PROLOGUE DE LA TRAGEDIE de 1913 VLADIMIR MAÏAKOVSKI ПРОЛОГ

Владимир Маяковский

VLADIMIR MAÏAKOVSKI
Pièce en deux actes de 1913


русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe
 

 





 

Владимир Владимирович Маяковский
Vladimir Maïakovski

1893-1930

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
стихотворение Лермонтова

 




 Théâtre de Vladimir Maïakovski

VLADIMIR MAÏAKOVSKI
PROLOGUE
1913
Владимир Маяковский
ПРОЛОГ


**

*******

В. Маяковский
V. Maäkovski

Вам ли понять,
Comprenez-vous,
почему я,
pourquoi moi,
спокойный,
calme,
насмешек грозою
au cœur d’une tempête ridicule
душу на блюде несу
je porte mon âme sur un plateau
к обеду идущих лет.
pour le dîner des années à venir.




С небритой щеки площадей
Avec la joue mal rasée
стекая ненужной слезою,
drainant des larmes inutiles,
я,
moi,
быть может,
peut-être
последний поэт.
suis-je le dernier poète.


Замечали вы –
Vous avez remarqué –
качается
pivotant,
 в каменных аллеях
dans les ruelles de pierre,
полосатое лицо повешенной скуки,
le visage rayé par l’ennui suspendu
а у мчащихся рек
tandis que des rivières tonitruantes
на взмыленных шеях
sur leur cou écumant
мосты заломили железные руки.
les ponts tordent leurs mains de fer.


 



Небо плачет
le ciel pleure
безудержно,
sans retenue,
звонко;
bruyamment ;
а у облачка
tandis que le nuage
 гримаска на морщинке ротика,
grimace sur un coin ridé de la bouche,
как будто женщина ждала ребенка,
comme si à cette femme enceinte,
а бог ей кинул кривого идиотика.
Dieu avait promis un bossu idiot.




Пухлыми пальцами в рыжих волосиках
Avec ses doigts potelés de poils roux,
солнце изласкало вас назойливостью овода –
le soleil persistant tel un taon assaille
в ваших душах выцелован раб.
votre esprit esclave de baisers.
Я, бесстрашный,
Moi, je suis sans peur,
ненависть к дневным лучам понёс в веках;
la haine des rayons du jour, j’en souffre depuis des siècles ;
с душой натянутой, как нервы провода,
mon âme reste tendue comme un nerf de fer,
я –
Moi,-
царь ламп!
je suis le roi des lampes !


 


Придите все ко мне,
Venez tous à moi,
кто рвал молчание,
vous qui avez déchiré le silence,
кто выл
qui hurlez
оттого, что петли полдней туги, –
c’est pourquoi, la boucle de midi étrangle-
я вам открою
En libérant
словами
mes paroles,
простыми, как мычанье,
simples mugissements,
наши новые души,
nos nouvelles âmes,
гудящие,
bourdonneront
как фонарные дуги.
comme l’arc électrique d’une lampe.


 


Я вам только головы пальцами трону,
Je vais juste toucher votre tête des doigts,
и у вас
et vous
вырастут губы
verrez naître des lèvres
для огромных поцелуев
pour des baisers énormes
и язык,
et une langue,
родной всем народам.
comprise enfin par toutes les nations.
А я, прихрамывая душонкой,
Et moi, et ma petite âme,
уйду к моему трону
J’irai vers mon trône
 с дырами звезд по истертым сводам.
avec des trous d’étoiles sous la voûte usée.
Лягу,
Mensonge,
светлый,
lumière,
в одеждах из лени
dans une longue robe de paresse
на мягкое ложе из настоящего навоза,
sur un lit moelleux d’un fumier
и тихим,
et calmement,
целующим шпал колени,
embrassant les genoux de traverses,
обнимет мне шею колесо паровоза.
la roue d’une locomotive à vapeur passera sur mon cou.

*******

Théâtre de Vladimir Maïakovski
VLADIMIR MAÏAKOVSKI
Prologue
1913




VLADIMIR MAÏAKOVSKI
TRAGEDIE EN DEUX ACTES
Трагедия в двух действиях

SONNET SHAKESPEARE 36 Let me confess that we two must be twain

LES SONNETS DE SHAKESPEARE THE SONNETS
THE SONNETS – LES SONNETS

Illustration du Phénix par Friedrich Justin Bertuch
*


WILLIAM SHAKESPEARE
[1564 – 1616]

Traduction JACKY LAVAUZELLE

**

SONNET 36

The Sonnets SHAKESPEARE
Les Sonnets de SHAKESPEARE
Let me confess that we two must be twain

Nos amours indivisibles

1598 

**

*

Let me confess that we two must be twain,
Permets-moi d’avouer que nous devons toujours être deux,
Although our undivided loves are one:
Bien que nos amours indivisibles ne fassent qu’un :…

*

 

*****************

SHAKESPEARE SONNET 36

LES SONNETS DE SHAKESPEARE THE SONNETS

EPILOGUE DE LA TRAGEDIE de 1913 VLADIMIR MAÏAKOVSKI ЭПИЛОГ

Владимир Маяковский

VLADIMIR MAÏAKOVSKI
Pièce en deux actes de 1913


русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe
 

 





 

Владимир Владимирович Маяковский
Vladimir Maïakovski

1893-1930

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
стихотворение Лермонтова

 




 Théâtre de Vladimir Maïakovski

VLADIMIR MAÏAKOVSKI
EPILOGUE
1913
Владимир Маяковский
ЭПИЛОГ


**

*******

Я это все писал
Tout ce que j’ai écrit parle
  
о вас, 
de vous,
бедных крысах. 
misérables rats.
     Жалел – у меня нет груди:
Je regrette – je n’ai pas seins :
  я кормил бы вас доброй нененькой.
Je vous aurais sinon nourri comme une nourrice.
  





 

Теперь я немного высох,
Maintenant, je suis un peu sec,
    я – блаженненький.
je suis vraiment béni.
Но зато
mais
Кто
qui
     где бы
et où
мыслям дал
a donné aux  pensées
  такой нечеловечий простор!
cet espace inhumain !
  Это я
C’est moi
попал пальцем в небо,
qui ai dressé mon doigt dans le ciel,
   доказал:
et j’ai prouvé :
  он – вор!
c’était lui – le voleur !
Иногда мне кажется –
Parfois, il me semble –
я петух голландский
être un coq néerlandais
или я
ou alors être
король псковский.
le Roi de Pskov.



 

А иногда
et parfois,
  мне больше всего нравится
j’aime plus encore
 моя собственная фамилия,
mon nom de famille,
   Владимир Маяковский.
Vladimir Maïakovski.




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Théâtre de Vladimir Maïakovski
VLADIMIR MAÏAKOVSKI
Epilogue
1913




VLADIMIR MAÏAKOVSKI
TRAGEDIE EN DEUX ACTES
Трагедия в двух действиях

LUIS DE CAMOES OS LUSIADAS III-69 LES LUSIADES

*Luís de Camões Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS III-69 LES LUSIADES III-69
LITTERATURE PORTUGAISE

Luis de Camoes Oeuvres obras Artgitato

literatura português

Luis de Camões
[1525-1580]

Tradução – Traduction
texto bilingue

Luis de Camoes Les Lusiades

 

Obra Poética

(1556)

LES LUSIADES III-69

OS LUSIADAS III-69

A Epopeia Portuguesa

 

CHANT III
Canto Terceiro

Traduction Jacky Lavauzelle

verso 69
Strophe 69

III-69

Image illustrative de l'article Vasco de Gama

Vasco de Gama

Vasco da Gama signature almirante.svg

 

******

Luís de Camões Os Lusiadas
OS LUSIADAS III-69
LES LUSIADES III-69

 *****

 

« Mas o alto Deus, que para longe guarda
« Mais le majestueux Dieu, qui conserve longtemps
O castigo daquele que o merece,
Le châtiment que nous méritons,…


*******

Vasco de Gama par Gregorio Lopes

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Luís Vaz de Camões Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS III-69 CAMOES LUSIADES III-69
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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White_Fawn_Drawing Faon Diane

LUIS DE CAMOES OS LUSIADAS LES LUSIADES

Pèire Godolin Pour le jour des Rois – Per la jorn dels Reis

PEIRE GODOLIN
LITTERATURE OCCITANE

*


PEIRE GODOLIN
Pierre Goudouli
Pierre Goudelin

[1580 Toulouse – 1649 Toulouse]


Traduction JACKY LAVAUZELLE

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Poème occitan




 Per la jorn dels Reis
Pour le Jour des Rois

Un Pastor ven de Hierusalèm
Un Paster arrive de Jérusalem
e ditz a sos Companhons :
et dit à ses Compagnons :

De novèlas. Enfants ! En venent de la vila,
Des nouvelles. Enfants ! En venant de la ville
Ei vist passar tres Reis d’una faiçon gentila,
Je vis passer trois Rois aux manières gentilles,
E demandan per tot l’ostalet benasit
Qui demandaient en tous lieux l’auberge bénie
Que le Rei d’Israèl per palais a causit.
Que le Roi d’Israël pour palais avait choisie.




Qualqu’un a decelat que pòrtan per estrenas
Quelqu’un a observé qu’ils portaient comme étrennes
Tres Brustietas d’Encens, d’òr et de Mirra plenas
Trois bourriches d’Encens, d’Or et de Myrrhe pleines
Que li van umblament ufrir, diga-me’n-dieu
Qu’ils vont offrir humblement, tel un aveu,
Que confessan déjà qu’el es òme, Rei, Dieu.
Ils confessent déjà qu’il est homme, Roi et Dieu.

 




Elis parlan ça’m par de l’Enfantet aimable
Ils parlent aisément de l’aimable Enfant
Que nosaus l’autre jorn trobèguem a l’estable.
Que l’autre jour à l’étable nous avons trouvé
A qui Peiret donèc un Anhelet plan fait
A qui Pierre a donné un agneau bien fait
E jo, sense reprochi, un picharro de lait.
Et moi, sans reproches, un pichet de lait.




Pòsca donc, uèi metis, una tan bela tropa
Puisse donc, dès maintenant, une si bel attroupement
Urosament trobar le bèl Enfant de popa
Heureusement trouver le bel Enfant allaitant
Mentre que de nosaus cadunle pregara
Pendant que chacun de nous priera
De nos salvar l’esprit quand le còrs morira.
De nous sauver l’esprit quand le corps mourra.

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PEIRE GODOLIN

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NOTICES HISTORIQUES
SUR
PIERRE GODOLIN

Pierre de Godolin naquit à Toulouse l’an 1579, dans la maison de la rue Pargaminières, contiguë au coin de celle de Notre-Dame-du-Sac ; élevé au collège des Jésuites, il y étudia les belles-lettres, et se fit remarquer par la vivacité de son esprit, par l’élégance des compositions, et la facilité avec laquelle il était parvenu à placer dans sa mémoire la majeure partie des œuvres de Virgile ; i étudia, hélas ! bien à contre cœur, mais enfin, il étudia jusqu’au bout la jurisprudence, prit la licence, et se fit recevoir avocat au parlement. Arrivé là, les épines que Thémis présente à ses favoris, ne purent convenir à une âme passionnée qui aimait à se perdre dans les rêves de son imagination ; il crut avoir assez montré de courage. Les muses vinrent le prendre, et le bon Godolin s’abandonna à leur aimable séduction. Contemporain du Tasse, il ne suivit pas seulement, comme ce célèbre poète, le penchant de son génie, mais comme lui, il chercha une route nouvelle. La langue d’oc était tombée avec le pouvoir des comtes de Toulouse ; le patois de nos provinces, n’étant plus soutenu ni par la majorité de la nation, ni par l’imprimerie, était devenu le partage du peuple, et cette langue si douce, si harmonieuse, véritable fille de celle que les troubadours avaient parlée, semblait être délaissée pour employer la langue générale du pays. Mais Godolin, qui connaissait les trésors de la linguistique qu’elle renfermait, avant de la laisser se perdre, voulut en sauver les débris ; il la préféra donc à la langue française, qui, froide, sèche et sans charmes, sortait à peine de la grossièreté de son premier âge ; car, suspendue encore aux mamelles de l’antiquité, elle n’était guère alors que du grec ou du latin, traduit en français ; il refusa de jeter ses gracieuses créations dans le moule grec ou romain. Il fallait à son génie un nouvel horizon. Sous la plume de notre compatriote, cette langue parut étincelante de nouvelles beautés ; elle se prêta à tous les tons et devint tour à tour grave, moelleuse, fière ou mélancolique ; son génie lui fit surmonter les difficultés qu’entraîne un dialecte peu usité, et les cordes de sa lyre furent assez dociles pour chanter, avec un talent varié, le ciel, les grands, les bergères et ses amis. Toujours élégant, il a employé avec adresse les fictions et les métaphores les pus ingénieuses. Imitateur heureux de Pindare, d’Horace et d’Anacréon, ses odes sont élevées d’un style noble et soutenu ; ses idylles respirent  la molle délicatesse, la grâce et l’abandon ; ses chansons sont enjouées, élégantes et faciles, et a mélopée, sou ses doigts, se transforme, se module et se ploie à toutes les inspirations, à toutes ses fantaisies. Enfin, tantôt enjoué, tantôt badin, mais toujours énergique, il surprend par la noblesse de ses expressions, dans une langue condamnée à ramper parmi le vulgaire.




Œuvres Complètes de Pierre Godolin
Notes historiques et littéraires par J.-M. Cayla et Paul Cléobule
Editeur Delboy à Toulouse en 1843

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PEIRE GODOLIN

FERNANDO PESSOA : LETTRE A LA REVUE CONTEMPORÂNEA (1922) Carta dirigida à revista Contemporânea

 O Carta dirigida à revista Contemporânea
Lettre à la Revue Contemporânea
Octobre 1922
17 Outubro 1922

Poème de Fernando Pessoa





Traduction – Texte Bilingue
tradução – texto bilíngüe

Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE PORTUGAISE
POESIE PORTUGAISE

Literatura Português

FERNANDO PESSOA
1888-1935
Fernando Pesso Literatura Português Poesia e Prosa Poésie et Prose Artgitato

 





Prosa de Fernando Pessoa




Carta dirigida à revista Contemporânea
LETTRE A LA REVUE CONTEMPORÂNEA
17 Outubro 1922
17 octobre 1922

*****

Contemporânea -nº1 – Maio de 1922 – Sumário
Le sommaire du premier n° de Contemporânea de mai 1922
Capa do nº1 da Revista Orpheu, 1915
Couverture du premier n° de la Revue Orpheu de 1915




Álvaro de Campos***

Meu querido José Pacheco:
Mon cher José Pacheko*,

Venho escrever-lhe para o felicitar pela sua «Contemporânea» para lhe dizer que não tenho escrito nada e para por alguns embargos ao artigo do Fernando Pessoa.
Je vous écris ici pour vous féliciter de votre « Contemporânea », pour vous dire que je ne l’ai pas écrit et pour revenir sur l’article de Fernando Pessoa.

Quereria mandar-lhe também colaboração.
Je voulais aussi vous envoyer une collaboration.
Mas, como lhe disse, não escrevo.
Mais, comme je vous l’ai dit, je n’écris pas…

 

ÁLVARO DE CAMPOS

Newcastle-on-Tyne, 17 Outubro 1922.
Le 17 octobre 1922 – Newcaste-on-Tyne

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LETTRE A LA REVUE CONTEMPORÂNEA
(1922)
Carta dirigida à revista Contemporânea 

NOTES
* José Pacheko ou José Pacheco, directeur de publication, architecte, graphiste, peintre (1885 — 1934)

** Contemporânea est une revue portugaise publiée entre 1922 et 1926 (Lisbonne – Lisboa). Directeur : José Pacheko.

*** Álvaro de Campos, (heteronímia)  hétéronyme de Fernando Pessoa, né à Tavira ou à Lisbonne, né le 13 ou le 15 de octobre 1890  et mort en 1935

****António Thomaz Botto (António Botto)  poète moderniste. Il est né à Concavada au Portugal le 17 août 1897 et mort le 16 mars 1959 à Rio de Janeiro au Brésil. Canções sont des poèmes composés par Botto et parus en 1920.

 

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CATULLE XXV CATULLUS : Ad Thallum À THALLUS

*

CATULLE CATULLUS XXV

litterarumLittérature Latine
Catulle

Poeticam Latinam

Traduction Jacky Lavauzelle

IMG_4840

CATULLE – CATULLUS
84 av J.-C. – 54 av J.-C.

POESIE XXV

 Ad Thallum 

À THALLUS

***

Cinaede Thalle, mollior cuniculi capillo
Sybarite Tellus, plus mou que la poil du lapin
vel anseris medullula vel imula oricilla
Plus flottant que le duvet de l’oie, que le lobe de l’oreille
vel pene languido senis situque araneoso,
Que le membre d’un vieil homme, qu’une toile d’araignée terne et poussiéreuse ;






idemque, Thalle, turbida rapacior procella,
De même rapace tu es, Thallus, comme le furieux ouragan
cum diva mulier aries ostendit oscitantes,
Qui emporte les navires sur le brisant rivage,
pallium mihi meum, quod involasti,
Retourne-moi mon manteau, que tu me dérobas,
remitte sudariumque Saetabum catagraphosque Thynos,
Mes mouchoirs provenant de Sétabis et mes tissus Thyniens ;
quae palam soles habere tamquam avita.
Que tu montres de façon inappropriée comme s’ils provenaient de ta famille.


quae nunc tuis ab unguibus reglutina et remitte,
Rends-les moi et enlève tes griffes,
 ne laneum latusculum manusque mollicellas
Sinon tant tes fins flancs que tes mains délicates
inepte,inusta turpiter tibi flagella conscribillent,
Subiront les stigmates que t’infligera le fouet,

et insolenter aestues, velut minuta magno
Ainsi pour tes arrogances, de ma main tu subiras les assauts
deprensa navis in mari, vesaniente vento.
Tel le fragile esquif dans la mer tumultueuse.


*************




Ad Thallum
A THALLUS

**********************
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO












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Catulle – Catullus
POESIE XXV

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LA CANAILLE & LES DELICATS
par Ferdinand Brunetière
1882

On a voulu faire de Catulle, sans arguments bien solides, un poète aristocratique, un poète du grand monde, comme de sa Lesbie, sur des inductions plutôt que sur des preuves, ce que Brantôme appelait « une grande et honnête dame. » Je persiste à ne pas croire, pour ma part, que Lesbie fût la célèbre Clodia, mais je crois que bon nombre des fréquentations de Catulle furent parmi la bohème littéraire de Rome. Au surplus, la conciliation n’est pas si difficile. Ce que nous savons, en effet, c’est que, lorsque l’adolescent de Vérone arriva de sa province dans la capitale, il y subsistait, sous le raffinement de quelques habitudes, sous l’étalage du luxe et sous l’apparence de la civilisation, un grand fonds d’antique brutalité romaine. Si nous en pouvions douter, nous rapprendrions au moins de certaines épigrammes de Catulle lui-même, plus grossières que mordantes, et dont l’outrageuse crudité passe tout. C’est bien fait à M. Rostand de nous les avoir traduites. On ne peut pas juger d’un poète en commençant par faire exception de toute une partie de son œuvre, qui peut-être est celle que les contemporains en ont presque le plus goûtée. Là où Catulle est bon, il va jusqu’à l’exquis, et c’est bien de lui que l’on peut dire aussi justement que de personne qu’il est alors le mets des délicats ; mais là où il est grossier, il l’est sans mesure, et c’est bien encore de lui que l’on peut dire qu’il est le charme de la canaille. Or, à Rome, en ce temps-là, dans le sens littéraire de l’un et l’autre mot, la canaille et les délicats, c’était presque tout un. On ne distinguait pas encore, selon le mot d’Horace, la plaisanterie spirituelle de l’insolente rusticité. La curiosité de l’intelligence, vivement éveillée, capable de goûter les finesses de l’alexandrinisme, était en avance, pour ainsi dire, sur la rudesse des mœurs et la vulgarité des habitudes mondaines. Quand on grattait ces soupeurs qui savaient apprécier les jolies bagatelles du poète, on retrouvait le paysan du Latium, qui s’égayait, au moment du vin, à faire le mouchoir. La raillerie, comme à la campagne, s’attaquait surtout aux défauts ou disgrâces physiques. Je sais bien que, jusque dans Horace, la grossièreté du vieux temps continuera de s’étaler, mais ce ne sera plus de la même manière naïvement impudente. Au temps de Catulle, la délicatesse n’avait pas encore passé de l’esprit dans les manières. Quand il s’élevait seulement un nuage sur les amours du poète et de sa Lesbie, le docte traducteur de Callimaque s’échappait en injures de corps de garde. Cette société très corrompue ne s’était pas encore assimilé la civilisation grecque. Elle s’essayait à la politesse, elle n’y touchait pas encore. Et sous son élégance toute superficielle, elle manquait étrangement de goût. — Il me paraît que, si l’on examinée quel moment de notre histoire la plupart de ces traits conviennent, on trouvera que c’est au XVIe siècle, dans le temps précis que le contact des mœurs italiennes opérait sur la cour des Valois le même effet qu’à Rome, sur les contemporains de César, le contact des mœurs de la Grèce.

Ferdinand Brunetière
Revue littéraire
À propos d’une traduction de Catulle
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 54 –  1882

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SONNET SHAKESPEARE 35 No more be griev’d at that which thou hast done

LES SONNETS DE SHAKESPEARE THE SONNETS
THE SONNETS – LES SONNETS

Illustration du Phénix par Friedrich Justin Bertuch
*


WILLIAM SHAKESPEARE
[1564 – 1616]

Traduction JACKY LAVAUZELLE

**

SONNET 35

The Sonnets SHAKESPEARE
Les Sonnets de SHAKESPEARE
No more be griev’d at that which thou hast done

Ne sois plus affligée de ce que tu as fait

1598 

**

*

No more be griev’d at that which thou hast done:
Ne sois plus affligée de ce que tu as fait ;
Roses have thorns, and silver fountains mud:
Les roses ont des épines et des fontaines argentées de la boue :…

*

 

*****************

SHAKESPEARE SONNET 35

LES SONNETS DE SHAKESPEARE THE SONNETS

Kubla Khan de SAMUEL TAYLOR COLERIDGE

***

Samuel Taylor Coleridge Traduction Jacky Lavauzelle

LITTERATURE ANGLAISE -English Literature – English poetry

SAMUEL TAYLOR COLERIDGE
Devon 21 octobre 1772 – Londres 25 juillet 1834

Traduction – Translation

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

French and English text
texte bilingue français-anglais

 







Samuel Taylor Coleridge Traduction Jacky Lavauzelle

*****

Samuel Taylor Coleridge Traduction Jacky Lavauzelle

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SAMUEL TAYLOR COLERIDGE

 

KUBLA KHAN

 




IN Xanadu did Kubla Khan
À  Xanadu, Kubla Khan
A stately pleasure-dome decree:
Fit bâtir un majestueux dôme de plaisir :
Where Alph, the sacred river, ran
Où Alphée, la rivière sacrée, coulait
Through caverns measureless to man
A travers des cavernes sans mesure pour l’homme
Down to a sunless sea.
Pour se livrer à une mer sans soleil.
So twice five miles of fertile ground
Deux fois cinq miles de terrain fertile
With walls and towers were girdled round
Par des murs et par des tours furent entourés.

 




*

And there were gardens bright with sinuous rills
Ce fut des jardins lumineux où étincelaient de sinueux ruisseaux
 Where blossomed many an incense-bearing tree;
Où s’épanouissaient tant d’arbres porteurs d’encens ;
And here were forests ancient as the hills,
Des antiques forêts sur d’antiques collines,
Enfolding sunny spots of greenery.
Caressaient les verdures ensoleillées.




*

But oh! that deep romantic chasm which slanted
Mais oh ! Ce profond gouffre romantique profond dérivait
Down the green hill athwart a cedarn cover!
Au fond de la verte colline, à travers la canopée de cèdres !
A savage place! as holy and enchanted
Lieu sauvage ! Sacré et enchanté
As e’er beneath a waning moon was haunted
Que nulle lune décroissante ne fut jamais autant hantée
 By woman wailing for her demon-lover!
Par une femme pleurant son démoniaque amant !
And from this chasm, with ceaseless turmoil seething,
Et de ce gouffre, aux incessants tumultes,




As if this earth in fast thick pants were breathing,
Comme si cette terre respirait en souffles saccadés,
A mighty fountain momently was forced;
Une puissante fontaine par moment s’évadait ;
Amid whose swift half-intermitted burst
Au cœur de ces éclats à demi étouffés
Huge fragments vaulted like rebounding hail,
De monstrueux fragments éructaient comme la grêle




Or chaffy grain beneath the thresher’s flail:
Comme le grain sous le fléau de la batteuse :
And ‘mid these dancing rocks at once and ever
Et à mi-hauteur de ces roches dansantes
 It flung up momently the sacred river.
Se découvrait la rivière sacrée.
   Five miles meandering with a mazy motion
Sur cinq miles serpentait nonchalamment
Through wood and dale the sacred river ran,
Au cœur des forêts et du vallon, glissait la rivière sacrée,
Then reached the caverns measureless to man,
Pour se cacher dans les cavernes sans mesure pour l’homme,
And sank in tumult to a lifeless ocean:
Et se livrer ensuite à un océan sans vie :
And ‘mid this tumult Kubla heard from far
Et au milieu de ce tumulte, Kubla entendit de loin
Ancestral voices prophesying war!
Des voix ancestrales prophétisant la guerre !



*
The shadow of the dome of pleasure
L’ombre du dôme de plaisir
 Floated midway on the waves;
Flottait à mi-chemin sur les vagues ;
Where was heard the mingled measure
Où s’entendaient les mesures emmêlées
 From the fountain and the caves.
De la fontaine et des grottes.




  It was a miracle of rare device,
C’était une vision miraculeuse et rare,
A sunny pleasure-dome with caves of ice!
Un dôme de plaisir ensoleillé avec des grottes de glace !
A damsel with a dulcimer
Une jeune fille avec une cithare
In a vision once I saw:
Dans ma vision prit sa place :

*




It was an Abyssinian maid,
Une servante abyssinienne,
.And on her dulcimer she played,
Par sa cithare, la  musicienne,
Singing of Mount Abora.
Jouait un air du Mont Abora.
Could I revive within me
Pourrais-je retrouver en moi




Her symphony and song,
Sa symphonie et sa chanson,
To such a deep delight ‘twould win me
Car me gagna un tel plaisir fécond
That with music loud and long,
Par cet air puissant et profond,
  I would build that dome in air,
Que je construirais ce dôme dans l’air,
That sunny dome! those caves of ice!
Ce dôme ensoleillé ! Ces grottes de glace !
And all who heard should see them there,
Et tous ceux qui l’entendent devraient les voir là-bas,
And all should cry, Beware! Beware!




Et tous devrait pleurer, Attention ! Attention!
 His flashing eyes, his floating hair!
A ses yeux étincelants, à ses cheveux aériens !
Weave a circle round him thrice,
Tisse  un cercle tout autour de lui,
 And close your eyes with holy dread,
Et ferme les yeux pleins d’une sainte terreur,
For he on honey-dew hath fed,
Car il se nourrit de miel,
 And drunk the milk of Paradise.
Et boit le lait du Paradis.



*************

Samuel Taylor Coleridge Traduction Jacky Lavauzelle

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KUBLA KHAN
de
SAMUEL TAYLOR COLERIDGE

Samuel Taylor Coleridge Traduction Jacky Lavauzelle

L’ÎLE DES CHASSEURS D’OISEAUX de PETER MAY (TRILOGIE ECOSSAISE) – Critique

*****
L’ÎLE DES CHASSEURS D’OISEAUX
Editions du Rouergue -2009
Traduction de Jean-René Dastugue 
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PETER MAY

CRITIQUE

UNE HISTOIRE DANS LE TROU DU CUL DU MONDE

L’inspecteur Fin Macleod est touché, pas encore coulé.
Il vient de perdre son fils de huit ans dans un accident avec un chauffard toujours en fuite.
Prostré, en pleine confusion, c’est un être seul que son chef envoie sur les lieux de son enfance, dans le pays de son enfance : Île de Lewis.
Une île que le temps ne voit pas, une île qui semble être abandonnée par l’Histoire. Sans récit. Sans narration. Empesée dans la glace et dans les vents. Imbriquée dans la nuit et dans le froid. Une histoire dans ce trou noir du monde, dans ce trou du cul du monde.




Peter May (né en 1951 à Glasgow) dans ce premier volet de sa Trilogie Ecossaise (viendront L’Homme de Lewis, Le Rouergue, 2011  –  The Lewis Man, 2012), Le Braconnier du lac perdu, Le Rouergue, 2012  – The Chessmen, 2013) joue les allers-retours incessants avec le même et le différent, les êtres différents de son enfance dans un pays qui semble ne pas avoir changer. … le suspense est davantage dans la découverte du passé de Macleod que dans la résolution de l’enquête. Une remontée dans le temps dans cette île hors du temps.
Peter May nous plonge dans ce nord de la Grande-Bretagne. En Ecosse. Au nord de l’Ecosse. Dans l’archipel des Hébrides.




L’espace se glace.
Le temps aussi qui ne s’y retrouve plus.
Le vent, de vieux pneus, nuages bas, « quelque part derrière le brouillard »,de sombres édifices, les odeurs, la brise, de lents et de longs enfermements.
Le gris avant tout, «  tout le long de Church Street, jusqu’au port, des petits paniers de fleurs suspendus se balançaient dans le vent, sans doute pour essayer de mettre un peu de couleur dans les vies passablement tristes. »
Et autour de ce gris, le gris de la prison de l’île : « j’aurais une chance d’aller à l’université, une chance de m’échapper. » Et tout est emprisonné.
Le coupable est déjà un peu jugé. « il commanda une pinte et s’appuya au bar en attendant que la serveuse la tire.




Il avait l’impression d’être enfermé dans une bulle invisible
. » Et au-delà du gris, le noir de la tourbe et le sombre des cœurs « la lumière avait été chassée du ciel de la fin d’après-midi par des nuages menaçants qui s’étaient rassemblés plus tôt au-dessus de l’océan ». Nous sommes dans les veines des Blackhouses.
La terre est lourde, l’air est lourd.
«J’avais l’impression d’avoir passé mes dernières années dans l’obscurité, écrasé par un poids énorme. »
L’aspect polar reste donc éminemment secondaire.
Accessoire.
C’est une histoire d’’ambiance étouffée où les respirations et les éclaircies se font dans les intermittences du gaélique, les feux de tourbe.
Avant de retrouver et de retomber dans les contraintes religieuses strictes, les perspectives d’avenir bouchées pour les jeunes, le chômage, l’alcool, la rudesse des hommes, certaines pratiques ancestrales barbares perpétuées au nom de ‘rite initiatique’ pour les garçons de dix-huit ans, la résignation des femmes, leur complicité muette, y compris chez les plus fortes et déterminées.

Jacky Lavauzelle




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L’ÎLE DES CHASSEURS D’OISEAUX
de
PETER MAY
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CRITIQUE