Archives par mot-clé : musée du louvre

LA BEAUTE – Poème de Constantin Cavafis – Καβάφης – Έτσι πολύ ατένισα

Poème de Constantin Cavafis
Gr
èce – Ελλάδα

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Traduction Jacky Lavauzelle*******

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Constantin Cavafy poèmes
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LITTERATURE GRECQUE
POESIE GRECQUE

Ελληνική λογοτεχνία
Ελληνική ποίηση

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Constantin Cavafy – Constantin Cavafis
Καβάφης
1863 – 1933

Traduction Jacky Lavauzelle

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Traduction Jacky Lavauzelle


LES POEMES GRECS

Έτσι πολύ ατένισα
LA BEAUTE
1917  

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Cavafy Trad Jacky Lavauzelle Ingres
Jean-Auguste-Dominique Ingres, La Grande Odalisque,1814, musée du Louvre

 

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Την εμορφιά έτσι πολύ ατένισα,
La beauté m’a tant submergé,
που πλήρης είναι αυτής η όρασίς μου.
que ma vision pour toujours en est changée.
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Γραμμές του σώματος. Κόκκινα χείλη. Μέλη ηδονικά.
Lignes des corps. Lèvres rouges. Membres jouisseurs.
Μαλλιά σαν από αγάλματα ελληνικά παρμένα∙
Cheveux de statues grecques,
πάντα έμορφα, κι αχτένιστα σαν είναι,
toujours superbes, indescriptibles,
και πέφτουν, λίγο, επάνω στ’ άσπρα μέτωπα.
retombant à peine sur un front blanc.
Πρόσωπα της αγάπης, όπως τα ‘θελεν
Des visages d’amour, comme le voulait
η ποίησίς μου… μες στες νύχτες της νεότητός μου,
ma poésie … dans les nuits de ma jeunesse,
μες στες νύχτες μου, κρυφά συναντημένα…
dans mes nuits, secrètement rencontrés …

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Καβάφης
Traduction Jacky Lavauzelle

ARTGITATO
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LA POESIE GRECQUE EN GRECE 

Le langage est ce qu’il y a en Grèce de plus antique. C’est un grand charme pour celui qui a voué un culte à l’antiquité grecque d’entendre parler grec autour de lui, de reconnaître dans les conversations d’un guide ou d’un marinier tel mot qu’il n’avait jusque-là rencontré que dans Homère. Il semble alors qu’on est réellement transporté dans la Grèce antique ; on est tenté de dire aux passans, comme Philoctète à ses compatriotes retrouvés dans Lemnos : je veux vous entendre, et de s’écrier comme lui, ô langage bien aimé ! Mais, pour se livrer à ce transport, il faudrait, dira-t-on, que ce langage fût celui des anciens Hellènes, et non pas un dérivé imparfait que défigure une prononciation bizarre. A cela on peut répondre : Quant à la prononciation, il n’y a pas de raison pour que les descendans de Périclès adoptent le système qu’un savant Hollandais a imaginé au XVIe siècle. Du reste la question est délicate et ne saurait être traitée ici. Qu’il suffise d’affirmer que plusieurs règles de prononciation, adoptées par les Grecs modernes, remontent à la plus haute antiquité, et que l’on trouve déjà dans le second siècle de notre ère des exemples de l’iotacisme, c’est-à-dire de ê, ei, oi, prononcés i, bien que l’iotacisme ne paraisse avoir été définitivement et complètement constituée qu’au Xe ou XIe siècle.

Dans le langage populaire de certaines parties de la Grèce, on retrouve quelques vestiges des dialectes qui y furent parlé autrefois. En général, les anciens dialectes grecs ont péri par suite de la conquête, qui les a éteints avec la vie locale des pays subjugués. Cependant ils n’ont pas disparu entièrement ; on retrouve des traces assez nombreuses du dialecte œolien dans la Béotie et la Phocide, et dans un canton montagneux du Péloponèse, la Tzaconie, le dialecte dorien s’est merveilleusement conservé un certain nombre de mots grecs oubliés par le temps ont été remplacés dans l’usage par une autre expression : ainsi, trecho, courir, au lieu de dremo ; au lieu d’artos, pain, psomi. Eh bien ! il arrive que le vieux mot grec oublié se retrouve dans un coin de la Grèce, par exemple dremo dans les villages du Parnasse…

Jean-Jacques Ampère
La poésie grecques en Grèce
Seconde Partie
Revue des Deux Mondes, tome 7, 1844

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Καβάφης
Constantin Cavafy – Constantin Cavafis
Έλληνα ποιητή
Poème de Cavafy

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Ô terre d’Ionie (IONIEN) Poème de Constantin Cavafis – Ιωνικόν – Καβάφης

Poème de Constantin Cavafis
Gr
èce – Ελλάδα

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Traduction Jacky Lavauzelle*******

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Constantin Cavafy poèmes
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LITTERATURE GRECQUE
POESIE GRECQUE

Ελληνική λογοτεχνία
Ελληνική ποίηση

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Constantin Cavafy – Constantin Cavafis
Καβάφης
1863 – 1933

Traduction Jacky Lavauzelle

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Traduction Jacky Lavauzelle


LES POEMES GRECS

Ô terre d’Ionie
(IONIEN)
Ιωνικόν  

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Traduction Jacky Lavauzelle
Médaillon d’un kylix attique, Peintre de Kleomelos, 510-500 av. J.-C., musée du Louvre

 

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Γιατί τα σπάσαμε τ’ αγάλματά των,
Pourquoi avons-nous brisé leurs statues,
γιατί τους διώξαμεν απ’ τους ναούς των,
pourquoi les avoir chassés de leurs temples ?
διόλου δεν πέθαναν γι’ αυτό οι θεοί.
Les dieux ne sont pas morts pour autant.
Ω γη της Ιωνίας, σένα αγαπούν ακόμη,
Ô terre d’Ionie, ils t’aiment toujours,
σένα η ψυχές των ενθυμούνται ακόμη.
leurs âmes se souviennent encore de toi.
Σαν ξημερώνει επάνω σου πρωί αυγουστιάτικο
Quand se lève sur toi les matins d’août
την ατμοσφαίρα σου περνά σφρίγος απ’ την ζωή των·
ton atmosphère s’emplit vigoureusement de leurs vies ;
και κάποτ’ αιθερία εφηβική μορφή,
et une forme éthérée d’éphèbe,
αόριστη, με διάβα γρήγορο,
fugace et indéfinissable,
επάνω από τους λόφους σου περνά.
plane au-dessus de tes collines.

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Καβάφης
Traduction Jacky Lavauzelle

ARTGITATO
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LA POESIE GRECQUE EN GRECE 

Le langage est ce qu’il y a en Grèce de plus antique. C’est un grand charme pour celui qui a voué un culte à l’antiquité grecque d’entendre parler grec autour de lui, de reconnaître dans les conversations d’un guide ou d’un marinier tel mot qu’il n’avait jusque-là rencontré que dans Homère. Il semble alors qu’on est réellement transporté dans la Grèce antique ; on est tenté de dire aux passans, comme Philoctète à ses compatriotes retrouvés dans Lemnos : je veux vous entendre, et de s’écrier comme lui, ô langage bien aimé ! Mais, pour se livrer à ce transport, il faudrait, dira-t-on, que ce langage fût celui des anciens Hellènes, et non pas un dérivé imparfait que défigure une prononciation bizarre. A cela on peut répondre : Quant à la prononciation, il n’y a pas de raison pour que les descendans de Périclès adoptent le système qu’un savant Hollandais a imaginé au XVIe siècle. Du reste la question est délicate et ne saurait être traitée ici. Qu’il suffise d’affirmer que plusieurs règles de prononciation, adoptées par les Grecs modernes, remontent à la plus haute antiquité, et que l’on trouve déjà dans le second siècle de notre ère des exemples de l’iotacisme, c’est-à-dire de ê, ei, oi, prononcés i, bien que l’iotacisme ne paraisse avoir été définitivement et complètement constituée qu’au Xe ou XIe siècle.

Dans le langage populaire de certaines parties de la Grèce, on retrouve quelques vestiges des dialectes qui y furent parlé autrefois. En général, les anciens dialectes grecs ont péri par suite de la conquête, qui les a éteints avec la vie locale des pays subjugués. Cependant ils n’ont pas disparu entièrement ; on retrouve des traces assez nombreuses du dialecte œolien dans la Béotie et la Phocide, et dans un canton montagneux du Péloponèse, la Tzaconie, le dialecte dorien s’est merveilleusement conservé un certain nombre de mots grecs oubliés par le temps ont été remplacés dans l’usage par une autre expression : ainsi, trecho, courir, au lieu de dremo ; au lieu d’artos, pain, psomi. Eh bien ! il arrive que le vieux mot grec oublié se retrouve dans un coin de la Grèce, par exemple dremo dans les villages du Parnasse…

Jean-Jacques Ampère
La poésie grecques en Grèce
Seconde Partie
Revue des Deux Mondes, tome 7, 1844

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Καβάφης
Constantin Cavafy – Constantin Cavafis
Έλληνα ποιητή
Poème de Cavafy

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LA PESTE DE BERGAME – Pesten i Bergamo – DE JENS PETER JACOBSEN – 1882

Denmark– Danemark – Danmark
arbejde Jens Peter JACOBSEN

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Traduction Jacky Lavauzelle*******

Traduction – Texte Bilingue

Jens Peter JACOBSEN

Poésie
Poesi


LITTERATURE DANOISE
POESIE DANOISE

dansk litteratur
dansk poesi
danske digte

Jens Peter JACOBSEN
1847-1885

Traduction Danois Jacky Lavauzelle

Traduction Jacky Lavauzelle


LES POEMES & NOUVELLES
DE JENS PETER JACOBSEN

LA PESTE DE BERGAME
Pesten i Bergamo
1882
(Mogens og andre Noveller)

KJØBENHAVN – GYLENDALSKE BOGHANDELS FORLAG (F HEGEL & SØN) – THIELES BOGTRYKKERI

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Traduction Jacky Lavauzelle
Nicolas Poussin, La Peste à Ashdod, 1630-1631, Musée du Louvre

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Der var Gammel-Bergamo oppe paa Toppen af et lavt Bjærg, i Hegn bag Mure og Porte, og der var det nye Bergamo nede ved Bjærgets Fod, aabent for alle Vinde.
Si le vieux Bergame se dressait au sommet d’un vallon, derrière une muraille, le nouveau Bergame tapissait le pied d’une colline offerte à tous les vents.

En Dag brød Pesten ud dernede i den nye By og greb frygteligt om sig;
Un jour, la peste s’est abattue terriblement sur la nouvelle ville ;
der døde en Mængde Mennesker og de andre flygtede bort udover Sletten, ad alle Verdens fire Hjørner til.
Nombreux périrent et d’autres fuirent au delà de la plaine, aux quatre coins du monde.
Og Borgerne i Gammel-Bergamo stak Ild paa den forladte By for at rense Luften, men det hjalp ikke, de begyndte ogsaa at dø oppe hos dem, først en om Dagen, saa fem, saa ti og saa en Snes, og da det var paa sit Højeste mange fler endnu.
Et les citoyens du Vieux Bergame incendièrent la ville abandonnée afin d’y purifier l’air, mais cela fit rien, car ils commencèrent à leur tour à mourir, d’abord au rythme d’un par jour, puis de cinq à dix, et puis plus encore les jours qui suivirent.

Og de kunde ikke flygte saadan som de i den nye By havde gjort.
Et eux ne pouvaient pas s’échapper comme l’avaient fait ceux de la ville nouvelle.

Der var jo de, der forsøgte det, men de kom til at leve et Liv som det jagede Dyrs, med Skjul i Grøfter og Stenkister, under Hegn og inde i de grønne Marker;
Il y avait ceux qui le tentèrent, mais vécurent une vie d’animal traqué, se cachant dans les fossés et les grottes, derrière les barrières et errant à travers les verts pâturages ;
for Bønderne, der baade det ene Sted og det andet havde faaet Pesten bragt i Gaarde af de første Flygtninge, de stenede hver fremmed Sjæl, de traf, bort fra deres Enemærker, eller slog dem ned som gale Hunde uden Naade eller Barmhjærtighed, i retfærdigt Nødværge som de mente.
car les paysans les pourchassaient inlassablement en les battant comme des chiens enragés, sans aucune pitié ni humanité.

De maatte blive hvor de var de Folk fra Gammel-Bergamo, og Dag for Dag blev det varmere i Vejret og Dag for Dag blev den gruelige Smitte gridskere og gridskere i sit Tag.
Ils devaient donc rester là, dans le vieux Bergame, où de jour en jour la température devenait plus chaude et l’horrible contamination s’étendait inéxorablement.
Forfærdelsen steg op som til Galenskab, og hvad der havde været af Orden og ret Regimente, det var som om Jorden havde slugt det og sendt det Værste istedet.
La panique et la déraison régnaient, et tout ce qui ressemblait à de la justice et à de la raison semblait avoir été avalé et échangé à la place par le pire mal de la pire espèce.

Lige i Begyndelsen, da Pesten kom paa, havde Folk sluttet sig sammen i Enighed og Samdrægtighed, havde været paa Vagt efter at Ligene blev ordenlig og godt begravede, og havde hver Dag sørget for, at der blev tændt store Baal af Ild paa Torve og Pladser, at den sunde Røg kunde drive gjennem Gaderne.
Au début de la peste, les gens étaient unis et raisonnés, vigilants à bien enterrer corps, et organisaient chaque jour de grands feux à travers les rues.
Enebær og Eddike var der bleven delt ud til de Fattige, og fremfor Alting havde Folk søgt til Kirkerne aarle og silde, enkeltvis og i Optog, hver Dag havde de været inde for Gud med deres Bønner, og hver Aften, naar Solen gik i Bjærge, havde alle Kirkernes Klokker raabt klagende imod Himlen fra deres hundrede svingende Svælg. 
Des mûres et du vinaigre étaient distribués aux plus pauvres, mais surtout, les gens se ruaient dans les églises, seuls ou en groupe, chaque jour, pour prier Dieu et chaque soir, quand le soleil déclinait derrière les montagnes, toutes les cloches de l’église claironnaient vigoureusement comme des suppliques qu’elles adressaient au ciel.
Og Faster var der bleven paabudt og Relikvierne havde hver Dag staaet stillet frem paa Altrene.
Et désormais le jeûne était de rigueur, et de nouvelles reliques étaient présentées tous les jours sur les autels.

Endelig en Dag, de ikke vidste mere at gjøre, havde de fra Raadhusets Altan, under Basuners og Tubers Klang, udraabt den hellige jomfru til Podesta eller Borgmester over Byen, nu og evindelig.
Enfin, un jour, ne sachant plus quoi faire de plus, à l’hôtel de ville, du balcon, au son des trompettes et des tambours, ils proclamèrent la sainte Vierge grande protectrice de la cité, maintenant et pour toujours.

Men det hjalp Altsammen ikke; der var Ingenting der hjalp.
Mais cela resta sans effets ; Il n’y avait donc plus rien à espérer.

Og da Folk fornam det og efterhaanden blev faste i den Tro, at Himlen enten ikke vilde hjælpe eller ikke kunde, da ikke blot lagde de Hænderne i Skjødet, sigende, at Alting maatte komme som det komme skulde, nej, men det var som om Synden fra en dulgt og snigende Sot var bleven en ond og aabenbar, rasende Pest, der Haand i Haand med den legemlige Farsot higed efter at slaa Sjælen ihjel, ligesom denne efter at lægge deres Kroppe øde.
Mais quand les gens comprirent que l’aide ne viendrait pas du ciel, peut-être parce qu’il ne pouvait rien y faire ou bien parce qu’il ne le voulait pas, ils décidèrent de prendre leur destinée en main ; et alors, tout le péché enseveli et hideux ressurgit et devint un fléau si furieux et une peste nouvelle si violente qu’elle ravagea les âmes aussi bien que la première avait détruit leurs corps.
Saa utrolige vare deres Gjerninger, saa uhyre deres Forhærdelse.
La malédiction planait sur chacune de leurs œuvres .
Luften var fuld af Bespottelse og Ugudelighed, af Fraadseres Stønnen og Drankeres Hyl, og den vildeste Nat var ikke sortere af Uteerlighed end deres Dage var det.
L’air s’emplissait de moquerie blessante et de méchanceté, de gémissements orgiaques et du beuglement des ivrognes, et la nuit la plus folle et insensée n’était rien en comparaison de ces jours.

« Idag ville vi æde, thi imorgen skulle vi dø! » 
« Aujourd’hui ripaillons, car demain nous allons mourir ! »
— Det var som havde de sat det ud efter Noder, at spille paa mangfoldige Instrumenter i een uendelig Helvedeskoncert.
Cette ritournelle s’entendait constamment dans un interminable et infernal concert.
 Ja, havde ikke alle Synder forud været opfundne, saa var de blevet det her, for der var ikke den Vej, de jo vendte sig hen i deres Forkerthed.
Oui, si tous les péchés n’avaient pas été inventés auparavant, ils auraient été inventés pendant cette trouble période.
De unaturligste Laster florerede iblandt dem, og selv saadanne sjældne Synder som Nekromantia, Troldom og Djævlepaakaldelse var dem velbekjendte, thi de vare mange, som tænkte hos Helvedes Magter at faa den Beskyttelse, Himlen ikke havde villet yde.
Les pratiques surnaturelles fleurissaient parmi eux, et même des péchés aussi rares que la nécromancie, la sorcellerie et le satanisme leur étaient désormais bien connus, car nombreux se soumettaient aux pouvoirs de l’enfer afin d’avoir la protection que le ciel leur refusait.

Alt hvad der hed Hjælpsomhed eller Medlidenhed var forsvundet af Sindene, Enhver havde kun Tanke for sig selv.
Tout ce qu’on appelait bienveillance ou compassion avait disparu des esprits, tout le monde ne pensait qu’à lui-même.
Den Syge blev set paa som Alles fælles Fjende, og hændte det en Stakkel, at han faldt om paa Gaden, mat af Pestens første Febersvimmel, der var ikke en Dør, der aabnede sig for ham, men med Spydestik og med Stenkast blev han tvungen til at slæbe sig bort fra de Sundes Vej.
Le malade était considéré comme un ennemi commun, et si un malheureux tombait dans la rue, ressentant la première fièvre de la peste, plus une porte ne s’ouvrait à lui ; bien au contraire, il se trouvait écarté à l’aide d’une lance et par un jet de pierre forcé à faire demi-tour.

Og Dag for Dag tog Pesten til, Sommersolen brændte ned over Byen, der faldt ikke en Regndraabe, der rørte sig ikke en Vind, og af Lig, der laa og raadnede i Husene, og af Lig, der var ilde skjult i Jorden, avledes der en kvælende Stank, som blandede sig med Gadernes stillestaaende Luft og lokked Ravne og Krager til i Sværme og i Skyer, saa der var sort af dem paa Mure og paa Tage.
Et de jour en jour, la peste croissait et faisait des ravages, le soleil d’été inondait et brûlait la ville, il ne pleuvait plus depuis bien longtemps, le vent ne soufflait plus, la lumière pénétrait dans les maisons sur des corps qui jonchaient à même la terre. Il y avait une puanteur incommensurable qui se mêlait à l’air fétide des ruelles et attirait des nuées d’innombrables corbeaux, noircissant les toits des maisons.
Og rundt omkring paa Stadens Ringmur sad der enkeltvis underlige, store, udenlandske Fugle, langvejs fra, med rovlystne Næb og forventningsfuldt krummede Kløer, og de sad og saae med deres rolige, gridske Øjne indover, som biede de kun paa, at den ulykkelige By skulde blive een stor Aadselkule.
Autour des murailles de la ville, il y avait des d’étranges oiseaux, immenses, venus de loin, aux becs démesurés et aux puissantes serres largement incurvées, et ils regardaient, les yeux déterminés et songeurs, comme s’ils attendaient que tombe cette malheureuse ville comme tomberait un fruit totalement pourri.

Saa var det Elleveugersdagen efter at Pesten var udbrudt, at Taarnvægterne og andre Folk, der var tilvejrs paa høje Steder, kunde se et sælsomt Tog bugte sig fra Sletten ind igjennem den nye Byes Gader, mellem de røgsværtede Stenmure og Træskurenes sorte Askedynger.
Puis, onze semaines après, la peste régnait encore, les vigiles, qui se trouvaient sur les hauteurs, aperçurent un étrange phénomène qui rampait de la plaine à travers les rues de la nouvelle ville, entre les murs de pierre calcinés et les restes de déchets noircis.
En Mængde Mennesker!
Une foule de gens !
vist henved de sekshundrede eller fler, Mænd og Kvinder, Gamle og Unge, og de havde store, sorte Kors imellem sig og brede Bannere over sig, røde som Ild og Blod.
Peut-être six cents personnes, voire plus, hommes, femmes, vieux et jeunes, et qui portaient de grandes croix noires et de larges bannières rouges, comme peintes de feu et de sang.
De synger imens de gaar, og sære fortvivlelsesfuldt klagende Toner bæres op igjennem den stille, lummervarme Luft.
Ils chantaient d’étranges et tragiques complaintes qui se faisaient entendre dans ce pesant air silencieux et torride.

Brune, graa, sorte er deres Dragter, men Alle har de et rødt Mærke paa Brystet.
Marrons, gris, noirs étaient leurs costumes, mais tous portaient une marque rouge sur leur poitrine.
Et Kors er det da de kommer nærmere.
Une croix se dessinait à mesure qu’ils se rapprochaient.
For de kommer stadigt nærmere.
Ils se rapprochaient toujours et encore de la vieille ville.
De presser sig op ad den stejle, murindhegnede Vej, som fører op til den gamle By.
Ils se faufilaient sur la route escarpée qui y mène.
Der er et Mylder af deres hvide Ansigter, de har Svøber i Hænderne, der er en Ildregn malet af paa deres røde Faner.
Il y avait une multitude de visages livides et pâles, qui tenaient dans leurs mains des fanions rouges où figuraient des torrents de feu.
Og de sorte Kors svinger til den ene Side og til den anden i Trængslen.
Et des croix noires se balançaient d’un côté et de l’autre en détresse au-dessus des têtes.

En Lugt stiger op fra den sammenstuvede Hob, af Sved, af Aske, af Vejstøv og gammel Kirkerøgelse.
Une odeur émergeait de ce bloc compact, une odeur de sueur et de cendres, de poussière et des fragrances d’église.
De synger ikke mer, de taler ikkeheller, blot den samlede trippende, hjordeagtige Lyd af deres nøgne Fødder.
Ils ne chantaient plus, ils ne parlaient pas, ils s’étaient tus et il ne restait que le bruit de leurs pieds nus sur la terre.

Ansigt ved Ansigt dukker ind i Taarnportens Mørke, og kommer ud i Lyset igjen paa den anden Side, med lystrætte Miner og halvvejs lukkede Laag.
Un face à face se fit entre l’obscurité de la porte de la tour d’un côté et la lumière des torches de l’autre côté.

Saa begynder Sangen igjen:
Puis la chanson recommença :
et Miserere, og de knuger Svøben og gaar stærkere til som ved en Krigssang.
un Miserere, et ils serraient leur fléau fermement et marchaient comme s’il s’agissait d’une chanson guerrière.

Som de kom fra en udhungret By ser de ud, Kinderne er hule paa dem, deres Kindben staar frem, der er ingen Blod i deres Læber og de har mørke Ringe under Øjnene.
Comme s’ils venaient d’une ville surpeuplée, joues creuses et pommettes décharnées, le sang ne semblait plus couler dans leurs lèvres, au-dessus desquels se dessinaient de larges yeux noirs creusés.

De fra Bergamo er stimlet sammen og ser paa dem med Forundring og med Uro.
Ceux de Bergame tremblaient et les regardaient avec effroi et agitation.
Røde, forsvirede Ansigter staa mod disse blege;
Leurs visages rouges et avinés s’opposaient à l’extrême à ces pâles visages carnassiers ;
sløve, utugtsmatte Blikke sænkes for disse hvasse, flammende Øjne;
Leurs yeux fatigués et repus se baissaient devant ces yeux pâles et intenses ;
grinende Bespottere glemme Munden aaben over disse Hymner.
Leurs rires bâtards s’évanouissaient devant ces hymnes pleines de foi.

Og der er Blod paa alle de Svøber af deres!
Et il y avait du sang sur tous les fléaux !

Folk blev ganske underlig tilmode over disse Fremmede.
Les deux populations ne pouvaient pas être plus étranges l’une à l’autre.

Men det varede ikke længe, før man fik det Indtryk rystet af sig.
Mais il ne fallut pas longtemps avant que le calme ne soit ébranlé. Der var Nogle, der havde kjendt en halvgal Skomager fra Brescia igjen iblandt Korsdragerne, og straks var den hele Skare bleven til Latter ved ham.
On reconnu un cordonnier de Brescia parmi ceux qui portaient les croix, et tout de suite la foule devint moqueuse.
Imidlertid var det jo dog noget Nyt, en Adspredelse fra det dagligdags, og da de Fremmede marcherede afsted efter Domkirken, saa fulgte man efter, som man vilde fulgt efter en Bande Gjøglere eller efter en tam Bjørn.
Cependant, comme il s’agissait d’un spectacle bien étrange, ils suivirent des yeux les étrangers qui marchaient pour se rendre à la cathédrale, ils les suivaient, comme s’il s’agissait de forains ou de montreur d’ours apprivoisé.

Men alt som man gik og skubbedes, blev man forbitret, man følte sig saa nøgtern overfor disse Menneskers Højtidelighed, og man forstod jo meget godt, at disse Skomagere og Skrædere var kommet her for at omvende En, bede for En, og tale de Ord, man ikke vilde høre.
Mais comme chacun se bousculait, le foule de la vieille ville semblait insatisfaite et démunie devant la sobre assurance, la solennité de ces personnes et ils comprirent bien que ces cordonniers et ces tailleurs étaient venus ici pour les convertir, prier pour eux, pour prononcer des mots qu’ils ne voulaient pas entendre
Og der var to magre, graahaarede Filosofer, som havde sat Ugudeligheden i System, de hidsede Mængden og æggede den ret af deres Hjærters Ondskab, saa for hvert Skridt det gik mod Kirken, blev Mængdens Holdning mere truende, deres Vredesudbrud vildere, og der var kun lidt igjen, saa havde de lagt voldsom Haand paa disse fremmede Svøbeskrædere.

Et il y avait deux philosophes maigres aux cheveux gris, qui avaient pensé l’impiété en système, et avec toute  leur noire malice qui logeait dans leur cœur, excitèrent la populace de sorte qu’à mesure qu’ils approchaient de l’église l’attitude des habitants de la vieille ville devenait de plus en plus menaçante, prête à exploser dans une noire et sauvage colère, qu’il se fallut de rien pour que cela ne tourne au drame.
Men saa aabnede, ikke hundrede Skridt fra Kirkedøren, et Værtshus sine Døre, og en hel Flok Svirebrødre styrtede ud, den ene paa Ryggen af den anden, og de satte sig i Spidsen for Processionen og førte den syngende og vrælende med de naragtigst andægtige Gebærder, undtagen en af dem, som vendte Mølle indtil helt op ad Kirketrappens græsgroede Trin.
A cent pas de la porte de l’église, s’ouvrit la porte de la taverne, et un groupe de compagnons avinés se précipita en s’asseyant devant la procession en imitant leur chant et beuglant des gestes solennels de manière grotesque.
Saa lo man jo, og Alle kom fredeligt ind i Helligdommen.
Alors l’atmosphère se détendit, et tout vint plus paisible dans le sanctuaire.

Det var underligt at være der igjen, at skride hen igjennem dette store, kølige Rum, i denne Luft, der var ram af gammel Os fra Vokslystander, over disse indsunkne Fliser, Foden kjendte saa godt, og over disse Sten, hvis slidte Ornamenter og blanke Inskriptioner Tanken saa tidt havde trættet sig med.
Comme cela paraissait étrange d’être encore là, d’être là pour traverser cet espace large et frais, de baigner dans cet air saturé de vieux parfums de cire fondue, de marcher sur ces pierres où les pieds foulaient les ornements et inscriptions effacés.
Og medens nu Øjet halvt nysgjerrigt, halvt uvilligt lod sig lokke til Hvile i det bløde Halvlys under Hvælvingerne, eller gled hen over den dæmpede Brogethed af støvet Guld og tilrøgede Farver, eller kom til at fordybe sig i Alterkrogenes sære Skygger, saa kom der et Slags Længsel op, der ikke var til at holde nede.
L’œil curieux tentait soit de se reposer dans cette douce pénombre sous les voûtes, soit de parcourir les peintures aux couleurs estompées, soit de s’immerger dans les ombres particulières de l’autel.

Imidlertid drev de fra Værtshuset deres Uvæsen oppe ved selve Hovedalteret, og en stor og kraftig Slagter iblandt dem, en ung Mand, havde løst sit hvide Forklæde af og bundet sig det om Halsen, saa det hang som en Kaabe nedad hans Ryg, og saaledes holdt han Messe deroppe med de vildeste, vanvittigste Ord, fulde af Utugt og af Bespottelse;
Cependant, parmi ceux qui sortirent précédemment de la taverne, un grand et puissant jeune homme, avait dressé son tablier blanc de boucher et l’avait attaché au cou, de sorte qu’il pendait comme un chasuble dans son dos, et se tenait là qui, dans une mascarade, clamait les mots les plus fous, pleins de malice et de blasphème ;
 og en halvgammel lille Tyksak vims og væver, skjønt han var saa tyk, med et Ansigt som et flaaet Græskar;
et un petit homme plus âgé l’accompagnait et répondait à ses litanies grotesques par des chants plus odieux encore ;
 han var Degn og responderede med alle de liderligste Viser, der drev over Lande, og han knælede og han knigsede og vendte Bagdelen til Alteret og ringede med Klokken, som med en Narrebjælde, og slog Hjul om sig med Røgelsekarret;
il répondait tout en marchant de long en large, s’agenouillant, se retournant, sonnant la cloche comme un fléau de terreur, et tournant largement l’encensoir qui décrivait des volutes de fumée ;
og de andre Drukne laa langs ad Knæfaldet saa lange de var, brølende af Latter, hikkende af Drik.
et les autres, avinés, se tordaient de rire tout en beuglant des mots incompréhensibles.

Og hele Kirken lo og hujede, og hoverede over de Fremmede, og raabte til dem om at se godt efter, at de kunde blive kloge paa, hvad man regnede deres Vorherre for her i Gammel-Bergamo.
Et toute l’église se moquait devant les étrangers, les appelant à voir comment, dans le vieux Bergame, le bon Dieu était bien servi.
For det var jo ikke saa meget fordi man vilde Gud noget, at man jublede over Optøjerne, som fordi man glædede sig ved, hvad for en Braad i Hjærtet paa disse Hellige hver Bespottelse maatte være.
Ce n’était pas tellement contre Dieu qu’on en voulait et qu’étaient dirigées ces pitreries, mais on souhaitait toucher le moral et le cœur de ces saints qui venaient en pèlerinage.

Midt i Skibet holdt de Hellige sig, og de stønnede af Kvide, deres Hjærter kogte i dem af Had og Hævntørst, og de bad med Øjne og Hænder op til Gud, at han dog vilde hævne sig for al den Haan, der blev vist ham her i hans eget Hus, de vilde saa gjærne gaa til Grunde sammen med disse Formastelige, blot han vilde vise sin Magt;
Au milieu de la nef, les saints hommes se tenaient debout, gémissant, et dans leurs cœurs bouillonnaient en eux la haine et le ressentiment, et ils priaient avec des yeux et des mains levés vers Dieu, demandant à être vengé de toutes ces impiétés, ici, dans sa propre maison, afin de montrer sa toute puissance ;
med Vellyst vilde de knuses under hans Hæl, blot han vilde triumfere, og at Forfærdelse og Fortvivlelse og Anger, der var for silde, maatte komme til at skrige ud ad alle disse ugudelige Munde.
c’est avec félicité, qu’ils acceptaient eux aussi d’être écrasés sous son talon, car ainsi il triompherait, et ainsi l’horreur et le désespoir sortiraient en vociférant de ces bouches mauvaises.

Og de istemte et Miserere, der i hver Tone klang som et Raab efter den Ildregn, der kom ned over Sodoma, efter den Magt Samson havde, da han tog om Filisterhusets Søjler.
Et, quand ils entonnèrent un Miserere, chaque note sonnait comme un appel, une supplique à cette pluie de feu semblable à celle qui était descendue sur Sodome, avec la puissance de Samson quand il détruisit les colonnes du temple Philistin.
De bad med Sang og med Ord, de blottede Skuldrene og bad med deres Svøber.
Ils priaient autant avec des chants qu’avec des paroles, découvrant leurs épaules.
Der laa de knælende Række for Række, blottede til Bæltestedet, og svang de braaddede Rebknuder mod deres blodstrimede Rygge.
Là s’étendaient des rangées de pèlerins agenouillés, flagellant avec des cordes acérées et ferrées leurs dos nus.
Vilde og rasende huggede de til, saa Blodet stod i Stænk fra de hvinende Svøber.
Sauvages et furieux, alors qu’ ils intensifiaient leurs frappes, le sang coulait de plus en plus fort tintant de rouge vif les tourbillons des lannières.
Hvert Slag var et Offer til Gud.
Chaque frappe était un sacrifice à Dieu.
At de anderledes kunde slaa, at de kunde rive sig i tusinde blodige Stykker her for hans Øjne!
S’ils avaient pu se découper en des milliers de morceaux sanglants ici-même devant leurs yeux !

 Dette Legeme, hvormed de havde syndet imod hans Bud, det skulde straffes, pines, gjøres til Intet, at han kunde se, hvor de hadede det, at han kunde se, hvor de var Hunde for at tækkes ham, ringere end Hunde under hans Vilje, det laveste Kryb, der aad Støv under hans Fodsaal!
Que ce corps avec lequel ils avaient péché contre sa loi soit puni, torturé, annihilé, afin qu’il voit combien ils le détestaient, qu’il voit à quel point ils n’étaient plus que des chiens, moins que des chiens en réalité, et qu’ils ne valaient pas plus que le misérable insecte qui rampait dans cette poussière sous leur tabouret !

Og Slag paa Slag, til Armene faldt ned eller Krampen knytted dem i Knude. 
Et des coups aux coups répondaient, jusqu’à ce que les bras retombent comme retombent leurs fouets repus de sang.
Der laa de Række for Række, med vanvidsfunklende Øjne, med Fraadeskyer for deres Munde, med Blodet rislende ned ad deres Kjød.
Ils restaient immobiles, les yeux hagards, des filets de baves retombant de leurs bouches entrouvertes, avec ce sang qui recouvrait leur chair.

 Og de, som saae paa dette, følte med Et deres Hjærter banke, mærkede Varmen stige op i deres Kinder, og havde tungt ved at aande.
Et, ceux qui regardaient sentirent leur cœur battre, ressentant la chaleur monter sur leurs joues et devant faire de plus en plus d’effort pour respirer.
Det var ligesom om noget Koldt strammede sig hen under deres Hovedhud, og deres Knæ blev saa svage.
Quelque chose de froid parcourut leur tête, et leurs faibles genoux chancelèrent.
For dette greb dem;
Quelque chose se passait ;
der var et lille Vanvidspunkt i deres Hjærner, som forstod denne Galskab.
leur cœur comprenait cette folie.

Dette at føle sig som den vældige haarde Guddoms Træl, at sparke sig selv hen for hans Fødder, at være Hans, ikke i stille Fromhed, ikke i blide Bønners Uvirksomhed, men være det rasende, i en Selvfornedrelsens Rus, i Blod og Hyl og under vædeblinkende Svøbetunger, det var de oplagt til at forstaa, selv Slagteren blev stille, og de tandløse Filosofer dukkede deres graa Hoveder for de Øjne, de saae omkring sig.
Tout ceci pour ressentir ce Dieu ardent et puissant, ceci pour se soumettre à lui et à sa volonté, pour être sien, non pas dans le silence, non dans l’affliction des douces prières, mais au travers d’une furieuse souffrance, afin de trouver un abandon dans le sang et dans les chants, rougis sous les coups répétés de ces flagellations, même le boucher restait silencieux, et les philosophes édentés inclinèrent leurs têtes grises devant les yeux qui les observaient.

Og der blev ganske stille derinde i Kirken, kun en sagte Bølgen gik igjennem Hoben.
Alors le calme régna à nouveau dans l’église, seule une douce vague ondulante la traversa.

Da stod en iblandt de Fremmede, en ung Munk, op over dem og talte.
Puis, parmi les étrangers, un jeune moine se leva et parla.
Han var bleg som et Lagen, hans sorte Øjne glødede som Kul, der er ved at slukkes, og de mørke, smertehærdede Træk om hans Mund var som var de skaaret med en Kniv i Træ og ikke Folder i et Menneskes Ansigt.
Il était pâle comme un linceul, ses yeux noirs brillaient comme du charbon, et les traits sombres et douloureux de sa bouche étaient comme marqués profondément par un couteau de bois.

Han strakte de tynde, forlidte Hænder op mod Himlen i Bøn, og de sorte Kutteærmer gled ned om hans hvide, magre Arme.
Il étendit ses fines mains vers le ciel, et les manches noires de sa tenues glissèrent tout autour laissant apparaître de malingres bras blancs cadavériques.

Saa talte han.
Puis il parla.

Om Helvede, talte han, om at det var uendeligt som Himlen er uendelig, om den ensomme Verden af Pine, hver af de Fordømte har at gjennemlide og at fylde med sine Skrig, Søer af Svovl var der, Marker af Skorpioner, Flammer, der lagde sig om ham, som en Kaabe den lægger sig, og stille, hærdede Flammer, der borede sig ind i ham som et Spydsblad, der drejes rundt i et Saar.
Il parla de l’Enfer, il dit combien il était infini car le ciel lui-même est infini, il ajouta que chaque damné devra y pénétrer et se remplir, jusqu’au dégoût, de ses cris, traverser des lacs de soufre, marcher sur des nuées de scorpions, bloqué entre de gigantesques flammes qui prendront bien soin de lui, et le brûleront tout doucement et le perceront comme des lances qui s’enfoncent tranquillement mais profondément dans les plaies toujours ouvertes.

Der var ganske stille, aandeløse lyttede de efter hans Ord, for han talte, som havde han set det med sine egne Øjne, og de spurgte sig selv, er ikke denne en af de Fordømte, som er sendt til os op af Helvedes Gab for at vidne for os.
Ils restaient silencieux, écoutaient ses paroles, car, quand il parlait, il semblait avoir vécu ça de ses propres yeux, et ils se demandaient, s’il ne s’agissait pas en fait de l’un des damnés, renvoyé par l’Enfer, afin de porter témoignage au peuple.

Saa prædikede han længe om Loven og Lovens Strænghed, om at hver Tøddel i den skulde opfyldes, og om at hver Overtrædelse, hvori de havde gjort sig skyldig, skulde regnes dem lige indtil Lod og til Unze. 
Puis il a prêché longuement sur la loi et sur le pouvoir de la loi, qu’en tous points, elle devait être respectée, et que toute transgression serait condamnée.
Men Kristus er død for vore Synder, sige I, vi ere ikke mere under Loven.
-Mais Christ est mort pour nos péchés, vous dites vous, nous ne sommes plus sous le coup de sa Loi.
Men jeg siger Eder, at Helvede skal ikke blive bedraget for een af Eder og ikke een af Jærntænderne paa Helvedes Marterhjul skal gaa udenfor Eders Kjød.
– Mais, je vous le dis que l’enfer ne trichera pour aucun d’entre vous, et aucune des dents de la roue de la torture de l’Enfer n’oubliera aucune partie de votre chair.
I stoler paa Golgathas Kors,
– Vous faites confiance à la croix du Golgotha.
kom, kom! kom at se det!
– Venez ! venez ! venez la voir!
jeg skal føre Jer lige til dets Fod.
– Je vais vous y amener, je vais vous conduire directement à ses pieds.

Det var en Fredag, som I vide, at de stødte ham ud igjennem en af deres Porte og lagde den tungeste Ende af et Kors paa hans Skuldre, og lod ham bære det til en gold og nøgen Lerbanke udenfor Byen, og de fulgte hobetals med og rørte Støvet med deres mange Fødder, saa der stod som en rød Sky der over Stedet.
– Ce fut un vendredi, comme vous le savez tous qu’ils le chassèrent par l’une de leurs portes et posèrent à la fin la lourde croix sur ses épaules, ils l’ont laissé la porter sur cette colline aride et inféconde en dehors de la ville, et la foule a suivi et leurs pieds ont soulevé une telle poussière qu’un nuage rouge recouvrit les lieux.
Og de rev hans Klæder af ham og blottede hans Legeme, saaledes som Lovens Herrer lader en Misdæder blotte for Alles Blikke, at Alle kan se det Kjød, som skal overantvordes til Pine, og de slængte ham ned paa hans Kors at ligge, og strakte ham der paa og hug en Nagle af Jærn gjennem hver af hans modstridende Hænder og en Nagle gjennem hans korslagte Fødder, med Køller hug de Naglerne i lige til Hovedet.
-Et ils déchirèrent ses vêtements et mirent son corps à nu, comme les font les juges exposant un brigand à la vue du public, afin que tous voient la chair qui allait être mise à mal par la torture et ils le jetèrent de force sur la croix de mentir, et l’étendirent et lui clouèrent un clou de fer à travers chacune de ses mains et un clou à travers ses pieds croisés.
Og de rejste Korset i et Hul i Jorden, men det vilde ikke staa fast og lige, og de rokkede det til og fra og drev Kiler og Pløkke ned rundt om det, og de, som gjorde det, slog deres Hatte ud, at Blodet fra hans Hænder ikke skulde dryppe dem i Øjnene.
-Et ils soulevèrent la croix dans un trou creusé dans le sol, mais, comme elle ne tenait pas droite, et ils la secouèrent et la fixèrent en y apposant des coins et des chevilles tout autour de l’assise, et ceux qui œuvraient se couvrirent d’un couvre-chef afin de ne pas être souillé par le sang qui dégoulinait de ses mains sur leurs yeux.
Øg han deroppe saae ned for sig paa Soldaterne, som spillede om hans usyede Kjortel, og paa hele denne hujende Hob, som han led for, at den kunde frelses, og der var ikke et medlidende Øje i den hele Hob,
En ouvrant ses yeux, il vit les soldats jouer pour savoir qui gagnerait sa tunique, et sur la colline cette foule qui le conspuait, foule pour laquelle il souffrait afin qu’elle soit sauvée , et il ne trouva pas un seul œil compatissant dans toute cette assemblée.
Og de dernede saae igjen paa ham, som hang der lidende og svag, de saae paa det Brædt over hans Hoved, hvorpaa der var skrevet Jødernes Konge, og de spottede ham og raabte op til ham: 
-Et ils regardèrent celui qui souffrait et qui s’affaiblissait, et regardèrent l’inscription qui précisait qu’il s’agissait du Roi des Juifs et il lui crièrent moqueur :
« Du som nedbryder Templet og bygger det op paa tre Dage, frels nu Dig selv;
« Sauve-toi toi-même désormais ! Sauve-toi, toi qui détruisis le Temple et le reconstruisis en trois seuls jours? Sauve-toi maintenant;
er Du Guds Søn, da stig ned fra dette Kors. »
et descends de ta Croix !  »
Da fortørnedes Guds højbaarne Søn i sit Sind, og saae de var ikke Frelse værd, de Hobe, der opfylder jorden, og han rev sine Fødder ud over Naglens Hoved, og han knytted sine Hænder om Hændernes Nagler og drog dem ud, saa Korsets Arme spændtes som en Bue, og han sprang ned paa Jorden og rev sin Kjortel til sig, saa Terningerne raslede nedover Golgathas Skrænt, og han slyngede den om sig med en Konges Vrede og foer op til Himlen.
– Alors le Fils de Dieu constata que ces hommes qui peuplaient la terre ne méritaient pas le salut et il déposa le clous de ses pieds et ceux qui retenaient ses mains, si bien que ses bras se tendirent  comme un arc, et il sauta à terre et reprit sa tunique aux soldats, et les dés qu’il jeta comme un roi courroucé, dévalèrent la colline de Golgotha.
Og Korset stod tomt tilbage, og det store Forsoningens Værk blev aldrig fuldbragt.
– Dans sa colère, il monta au ciel, et la croix resta vide, et le grand travail de Rédemption ne fut jamais achevé.
Der er ingen Mægler mellem Gud og os; der er ingen Jesus død for os paa Korset, der er ingen Jesus død for os paa Korset, der er ingen Jesus død for os paa Korset. »
– Il n’y a pas de médiateur entre Dieu et nous ! Il n’y a pas de Jésus-Christ mort sur la croix pour nous, non, il n’y a pas de Christ mort pour nous sur la croix !

an tav.
Il resta silencieux.

Ved de sidste Ord havde han bøjet sig frem over Mængden og baade med Læber og Hænder ligesom kastet sit Udsagn ned over deres Hoveder, og der var gaaet en Stønnen af Angst igjennem Kirken, og i Krogene var de begyndt at hulke.
Aux derniers mots, il s’était penché sur la foule et porta ses lèvres et ses mains comme si sa proclamation était tombée sur leurs têtes, et il y eut un bruit de peur qui traversa l’église, et dans les coins certains commencèrent à se blottir les uns contre les autres.

Da trængte Slagteren sig frem med opløftede, truende Hænder, bleg som et Lig, og han raabte:
Puis le boucher se leva, les mains levées et menaçantes, et il s’écria : « Munk, Munk, vil Du nagle ham til Korset igjen, vil Du. »
«¨Moine, moine, veux-tu donc encore le clouer à la croix, c’est ce que tu veux ?»
 Og bagved ham lød det hvæsende hæst: 
Et derrière lui, plus fort encore, on entendit :
« ja, ja, korsfæst, korsfæst ham! »
«Oui, oui, crucifiez-le, crucifiez-le !  »
Og fra alle Munde igjen truende, tryglende, rungede det i en Storm af Raab op imod Hvælvingerne:
Et de toutes les bouches enfin, menaçantes, déchaînèrent en chœur dans une tempête de râles sous les voûtes de l’église la même demande :
« korsfæst, korsfæst ham. »
 » Crucifiez-le, crucifiez-le ! « .

Og klart og lyst en enkelt bævende Røst:
Et, clairement, d’une voix tremblante, on entendit :
« korsfæst ham! »
« Crucifiez-le ! »

Men Munken saae ned over dette Flagr af opstrakte Hænder, mod disse fortrukne Ansigter, med de raabende Mundes mørke Aabninger, hvor Tandrækkerne lyste hvidt som Tænderne paa tirrede Rovdyr, og han bredte Armene i et Øjebliks Ekstase op mod Himlen og lo.
Mais le moine regardait cette marée de mains tendues contre ces visages désespérés, observant les ouvertures sombres de ces bouches enragées, où les dents luisantes brillaient comme celles des prédateurs ; il écarta les bras dans un moment d’exaltation vers le ciel et souriant descendit vers la foule.
Saa steg han ned, og hans Folk løftede deres Ildregnsbannere og deres tomme, sorte Kors, og trængte ud af Kirken, og atter drog de syngende henover Torvet og atter hen gjennem Taarnportens Gab.
Et ses gens levèrent leurs bannières de feu, et leur croix noires et vides, et sortirent de l’église, et de nouveau reprirent leurs chants à travers les chemins qui mènent aux portes de la ville.

Og de fra Gammel-Bergamo stirrede efter dem, mens de gik ned ad Bjærget.
Et ceux du Vieux Bergame les virent alors redescendre la colline.
Den stejle, murindhegnede Vej var taaget af Lys fra Solen, som sank derude over Sletten, og de var halvt at se kun nu for alt det Lys, men paa Byens røde Ringmur tegned Skyggerne sig sort og skarpt af deres store Kors, der svinged fra den ene Side og til den anden Side i Trængslen.
La route escarpée était inondée par un puissant soleil qui recouvrait la plaine, et qui, dans éblouissement, effaçait de nombreux détails, mais sur les murs rouges de la ville, les ombres noires et contrastées de leurs grandes croix, qui se balançaient d’un côté et de l’autre de la foule, permettaient de bien suivre l’avancée du cortège.

Fjærnere blev Sangen;
Au loin désormais s’entendait une chanson ;
rødt glimted endnu et Banner eller to fra den nye Byes brandsorte Tomt, saa blev de borte i den lyse Slette.
Le rouge des bannières scintillait des braises de la ville, puis tout disparu dans l’éclatant effacement lumineux du coucher de soleil.

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Jens Peter Jacobsen

JAMES SHIRLEY : TO A LADY UPON A LOOKING-GLASS SENT – LE MIROIR

LITTERATURE ANGLAISE

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JAMES SHIRLEY
Londres, septembre 1596 – Londres, octobre 1666

Traduction – Translation

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

French and English text
texte bilingue français-anglais

 


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LES POEMES
DE JAMES SHIRLEY

James Shirley’s poems

La Femme au miroir
Donna allo specchio
Le Titien
vers 1515
Musée du Louvre

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To a Lady upon a looking-glass sent
LE MIROIR

When this crystal shall present
Quand ce miroir présentera
Your beauty to your eye,
Votre beauté à vos yeux,
Think that lovely face was meant
Pensez que ce si délicat visage délicat est conçu
To dress another by.
Pour en revêtir une autre.

 



 For not to make them proud,
Ce n’est pas pour les rendre fières,
These glasses are allowed
Que de tels miroirs sont alloués
To those are fair,
A celles qui sont ravissantes,
But to compare
Mais pour que soient comparées
The inward beauty with the outward grace,
La beauté intérieure avec la grâce extérieure,
And make them fair in soul as well as face.
Pour que l’âme et le visage simultanément soient beaux.




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LE DERNIER DRAMATURGE DE LA GRANDE EPOQUE

par Émile Montégut

Un autre de ses-protégés fut James Shirley, le dernier dramaturge de la grande époque et l’auteur à la mode des divertissements de la cour sous Charles Ier. Shirley avait dédié à Newcastle un de ses meilleurs drames, le Traître, dont le sujet, par parenthèse, est le même que celui du Lorenzaccio, d’Alfred de Musset, et la petite préface par laquelle il lui adressa son drame indique, à ne pas s’y tromper, que la générosité du grand seigneur avait de beaucoup précédé la dédicace. Anthony Wood, cité par M. Edmond Gosse, dans une substantielle préface dont il a l’ait précéder un choix récemment publié des œuvres de Shirley, nous apprend que cette générosité avait été assez loin pour que Shirley, qui était d’ailleurs ardent royaliste, crût devoir s’enrôler dans l’armée de son patron. Il fit donc sous Newcastle les premières campagnes de la guerre civile, et le suivit après Marston-Moor sur le continent, d’où il revint furtivement en Angleterre quelques années après, lorsqu’il fut évident que la cause du roi était définitivement perdue.
Shirley n’était pas le seul poète dramatique que Newcastle eût enrôlé dans son armée. Dans la liste donnée par la duchesse des officiers composant l’état-major de son mari, je relève le nom de son lieutenant général d’artillerie, sir William Davenant, le poète lauréat de l’époque.

Émile Montégut
Curiosités historiques et littéraires
La Duchesse et le Duc de Newcastle
Revue des Deux Mondes
Troisième période, tome 100
1890

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JAMES SHIRLEY

FERNANDO PESSOA Balança de Minerva – LA BALANCE DE MINERVE – 1913

Poème & Prose de Fernando Pessoa





Traduction – Texte Bilingue
tradução – texto bilíngüe

Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE PORTUGAISE
POESIE PORTUGAISE

Literatura Português

FERNANDO PESSOA
1888-1935
Fernando Pesso Literatura Português Poesia e Prosa Poésie et Prose Artgitato

 





Prosa de Fernando Pessoa




Balança de Minerva
Balance de Minerve
1913

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Balança de Minerva
Balance de Minerve

 Aferição.
Mesure

Destina-se esta secção à crítica dos maus livros e especialmente à crítica daqueles maus livros que toda a gente considera bons.
Cette section est destinée à la critique des mauvais livres et surtout la critique de ces mauvais livres que tout le monde apprécie.
O livro, consagrado por qualidades que não tem, do homem consagrado por qualidades com que outros o pintaram;
Le livre, consacré pour des qualités qu’il n’a pas, l’homme consacré pour des qualités que les autres lui donnent ;
o livro daquele que, tendo criado fama, se deitou a fingir que dormia;
le livre de celui qui, ayant atteint la gloire, fait semblant de dormir ;
o livro do que entrou no palácio das Musas pela janela ou colheu a maçã da sabedoria com o auxílio dum escadote — tudo isto se pesará na Balança de Minerva.
le livre qui est entré dans le palais des Muses par la fenêtre ou qui a attrapé la pomme de la sagesse à l’aide d’une échelle – tout est pesé sur la Balance de Minerve.


 

 Fernando Pessoa et Costa Brochado
Café Martinho da Arcada
6 juin 1914

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Claro que a razão do título Balança de Minerva é a circunstância de Minerva não ter balança nenhuma.
Il est clair que la raison du titre la Balance de Minerve vient que Minerve ne possède pas de balance.
Vagamente absurdo, leva este título em si a definição dum modo-de-ver que escolhe o onde opor-se a todos para ter razão inutilmente.
Vaguement absurde, ce titre porte en lui-même la définition d’une manière de voir qui choisit le point de vue qui s’oppose à tous pour avoir inutilement raison.
A consciência do esforço inútil e do trabalho perdido ainda é uma das grandes emoções estéticas que restam a quem se preocupa com as coisas que ainda restam.
La conscience de l’inutile effort et du travail perdu est encore l’une des grandes émotions esthétiques qui subsistent pour qui se préoccupe des choses qui subsistent encore.

http://artgitato.com/fernando-pessoa-poesia-e-prosa-poesie-prose/

Minerve chassant les Vices du jardin de la Vertu
Andrea Mantegna
1499-1502
Musée du Louvre – Paris

 







A crítica, de resto, é apenas a forma suprema e artística da maledicência.
La critique, par ailleurs, est que la forme suprême et artistique de la calomnie.
É preferível que seja justa, mas não é absolutamente necessário que o seja.
Il est souhaitable qu’elle soit juste, mais il n’est absolument pas nécessaire qu’elle le soit.
A injustiça, aliás, é a justiça dos fortes.
L’injustice, par ailleurs, est la justice des forts.
No fundo isto é tudo bondade.
Au fond, tout cela c’est de la bonté.
Dizer mal dum livro é o único modo de dizer bem dele.
Dire du mal d’un livre est la seule façon d’en dire du bien.
Se é mau, faz-se justiça;
Si c’est mauvais, il lui rend justice ;
se é bom põe-o na evidência que os livros bons merecem.
et s’il est bon, il met en évidence les bons livres comme ils le méritent.
E, no fim de tudo, nada disto tem importância, porque os livros bons leva-os a História ao colo para casa.
Et, rien de tout cela importe car après tout les bons livres sont pris par l’Histoire qui les emporte dans sa demeure.
E quanto aos maus — criticar é apenas abrir-lhes a cova e rezar-lhes em cima da última descida o latim que falava Juvenal.
Et quant aux mauvais- les critiquer c’est ouvrir uniquement leur tombeau et les accompagner dans leur dernière descente pour rejoindre le latin que parlait Juvénal.
Às vezes é com sete pós de elogios que esta justiça mortal melhor se sela.
Parfois, quelques louanges sont le meilleur sceau de cette mortelle justice.

 




A justificação última da crítica assim bem entendida é o satisfazer a função natural de desdenhar — função tão natural como a de comer e que é de boa higiene de espírito satisfazer cuidadosamente.
La justification ultime de la critique ainsi entendue reste de satisfaire la fonction naturelle de dédaigner- comme une fonction aussi naturelle que celle de manger et que, pour une bonne hygiène d’esprit,  il nous faut soigneusement satisfaire.
Quem sente vontade de desdenhar não deve atar-se à cobardia de julgar isso feio, nem vender-se à infâmia de ir desdenhar o que os outros desdenham, abdicando assim da sua individualidade, gregário.
Qui veut dédaigner ne doit pas s’en empêcher car il juge que cela est laid, et ne doit pas dédaigner de manière grégaire ce que les autres dédaignent, abdiquant ainsi à son individualité.

 




As horas passam devagar e pesa em tédio a consciência delas.
Pèse l’ennui de notre conscience de ces heures qui passent lentement.
Buscar o conforto no desprezo é não só o nosso dever para com o desprezo, mas também o nosso dever para com nós-próprios.
Chercher un réconfort dans le mépris est non seulement notre devoir par rapport au mépris, mais aussi de notre devoir vis-à-vis de nous-mêmes.
Espetar alfinetes na alma alheia, dispondo esses alfinetes em desenhos que aprazam à nossa atenção futilmente concentrada, para que o nosso tédio se vá esvaindo — eis um passatempo deliciosamente de crítico, e ao qual juramos fidelidade.
Planter des aiguilles dans l’âme d’autrui, les disposant en dessins attirant notre attention inutilement concentrée, de sorte que notre ennui s’éloigne de nous- est un passe-temps délicieux de la critique, et auquel nous jurons fidélité.




Traduzindo isto para a metáfora que dá cor a esta secção, pretendemos dar a entender que o nosso uso da Balança de Minerva limitar-se-á, na maioria dos casos, a dar com ela — pesos e tudo — na cabeça do criticado.
Traduisant cela en une métaphore qui donne de la couleur à cette article, nous avons l’intention d’utiliser notre Balance de Minerve, dans la majorité des cas, pour la propulser- la balance et les poids qui vont avec- à la figure de celui qui sera critiqué.
Isso, de resto, não deve preocupar ninguém.
Ceci, d’ailleurs, ne devrait inquiéter personne.
Quem tiver de ser imortal pode sê-lo mesmo com a cabeça partida.
Qui doit être immortel peut l’être même avec une tête fracassée.
O ser imortal é a única das preocupações anti-sociais que não faz mal a ninguém.
Être immortel est la seule des préoccupations antisociales ne nuisant à personne.
Visto que o futuro raras vezes dá por ela, não é demais que o presente algumas vezes dê nela.
Vu que l’avenir le remarque rarement, il est bien que le présent s’en préoccupe quelquefois.

 

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Balança de Minerve
Balance de Minerve
Fernando Pessoa
1913

 

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BALANCA DE MINERVE
BALANCE DE MINERVE

HÉLAS ! OSCAR WILDE Poème – Poem 1881

LA Hélas !
Hélas OSCAR WILDE




Traduction – Texte Bilingue

Traduction Jacky Lavauzelle

OSCAR WILDE
1854-1900

Photos Napoléon Sarony

 





Poem by Oscar Wilde


Poems in Prose

Poème d’Oscar Wilde
 Hélas !

Poème en Prose

 1881

Hélas Oscar Wilde 

Bouffon au luth
Luitspelende nar
1624-1626
Frans Hals
Musée du Louvre Paris

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To drift with every passion till my soul
Dériver avec chaque passion jusqu’à ce que mon âme
 Is a stringed lute on which all winds can play,
Soit un luth sur lequel tous les vents pourraient jouer sur chacune de mes cordes,
Is it for this that I have given away
Est-ce pour ça que j’ai donné
Mine ancient wisdom, and austere control?
Mon antique sagesse et mon austère réserve ?
Methinks my life is a twice-written scroll
Je pense que ma vie est un palimpseste
Scrawled over on some boyish holiday
Gribouillé par une main enfantine désinvolte,
With idle songs for pipe and virelay,
Plein de chansons oisives pour pipe et virelai,
Which do but mar the secret of the whole.
Transformant ainsi le mystère de l’ensemble.

*

Surely there was a time I might have trod
Sûrement, il fut un temps où j’aurais foulé
The sunlit heights, and from life’s dissonance
Les hauteurs ensoleillées, et de la dissonance de la vie
Struck one clear chord to reach the ears of God:
J’aurais frappé un accord clair pour atteindre les oreilles de Dieu :
Is that time dead? lo! with a little rod
Ce temps est-il mort ? Hélas ! A l’aide d’une petite tige
I did but touch the honey of romance—
Je n’aurais pas dû toucher le miel de la romance –
And must I lose a soul’s inheritance?
Mais dois-je perdre pour cela l’héritage d’une âme ?

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Hélas OSCAR WILDE

SHAKESPEARE SONNET 3 Look in thy glass REGARDE TON MIROIR

WILLIAM SHAKESPEARE
THE SONNETS – LES SONNETS


WILLIAM SHAKESPEARE
[1564 – 1616]

Traduction JACKY LAVAUZELLE

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SONNET 3

The Sonnets
Les Sonnets

1609 

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La Femme au miroir
Titien
1515
Musée du Louvre

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Look in thy glass, and tell the face thou viewest
Regarde ton miroir, et dis au visage que tu regardes
Now is the time that face should form another;
Qu’il est venu le temps où ce visage doit devenir autre ;
Whose fresh repair if now thou not renewest,
La fraîche réparation doit maintenant s’opérer,
Thou dost beguile the world, unbless some mother.
Sinon, tu leurres le monde et tu dérobes la bénédiction à une mère.

*

For where is she so fair whose unear’d womb
Car où est-elle la dame si belle dont la matrice stérile
Disdains the tillage of thy husbandry?
Dédaigne les sillons du labourage ?
Or who is he so fond will be the tomb,
Ou est-il celui assez fou pour être le tombeau,
Of his self-love, to stop posterity?
De son amour-propre et arrêter sa postérité ?

*

Thou art thy mother’s glass, and she in thee
Tu es le miroir de ta mère, et elle, en toi,
Calls back the lovely April of her prime;
Verra le bel avril à son apogée ;
So thou through windows of thine age shalt see,
Pareillement, à travers les vitres de ton âge, tu verras,

*

Despite of wrinkles, this thy golden time.
Malgré les rides, ton âge d’or.
But if thou live, remember’d not to be,
Mais si tu vis pour que l’on ne se souvienne pas,
Die single, and thine image dies with thee.
Meurs alors solitaire, et que ton image meurt avec toi.

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SONNET 3
Look in thy glass
REGARDE TON MIROIR

WILLIAM SHAKESPEARE

Shakespeare
The Droeshout portrait
1623

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SHAKESPEARE SONNET 3 Look in thy glass
REGARDE TON MIROIR

PESSOA Poèmes désassemblés Criança desconhecida e suja ENFANT INCONNU ET SALE

 Criança desconhecida e suja
ENFANT INCONNU ET SALE

Poème de Fernando Pessoa
Alberto Caeiro
Poemas Inconjuntos
Poèmes Désassemblés





Traduction – Texte Bilingue
tradução – texto bilíngüe

Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE PORTUGAISE
POESIE PORTUGAISE

Literatura Português

FERNANDO PESSOA
1888-1935
Fernando Pesso Literatura Português Poesia e Prosa Poésie et Prose Artgitato

 





Poema de Fernando Pessoa
por Alberto Caeiro
Poemas Inconjuntos

Poème de Fernando Pessoa
Alberto Caeiro
POEMES DESASSEMBLES
1913-1914-1915

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Criança desconhecida e suja
ENFANT INCONNU ET SALE

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Le Jeune Mendiant
O Jovem Mendigo

El Joven Mendigo
Bartolomé Esteban Murillo
vers 1650
Musée du Louvre 
Paris

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Criança desconhecida e suja brincando à minha porta,
Enfant inconnu et sale jouant devant ma porte,
Não te pergunto se me trazes um recado dos símbolos.
Je ne te demande pas si tu m’apportes un message de symboles.
Acho-te graça por nunca te ter visto antes,
Je te trouve gracieux parce que je ne t’ai jamais vu auparavant,
  E naturalmente se pudesses estar limpa eras outra criança,
Et bien sûr, si tu pouvais être propre, tu serais un autre enfant,
Nem aqui vinhas.
Tu ne serais pas venu ici.
Brinca na poeira, brinca!
Batifole dans la poussière, batifole !
Aprecio a tua presença só com os olhos.
Je te remercie de ta présence seulement avec les yeux.
  Vale mais a pena ver uma cousa sempre pela primeira vez que conhecê-la,
Il est préférable de voir une chose toujours pour la première fois que de la connaître,
 Porque conhecer é como nunca ter visto pela primeira vez,
Car connaître, c’est comme jamais n’avoir vu pour la première fois,
E nunca ter visto pela primeira vez é só ter ouvido contar.
Et jamais n’avoir vu pour la première fois, c’est seulement avoir entendu.

*

O modo como esta criança está suja é diferente do modo como as outras estão sujas.
La façon dont cet enfant est sale est différente de la façon dont les autres enfants sont sales.
  Brinca! pegando numa pedra que te cabe na mão,
Batifole ! en prenant une pierre qui tu tiens dans la main,
  Sabes que te cabe na mão.
Tu sais que tu la tiens dans la main.
Qual é a filosofia que chega a uma certeza maior?
Quelle philosophie atteint une plus grande certitude ?
 Nenhuma, e nenhuma pode vir brincar nunca à minha porta.
Aucune ! et aucune ne peut venir batifoler devant ma porte.

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Criança desconhecida e suja
ENFANT INCONNU ET SALE

LE RAISIN POUCHKINE ВИНОГРАД Poème de 1824

ВИНОГРАД – LE RAISIN 1824 
Alexandre Pouchkine 1820
русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe

poemes-de-alexandre-pouchkine-artgitatopushkin-alexander

ALEXANDRE POUCHKINE 1820
pushkin poems
стихотворение  – Poésie
 Пушкин

 

 

POUCHKINE – Пу́шкин
Алекса́ндр Серге́евич Пу́шкин
1799-1837

[создатель современного русского литературного языка]

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

LA POESIE DE POUCHKINE

СТИХИ АЛЕКСАНДРА СЕРГЕЕВИЧА ПУШКИНА
ВИНОГРАД

LE RAISIN
1824

le-raisin-pouchkine-artgitato-jean-baptiste-simeon-chardin-raisins-et-grenade-1763-le-louvre Jean Siméon Chardin
Raisins et Grenade
1763
Musée du Louvre

*****

Не стану я жалеть о розах,
Je ne me sens pas triste pour les roses,
Увядших с лёгкою весной;
Qui flétrissent à la lumière printanière ;
Мне мил и виноград на лозах,
Qu’il est doux le raisin sur sa grappe,
В кистях созревший под горой,
Qui mûrit sous la colline,
Краса моей долины злачной,
Beauté au cœur de ma vallée luxuriante,
Отрада осени златой,
Joie dorée de l’automne,
Продолговатый и прозрачный,
Oblong et transparent,
Как персты девы молодой.
Comme les doigts d’une jeune fille.

**********

ВИНОГРАД LE RAISIN POUCHKINE

TOUTE NUE GERMAIN NOUVEAU

 TOUTE NUE GERMAIN NOUVEAU
LITTERATURE FRANCAISE
SYMBOLISME

germain-nouveau-poemes-poesie-artgitato

Germain Nouveau

31 juillet 1851 Pourrières (Var) – 4 avril 1920 Pourrières

——–


POEMES
VALENTINES ET AUTRES VERS

LA POESIE DE
GERMAIN NOUVEAU
TOUTE NUE

Valentines et autres vers

Texte établi par Ernest Delahaye
Albert Messein, 1922
*
toute-nue-germain-nouveau-artgitato-la-grande-odalisque-ingres-le-louvre-1814 Jean-Auguste-Dominique Ingres
La Grande Odalisque
1814
Musée du Louvre
*

GERMAIN NOUVEAU
TOUTE NUE

 

Il y a plus de faiblesse que de raison à être humiliés de ce qui nous manque.

Vauvenargues.

Or, je suppose que nous sommes,
Madame, dans votre salon :
On parle chiffres, rentes, sommes :
Je suis le plus pauvre des hommes,
J’ai dans ma bourse un seul doublon,

Vous dis-je, tout-à-coup, sans cause.
Cela vous fait ouvrir les yeux,
Et vous me dites, un peu… rose ;
« Que c’est bête, un homme qui pose
Pour être pauvre et que c’est vieux !

Posez plutôt pour être riche,
Ce sera tout aussi hideux ;
Mais dès l’instant que l’on s’affiche,
Il vaut encor mieux,… » Je m’en fiche !
Je veux, moi, poser pour les deux,

« Comment, pour les deux ? » Mais, sans doute ;
Supposons qu’à travers les bois
Nous ayons l’une et l’autre route.
Ou bien… deux cloches… qu’on écoute…
Pour toutes les deux à la fois.

Oui, pour deux qui seraient comme une
Au bourg de Fouilly-les-merdeux,
Dans le clocher de la Commune ;
Laquelle, n’étant pas commune,
Serait, je dis bien, comme deux.

Ou comme cent, ou comme mille…
Ça dépend de la qualité.
Mon doublon, lui, n’est point débile,
Et les marchandes de la ville
L’ont trouvé bon, en vérité.

« Mais, si vous aviez la paire, est-ce
Que cela… ne vous dirait rien ? »
Si !… j’en ferais part… à la Presse ;
A la condition expresse
Que je conserverais le mien.

Car, une quelconque, de paire,
Serait-elle trois avec six
Zéros, alignés par Ampère,
Je m’en fous comme de mon père,
S’il s’en fout comme de son fils.

— « Vous allez trop loin, prenez garde !
On pourrait se moquer de vous.
Vous criez plus fort que la garde.
Voyez, je crois qu’on nous regarde.
— Puisque je vous dis : je m’en fous !

Et tenez ! sortons… dans la rue,
Ou mieux… dans votre appartement,
Vous pourriez faire, toute nue,
Si vous le passiez en revue,
Baisser les yeux au régiment !

Eh bien ! pour vous donner la preuve,
Que je ne suis rien qu’un… doublon,
Quand vous seriez pucelle ou veuve,
Nous allons le f… à l’épreuve.

Quand je vous dis, il est très bon.

******

VILAIN
Germain Nouveau