LE LAI D’ARISTOTE – ARISTOTE & PHYLLIS – Poème de Jacky Lavauzelle

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Nino Chikovani
Les légendes et les dieux
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LE LAI D’ARISTOTE
ARISTOTE & PHYLLIS

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Poème de Jacky Lavauzelle
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Ni tempérant, ni modéré
Un vent innocent sans nuance se balançait et s’engouffrait
Jusqu’aux deux parties de l’âme
Renonçant
Immense
Nostalgique
Dans les longs cheveux défaits de Phyllis
Dans de longues lignes intenses
Humides et douces
Voluptueuses
Triomphantes en un dernier long souffle
Ondulaient les dunes sous la tente
Le jour égalait la nuit
Désormais
L’heure les secondes
Se valaient
Dans les longues interstices des âmes
Babylone se désolait
Les Diadoques se réjouissaient
Babylone s’effondrait dans le long silence du monde
Oubliant jusqu’à la bataille de Gaugamèles
Bucéphale avait quitté l’écurie
Sans inquiéter personne
Aristote déclamait que la sagesse est la forme la plus achevée du savoir
Sans que personne ne l’écoute
Justin et Quinte-Curce ne savaient plus quoi écrire
Il ne se passait plus rien
Le temps aurait pu se pendre
Tout le monde s’en moquait
Pseudo-Callisthène, Julius Valerius
Tout comme Callisthène aussi
Bucéphale s’est perdu dans le ciel de Perse
Pris dans les raies de lumière
Affolé par les abstractions de vie
Alexandre s’en moquait
Comme de sa première antilope
Et les hennissements ne faisaient plus désormais que frémir les nuages
La forêt aux pucelles s’est perdue dans les nimbes
Ses chemins aux espoirs se sont envolés
Alexandre s’en moquait
Comme de son dernier tigre
Les bêtes féroces se sont pendues dans des gueules
Où les crocs aux crocs répondaient
Plus féroces que les défenses des éléphants
Les plus tranchantes
Les lames de l’ennui ont décimé les lourds pachydermes
Les femmes aquatiques ont fini par se noyer
Ignorées
Alexandre s’en moquait
Les formes et les langueurs viennent et reviennent
Se lient et se délient

Toutes choses tendent vers le bien
Disait le Philosophe en recherche de rigueur
Que nul ne trouvait
Le bien je veux dire
Les colonnes d’Hercule semblait se toucher
Lassées d’attendre les bras et les armes
Que nul ne trouvait
Perdu dans les bras de Phyllis qui se perdaient dans ceux d’Alexandre
Qui se perdaient ensuite dans les yeux de Phyllis
A l’infini

Plus aucune chevauchée éclatée sur les merveilles de l’Inde
Plus d’étalements débridés
Plus aucune trace de ces merveilles,
Les biens et les futurs se résumaient à Phyllis
Qui s’attardait alanguie
Les aventures et les gloires n’avaient plus cours
Toutes les rigueurs s’effacent vers les cœurs
Dans un cœur rassemblé et de Darius et de l’Inde
Tu ne rêves plus, Alexandre, tu ne désires plus
Plus les mêmes rêves, ni les mêmes désirs
Porus semble si loin, les marécages aussi
Sur des boucles couché, tes montagnes sont là
Mais le grain des sables est devenu le grain de peau
Sur des boucles enroulé, tes vagues sont là
Plus flou que le sein qui t’aveugle.
Plus fou que ces mains qui te parlent
Tout seul tu penches vers ce bien
Que personne ne peut plus t’enlever
Que personne n’ose te confisquer
Le Philosophe pèse le juste et l’injuste
Et il reste encore le seul que le grand homme peut écouter
Les arbres du soleil se sont couchés sous les feuilles perdues
Le Philosophe se souvient de l’enchanteur Nectanebus
Comme la belle Olympias
Comme les rochers
Comme les vagues
Qui nettoient la mousse de ses écumes funestes
Et le seul qu’Alexandre peut écouter se fait entendre
Qui vient de coucher son cœur sur les langueurs des ombres
Comme des vagues
La lanterne se balançait au rythme des deux corps
Les rochers abrupts de Phyllis
Les vagues régulières d’Alexandre
Mais Aristote le lendemain aborda
L’homme le plus célèbre de toute cette célèbre Antiquité
Son esprit n’était plus là
Les affaires en sommeil
Les invasions à l’arrêt
Les possessions en péril
Et Alexandre regardait le Philosophe
Comme l’on regarde l’évidence
Comme l’on écoute la vérité
Le monde ne se résumait pas à Phyllis
Que lui
Surtout lui ne pouvait
Ne devait
S’abaisser dans cette volupté
Même d’une épaisseur et d’une grandeur
Plus grande que le grand océan

Alexandre acquiesça

Le soir suivant
Phyllis a fait taire les airs
Les lumières
Et les ondes
Quand de la tente elle est sortie
La nuit s’est éclaircie
Le jour s’est assombrie
Et Aristote ne pensait plus
Pendant qu’Alexandre sommeillait
Il admirait cette lumière insolente
Cette énergie inassouvie sur une crinière d’étoiles
Se sentait amoureux par sa seule présence
Son esprit oublié dans une terrible absence
Phyllis s’est retournée et avec elle un long parfum
Une lumière
Et sur une ronde
Dans sa tente elle est rentrée
La nuit est redevenue la nuit
Le jour a retrouvé ses rayons
Mais Aristote ne pensait toujours pas
Une étoile manquait dans le ciel
Sans grâce désormais
Mais Aristote est restait là
Mais ne regardait plus le ciel
Le jour suivant et tous les autres jours
Alexandre passait devant le Philosophe absent
Et se demandait quelle foudre s’était abattue sur lui
Le touchait
Le regardait
Attendait
Puis s’en alla à ses affaires qui recommençait

Quand Phyllis ressortie
Elle prit la main de cette statue vivante
En l’apportant sous sa tente
A force de caresses le grand penseur
Ses esprits retrouva
Son instinct récupéra
Il recommençait à parler
Comme parle les jeunes enfants
Quand Pyllis sourit
Aristote babillait
Il regarda la tente et mit un genou à terre
Et Aristote sourit
Phyllis caressa ses longues mèches
Et Aristote souriait encore

Les jours suivants
Aristote prenait les devants
Devenait gai et entreprenant
Comme si tous ces ans
En un instant
Avaient plongé dans un grand néant

Phyllis alors établit un accord
Pour qu’il se livre corps et corps
Sans aucun remord
Pour un sublime rapport
Que de cette union il deviendrait plus fort
Jusqu’à ce que vienne la mort

Or

Il fallait pour cela devenir son Bucéphale
Parcourir des contrées glaciales
Caresser les aurores boréales
Et venir se réchauffer à son sein pâle
Et qu’elle deviendrait sa cavalière fatale
Jusqu’à ce que se termine de plaisir le dernier râle

Aristote acquiesça

Et devient la risée de la cavalerie des Compagnons
De la phalange et des porte-boucliers
Et devint un Milésien
Agissant comme un fieffé crétin
Tant et si bien
Qu’Alexandre lui donne à son tour la leçon
En l’apercevant dans sa conduite indigne
De son âge vénérable
L’amour n’est-il pas l’arme la plus dangereuse au monde ?

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LE FILS PRODIGUE – Poème de Valéri BRIOUSSOV – Валерий Брюсов – Блудный сын – 1903

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LITTÉRATURE RUSSE
POÉSIE RUSSE
Русская литература
Русская поэзия
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Poésie de Valéri Brioussov


Portrait de Valéri Brioussov par Mikhaïl Vroubel (1906)
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VALERI BRIOUSSOV
Валерий Яковлевич Брюсов

1er décembre 1873- 9 octobre 1924
1 декабря 1873 г. – 9 октября 1924 г.

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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
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LE FILS PRODIGUE
1903
Блудный сын

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Retour du fils prodigue, Pompeo Batoni

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Так отрок Библии, безумный расточитель…
                                                 Пушкин
Pouchkine


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Ужели, перешедши реки,
Après avoir traversé la rivière,
Завижу я мой отчий дом
  Je revois ma maison
И упаду, как отрок некий,
  Et je tombe comme un jeune garçon
Повергнут скорбью и стыдом!
  Renversé par le chagrin et la honte !

*

Я уходил, исполнен веры,
  Je suis parti, plein de foi,
 Как лучник опытный на лов,
Comme un archer expérimenté,
Мне снились тирские гетеры
  J’ai rêvé des courtisanes de Tyr
  И сонм сидонских мудрецов.
D’être l’hôte des sages de Sion.

*

И вот, чтб грезилось, все было:
  Et de ce rêve tant désiré
 Я видел все, всего достиг.
J’ai tout vu, tout réalisé.
  И сердце жгучих ласк вкусило,
J’ai goûté aux caresses brûlantes, ivre
 И ум речей, мудрее книг.
De l’esprit des discours, plus sages que les livres.

*
Но, расточив свои богатства
Mais j’ai gaspillé mes richesses
  И кубки всех отрав испив,
Et j’ai bu tant de coupes empoisonnées,
Как вор, свершивший святотатство,
  Comme un voleur, accomplissant un sacrilège,
Бежал я в мир лесов и нив,
  J’ai fui dans le monde des forêts et des champs,

*

Я одиночество, как благо,
J’ai vécu dans la solitude, comme une bénédiction,
Приветствовал в ночной тиши,
  Dans le recueillement du silence de la nuit,
И трав серебряная влага
  Et les herbes que la rosée argente
  Была бальзамом для души.
Sont devenues un baume pour mon âme.

*

И вдруг таким недостижимым
  Et soudain, cette maison qui paraissait inaccessible
Представился мне дом родной,
  Se présente devant moi,
  С его всходящим тихо дымом
Avec cette fumée silencieuse qui monte
  Над высыхающей рекой!
Accrochée au bord de la rivière !

*

Где в годы ласкового детства
Où pendant les années de ma douce enfance
Святыней чувств владел и я, –
  j’ai erré dans le sanctuaire des sens, –
Мной расточенное наследство
  Mon héritage somptueux gaspillé
  На ярком пире бытия!
À la fête lumineuse de l’être !

*

О, если б было вновь возможно
  Oh ! s’il était encore possible
На мир лицом к лицу взглянуть
De regarder le monde face à face
И безраздумно, бестревожно
  Et, sans réfléchir, anxieusement,
  В мгновеньях жизни потонуть!
Me noyer dans le courant de la vie !


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PIERRES – Poème de Valéri BRIOUSSOV – Валерий Брюсов – КАМЕНЩИК – 1903

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Poésie de Valéri Brioussov


Portrait de Valéri Brioussov par Mikhaïl Vroubel (1906)
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VALERI BRIOUSSOV
Валерий Яковлевич Брюсов

1er décembre 1873- 9 octobre 1924
1 декабря 1873 г. – 9 октября 1924 г.

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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
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PIERRES
1903
КАМЕНЩИК

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Камни, полдень, пыль и молот,
Pierres, midi, poussière et marteau,
Камни, пыль, и зной.
Pierres, poussière et chaleur.
Горе тем, кто свеж и молод,
Malheur à ceux qui sont frais et jeunes
Здесь в тюрьме земной!
Ici dans cette prison terrestre !

*

Нам дана любовь — как цепи,
L’amour nous a été donné – telles des chaînes,
И нужда — как плеть…
Et l’indigence – tels des fouets…
Кто уйдёт в пустые степи
Qui partira sur les steppes vides
Вольно умереть!
Est libre de mourir !

*

Камни, полдень, пыль и молот,
Pierres, midi, poussière et marteau,
Камни, пыль и зной…
Pierres, poussière et chaleur …
Камень молотом расколот,
La pierre est taillée au burin,
Длится труд дневной.
Toute la journée durant.

*

Камни бьём, чтоб жить на свете,
Nous taillons des pierres pour survivre,
И живём, — чтоб бить…
Et nous vivons – pour frapper…
Горе тем, кто ныне дети,
Malheur à nos enfants,
Тем, кто должен быть!
À ceux qui devraient être !

*

Камни, полдень, пыль и молот,
Pierres, midi, poussière et marteau,
Камни, пыль и зной…
Pierres, poussière et chaleur …
Распахнёт ли смертный холод
Le froid mortel ouvrira
Двери в мир иной!
Les portes vers un autre monde !


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Декабрь 1903
Décembre 1903

LE MOINE – Poème de Valéri BRIOUSSOV – Валерий Брюсов – Монах – 1906

Saint François, Francisco de Zurbarán

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Poésie de Valéri Brioussov


Portrait de Valéri Brioussov par Mikhaïl Vroubel (1906)
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VALERI BRIOUSSOV
Валерий Яковлевич Брюсов

1er décembre 1873- 9 octobre 1924
1 декабря 1873 г. – 9 октября 1924 г.

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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
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LE MOINE
1906
Монах

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На поле жизненного боя,
Sur le champ de bataille de la vie
Где Рок влечет нас, как самум, –
Où la Fatalité nous attire dans un déluge –
Душа возжаждала покоя,
L’âme aspire à la paix,
Молитв и одиноких дум!
Aux prières et aux pensées solitaires !

*

И вот, презрев соблазн свободы
Et donc, méprisant la tentation de la liberté
И мира призрачную ширь,
Et le monde, étendue fantomatique,
Сошел я под глухие своды,
Je suis descendu sous ta voûte aveugle,
В твои затворы, монастырь!
À tes portes, monastère !

*

Вне стен – и ужас и веселье,
Hors des murs – à la fois l’horreur et le plaisir,
Пиры любви и красоты.
Des fêtes d’amour et de beauté.
Но здесь хранит ревниво келья
Mais jalousement dans ma cellule
Всегда спокойные мечты.
Mes rêves sont toujours paisibles.

*

Я жизни иноческой свято
Je vis la vie monastique sainte
Блюду определенный чин,
Je sers un ordre certain,
И дни, с восхода до заката, –
Et du lever du jour au coucher du soleil, –
Как ряд медлительных годин.
Passe le temps linéaire.

*

Люблю я благовест рассвета,
J’aime l’évangile de l’aube
Церковной службы череду,
Les services religieux,
Степенность братского привета,
Les salutations fraternelles
Ночь, посвященную труду.
La nuit dédiée à l’étude.

*

Мне хорошо, под буйство бури,
Je me sens bien sous la tempête
При кротком блеске ночника,
A la douce lueur d’une lampe de nuit,
На тщательной миниатюре
Dessinant dans une pleine miniature
Чертить узоры лепестка;
Les motifs des pétales d’une fleur ;

*

Иль, не спеша слагая главы
Ou composer lentement des chapitres
И им не ведая конца,
Sans en connaître la fin,
Припоминать о жажде славы,
Se souvenir de la soif de gloire
В миру сжигающей сердца.
Dans ce monde de cœurs brûlants.



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31 марта 1906
31 mars 1906

LA POÉSIE DE VALÉRI BRIOUSSOV – Валерий Брюсов – Стихи

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Poésie de Valéri Brioussov


Portrait de Valéri Brioussov par Mikhaïl Vroubel (1906)
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VALERI BRIOUSSOV
Валерий Яковлевич Брюсов

1er décembre 1873- 9 octobre 1924
1 декабря 1873 г. – 9 октября 1924 г.

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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
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LA POÉSIE DE VALÉRI BRIOUSSOV 
Валерий Брюсов
Стихи

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Le Maçon
1901
Каменщик


 — Каменщик, каменщик в фартуке белом,
– Hé ! toi, le maçon, le maçon en tablier blanc !
Что ты там строишь? кому?
Que construis-tu là-bas ? pour qui ?

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PIERRES
1903
КАМЕНЩИК

Камни, полдень, пыль и молот,
Pierres, midi, poussière et marteau,
Камни, пыль, и зной.
Pierres, poussière et chaleur.

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LE FILS PRODIGUE
1903
Блудный сын

Ужели, перешедши реки,
Après avoir traversé la rivière,
Завижу я мой отчий дом
  Je revois ma maison

Retour du fils prodigue, Pompeo Batoni

ORPHEE ET EURYDICE
1904
ОРФИЯ И ЭВРИДИКА

Jean-Baptiste Camille Corot, Orphée ramène Eurydice des Enfers

Орфей
Orphée
Слышу, слышу шаг твой нежный,
J’entends, j’entends ton pas doux,

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LE MOINE
1906
Монах

Saint François, Francisco de Zurbarán

На поле жизненного боя,
Sur le champ de bataille de la vie
Где Рок влечет нас, как самум, –
Où la Fatalité nous attire dans un déluge –

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ORPHEE ET EURYDICE – Poème de Valéri BRIOUSSOV – Валерий Брюсов – ОРФИЯ И ЭВРИДИКА

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Poésie de Valéri Brioussov


Portrait de Valéri Brioussov par Mikhaïl Vroubel (1906)
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VALERI BRIOUSSOV
Валерий Яковлевич Брюсов

1er décembre 1873- 9 octobre 1924
1 декабря 1873 г. – 9 октября 1924 г.

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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
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ORPHEE ET EURYDICE
1904
ОРФИЯ И ЭВРИДИКА

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Jean-Baptiste Camille Corot, Orphée ramène Eurydice des Enfers

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Орфей
Orphée
Слышу, слышу шаг твой нежный,
J’entends, j’entends ton pas doux,
Шаг твой слышу за собой.
  J’entends ton pas.
Мы идем тропой мятежной,
  Nous marchons sur un chemin rebelle
  К жизни мертвенной тропой.
Un sombre chemin sinueux.

Эвридика
Eurydice
Ты — ведешь, мне — быть покорной,
Toi- Tu me conduis – je te suis,
Я должна идти, должна…
  Je dois marcher, je dois …
 Но на взорах — облак черный,
Mais sur mes yeux – un noir nuage,
Черной смерти пелена.
  Suaire de la sombre mort.

Орфей
Orphée
Выше! выше! все ступени,
Ci-dessus ! plus haut ! toutes ces étapes nous portent
  К звукам, к свету, к солнцу вновь!
Vers les sons, vers la lumière, vers le soleil !
Там со взоров стают тени,
  Là, les ombres vont s’évanouir !
  Там, где ждет моя любовь!
Là, où mon amour t’attend !

Эвридика
Eurydice
Я не смею, я не смею,
Je n’ose, je n’ose,
Мой супруг, мой друг, мой брат!
  Mon époux, mon ami, mon frère !
  Я лишь легкой тенью вею,
Je ne vois qu’une légère ombre,
  Ты лишь тень ведешь назад.
Une ombre qui t’accompagne.

Орфей
Orphée
Верь мне! верь мне! у порога
Crois-moi ! crois-moi ! sur le pas de la porte
  Встретишь ты, как я, весну!
Tu rencontreras, avec moi, le printemps !
Я, заклявший лирой — бога,
  Moi qui par ma lyre – venue de Dieu,
Песней жизнь в тебя вдохну!
Va t’insuffler la vie par mon chant !

Эвридика
Eurydice
Ах, что значат все напевы
Ah ! Que sont tous ces airs
 Знавшим тайну тишины!
Pour ceux qui ont connu le secret du silence !
Что весна, — кто видел севы
  Quel printemps – pour qui a vu
Асфоделевой страны!
 Le pré de l’Asphodèle !

Орфей
Orphée
Вспомни, вспомни! луг зеленый,
Rappelle-toi, rappelle-toi ! la verte prairie,
 Радость песен, радость пляск!
La joie des chansons, la joie de danser !
Вспомни, в ночи — потаенный
  Rappelle-toi, dans la nuit – cachés
 Сладко-жгучий ужас ласк!
La douce brûlure de nos caresses !

Эвридика
Eurydice
Сердце — мертво, грудь — недвижна.
Le cœur est mort, la poitrine est immobile.
Что вручу объятью я?
  A qui vais-je donner mes baisers ?
Помню сны, — но непостижна,
  Je me souviens de rêves, mais insondable,
 Друг мой бедный, речь твоя.
Mon pauvre ami, est ta parole.

Орфей
Orphée
Ты не помнишь! ты забыла!
Tu ne te souviens pas ! tu as oublié !
 Ах, я помню каждый миг!
Ah, je me souviens de chaque instant !
Нет, не сможет и могила
  Non, ce n’est pas possible et comme la tombe
Затемнить во мне твой лик!
  Assombrit ton visage en moi !

Эвридика
Eurydice
Помню счастье, друг мой бедный,
Je me souviens du bonheur, mon pauvre ami
 И любовь, как тихий сон…
Et de l’amour comme d’un rêve tranquille …
 Но во тьме, во тьме бесследной
Mais dans l’obscurité, dans l’obscurité sans laisser de trace
 Бледный лик твой затемнен…
Comme ton pâle visage s’est assombri …

Орфей
Orphée
— Так смотри! — И смотрит дико,
– Alors regarde ! – quel supplice,
 Вспять, во мрак пустой, Орфей.
De quitter Orphée pour l’obscurité vide.
— Эвридика! Эвридика! —
  – Eurydice ! Eurydice ! –
Стонут отзвуки теней.
  Comme les échos des ombres gémissent.



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1903, 10 — 11 июня 1904
1903, 10-11 juin 1904

Le Maçon – Poème de Valéri BRIOUSSOV – Каменщик – 1901 – Валерий Яковлевич Брюсов

Lioubov Popova – Попова, Любовь Сергеевна
Балда, 1919

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Poésie de Valéri Brioussov


Portrait de Valéri Brioussov par Mikhaïl Vroubel (1906)
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VALERI BRIOUSSOV
Валерий Яковлевич Брюсов

1er décembre 1873- 9 octobre 1924
1 декабря 1873 г. – 9 октября 1924 г.

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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
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Le Maçon
1901
Каменщик

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— Каменщик, каменщик в фартуке белом,
– Hé ! toi, le maçon, le maçon en tablier blanc !
Что ты там строишь? кому?
Que construis-tu là-bas ? pour qui ?
— Эй, не мешай нам, мы заняты делом,
– Hé, ne nous dérange pas, nous sommes occupés,
Строим мы, строим тюрьму.
Nous construisons en ce moment, nous construisons une prison.
— Каменщик, каменщик с верной лопатой,
– Maçon, maçon avec ta fidèle truelle,
Кто же в ней будет рыдать?
Qui pleurera dans ce lieu ?
— Верно, не ты и не твой брат, богатый.
– C’est vrai, ce ne sera pas toi ni ton frère, vous les riches.
Незачем вам воровать.
Vous n’avez pas besoin de voler.
— Каменщик, каменщик, долгие ночи
– Maçon, maçon, qui de si longues nuits
Кто ж проведет в ней без сна?
Passera sans dormir ici ?
— Может быть, сын мой, такой же рабочий
– Peut-être mon fils, comme moi un travailleur
Тем наша доли полна.
Ainsi, notre sort sera scellé.
— Каменщик, каменщик, вспомнит, пожалуй.
– Hé ! maçon, maçon, peut-être se rappellera-t-il
Тех он, кто нес кирпичи!
De celui qui portait les briques !
— Эй, берегись! под лесами не балуй…
– Hé, attention ! ne quitte pas le droit chemin …
Знаем все сами, молчи!
Nous savons ça très bien, tais-toi !


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16 июля 1901
16 juillet 1901

SEMBLABLE AU COLOSSE DE RHODES- OS LUSIADAS V-40 – LES LUSIADES – LUIS DE CAMOES – Tão grande era de membros

*

Ferdinand de Portugal traduction Jacky Lavauzelle

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OS LUSIADAS CAMOES CANTO V
Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS V-40 LES LUSIADES V-40
*

LITTERATURE PORTUGAISE

Ferdinand de Portugal Os Lusiadas Traduction Jacky Lavauzelle Les Lusiades de Luis de Camoes

literatura português
Luis de Camões
[1525-1580]
Tradução – Traduction
Jacky Lavauzelle
texto bilingue

Traduction Jacky Lavauzelle

*

***********

« Tão grande era de membros, que bem posso
« Les membres étaient si démesurés, je peux
Certificar-te, que este era o segundo
  Vous certifier qu’il ressemblait
De Rodes estranhíssimo Colosso,
  A l’extraordinaire Colosse de Rhodes,
Que um dos sete milagres foi do mundo:
  L’une des sept merveilles du monde :
 Com um tom de voz nos fala horrendo e grosso,
Sa voix nous parle terrible et profonde,
Que pareceu sair do mar profundo:
 Qui semblait sortir des profondeurs :
Arrepiam-se as carnes e o cabelo
  Nos peaux et nos cheveux à tous frissonnent
A mi e a todos, só de ouvi-lo e vê-lo.
Rien qu’à l’écouter et rien qu’à le voir.



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UN PERSONNAGE INQUIÉTANT – OS LUSIADAS V-39 – LES LUSIADES – LUIS DE CAMOES – Não acabava, quando uma figura

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Ferdinand de Portugal traduction Jacky Lavauzelle

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Symbole-Artgitato.jpg.

OS LUSIADAS CAMOES CANTO V
Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS V-39 LES LUSIADES V-39
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LITTERATURE PORTUGAISE

Ferdinand de Portugal Os Lusiadas Traduction Jacky Lavauzelle Les Lusiades de Luis de Camoes

literatura português
Luis de Camões
[1525-1580]
Tradução – Traduction
Jacky Lavauzelle
texto bilingue

Traduction Jacky Lavauzelle

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« Não acabava, quando uma figura
« Je n’avais pas terminé, quand un personnage
Se nos mostra no ar, robusta e válida,
 Est apparu dans les airs, robuste et valide,
De disforme e grandíssima estatura,
  Difforme et immense,
O rosto carregado, a barba esquálida,
  Le visage lourd, la barbe épaisse,
Os olhos encovados, e a postura
  Les yeux enfoncés et la posture
 
Medonha e má, e a cor terrena e pálida,
Affreuse et terrifiante, avec une couleur terreuse et pâle,
Cheios de terra e crespos os cabelos,
Les cheveux crépus et pleins de terre
A boca negra, os dentes amarelos.
  La bouche noire, les dents jaunes.

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SUR UNE MER DECHAÎNEE – OS LUSIADAS V-38 – LES LUSIADES – LUIS DE CAMOES – Tão temerosa vinha e carregada

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Ferdinand de Portugal traduction Jacky Lavauzelle

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OS LUSIADAS CAMOES CANTO V
Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS V-38 LES LUSIADES V-38
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LITTERATURE PORTUGAISE

Ferdinand de Portugal Os Lusiadas Traduction Jacky Lavauzelle Les Lusiades de Luis de Camoes

literatura português
Luis de Camões
[1525-1580]
Tradução – Traduction
Jacky Lavauzelle
texto bilingue

Traduction Jacky Lavauzelle

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« Tão temerosa vinha e carregada,
« Si effrayante et chargée, qu’une grande peur
Que pôs nos corações um grande medo;
Elle causa dans nos cœurs ;
Bramindo o negro mar, de longe brada
Rugissait la mer noire, au loin
Como se desse em vão nalgum rochedo.
Comme si elle se fracassait en vain sur un rocher.
-« Ó Potestade, disse, sublimada!
– « O Puissance, dis-je, grandiose !
Que ameaço divino, ou que segredo
Quelle menace divine ou quel secret
Este clima e este mar nos apresenta,
Ce climat et cette mer nous révèlent-ils,
Que mor cousa parece que tormenta? » –
Pour ainsi nous prendre d’assaut ? « –


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