LUIS DE CAMOES OS LUSIADAS III-69 LES LUSIADES

*Luís de Camões Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS III-69 LES LUSIADES III-69
LITTERATURE PORTUGAISE

Luis de Camoes Oeuvres obras Artgitato

literatura português

Luis de Camões
[1525-1580]

Tradução – Traduction
texto bilingue

Luis de Camoes Les Lusiades

 

Obra Poética

(1556)

LES LUSIADES III-69

OS LUSIADAS III-69

A Epopeia Portuguesa

 

CHANT III
Canto Terceiro

Traduction Jacky Lavauzelle

verso 69
Strophe 69

III-69

Image illustrative de l'article Vasco de Gama

Vasco de Gama

Vasco da Gama signature almirante.svg

 

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Luís de Camões Os Lusiadas
OS LUSIADAS III-69
LES LUSIADES III-69

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Précisions historiques
et
Retour sur les versets précédents

Camoes a évoqué du verset 42 au verset 54 la bataille d’Ourique qui sera gagné par le premier roi de Portugal sous le nom d’Alphonse Ier – Alfonso I – Afonso Henriques (1109 Guimarães /Viseu-1185  Coimbra) –
Alfonso sera couronné roi de Portugal en 1139 après la bataille d’Ourique.
Dans le sonnet, Camoes évoque la séquence suivante à partir de la bataille de Leiria. Cette bataille n’a pas la même portée symbolique d’Ourique qui méritait une dizaine de sonnets, il s’agissait de la Grande Victoire, grão vitória. Nous nous trouvons à 7 kilomètres du Campo de Ourique. Nous sommes ici à la limite entre le nouveau royaume et les possessions des musulmans Almohades. D’où les premiers vers de Camoes sur la conquête récente de la ville par les Mahométans. Paio Guterres da Cunha, un noble portugais, se fera remarquer à plusieurs reprises dans la défense du château de Leiria Nous le retrouverons aussi dans le siège par les maures de Lisbonne.
Les autres villes citées dans le sonnet 55 sont Arronches, petite ville de l’Alentejo, située à proximité de l’actuelle frontière avec l’Espagne et Scabelicastro – nommée Scalabis par les Romains, puis Shantarin par les Maures – s’appelle aujourd’hui Santarém et se trouve au nord de Lisbonne, dans le Ribatejo.
Sonnet 56, Alphonse Ier continue ses conquêtes avec Sintra et Mafra situées à une vingtaine de kilomètres au nord de Lisbonne. Sintra tombe en 1147. Les Monts de Sintra sont nommés les Montagnes de la Lune, serras da Lua ; lien fait entre Sintra et Cynthie. Cynthie est associée à Diane, la déesse de la Lune (Première Encyclopédie – Diderot – 1751 – Tome 4 : CYNTHIUS & CYNTHIA, surnoms d’Apollon & de Diane, ainsi appelés du mont Cynthie situé au milieu de l’île de Délos où ils avoient pris naissance.)

 




Sonnet 57, voici la ville de Lisbonne et des références à sa fondation par Ulysse. Dans la Première Encyclopédie, en 1765 (Tome 11), Louis de Jaucourt souligne à la définition Olysippo : « c’est ainsi que plusieurs auteurs écrivent le nom d’une ville très-ancienne, située à l’embouchure du Tage, & qui est aujourd’hui Lisbonne. Elle est si ancienne, que Solin a cru qu’elle avoit été fondée par Ulysse ; & Strabon même ne juge pas impossible qu’Ulysse ait été en Espagne. Dans le passage de Solin on lit : Ibi oppidum Olysipone Ulyxi conditum. Solin met ici un ablatif pour un nominatif ; car, selon l’usage de son tems, les noms de ville se mettoient à l’ablatif, & étoient regardés comme indéclinables. Ainsi Vopiscus dans la vie d’Aurelien dit, Copto & Plotemaïde urbes cepit. Dans Antonin, les noms sont de même à l’ablatif, tandis que chez les Grecs ils sont au génitif. » »
La Dardanie d’Asie Mineure est dans l’actuelle Anatolie du nord-ouest. Les Dardaniens et les Troyens sont ici confondus.
Les troupes qui viennent des régions boréales sont les troupes croisées des régions nordiques venues à la rescousse d’Alphonse Ier.
Sonnet 58 : 1147- Siège de Lisbonne -O Cerco de Lisboa –  précisions sur les troupes venues en renfort du nord de l’Europe, notamment la Germanie et la Grande-Bretagne actuelle, « la froide Bretagne« .




Sonnet 59 : 1147 – Siège de Lisbonne – précisions sur la durée du siège avec les indications lunaires – Le siège a duré presque cinq mois du 1er juillet au 25 octobre 1147.

 




Sonnet 60 – Lisbonne est libérée – Rappel de la résistance de cette courageuse cité. Nous parlons ici des guerriers Scythes. « On donna anciennement le nom de Scythes à tous les peuples du septentrion, principalement à ceux du septentrion de l’Asie ; car quoique plusieurs auteurs marquent des Scythes en Europe, & que Pline les donne pour des peuples limitrophes du Pont, conjointement avec les Dardaniens, les Triballiens, les Mœsiens & les Thraces ; ces Scythes sont plus souvent appelés Getes ou Sarmates, quand on veut les prendre dans un sens plus étendu. Presque toujours par le nom de Scythes, on entend des peuples Asiatiques. Aussi Pomponius Mela, lib. III. c. iv. après avoir dit que la Sarmatie était limitrophe de la Germanie, dont elle était séparée par la Vistule, ajoute, chap. v. que les confins de l’Asie se prennent à la Sarmatie, si ce n’est dans les pays perpétuellement couverts de neige, & où il faisait un froid insupportable ; pays qui étaient habités par les Scythes. » (Louis de Jaucourt & Diderot -L’Encyclopédie, Première Edition de 1751 Tome 14)
Le Bætis, ou Betis est le Guadalquivir d’aujourd’hui et représente, par extension, la province de l’Andalousie. Le texte suggère un rapprochement entre le nom Andalousie et Vandalie. C’est la thèse d’André de Resende, restaurateur des études classiques du Portugal.




Sonnet 61 – Nous restons dans la même séquence de la conquête d’Alphonse avec l’aide des troupes étrangères du nord de l’Europe. Après Lisbonne, les autres villes de l’Estrémadure, au nord de Lisbonne, moins protégées, ne pouvaient que succomber :
Óbidos (District de Leiria), Alenquer (District de Lisbonne) et Torres Vedras (District de Lisbonne).

  Sonnet 62 – Les troupes avancent sur les terras Transtaganas, les terres Transtaganes, autrement dit au-delà du Tage ; il s’agit de terres fertiles placées sous la protection de la déesse Cérès, la déesse de l’agriculture, des moissons et de la fécondité. Les villes citées ici sont Elvas (district de Portalegre- on peut y admirer un édifice majestueux construit à partir de 1498 à 1622 : l’aqueduc des Amoreiras), Moura et Serpa (district de Beja), plus au sud, Alcácer do Sal (district de Setúbal) plus à l’ouest.
Sonnet 63 : après Viriatus, Quintus Sartorius (122 av J.-C. – 72 av J.-C.) est un véritable héros au Portugal.  Camoes continue la conquête et nous conduit ici dans la plaine d’Évora . Gérald sans peur , « Geraldo Sem Pavor, » mort vers 1173, aussi repris cette ville d’Evora aux maures en 1164 et ensuite Cáceres.
Sonnet 64 : 1162 -Trancoso, dans le district actuel de Guarda, qui est détruite, est vengée par la ville de Beja (30 septembre 1162), dans l’Alentejo. Cet Alentejo sera conquis entièrement en 1168.
Sonnet 65 : la conquête continue avec Sesimbra et Palmela, dans l’actuel district de Setúbal (au sud de Lisbonne) – Il s’agit de bataille contre le Taïfa de Badajoz. Le Taifa sera contrôlé par les Portugais en 1169 et 1170, avant de revenir sous le contrôle des Almohades.  C’est en 1227 que le Taifa sera définitivement perdu par les Almohades lors de la conquête chrétienne.
Sonnet 66 : les forces et le caractère du Taïfa de Badajoz.




Sonnets 67 & 68: Alphonse avec une soixantaine de cavaliers fonce sur le Roi Maure. C’est la débandade. Le Roi s’enfuit suivi par son armée. Badajoz rejoint la longue liste des villes saisit aux Maures.

Sonnet 69 : un revers attend Alphonse dans la ville de Badajoz. Camoes parle de Thérèse de León , sa mère, décédée bien des années auparavant en 1130.

Jacky Lavauzelle
Camoes Les Lusiades

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Le siège de Lisbonne
O Cerco de Lisboa

Alfredo Roque Gameiro
1917

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« Mas o alto Deus, que para longe guarda
« Mais le majestueux Dieu, qui conserve longtemps
O castigo daquele que o merece,
Le châtiment que nous méritons,
Ou, para que se emende, às vezes tarda,
Qui parfois l’amende, qui parfois le retarde,
Ou por segredos que homem não conhece,
Pour des secrets insondables aux hommes,
Se até que sempre o forte Rei resguarda
Si jusque-là avait toujours protégé le grand Roi
Dos perigos a que ele se oferece;
Des dangers auxquels il s’exposait ;
Agora lhe não deixa ter defesa
Maintenant, ne le protège pas
Da maldição da mãe que estava presa.
De la malédiction de sa mère Thérèse.

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Vasco de Gama par Gregorio Lopes

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Luís Vaz de Camões Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS III-69 CAMOES LUSIADES III-69
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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White_Fawn_Drawing Faon Diane

LUIS DE CAMOES OS LUSIADAS LES LUSIADES

Pèire Godolin Pour le jour des Rois – Per la jorn dels Reis

PEIRE GODOLIN
LITTERATURE OCCITANE

*


PEIRE GODOLIN
Pierre Goudouli
Pierre Goudelin

[1580 Toulouse – 1649 Toulouse]


Traduction JACKY LAVAUZELLE

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Poème occitan




 Per la jorn dels Reis
Pour le Jour des Rois

Un Pastor ven de Hierusalèm
Un Paster arrive de Jérusalem
e ditz a sos Companhons :
et dit à ses Compagnons :

De novèlas. Enfants ! En venent de la vila,
Des nouvelles. Enfants ! En venant de la ville
Ei vist passar tres Reis d’una faiçon gentila,
Je vis passer trois Rois aux manières gentilles,
E demandan per tot l’ostalet benasit
Qui demandaient en tous lieux l’auberge bénie
Que le Rei d’Israèl per palais a causit.
Que le Roi d’Israël pour palais avait choisie.




Qualqu’un a decelat que pòrtan per estrenas
Quelqu’un a observé qu’ils portaient comme étrennes
Tres Brustietas d’Encens, d’òr et de Mirra plenas
Trois bourriches d’Encens, d’Or et de Myrrhe pleines
Que li van umblament ufrir, diga-me’n-dieu
Qu’ils vont offrir humblement, tel un aveu,
Que confessan déjà qu’el es òme, Rei, Dieu.
Ils confessent déjà qu’il est homme, Roi et Dieu.

 




Elis parlan ça’m par de l’Enfantet aimable
Ils parlent aisément de l’aimable Enfant
Que nosaus l’autre jorn trobèguem a l’estable.
Que l’autre jour à l’étable nous avons trouvé
A qui Peiret donèc un Anhelet plan fait
A qui Pierre a donné un agneau bien fait
E jo, sense reprochi, un picharro de lait.
Et moi, sans reproches, un pichet de lait.




Pòsca donc, uèi metis, una tan bela tropa
Puisse donc, dès maintenant, une si bel attroupement
Urosament trobar le bèl Enfant de popa
Heureusement trouver le bel Enfant allaitant
Mentre que de nosaus cadunle pregara
Pendant que chacun de nous priera
De nos salvar l’esprit quand le còrs morira.
De nous sauver l’esprit quand le corps mourra.

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PEIRE GODOLIN

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NOTICES HISTORIQUES
SUR
PIERRE GODOLIN

Pierre de Godolin naquit à Toulouse l’an 1579, dans la maison de la rue Pargaminières, contiguë au coin de celle de Notre-Dame-du-Sac ; élevé au collège des Jésuites, il y étudia les belles-lettres, et se fit remarquer par la vivacité de son esprit, par l’élégance des compositions, et la facilité avec laquelle il était parvenu à placer dans sa mémoire la majeure partie des œuvres de Virgile ; i étudia, hélas ! bien à contre cœur, mais enfin, il étudia jusqu’au bout la jurisprudence, prit la licence, et se fit recevoir avocat au parlement. Arrivé là, les épines que Thémis présente à ses favoris, ne purent convenir à une âme passionnée qui aimait à se perdre dans les rêves de son imagination ; il crut avoir assez montré de courage. Les muses vinrent le prendre, et le bon Godolin s’abandonna à leur aimable séduction. Contemporain du Tasse, il ne suivit pas seulement, comme ce célèbre poète, le penchant de son génie, mais comme lui, il chercha une route nouvelle. La langue d’oc était tombée avec le pouvoir des comtes de Toulouse ; le patois de nos provinces, n’étant plus soutenu ni par la majorité de la nation, ni par l’imprimerie, était devenu le partage du peuple, et cette langue si douce, si harmonieuse, véritable fille de celle que les troubadours avaient parlée, semblait être délaissée pour employer la langue générale du pays. Mais Godolin, qui connaissait les trésors de la linguistique qu’elle renfermait, avant de la laisser se perdre, voulut en sauver les débris ; il la préféra donc à la langue française, qui, froide, sèche et sans charmes, sortait à peine de la grossièreté de son premier âge ; car, suspendue encore aux mamelles de l’antiquité, elle n’était guère alors que du grec ou du latin, traduit en français ; il refusa de jeter ses gracieuses créations dans le moule grec ou romain. Il fallait à son génie un nouvel horizon. Sous la plume de notre compatriote, cette langue parut étincelante de nouvelles beautés ; elle se prêta à tous les tons et devint tour à tour grave, moelleuse, fière ou mélancolique ; son génie lui fit surmonter les difficultés qu’entraîne un dialecte peu usité, et les cordes de sa lyre furent assez dociles pour chanter, avec un talent varié, le ciel, les grands, les bergères et ses amis. Toujours élégant, il a employé avec adresse les fictions et les métaphores les pus ingénieuses. Imitateur heureux de Pindare, d’Horace et d’Anacréon, ses odes sont élevées d’un style noble et soutenu ; ses idylles respirent  la molle délicatesse, la grâce et l’abandon ; ses chansons sont enjouées, élégantes et faciles, et a mélopée, sou ses doigts, se transforme, se module et se ploie à toutes les inspirations, à toutes ses fantaisies. Enfin, tantôt enjoué, tantôt badin, mais toujours énergique, il surprend par la noblesse de ses expressions, dans une langue condamnée à ramper parmi le vulgaire.




Œuvres Complètes de Pierre Godolin
Notes historiques et littéraires par J.-M. Cayla et Paul Cléobule
Editeur Delboy à Toulouse en 1843

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PEIRE GODOLIN

FERNANDO PESSOA : LETTRE A LA REVUE CONTEMPORÂNEA (1922) Carta dirigida à revista Contemporânea

 O Carta dirigida à revista Contemporânea
Lettre à la Revue Contemporânea
Octobre 1922
17 Outubro 1922

Poème de Fernando Pessoa





Traduction – Texte Bilingue
tradução – texto bilíngüe

Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE PORTUGAISE
POESIE PORTUGAISE

Literatura Português

FERNANDO PESSOA
1888-1935
Fernando Pesso Literatura Português Poesia e Prosa Poésie et Prose Artgitato

 





Prosa de Fernando Pessoa




Carta dirigida à revista Contemporânea
LETTRE A LA REVUE CONTEMPORÂNEA
17 Outubro 1922
17 octobre 1922

*****

Contemporânea -nº1 – Maio de 1922 – Sumário
Le sommaire du premier n° de Contemporânea de mai 1922
Capa do nº1 da Revista Orpheu, 1915
Couverture du premier n° de la Revue Orpheu de 1915




Álvaro de Campos***

Meu querido José Pacheco:
Mon cher José Pacheko*,

Venho escrever-lhe para o felicitar pela sua «Contemporânea» para lhe dizer que não tenho escrito nada e para por alguns embargos ao artigo do Fernando Pessoa.
Je vous écris ici pour vous féliciter de votre « Contemporânea », pour vous dire que je ne l’ai pas écrit et pour revenir sur l’article de Fernando Pessoa.

Quereria mandar-lhe também colaboração.
Je voulais aussi vous envoyer une collaboration.
Mas, como lhe disse, não escrevo.
Mais, comme je vous l’ai dit, je n’écris pas.
Fui em tempos poeta decadente;
J’étais à l’époque poète décadent ;
hoje creio que estou decadente, e já o não sou.
aujourd’hui, je crois que je suis en décadence, et donc que je ne suis pas décadent.


Isto de mim, que é quem mais próximo está de mim, apesar de tudo.
Voilà pour ce qui est de moi, ce qui cependant reste donc le plus proche de moi.
De si e de sua revista, tenho saudades do nosso «Orpheu» !
Quant à votre magazine, je regrette notre « Orpheu »! 

V. continua sub-repticiamente, e ainda bem .
Vous le continuez subrepticement, et c’est bien ainsi.
Estamos, afinal, todos no mesmo lugar.
Nous sommes, après tout, tous au même endroit.
Parece que variamos só com a oscilação de quem se equilibra.
C’est comme si nous ne changions uniquement que par oscillation autour d’un point d’équilibre.
Repito-lhe que o felicito.
Je vous répète que je tiens à vous féliciter.
Julgava difícil fazer tanto bem aos olhos em Portugal com uma coisa impressa.
Je pensais qu’il était difficile de faire beaucoup de bien aux yeux au Portugal avec une chose imprimée.
Julgo bom que julgasse mal.
Je pense avoir eu un mauvais jugement.
Auguro à «Contemporânea» o futuro que lhe desejo.
Je souhaite au « Contemporânea » l’avenir que vous désirez.

 Fernando Pessoa et Costa Brochado
Café Martinho da Arcada
6 juin 1914

*

Agora o artigo do Fernando.
Maintenant, abordons l’article de Fernando.
Com o intervalo entre a primeira palavra desta carta e a primeira palavra deste parágrafo, já quase me não lembra o que é que lhe queria dizer do artigo.
Dans l’intervalle entre le premier mot de cette lettre et le premier mot de ce paragraphe, je ne me souviens presque plus de ce que je voulez vous dire sur l’article.
Talvez pensasse em dizer exactamente o que vou escrever a seguir.
Peut-être que je pensais dire exactement ce que je vais écrire, ce qui va suivre.
Enfim, prometi, e digo o que sinto agora, e segundo os nervos deste momento.
Quoi qu’il en soit, je l’ai promis, je vous dis ce que je ressens maintenant, et selon mes nerfs en ce moment précis.

Continua o Fernando Pessoa com aquela mania, que tantas vezes lhe censurei, de julgar que as coisas se provam.
Fernando Pessoa continue avec cette manie, qui j’ai si souvent condamné, de penser que les choses peuvent toujours se prouver.
Nada se prova senão para ter a hipocrisia de não afirmar.
Rien ne se prouve, seulement car il y a une hypocrisie de ne pas affirmer une chose.
O raciocínio é uma timidez — duas timidezes talvez, sendo a segunda a de ter vergonha de estar calado.
Le raisonnement est une timidité – deux timidités peut-être, la seconde consiste à avoir honte de se taire.







Ideal estético, meu querido José Pacheco, ideal estético!
L’idéal esthétique, mon cher José Pacheko, l’idéal esthétique !
Onde foi essa frase buscar sentido?
D’où vient cette phrase en quête de sens ?
E o que encontrou lá quando o descobriu?
Et en la découvrant, qu’a-t-elle trouvé ?
Não há ideias nem estéticas senão nas ilusões que nós fazemos deles.
Il n’y a pas d’idées ou d’esthétiques, il y a seulement les illusions que nous en faisons.
O ideal é um mito da acção, um estimulante como o ópio ou a cocaína:
L’idéal est un mythe de l’action, un stimulant, comme l’opium ou la cocaïne :
serve para sermos outros, mas paga-se caro — com o nem sermos quem poderíamos ter sido.
il nous sert à devenir autres, mais à quel coût ? – il ne nous sert nullement à ce que nous aurions pu être.

Estética, José Pacheco?
L’esthétique, José Pacheko?
Não há beleza, como não há moral, como não há fórmulas senão para definir compostos.
Il n’y a pas de beauté, comme il n’y a pas de morale, comme il n’y a pas de formules, sinon pour définir des composés.
Na tragédia físico-química a que se chama a Vida, essas coisas são como chamas — simples sinais de combustão.
Dans la tragédie de la physico-chimique que l’on appelle la Vie, ces choses sont comme des flammes – de simples signaux de combustion.

A beleza começou por ser uma explicação que a sexualidade deu a si-própria de preferências provavelmente de origem magnética.
La beauté a commencé comme une explication que la sexualité s’est appropriée de préférences d’une origine probablement magnétique.
Tudo é um jogo de forças, e na obra da arte não temos que procurar «beleza» ou coisa que possa andar no gozo desse nome.
Tout est un jeu de forces, et dans l’œuvre d’art que nous ne devons pas chercher la « beauté » ou autre chose qui lui déroberait ce nom.
Em toda a obra humana, ou não humana, procuramos só duas coisas, força e equilíbrio de força — energia e harmonia, se V. quiser.
En toute œuvre humaine, ou non, nous recherchons seulement deux choses : la force et l’équilibre des forces – l’énergie et l’harmonie, si vous voulez.

Perante qualquer obra de qualquer arte — desde a de guardar porcos à de construir sinfonias — pergunto só: 
Devant toute œuvre de tout art – pour élever des porcs ou pour façonner des symphonies – une seule question qui vaille :
quanta força?
quelle force ?
quanta mais força?
combien de force supplémentaire ?
quanta violência de tendência?
combien de violence de tendance ?
quanta violência reflexa de tendência, violência de tendência sobre si própria, força da força em não se desviar da sua direcção, que é um elemento da sua força?
combien de violence réflexe de tendance, de violence de tendance sur elle-même, de force de la force pour ne pas dévier de sa direction, qui est un élément de sa force ?

O resto é o mito das Danaides, ou outro qualquer mito — porque todo o mito é o das Danaides, e todo o pensamento (diga-o ao Fernando) enche eternamente um tonel eternamente vazio.
Le reste, c’est le mythe des Danaïdes, ou tout autre mythe – parce que tout mythe est celui des Danaïdes, et toute pensée (il faut le dire à Fernando) remplit un tonneau éternellement vide.




Li o livro do Botto e gosto dele.
J’ai lu le livre de Botto**** et je l’ai trouvé à mon goût.
Gosto dele porque a arte do Botto é o contrário da minha.
Car l’art de Botto est diamétralement opposé au mien.
Se eu gostasse só da minha arte, nem da minha arte gostava, porque vario.
Si je n’aimais seulement que mon art, je ne l’aimerais finalement pas car je ne cesse de changer.

*

António Botto
La photo de son passeport en 1940

*

E, à parte gostar, porque gosto?
Je l’aime, mais pourquoi donc ?
É sempre mau perguntar, porque pode haver resposta.
C’est toujours mal de questionner, car il peut y avoir une réponse.
Mas pergunto — porque gosto?
Mais je me questionne : pourquoi cet attrait ?
Há força, há equilíbrio de força, nas «Canções»?
Est-ce parce qu’il y a de la force ? Y a-t-il un équilibre de force dans ses « Canções» ?

Louvo nas «Canções» a força que lhes encontro.
Je suis heureux de trouver dans les « Canções» cette force.
Essa força não vejo que tenha que ver com ideais nem com estéticas.
Je ne vois pas en quoi cette force tienne des idéaux, ni des esthétiques.
Tem que ver com imoralidade.
Elle a à voir avec l’immoralité.
É a imoralidade absoluta, despida de dúvidas.
Elle est absolument immorale, dépourvue de doutes.
Assim há direcção absoluta — força portanto;
Par conséquent, elle a une direction absolue – donc une force ;
e há harmonia em não admitir condições a essa imoralidade.
et il y a harmonie si on n’admet pas de conditions à cette immoralité.
O Botto tende com uma energia tenaz para todo o imoral;
Botto tend avec une énergie tenace vers tout ce qui est immoral ;
e tem a harmonia de não tender para mais coisa alguma.
et il obtient l’harmonie car il ne tend vers rien d’autre.
Acho inútil meter os gregos no caso;
Je pense qu’il n’est pas utile de se référer aux Grecs ;
grego se veria o Fernando com eles se eles lhe aparecessem a pedir-lhe contas do sarilho de estéticas em que os meteu.
Fernando se verrait bien dans la gêne si les Grecs apparaissaient et s’ils le questionnaient sur ces imbroglios esthétiques.
Os gregos eram lá estetas!
Les Grecs étaient des esthètes !
Os gregos existiram.
Les Grecs vivaient, eux.




A arte do Botto é integralmente imoral.
L’art de Botto est tout à fait immoral.
Não há célula nela que esteja decente.
Aucune cellule en lui n’est décente.
E isso é uma força porque é uma não hipocrisia, uma não complicação.
Et c’est une force car c’est une non-hypocrisie, une non-complication.
Wilde tergiversava constantemente.
Wilde tergiversait constamment.
Baudelaire formulou uma tese moral da imoralidade;
Baudelaire a formulé une thèse morale de l’immoralité ;
disse que o mau era bom por ser mau, e assim lhe chamou bom.
Il a dit que le mauvais était bon car mauvais, et il a nommé cela le bien.
O Botto é mais forte:
Botto est plus fort :
dá à sua imoralidade razões puramente imorais, porque não lhe dá nenhumas.
il donne à son immoralité des raisons purement immorales, parce qu’il n’en donne aucune.

O Botto tem isto de forte e de firme:
Botto a cette force et cette fermeté :
 é que não dá desculpas.
il ne fait pas d’excuses.
E eu acho, e deverei talvez sempre achar, que não dar desculpas é melhor que ter razão.
Et je pense, et peut-être le penserai-je toujours, que de ne pas faire d’excuses est préférable à avoir raison.

Não lhe digo mais.
Je ne vous en dis pas plus.
Se continuasse, contradizer-me-ia.
A continuer, j’en viendrais à me contredire.
Seria abominável, porque talvez fosse uma maneira (a inversa) de ser lógico.
Ce serait abominable, ce pourrait être un moyen (inverse) d’être logique.
Quem sabe?
Qui sait ?

Relembro saudosamente — aqui do Norte improfícuo — os nossos tempos do «Orpheu», a antiga camaradagem, tudo em Lisboa de que eu gostava, e tudo em Lisboa de que eu não gostava — tudo com a mesma saudade.
Je regarde en arrière avec nostalgie – ici de ce Nord inutile – notre époque de l’« Orpheu », l’ancien esprit de camaraderie, tout ce qu’à Lisbonne j’aimais, et tout ce qu’à Lisbonne je n’ai pas aimé – tout ça avec toujours la même nostalgie.

Saudo-o em Distância Constelada.
Je vous salue d’un Lointain Constellé.
Esta carta leva-lhe a minha afeição pela sua revista;
Cette lettre vous apporte mon affection pour votre revue ;
não lhe leva a minha amizade por si porque V. já há muito tempo aí a tem.
je ne vous donne pas mon amitié, car vous l’avez depuis longtemps.

Diga ao Fernando Pessoa que não tenha razão.
Dites à Fernando Pessoa qu’il n’a pas raison.

Um abraço do camarada amigo
Amicalement, de votre camarade

ÁLVARO DE CAMPOS

Newcastle-on-Tyne, 17 Outubro 1922.
Le 17 octobre 1922 – Newcaste-on-Tyne

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LETTRE A LA REVUE CONTEMPORÂNEA
(1922)
Carta dirigida à revista Contemporânea 

NOTES
* José Pacheko ou José Pacheco, directeur de publication, architecte, graphiste, peintre (1885 — 1934)

** Contemporânea est une revue portugaise publiée entre 1922 et 1926 (Lisbonne – Lisboa). Directeur : José Pacheko.

*** Álvaro de Campos, (heteronímia)  hétéronyme de Fernando Pessoa, né à Tavira ou à Lisbonne, né le 13 ou le 15 de octobre 1890  et mort en 1935

****António Thomaz Botto (António Botto)  poète moderniste. Il est né à Concavada au Portugal le 17 août 1897 et mort le 16 mars 1959 à Rio de Janeiro au Brésil. Canções sont des poèmes composés par Botto et parus en 1920.

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CATULLE XXV CATULLUS : Ad Thallum À THALLUS

*

CATULLE CATULLUS XXV

litterarumLittérature Latine
Catulle

Poeticam Latinam

Traduction Jacky Lavauzelle

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CATULLE – CATULLUS
84 av J.-C. – 54 av J.-C.

POESIE XXV

 Ad Thallum 

À THALLUS

***

Cinaede Thalle, mollior cuniculi capillo
Sybarite Tellus, plus mou que la poil du lapin
vel anseris medullula vel imula oricilla
Plus flottant que le duvet de l’oie, que le lobe de l’oreille
vel pene languido senis situque araneoso,
Que le membre d’un vieil homme, qu’une toile d’araignée terne et poussiéreuse ;






idemque, Thalle, turbida rapacior procella,
De même rapace tu es, Thallus, comme le furieux ouragan
cum diva mulier aries ostendit oscitantes,
Qui emporte les navires sur le brisant rivage,
pallium mihi meum, quod involasti,
Retourne-moi mon manteau, que tu me dérobas,
remitte sudariumque Saetabum catagraphosque Thynos,
Mes mouchoirs provenant de Sétabis et mes tissus Thyniens ;
quae palam soles habere tamquam avita.
Que tu montres de façon inappropriée comme s’ils provenaient de ta famille.


quae nunc tuis ab unguibus reglutina et remitte,
Rends-les moi et enlève tes griffes,
 ne laneum latusculum manusque mollicellas
Sinon tant tes fins flancs que tes mains délicates
inepte,inusta turpiter tibi flagella conscribillent,
Subiront les stigmates que t’infligera le fouet,

et insolenter aestues, velut minuta magno
Ainsi pour tes arrogances, de ma main tu subiras les assauts
deprensa navis in mari, vesaniente vento.
Tel le fragile esquif dans la mer tumultueuse.


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Ad Thallum
A THALLUS

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO












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Catulle – Catullus
POESIE XXV

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LA CANAILLE & LES DELICATS
par Ferdinand Brunetière
1882

On a voulu faire de Catulle, sans arguments bien solides, un poète aristocratique, un poète du grand monde, comme de sa Lesbie, sur des inductions plutôt que sur des preuves, ce que Brantôme appelait « une grande et honnête dame. » Je persiste à ne pas croire, pour ma part, que Lesbie fût la célèbre Clodia, mais je crois que bon nombre des fréquentations de Catulle furent parmi la bohème littéraire de Rome. Au surplus, la conciliation n’est pas si difficile. Ce que nous savons, en effet, c’est que, lorsque l’adolescent de Vérone arriva de sa province dans la capitale, il y subsistait, sous le raffinement de quelques habitudes, sous l’étalage du luxe et sous l’apparence de la civilisation, un grand fonds d’antique brutalité romaine. Si nous en pouvions douter, nous rapprendrions au moins de certaines épigrammes de Catulle lui-même, plus grossières que mordantes, et dont l’outrageuse crudité passe tout. C’est bien fait à M. Rostand de nous les avoir traduites. On ne peut pas juger d’un poète en commençant par faire exception de toute une partie de son œuvre, qui peut-être est celle que les contemporains en ont presque le plus goûtée. Là où Catulle est bon, il va jusqu’à l’exquis, et c’est bien de lui que l’on peut dire aussi justement que de personne qu’il est alors le mets des délicats ; mais là où il est grossier, il l’est sans mesure, et c’est bien encore de lui que l’on peut dire qu’il est le charme de la canaille. Or, à Rome, en ce temps-là, dans le sens littéraire de l’un et l’autre mot, la canaille et les délicats, c’était presque tout un. On ne distinguait pas encore, selon le mot d’Horace, la plaisanterie spirituelle de l’insolente rusticité. La curiosité de l’intelligence, vivement éveillée, capable de goûter les finesses de l’alexandrinisme, était en avance, pour ainsi dire, sur la rudesse des mœurs et la vulgarité des habitudes mondaines. Quand on grattait ces soupeurs qui savaient apprécier les jolies bagatelles du poète, on retrouvait le paysan du Latium, qui s’égayait, au moment du vin, à faire le mouchoir. La raillerie, comme à la campagne, s’attaquait surtout aux défauts ou disgrâces physiques. Je sais bien que, jusque dans Horace, la grossièreté du vieux temps continuera de s’étaler, mais ce ne sera plus de la même manière naïvement impudente. Au temps de Catulle, la délicatesse n’avait pas encore passé de l’esprit dans les manières. Quand il s’élevait seulement un nuage sur les amours du poète et de sa Lesbie, le docte traducteur de Callimaque s’échappait en injures de corps de garde. Cette société très corrompue ne s’était pas encore assimilé la civilisation grecque. Elle s’essayait à la politesse, elle n’y touchait pas encore. Et sous son élégance toute superficielle, elle manquait étrangement de goût. — Il me paraît que, si l’on examinée quel moment de notre histoire la plupart de ces traits conviennent, on trouvera que c’est au XVIe siècle, dans le temps précis que le contact des mœurs italiennes opérait sur la cour des Valois le même effet qu’à Rome, sur les contemporains de César, le contact des mœurs de la Grèce.

Ferdinand Brunetière
Revue littéraire
À propos d’une traduction de Catulle
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 54 –  1882

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SONNET SHAKESPEARE 35 No more be griev’d at that which thou hast done

LES SONNETS DE SHAKESPEARE THE SONNETS
THE SONNETS – LES SONNETS

Illustration du Phénix par Friedrich Justin Bertuch
*


WILLIAM SHAKESPEARE
[1564 – 1616]

Traduction JACKY LAVAUZELLE

**

SONNET 35

The Sonnets SHAKESPEARE
Les Sonnets de SHAKESPEARE
No more be griev’d at that which thou hast done

 

Ne sois plus affligée de ce que tu as fait

1598 

**

*

No more be griev’d at that which thou hast done:
Ne sois plus affligée de ce que tu as fait ;
Roses have thorns, and silver fountains mud:
Les roses ont des épines et des fontaines argentées de la boue :
Clouds and eclipses stain both moon and sun,
Les nuages et les éclipses drapent la lune et le soleil,
And loathsome canker lives in sweetest bud.
Et le chancre répugnant vit dans le bourgeon le plus doux.

*








*

All men make faults, and even I in this,
Tous les hommes font des fautes, et même moi,
Authorizing thy trespass with compare,
Autorisant tes torts par la comparaison,
Myself corrupting, salving thy amiss,
Moi-même me corrompant, salissant tes actions,
Excusing thy sins more than thy sins are;
Excusant tes péchés au-delà de leurs poids ;

*

For to thy sensual fault I bring in sense,—
Car, pour ta faute sensuelle, je donne de la valeur,
Thy adverse party is thy advocate,—
Ton adversaire devient ton défenseur, –
And ‘gainst myself a lawful plea commence:
Et je lance contre moi un légitime éloge :






*

Such civil war is in my love and hate,
Entre mon amour et ma haine, la guérilla se loge,
That I an accessary needs must be,
Tant et si bien que complice je deviens
To that sweet thief which sourly robs from me.
De ce doux brigand qui me dérobe tristement.

*

 

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SHAKESPEARE SONNET 35

LES SONNETS DE SHAKESPEARE THE SONNETS

Kubla Khan de SAMUEL TAYLOR COLERIDGE

***

LITTERATURE ANGLAISE -English Literature – English poetry

SAMUEL TAYLOR COLERIDGE
Devon 21 octobre 1772 – Londres 25 juillet 1834

Traduction – Translation

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

French and English text
texte bilingue français-anglais

 







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SAMUEL TAYLOR COLERIDGE

 

KUBLA KHAN

 




IN Xanadu did Kubla Khan
À  Xanadu, Kubla Khan
A stately pleasure-dome decree:
Fit bâtir un majestueux dôme de plaisir :
Where Alph, the sacred river, ran
Où Alphée, la rivière sacrée, coulait
Through caverns measureless to man
A travers des cavernes sans mesure pour l’homme
Down to a sunless sea.
Pour se livrer à une mer sans soleil.
So twice five miles of fertile ground
Deux fois cinq miles de terrain fertile
With walls and towers were girdled round
Par des murs et par des tours furent entourés.

 




*

And there were gardens bright with sinuous rills
Ce fut des jardins lumineux où étincelaient de sinueux ruisseaux
 Where blossomed many an incense-bearing tree;
Où s’épanouissaient tant d’arbres porteurs d’encens ;
And here were forests ancient as the hills,
Des antiques forêts sur d’antiques collines,
Enfolding sunny spots of greenery.
Caressaient les verdures ensoleillées.




*

But oh! that deep romantic chasm which slanted
Mais oh ! Ce profond gouffre romantique profond dérivait
Down the green hill athwart a cedarn cover!
Au fond de la verte colline, à travers la canopée de cèdres !
A savage place! as holy and enchanted
Lieu sauvage ! Sacré et enchanté
As e’er beneath a waning moon was haunted
Que nulle lune décroissante ne fut jamais autant hantée
 By woman wailing for her demon-lover!
Par une femme pleurant son démoniaque amant !
And from this chasm, with ceaseless turmoil seething,
Et de ce gouffre, aux incessants tumultes,




As if this earth in fast thick pants were breathing,
Comme si cette terre respirait en souffles saccadés,
A mighty fountain momently was forced;
Une puissante fontaine par moment s’évadait ;
Amid whose swift half-intermitted burst
Au cœur de ces éclats à demi étouffés
Huge fragments vaulted like rebounding hail,
De monstrueux fragments éructaient comme la grêle




Or chaffy grain beneath the thresher’s flail:
Comme le grain sous le fléau de la batteuse :
And ‘mid these dancing rocks at once and ever
Et à mi-hauteur de ces roches dansantes
 It flung up momently the sacred river.
Se découvrait la rivière sacrée.
   Five miles meandering with a mazy motion
Sur cinq miles serpentait nonchalamment
Through wood and dale the sacred river ran,
Au cœur des forêts et du vallon, glissait la rivière sacrée,
Then reached the caverns measureless to man,
Pour se cacher dans les cavernes sans mesure pour l’homme,
And sank in tumult to a lifeless ocean:
Et se livrer ensuite à un océan sans vie :
And ‘mid this tumult Kubla heard from far
Et au milieu de ce tumulte, Kubla entendit de loin
Ancestral voices prophesying war!
Des voix ancestrales prophétisant la guerre !



*
The shadow of the dome of pleasure
L’ombre du dôme de plaisir
 Floated midway on the waves;
Flottait à mi-chemin sur les vagues ;
Where was heard the mingled measure
Où s’entendaient les mesures emmêlées
 From the fountain and the caves.
De la fontaine et des grottes.




  It was a miracle of rare device,
C’était une vision miraculeuse et rare,
A sunny pleasure-dome with caves of ice!
Un dôme de plaisir ensoleillé avec des grottes de glace !
A damsel with a dulcimer
Une jeune fille avec une cithare
In a vision once I saw:
Dans ma vision prit sa place :

*




It was an Abyssinian maid,
Une servante abyssinienne,
.And on her dulcimer she played,
Par sa cithare, la  musicienne,
Singing of Mount Abora.
Jouait un air du Mont Abora.
Could I revive within me
Pourrais-je retrouver en moi




Her symphony and song,
Sa symphonie et sa chanson,
To such a deep delight ‘twould win me
Car me gagna un tel plaisir fécond
That with music loud and long,
Par cet air puissant et profond,
  I would build that dome in air,
Que je construirais ce dôme dans l’air,
That sunny dome! those caves of ice!
Ce dôme ensoleillé ! Ces grottes de glace !
And all who heard should see them there,
Et tous ceux qui l’entendent devraient les voir là-bas,
And all should cry, Beware! Beware!




Et tous devrait pleurer, Attention ! Attention!
 His flashing eyes, his floating hair!
A ses yeux étincelants, à ses cheveux aériens !
Weave a circle round him thrice,
Tisse  un cercle tout autour de lui,
 And close your eyes with holy dread,
Et ferme les yeux pleins d’une sainte terreur,
For he on honey-dew hath fed,
Car il se nourrit de miel,
 And drunk the milk of Paradise.
Et boit le lait du Paradis.



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KUBLA KHAN
de
SAMUEL TAYLOR COLERIDGE

L’ÎLE DES CHASSEURS D’OISEAUX de PETER MAY (TRILOGIE ECOSSAISE) – Critique

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L’ÎLE DES CHASSEURS D’OISEAUX
Editions du Rouergue -2009
Traduction de Jean-René Dastugue 
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PETER MAY

CRITIQUE

UNE HISTOIRE DANS LE TROU DU CUL DU MONDE

L’inspecteur Fin Macleod est touché, pas encore coulé.
Il vient de perdre son fils de huit ans dans un accident avec un chauffard toujours en fuite.
Prostré, en pleine confusion, c’est un être seul que son chef envoie sur les lieux de son enfance, dans le pays de son enfance : Île de Lewis.
Une île que le temps ne voit pas, une île qui semble être abandonnée par l’Histoire. Sans récit. Sans narration. Empesée dans la glace et dans les vents. Imbriquée dans la nuit et dans le froid. Une histoire dans ce trou noir du monde, dans ce trou du cul du monde.




Peter May (né en 1951 à Glasgow) dans ce premier volet de sa Trilogie Ecossaise (viendront L’Homme de Lewis, Le Rouergue, 2011  –  The Lewis Man, 2012), Le Braconnier du lac perdu, Le Rouergue, 2012  – The Chessmen, 2013) joue les allers-retours incessants avec le même et le différent, les êtres différents de son enfance dans un pays qui semble ne pas avoir changer. … le suspense est davantage dans la découverte du passé de Macleod que dans la résolution de l’enquête. Une remontée dans le temps dans cette île hors du temps.
Peter May nous plonge dans ce nord de la Grande-Bretagne. En Ecosse. Au nord de l’Ecosse. Dans l’archipel des Hébrides.




L’espace se glace.
Le temps aussi qui ne s’y retrouve plus.
Le vent, de vieux pneus, nuages bas, « quelque part derrière le brouillard »,de sombres édifices, les odeurs, la brise, de lents et de longs enfermements.
Le gris avant tout, «  tout le long de Church Street, jusqu’au port, des petits paniers de fleurs suspendus se balançaient dans le vent, sans doute pour essayer de mettre un peu de couleur dans les vies passablement tristes. »
Et autour de ce gris, le gris de la prison de l’île : « j’aurais une chance d’aller à l’université, une chance de m’échapper. » Et tout est emprisonné.
Le coupable est déjà un peu jugé. « il commanda une pinte et s’appuya au bar en attendant que la serveuse la tire.




Il avait l’impression d’être enfermé dans une bulle invisible
. » Et au-delà du gris, le noir de la tourbe et le sombre des cœurs « la lumière avait été chassée du ciel de la fin d’après-midi par des nuages menaçants qui s’étaient rassemblés plus tôt au-dessus de l’océan ». Nous sommes dans les veines des Blackhouses.
La terre est lourde, l’air est lourd.
«J’avais l’impression d’avoir passé mes dernières années dans l’obscurité, écrasé par un poids énorme. »
L’aspect polar reste donc éminemment secondaire.
Accessoire.
C’est une histoire d’’ambiance étouffée où les respirations et les éclaircies se font dans les intermittences du gaélique, les feux de tourbe.
Avant de retrouver et de retomber dans les contraintes religieuses strictes, les perspectives d’avenir bouchées pour les jeunes, le chômage, l’alcool, la rudesse des hommes, certaines pratiques ancestrales barbares perpétuées au nom de ‘rite initiatique’ pour les garçons de dix-huit ans, la résignation des femmes, leur complicité muette, y compris chez les plus fortes et déterminées.

Jacky Lavauzelle




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L’ÎLE DES CHASSEURS D’OISEAUX
de
PETER MAY
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CRITIQUE

FERNANDO PESSOA L’HOMME DE PORLOCK O Homem de Porlock (1934)

 

 O Homem de Porlock
L’Homme de Porlock

Poème de Fernando Pessoa





Traduction – Texte Bilingue
tradução – texto bilíngüe

Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE PORTUGAISE
POESIE PORTUGAISE

Literatura Português

FERNANDO PESSOA
1888-1935
Fernando Pesso Literatura Português Poesia e Prosa Poésie et Prose Artgitato

 





Poema de Fernando Pessoa




O Homem de Porlock
L’Homme de Porlock
15 février 1934

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A história marginal da literatura regista, como curiosidade, a maneira como foi composto o escrito o Kubla Kan de Coleridge.
L’histoire marginale de la littérature note comme une curiosité la manière dont fut rédigé le  Kubla Khan de Samuel Taylor Coleridge.

Esse quase-poema é dos poemas mais extraordinários da literatura inglesa – maior, salvo a grega, de todas as literaturas.
Ce quasi-poème est un des poèmes les plus extraordinaires de la littérature anglaise – la meilleure, à l’exception de la littérature grecque, de toutes les littératures.
E o extraordinário da contextura consubstancia-se com o extraordinário da origem.
Autant sa structure que son origine sont extraordinaires.

Foi esse poema composto – narra Coleridge – em sonho. 
Ce poème fut composé – dit Coleridge – en rêve.
Morava ocasionalmente em uma herdade solitária, entre as aldeias de Porlock e Linton.
Coleridge vivait pour quelques temps dans une ferme solitaire, entre les villages de Porlock et de Linton.
Um dia, em virtude de um anódino que tomara, adormeceu;
Un jour, il prit des somnifères pour s’endormir ;
dormiu três horas, durante as quais, diz, compôs o poema surgindo em seu espírito, paralelamente e sem esforço, as imagens e as expressões verbais que a elas correspondiam.
il dormit trois heures, et pendant ce temps-là, dit-il, le poème émergeait dans son esprit, simultanément et sans effort, les images et les expressions arrivaient à lui.

Desperto, dispunha-se a escrever o que compusera; 
Réveillé, il commença à écrire ce qu’il avait composé ;
tinha escrito já trinta linhas, quando lhe foi anunciada a visita de ‘um homem de Porlock’.
il avait déjà écrit trente lignes, que la visite d’ « un homme de Porlock» lui fut annoncé.
Coleridge sentiu-se obrigado a atendê-lo.
Coleridge se sentit obligé de l’accueillir.
Com ele se demorou cerca de uma hora.




Ils restèrent ensemble environ une heure.
Ao retomar porém a transcrição do que compusera em sonho, verificou que se esquecera de quanto lhe faltava escrever; 
Mais en reprenant ensuite la rédaction de ce qu’il avait composé dans son rêve, il constata qu’il avait oublié ce qu’il devait encore écrire ;
não lhe ficara lembrado senão o final do poema – vinte e quatro linhas.
il ne se rappelait de rien, que de la fin du poème – les vingt-quatre dernières lignes.

E assim temos esse Kubla Kahn como fragmento ou fragmentos; 
Nous n’avons donc, de ce Kubla Kahn,  qu’un fragment ou des fragments ;
– o princípio e o fim de qualquer coisa espantosa, de outro mundo, figurada em termos de mistério que a imaginação não pode humanamente representar-se, e da qual ignoramos, com horror, qual poderia ter sido o enredo.
– le début et la fin de quelque chose d’étonnant, d’un autre monde, montrée en terme de mystère que l’imagination ne peut représenter humainement, et dont nous ignorons, avec horreur, ce qu’aurait pu être l’intrigue.

Edgar Poe (discípulo, soubesse-o ou não, de Coleridge), nunca, em verso ou prosa, atingiu o Outro Mundo dessa maneira nativa ou com essa sinistra plenitude.




Edgar Poe (disciple, conscient ou inconscient, de Coleridge), n’a jamais, en vers ou en prose, atteint l’Autre Monde aussi naturellement ou avec une telle sinistre plénitude.
No que há de Poe, com toda a sua frieza, alguma coisa resta de nosso ainda que negativamente ; 
Chez Poe, avec toute sa froideur, quelque chose de nous persiste, même si c’est négativement ;
no Kubla Kahn tudo é outro, tudo é Além;
dans Kubla Kahn tout est différent, tout est Au-delà ;
e o que se não sabe o que é, decorre em um Oriente impossível, mas que o poeta positivamente viu.
et ce que nous ne connaissons pas se passe dans un Orient impossible, mais vu positivement par le poète.




Não se sabe – não o disse Coleridge – quem foi aquele ‘Homem de Porlock’, que tantos, como eu, terão amaldiçoado.
On ne sait pas – Coleridge ne le dit pas- qui était l’ « Homme de Porlock » que beaucoup, comme moi, ont maudit.
Seria por uma coincidência caótica que surgiu esse interruptor incógnito, a estorvar uma comunicação aparente de qualquer oculta presença real, das que parecem conscientemente entravar a revelação dos Mistérios, ainda quando intuitiva e lícita, ou a transcrição dos sonhos, quando neles durma qualquer forma de revelação?
Serait-ce une chaotique coïncidence qui fait surgir cet empêcheur incognito, afin d’entraver une communication apparente de quelque présence réelle occulte, semblant faire obstacle consciemment à la révélation des Mystères, même intuitive et licite, ou à la transcription des rêves, quand le sommeil offre une telle révélation ?

Seja como for, creio que o caso de Coleridge representa – numa forma excessiva, destinada a formar uma alegoria vivida – o que com todos nós se passa, quando neste mundo tentamos, por meio da sensibilidade com que se faz arte, comunicar, falsos pontífices, com o Outro Mundo de nós mesmos.
Quoi qu’il en soit, je crois que le cas de Coleridge représente – d’une manière excessive, destinée à former une allégorie vivante – ce qui se passe pour tout un chacun quand, dans ce monde, nous essayons, à travers la sensibilité qui donne l’art, de communiquer, fallacieux pontifes, avec l’Autre Monde de nous-mêmes.

É que todos nós, ainda que despertos quando compomos, compomos em sonho.
Ainsi, nous tous, même éveillés, lorsque nous écrivons, nous écrivons en rêve.
E a todos nós, ainda que ninguém nos visite, chega-nos, de dentro, ‘o Homem de Porlock’, o interruptor previsto.
Et nous tous, même si personne ne nous rend visite, nous vient de l’intérieur, l’« Homme de Porlock », l’interrupteur imprévu.
Tudo quanto verdadeiramente somos, sofre (quando o vamos exprimir, ainda que só para nós mesmos), a interrupção fatal daquele visitante que também somos, daquela pessoa externa que cada um de nós tem em si, mais real na vida do que nós próprios: 
Tout ce que nous sommes vraiment, souffrons (quand nous l’exprimons, y compris quand c’est uniquement pour nous-mêmes), la coupure fatale de ce visiteur, qui est aussi nous-mêmes, de cette personne externe que chacun de nous a en lui, plus réelle dans la vie que nous-mêmes :
– a soma viva do que aprendemos, do que julgamos que somos, e do que desejamos ser.
– la somme vivante de ce que nous apprenons, de ce que nous pensons, de ce que nous sommes, et de ce que nous voulons être.




Esse visitante – perenemente incógnito porque, sendo nós, ‘não é alguém’; 
Ce visiteur – incognito perpétuellement, étant une partie de nous « ne peut être quelqu’un » ;
esse interruptor – perenemente anônimo porque, sendo vivo, é ‘impessoal’ 
cet interrupteur- anonyme perpétuellement puisqu’étant vivant est « impersonnel »
– todos nós o temos que receber, por fraqueza nossa, entre o começo e o termo do poema, inteiramente composto, que não nos damos licença que fique escrito.
– nous le recevons, par notre faiblesse, entre le début et la fin du poème, entièrement composé, ce qui ne nous enlève la licence de l’écrire.
E o que de todos nós, artistas grandes ou pequenos, verdadeiramente sobrevive
Et ce qui reste, autant pour les petits que pour les grands artistes, vraiment,
– são fragmentos do que não sabemos que seja;
– ce sont des fragments indéterminés ;
mas que seria, se houvesse sido, a mesma expressão da nossa alma. mais qui serait, dans la complétude du poème, l’expression même de notre âme.

Pudéssemos nós ser crianças, para não ter quem nos visitasse, nem visitantes que nos sentíssemos obrigados a atender!
Ah ! si nous étions des enfants qui ne se trouveraient pas visités ainsi ni ne se sentiraient obligés de recevoir de tels visiteurs !
Mas não queremos fazer esperar quem não existe, não queremos melindrar o ‘estranho’ – que é nós.
Mais nous ne souhaitons pas faire attendre celui qui n’existe pas, nous ne souhaitons pas offenser l’ « étranger » – qui est nous en réalité.
E assim, do que poderia ter sido, fica só o que é;
Et donc, de ce qui aurait pu être, il ne reste seulement que ce qui est ;
 – do poema, ou dos opera omnia, só o princípio e o fim de qualquer coisa perdida –
– du poème ou des opera omnia, le début et la fin de toute chose perdue seulement –
disjecta membra que, como disse Carlyle, é o que fica de qualquer poeta, ou de qualquer homem.
disjecta membra qui, comme Carlyle l’a dit, sont ce qui subsiste d’un poète, sont ce qui subsiste d’un homme.

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L’HOMME DE PORLOCK
O Homem de Porlock
(1934)

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LA TRADUCTION ARTGITATO
DU POEME DE COLERIDGE
KUBLA KHAN

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LUIS DE CAMOES OS LUSIADAS III-68 LES LUSIADES

*Luís de Camões Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS III-68 LES LUSIADES III-68
LITTERATURE PORTUGAISE

Luis de Camoes Oeuvres obras Artgitato

literatura português

Luis de Camões
[1525-1580]

Tradução – Traduction
texto bilingue

Luis de Camoes Les Lusiades

 

Obra Poética

(1556)

LES LUSIADES III-68

OS LUSIADAS III-68

A Epopeia Portuguesa

 

CHANT III
Canto Terceiro

Traduction Jacky Lavauzelle

verso 68
Strophe 68

III-68

Image illustrative de l'article Vasco de Gama

Vasco de Gama

Vasco da Gama signature almirante.svg

 

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Luís de Camões Os Lusiadas
OS LUSIADAS III-68
LES LUSIADES III-68

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Précisions historiques

Camoes a évoqué du verset 42 au verset 54 la bataille d’Ourique qui sera gagné par le premier roi de Portugal sous le nom d’Alphonse Ier – Alfonso I – Afonso Henriques (1109 Guimarães /Viseu-1185  Coimbra) –
Alfonso sera couronné roi de Portugal en 1139 après la bataille d’Ourique.
Dans le sonnet, Camoes évoque la séquence suivante à partir de la bataille de Leiria. Cette bataille n’a pas la même portée symbolique d’Ourique qui méritait une dizaine de sonnets, il s’agissait de la Grande Victoire, grão vitória. Nous nous trouvons à 7 kilomètres du Campo de Ourique. Nous sommes ici à la limite entre le nouveau royaume et les possessions des musulmans Almohades. D’où les premiers vers de Camoes sur la conquête récente de la ville par les Mahométans. Paio Guterres da Cunha, un noble portugais, se fera remarquer à plusieurs reprises dans la défense du château de Leiria Nous le retrouverons aussi dans le siège par les maures de Lisbonne.
Les autres villes citées dans le sonnet 55 sont Arronches, petite ville de l’Alentejo, située à proximité de l’actuelle frontière avec l’Espagne et Scabelicastro – nommée Scalabis par les Romains, puis Shantarin par les Maures – s’appelle aujourd’hui Santarém et se trouve au nord de Lisbonne, dans le Ribatejo.
Sonnet 56, Alphonse Ier continue ses conquêtes avec Sintra et Mafra situées à une vingtaine de kilomètres au nord de Lisbonne. Sintra tombe en 1147. Les Monts de Sintra sont nommés les Montagnes de la Lune, serras da Lua ; lien fait entre Sintra et Cynthie. Cynthie est associée à Diane, la déesse de la Lune (Première Encyclopédie – Diderot – 1751 – Tome 4 : CYNTHIUS & CYNTHIA, surnoms d’Apollon & de Diane, ainsi appelés du mont Cynthie situé au milieu de l’île de Délos où ils avoient pris naissance.)

 




Sonnet 57, voici la ville de Lisbonne et des références à sa fondation par Ulysse. Dans la Première Encyclopédie, en 1765 (Tome 11), Louis de Jaucourt souligne à la définition Olysippo : « c’est ainsi que plusieurs auteurs écrivent le nom d’une ville très-ancienne, située à l’embouchure du Tage, & qui est aujourd’hui Lisbonne. Elle est si ancienne, que Solin a cru qu’elle avoit été fondée par Ulysse ; & Strabon même ne juge pas impossible qu’Ulysse ait été en Espagne. Dans le passage de Solin on lit : Ibi oppidum Olysipone Ulyxi conditum. Solin met ici un ablatif pour un nominatif ; car, selon l’usage de son tems, les noms de ville se mettoient à l’ablatif, & étoient regardés comme indéclinables. Ainsi Vopiscus dans la vie d’Aurelien dit, Copto & Plotemaïde urbes cepit. Dans Antonin, les noms sont de même à l’ablatif, tandis que chez les Grecs ils sont au génitif. » »
La Dardanie d’Asie Mineure est dans l’actuelle Anatolie du nord-ouest. Les Dardaniens et les Troyens sont ici confondus.
Les troupes qui viennent des régions boréales sont les troupes croisées des régions nordiques venues à la rescousse d’Alphonse Ier.
Sonnet 58 : 1147- Siège de Lisbonne -O Cerco de Lisboa –  précisions sur les troupes venues en renfort du nord de l’Europe, notamment la Germanie et la Grande-Bretagne actuelle, « la froide Bretagne« .




Sonnet 59 : 1147 – Siège de Lisbonne – précisions sur la durée du siège avec les indications lunaires – Le siège a duré presque cinq mois du 1er juillet au 25 octobre 1147.

 




Sonnet 60 – Lisbonne est libérée – Rappel de la résistance de cette courageuse cité. Nous parlons ici des guerriers Scythes. « On donna anciennement le nom de Scythes à tous les peuples du septentrion, principalement à ceux du septentrion de l’Asie ; car quoique plusieurs auteurs marquent des Scythes en Europe, & que Pline les donne pour des peuples limitrophes du Pont, conjointement avec les Dardaniens, les Triballiens, les Mœsiens & les Thraces ; ces Scythes sont plus souvent appelés Getes ou Sarmates, quand on veut les prendre dans un sens plus étendu. Presque toujours par le nom de Scythes, on entend des peuples Asiatiques. Aussi Pomponius Mela, lib. III. c. iv. après avoir dit que la Sarmatie était limitrophe de la Germanie, dont elle était séparée par la Vistule, ajoute, chap. v. que les confins de l’Asie se prennent à la Sarmatie, si ce n’est dans les pays perpétuellement couverts de neige, & où il faisait un froid insupportable ; pays qui étaient habités par les Scythes. » (Louis de Jaucourt & Diderot -L’Encyclopédie, Première Edition de 1751 Tome 14)
Le Bætis, ou Betis est le Guadalquivir d’aujourd’hui et représente, par extension, la province de l’Andalousie. Le texte suggère un rapprochement entre le nom Andalousie et Vandalie. C’est la thèse d’André de Resende, restaurateur des études classiques du Portugal.




Sonnet 61 – Nous restons dans la même séquence de la conquête d’Alphonse avec l’aide des troupes étrangères du nord de l’Europe. Après Lisbonne, les autres villes de l’Estrémadure, au nord de Lisbonne, moins protégées, ne pouvaient que succomber :
Óbidos (District de Leiria), Alenquer (District de Lisbonne) et Torres Vedras (District de Lisbonne).

  Sonnet 62 – Les troupes avancent sur les terras Transtaganas, les terres Transtaganes, autrement dit au-delà du Tage ; il s’agit de terres fertiles placées sous la protection de la déesse Cérès, la déesse de l’agriculture, des moissons et de la fécondité. Les villes citées ici sont Elvas (district de Portalegre- on peut y admirer un édifice majestueux construit à partir de 1498 à 1622 : l’aqueduc des Amoreiras), Moura et Serpa (district de Beja), plus au sud, Alcácer do Sal (district de Setúbal) plus à l’ouest.
Sonnet 63 : après Viriatus, Quintus Sartorius (122 av J.-C. – 72 av J.-C.) est un véritable héros au Portugal.  Camoes continue la conquête et nous conduit ici dans la plaine d’Évora . Gérald sans peur , « Geraldo Sem Pavor, » mort vers 1173, aussi repris cette ville d’Evora aux maures en 1164 et ensuite Cáceres.
Sonnet 64 : 1162 -Trancoso, dans le district actuel de Guarda, qui est détruite, est vengée par la ville de Beja (30 septembre 1162), dans l’Alentejo. Cet Alentejo sera conquis entièrement en 1168.
Sonnet 65 : la conquête continue avec Sesimbra et Palmela, dans l’actuel district de Setúbal (au sud de Lisbonne) – Il s’agit de bataille contre le Taïfa de Badajoz. Le Taifa sera contrôlé par les Portugais en 1169 et 1170, avant de revenir sous le contrôle des Almohades.  C’est en 1227 que le Taifa sera définitivement perdu par les Almohades lors de la conquête chrétienne.
Sonnet 66 : les forces et le caractère du Taïfa de Badajoz.




Sonnets 67 & 68: Alphonse avec une soixantaine de cavaliers fonce sur le Roi Maure. C’est la débandade. Le Roi s’enfuit suivi par son armée. Badajoz rejoint la longue liste des villes saisit aux Maures.

 

Jacky Lavauzelle
Camoes Les Lusiades

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Le siège de Lisbonne
O Cerco de Lisboa

Alfredo Roque Gameiro
1917

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« Logo segue a vitória sem tardança
« Immédiatement dans la voie de la victoire,
O grão Rei incansábil, ajuntando
  Le grand Roi inassouvi rassembla,
Gentes de todo o Reino, cuja usança
Des quatre coins du Royaume, des hommes qui constamment
  Era andar sempre terras conquistando.
Marchaient pour conquérir ces terres.
Cercar vai Badajoz, e logo alcança
Encerclant Badajoz, il réalisa bientôt
 
 O fim de seu desejo, pelejando
L’un de ses plus profonds désirs, il la combattit,
 Com tanto esforço, e arte, e valentia,
 Et après moult efforts, stratégie, et vaillance,
Que a fez fazer às outras companhia.
L’ajouta aux autres trophées.

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Vasco de Gama par Gregorio Lopes

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Luís Vaz de Camões Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS III-68 CAMOES LUSIADES III-68
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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White_Fawn_Drawing Faon Diane

LUIS DE CAMOES OS LUSIADAS LES LUSIADES

EPREUVES NOCTURNES Pièce de Jacky Lavauzelle – ACTE I – Scène 2

Jacky Lavauzelle Théâtre
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Théâtre de Jacky Lavauzelle

EPREUVES NOCTURNES

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ACTE I

SCENE 2

Le Chœur
Il s’avance au milieu de la scène. Il fait nuit. Nous n’entendons que sa voix.
A force de vivre, les deux hommes se sont tus. La nuit est là. Il n’y a plus qu’elle. A force de peur, de mal vivre. A force de renoncer. La prochaine fois… non, il n’y aura même plus de seconde fois. Tout est terminé…

Voix de Coleridge
Il y a quelqu’un ? J’entends des voix… c’est pas possible…Je deviens taré ! Des acouphènes peut-être… J’ai moins froid, quand même…

Nous entendons des pas qui s’éloigne. C’est le chœur qui s’en va.

Voix de Kubla
Coleridge ? C’est moi ! Je suis là ! J’espère que tu vas mieux ?

Voix de Coleridge
Oui, mais je ne trouve pas la lumière.

Kubla
C’est normal.

Coleridge
Pourquoi ?




Kubla
La Régie d’électricité a fondu les plombs !




Coleridge
Et comment on fait maintenant ?




Coleridge
A l’ancienne, mon vieux. Tu vas au lit avec ta chandelle et tu t’endors.

Kubla
Mais je n’ai pas sommeil !

Coleridge
Tiens prends ça ! non, là, rapproche-toi. Non, je ne te sens pas… J’entends tes pas qui se rapproche…voilà, j’ai ta main ! Tiens, prends !




Kubla
Je l’ai. C’est quoi ?

Coleridge
Un livre de Kant.

Kubla
Emmanuel ?

Coleridge
Eh oui ! qui veux-tu que ce soit ?

Kubla
J’ai jamais rien compris !

Coleridge
C’est le moment – Profite de la nuit pour t’éclairer. Ne vois-tu pas de la lumière dans tes yeux ? Ferme-les fortement.

Kubla
C’est vrai, ça. Je vois des étincelles. C’est beau ! Putain que c’est beau ! Merci ! Je vois Dieu ! Merde alors !

Coleridge
C’est normal ! C’est sur l’existence de Dieu ! Et voici mon corps qui change ! Je vole ! Je me transforme en une grosse bulle. C’est chaud…C’est presque brûlant…Comme ça brûle … Quel feu !

Kubla
Criant
Ouvre les yeux ! Putain, ouvre les yeux !

La scène s’illumine, puis s’éteint.

 

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"podrá no haber poetas; pero siempre habrá poesía" Gustavo Adolfo Bécquer