CATULLE XVII CATULLUS – AD COLONIAM – A COLONIA

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CATULLE CATULLUS XVII

litterarumLittérature Latine
Catulle

Poeticam Latinam

Traduction Jacky Lavauzelle

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CATULLE – CATULLUS
84 av J.-C. – 54 av J.-C.

POESIE XVII

 A Colonia

AD COLONIUM

 

***

O Colonia, quae cupis ponte ludere longo,
O ville de Colonia, tu souhaites un pont majestueux
 et salire paratum habes, sed vereris inepta




Pour d’excessives fééries, car tu as peur que le tien,
crura ponticuli axulis stantis in redivivis,
Aux arches flageolants, aux planches brinquebalantes,
ne supinus eat cavaque in palude recumbat:
Ne s’écroule et ne sombre dans les marécages :
sic tibi bonus ex tua pons libidine fiat,
Qu’un nouveau pont solide se dresse fièrement,
  in quo vel Salisubsali sacra suscipiantur,
Résistant aux vibrations sacrées des Saliens ;




munus hoc mihi maximi da, Colonia, risus.
En attendant, je voudrais une faveur de ta part, Colonia.
  quendam municipem meum de tuo volo ponte
J’aimerais qu’un de mes concitoyens
ire praecipitem in lutum per caputque pedesque,
Tombe de ce pont dans la boue et s’enfonce de la tête aux pieds
verum totius ut lacus putidaeque paludis
A l’endroit le plus putride du marais,




lividissima maximeque est profunda vorago.
Dans le lieu le plus sombre de cette profonde fosse.
insulsissimus est homo, nec sapit pueri instar
Cet homme est un fâcheux crétin
bimuli tremula patris dormientis in ulna.
Qui dort et se fait bercer dans les bras de son père.
cui cum sit viridissimo nupta flore puella
Qui a épousé une demoiselle dans la fleur de l’âge
et puella tenellulo delicatior haedo,
Plus attendrissante qu’un agneau de lait ;
adservanda nigerrimis diligentius uuis,
Nécessitant plus d’attention encore que le divin raisin,
ludere hanc sinit ut lubet, nec pili facit uni,
Lui, la laisse jouer sans se soucier de sa personne,
nec se subleuat ex sua parte, sed velut alnus
Et sans bouger à ses côtés, tel un aulne




in fossa Liguri iacet suppernata securi,
Dans un fossé fracassé par la hache du Ligure,
 tantundem omnia sentiens quam si nulla sit usquam;
Insensible comme si elle n’existait pas ;
talis iste meus stupor nil videt, nihil audit,
Ainsi, mon benêt ne voit rien, n’entend rien,
qui sit, utrum sit an non sit, id quoque nescit.
Il est là, comme s’il ne connaissait pas son sexe.
ipse nunc eum volo de tuo ponte mittere pronum,
C’est cet homme-là qu’il faudrait balancer de ton pont ;




si pote stolidum repente excitare veternum,
Afin de réveiller tout à coup ce lourdaud endormi,
et supinum animum in gravi derelinquere caeno,
Qu’il oubli son aveuglement dans l’épaisse boue
ferream ut soleam tenaci in voragine mula.
Comme la mule y laisserait le fer de son sabot.

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Ad Colonium
A COLONIA

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO












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Catulle – Catullus
XVII

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LA CANAILLE & LES DELICATS
par Ferdinand Brunetière
1882

On a voulu faire de Catulle, sans arguments bien solides, un poète aristocratique, un poète du grand monde, comme de sa Lesbie, sur des inductions plutôt que sur des preuves, ce que Brantôme appelait « une grande et honnête dame. » Je persiste à ne pas croire, pour ma part, que Lesbie fût la célèbre Clodia, mais je crois que bon nombre des fréquentations de Catulle furent parmi la bohème littéraire de Rome. Au surplus, la conciliation n’est pas si difficile. Ce que nous savons, en effet, c’est que, lorsque l’adolescent de Vérone arriva de sa province dans la capitale, il y subsistait, sous le raffinement de quelques habitudes, sous l’étalage du luxe et sous l’apparence de la civilisation, un grand fonds d’antique brutalité romaine. Si nous en pouvions douter, nous rapprendrions au moins de certaines épigrammes de Catulle lui-même, plus grossières que mordantes, et dont l’outrageuse crudité passe tout. C’est bien fait à M. Rostand de nous les avoir traduites. On ne peut pas juger d’un poète en commençant par faire exception de toute une partie de son œuvre, qui peut-être est celle que les contemporains en ont presque le plus goûtée. Là où Catulle est bon, il va jusqu’à l’exquis, et c’est bien de lui que l’on peut dire aussi justement que de personne qu’il est alors le mets des délicats ; mais là où il est grossier, il l’est sans mesure, et c’est bien encore de lui que l’on peut dire qu’il est le charme de la canaille. Or, à Rome, en ce temps-là, dans le sens littéraire de l’un et l’autre mot, la canaille et les délicats, c’était presque tout un. On ne distinguait pas encore, selon le mot d’Horace, la plaisanterie spirituelle de l’insolente rusticité. La curiosité de l’intelligence, vivement éveillée, capable de goûter les finesses de l’alexandrinisme, était en avance, pour ainsi dire, sur la rudesse des mœurs et la vulgarité des habitudes mondaines. Quand on grattait ces soupeurs qui savaient apprécier les jolies bagatelles du poète, on retrouvait le paysan du Latium, qui s’égayait, au moment du vin, à faire le mouchoir. La raillerie, comme à la campagne, s’attaquait surtout aux défauts ou disgrâces physiques. Je sais bien que, jusque dans Horace, la grossièreté du vieux temps continuera de s’étaler, mais ce ne sera plus de la même manière naïvement impudente. Au temps de Catulle, la délicatesse n’avait pas encore passé de l’esprit dans les manières. Quand il s’élevait seulement un nuage sur les amours du poète et de sa Lesbie, le docte traducteur de Callimaque s’échappait en injures de corps de garde. Cette société très corrompue ne s’était pas encore assimilé la civilisation grecque. Elle s’essayait à la politesse, elle n’y touchait pas encore. Et sous son élégance toute superficielle, elle manquait étrangement de goût. — Il me paraît que, si l’on examinée quel moment de notre histoire la plupart de ces traits conviennent, on trouvera que c’est au XVIe siècle, dans le temps précis que le contact des mœurs italiennes opérait sur la cour des Valois le même effet qu’à Rome, sur les contemporains de César, le contact des mœurs de la Grèce.

Ferdinand Brunetière
Revue littéraire
À propos d’une traduction de Catulle
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 54 –  1882

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Kitagawa Utamaro 喜多川 歌麿 LA CAILLE 鶉 (Tsuburi Hikaru) et L’ALOUETTE DES CHAMPS 雲雀 (Zeniya Kinrachi)

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日本のアート
POESIE JAPONAISE & ART DU JAPON
詩歌

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Kitagawa Utamaro
喜多川 歌麿

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

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KITAGAWA UTAMARO
V 1753 – 31 octobre 1806




Kyrielle d’oiseaux

La Caille  鶉
&
L’Alouette des champs  雲雀

POEMES DE
Tsuburi Hikaru
& Zeniya Kinrachi

 

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L’ALOUETTE DES CHAMPS 雲雀

 銭屋金埓
Zeniya Kinrachi
1751-1808
江戸時代中期 Epoque Edo (1603-1868)

大空におもひあがれるひばりさへ
Ōzora ni o mo hiagareru hibari-sa e
Si au firmament l’alouette se glisse
ゆふべは落ちるならひこそあれ
Yu fu be wa ochirunara hi koso are
Elle revient à la nuit sur les plis de la terre




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LA CAILLE

Tsuburi Hikaru
つぶりひかる
Tsuburi-kō
つぶり光
Tsuburi no Hikaru
1754-1796
Fin de la période Edo

 うずらふのまだらまだらとくどけども
Uzura fu no madara madara to kudokedomo
Mélancolique, comme une caille diaprée, majestueux
栗の初穂のおちかぬる君
Kuri no hatsuho no o Chika nuru kimi
Mais vous, altière, ne me jetez qu’un seul air dédaigneux

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Des poèmes de forme et de couleur

« Toutes les qualités de vision et d’exécution qui font les grands peintres classiques, ces maîtres japonais les ont possédées à un degré égal. Ils nous ont laissé du monde une image personnelle, vivante, variée. Ils ont eu pour les guider des principes qui nous sont étrangers ; mais leurs yeux n’étaient pas si différents des nôtres qu’il nous soit impossible de recréer les visions qu’ils nous ont si honnêtement traduites. Ils ont compris comme nous la pureté des lignes, l’harmonie des couleurs, les secrets du mouvement. Le dernier élève de nos collèges s’entend mieux qu’ils ne faisaient à tout ce qui est scientifique dans la peinture, l’anatomie, le clair-obscur, la perspective ; mais c’est à peine si les plus grands de nos peintres les égalent pour saisir la fugitive impression d’un moment, pour varier à l’infini les détails d’une composition, pour mettre au service de leurs yeux une main sûre et leste. Ajoutons que, autant que les plus grands d’entre nous, ces maîtres japonais, les Meïcho, les Motonobou, les Itchô et les Hokousaï, ont animé leurs figures d’expressions vivantes et concilié dans leurs paysages la vérité avec le sentiment. L’amour de la nature était si fort dans leurs âmes qu’il y faisait naître une adorable musique ; leurs peintures sont ce que devaient être, suivant un de leurs philosophes, tous les tableaux japonais : « des poèmes de forme et de couleur. » Certes, ces maîtres sont des exceptions et il ne faut pas moins que tout leur génie pour donner du prix à un art si empêtré dans les traditions.




Mais leur génie est l’épanouissement suprême du génie de la race ; c’est par eux que s’est le plus complètement exprimée l’âme du Japon
. »

Théodore de Wyzewa
La Peinture japonaise
Revue des Deux Mondes
 Troisième période
Tome 100 – 

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UTAMARO
OUTAMARO
dans le journal
des Frères Goncourt
Année 1891

« Mardi 10 mars. — Hayashi m’apporte aujourd’hui une traduction des passages importants des MAISONS VERTES d’Outamaro.

Lundi 20 avril. — Les Japonais même intelligents très intelligents, n’ont pas le sentiment de la construction, de la composition d’un livre historique. Ainsi pour mon travail sur Outamaro, quand j’ai demandé pour la première fois à Hayashi : « Est-ce qu’il existe un portrait d’Outamaro ? — Non, » m’a-t-il répondu tout d’abord. Ce n’est que lorsque je suis revenu à ma demande, qu’une fois il m’a dit : « Mais je crois en avoir vu chez vous, dans un recueil que vous avez. » Et c’est comme cela, que j’arrivais à faire connaître ce fameux portrait de l’artiste, authentiqué par son nom sur sa robe, et par l’inscription du poteau auquel il est adossé et qui porte : Sur une demande, Outamaro a peint lui-même son élégant visage. Dans le livre des MAISONS VERTES, je voyais une planche représentant des femmes du Yoshiwara, en contemplation devant la lune, par une belle nuit d’été, et l’écrivain du livre affirmait que ces femmes avaient un très remarquable sentiment poétique. Cette affirmation m’amenait à demander à Hayashi, si par hasard il n’existerait pas quelque part des poésies imprimées de ces femmes : à quoi il me répondait que si, qu’il y avait un gros recueil très connu, et sur ma demande m’en traduisait quatre ou cinq caractéristiques, — ce qu’il n’aurait jamais songé à faire, si c’était lui qui avait fait le travail que j’ai fait, et ainsi de tout.

Lundi 27 avril – C’est amusant ce travail japonais d’Outamaro, ce transport de votre cervelle, au milieu d’êtres, aux habitudes d’esprit, aux histoires, aux légendes d’une autre planète : du travail ressemblant un peu à un travail fait dans l’hallucination d’un breuvage opiacé.

Mardi 16 juin – Aujourd’hui a paru Outamaro, le peintre des MAISONS VERTES.« 

Edmond de Goncourt et Jules de Goncourt
Journal des Goncourt  : Mémoires de la vie littéraire
Année 1891
Bibliothèque-Charpentier, 1895 (5e mille)
Huitième Tome – 1889-1891

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Miao Fu -POISSONS – Fish and Aquatic 明缪辅“鱼藻图” – 中国古代名画 – XVe siècle

Miao Fu
缪辅
Fish and Aquatic

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Malaysia
Voyage en Malaisie
PHOTO & POEME LE POISSON DE MIAO FU
DE JACKY LAVAUZELLE




 

 




Chineses Paintings
中国画

  MALACCA
MELAKA

 

 Zheng He Duo Yun Xuan Art Gallery
郑和朵云轩
MALACCA – MELAKA 马六甲
MUSEE D’ART 艺术馆  

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CHINESES PAINTINGS
PEINTURES CHINOISES
EXHIBITION OF CHINESE FAMOUS PAINTING
MALACCA – MELAKA
中国画

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DYNASTIE MING
明朝

1368–1644
Miao Fu
缪辅
Les Poissons 鱼

Fish and Aquatic
明缪辅“鱼藻图” – 中国古代名画

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LE POISSON DE MIAO FU

Il descend dans la nuit plus noire que l’esprit
Longe les bleus, longe les gris et les nénuphars inertes
Il descend dans le repos plus long que la mort
Longe l’onde éternelle depuis l’imperceptible rivière

Il descend dans le cœur d’un océan trop large
Plonge dans les algues plus hautes que des peines
Il descend dans un temps où de longues vagues pleines
Plongent comme si chacune n’était qu’une goutte de pluie.

Jacky Lavauzelle

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Les poissons que nous regardons nous paraissent tellement disproportionnés les uns avec les autres, que nous nous demandons comment l’harmonie et l’équilibre peuvent ainsi régner.
Il s’agit peut-être du poisson fabuleux de Tchouang-Tseu (IVe siècle avant Jésus-Christ) qui réunit la mer et le ciel.

Tchouang-Tseu raconte que « s’il faut en croire d’anciennes légendes, dans l’océan septentrional vit un poisson immense, qui peut prendre la forme d’un oiseau. Quand cet oiseau s’enlève, ses ailes s’étendent dans le ciel comme des nuages. Rasant les flots, dans la direction du Sud, il prend son élan sur une longueur de trois mille stades, puis s’élève sur le vent à la hauteur de quatre-vingt-dix-mille stades, dans l’espace de six mois. — Ce qu’on voit là-haut, dans l’azur, sont-ce des troupes de chevaux sauvages qui courent ? Est-ce de la matière pulvérulente qui voltige ? Sont-ce les souffles qui donnent naissance aux êtres ? Et l’azur, est-il le Ciel lui-même ? Ou n’est-ce que la couleur du lointain infini, dans lequel le Ciel, l’être personnel des Annales et des Odes, se cache ? Et, de là-haut, voit-on cette terre ? et sous quel aspect ? Mystères ! — Quoi qu’il en soit, s’élevant du vaste océan, et porté par la grande masse de l’air, seuls supports capables de soutenir son immensité, le grand oiseau plane à une altitude prodigieuse. » (Œuvre de Tchouang-Tseu  莊子- 南 華 眞 經 – Chapitre Premier – Vers l’idéal – Traduction Léon Wieger – 1913)

Car les poissons de Miao Fu ne se voient car travers le poisson gigantesque qui s’offre à nous se tordant vers le bas. Mais l’équilibre vient du poisson plus petit qui se plie vers le haut.

 Et il y a cet œil gigantesque aussi, globuleux, qui nous attire. Le poisson si calme si glissant peut se transformer en une bête féroce. Les nageoires acérées se dressent piquantes. Le poisson devient dragon et ne se laissera pas prendre.

« Lorsque Confucius eut quitté Lao-tseu, il dit à ses disciples : « Je sais que les oiseaux volent dans l’air, que les poissons nagent, que les quadrupèdes courent. Ceux qui courent peuvent être pris avec des filets ; ceux qui nagent avec une ligne ; ceux qui volent avec une flèche. Quant au dragon qui s’élève au ciel, porté par les vents et les nuages, je ne sais comment on peut le saisir. J’ai vu aujourd’hui Lao-tseu : il est comme le dragon ! » » (Sima Qian  司马迁 -Lao-tseu traduit par Jules Besse – Traduction par Stanislas Julien . Ernest Leroux, 

 

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SONNET SHAKESPEARE 30 When to the sessions of sweet silent thought

LES SONNETS DE SHAKESPEARE THE SONNETS
THE SONNETS – LES SONNETS

Illustration du Phénix par Friedrich Justin Bertuch
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WILLIAM SHAKESPEARE
[1564 – 1616]

Traduction JACKY LAVAUZELLE

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SONNET 30

The Sonnets SHAKESPEARE
Les Sonnets de SHAKESPEARE
When to the sessions of sweet silent thought

Dans une douce et silencieuse pensée 

1598 

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When to the sessions of sweet silent thought
Dans une douce et silencieuse pensée
I summon up remembrance of things past,
Je rassemble le souvenir des choses passées,
I sigh the lack of many a thing I sought,
Je soupire de ce que j’ai tant cherché,
And with old woes new wail my dear time’s waste:
Et avec mes malheurs passés, je pleure ce cher temps dilapidé :

*







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Then can I drown an eye, unused to flow,
Puis je noie mes yeux, si étrangers aux larmes,
For precious friends hid in death’s dateless night,
Pour mes amis précieux cachés dans la nuit infinie de la mort,
And weep afresh love’s long since cancell’d woe,
Et je pleure toujours les vieilles douleurs effacées de l’amour,
And moan the expense of many a vanish’d sight:
Et je déplore ces images depuis longtemps disparues :

*

Then can I grieve at grievances foregone,
Puis, je m’afflige des afflictions anciennes,
And heavily from woe to woe tell o’er
Et de malheur en malheur, amèrement, je reprends
The sad account of fore-bemoaned moan,
Le triste récit de mes douloureux gémissements,

*






*

Which I new pay as if not paid before.
Et je paie comme si je n’avais jamais payé auparavant.
But if the while I think on thee, dear friend,
Mais si  je pense à toi, ma tendre amie,
All losses are restor’d and sorrows end.
Toutes les pertes sont retrouvées et les peines terminées.

 

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SHAKESPEARE SONNET 30

LES SONNETS DE SHAKESPEARE THE SONNETS

Le Jour de Qingming au bord de la rivière (XIIe) Zhang Zeduan

Le Jour de Qingming au bord de la rivière

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Malaysia
Voyage en Malaisie
PHOTO JACKY LAVAUZELLE




 

 





中国画

 

  MALACCA
MELAKA

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Chineses Paintings

 Zheng He Duo Yun Xuan Art Gallery
郑和朵云轩
MALACCA – MELAKA 马六甲
MUSEE D’ART 艺术馆  

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CHINESES PAINTINGS
PEINTURES CHINOISES
EXHIBITION OF CHINESE FAMOUS PAINTING
MALACCA – MELAKA
中国画

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DYNASTIE DES SONG
宋朝 [960 -1279]
Peinture du XIIe siècle
Le Jour de Qingming au bord de la rivière

清明上河圖
[Qīng míng shàng hé tú]
Zhang Zeduan
张择端
(1085-1145)





类型 全景 – Type panoramique
Original exposé à Beijing – 中国北京故宫博物院

La journée de Qing Ming 清 明 signifie 清 la clarté et 明 la brillance, la luminosité du soleil – Il est de coutume de visiter et de nettoyer les tombes familiales début avril de chaque année.

« D’abord, savez-vous ce qui se montre ici et pour quoi se tient cette PARADE ? Ce sont des Peintures Chinoises ; de longues et sombres peintures soyeuses, chargées de suie et couleur du temps des premiers âges… Ce sont des Peintures Magiques. Une autre, seule, s’étalera entre les deux mains qui en disposent : c’est le défilé des Cortèges et le Trophée des Tributs des Royaumes…Et résolument, ne comptez sur aucun « effet » prévu ; aucun de ces mirages fuyants dont la « perspective » occidentale joue et décide avec sécurité : si les parallèles se joignent ou non à l’infini… (médiocre infini que deux traits piquent sur un point) : si les personnages dessinés ont une dimension dans l’espace, ou deux ou trois… Ce sont des Peintures parlées. Ne croyez pas à des mots sans justification. Même les plus anciennes et les plus classiques Peintures dans l’Empire calligraphique et littéraire, ne s’accommodent point de l’arrêt, — qui, devant tout, est le maintien de l’ignorance. Mais avant de livrer ses couleurs, chacune d’entre elles a déjà provoqué sa glose : les marges se couvrent, sous un style élégant, de descriptions, de commentaires, d’enthousiasmes lyriques… Il se fait un enveloppé de paroles. Ces Peintures sont donc bien « littéraires », comme j’ai promis dans la dédicace. Imaginaires aussi. »
Victor Segalen – Peintures – Georges Crès et Cie, 1916




























« — Un Maître-Peintre, sous le temps de Song, avait coutume d’aller aux pentes des coteaux, muni d’un flacon de vin, et de passer le jour dans un peu d’ivresse, en regardant et en méditant. Savez-vous ce qu’il observait ? Un spectacle évidemment, puisqu’il était Maître, et Peintre. Les commentateurs ont traduit : « Qu’il cherchait le lien de lumière unissant enfin à jamais joie et vie, vie et joie, » et ils se sont moqués comme d’un ivrogne et d’un fou.
Et pourtant, cette vision enivrée, ce regard pénétrant, cette clairvoyance peut tenir lieu pour quelques-uns, — dont vous êtes ? — de toute la raison du monde, et du dieu.
Je vous convie donc à voir seulement. Je vous prie de tout oublier à l’entour ; de ne rien espérer d’autre ; de ne regretter rien de plus. »
Victor Segalen – Peintures – Georges Crès et Cie, 1916

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LUIS DE CAMOES OS LUSIADAS III-62 LES LUSIADES

*Luís de Camões Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS III-62 LES LUSIADES III-62
LITTERATURE PORTUGAISE

Luis de Camoes Oeuvres obras Artgitato

literatura português

Luis de Camões
[1525-1580]

Tradução – Traduction
texto bilingue

Luis de Camoes Les Lusiades

 

Obra Poética

(1556)

LES LUSIADES III-62

OS LUSIADAS III-62

A Epopeia Portuguesa

 

CHANT III
Canto Terceiro

Traduction Jacky Lavauzelle

verso 62
Strophe 62

III-62

Image illustrative de l'article Vasco de Gama

Vasco de Gama

Vasco da Gama signature almirante.svg

 

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Luís de Camões Os Lusiadas
OS LUSIADAS III-62
LES LUSIADES III-62

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Précisions historiques

Camoes a évoqué du verset 42 au verset 54 la bataille d’Ourique qui sera gagné par le premier roi de Portugal sous le nom d’Alphonse Ier – Alfonso I – Afonso Henriques (1109 Guimarães /Viseu-1185  Coimbra) –
Alfonso sera couronné roi de Portugal en 1139 après la bataille d’Ourique.
Dans le sonnet, Camoes évoque la séquence suivante à partir de la bataille de Leiria. Cette bataille n’a pas la même portée symbolique d’Ourique qui méritait une dizaine de sonnets, il s’agissait de la Grande Victoire, grão vitória. Nous nous trouvons à 7 kilomètres du Campo de Ourique. Nous sommes ici à la limite entre le nouveau royaume et les possessions des musulmans Almohades. D’où les premiers vers de Camoes sur la conquête récente de la ville par les Mahométans. Paio Guterres da Cunha, un noble portugais, se fera remarquer à plusieurs reprises dans la défense du château de Leiria Nous le retrouverons aussi dans le siège par les maures de Lisbonne.
Les autres villes citées dans le sonnet 55 sont Arronches, petite ville de l’Alentejo, située à proximité de l’actuelle frontière avec l’Espagne et Scabelicastro – nommée Scalabis par les Romains, puis Shantarin par les Maures – s’appelle aujourd’hui Santarém et se trouve au nord de Lisbonne, dans le Ribatejo.
Sonnet 56, Alphonse Ier continue ses conquêtes avec Sintra et Mafra situées à une vingtaine de kilomètres au nord de Lisbonne. Sintra tombe en 1147. Les Monts de Sintra sont nommés les Montagnes de la Lune, serras da Lua ; lien fait entre Sintra et Cynthie. Cynthie est associée à Diane, la déesse de la Lune (Première Encyclopédie – Diderot – 1751 – Tome 4 : CYNTHIUS & CYNTHIA, surnoms d’Apollon & de Diane, ainsi appelés du mont Cynthie situé au milieu de l’île de Délos où ils avoient pris naissance.)
Sonnet 57, voici la ville de Lisbonne et des références à sa fondation par Ulysse. Dans la Première Encyclopédie, en 1765 (Tome 11), Louis de Jaucourt souligne à la définition Olysippo : « c’est ainsi que plusieurs auteurs écrivent le nom d’une ville très-ancienne, située à l’embouchure du Tage, & qui est aujourd’hui Lisbonne. Elle est si ancienne, que Solin a cru qu’elle avoit été fondée par Ulysse ; & Strabon même ne juge pas impossible qu’Ulysse ait été en Espagne. Dans le passage de Solin on lit : Ibi oppidum Olysipone Ulyxi conditum. Solin met ici un ablatif pour un nominatif ; car, selon l’usage de son tems, les noms de ville se mettoient à l’ablatif, & étoient regardés comme indéclinables. Ainsi Vopiscus dans la vie d’Aurelien dit, Copto & Plotemaïde urbes cepit. Dans Antonin, les noms sont de même à l’ablatif, tandis que chez les Grecs ils sont au génitif. » »
La Dardanie d’Asie Mineure est dans l’actuelle Anatolie du nord-ouest. Les Dardaniens et les Troyens sont ici confondus.
Les troupes qui viennent des régions boréales sont les troupes croisées des régions nordiques venues à la rescousse d’Alphonse Ier.
Sonnet 58 : 1147- Siège de Lisbonne -O Cerco de Lisboa –  précisions sur les troupes venues en renfort du nord de l’Europe, notamment la Germanie et la Grande-Bretagne actuelle, « la froide Bretagne« .
Sonnet 59 : 1147 – Siège de Lisbonne – précisions sur la durée du siège avec les indications lunaires – Le siège a duré presque cinq mois du 1er juillet au 25 octobre 1147.
Sonnet 60 – Lisbonne est libérée – Rappel de la résistance de cette courageuse cité. Nous parlons ici des guerriers Scythes. « On donna anciennement le nom de Scythes à tous les peuples du septentrion, principalement à ceux du septentrion de l’Asie ; car quoique plusieurs auteurs marquent des Scythes en Europe, & que Pline les donne pour des peuples limitrophes du Pont, conjointement avec les Dardaniens, les Triballiens, les Mœsiens & les Thraces ; ces Scythes sont plus souvent appelés Getes ou Sarmates, quand on veut les prendre dans un sens plus étendu. Presque toujours par le nom de Scythes, on entend des peuples Asiatiques. Aussi Pomponius Mela, lib. III. c. iv. après avoir dit que la Sarmatie était limitrophe de la Germanie, dont elle était séparée par la Vistule, ajoute, chap. v. que les confins de l’Asie se prennent à la Sarmatie, si ce n’est dans les pays perpétuellement couverts de neige, & où il faisait un froid insupportable ; pays qui étaient habités par les Scythes. » (Louis de Jaucourt & Diderot -L’Encyclopédie, Première Edition de 1751 Tome 14)
Le Bætis, ou Betis est le Guadalquivir d’aujourd’hui et représente, par extension, la province de l’Andalousie. Le texte suggère un rapprochement entre le nom Andalousie et Vandalie. C’est la thèse d’André de Resende, restaurateur des études classiques du Portugal.
Sonnet 61 – Nous restons dans la même séquence de la conquête d’Alphonse avec l’aide des troupes étrangères du nord de l’Europe. Après Lisbonne, les autres villes de l’Estrémadure, au nord de Lisbonne, moins protégées, ne pouvaient que succomber :
Óbidos (District de Leiria), Alenquer (District de Lisbonne) et Torres Vedras (District de Lisbonne).
Sonnet 62 – Les troupes avancent sur les terras Transtaganas, les terres Transtaganes, autrement dit au-delà du Tage ; il s’agit de terres fertiles placées sous la protection de la déesse Cérès, la déesse de l’agriculture, des moissons et de la fécondité. Les villes citées ici sont Elvas (district de Portalegre- on peut y admirer un édifice majestueux construit à partir de 1498 à 1622 : l’aqueduc des Amoreiras), Moura et Serpa (district de Beja), plus au sud, Alcácer do Sal (district de Setúbal) plus à l’ouest.

 

Jacky Lavauzelle
Camoes Les Lusiades

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Le siège de Lisbonne
O Cerco de Lisboa

Alfredo Roque Gameiro
1917

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« E vós também, ó terras Transtaganas,
« Et vous aussi, ô terres au-delà du Tage,
 Afamadas co’o dom da flava Ceres,
Réputées comme un don de la flavescente Cérès,
Obedeceis às forças mais que humanas,
Obéissez aux forces plus humaines,
Entregando-lhe os muros e os poderes.
Lui remettant et les murs et vos pouvoirs.
E tu, lavrador Mouro, que te enganas,
Et toi, paysan Maure, combien tu te trompes,
Se sustentar a fértil terra queres;
Si tu crois pouvoir conserver cette fertile terre ;
 
Que Elvas, e Moura, e Serpa conhecidas,
Tour à tour, les célèbres Elvas, Moura, Serpa,
E Alcácere-do-Sal estão rendidas.
Et  Alcácer do Sal se rendent. 

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Vasco de Gama par Gregorio Lopes

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Luís Vaz de Camões Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS III-62 CAMOES LUSIADES III-62
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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White_Fawn_Drawing Faon Diane

LUIS DE CAMOES OS LUSIADAS LES LUSIADES

PETIT DISCOURS SUR LA PERFECTION – ELOGE DE L’IMPERFECTION -Jacky Lavauzelle

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JACKY LAVAUZELLE

 

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PETIT DISCOURS
SUR
LA PERFECTION

L’ELOGE DE L’IMPERFECTION

Notre monde exige la perfection totale, l’excellence absolue, le zéro défaut, même si la machine elle-même ne peut être parfaite.

La perfection nous le savons bien n’est pas supportable.
La perfection c’est l’enfer ! au mieux un TOC, un trouble, une maladie.

S’il ne sert à rien d’être parfait, du moins devons-nous toutefois tendre vers la perfection. « Il vaut mieux viser la perfection et la manquer que viser l’imperfection et l’atteindre. » (Bertrand Russell)
Dans un monde binaire, il vaut mieux regarder vers le haut et lever la tête, quitte à marcher dedans, avec une chance sur deux que ce soit le bon pied.

« Ainsi tu m’apparais, incertaine, inconnue,
Beauté, que je cherchai dès l’aube de mes jours !
L’aube a fui !…. de midi l’heure est presque venue,
Et sans t’atteindre, hélas ! je te cherche toujours.
Je ne t’atteindrai point, montagne inaccessible !
Mais, de loin rayonnant, ton front toujours visible,
Sert de but à ma course, et de phare à mes pas ;
Je ne t’atteindrai point !… Mais ta clarté chérie,
Aura du moins doré l’horizon de ma vie,
Et détourné mes yeux des fanges d’ici-bas ! »
Anonyme — Jean Polonius
À la Perfection idéale

Si l’on veut toucher la perfection, il reste les choses simples, les petites choses de la vie, qui elles sont atteignables.  Là nous pouvons pousser le détail, sans s’en rendre malade. Comme le disait Leonard de Vinci  » I dettagli fanno la perfezione e la perfezione non è un dettaglio » , « le détail fait la perfection et la perfection n’est pas un détail. »

Le bonheur est dans les choses simples.

« J’extrairai le bonheur des plus petites choses,
Des rayons, des reflets qui viennent se poser
Légers comme une abeille au cœur ardent des roses ;
Et j’aurai sur la bouche un rêve de baiser ! »
Albert Lozeau – ILLUSION
Le Miroir des jours 1912
Montréal,  

Voici quelques éléments qui permettent peut-être de prendre la perfection de haut, pour ce qu’elle est, un objectif inatteignable et réellement ambitieux, jamais une réalité.

Nous pouvons commencer par la sphère religieuse. Si les dieux ne peuvent pas être parfaits, cela donne à notre humanité bien des consolations. Nous avons trois religions très intéressantes : celle de la Rome antique, de la Grèce antique et celle de l’hindouisme.

L’épisode de Krishna avec les 999.999 gopis ou bergères est révélateur. Krishna dans l’eau d’un lac va satisfaire ces 999.999 gopis et pas une de plus dans un orgasme démesuré et gigantesque. Le chiffre rond, parfait, reviendrait à l’accomplissement définitif, c’est-à-dire à la mort, et Krishna est un bien bon vivant qui se refuse à cette éventualité. Pour que les choses évoluent, avancent, progressent, il faut garder un espace pour l’évolution, la progression, bref, la vie tout simplement.

Il faut donc écarter d’emblée toutes les ambitions exagérées, inhumaines, et se dire que on peut se donner cette ambition, mais que le résultat est bien illusoire : « ne craignez pas d’atteindre la perfection, vous n’y arriverez jamais. » disait Salvador Dali.

Chez nos héros antique, nous avons tant et tant d’exemples. Prenons Achille, héros troyen et son misérable talon, seule minuscule partie de son corps d’athlète à ne pas être protégée. Diderot dans la Première Encyclopédie (1751- Tome 17) : «  Les poètes ont dit qu’Achille n’était vulnérable qu’au talon. Achille est ici le symbole de tous les hommes extraordinaires. Quelque parfaits qu’ils aient été, quelque effort qu’ils aient fait pour s’élever au-dessus de la condition humaine, il leur est toujours resté un endroit vulnérable & mortel ; & c’est toujours un Pâris, quelque âme vile, basse & lâche qui le découvre. »

La perfection est impossible et si elle se présente face à nous, nous pouvons être vigilant, ce n’est qu’une illusion de la perfection. Les peintres italiens du trecento et du quattrocento ont poussé les artifices du trompe l’oeil pour perdre l’oeil  à son plus haut degré : perspective, bleuissement des fonds, superposition de glacis, effets vaporeux, le sfumato, afin de rajouter du contraste avec le premier plan.
L’art ne sert ici qu’à tromper le regard.

Il ne nous reste que la perfection monétaire… Vu l’état des finances, cette perfection reste bien relative.

L’essentiel est bien d’être conscient de notre état et de travailler à l’améliorer sans cesse, sans aucune honte.
« Il est de la nature des êtres intelligents de sentir leurs imperfections : la nature a donc mis en nous la pudeur, c’est-à-dire la honte de nos imperfections. »
(Montesquieu – De l’Esprit des Lois – Livre XVI – Chapitre XII -De la Pudeur naturelle-Editions Garnier 1777)

N’ayons donc plus honte de nos imperfections !

Jacky Lavauzelle

 

CATULLE XVI CATULLUS – Ad Aurelium et Furium – A AURELIUS ET FURIUS

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CATULLE CATULLUS XVI

litterarumLittérature Latine
Catulle

Poeticam Latinam

Traduction Jacky Lavauzelle

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CATULLE – CATULLUS
84 av J.-C. – 54 av J.-C.

POESIE XVI

Ad  Aurelium et Furium

A AURELIUS ET FURIUS

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Pedicabo ego vos et irrumabo,
Allez-vous faire foutre et bien d’autres choses encore
Aureli pathice et cinaede Furi,
Mauviette d’Aurèlius et Furius la lopette,
qui me ex versiculis meis putastis,
Qui pour donner à mes vers libertins quelques sens,
quod sunt molliculi, parum pudicum.
M’accusez vertement de tant d’indécence.
nam castum esse decet pium poetam
Il est vrai que si chaste doit être le poète
ipsum, versiculos nihil necesse est;
Lui-même, il n’en est pas de même pour ses poèmes ;
qui tum denique habent salem ac leporem,
Ses vers ont du goût et de l’attrait
si sunt molliculi ac parum pudici,
S’ils rompent le cou à la belle éducation,
et quod pruriat incitare possunt,
Et s’ils peuvent provoquer quelques excitations,
non dico pueris, sed his pilosis
Non chez le puceau, mais chez le vieux poilu
qui duros nequeunt movere lumbos.
Qui ne peut plus se donner quelques bons coups de reins.
vos, quod milia multa basiorum
Vous, par mes mille baisers déclamés,
legistis, male me marem putatis?
Vous pensez que je suis une poule mouillée ?
pedicabo ego vos et irrumabo.
Je le dis : allez-vous faire foutre et bien d’autres choses encore.

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Ad Aurelium et Furium

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO












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Catulle – Catullus
XVI

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LA CANAILLE & LES DELICATS
par Ferdinand Brunetière
1882

On a voulu faire de Catulle, sans arguments bien solides, un poète aristocratique, un poète du grand monde, comme de sa Lesbie, sur des inductions plutôt que sur des preuves, ce que Brantôme appelait « une grande et honnête dame. » Je persiste à ne pas croire, pour ma part, que Lesbie fût la célèbre Clodia, mais je crois que bon nombre des fréquentations de Catulle furent parmi la bohème littéraire de Rome. Au surplus, la conciliation n’est pas si difficile. Ce que nous savons, en effet, c’est que, lorsque l’adolescent de Vérone arriva de sa province dans la capitale, il y subsistait, sous le raffinement de quelques habitudes, sous l’étalage du luxe et sous l’apparence de la civilisation, un grand fonds d’antique brutalité romaine. Si nous en pouvions douter, nous rapprendrions au moins de certaines épigrammes de Catulle lui-même, plus grossières que mordantes, et dont l’outrageuse crudité passe tout. C’est bien fait à M. Rostand de nous les avoir traduites. On ne peut pas juger d’un poète en commençant par faire exception de toute une partie de son œuvre, qui peut-être est celle que les contemporains en ont presque le plus goûtée. Là où Catulle est bon, il va jusqu’à l’exquis, et c’est bien de lui que l’on peut dire aussi justement que de personne qu’il est alors le mets des délicats ; mais là où il est grossier, il l’est sans mesure, et c’est bien encore de lui que l’on peut dire qu’il est le charme de la canaille. Or, à Rome, en ce temps-là, dans le sens littéraire de l’un et l’autre mot, la canaille et les délicats, c’était presque tout un. On ne distinguait pas encore, selon le mot d’Horace, la plaisanterie spirituelle de l’insolente rusticité. La curiosité de l’intelligence, vivement éveillée, capable de goûter les finesses de l’alexandrinisme, était en avance, pour ainsi dire, sur la rudesse des mœurs et la vulgarité des habitudes mondaines. Quand on grattait ces soupeurs qui savaient apprécier les jolies bagatelles du poète, on retrouvait le paysan du Latium, qui s’égayait, au moment du vin, à faire le mouchoir. La raillerie, comme à la campagne, s’attaquait surtout aux défauts ou disgrâces physiques. Je sais bien que, jusque dans Horace, la grossièreté du vieux temps continuera de s’étaler, mais ce ne sera plus de la même manière naïvement impudente. Au temps de Catulle, la délicatesse n’avait pas encore passé de l’esprit dans les manières. Quand il s’élevait seulement un nuage sur les amours du poète et de sa Lesbie, le docte traducteur de Callimaque s’échappait en injures de corps de garde. Cette société très corrompue ne s’était pas encore assimilé la civilisation grecque. Elle s’essayait à la politesse, elle n’y touchait pas encore. Et sous son élégance toute superficielle, elle manquait étrangement de goût. — Il me paraît que, si l’on examinée quel moment de notre histoire la plupart de ces traits conviennent, on trouvera que c’est au XVIe siècle, dans le temps précis que le contact des mœurs italiennes opérait sur la cour des Valois le même effet qu’à Rome, sur les contemporains de César, le contact des mœurs de la Grèce.

Ferdinand Brunetière
Revue littéraire
À propos d’une traduction de Catulle
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 54 –  1882

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YEATS : THE ONLY JEALOUSY OF EMER L’UNIQUE RIVALE D’EMER (IV)

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LE THEÂTRE DE
WILLIAM BUTTLER YEATS

Plays for Dancers
Pièces pour Danseurs


Traduction Jacky Lavauzelle

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WILLIAM BUTTLER YEATS
(1865–1939)

THE ONLY JEALOUSY OF EMER
(IV)

L’Unique Rivale d’Emer
(IV)

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THE ONLY JEALOUSY OF EMER

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Emer
You people of the wind
Vous, peuples du vent,
Are full of lying speech and mockery.
Êtes plein de discours mensongers et de moqueries.
 I have not fled your face.
Je n’ai pas fui devant ton visage.

Figure of Cuchulain
La forme de Cûchulainn
You are not loved.
Il ne t’aime pas.

Emer
And therefore have no dread to meet your eyes
Je n’ai pas à craindre ainsi ses yeux
And to demand him of you.
Et te le demander.

Figure of Cuchulain
La forme de Cûchulainn
For that I have come.
C’est pour cela que je suis venu.
You have but to pay the price and he is free.
Tu n’as qu’à payer le prix et il sera alors libre.

Emer
Do the Sidhe bargain?
Est-ce que les Sidhes négocient de la sorte ?

Figure of Cuchulain
La forme de Cûchulainn
When they set free a captive
Quand ils libèrent un captif
They take in ransom a less valued thing.
Ils exigent en rançon une chose ayant moins de valeur.
The fisher, when some knowledgeable man
Le pêcheur, quand celui-ci, par exemple,
  Restores to him his wife, or son, or daughter,
Retrouve sa femme, son fils ou sa fille,
Knows he must lose a boat or net, or it may be
Sait qu’il perdra un bateau ou un filet, ou peut être
The cow that gives his children milk ; and some
La vache qui donne à ses enfants du lait ; et certains
Have offered their own lives. I do not ask
Donnent jusqu’à leur propre vie. Je ne te demande ni
Your life, or any valuable thing.
Ta vie ni quelque autre chose précieuse.
  You spoke but now of the mere chance that some day
Tu as parlé qu’un jour tu espérais
You’d sit together by the hearth again :
Pouvoir être réunis ensemble sous le même foyer :
Renounce that chance, that miserable hour,
Renonce à ce souhait,
  And he shall live again.
Et il revivra.

 

*




*

Emer
I do not question
Je ne pose pas de questions
But you have brought ill luck on all he loves ;
Mais tu as apporté de la malédiction à tout ce qu’il aime ;
And now, because I am thrown beyond your power
Et maintenant, comme je suis au-delà de ton pouvoir,
Unless your words are lies, you come to bargain.
À moins que tes mots ne soient que des mensonges, tu cherches à négocier.

Figure of Cuchulain
La forme de Cûchulainn
You loved your power when but newly married,
Tu aimais ton pouvoir quand tu étais jeune mariée,
 And I love mine although I am old and withered.
Et j’aime le mien, même si je suis vieux et flétri.
You have but to put yourself into that power
Tu n’as qu’a t’en remettre à ce pouvoir,
And he shall live again.
Et il revivra.

Enter
No, never, never!
Non, jamais, jamais !

Figure of Cuchulain
La forme de Cûchulainn
You dare not be accursed, yet he has dared.
Tu as peur d’être maudite, mais lui a osé.

Enter
I have but two joyous thoughts, two things I prize —
Je n’ai que deux pensées joyeuses, deux choses importantes,
A hope, a memory; and now you claim that hope.
Un espoir, un souvenir ; Et maintenant, tu réclames cet espoir.

 

 

*








*

Figure of Cuchulain
La forme de Cûchulainn
He’ll never sit beside you at the hearth
Il ne sera jamais assis à côté de toi dans ton foyer
Or make old bones, but die of wounds and toil
Ni ne reposera ses vieux os, mais il mourra de blessures et de fatigue
On some far shore or mountain, a strange woman
Sur une lointaine rive ou sur une montagne, une femme étrangère
Beside his mattress.
A côté de lui.

Emer
You ask for my one hope
Tu me demandes mon seul espoir
That you may bring your curse on all about him.
Et que tu apportes ta malédiction tout autour de lui.

Figure of Cuchulain
La forme de Cûchulainn
You’ve watched his loves and you  have not been jealous
Tu as été témoin de ses amours sans être jalouse
 Knowing that he would tire, but do those tire
Sachant qu’il se fatiguerait, mais qui se fatigue
That love the Sidhe?
De l’amour des Sidhes ?

Emer
What dancer of the Sidhe,
Quelle danseuse des Sidhes,
What creature of the reeling moon has pursued him ?
Quelle créature de la lune l’a poursuivi ?

Figure of Cuchulain
I have but to touch your eyes and give them sight;
Je n’ai qu’à toucher tes yeux et leur donner la vue ;
 But stand at my left side.
Mais reste sur mon côté gauche.

He touches her eyes with his left hand, the right being
withered.
Il touche ses yeux avec sa main gauche, le droit étant
flétri.

Emer
My husband there.
Mon mari là-bas !

Figure of Cuchulain
La forme de Cûchulainn
But out of reach — I have dissolved the dark.
Mais hors de portée – j’ai dissous l’obscurité.
That hid him from your eyes, but not that other
Qui le cachait à tes yeux, mais pas celle
That’s hidden you from his.
Qui te cache à lui.

 

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*

Emer
Husband, husband!
Mon mari, mon mari !

Figure of Cuchulain
La forme de Cûchulainn
Be silent, he is but a phantom now,
Silence ! Ce n’est plus qu’un fantôme maintenant,
 
And he can neither touch, nor hear, nor see.
Qui ne peut ni toucher, ni entendre, ni voir.
The longing and the cries have drawn him hither.
Le désir et les cris l’ont attiré ici.
He heard no sound, heard no articulate sound ;
Il n’entend aucun son ni parole ;
They could but banish rest, and make him dream,
Tu n’as pu que le bannir de son repos et le faire rêver,
 And in that dream, as do all dreaming shades
Et dans ce rêve, comme toutes les esquisses de rêves
Before they are accustomed to their freedom,
Gênées par leur liberté,
 He has taken his familiar form, and yet
Il a pris sa forme familière, et pourtant
He crouches there not knowing where he is
Il s’accroche là-bas sans savoir où il est
Or at whose side he is crouched.
Ni à côté de qui il est agenouillé.

A Woman of the Sidhe has entered, and stands a little
inside the door
Une femme des Sidhes est entrée, et se tient tout à côté de la porte

 

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Emer
Who is this woman?
Qui est cette femme ?

Figure of Cuchulain
La forme de Cûchulainn
She has hurried from the Country-Under-Wave,
Elle est arrivée précipitamment du Royaume des Grands Fonds,
And dreamed herself into that shape that he
Et s’est appropriée cette forme pour
May glitter in her basket ; for the Sidhe
Pouvoir étinceler dans son panier ; les Sidhes
Are fishers also and they fish for men
Sont des pêcheurs aussi et elles pêchent des hommes
With dreams upon the hook.
Avec des rêves sur son crochet.

Emer
And so that woman
Et  cette femme donc
Has hid herself in this disguise and made
Se cache sous un déguisement
Herself into a lie.
Elle est dans le mensonge.

Figure of Cuchulain
La forme de Cûchulainn
A dream is body;
Le rêve prend vie ;
The dead move ever towards a dreamless youth
Les morts se meuvent vers une jeunesse sans rêve
And when they dream no more return no more ;
Et quand ils ne rêvent plus, il n’y a plus de retour possible ;
And those more holy shades that never lived
Tout comme ces saintes ombres qui n’ont jamais vécues
But visit you in dreams.
Mais qui vous rendent visite dans vos rêves.

Emer
I know her sort.
Je connais ces femmes.
They find our men asleep, weary with war,
Elles trouvent nos hommes endormis, fatigués par la guerre,
Or weary with the chase, and kiss their lips
Ou fatigués par la chasse, et embrassent leurs lèvres
And drop their hair upon them. From that hour
Et déposent leurs cheveux sur eux. À partir de cette heure
Our men, who yet knew nothing of it all,
Nos hommes, qui ne savaient rien de ces sentiments,
Are lonely, and when at fall of night we press
Se sentent solitaires, et quand, à l’automne, nous pressons
Their hearts upon our hearts their hearts are cold.
Leurs cœurs sur nos cœurs, leur cœur est devenu froid.

She draws a knife from her girdle.
Elle tire un couteau de sa ceinture.

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Poetry of Yeats La Poésie de Yeats William_Butler_Yeats_by_John_Singer_Sargent_1908

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WILLIAM BUTTLER YEATS
THE ONLY JEALOUSY OF EMER
(IV)

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LA POESIE DE YEATS

PEIRE GODOLIN QUATREN QUATRAIN Poème occitan du XVIIe siècle

PEIRE GODOLIN
LITTERATURE OCCITANE

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PEIRE GODOLIN
Pierre Goudouli
Pierre Goudelin

[1580 Toulouse – 1649 Toulouse]


Traduction JACKY LAVAUZELLE

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Poème occitan




QUATREN QUATRAIN

Jos le nom de Liris ieu canti ma Drolleta
Je chante ma belle sous le nom de Liris
Que pareis sur las flores del  partèrra Mondin
Qui illumine les fleurs du jardin Toulousain
Coma le Liri blanc que sòrt de s’esplandir
Comme le Lys blanc qui s’ouvre aux premiers rayons
Manja sopas sul cap a la Mamòi neneta.
A manger la soupe sur la tête de la fragile Violette.

 




 




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PEIRE GODOLIN

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NOTICES HISTORIQUES
SUR
PIERRE GODOLIN

Pierre de Godolin naquit à Toulouse l’an 1579, dans la maison de la rue Pargaminières, contiguë au coin de celle de Notre-Dame-du-Sac ; élevé au collège des Jésuites, il y étudia les belles-lettres, et se fit remarquer par la vivacité de son esprit, par l’élégance des compositions, et la facilité avec laquelle il était parvenu à placer dans sa mémoire la majeure partie des œuvres de Virgile ; i étudia, hélas ! bien à contre cœur, mais enfin, il étudia jusqu’au bout la jurisprudence, prit la licence, et se fit recevoir avocat au parlement. Arrivé là, les épines que Thémis présente à ses favoris, ne purent convenir à une âme passionnée qui aimait à se perdre dans les rêves de son imagination ; il crut avoir assez montré de courage. Les muses vinrent le prendre, et le bon Godolin s’abandonna à leur aimable séduction. Contemporain du Tasse, il ne suivit pas seulement, comme ce célèbre poète, le penchant de son génie, mais comme lui, il chercha une route nouvelle. La langue d’oc était tombée avec le pouvoir des comtes de Toulouse ; le patois de nos provinces, n’étant plus soutenu ni par la majorité de la nation, ni par l’imprimerie, était devenu le partage du peuple, et cette langue si douce, si harmonieuse, véritable fille de celle que les troubadours avaient parlée, semblait être délaissée pour employer la langue générale du pays. Mais Godolin, qui connaissait les trésors de la linguistique qu’elle renfermait, avant de la laisser se perdre, voulut en sauver les débris ; il la préféra donc à la langue française, qui, froide, sèche et sans charmes, sortait à peine de la grossièreté de son premier âge ; car, suspendue encore aux mamelles de l’antiquité, elle n’était guère alors que du grec ou du latin, traduit en français ; il refusa de jeter ses gracieuses créations dans le moule grec ou romain. Il fallait à son génie un nouvel horizon. Sous la plume de notre compatriote, cette langue parut étincelante de nouvelles beautés ; elle se prêta à tous les tons et devint tour à tour grave, moelleuse, fière ou mélancolique ; son génie lui fit surmonter les difficultés qu’entraîne un dialecte peu usité, et les cordes de sa lyre furent assez dociles pour chanter, avec un talent varié, le ciel, les grands, les bergères et ses amis. Toujours élégant, il a employé avec adresse les fictions et les métaphores les pus ingénieuses. Imitateur heureux de Pindare, d’Horace et d’Anacréon, ses odes sont élevées d’un style noble et soutenu ; ses idylles respirent  la molle délicatesse, la grâce et l’abandon ; ses chansons sont enjouées, élégantes et faciles, et a mélopée, sou ses doigts, se transforme, se module et se ploie à toutes les inspirations, à toutes ses fantaisies. Enfin, tantôt enjoué, tantôt badin, mais toujours énergique, il surprend par la noblesse de ses expressions, dans une langue condamnée à ramper parmi le vulgaire.




Œuvres Complètes de Pierre Godolin
Notes historiques et littéraires par J.-M. Cayla et Paul Cléobule
Editeur Delboy à Toulouse en 1843

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PEIRE GODOLIN