de votre lit et se railler de la dignité de la chair.

It makes mock of your sound senses, and lays them in thistledown like fragile vessels.
Il se moque de vos sens solides, et les dépose dans l’ouate comme des vases fragiles.

Verily the lust for comfort murders the passion of the soul, and then walks grinning in the funeral.
En vérité, la soif de confort tue la passion de l’âme, et se gausse en souriant à ses funérailles.

But you, children of space, you restless in rest, you shall not be trapped nor tamed.
Mais vous, les enfants de l’espace, vous qui êtes agités dans le repos, vous ne serez pas pris au piège ni apprivoisés.

Your house shall be not an anchor but a mast.
Votre maison ne doit pas être un point d’ancrage, mais un mât.

It shall not be a glistening film that covers a wound, but an eyelid that guards the eye.
Elle ne doit pas être une bandelette étincelante qui couvre une plaie, mais une paupière qui protège l’œil.

You shall not fold your wings that you may pass through doors, nor bend your heads that they strike not against a ceiling, nor fear to breathe lest walls should crack and fall down.
Vous ne plierez point vos ailes pour passer à travers les portes, ni ne baisserez vos têtes pour qu’elles ne se frappent au plafond, ni ne craindrez de respirer de peur que les murs ne se fissurent puis tombent.

You shall not dwell in tombs made by the dead for the living.
Vous ne vous attarderez pas dans des tombes faites par les morts pour les vivants.

And though of magnificence and splendour, your house shall not hold your secret nor shelter your longing.
Et bien que remplie de magnificence et de splendeur, votre maison ne doit pas tenir votre secret, ni abriter votre désir.

For that which is boundless in you abides in the mansion of the sky, whose door is the morning mist, and whose windows are the songs and the silences of night.
Ce qui est immense en vous demeure dans la maison du ciel, dont la porte est la brume du matin, et les fenêtres les chants et les silences de la nuit.

*****

The Prophet
LES MAISONS
HOUSES

Khalil Gibran
Le Prophète IX

the-prophet-khalil-gibran-houses-les-maisons-artgitato-caspar-david-friedrich

Joy and Sorrow LE PROPHETE VIII THE PROPHET KHALIL GIBRAN JOIE ET TRISTESSE

joy-and-sorrow-le-prophete-viii-the-prophet-khalil-gibran-joie-et-tristesseJoy and Sorrow
Joie et Tristesse
Le Prophète – The Prophet

Le Prophète VIII
KHALIL GIBRAN
Littérature Libanaise
Lebanese literature
le-prophete-khalil-gibran-fred-holland-day-1898Photographie de Fred Holland Day
1898





جبران خليل جبران
Gibran Khalil Gibran
1883–1931
le-prophete-khalil-gibran-the-prophete-n

Traduction Jacky Lavauzelle

 

THE PROPHET VIII
Joy and Sorrow
JOIE ET TRISTESSE

1923




*****

joy-and-sorrow-le-prophete-viii-the-prophet-khalil-gibran-joie-et-tristesse

Illustrations
Edvard Much Le Cri 1893  Musée Munch Oslo
Frans Hals Le Jeune Ramp et sa belle 1623, Metropolitan Museum of Art New York

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The Prophet
Joy and Sorrow
Joie et Tristesse
Khalil Gibran
Le Prophète VIII

********

Then a woman said, « Speak to us of Joy and Sorrow. »
Puis une femme demanda : « Parle-nous de la Joie et de la Tristesse. »

And he answered:
Et il répondit :

Your joy is your sorrow unmasked.
Votre joie est votre tristesse démasquée.

And the selfsame well from which your laughter rises was oftentimes filled with your tears.
Et le même puits d’où viennent vos rires a été souvent rempli de vos larmes.

And how else can it be?
Et comment peut-il en être différemment ?

The deeper that sorrow carves into your being, the more joy you can contain.
Plus profondément la douleur creuse dans votre être, plus de joie vous pouvez contenir.

Is not the cup that holds your wine the very cup that was burned in the potter’s oven?
La coupe que contient votre vin n’est-elle pas la même qui a été brûlée dans le four du potier?

And is not the lute that soothes your spirit, the very wood that was hollowed with knives?
Et le luth qui apaise votre esprit ne vient-il pas du même bois sculpté avec des couteaux?

When you are joyous, look deep into your heart and you shall find it is only that which has given you sorrow that is giving you joy.
Lorsque vous êtes joyeux, regardez profondément dans votre cœur et vous trouverez que c’est seulement ce qui vous a donné la douleur qui vous donne la joie.

When you are sorrowful look again in your heart, and you shall see that in truth you are weeping for that which has been your delight.
Lorsque vous avez le regard douloureux, plongez-vous à nouveau dans votre coeur, et vous verrez qu’en vérité vous pleurez pour ce qui fut votre plus grand plaisir.

Some of you say, « Joy is greater than sorrow, » and others say, « Nay, sorrow is the greater. »
Certains d’entre vous disent : «La joie est plus grande que la douleur», et d’autres disent: «Non, la douleur est la plus grande. »

But I say unto you, they are inseparable.
Mais je vous le dis, elles sont inséparables.

Together they come, and when one sits alone with you at your board, remember that the other is asleep upon your bed.
Ensemble, elles viennent, et quand l’une d’elles est assise, seule à vos côtés, rappelez-vous que l’autre est endormie dans votre lit.

Verily you are suspended like scales between your sorrow and your joy.
En vérité, vous êtes suspendus comme une balance entre votre tristesse et votre joie.

Only when you are empty are you at standstill and balanced.
Seulement quand vous êtes vide que vous êtes à l’arrêt et à l’équilibre.

When the treasure-keeper lifts you to weigh his gold and his silver, needs must your joy or your sorrow rise or fall.
Lorsque le gardien du trésor vous soulève pour peser son or et son argent, votre joie ou votre douleur monte ou descend.

**

 The Prophet
Joy and Sorrow
Joie et Tristesse
Khalil Gibran
Le Prophète VIII

Martín Chirino – el árbol de la Cruz – l’arbre de la Croix – 2006 – CATEDRAL CATHEDRALE DE BURGOS

Martín Chirino
CATEDRAL DE BURGOS

martin-chirino-martin-chirino-el-arbol-de-la-cruz-larbre-de-la-croix-2006-artgitato-1

CATHEDRALE DE BURGOS

BURGOS
布尔戈斯
ブルゴス
Бургос
——

Photos Jacky Lavauzelle
*


 LA CATHEDRALE  de BURGOS
Cathédrale Sainte-Marie de Burgos
Catedral de Santa María de Burgos
布尔戈斯圣玛丽大教堂
ブルゴス大聖堂の聖マリア
Собор Святой Марии Бургос


 Martín Chirino
El árbol de la Cruz
L’arbre de la Croix
2006

Martín Chirino
Las Palmas de Gran Canaria, 1 de marzo de 1925
Las Palmas (Canaries) 1er mars 1925

Escultor Español
Sculpteur Espagnol

*************

 el árbol de la Cruz
l’arbre de la Croix
Hierro ferjado
Fer forgé
253 x 248 x 244 cm

Claustro de la Catedral de Burgos
Cloître de la Cathédrale de Burgos

*****************

martin-chirino-martin-chirino-el-arbol-de-la-cruz-larbre-de-la-croix-2006-artgitato-1

« Je n’ai pas tenu sous mes doigts
Une lyre orgueilleuse et rare,
Mais un pauvre instrument barbare
Taillé dans l’arbre de la croix. »

Germain Nouveau
Aphorismes
Poésies d’Humilis et vers inédits
Texte établi par Ernest Delahaye
Albert Messein, 1924
pp. 110-112

martin-chirino-martin-chirino-el-arbol-de-la-cruz-larbre-de-la-croix-2006-artgitato-3

« Vous aussi, campagnards, venez ! avec chaque branche,
Faites des pieux et des fléaux, avec la souche une charrue !
Pourtant élevons d’abord à l’angle des chemins
L’arbre de la croix sur lequel fut attaché Notre-Seigneur. »

Auguste Brizeux
La Harpe d’Armorique
Le Chêne, VII
Œuvres de Auguste Brizeux
Alphonse Lemerre, éditeur, Marie
La Harpe d’Armorique, Sagesse de Bretagne
pp. 211-213

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« Celle-ci resta quelque temps encore debout sur la plate-forme du rocher, le dos appuyé à l’arbre de la croix. Mais ce n’était plus la mer qu’elle regardait. Ses yeux limpides, d’où les larmes coulaient doucement comme une averse printanière, ses yeux couleur de ciel d’avril suivaient à l’horizon la ligne onduleuse des bois. Le soleil venait d’apparaître. Une pluie d’or s’égouttait au loin, ruisselait en lumineuses cascades sur tout le versant, des cimes les plus éloignées aux frondaisons les plus proches. C’était un spectacle magique. »

Anatole Le Braz
Vieilles histoires du pays breton
1893

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Martín Chirino

YEATS POEMS – Poetry of Yeats – La Poésie de Yeats

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YEATS POEMS

William Butler Yeats
Irish poet – Poète Irlandais

Traduction – Texte Bilingue




Traduction Jacky Lavauzelle

YEATS
1865-1939
Poetry of Yeats La Poésie de Yeats William_Butler_Yeats_by_John_Singer_Sargent_1908 

 








YEATS POEMS
La Poésie de Yeats

 

Poetry of Yeats

A Faery Song – Une Chanson de Fée [The Rose- 1893]
An Acre of Grass – Un Acre d’Herbe [New Poems -1938]
Down by the Salley Gardens – Par les Jardins de Saules – [The Wanderings of Oisin and Other Poems-  1889]
He bids his beloved be at peace – Il demande à sa bien-aimée d’être en paix [The Wind Among The Reeds –  1899]
He remembers forgotten- Il se souvient de la beauté oubliée [The Wind among the Reeds – 1899]
He wishes for the cloths of Heaven – Les Toiles du Ciel [The Wind Among The Reeds – 1899]
Into the Twilight – Dans le Crépuscule [The Wind Among The Reeds –  1899]




Leda and the Swan – Leda et le cygne
Lines written in Dejection – Lignes écrites dans l’Abattement [The Wild Swans at Coole – 1919]




No Second Troy – Pas de deuxième Troie

SAILING TO BYZANTIUM
LA TRAVERSEE VERS BYZANCE

The Cold Heaven – Le Ciel Glacé [Responsibilities – 1914]




The Everlasting Voices – Les Voix Eternelles [The Wind Among The Reeds – 1899]
The Fiddler of Dooney – Le Violoniste de Dooney [The Wind Among The Reeds – 1899]
The Folly of Being Comforted – La Folie d’être réconforté – Version 1902 & Version 1933 [In The Seven Woods – 1904]
The Magi – Les Mages [Responsibilities-1914]
The Man and The Echo – L’Homme et L’Echo
The Mountain Tomb – Le Tombeau de la Montagne [Responsibilities – 1914]
The Rose of The World- La Rose du Monde [The Rose – 1893]




The Scholars – Les Hommes d’Etude [The Wild Swans at Coole – 1919]
The Song of Wandering Aengus – La Chanson d’Aengus l’Errant [The Wind Among the Reeds – 1899]
The Sorrow of Love – La Douleur d’Aimer
I- To a Child dancing in the Wind – A un enfant dansant dans le vent [Responsibilities – 1914]




The Wheel – La Roue [The Tower -1928]
II- Two Years Later – Deux ans plus tard [Responsibilities – 1914]
The Unappeasable Host – L’Implacable Hôte [The Wind Among the Reeds – 1899]




The Wheel – La Boue [The Tower – 1928]
To his Heart, bidding it have no fear – A son cœur, il lui somme d’être sans crainte [The Wind Among The Reeds -1899]
When You Are Old – Quand vous serez vieille [The Rose -1893]




Why does my heart beat so ? – Pourquoi mon cœur bât-il ainsi [The Dreaming of the Bones – 1921]

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Poetry of Yeats La Poésie de Yeats William_Butler_Yeats_by_John_Singer_Sargent_1908

YEATS POEMS

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LA POESIE DE YEATS
VUE
PAR OSCAR WILDE

Les livres de poésie des jeunes écrivains sont d’ordinaire des billets qui ne sont jamais payés.
Néanmoins, on rencontre de temps en temps un volume si supérieur à la moyenne, qu’on résiste à grand’peine à la tentation attrayante de prophétiser étourdîment un bel avenir pour son auteur.
Le livre de M. Yeats : Les Voyages d’Oisin est certainement un de ceux-là.
Ici nous trouvons un noble sujet noblement traité, la délicatesse de l’instinct poétique, et la richesse d’imagination.
Une bonne partie de l’œuvre est inégale, peu soutenue, il faut le reconnaître.
M. Yeats n’essaie pas de dépasser Wordworth en enfance, nous sommes heureux de le dire, mais de temps à autre il réussit à « surpasser Keats en brillant » et il y a, çà et là, dans son livre des choses d’une étrange crudité, des endroits d’une recherche irritante. Mais dans les meilleurs passages, il est excellent.
S’il n’a pas la grandiose simplicité de la facture épique, il a au moins quelque chose de la largeur de vision qui appartient au caractère épique.
Il ne diminue point la stature des grands héros de la mythologie celtique.
Il est très naïf, très primitif et parle de ses géants de l’air d’un enfant.
Voici un passage caractéristique du récit où Oisin revient de l’Île de l’oubli.
  Et je suivis les bords de la mer, où tout est nu et gris,
    sable gris sur le vert des gazons, et sur les arbres imprégnés d’eau,
    qui suintent et penchent du côté de la terre, comme s’ils avaient hâte de partir,
    comme une armée de vieillards soupirant après le repos loin de la
      plainte des mers.
    Les flocons d’écume fuirent longtemps autour de moi ; les vents fuirent loin de l’étendue
    emportant l’oiseau dans leurs plis, et je ne sus point, plongé dans mes
      pensées à l’écart,
    quand ils gelèrent l’étoffe sur mon corps comme une cuirasse fortement rivée,
    Car la Souvenance, dressant sa maigreur, gémit dans les portes de mon cœur,
    jusqu’à ce que chargeant les vents du matin, une odeur de foin fraîchement coupé,
    arriva, mon front s’inclina très bas, et mes larmes tombèrent comme des baies.
    Plus tard ce fut un son, à demi perdu dans le son d’un rivage lointain.
    C’était la grande barnacle qui appelait, et plus tard les bruns vents de la côte.
    Si j’étais comme je fus jadis, les fers d’or écrasant le sable et les coquillages,
venant de la mer, comme le matin avec des lèvres rouges murmurant un chant,
    ne toussant pas, ma tête sur les genoux, et priant, et irrité contre les cloches,
    je ne laisserais à aucun saint sa tête sur son corps, lors même que ses terres seraient grandes et fortes.
     M’éloignant des houles qui s’allumaient, je suivis un sentier de cheval,
    m’étonnant beaucoup de voir de tous côtés, faites de roseaux et de charpentes
    des églises surmontées d’une cloche, et le cairn sacré et la terre sans gardiens,
    et une petite et faible populace courbée, le pic et la bêche à la main.

Dans un ou deux endroits, la mélodie est fautive, la construction est parfois trop embrouillée, et le mot de populace du dernier vers est mal choisi, mais quand tout cela est dit, il est impossible de ne pas sentir dans ces stances la présence du véritable esprit poétique.

Oscar Wilde
Derniers essais de littérature et d’esthétique
Trois Nouveaux Poètes
1913

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YEATS POEMS

MASQUES COREENS -한국어 마스크- ART COREEN -한국 미술


LES MASQUES COREENS
한국어 마스크
 

Paris – Парис – 巴黎
파리
기메 박물관
Musée national des arts asiatiques – Guimet
National Museum of Asian Arts – Guimet
亚洲艺术国家博物馆 – 集美
Национальный музей восточных искусств – Гиме

ART COREEN

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Musée Guimet Paris Artgitato

Photos Artgitato
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 Musée Guimet Paris Artgitato La Chaussée des géants Angkor


Musée national des arts asiatiques – Guimet
뮤제 기메 파리
National Museum of Asian Arts
亚洲艺术国家博物馆 – 集美
Национальный музей восточных искусств – Гиме




LE MUSEE GUIMET
吉梅博物馆巴黎
музей Гиме Париж
LES MASQUES COREENS

 

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Masques Coréens
ART COREEN
한국 미술
Dynastie Choseon, Choson ou Chosŏn

COREE Période Joseon
대조선국
1392-1910

Les Masques
한국어 마스크

Charles Varat (1842/43-1893) les associe aux rites d’exorcisme qui permettent d’écarter le mauvais sort lors des cérémonies funéraires

masques coréens musée guimet Paris Artgitato 0

Masques Coréensmasques coréens musée guimet Paris Artgitato 9

Masques Coréensmasques coréens musée guimet Paris Artgitato 8

Masques Coréensmasques coréens musée guimet Paris Artgitato 7

Masques Coréensmasques coréens musée guimet Paris Artgitato 6 Masques Coréens
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masques coréens musée guimet Paris Artgitato 4

Masques Coréensmasques coréens musée guimet Paris Artgitato 3

Masques Coréensmasques coréens musée guimet Paris Artgitato 2 masques coréens musée guimet Paris Artgitato 1

 

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L’ART COREEN DEPUIS LE VIIe SIECLE

Dès le début du VIIe siècle, la Corée avait produit des œuvres d’une extraordinaire qualité. Le reliquaire de bois, dit tabernacle Tamamousi, sur le grand autel de Hô-ryou-zi, révèle, en même temps que de rares aptitudes décoratives dans ses parties purement architecturales, une influence des reliefs Han dans les paysages montagneux peints sur les panneaux et, dans les belles divinités des portes, le souvenir de l’art gréco-bouddhique des Weï. Le grand Bodhisattva du pavillon Youmedono a l’aisance et la dignité paisible des œuvres grecques de la grande époque, avec cette puissance de sentiment religieux qui n’appartient qu’à l’Asie et à l’art français du XIIIe siècle. Au Japon, sous le règne de l’impératrice Soui-Ko, s’élabore un canon esthétique, où la part de la Chine du sud et de la Corée est prépondérante, mais qui annonce déjà l’avenir élégant et robuste de l’art japonais.
C’est dans la seconde moitié du VIIe siècle que le rayonnement du génie grec touche directement la Corée, peut-être à la suite de l’annexion éphémère du pays par les Thang. Comme la Héra de Samos, la Kwannon du pavillon Tô-en-dô, à Nara, est asiatique par le bas, les plis sont étroits, l’étoffe du manteau est traitée dans une matière mince, avec un sentiment nerveux : ce sont là des traces encore de ce style exquis, féminin, nuancé de sécheresse, qui caractérise la Corée à la fin du vie siècle ; mais la plénitude délicate du cou, de la gorge et des épaules, l’ovale parfait du visage, son expression suavement majestueuse, l’élégance des bras et des mains placent cette œuvre au sommet de l’art gréco-bouddhique. Ce n’est pas une pâle et impersonnelle copie de la statuaire gandharienne. Sur les rives de la mer orientale, la pensée asiatique a traité avec personnalité l’enseignement qui lui est venu par le nord de la Chine. Le véritable territoire de cet art grec d’Asie est là, et dans l’archipel volcanique où une élite humaine en recueille et en interprète à son tour les leçons.

Henri Focillon
L’Art bouddhique
Henri Laurens, 1921
pp. 69-109
Second Chapitre

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Charles Chaillé-Long
La Corée ou Tchösen
Ernest Leroux, 1894
Tome 26e, pp. 5-13
II SA MAJESTÉ LI-HI, ROI DE TCHÖSEN.

La dynastie qui règne actuellement en Corée date de l’année 1392. Elle eut pour fondateur Li-Tadjo, jeune guerrier dont le courage égalait l’ambition, et qui réussit à s’emparer du trône.
Sa Majesté Li-Hi est le 28e souverain de cette famille ; il s’intitule Tai-Tchösen-Tai-Koun-Tchou (grand roi du grand Tchösen). Il a, pour l’aider à supporter le fardeau du gouvernement, trois premiers ministres, et six autres qui sont à la tête d’autant de départements : Intérieur, Guerre, Cérémonies et Rites, Finances, Justice et Travaux publics ; à chaque ministère est attaché un nombre considérable de hauts fonctionnaires portant les titres de pansa, tchampan, tchamivie et tchousa. Ces derniers sont employés comme interprètes et intermédiaires entre Sa Majesté et les représentants des puissances étrangères.
Sous les apparences d’une monarchie absolue, le gouvernement de Tchösen est une véritable féodalité. Lors de sa conquête, Ghenkis-Khàn établit un système dont le fonctionnement rend toute révolution presque impossible ; les emplois publics, même les plus élevés, sont ouverts, au moyen d’examens successifs, à tout Coréen, depuis le pansa jusqu’au simple coolie ou laboureur.
Grâce à ce système, il s’est créé une hiérarchie administrative et civile, dont tous les degrés sont liés entre eux comme les anneaux d’une chaîne. À chaque grade est attaché un titre dont l’obtention est l’objet des désirs et le but principal de l’existence de tout Coréen. La classe la plus élevée porte le nom de Yang-Ban et la dernière s’appelle Song-Nom.
Retenu par un lien si puissant, le Coréen ne cherchera jamais à renverser un ordre de choses dont la disparition lui serait préjudiciable, et si parfois des troubles se sont produits ce n’a été que par haine de l’étranger, contre les Japonais surtout, qui ont laissé d’ineffaçables souvenirs de leurs invasions, contre les missionnaires qui essayèrent de le détourner du culte des ancêtres.

Fig. 1. — Type d’étudiant. (D’après le croquis d’un artiste coréen.)

Tels ont été par le fait le mobile des émeutes de 1882, 1884 et 1888. Changer le gouvernement, cela ne vaut pas la peine dans l’esprit du Coréen.
En dehors des classes attachées au gouvernement se trouvent celles des guilds ou corporations nommées Pusang et Posang ; organisée sur le modèle de celle de la Chine, cette classe de la population s’adonne au commerce. Par une union étroite, ces guilds font la loi dans les foires et marchés de l’intérieur, et savent également se mettre à l’abri des exactions auxquelles seraient tentées de les soumettre les castes officielles.

 

Masques Coréens

Fig. 2. — Type d’étudiant. (D’après le croquis d’un artiste coréen.)

La population de la Corée est estimée à 12 ou 13 millions d’habitants. Le climat est très rigoureux en hiver ; en été, il fait une chaleur excessive, rendue même plus insupportable par l’humidité que produisent les pluies continuelles qui tombent en juin et en juillet. Le printemps est tardif ; l’automne est la saison la plus agréable de l’année, la flore est très abondante ; la faune a, comme principaux sujets, le tigre, le léopard, l’ours, le sanglier et le cerf. La présence du tigre est un fait à noter ; cet animal, originaire des pays chauds, habite de préférence les jungles qui font pourtant complètement défaut en Corée. Il est de grande taille, sa robe est très belle et son poil long et fourni. Il est la terreur du pays, et il suffit de jeter le cri de horang pour causer un sauve-qui-peut général.
Le gibier de toute espèce est en grande quantité : cygnes blancs, cygnes noirs, oies et canards sauvages, outardes, faisans, perdrix, cailles, bécasses, lièvres se lèvent à chaque instant sous les pas du promeneur.
La principale récolte est celle du riz ; il est d’une qualité supérieure ; on en exporte fort peu ; il arrive même assez souvent que la récolte est insuffisante et que le gouvernement est obligé de venir en aide aux cultivateurs auxquels il fait des distributions de grains. Cette disette provient du manque de pluie dans la saison convenable, et de la sécheresse qui fait périr la plante sur pied.
Le ginseng, tenu en si haute estime en Corée comme en Chine, est un végétal auquel on attribue les vertus du chanvre indien, et ses qualités régénératrices lui donnent une très grande valeur.
Les montagnes de la Corée renferment des mines d’or, mais les quelques essais d’exploitation qui ont été faits n’ont pas encore donné de résultats appréciables. Dès le début, les entrepreneurs se sont heurtés contre les superstitions absurdes du peuple qui sont partagées par le gouvernement même. Le Coréen voit de mauvais œil la moindre tentative faite pour toucher à ces montagnes ; il craint d’irriter le dragon qui, pour se venger du trouble apporté dans son séjour de prédilection, ferait pleuvoir sur le pays les plus grandes calamités.
L’impôt est perçu en nature. Les ressources du trésor proviennent des dîmes prélevées sur les produits du sol, et principalement du ginseng, dont le roi a le monopole. Un système de douane, sur le modèle de celui qui a été établi en Chine par des étrangers, donne une autre source de revenu, celle-là en espèce, mais peu considérable, un million de francs environ, qui sert à payer les employés européens qui forment le corps des douaniers dans les ports de Fousan, Guensan ou Wonsan et Tchemulpo.
L’armée se compose de six bataillons (si l’on peut leur donner ce nom) placés sous le commandement d’autant de généraux qui partagent avec le roi le pouvoir et les revenus de l’État, moins celui du ginseng.
Ces troupes ressemblent assez aux bandes armées que les anciens barons féodaux fournissaient autrefois, en temps de guerre, à leur suzerain ; le soldat jouit d’immunités et de privilèges qui lui font rechercher le service militaire ; souvent même il paye pour y être admis ; une fois enrôlé, il ne travaille plus, reçoit deux habillements complets par an et une ration quotidienne de riz.

 

 

 

masques coréens musée guimet Paris Artgitato 5

Fig. 3. — Soldat coréen. (D’après le croquis d’un artiste coréen.)

Il lui arrive fréquemment de se livrer à des actes de maraude et même de pillage, sans qu’il ait a craindre la moindre répression. C’est au nom de son chef qu’il agit et il n’est jamais désavoué.
Cet état de choses met presque tout le pouvoir entre les mains des six généraux. Le roi a fait, il y a sept ans, des tentatives pour se créer une armée à lui et s’affranchir ainsi de la tutelle de ses généraux ; mais les chefs de l’armée coréenne, prévoyant le danger qui menaçait leur position, ont soulevé de tels obstacles sous les pas des officiers américains, engagés comme instructeurs, que le souverain ne réussit pas dans son entreprise. Sa Majesté m’a engagé à plusieurs reprises à quitter mon poste pour accepter le commandement en chef de l’armée. Mais la situation qui m’était offerte n’eut pas le don de me séduire ; aussi, avec force remerciements, je déclinai l’honneur insigne qui m’était fait.
Une école militaire a été fondée à Séoul, depuis, par les instructeurs militaires, où ne sont admis que les fils des Yang-bans ou nobles. Mais l’esprit de ceux-ci comme celui du peuple, du reste, laisse peu d’espoir qu’on arrive au résultat cherché par le roi. Depuis près d’un siècle, les missionnaires français se sont introduits dans la Corée, pénétrant dans le pays par la Chine ; ces apôtres infatigables sont parvenus à faire un certain nombre de prosélytes malgré l’hostilité du gouvernement et les massacres que leur propagande a provoqués à différentes reprises. Le récit intéressant, mais douloureux, des efforts de ces courageux propagateurs de la foi, et des persécutions auxquelles ils ont été en butte, se trouve relaté dans un ouvrage intitulé : Histoire de l’Église de Corée, par le R. P. Dallet.
En 1866, l’attention du gouvernement français fut attirée par l’un de ces massacres. L’amiral Roze, n’ayant pu obtenir réparation, bombarda la forteresse de Kang-Hoa ; mais ne se trouvant pas en force suffisante pour appuyer cette démonstration, il se vit obligé de se retirer, et l’affaire en resta là.
Au commencement de l’année 1867, une expédition fut dirigée sur la Corée par les nommés Oppert et Jenkins, ayant pour objectif d’enlever les cercueils de plusieurs rois du pays que l’on disait être tout en or massif et d’un poids considérable.
Les Américains-Allemands maraudeurs trouvèrent les cercueils convoités bien gardés, et l’entreprise en fut pour ses frais.
Quelque temps après, l’équipage entier d’un voilier américain, le Général Sherman, se trouvant dans les eaux coréennes, dans le même but, fut massacré par les indigènes ; et plus tard, en 1871, une flotte américaine, sous le commandement de l’amiral Rogers, partit pour en demander réparation.
Profitant de l’expérience que leur avait donnée l’expédition française, les Américains, après avoir, eux aussi, bombardé Kang-Hoa, débarquèrent un nombre d’hommes suffisant pour infliger une rude leçon à l’armée coréenne. Néanmoins, le chef de l’escadre recevait du gouvernement de Séoul la note suivante, qui est reproduite ici pour donner une idée de l’esprit de ce peuple et des dispositions dont il est animé à l’égard des étrangers :
« La nation coréenne a vécu quatre mille ans, satisfaite de sa civilisation propre et sans éprouver aucun besoin d’en changer. Nous restons paisiblement chez nous et ne sommes jamais allés déranger les autres peuples : pourquoi venez-vous troubler notre tranquillité ? Votre pays est situé à l’Occident, le nôtre se trouve à l’Extrême-Orient ; des milliers de milles nous séparent ; quelle est la raison qui vous a fait franchir sur l’Océan une distance aussi considérable ? Si c’est au sujet du vaisseau le Général Sherman, nous vous répondrons que les hommes de son équipage se sont livrés sur nos côtes à la piraterie et au meurtre, et qu’ils ont été punis de mort. Si vous désirez vous emparer d’une partie de notre territoire, sachez que nous ne le souffrirons pas ; n’auriez-vous même que l’intention de vous mettre en relation avec nous, cela ne peut pas être non plus. »
Que ce soit l’effet des deux bombardements ou toute autre cause, en 1876, la Corée concluait un traité de commerce avec le Japon, puis, successivement, avec les États-Unis, la France, l’Angleterre, l’Allemagne et la Russie, et ouvrait quelques-uns de ses ports à ces mêmes puissances.
En l’année 1888, elle envoya à Washington une ambassade qui excita une vive curiosité, à cause des costumes bizarres portés par ses membres. L’influence de la Chine fit bientôt rappeler l’ambassadeur, Pak, qui fut disgracié pour avoir, par sa mission, porté atteinte à la dignité du Céleste Empire. El cependant, on peut dire que ce fut à son corps défendant que M. Pak s’acquitta de ses hautes fonctions, car, au moment de l’embarquer sur le vaisseau de guerre américain, qui devait le transporter aux États-Unis, le courage lui manqua, et faisant volte-face, il s’enfuit à toutes jambes. Quelques-uns de ses amis s’élancèrent à sa poursuite et le ramenèrent de force à bord, sachant du reste qu’il y allait de sa tête s’il persistait dans ses velléités de résistance. Presque à la même époque une autre ambassade fut envoyée en Europe : instruit par l’expérience de son collègue, le second ambassadeur. Son Excellence Cho, ne fit aucune difficulté pour partir, mais il n’alla pas plus loin que Hong-Kong, où, depuis cette époque, il se trouve encore, me dit-on, dans un hôtel de dernier ordre, ayant pour enseigne : Au perchoir des matelots.
Il doit une somme assez ronde à son hôtelier qui refuse de s’en dessaisir, et le conserve en garantie de sa créance.
Le Coréen, au point de vue ethnique, a peu ou rien de commun avec ses voisins les Chinois et les Japonais. Il est un composé, sans doute, des envahisseurs venus du plateau ; et, en lui, le sang hun, kitan, mongol, tartare et turc se trouve mélangé avec celui des aborigènes.
Dans cet ordre d’idées, je suppose que des races venues des îles Aléoutiennes et des continents polaires ont fourni leur contingent dans la composition du Coréen ; et cette idée, qui m’est venue en Corée même, trouve un certain appui dans un ouvrage que je viens de lire, intitulé Les Grands Esquimaux, par le R. P. Pétitot. L’auteur fait un croquis des mœurs de l’Eskimau, qui pourrait bien servir pour décrire celles du Coréen. Exemple : l’Eskimau, comme le Coréen, ne se nomme qu’avec les plus grands détours, et ne prononce ni n’écrit facilement le nom d’un supérieur ; ce serait, selon son code, de la plus grande impolitesse. Il est d’une vanité illimitée, d’une curiosité sans bornes. Il est ivrogne, glouton, avec un goût passionné du poisson gâté. Il se couche tout nu sur la terre échauffée par les sous-conduits appelés cahns. En visite il se fait suivre par un porteur d’un vase que dans d’autres pays les habitants ont soin de garder chez eux. Et encore, je pourrais dire des Coréens, ce que le Père Pétitot dit des Esquimaux :
« J’étais donc, pour ces civilisés de la mer polaire, une sorte de sauvage ridicule, ou, tout au moins, un curieux barbare, une sorte de talapoin cinghali, voyageant et me montrant pour le plus grand plaisir de leur société. Si, par malheur, il y avait eu par là quelque barnum ambulant, c’en eût été fait de moi ; on m’y eût interné d’urgence à la manière de nos Omahas et de nos Tamouls nomades, sous l’étiquette : Peau blanche, barbare et intraitable venu des pays du soleil brûlant. »
Résoudre la question complexe de l’origine du Coréen ou bien recueillir quelques données qui pourraient servir comme argument sérieux dans la solution de ce problème, voilà ce qui m’engageait à entreprendre un voyage en 1888 à l’Île de Quelpaërt, laquelle, d’après une note trouvée dans les Annales chinoises, fut indiquée comme étant le quartier-général des Khàns conquérants, Ghenkis et Koublai.
Cette note, la voici :
« Dans la sixième année de Tchaoting (1234 de notre ère), sous la dynastie Soung, l’empereur des Mongols, Ogadaï, envoya son général, Sa-li-tha, à l’île de Tchae-Tchiou, le vrai nom de Quelpaërt, pour conquérir la Corée. »
Envoyé comme secrétaire de la légation des États-Unis en Corée, en 1887, j’ai profité d’un congé de deux mois pour mettre à exécution une visite à Quelpaërt ; grâce à mes relations officielles à la cour de Séoul, j’ai pu obtenir une lettre de Sa Majesté Li pour le gouverneur de l’île, et, après maints obstacles, je suis parvenu à pénétrer dans la capitale même de l’île mystérieuse.

Charles Chaillé-Long
La Corée ou Tchösen
Ernest Leroux, 1894
Tome 26e, pp. 5-13

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LE MUSEE GUIMET EN 1894

« Il m’a été donné de parcourir plusieurs fois au musée Guimet les salles silencieuses où s’entassèrent les trésors de l’Inde, de la Chine et du Japon afin de commémorer en plein Paris les légendes du plus grand d’entre les hommes, de celui qui, autant que le Christ, illumina Tolstoï, et qui triomphe aujourd’hui dans les âmes intellectuelles et curieuses autant peut-être qu’a Bénarès, il y a plus de deux mille ans. La raison de cette victoire du Bouddhisme au fond des intelligences blasées de notre époque, M. Guimet l’a découverte, je crois, en nous racontant dans ses Promenades Japonaises ce que lui avoua un vieux prêtre de là-bas : « Le Bouddhisme accepte dans les autres croyances tout ce qui est grand, moral et bon, car le bien est toujours inspiré par le sacré cœur de Bouddha. Nous trouvons souvent chez les autres plus de vérités que nous n’en apportons, mais tout ce qui est bien émane du sacré cœur de Bouddha, » — salutaire tolérance, qu’ignorèrent toujours les sectes despotiques d’Occident.
J’ai visité d’abord M. de Milloué, le conservateur du musée Guimet, rue Mazarine, dans son logis tranquille et laborieux.
— Mon Dieu, m’a-t-il avoué, je ne crois pas beaucoup au sérieux des bouddhistes parisiens. Je crois au bouddhisme qui nous vient des terres autochtones ; en ce moment, nous avons la chance inespérée de posséder chez nous un des plus remarquables pontifes de cette religion, M. Horiou-Toki, bouddhiste ésotérique. Vous l’avez vu officier au musée Guimet. Qu’il fut supérieure en gravité et en science aux deux autres prêtres qui le précédèrent, de cette secte Sin-Siou, qu’un prince de la famille impériale déforma, selon ses goûts, en supprimant l’abstinence de la viande et le célibat ! M. Horiou-Toki, qui nous arrive du Congrès de Chicago, travaille pour le musée Guimet à l’explication dos quatre cents gestes, « ésotériques », c’est-à-dire inexpliqués pour les profanes, gestes qu’il accomplit pendant son office sous cette sorte de chasuble qui le voile. Je ne veux vous parler que d’un seul. Grâce à ce geste invisible, le Bouddha descend dans son prêtre. De même que l’hostie, aux paroles du sacrificateur catholique, devient le corps de Jésus-Christ, — à cette prière muette, le prêtre bouddhique devient une sorte de dieu, et il peut, par sa volonté ardente, faire communier tous les assistants à sa divinité… Bien plus, les vrais croyants aperçoivent, à ce moment, sur le front de l’officiant, cinq flammes de couleurs différentes qui sont son âme délivrée… »

Jules Bois
Les Petites Religions de Paris
Léon Chailley, 1894 -pp. 45-57
I -LE BOUDDHISME ORTHODOXE

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LE MUSEE GUIMET
Paris – Парис – 巴黎
Musée national des arts asiatiques – Guimet
National Museum of Asian Arts – Guimet
亚洲艺术国家博物馆 – 集美
Национальный музей восточных искусств – Гиме

LES MASQUES COREENS

 

RUBENS Deposizione nel Sepolcro – Le Saint-Sépulcre – La Mise au Tombeau – Sepoltura Borghese – 沉积在圣墓 – GALLERIA BORGHESE – 博吉斯画廊

ROME – ROMA – 罗马
沉积在圣墓
Rubens Deposizione nel Sepolcro
LA VILLA BORGHESE
博吉斯画廊

Armoirie de Rome

 Photos  Jacky Lavauzelle

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GALLERIA BORGHESE
博吉斯画廊
La Galerie Borghèse

Pianto sul Cristo Morto Pier Peter Paul Rubens 1602 artgitato Galleria Borghese

PIERRE PAUL RUBENS
PETER PAUL RUBENS
彼得·保罗·鲁本斯
PIETER PAUL RUBENS
1577-1640

Sepoltura Borghese
Compianto sul corpo di Cristo deposto
Lamentation sur le corps du Christ
1605 – 1606
Deposizione nel sepolcro
Déposition dans le sépulcre

沉积在圣墓

Tableau probablement élargi à la fin du XVIIIe siècle
Ampliato presumibilmente alla fine del XVIII secolo

Peinture Huile sur Toile
dipinto a olio su tela
180×137

 » Raphaël, Rubens ne cherchaient pas les idées ; elles venaient à eux d’elles-mêmes, et même en trop grand nombre. Le travail ne s’applique guère à les faire naître, mais à les rendre le mieux possible par l’exécution. »
15 février 1852
Journal d’Eugène Delacroix
Texte établi par Paul Flat, René Piot
Plon, 1893
Tome 2 Pages 82-83

 

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TERTULLIEN
De la Chair de Jésus-Christ
Traduction par  Antoine-Eugène Genoud
Œuvres complètes de Tertullien
Louis Vivès, 1852, Tome 1  – pp. 389-433

I. Ceux qui, cherchant à ébranler la foi à la résurrection, que l’on avait crue fermement jusqu’à ces modernes Sadducéens, prétendent que cette espérance n’appartient point à la chair, ont raison de mettre en question la chair de Jésus-Christ, et de soutenir ou qu’elle n’existe pas, ou qu’elle est tout autre chose que la chair de l’homme. Ils craignent que s’il est prouvé une fois que cette chair est semblable à la nôtre, il n’en sorte contre eux la présomption que cette chair, ressuscitée en Jésus-Christ, ressuscitera infailliblement dans les hommes. Il faut donc soutenir la réalité de la chair avec les mêmes arguments qui servent à la renverser. Examinons quelle est la substance corporelle du Seigneur. Quant à sa substance spirituelle, tout le monde est d’accord. Il ne s’agit que de sa chair. On dispute de sa vérité, de sa nature, de son existence, de son principe, de ses qualités. Sa réalité deviendra le gage de notre résurrection. Marcion, voulant nier la chair du Christ, a nié aussi sa naissance : ou, voulant nier sa naissance, a nié également sa chair, sans doute de peur que la naissance et la chair ne se rendissent témoignage dans leur mutuelle correspondance, puisqu’il n’y a point de naissance sans la chair, ni de chair sans la naissance ! Comme si, en vertu des droits que s’arroge l’hérésie, il n’avait pas pu, ou nier la naissance en admettant la chair, ainsi que l’a fait Apelles, son disciple, et depuis son déserteur ; ou bien, tout en confessant la chair et la naissance, leur donner une autre interprétation, avec Valentin, autre disciple et déserteur de Marcion. Mais qui a pu soutenir le premier, que la chair de Jésus-Christ était imaginaire, a bien pu supposer aussi que sa naissance n’était qu’un fantôme ; de même que la conception, la grossesse, l’enfantement d’une vierge, et successivement toute la vie de cet enfant, une chimère. Toutes ces circonstances auraient trompé les mêmes yeux et les mêmes sens qu’avait déjà fermés l’illusion de la chair.

 Pierre Peter Pieter Rubens_Deposition nel sepolcro - Déposition dans le sépulcre

Emile Verhaeren
Les Héros
Deman – 1808 Pages 67-73

Rubens

 

Ton art énorme est tel qu’un débordant jardin
— Feuillages d’or, buissons en sang, taillis de flamme —
D’où surgissent, d’entre les fleurs rouges, tes femmes
Tendant leur corps massif vers les désirs soudains

Et s’exaltant et se mêlant, larges et blondes,
Au cortège des Ægipans et des Sylvains
Et du compact Silène enflé d’ombre et de vin
Dont les pas inégaux battent le sol du monde.

Ô leurs bouquets de chair, leurs guirlandes de bras,
Leurs flancs fermes et clairs comme de grands fruits lisses
Et le pavois bombé des ventres et des cuisses
Et l’or torrentiel des crins sur leurs dos gras !

Que tu peignes les amazones des légendes
Ou les reines ou les saintes des paradis,
Toutes ont pris leur part de volupté, jadis,
Dans la balourde et formidable sarabande.

Le rut universel que la terre dardait
Du fond de ses forêts au vent du soir pâmées
À ses tisons rôdeurs les avait allumées
En ses taillis profonds ou ses antres secrets.

Et tes bourreaux et tes martyrs et ton Dieu même
Semblent fleuris de sang, et leurs muscles tordus
Sont des grappes de force à leurs gibets pendus
Sous un ouragan fou de pleurs et de blasphèmes.

Si bien que grossissant la vie, et l’ameutant
Du grand tumulte clair des couleurs et des lignes,
Tu fais ce que jamais tes émules insignes
N’avaient osé faire ou rêver, avant ton temps.

Oh ! le dompteur de joie épaisse, ardente et saine,
Oh ! l’ivrogne géant du colossal festin
Où circulaient les coupes d’or du vieux destin
Serrant en leurs parois toute l’ivresse humaine.

Ta bouche sensuelle et gourmande, d’un trait,
Avec un cri profond les a toutes vidées,
Et les œuvres naissaient du flux montant d’idées
Que ces vins éternels vers ton cerveau jetaient.

II

Tu es celui — le tard venu — parmi les maîtres
Qui d’une prompte main, mais d’un fervent regard,
D’abord demande à tous une fleur de leur art
Pour qu’en ton œuvre à toi tout l’art puisse apparaître.

Mais si tu prends, c’est pour donner plus largement :
Aux horizons pleins de roses que tu dévastes,
Lorsque tu t’es conquis enfin, ton geste vaste
Soudain, au lieu de fleurs, allume un firmament.

Les rois aiment ton goût de richesse ordonnée.
Tu l’imposes puissant, replet, fouillé, profond
Et Versailles le tord encor en ses plafonds
Où sont peintes, lauriers au front, les Destinées.

Il déborde, il perdure excessif et charmant ;
Il s’installe, parmi les bois et les terrasses,
Et les femmes de joie élégantes et grasses
En instruisent Watteau, au bras de leurs amants.

Et te voici parti vers les Londres funèbres.
En des palais obscurs dont a peur le soleil,
Pour y fixer cet art triomphal et vermeil
Comme une vigne d’or sur des murs de ténèbres.

Et quand tu t’en reviens vers ta vieille cité,
Le front déjà marqué par le destin suprême.
Nul ne peut plus douter que tu ne sois toi-même
L’infaillible ouvrier de ton éternité.

III

Alors la gloire entière est ton bien et ta proie,
Tu la domptes, tu la lèches et tu la mords ;
Jamais un tel amour n’a angoissé la mort
Ni tant de violence enfanté de la joie.

Tu rentres comme un roi en ta large maison,
Toute la Flandre est tienne, ainsi qu’est tien le monde ;
Tu lui prends pour l’aimer sa fille la plus blonde
Dont le nom est doré comme un flot de moisson.

Tu ressuscites tout : l’Empyrée et l’Abîme ;
Et les anges, pareils à des thyrses d’éclairs ;
Et les monstres aigus, rongeant des blocs de fer ;
Et tout au loin, là-bas, les Golgothas sublimes ;

Et l’Olympe et les Dieux, et la Vierge et les Saints ;
L’Idylle ou la bataille atroce et pantelante ;
Les eaux, le sol, les monts, les forêts violentes
Et la force tordue en chaque espoir humain.

Ton grand rêve exalté est comme un incendie
Où tes mains saisiraient des torches pour pinceaux
Et capteraient la vie immense en des réseaux
De feux enveloppants et de flammes brandies.

Que t’importe qu’aux horizons fous et hagards,
Tel autre nom, jadis fameux et clair, s’efface,
Pour toi, c’est à jamais que le temps et l’espace
Retentissent des bonds dont les troua ton art.

Conservateur fougueux de ta force première,
Rien ne te fut ruine, ou chute, ou désavœu ;
Toujours tu es resté trop sûrement un Dieu
Pour que la mort, un jour, éteigne ta lumière.

Et tu dors à Saint Jacque, au bruit des lourds bourdons ;
Et sur ta dalle unie ainsi qu’une palette,
Un vitrail criblé d’or et de soleil, projette
Encor des tons pareils à de rouges brandons.

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L’article de la Première édition de l’Encyclopédie sur Rubens
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Le Blond, Jaucourt, d’Alembert, Mallet, Boucher d’Argis, Blondell, Bourgelat, Pâris de Meyzieu
L’Encyclopédie Première édition – 1751 – Tome 5 pp. 303-337 

Rubens (Pierre-Paul) originaire d’Anvers, d’une très-bonne famille, naquit à Cologne en 1577, & mourut à Anvers en 1640. C’est le restaurateur de l’école flamande, le Titien & le Raphael des Pays-bas. On connoît sa vie privée ; elle est illustre, mais nous la laissons à part.

Un goût dominant ayant porté Rubens à la Peinture, il le perfectionna en Italie, & y prit une maniere qui lui fut propre. Son génie vaste le rendit capable d’exécuter tout ce qui peut entrer dans la riche composition d’un tableau, par la connoissance qu’il avoit des Belles Lettres, de l’Histoire & de la Fable. Il inventoit facilement, & son imagination lui fournissoit plusieurs ordonnances également belles. Ses attitudes sont variées, & ses airs de têtes sont d’une beauté singuliere. Il y a dans ses idées une abondance, & dans ses expressions une vivacité surprenante. Son pinceau est moëlleux, ses touches faciles & legeres ; ses carnations fraîches, & ses draperies jettées avec art.

Il a traité supérieurement l’Histoire ; il a ouvert le bon chemin du coloris, n’ayant point trop agité ses teintes en les mêlant, de peur que venant à se corrompre par la grande fonte de couleurs, elles ne perdissent trop leur éclat. D’ailleurs la plûpart de ses ouvrages étant grands, & devant par conséquent être vus de loin, il a voulu y conserver le caractere des objets & la fraîcheur des carnations. Enfin on ne peut trop admirer son intelligence du clair-obscur, l’éclat, la force, l’harmonie & la vérité qui regnent dans ses compositions.

Si l’on considere la quantité étonnante de celles que cet homme célebre a exécutées, & dont on a divers catalogues, on ne sera pas surpris de trouver souvent des incorrections dans ses figures ; mais quoique la nature entraînât plus Rubens que l’antique, il ne faut pas croire qu’il ait été peu savant dans la partie du Dessein ; il a prouvé le contraire par divers morceaux dessinés d’un goût & d’une correction que les bons peintres de l’école romaine ne desavoueroient pas.

Ses ouvrages sont répandus par-tout, & la ville d’Anvers a mérité la curiosité des étrangers par les seuls tableaux de ce rare génie. On vante en particulier singulierement celui qu’elle possede du crucifiement de Notre Seigneur entre les deux larrons.

Dans ce chef-d’œuvre de l’art, le mauvais larron qui a eu sa jambe meurtrie par un coup de barre de fer dont le bourreau l’a frappé, se soûleve sur son gibet ; & par cet effort qu’a produit la douleur, il a forcé la tête du clou qui tenoit le pié attaché au poteau funeste : la tête du clou est même chargée des dépouilles hideuses qu’elle a emportées en déchirant les chairs du pié à-travers lequel elle a passé. Rubens qui savoit si-bien en imposer à l’œil par la magie de son clair-obscur, fait paroître le corps du larron sortant du coin du tableau dans cet effort, & ce corps est encore la chair la plus vraie qu’ait peint ce grand coloriste. On voit de profil la tête du supplicié, & sa bouche, dont cette situation fait encore mieux remarquer l’ouverture énorme ; ses yeux dont la prunelle est renversée, & dont on n’apperçoit que le blanc sillonné de veines rougeâtres & tendues ; enfin l’action violente de tous les muscles de son visage, font presque oüir les cris horribles qu’il jette. Reflex. sur la Peint. tome I.

Mais les peintures de la galerie du Luxembourg, qui ont paru gravées au commencement de ce siecle, & qui contiennent vingt-un grands tableaux & trois portraits en pié, ont porté la gloire de Rubens par tout le monde ; c’est aussi dans cet ouvrage qu’il a le plus développé son caractere & son génie. Personne n’ignore que ce riche & superbe portique, semblable à celui de Versailles, est rempli de beautés de dessein, de coloris, & d’élégance dans la composition. On ne reproche à l’auteur trop ingénieux, que le grand nombre de ses figures allégoriques, qui ne peuvent nous parler & nous intéresser ; on ne les devine point sans avoir à la main leur explication donnée par Félibien & par M. Moreau de Mautour. Or il est certain que le but de la Peinture n’est pas d’exercer notre imagination par des énigmes ; son but est de nous toucher & de nous émouvoir. Mon sentiment là-dessus, conforme à celui de l’abbé du Bos, est si vrai, que ce que l’on goûte généralement dans les galeries du Luxembourg & de Versailles, est uniquement l’expression des passions. « Telle est l’expression qui arrête les yeux de tous les spectateurs sur le visage de Marie de Medicis qui vient d’accoucher ; on y apperçoit distinctement la joie d’avoir mis au monde un dauphin, à-travers les marques sensibles de la douleur à laquelle Eve fut condamnée ».

Au reste M. de Piles, admirateur de Rubens, a donné sa vie, consultez-la.

 

A FAERY SONG Yeats Texte & Traduction – UNE CHANSON DE FEE

ARTGITATO

William Butler Yeats
English literature English poetry
Littérature Anglaise – Poésie Anglaise
 

 

YEATS
1865-1939

[The Rose –  1893]


A FAERY SONG
poem
Une Chanson de Fée
poème

A Faery Song Yeats Traduction Artgitato & Texte anglais

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We who are old, old and gay,
Nous qui sommes vieilles, vieilles et gaies,
O so old!
O si vieilles !
Thousands of years, thousands of years,
Des milliers d’années, des milliers d’années,
 If all were told:
Si tout était dit :
Give to these children, new from the world,
Donnons à ces enfants, qui viennent au monde,
Silence and love;
Silence et amour;
And the long dew-dropping hours of the night,
Et les longues heures de la nuit quand tombe la rosée,
And the stars above:
Et les étoiles au-dessus :
Give to these children, new from the world,
Donnons à ces enfants, qui viennent au monde,
Rest far from men.
Le repos loin des hommes.
Is anything better, anything better?
Y a-t-il quelque chose de mieux, quelque chose de mieux ?
Tell us it then:
Dites-le nous alors :
Us who are old, old and gay,
Nous qui sommes vieilles, vieilles et gaies,
O so old!
O si vieilles !
Thousands of years, thousands of years,
Des milliers d’années, des milliers d’années,
If all were told.
Si tout était dit.

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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A Faery Song Yeats