A UN ENFANT – Poème de Eduard MÖRIKE – AUF EIN KIND

*

Mörike
Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE ALLEMANDE
Deutsch Literatur

Gedichte – Poèmes

EDUARD MÖRIKE

8. September 1804  Ludwigsburg- 4. Juni 1875 Stuttgart
8 septembre 1804 – 4 juin 1875

__________________

AUF EIN KIND
A UN ENFANT
_________________

Édouard Manet, Gamin aux Cerises

****************

Auf ein Kind,
A un enfant,

das mir eine ausgerissene Haarlocke vorwies
qui m’a montré une mèche de cheveux arrachée

**

Mein Kind, in welchem Krieg hast du
Mon enfant, dans quelle guerre as-tu
Die gelben Haare lassen müssen?
laissé tes cheveux dorés ?
Ein Rosenzweig hat sie im Sprunge dir entrissen!
Une branche d’un rosier t’a arrachée cette mèche sur la route !
Du weißt es kaum und lachst dazu.
Tu le sais à peine et tu ris.
Gott gebe, daß in künftger Zeit
Que Dieu t’accorde cela à l’avenir,
Nie kein Verlust, noch ander Leid
Qu’aucune perte, qu’aucune autre souffrance
Dich bitterer im jungen Herzen
N’ait un goût plus amer dans ton jeune cœur
Als dieser leichte Raub mag schmerzen!
Que le mal causé par un vol aussi léger que celui-là !

******

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Symbole-Artgitato-2.jpg.

TON BLEU REGARD – Poème de Eduard MÖRIKE – FRÜH IM WAGEN

*

Mörike
Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE ALLEMANDE
Deutsch Literatur

Gedichte – Poèmes

EDUARD MÖRIKE

8. September 1804  Ludwigsburg- 4. Juni 1875 Stuttgart
8 septembre 1804 – 4 juin 1875

__________________

TON BLEU REGARD
FRÜH IM WAGEN
_________________

Le Désespéré, Gustave Courbet

********

Es graut vom Morgenreif
Comme il est gris ce matin
In Dämmerung das Feld,
Le champ au crépuscule,
Da schon ein blasser Streif
Et comme est pâle cette lumière
Den fernen Ost erhellt;
Qui illumine l’Orient au lointain ;

*

Man sieht im Lichte bald
Bientôt la lumière
Den Morgenstern vergehn,
Voilera l’étoile du matin,
Und doch am Fichtenwald
Et pourtant, dans la forêt de pins
Den vollen Mond noch stehn:
La pleine lune reste toujours en embuscade :

*

So ist mein scheuer Blick,
De même, mon regard timide,
Den schon die Ferne drängt,
Que le lointain déjà presse,
Noch in das Schmerzensglück
Baigne encore dans le bonheur douloureux
Der Abschiedsnacht versenkt.
De la nuit des adieux.

*

Dein blaues Auge steht
Ton regard bleu est là
Ein dunkler See vor mir,
Tel un sombre lac devant moi,
Dein Kuß, dein Hauch umweht,
Ton baiser, ton souffle,
Dein Flüstern mich noch hier.
Me chuchotent encore ici.

*

An deinem Hals begräbt
Dans le maquis de ton cou
Sich weinend mein Gesicht,
Je cache mon visage épleuré,
Und Purpurschwärze webt
Et des tissages noirs et pourpres
Mir vor dem Auge dicht.
Se posent sur mes yeux.

*

Die Sonne kommt; – sie scheucht
Le soleil arrive, qui éloigne
Den Traum hinweg im Nu,
Le rêve tout au loin en un rien de temps,
Und von den Bergen streicht
Et des hauteurs des montagnes
Ein Schauer auf mich zu.
Un frisson descend vers moi.

*********

ISOLEMENT – Poème de Eduard MÖRIKE – Verborgenheit

*

Mörike
Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE ALLEMANDE
Deutsch Literatur

Gedichte – Poèmes

EDUARD MÖRIKE

8. September 1804  Ludwigsburg- 4. Juni 1875 Stuttgart
8 septembre 1804 – 4 juin 1875

__________________

ISOLEMENT
Verborgenheit
_________________

********


Laß, o Welt, o laß mich sein!
Laisse, ô monde, ô laisse-moi !
Locket nicht mit Liebesgaben,
Oublie sa vie amoureuse,
Laßt dies Herz alleine haben
Laisse à ce cœur solitaire
Seine Wonne, seine Pein!
Son bonheur, sa douleur !

*


Was ich traure weiß ich nicht,
Je ne sais pas ce que je pleure,
Es ist unbekanntes Wehe;
Il m’est inconnu ce malheur ;
Immerdar durch Tränen sehe
Toujours je vois à travers mes larmes
Ich der Sonne liebes Licht.
L’adorable lumière du soleil.

*


Oft bin ich mir kaum bewußt,
Je suis souvent à peine conscient
Und die helle Freude zücket
Et la joie lumineuse qui vibre
Durch die Schwere, so mich drücket
À travers cette lourdeur, me ravit
Wonniglich in meiner Brust.
Tant dans ma poitrine.

*


Laß, o Welt, o laß mich sein!
Laisse, ô monde, ô laisse-moi !
Locket nicht mit Liebesgaben,
Oublie sa vie amoureuse,
Laßt dies Herz alleine haben
Laisse à ce cœur solitaire
Seine Wonne, seine Pein!
Son bonheur, sa douleur !


*************

ALITÉ – Poème de Eduard MÖRIKE – Auf dem Krankenbette

*

Mörike
Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE ALLEMANDE
Deutsch Literatur

Gedichte – Poèmes

EDUARD MÖRIKE

8. September 1804  Ludwigsburg- 4. Juni 1875 Stuttgart
8 septembre 1804 – 4 juin 1875

__________________

ALITÉ
Auf dem Krankenbette
_________________

**********


Gleichwie ein Vogel am Fenster vorbei mit sonnebeglänztem
  Comme un oiseau qui passe près de la fenêtre avec les brillantes
Flügel den blitzenden Schein wirft in ein schattig Gemach,
Ailes que lui donne le soleil et projette dans une pièce ombragée sa lueur éclatante,
Also, mitten im Gram um verlorene Jahre des Siechbetts,
Je retrouve, au milieu du chagrin de tant années perdues dans ce lit,
Überraschet und weckt leuchtende Hoffnung mich oft.
Un espoir brillant qui souvent me surprend et m’éveille.

***********

LA POÉSIE DE EDUARD MÖRIKE – Gedichte von Eduard Mörike

Eustache Le Sueur, Les Muses Melpomène, Érato et Polymnie, vers 1652-1655, musée du Louvre

*

Mörike
Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE ALLEMANDE
Deutsch Literatur

Gedichte – Poèmes

EDUARD MÖRIKE

8. September 1804  Ludwigsburg- 4. Juni 1875 Stuttgart
8 septembre 1804 – 4 juin 1875

__________________

LA POÉSIE DE EDUARD MÖRIKE
Gedichte von Eduard Mörike
_________________

AN EINE SÄNGERIN
A UNE CANTATRICE

Sophie Gordeladze – Cantatrice

Soll auf der Jungfrau Mund die begeisterte Rede verpönt sein,
Si le discours enthousiaste est mal vu dans la bouche d’une jeune fille,
Ist euch des tiefern Gefühls volles Bekenntnis versagt:
Si l’on vous refuse la pleine confession d’un sentiment profond :

**

Das verlassene Mägdlein
LA FILLE ABANDONNEE

Früh, wann die Hähne kräh’n,
A l’aube, au chant du coq,
Eh’ die Sternlein verschwinden,
Avant que les étoiles disparaissent,

Paul Signac, Femme à l’ombrelle, 1893, musée d’Orsay, Paris

**

Mein Fluß
MON FLEUVE

O Fluß, mein Fluß im Morgenstrahl!
Ô fleuve, mon fleuve dans le rayon du matin !
Empfange nun, empfange
Reçois maintenant, reçois

Isaac Levitan, L’Appel du soir, 1892

LIED EINES VERLIEBTEN
CHANT D’UN AMANT

In aller Früh, ach, lang vor Tag,
Tôt ce matin, Ah ! bien avant le début de ce jour,
Weckt mich mein Herz, an dich zu denken,
Mon cœur me réveille pour penser à toi,

Psychè et L’Amour, William Bouguereau, 18

LA MUSE ET LE POETE
MUSE UND DICHTER

« Krank nun vollends und matt!
« Je suis malade ! maintenant, me voici totalement fatigué !
Und du, o Himmlische, willst mir
Et toi, ô céleste, tu sembles

La muse Clio, Pierre Mignard, 1689

**

ELFENLIED
LE CHANT DES ELFES

Bei Nacht im Dorf der Wächter rief:
La nuit dans le village, le gardien a crié :
Elfe!
Onze !

Le Chants des Elfes, Jacky Lavauzelle

**

AUF EINE LAMPE
SUR UNE LAMPE

Noch unverrückt, o schöne Lampe, schmückest du,
Toujours impatiente, ô belle lampe, tu décores,
An leichten Ketten zierlich aufgehangen hier,
Délicatement accrochée ici à des chaînes légères,

Georges de La Tour, Saint Jérôme lisant, Musée Lorrain

POUR LA NOUVELLE ANNÉE
CANTIQUE
ZUM NEUEN JAHR
KIRCHENGESANG

Wie heimlicher Weise
Comme, secrètement,
Ein Engelein leise
Un petit ange doucement,

ALITÉ
Auf dem Krankenbette

Gleichwie ein Vogel am Fenster vorbei mit sonnebeglänztem
  Comme un oiseau qui passe près de la fenêtre avec les brillantes
Flügel den blitzenden Schein wirft in ein schattig Gemach,
Ailes que lui donne le soleil et projette dans une pièce ombragée sa lueur éclatante,

**

ISOLEMENT
Verborgenheit

Laß, o Welt, o laß mich sein!
Laisse, ô monde, ô laisse-moi !
Locket nicht mit Liebesgaben,
Oublie sa vie amoureuse,

**

LEICHTE BEUTE
PROIE FACILE

Hat der Dichter im Geist ein köstliches Liedchen empfangen,
Le poète a-t-il reçu un chant délicat dans son esprit,
Ruht und rastet er nicht, bis es vollendet ihn grüßt.
Qu’il ne peut plus se reposer et ne se reposera que lorsqu’il l’honorera parfaitement.

Rolla, Henri Gervex, 1878, musée des beaux-arts de Bordeaux

TON BLEU REGARD
FRÜH IM WAGEN

Gustave Courbet, Le Désespéré

Es graut vom Morgenreif
Comme il est gris ce matin
In Dämmerung das Feld,
Le champ au crépuscule,

**

AUF EIN KIND
A UN ENFANT

Édouard Manet, Gamin aux Cerises

Mein Kind, in welchem Krieg hast du
Mon enfant, dans quelle guerre as-tu
Die gelben Haare lassen müssen?
laissé tes cheveux dorés ?

**

VOGELLIED
LE CHANT D’UN OISEAU

Es ist zwar sonsten nicht der Brauch,
Ce n’est pas la coutume,
Daß man ‘s Nestchen baut,
Que de construire un nid

Gustave Courbet, La Femme au perroquet, 1866

**

IM PARK
DANS LE PARC

Sieh, der Kastanie kindliches Laub hängt noch wie der feuchte
Vois comme le feuillage du marronnier pend toujours comme les humides
Flügel des Papillons, wenn er die Hülle verließ;
Ailes du papillon lorsqu’il se libère de son enveloppe ;

**

AN PHILOMELE
A PHILOMELE

Tonleiterähnlich steiget dein Klaggesang
Ta complainte augmente crescendo,
Vollschwellend auf, wie wenn man Bouteillen füllt:
S’amplifiant, à la manière d’une bouteille se remplissant :

**

DATURA SUAVEOLENE

Ich sah eben ein jugendlich Paar, o Blume Dianas,
Je viens de voir un couple d’adolescents, ô fleur de Diane,
Vor dir stehen; es war Wange an Wange gelegt.
Qui se tenait devant toi ; joue contre joue.

Roméo et Juliette, Frank Dicksee, 1884

LA NUIT A SON PUPITRE
NACHTS AM SCHREIBEPULT

Primel und Stern und Syringe, von einsamer Kerze beleuchtet,
Primevères et asters et seringas, éclairés par une bougie solitaire,
Hier im Glase, wie fremd blickt ihr, wie feenhaft, her!
Ici dans le vase, comme vous avez l’air étrange, féérique !

Les Tournesols, Vincent van Gogh

Maschinka 
SUR TES LÈVRES MUTINES

Dieser schwellende Mund, den Reiz der Heimat noch atmend,
Cette bouche gonflée respire toujours le charme de la maison,
Kennt die Sprache nicht mehr, die ihn so lieblich geformt:
Mais ne connaît plus la langue qui l’a façonnée avec tant d’amour :

**

WEIHGESCHENK
OFFRANDE

Von kunstfertigen Händen geschält, drei Äpfelchen, zierlich,
Pelées par des mains habiles, trois pommes, délicates,
Hängend an einem Zweig, den noch ein Blättchen umgrünt;
Accrochées à une branche, à une feuille toujours verte ;

**

VERSUCHUNG
TENTATION

Wenn sie in silberner Schale mit Wein uns würzet die Erdbeern,
Lorsqu’elle relève les fraises dans un bol en argent avec du vin,
Dicht mit Zucker noch erst streuet die Kinder des Walds:
Elle saupoudre de sucre les enfants de la forêt :

**

RAT EINER ALTEN
CONSEILS D’UNE VIEILLE DAME

Bin jung gewesen,
Jeune, jadis,
Kann auch mitreden,
Je peux donc parler,

Constantin Makovski, Константин Егорович Маковский, Beauté se préparant au bain
(http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Beauty_preparing_to_bathe_by_Konstantin_Makovsky.jpg)

**

NIMMERSATTE LIEBE
AMOUR INASSOUVI

So ist die Lieb! So ist die Lieb!
L’amour est ainsi ! L’amour est ainsi !
Mit Küssen nicht zu stillen:
Que des baisers toujours il demande :

Constantin Makovski, Константин Егорович Маковский, Beauté à la kokošnik

**

AUF EINER WANDERUNG
EN RANDONNÉE

In ein freundliches Städtchen tret ich ein,
Je pénètre dans une ville agréable,
In den Straßen liegt roter Abendschein.
Une lueur rouge du soir plonge dans les rues.

Isaac Levitan, Исаак Ильич Левитан, Printemps en Italie

**

DER KANONIER
LE CANONNIER

Feindlich begegneten sich auf der Erde die Scharen des Himmels
Elles se montrent hostiles sur terre, les armées du ciel
Und der Höllen; es kommt eben zur förmlichen Schlacht.
Et de l’enfer, qui s’engagent ici dans une bataille rangée.

Jérôme Bosch, Le Jardin des délices, L’Enfer, volet droit du triptyque

**

Zitronenfalter im April
PAPILLON EN AVRIL

Grausame Frühlingssonne,
Cruel soleil de printemps,
Du weckst mich vor der Zeit,
Tu me réveilles bien trop tôt,

**

DER TAMBOUR
LE TAMBOUR

Wenn meine Mutter hexen könnt’,
Si ma mère était sorcière,
Da müsst’ sie mit dem Regiment
Elle devrait marcher avec le régiment

**

Zum zehnten Dezember
POUR LE 10 DÉCEMBRE

« Sie ist mündig! » Sagt mir, Leute,
« Elle est majeure ! » Dites-moi,
Wie versteh ich dieses Wort?
Comment puis-je comprendre ce mot ?

Anna Bilińska-Bohdanowicz, Portrait d’une jeune femme tenant une rose, Portrait de Mlle R., 1892, musée national de Varsovie

**

IM WEINBERG
DANS LA VIGNE

Droben im Weinberg, unter dem blühenden Kirschbaum saß ich
Dans le vignoble, j’étais assis sous le cerisier en fleurs
Heut, einsam in Gedanken vertieft; es ruhte das Neue
Aujourd’hui, solitaire dans mes pensées ; avec le Nouveau

*************

FRANZ KAFKA
LISANT L’AUTOBIOGRAPHIE DE MÖRIKE
A SES SOEURS

(Journal Intime – 3 décembre – Traduction Jacky Lavauzelle)

3. Dezember.
3 décembre
Wie ich letzthin meinen Schwestern die Selbstbiographie Mörikes vorlas, schon gut anfing, aber noch besser fortsetzte und schließlich, die Fingerspitzen aufeinander gelegt, mit meiner ruhig bleibenden Stimme innere Hindernisse bezwang, einen immer mehr sich ausbreitenden Ausblick meiner Stimme verschaffte und schließlich das ganze Zimmer rings um mich nichts anderes auf nehmen durfte als meine Stimme.

Comment je lisais récemment l’autobiographie de Mörike à mes sœurs – j’ai bien commencé, mais j’ai continué encore mieux, et enfin, du bout des doigts, les uns sur les autres, je surmontais les obstacles intérieurs avec une voix ferme, je donnais à ma voix une ampleur en constante expansion et enfin toute la pièce tout autour de moi n’enregistrait rien d’autre que ma voix.
Bis dann meine aus dem Geschäft zurückkehrenden Eltern läuteten.
Jusqu’à ce que mes parents, revenus du travail, sonnassent à la porte.
Vor dem Einschlafen das Gewicht der Fäuste an den leichten Armen auf meinem Leib gespürt.
Avant de m’endormir, le poids de mes poings sur mes bras légers se ressentait sur mon corps.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Symbole-Artgitato-2.jpg.

LA MUSE ET LE POÈTE – Poème de Eduard MÖRIKE – MUSE UND DICHTER

La muse Clio, Pierre Mignard, 1689

*

Mörike
Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE ALLEMANDE
Deutsch Literatur

Gedichte – Poèmes

EDUARD MÖRIKE

8. September 1804  Ludwigsburg- 4. Juni 1875 Stuttgart
8 septembre 1804 – 4 juin 1875

__________________

LA MUSE ET LE POETE
MUSE UND DICHTER
_________________

************


« Krank nun vollends und matt!
« Je suis malade ! maintenant, me voici totalement fatigué !
Und du, o Himmlische, willst mir
Et toi, ô céleste, tu sembles
Auch schon verstummen – o was deutet dies Schweigen mir an?
Aussi vouloir te taire – que m’indique donc ce silence ?
Gib die Leier! » – « Nicht doch, dir ist die Ruhe geboten.
Passe-moi la lyre ! « -« Pas encore, tu dois d’abord trouver la paix.
Schlafe! träume nur! still ruf ich dir Hülfe herab.
Sommeille ! rêve seulement ! en silence je t’apporterai mon aide.
Deinem Haupte noch blühet ein Kranz;
Une couronne fleurira toujours sur ta tête ;
und sei es zum Leben,
que ce soit une couronne de vie,
Sei’s zum Tode, getrost! meine Hand windet ihn dir. »
Que ce soit une couronne de mort, en toute confiance ! ma main te la tressera. »
« Keinen Lorbeer will ich, die kalte Stirne zu schmücken:
« Je ne veux pas d’un laurier pour décorer mon front froid :
Laß mich leben, und gib fröhliche Blumen zum Strauß! »
Laisse-moi vivre et donne-moi ce magnifique bouquet de fleurs ! »

*******

POUR LA NOUVELLE ANNÉE – CANTIQUE – POÈME DE EDUARD MÖRIKE – ZUM NEUEN JAHR – KIRCHENGESANG

Photo Jacky Lavauzelle

*

Mörike
Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE ALLEMANDE
Deutsch Literatur

Gedichte – Poèmes

EDUARD MÖRIKE

8. September 1804  Ludwigsburg- 4. Juni 1875 Stuttgart
8 septembre 1804 – 4 juin 1875

__________________

POUR LA NOUVELLE ANNÉE
CANTIQUE
ZUM NEUEN JAHR
KIRCHENGESANG
_________________

**********

Wie heimlicher Weise
Comme, secrètement,
Ein Engelein leise
Un petit ange doucement,
Mit rosigen Füßen
Avec ses pieds roses,
Die Erde betritt,
Se pose sur la terre,
So nahte der Morgen.
Le matin arrive.
Jauchzt ihm, ihr Frommen,
Encouragez-le, vous si pieux,
Ein heilig Willkommen,
Apportez lui un saint accueil,
Ein heilig Willkommen!
Un saint accueil !
Herz, jauchze du mit!
Comme mon cœur aussi le désire !

*

In Ihm sei’s begonnen,
Qu’il commence, porté par celui par qui
Der Monde und Sonnen
Lunes et soleils
An blauen Gezelten
Sous la coupole azurée
Des Himmels bewegt.
Se déplacent dans le ciel.
Du, Vater, du rate!
Toi, Père, porte-nous !
Lenke du und wende!
Dirige-nous et conduis-nous !
Herr, dir in die Hände
Seigneur, qu’entre tes mains
Sei Anfang und Ende,
Ce qui commence et ce qui fini,
Sei alles gelegt!
Soient entre tes doigts !



************

L’ESCALIER – Poème de Valéri BRIOUSSOV – Валерий Брюсов – Лестница – 1902

L’Escalier de Bramante, Scala Bramante, Cité du Vatican, Photo Jacky Lavauzelle

*

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est salamandre-1024x536.jpg.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Symbole-Artgitato.jpg.

__________________________________
LITTÉRATURE RUSSE
POÉSIE RUSSE
Русская литература
Русская поэзия
___________________________________
___________________________________

Poésie de Valéri Brioussov


Portrait de Valéri Brioussov par Mikhaïl Vroubel (1906)
___________________________________

 

VALERI BRIOUSSOV
Валерий Яковлевич Брюсов

1er décembre 1873- 9 octobre 1924
1 декабря 1873 г. – 9 октября 1924 г.

__________________________________
TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
__________________________________

_______________________________________________

L’ESCALIER
1902
Лестница

_________________________________________________

*********


Всё каменней ступени,
Plus hautes, ces marches, avec plus de pierres,
Всё круче, круче всход.
Plus raides, plus resserrées.
Желанье достижений
Notre désir de les gravir
Еще влечет вперед.
Toujours plus nous anime.

*
Но думы безнадежней
Mais les pensées sont si désespérées
Под пылью долгих лет.
Sous la poussière de si nombreuses années.
Уверенности прежней
Nos confiances de jadis
В душе упорной – нет.
Dans nos âmes obstinées… s’étaient évanouies.

*

Помедлив на мнгновенье,
Hésitant un instant
Бросаю взгляд назад:
Je regarde en arrière :
Как белых цепей звенья –
Comme des maillons de chaînes blanches –
Ступеней острых ряд.
Les marches sont là, pointues.

*

Ужель в былом ступала
Vraiment dans le passé
На всё нога моя?
Mes pieds se sont-ils ici posés ?
Давно ушло начало
Le premier pas depuis longtemps a disparu
В безбрежности края,
Dans l’immensité des bords,

*

И лестница все круче…
Et les escaliers deviennent toujours plus raides …
Не оступлюсь ли я,
Vais-je trébucher,
Чтоб стать звездой падучей
Vais-je devenir une étoile éphémère
На небе бытия?
Dans le ciel de l’être ?



****************

MON RÊVE – POÈME DE VALÉRI BRIOUSSOV – Моя мечта – Валерий Брюсов

Le rêve de l’eunuque  – Jean-Jules-Antoine Lecomte du Nouÿ Cleveland Museum of Art

*

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est salamandre-1024x536.jpg.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Symbole-Artgitato.jpg.

__________________________________
LITTÉRATURE RUSSE
POÉSIE RUSSE
Русская литература
Русская поэзия
___________________________________
___________________________________

Poésie de Valéri Brioussov


Portrait de Valéri Brioussov par Mikhaïl Vroubel (1906)
___________________________________

 

VALERI BRIOUSSOV
Валерий Яковлевич Брюсов

1er décembre 1873- 9 octobre 1924
1 декабря 1873 г. – 9 октября 1924 г.

__________________________________
TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
__________________________________

_______________________________________________

MON RÊVE
1895

Моя мечта

_________________________________________________

**********

Моей мечте люб кругозор пустынь,
Mon rêve aime l’horizon des déserts,
Она в степях блуждает вольной серной.
Où il peut errer dans les steppes sans soufre.
Ей чужд покой окованных рабынь,
Etranger au reste des esclaves enchaînés,
Ей скучен путь проложенный и мерный.
S’ennuyant sur le chemin tracé et mesuré.
Но, встретив Холм Покинутых Святынь,
Mais, en rencontrant la colline des sanctuaires abandonnés,
Она дрожит, в тревоге суеверной,
Mon rêve tremble, d’une superstitieuse alarme,
Стоит, глядит, не шелохнет травой,
Se lève, regarde, sans qu’aucun brin d’herbe ne bouge,
И прочь идет с поникшей головой.
et s’éloigne la tête basse.


23 июня 1895
23 juin 1895

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Symbole-Artgitato-5.jpg.

LE LAI D’ARISTOTE – ARISTOTE & PHYLLIS – Poème de Jacky Lavauzelle

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Symbole-Artgitato-4.jpg.
Nino Chikovani
Les légendes et les dieux
_________________

LE LAI D’ARISTOTE
ARISTOTE & PHYLLIS

____________________
Poème de Jacky Lavauzelle
____________________

*********

Ni tempérant, ni modéré
Un vent innocent sans nuance se balançait et s’engouffrait
Jusqu’aux deux parties de l’âme
Renonçant
Immense
Nostalgique
Dans les longs cheveux défaits de Phyllis
Dans de longues lignes intenses
Humides et douces
Voluptueuses
Triomphantes en un dernier long souffle
Ondulaient les dunes sous la tente
Le jour égalait la nuit
Désormais
L’heure les secondes
Se valaient
Dans les longues interstices des âmes
Babylone se désolait
Les Diadoques se réjouissaient
Babylone s’effondrait dans le long silence du monde
Oubliant jusqu’à la bataille de Gaugamèles
Bucéphale avait quitté l’écurie
Sans inquiéter personne
Aristote déclamait que la sagesse est la forme la plus achevée du savoir
Sans que personne ne l’écoute
Justin et Quinte-Curce ne savaient plus quoi écrire
Il ne se passait plus rien
Le temps aurait pu se pendre
Tout le monde s’en moquait
Pseudo-Callisthène, Julius Valerius
Tout comme Callisthène aussi
Bucéphale s’est perdu dans le ciel de Perse
Pris dans les raies de lumière
Affolé par les abstractions de vie
Alexandre s’en moquait
Comme de sa première antilope
Et les hennissements ne faisaient plus désormais que frémir les nuages
La forêt aux pucelles s’est perdue dans les nimbes
Ses chemins aux espoirs se sont envolés
Alexandre s’en moquait
Comme de son dernier tigre
Les bêtes féroces se sont pendues dans des gueules
Où les crocs aux crocs répondaient
Plus féroces que les défenses des éléphants
Les plus tranchantes
Les lames de l’ennui ont décimé les lourds pachydermes
Les femmes aquatiques ont fini par se noyer
Ignorées
Alexandre s’en moquait
Les formes et les langueurs viennent et reviennent
Se lient et se délient

Toutes choses tendent vers le bien
Disait le Philosophe en recherche de rigueur
Que nul ne trouvait
Le bien je veux dire
Les colonnes d’Hercule semblait se toucher
Lassées d’attendre les bras et les armes
Que nul ne trouvait
Perdu dans les bras de Phyllis qui se perdaient dans ceux d’Alexandre
Qui se perdaient ensuite dans les yeux de Phyllis
A l’infini

Plus aucune chevauchée éclatée sur les merveilles de l’Inde
Plus d’étalements débridés
Plus aucune trace de ces merveilles,
Les biens et les futurs se résumaient à Phyllis
Qui s’attardait alanguie
Les aventures et les gloires n’avaient plus cours
Toutes les rigueurs s’effacent vers les cœurs
Dans un cœur rassemblé et de Darius et de l’Inde
Tu ne rêves plus, Alexandre, tu ne désires plus
Plus les mêmes rêves, ni les mêmes désirs
Porus semble si loin, les marécages aussi
Sur des boucles couché, tes montagnes sont là
Mais le grain des sables est devenu le grain de peau
Sur des boucles enroulé, tes vagues sont là
Plus flou que le sein qui t’aveugle.
Plus fou que ces mains qui te parlent
Tout seul tu penches vers ce bien
Que personne ne peut plus t’enlever
Que personne n’ose te confisquer
Le Philosophe pèse le juste et l’injuste
Et il reste encore le seul que le grand homme peut écouter
Les arbres du soleil se sont couchés sous les feuilles perdues
Le Philosophe se souvient de l’enchanteur Nectanebus
Comme la belle Olympias
Comme les rochers
Comme les vagues
Qui nettoient la mousse de ses écumes funestes
Et le seul qu’Alexandre peut écouter se fait entendre
Qui vient de coucher son cœur sur les langueurs des ombres
Comme des vagues
La lanterne se balançait au rythme des deux corps
Les rochers abrupts de Phyllis
Les vagues régulières d’Alexandre
Mais Aristote le lendemain aborda
L’homme le plus célèbre de toute cette célèbre Antiquité
Son esprit n’était plus là
Les affaires en sommeil
Les invasions à l’arrêt
Les possessions en péril
Et Alexandre regardait le Philosophe
Comme l’on regarde l’évidence
Comme l’on écoute la vérité
Le monde ne se résumait pas à Phyllis
Que lui
Surtout lui ne pouvait
Ne devait
S’abaisser dans cette volupté
Même d’une épaisseur et d’une grandeur
Plus grande que le grand océan

Alexandre acquiesça

Le soir suivant
Phyllis a fait taire les airs
Les lumières
Et les ondes
Quand de la tente elle est sortie
La nuit s’est éclaircie
Le jour s’est assombrie
Et Aristote ne pensait plus
Pendant qu’Alexandre sommeillait
Il admirait cette lumière insolente
Cette énergie inassouvie sur une crinière d’étoiles
Se sentait amoureux par sa seule présence
Son esprit oublié dans une terrible absence
Phyllis s’est retournée et avec elle un long parfum
Une lumière
Et sur une ronde
Dans sa tente elle est rentrée
La nuit est redevenue la nuit
Le jour a retrouvé ses rayons
Mais Aristote ne pensait toujours pas
Une étoile manquait dans le ciel
Sans grâce désormais
Mais Aristote est restait là
Mais ne regardait plus le ciel
Le jour suivant et tous les autres jours
Alexandre passait devant le Philosophe absent
Et se demandait quelle foudre s’était abattue sur lui
Le touchait
Le regardait
Attendait
Puis s’en alla à ses affaires qui recommençait

Quand Phyllis ressortie
Elle prit la main de cette statue vivante
En l’apportant sous sa tente
A force de caresses le grand penseur
Ses esprits retrouva
Son instinct récupéra
Il recommençait à parler
Comme parle les jeunes enfants
Quand Pyllis sourit
Aristote babillait
Il regarda la tente et mit un genou à terre
Et Aristote sourit
Phyllis caressa ses longues mèches
Et Aristote souriait encore

Les jours suivants
Aristote prenait les devants
Devenait gai et entreprenant
Comme si tous ces ans
En un instant
Avaient plongé dans un grand néant

Phyllis alors établit un accord
Pour qu’il se livre corps et corps
Sans aucun remord
Pour un sublime rapport
Que de cette union il deviendrait plus fort
Jusqu’à ce que vienne la mort

Or

Il fallait pour cela devenir son Bucéphale
Parcourir des contrées glaciales
Caresser les aurores boréales
Et venir se réchauffer à son sein pâle
Et qu’elle deviendrait sa cavalière fatale
Jusqu’à ce que se termine de plaisir le dernier râle

Aristote acquiesça

Et devient la risée de la cavalerie des Compagnons
De la phalange et des porte-boucliers
Et devint un Milésien
Agissant comme un fieffé crétin
Tant et si bien
Qu’Alexandre lui donne à son tour la leçon
En l’apercevant dans sa conduite indigne
De son âge vénérable
L’amour n’est-il pas l’arme la plus dangereuse au monde ?

*******************