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Władysław Bełza : Katechizm polskiego dziecka (1912) Le Catéchisme de l’Enfant Polonais

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POESIE POLONAISE

Władysław Bełza

Traduction – Texte Bilingue

Poésie Polonaise
Polish poetry
poezja polska

 

LITTERATURE POLONAISE
literatura polska

Władysław Bełza
1876-1909

Traduction Jacky Lavauzelle

Katechizm polskiego dziecka

Le cathéchisme de l’Enfant Polonais

 

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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— Kto ty jesteś?
– Qui es-tu ?
 
— Polak mały.
– Je suis un petit Polonais.
– 
Jaki znak twój?
– Quel est ton signe ?
 
— Orzeł biały.
– Je suis de l’aigle blanc.
— Gdzie ty mieszkasz?
– Où habites-tu ?
— Między swemi.
– J’habite entre les miens.
— W jakim kraju?
– Dans quel pays ?
 — W polskiej ziemi.
– Sur le sol polonais.
— Czem ta ziemia?




– Quelle est cette terre ?
— Mą Ojczyzną.
– Cette terre est ma patrie.
— Czem zdobyta?
– Comment fut-elle conquise ?




 
— Krwią i blizną.
– Par le sang et les stigmates.
— Czy ją kochasz?
– Comment l’aimes-tu ?
  — Kocham szczerze.
– Je l’aime intensément.
— A w co wierzysz?
– Et tu crois en quoi ?
 
— W Polskę wierzę.
– En la Pologne, je crois.
— Coś ty dla niej?
– Qu’es-tu pour elle ?
— Wdzięczne dziécię.
– Un enfant reconnaissant.
— Coś jej winien?
– Que lui dois-tu ?
— Oddać życie.
– Je lui dois ma vie.




*




Władysław Bełza  1912

FERNANDO PESSOA Balança de Minerva – LA BALANCE DE MINERVE – 1913

Poème & Prose de Fernando Pessoa





Traduction – Texte Bilingue
tradução – texto bilíngüe

Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE PORTUGAISE
POESIE PORTUGAISE

Literatura Português

FERNANDO PESSOA
1888-1935
Fernando Pesso Literatura Português Poesia e Prosa Poésie et Prose Artgitato

 





Prosa de Fernando Pessoa




Balança de Minerva
Balance de Minerve
1913

*****

 




Balança de Minerva
Balance de Minerve

 Aferição.
Mesure

Destina-se esta secção à crítica dos maus livros e especialmente à crítica daqueles maus livros que toda a gente considera bons.
Cette section est destinée à la critique des mauvais livres et surtout la critique de ces mauvais livres que tout le monde apprécie.
O livro, consagrado por qualidades que não tem, do homem consagrado por qualidades com que outros o pintaram;
Le livre, consacré pour des qualités qu’il n’a pas, l’homme consacré pour des qualités que les autres lui donnent ;
o livro daquele que, tendo criado fama, se deitou a fingir que dormia;
le livre de celui qui, ayant atteint la gloire, fait semblant de dormir ;
o livro do que entrou no palácio das Musas pela janela ou colheu a maçã da sabedoria com o auxílio dum escadote — tudo isto se pesará na Balança de Minerva.
le livre qui est entré dans le palais des Muses par la fenêtre ou qui a attrapé la pomme de la sagesse à l’aide d’une échelle – tout est pesé sur la Balance de Minerve.


 

 Fernando Pessoa et Costa Brochado
Café Martinho da Arcada
6 juin 1914

*

 

Claro que a razão do título Balança de Minerva é a circunstância de Minerva não ter balança nenhuma.
Il est clair que la raison du titre la Balance de Minerve vient que Minerve ne possède pas de balance.
Vagamente absurdo, leva este título em si a definição dum modo-de-ver que escolhe o onde opor-se a todos para ter razão inutilmente.
Vaguement absurde, ce titre porte en lui-même la définition d’une manière de voir qui choisit le point de vue qui s’oppose à tous pour avoir inutilement raison.
A consciência do esforço inútil e do trabalho perdido ainda é uma das grandes emoções estéticas que restam a quem se preocupa com as coisas que ainda restam.
La conscience de l’inutile effort et du travail perdu est encore l’une des grandes émotions esthétiques qui subsistent pour qui se préoccupe des choses qui subsistent encore.

http://artgitato.com/fernando-pessoa-poesia-e-prosa-poesie-prose/

Minerve chassant les Vices du jardin de la Vertu
Andrea Mantegna
1499-1502
Musée du Louvre – Paris

 







A crítica, de resto, é apenas a forma suprema e artística da maledicência.
La critique, par ailleurs, est que la forme suprême et artistique de la calomnie.
É preferível que seja justa, mas não é absolutamente necessário que o seja.
Il est souhaitable qu’elle soit juste, mais il n’est absolument pas nécessaire qu’elle le soit.
A injustiça, aliás, é a justiça dos fortes.
L’injustice, par ailleurs, est la justice des forts.
No fundo isto é tudo bondade.
Au fond, tout cela c’est de la bonté.
Dizer mal dum livro é o único modo de dizer bem dele.
Dire du mal d’un livre est la seule façon d’en dire du bien.
Se é mau, faz-se justiça;
Si c’est mauvais, il lui rend justice ;
se é bom põe-o na evidência que os livros bons merecem.
et s’il est bon, il met en évidence les bons livres comme ils le méritent.
E, no fim de tudo, nada disto tem importância, porque os livros bons leva-os a História ao colo para casa.
Et, rien de tout cela importe car après tout les bons livres sont pris par l’Histoire qui les emporte dans sa demeure.
E quanto aos maus — criticar é apenas abrir-lhes a cova e rezar-lhes em cima da última descida o latim que falava Juvenal.
Et quant aux mauvais- les critiquer c’est ouvrir uniquement leur tombeau et les accompagner dans leur dernière descente pour rejoindre le latin que parlait Juvénal.
Às vezes é com sete pós de elogios que esta justiça mortal melhor se sela.
Parfois, quelques louanges sont le meilleur sceau de cette mortelle justice.

 




A justificação última da crítica assim bem entendida é o satisfazer a função natural de desdenhar — função tão natural como a de comer e que é de boa higiene de espírito satisfazer cuidadosamente.
La justification ultime de la critique ainsi entendue reste de satisfaire la fonction naturelle de dédaigner- comme une fonction aussi naturelle que celle de manger et que, pour une bonne hygiène d’esprit,  il nous faut soigneusement satisfaire.
Quem sente vontade de desdenhar não deve atar-se à cobardia de julgar isso feio, nem vender-se à infâmia de ir desdenhar o que os outros desdenham, abdicando assim da sua individualidade, gregário.
Qui veut dédaigner ne doit pas s’en empêcher car il juge que cela est laid, et ne doit pas dédaigner de manière grégaire ce que les autres dédaignent, abdiquant ainsi à son individualité.

 




As horas passam devagar e pesa em tédio a consciência delas.
Pèse l’ennui de notre conscience de ces heures qui passent lentement.
Buscar o conforto no desprezo é não só o nosso dever para com o desprezo, mas também o nosso dever para com nós-próprios.
Chercher un réconfort dans le mépris est non seulement notre devoir par rapport au mépris, mais aussi de notre devoir vis-à-vis de nous-mêmes.
Espetar alfinetes na alma alheia, dispondo esses alfinetes em desenhos que aprazam à nossa atenção futilmente concentrada, para que o nosso tédio se vá esvaindo — eis um passatempo deliciosamente de crítico, e ao qual juramos fidelidade.
Planter des aiguilles dans l’âme d’autrui, les disposant en dessins attirant notre attention inutilement concentrée, de sorte que notre ennui s’éloigne de nous- est un passe-temps délicieux de la critique, et auquel nous jurons fidélité.




Traduzindo isto para a metáfora que dá cor a esta secção, pretendemos dar a entender que o nosso uso da Balança de Minerva limitar-se-á, na maioria dos casos, a dar com ela — pesos e tudo — na cabeça do criticado.
Traduisant cela en une métaphore qui donne de la couleur à cette article, nous avons l’intention d’utiliser notre Balance de Minerve, dans la majorité des cas, pour la propulser- la balance et les poids qui vont avec- à la figure de celui qui sera critiqué.
Isso, de resto, não deve preocupar ninguém.
Ceci, d’ailleurs, ne devrait inquiéter personne.
Quem tiver de ser imortal pode sê-lo mesmo com a cabeça partida.
Qui doit être immortel peut l’être même avec une tête fracassée.
O ser imortal é a única das preocupações anti-sociais que não faz mal a ninguém.
Être immortel est la seule des préoccupations antisociales ne nuisant à personne.
Visto que o futuro raras vezes dá por ela, não é demais que o presente algumas vezes dê nela.
Vu que l’avenir le remarque rarement, il est bien que le présent s’en préoccupe quelquefois.

 

********

Balança de Minerve
Balance de Minerve
Fernando Pessoa
1913

 

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BALANCA DE MINERVE
BALANCE DE MINERVE

PROLOGUE DE LA TRAGEDIE de 1913 VLADIMIR MAÏAKOVSKI ПРОЛОГ

Владимир Маяковский

VLADIMIR MAÏAKOVSKI
Pièce en deux actes de 1913


русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe
 

 





 

Владимир Владимирович Маяковский
Vladimir Maïakovski

1893-1930

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
стихотворение Лермонтова

 




 Théâtre de Vladimir Maïakovski

VLADIMIR MAÏAKOVSKI
PROLOGUE
1913
Владимир Маяковский
ПРОЛОГ


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В. Маяковский
V. Maäkovski

Вам ли понять,
Comprenez-vous,
почему я,
pourquoi moi,
спокойный,
calme,
насмешек грозою
au cœur d’une tempête ridicule
душу на блюде несу
je porte mon âme sur un plateau
к обеду идущих лет.
pour le dîner des années à venir.




С небритой щеки площадей
Avec la joue mal rasée
стекая ненужной слезою,
drainant des larmes inutiles,
я,
moi,
быть может,
peut-être
последний поэт.
suis-je le dernier poète.


Замечали вы –
Vous avez remarqué –
качается
pivotant,
 в каменных аллеях
dans les ruelles de pierre,
полосатое лицо повешенной скуки,
le visage rayé par l’ennui suspendu
а у мчащихся рек
tandis que des rivières tonitruantes
на взмыленных шеях
sur leur cou écumant
мосты заломили железные руки.
les ponts tordent leurs mains de fer.


 



Небо плачет
le ciel pleure
безудержно,
sans retenue,
звонко;
bruyamment ;
а у облачка
tandis que le nuage
 гримаска на морщинке ротика,
grimace sur un coin ridé de la bouche,
как будто женщина ждала ребенка,
comme si à cette femme enceinte,
а бог ей кинул кривого идиотика.
Dieu avait promis un bossu idiot.




Пухлыми пальцами в рыжих волосиках
Avec ses doigts potelés de poils roux,
солнце изласкало вас назойливостью овода –
le soleil persistant tel un taon assaille
в ваших душах выцелован раб.
votre esprit esclave de baisers.
Я, бесстрашный,
Moi, je suis sans peur,
ненависть к дневным лучам понёс в веках;
la haine des rayons du jour, j’en souffre depuis des siècles ;
с душой натянутой, как нервы провода,
mon âme reste tendue comme un nerf de fer,
я –
Moi,-
царь ламп!
je suis le roi des lampes !


 


Придите все ко мне,
Venez tous à moi,
кто рвал молчание,
vous qui avez déchiré le silence,
кто выл
qui hurlez
оттого, что петли полдней туги, –
c’est pourquoi, la boucle de midi étrangle-
я вам открою
En libérant
словами
mes paroles,
простыми, как мычанье,
simples mugissements,
наши новые души,
nos nouvelles âmes,
гудящие,
bourdonneront
как фонарные дуги.
comme l’arc électrique d’une lampe.


 


Я вам только головы пальцами трону,
Je vais juste toucher votre tête des doigts,
и у вас
et vous
вырастут губы
verrez naître des lèvres
для огромных поцелуев
pour des baisers énormes
и язык,
et une langue,
родной всем народам.
comprise enfin par toutes les nations.
А я, прихрамывая душонкой,
Et moi, et ma petite âme,
уйду к моему трону
J’irai vers mon trône
 с дырами звезд по истертым сводам.
avec des trous d’étoiles sous la voûte usée.
Лягу,
Mensonge,
светлый,
lumière,
в одеждах из лени
dans une longue robe de paresse
на мягкое ложе из настоящего навоза,
sur un lit moelleux d’un fumier
и тихим,
et calmement,
целующим шпал колени,
embrassant les genoux de traverses,
обнимет мне шею колесо паровоза.
la roue d’une locomotive à vapeur passera sur mon cou.

*******

Théâtre de Vladimir Maïakovski
VLADIMIR MAÏAKOVSKI
Prologue
1913




VLADIMIR MAÏAKOVSKI
TRAGEDIE EN DEUX ACTES
Трагедия в двух действиях

EPILOGUE DE LA TRAGEDIE de 1913 VLADIMIR MAÏAKOVSKI ЭПИЛОГ

Владимир Маяковский

VLADIMIR MAÏAKOVSKI
Pièce en deux actes de 1913


русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe
 

 





 

Владимир Владимирович Маяковский
Vladimir Maïakovski

1893-1930

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
стихотворение Лермонтова

 




 Théâtre de Vladimir Maïakovski

VLADIMIR MAÏAKOVSKI
EPILOGUE
1913
Владимир Маяковский
ЭПИЛОГ


**

*******

Я это все писал
Tout ce que j’ai écrit parle
  
о вас, 
de vous,
бедных крысах. 
misérables rats.
     Жалел – у меня нет груди:
Je regrette – je n’ai pas seins :
  я кормил бы вас доброй нененькой.
Je vous aurais sinon nourri comme une nourrice.
  





 

Теперь я немного высох,
Maintenant, je suis un peu sec,
    я – блаженненький.
je suis vraiment béni.
Но зато
mais
Кто
qui
     где бы
et où
мыслям дал
a donné aux  pensées
  такой нечеловечий простор!
cet espace inhumain !
  Это я
C’est moi
попал пальцем в небо,
qui ai dressé mon doigt dans le ciel,
   доказал:
et j’ai prouvé :
  он – вор!
c’était lui – le voleur !
Иногда мне кажется –
Parfois, il me semble –
я петух голландский
être un coq néerlandais
или я
ou alors être
король псковский.
le Roi de Pskov.



 

А иногда
et parfois,
  мне больше всего нравится
j’aime plus encore
 моя собственная фамилия,
mon nom de famille,
   Владимир Маяковский.
Vladimir Maïakovski.




*******

Théâtre de Vladimir Maïakovski
VLADIMIR MAÏAKOVSKI
Epilogue
1913




VLADIMIR MAÏAKOVSKI
TRAGEDIE EN DEUX ACTES
Трагедия в двух действиях

OSCAR WILDE EST VIVANT ! ARTHUR CRAVAN – 1913

OSCAR WILDE EST VIVANT ARTHUR CRAVAN




OSCAR WILDE
1854-1900

Photos Napoléon Sarony

 





Oscar Wilde est vivant !

 Arthur Cravan

Revue Maintenant n°3
(octobre-novembre 1913)


 

 

****
OSCAR WILDE EST VIVANT !

C’était la nuit du vingt-trois mars dix-neuf cent treize. Et si je vais donner des détails minutieux sur l’état d’âme que j’avais en cette soirée de fin d’hiver, c’est que ce furent les heures les plus mémorables de ma vie. Je veux aussi montrer les étrangetés de mon caractère, foyer de mes inconséquences ; ma détestable nature, que je ne changerai pourtant contre aucune autre, bien qu’elle m’ait toujours défendu d’avoir une ligne de conduite ; parce qu’elle me fait tantôt honnête, tantôt fourbe, et vaniteux et modeste, grossier ou distingué. Je veux vous les faire deviner afin que vous ne me détestiez point, comme, tout à l’heure, vous seriez peut-être tenté de le faire en me lisant.

C’était la nuit du vingt-trois mars dix-neuf cent treize.

Sans doute ne sommes-nous pas physiquement semblables : mes jambes doivent être beaucoup plus longues que les vôtres, et ma tête haut perchée, est par là, heureusement balancée : notre tour de poitrine diffère aussi, ce qui, probablement, vous empêchera de pleurer et rire avec moi.

C’était la nuit du vingt-trois mars dix-neuf cent treize. Il pleuvait. Dix heures avaient déjà sonné. J’étais couché tout habillé sur mon lit, et je n’avais pas pris soin d’allumer la lampe, car ce soir-là je m’étais senti lâche devant un si grand effort. Je m’ennuyais affreusement. Je me disais : « Ah Paris, que je te porte de haine ! Que fais-tu dans cette ville ? Ah ! c’est du propre ! Sans doute, penses-tu y réussir ! Mais il faut vingt ans pour le faire, mon pauvre, et si tu atteins à la gloire tu seras alors laid comme un homme. Je ne comprendrai jamais comment Victor Hugo a pu, quarante ans durant, faire son métier. Toute la littérature, c’est : ta, ta, ta, ta, ta, ta. L’Art, l’Art, ce que je m’en fiche de l’Art ! Merde, nom de Dieu ! — Je deviens terriblement grossier à ces moments-là, — et pourtant je sens que je ne dépasse aucune limite, puisque j’étouffe encore. — Malgré tout, j’aspire au succès, car je sens que je saurais drôlement m’en servir, et je trouverais amusant d’être célèbre ; mais comment ferais-je pour me prendre au sérieux ? Dire que, tant que nous sommes, nous ne rions pas sans discontinuer. Mais, nouvel embarras, je désire aussi la vie merveilleuse du raté. Et comme la tristesse en moi se mêle toujours à la plaisanterie, c’était des : « Oh, la la ! » suivis aussitôt de : « Tra, la, la ! » Je pensais encore : Je mange mon capital, ça va être gai ! et je puis deviner, ce que sera ma peine, quand, vers la quarantaine, à tous les points de vue, je me verrai ruiné. « Ohé ! » ajoutai-je immédiatement en manière de conclusion à ces petits vers ; car il fallait que je riasse encore. Cherchant une diversion, je voulus rimer, mais l’inspiration, qui se plaît à agacer la volonté par mille détours, me fit complètement défaut. A force de me creuser la tête, je trouvais ce quatrain d’une ironie connue qui me dégoûta bien vite :

J’étais couché sur mes draps,
Comme un lion sur le sable,
Et, pour effet admirable,
Je laissais pendre mon bras,

Incapable d’originalité, et ne renonçant pas à produire, je cherchai à donner quelque lustre à d’anciennes poésies, oubliant que le vers est un enfant incorrigible ! Naturellement, je n’eus pas plus de succès : tout restait aussi médiocre. Enfin, dernière extravagance, j’imaginais le prosopoème, chose future, et dont je renvoyai, du reste, l’exécution aux jours heureux — et combien lamentables — de l’inspiration. Il s’agissait d’une pièce commencée en prose et qui insensiblement par des rappels — la rime — d’abord lointains et de plus en plus rapprochés, naissait à la poésie pure.

Puis je retombais dans mes tristes pensées.

Ce qui me faisait le plus de mal c’était de me dire que je me trouvais encore à Paris, trop faible pour en sortir ; que j’avais un appartement et même des meubles — à ce moment-là, j’aurais bien mis le feu à la maison — que j’étais à Paris quand il y avait des lions et des girafes ; et je pensais que la science elle-même avait enfanté ses mammouths, et que nous ne voyions déjà plus que des éléphants ; et que dans mille ans la réunion de toutes les machines du monde ne ferait pas plus de bruit que : « scs, scs, scs ». Ce ; « scs, scs, scs » m’égaya faiblement. Je suis ici, sur ce lit, comme un fainéant ; non point qu’il me déplaise d’être un terrible paresseux ; mais je hais de rester longtemps que ça, quand notre époque est la plus favorable aux trafiquants et aux filous ; moi, à qui il suffit d’un air de violon pour me donner la rage de vivre ; moi qui pourrais me tuer de plaisir ; mourir d’amour pour toutes les femmes ; qui pleure toutes les villes, je suis ici, parce que la vie n’a pas de solution. Je puis faire la fête à Montmartre et mille excentricités, puisque j’en ai besoin ; je puis être pensif, physique ; me muer tour à tour en marin, jardinier ou coiffeur ; mais, si je veux goûter aux voluptés du prêtre, je dois donner un lustre sur mes quarantes années d’existence, et perdre d’incalculables jouissances, durant que je serai uniquement sage. Moi, qui me rêve même dans les catastrophes, je dis que l’homme n’est si infortuné que parce que mille âmes habitent un seul corps.

C’était la nuit du vingt-trois mars dix-neuf cent treize. Par instant, j’entendais siffler un remorqueur, et je me disais : « Pourquoi es-tu si poétique, puisque tu ne vas pas plus loin que Rouen, et que tu ne cours aucun danger ? Ah ! laisse-moi rire, rire, mais rire comme Jack Johnson ! »

Sans doute, avais-je, ce soir-là, l’âme d’un déchu, car, j’en suis sûr, personne — puisque je n’ai jamais trouvé un ami — n’a aimé autant que moi : chaque fleur me transforme en papillon ; mieux qu’une brebis, je foule l’herbe avec ravissement ; l’air, ô l’air ! des après-midis entières ne m’occupai-je pas à respirer ? à l’approche de la mer, mon cœur ne danse-t-il pas ainsi qu’une bouée ? et dès que je fends la vague mon organisme est celui d’un poisson. Dans la nature, je me sens feuillu ; mes cheveux sont verts et mon sang charrie du vert ; souvent, j’adore un caillou ; l’angélus m’est cher ; et j’aime à écouter le souvenir lorsqu’il se plaint comme un sifflet.

J’étais descendu dans mon ventre, et je devais commencer à être dans un état féerique ; car mon tube digestif était suggestif ; ma cellule folle dansait ; et mes souliers me paraissaient miraculeux. Ce qui m’incite encore à penser de la sorte, c’est qu’à cette minute je perçus un faible bruit de sonnette, de quoi le timbre ordinaire, en apparence, se répandit dans tous mes membres, comme un liquide merveilleux. Je me levais lentement et, précipitamment, j’allais ouvrir, joyeux d’une diversion aussi inattendue. Je tirai la porte : un homme immense se tenait devant moi.

— Monsieur Lloyd.

— C’est moi-même, fis-je ; voulez-vous vous donner la peine d’entrer.

Et l’étranger foula mon seuil avec des airs magiques de reine ou de pigeon.

— Je vais faire la lumière… pardonnez-moi de vous recevoir ainsi… j’étais seul, et…

— Non, non, non ; de grâce, ne vous dérangez en aucune façon. J’insistai.

— Une dernière fois, je vous prie, me dit l’inconnu, recevez-moi dans l’ombre.

Amusé, je lui offris un fauteuil, et lui fis vis-à-vis. Aussitôt il commença :

— Vos oreilles peuvent-elles entendre des choses inouïes ?

— Pardon, balbutiai-je, un peu interloqué, pardon, je n’ai pas très bien compris.

— J’ai dit : « Vos oreilles peuvent-elles entendre des choses inouïes ? » Cette fois, je dis simplement : oui.

Alors, prenant un temps, celui que je croyais un étranger prononça : « Je suis Sébastien Melmoth. »

Jamais je ne pourrai rendre ce qui se passa en moi : dans une abnégation subite et totale de moi-même, je voulais lui sauter au cou, l’embrasser comme une maîtresse, lui donner à manger et à boire, le coucher, le vêtir, lui procurer des femmes, enfin, sortir tout mon argent de la banque pour lui en remplir les poches. Les seules paroles que j’arrivais à articuler afin de résumer mes sentiments innombrables, furent : « Oscar Wilde ! Oscar Wilde ! » Celui-ci comprit mon trouble et mon amour, et murmura : « Dear Fabian. » De m’entendre nommer ainsi familièrement et tendrement me toucha jusqu’aux larmes. Puis, changeant d’âme, comme une boisson exquise, j’aspirai les délices d’être l’un des acteurs d’une situation unique.

L’instant d’après, une curiosité folle me poussait à vouloir le distinguer dans la nuit. Et, emporté par la passion, je n’éprouvais aucune gêne à dire : « Oscar Wilde, je voudrais vous voir ; laissez-moi éclairer cette chambre. »

— Faites, me répondit-il d’une voix très douce.

J’allais donc, dans une pièce voisine, chercher la lampe ; mais, à son poids, je me rendis compte qu’elle était vide ; et c’est avec un flambeau que je retournais auprès de mon oncle.

Tout de suite, j’envisageai Wilde : un vieillard à barbe et cheveux blancs, c’était lui !

Une indicible peine m’étranglait. Bien que j’eusse souvent, par jeu, calculé l’âge que Wilde aurait aujourd’hui, la seule image qui m’enchantât, répudiant jusqu’à celle de l’homme mûr, était celle-là qui le montrait jeune et triomphant. Quoi ! Avoir été poète et adolescent, noble et riche, et n’être plus que vieux et triste. Destins ! était-ce possible ? Mordant mes pleurs et m’approchant de lui, je l’étreignis ! Je baisais ardemment sa joue ; puis j’appuyais mes cheveux blonds sur sa neige, et longtemps, longtemps, je sanglotai.

Le pauvre Wilde ne me repoussait point ; au contraire, ma tête de son bras fut même doucement environnée ; et il me pressait contre lui. Il ne disait rien, seulement, une ou deux fois, je l’entendis murmurer : « Oh mon Dieu ! oh mon Dieu ! », aussi : « Dieu a été terrible ! » Par une étrange aberration du cœur, ce dernier mot prononcé avec un fort accent anglais, encore que je fusse abîmé dans mon atroce douleur, me donna une diabolique envie de rire ; et ce, d’autant plus, qu’à la même seconde, une larme chaude de Wilde roula sur mon poignet ; ce qui me fit avoir cette horrible saillie ; « La larme du capitaine ! » Ce mot me rasséréna, et me détachant hypocritement de Wilde, j’allai me rasseoir en face de lui.

Je commençais alors de l’étudier. J’examinais d’abord la tête qui était basanée avec des rides profondes et presque chauve. La pensée qui dominait en moi était que Wilde semblait plus musical que plastique, sans songer à donner un sens très précis à cette définition ; en vérité, plus musical que plastique. Je le regardai surtout en son ensemble. II était beau. Dans son fauteuil il avait l’air d’un éléphant ; le cul écrasait le siège où il était à l’étroit ; devant les bras et les jambes énormes j’essayais avec admiration d’imaginer les sentiments divins qui devaient habiter de pareils membres. Je considérai la grosseur de sa chaussure ; le pied était relativement petit, un peu plat, ce qui devait donner à son possesseur l’allure rêveuse et cadencée des pachydermes, et, bâti de la sorte, en faire mystérieusement un poète. Je l’adorais parce qu’il ressemblait à une grosse bête ; je me le figurais chier simplement comme un hippopotame ; et le tableau me ravissait à cause de sa candeur et sa justesse ; car, sans amis avec une mauvaise influence, il avait dû tout attendre des climats néfastes, et revenait soit des Indes ou de Sumatra, ou d’ailleurs. Très certainement, il avait voulu finir au soleil — peut-être dans l’Obock — et c’est quelque part là que poétiquement je me le représentais, dans la folie du vert de l’Afrique et parmi la musique des mouches, faire des montagnes d’excréments.

Ce qui me fortifiait dans cette idée, c’est que le nouveau Wilde était silencieux, et que j’avais connu un facteur, également muet, qui aurait été un imbécile, mais qui semblait sauvé, parce qu’il avait séjourné à Saïgon.

A la longue, je le pénétrai mieux en voyant ses yeux lourds, aux cils rares et malades ; aux prunelles qui m’ont parues marron, bien que je ne saurai, sans mentir, témoigner de leur véritable couleur ; au regard qui ne fixait point et se répandait en une large nappe. Le comprenant davantage, je ne pouvais me défendre de la réflexion : qu’il était plus musical que plastique ; qu’avec une telle apparence, il ne pouvait être ni moral, ni immoral ; et je m’étonnais que le monde ne se soit pas fait plus tôt l’opinion qu’il avait devant lui un homme perdu.

La figure bouffie était malsaine ; les lèvres épaisses, exsangues, découvraient parfois les dents pourries et scrofuleuses, réparées avec de l’or ; une grande barbe blanche et brune — je percevais presque toujours cette dernière couleur, ne pouvant admettre le blanc — masquait son menton. J’ai prétendu que les poils étaient d’argent, sans l’être, parce qu’il y avait quelque chose de grillé en eux, que la touffe qu’ils formaient semblait pygmentée par la teinte ardente de la peau. Elle avait poussé indifféremment, de la même façon que s’allonge le temps ou l’ennui oriental.

C’est seulement plus tard qu’il me fut sensible que mon hôte riait continuellement, non pas avec la contraction nerveuse des Européens, mais dans l’absolu. En dernier lieu, je m’intéressais à l’habillement ; je m’aperçus qu’il portait un complet noir et passablement vieux, et je sentis son indifférence pour la toilette.

Un solitaire radieux, que je ne pouvais m’empêcher de convoiter, miroitait à son auriculaire gauche, et Wilde en prenait un grand prestige.

J’avais été chercher une bouteille de cherry-brandy à la cuisine, et j’en avais versé déjà plusieurs verres. Nous fumions également à outrance. Je commençais à perdre de ma retenue et devenir bruyant ; c’est alors que je me permis de lui poser cette question vulgaire : « Ne vous a-t-on jamais reconnu ? »

— Si, plusieurs fois, surtout au début, en Italie. Un jour même, dans le train, un homme qui me faisait vis-à-vis me regardait tellement que je crus devoir déployer mon journal pour m’en masquer, afin d’échapper à sa curiosité ; car je n’ignorais point que cet homme savait que j’étais Sébastien Melmoth. — Wilde persistait à s’appeler ainsi. — Et, ce qui est plus affreux, c’est que l’homme me suivit, quand je descendis du train, — je crois que c’était à Padoue, — s’attabla en face de moi au restaurant ; et, ayant recruté, je ne sais par quels moyens, des connaissances ; car, comme moi, l’homme paraissait un étranger, il eut l’horrible plaisanterie de citer mon nom de poète à haute voix, feignant de s’entretenir de mon œuvre. Et tous me perçaient de leurs yeux, pour voir si je me troublerai. Je n’eus d’autre ressource que de quitter nuitamment la ville.

J’ai rencontré aussi des hommes qui avaient des yeux plus profonds que les yeux des autres hommes, et qui me disaient clairement de leurs regards : « Je vous salue, Sébastien Melmoth ! »

J’étais prodigieusement intéressé, et j’ajoutai : « Vous êtes vivant, quand tout le monde vous croit défunt ; M. Davray, par exemple, m’a affirmé qu’il vous avait touché et que vous étiez mort.

— Je crois bien que j’étais mort, répondit mon visiteur, avec un naturel atroce, qui me fit craindre pour sa raison.

— Pour ma part, mon imagination vous a toujours vu dans le tombeau, entre deux voleurs, comme le Christ !

Je demandais alors quelques détails sur une breloque, fixée à sa chaîne de montre, qui n’était autre, m’apprit-il, que la clé en or de Marie-Antoinette, qui servait à ouvrir la porte secrète du Petit-Trianon.

Nous buvions de plus en plus, et remarquant que Wilde s’animait singulièrement, je me mis en tête de l’enivrer ; car il avait maintenant de grands éclats de rire, et se renversait dans son fauteuil.

Je repris : « Avez-vous lu la brochure qu’André Gide — quel abruti — a publié sur vous ? Il n’a pas compris que vous vous moquiez de lui dans la parabole qui doit se terminer ainsi : « Et, ceci s’appelle le disciple. » Le pauvre, il ne l’a pas pris pour lui !

Et, plus loin, quand il vous montre réunis à la terrasse d’un café, avez-vous pris connaissance du passage où ce vieux grippe-sou laisse entendre qu’il vous a fait la charité ? Combien vous a-t-il donné ? un louis ?

— Cent sous, articula mon oncle, avec un comique irrésistible.

Je poursuivis : « Avez-vous complètement renoncé à produire ? »

— Oh, non ! J’ai terminé des Mémoires. — Mon Dieu ! que c’est drôle ! — J’ai encore un volume de vers en préparation, et j’ai écrit quatre pièces de théâtre… pour Sarah-Bernhardt ! s’exclama-t-il, en riant très fort.

— J’aime beaucoup le théâtre, mais je ne suis vraiment à l’aise que lorsque tous mes personnages sont assis et qu’ils vont causer.

— Écoutez-moi, mon vieux, — je devenais très familier, — je vais vous faire une petite proposition et, du même coup, me montrer un directeur avisé. Voilà, je publie une petite revue littéraire, où je vous ai déjà exploité, — c’est beau une revue littéraire ! — et je vous demanderai un de vos livres que je publierai comme une œuvre posthume ; mais, si vous préférez, je m’improvise votre imprésario ; je vous signe immédiatement un contrat vous liant à moi pour une tournée de conférences sur la scène des music-halls. Si parler vous ennuie, je vous produirai dans une danse exotique ou une pantomime, avec des petites femmes.

Wilde s’amusait de plus en plus. Puis, soudain, mélancolique, il fit : « Et Nelly ? » — C’est ma mère.— Cette question me causa un bizarre effet physique, car, à plusieurs reprises, ne m’avait-on pas instruit à demi sur ma naissance mystérieuse ; éclairé très vaguement, en me laissant supposer qu’Oscar Wilde pouvait être mon père. Je lui racontai tout ce que je savais d’elle ; j’ajoutais même que Mme Wilde, avant de mourir, lui avait rendu visite, en Suisse. Je lui parlais de M. Lloyd — mon père ? — lui rappelant le mot qu’il avait eu sur lui : « C’est l’homme le plus plat que je n’ai jamais rencontré. » Trompant mes prévisions, Wilde, à ce souvenir, sembla chagriné.

J’accommodais, sur son fils Vivian et ma famille, ce qui était susceptible de l’intéresser ; mais je m’aperçus bientôt que je ne le tenais plus en haleine.

II ne m’avait interrompu qu’une fois, durant mon long discours, pour surenchérir quand je lui avais fait part de ma haine du paysage suisse. « Oui, avait-il ponctué, comment peut-on aimer les Alpes ? Pour moi, les Alpes ne sont que de grandes photographies en blanc et noir. Lorsque je suis dans le voisinage des hautes montagnes, je me sens écrasé ; je perds tout mon sens de la personnalité ; je ne suis plus moi-même ; mon seul désir est de m’en éloigner. Quand je descends en Italie, petit à petit, je rentre en possession de moi-même : je suis redevenu un homme.

Comme nous avions laissé tomber la conversation, il reprit : « Parlez-moi de vous. »

Je lui fis alors un tableau des vicissitudes de ma vie ; je donnai mille détails sur mon enfance de garçon terrible, dans tous les lycées, écoles et instituts d’Europe ; sur ma vie hasardeuse d’Amérique ; les anecdotes foisonnaient ; et Wilde ne cessait de rire gaiement que pour jouir en des convulsions à tous les passages où mes instincts charmants se montraient au grand jour. Et c’était des : « Oh, dear ! oh, dear ! » continuels.

La bouteille de cherry-brandy était vide, et le voyou naissait en moi.

J’apportai trois litres de vin ordinaire, la seule boisson qui restât ; mais, comme j’en offrais à mon nouvel ami, celui-ci, fort congestionné, me fit de la main un geste de refus.

Come on ! have a bloody drink ! m’exclamai-je avec l’accent d’un boxeur américain, duquel il parut un peu choqué ; « Nom de Dieu ! j’ai tué votre dignité. »

II accepta, toutefois, vida son verre d’un trait et soupira : « De toute ma vie, je n’ai bu autant. »

— Ta gueule, vieux soulard ! hurlai-je, en reversant à boire. Alors, dépassant toutes les bornes, je me mis à l’interroger de la sorte : « Vieille charogne ! veux-tu me dire tout de suite d’où tu viens ; comment as-tu fait pour savoir l’étage que j’habitais ? » Et je criai : « Veux-tu, veux-tu te dépêcher de répondre ; tu n’as pas fini de faire ton chiqué. Ah, non ! mais, des fois ! j’ suis pas ton père ! » Et l’insultant entre des rots abominables : « Eh ! va donc ! figure de coin de rue, propre à rien, face moche, raclure de pelle à crottin, cresson de pissottière, feignasse, vieille tante, immense vache ! »

J’ignore si Wilde goûta cette énorme plaisanterie, où l’esprit avait bouclé la boucle, tour facile, lorsqu’on est intoxiqué, et qui permet de garder, au milieu des plus apparentes trivialités, toute sa noblesse. Ce soir, sans doute, ne voulais-je pas me départir d’une certaine coquetterie ; car, en de pareils cas, l’élégance que j’ai décrite ne tient qu’à l’intention, chose si légère qu’elle tentera toujours un jongleur, quand bien même il connaîtrait tout le prix de la simple vulgarité.

Toujours est-il que Wilde me dit en riant : « Que vous êtes drôle ! Mais, Aristide Bruant, qu’est-il devenu ? » Ce qui, sur le champ, me fit imaginer des : « Tu parles, Charles ! Tu l’as dit, bouffi ! »

A un moment donné, mon visiteur osa même : « I am dry. » Ce qui peut se traduire ainsi : « Je suis sec. » Et moi de lui remplir à nouveau son verre. Alors, en un immense effort, il se leva ; mais, avec promptitude et d’une poussée de l’avant-bras, je l’aplatis — c’est le terme le plus juste — sur son fauteuil. Sans révolte, il tira sa montre : il était trois heures moins le quart. Oubliant de prendre son avis, je crie : « A Montmartre ! nous allons faire la noce. » Wilde ne semble pas pouvoir résister, et sa figure brille de joie ; pourtant il me dit, avec faiblesse : « Je ne peux pas, je ne peux pas. »

— Je vais vous raser et vous mener dans les bars ; là, je ferai semblant de vous perdre, et je crierai très fort : « Oscar Wilde ! viens prendre un whisky. » Vous verrez que nous serons étonnants ! et vous prouverez ainsi que la société n’a rien pu contre votre bel organisme. Et je dis encore, comme Satan : « Du reste, n’êtes-vous pas le Roi de la Vie ? »

— Vous êtes un garçon terrible, murmura Wilde, en anglais. Mon Dieu ! je voudrais bien ; mais je ne peux pas ; en vérité, je ne peux pas. Je vous en supplie, n’éprouvez plus un cœur tenté. Je vais vous quitter, Fabian, et je vous dis adieu.

Je ne m’opposai plus à son départ ; et, debout, il me serra les mains, prit son chapeau qu’il avait posé sur la table, et se dirigea vers la porte. Je l’accompagnai dans l’escalier, et, un peu plus lucide, je demandai. « Au fait, ne veniez-vous pas avec une mission ? »

— Non aucune, gardez le silence sur tout ce que vous avez entendu et vu… ou, plutôt, dites tout ce que vous voudrez dans six mois.

Sur le trottoir, il me pressa les doigts, et, m’embrassant, me chuchota encore : « You are a terrible boy. »

Je le regardais s’éloigner dans la nuit, et, comme la vie, à cette minute-là, me forçait à rire, de loin, je lui tirai la langue, et je fis le geste de lui donner un grand coup de pied. Il ne pleuvait plus ; mais l’air était froid. Je me souvins que Wilde n’avait pas de pardessus, et je me disais qu’il devait être pauvre. Un flot de sentimentalité inonda mon cœur ; j’étais triste et plein d’amour ; cherchant une consolation, je levais les yeux : la lune était trop belle et gonflait ma douleur. Je pensais maintenant que Wilde avait peut-être mal interprété mes paroles ; qu’il n’avait pas compris que je ne pouvais pas être sérieux ; que je lui avais fait de la peine. Et, comme un fou, je me mis à courir après lui ; à chaque carrefour, je le cherchai de toute la force de mes yeux et je criai : « Sébastien ! Sébastien ! » De toutes mes jambes, je dévalai les boulevards jusqu’à ce que j’eusse compris que je l’avais perdu.

Errant dans les rues, je rentrai lentement, et je ne quittai point des yeux la lune secourable comme un con.

****

 OSCAR WILDE EST VIVANT !
ARTHUR CRAVAN

FERNANDO PESSOA Poemas Inconjuntos Poèmes Désassemblés (1913-1915) Alberto Caeiro

 Poème de Fernando Pessoa
Alberto Caeiro
Poemas Inconjuntos
Poèmes Désassemblés





Traduction – Texte Bilingue
tradução – texto bilíngüe

Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE PORTUGAISE
POESIE PORTUGAISE

Literatura Português

FERNANDO PESSOA
1888-1935
Fernando Pesso Literatura Português Poesia e Prosa Poésie et Prose Artgitato

 





Poema de Fernando Pessoa
por Alberto Caeiro
Poemas Inconjuntos

Poème de Fernando Pessoa
Alberto Caeiro
POEMES DESASSEMBLES
1913-1914-1915

Entrada
1917
Amadeo de Souza-Cardoso
Musée Calouste-Gulbenkian, Lisbonne

********

Criança desconhecida e suja
Enfant inconnu et sale

Criança desconhecida e suja brincando à minha porta,
Enfant inconnu et sale jouant devant ma porte,
Não te pergunto se me trazes um recado dos símbolos.
Je ne te demande pas si tu m’apportes un message de symboles.

**

Entre o que vejo
Entre ce que je vois

Entre o que vejo de um campo e o que vejo de outro campo
Entre ce que je vois d’un champ et ce que je vois d’un autre champ
    Passa um momento uma figura de homem.
Passe un moment la figure d’un homme.

**

Falas de civilização
Tu parles de civilisation

Falas de civilização, e de não dever ser,
Tu parles de la civilisation, et de ce qui ne devrait pas être,
Ou de não dever ser assim.
Ou ne devrait pas être ainsi.

**

Não basta abrir a janela
Il ne suffit pas d’ouvrir la fenêtre

Não basta abrir a janela
Il ne suffit pas d’ouvrir la fenêtre
 Para ver os campos e o rio.
Pour voir les champs, la rivière.

**

Noite de S. João
Nuit de Saint Jean

Noite de S. João para além do muro do meu quintal.
Nuit de Saint-Jean au-delà du mur de ma cour.
Do lado de cá, eu sem noite de S. João.
  De ce côté, moi, sans nuit de la Saint-Jean.

**

Ontem o pregador
Le Prédicateur

Ontem o pregador de verdades dele
Hier, le prédicateur des vérités qui sont les siennes
Falou outra vez comigo.
Est venu me parler.

**

Pastor do monte
Berger de la montagne

Pastor do monte, tão longe de mim com as tuas ovelhas
Berger de la montagne, loin de moi avec tes moutons
Que felicidade é essa que pareces ter — a tua ou a minha?
Quel bonheur tu sembles avoir- le tien ou le mien ?

**

Quando tornar a vir a Primavera
Quand le Printemps

Quando tornar a vir a Primavera
Quand le printemps sera de nouveau là
  Talvez já não me encontre no mundo.
Peut-être n’appartiendrai-je plus à ce monde.

**

Se depois de eu morrer
Si après ma mort

Se depois de eu morrer, quiserem escrever a minha biografia,
Si après ma mort, je veux écrire ma biographie,
Não há nada mais simples
  Il n’y a rien de plus simple

**

Uma gargalhada de raparigas soa do ar da estrada
Un Rire de Fille

Uma gargalhada de raparigas soa do ar da estrada.
Un rire de fille résonne de l’air de la rue.
Riu do que disse quem não vejo.
 Elle a ri de celui que je ne vois pas.

**

Verdade mentira certeza incerteza
Vérité mensonge certitude incertitude

Verdade, mentira, certeza, incerteza…
Vérité, mensonge, certitude, incertitude …
Aquele cego ali na estrada também conhece estas palavras.
Cet homme aveugle là, sur la route, connaît aussi ces mots.

**********

Poemas Inconjuntos

SONNETS PORTUGAIS Sonnets from the Portuguese VI (Elizabeth Barrett Browning) Sonette aus dem Portugiesischen VI (RILKE)

Rainer Maria Rilke
1875-1926
Sonnets Portugais
Rainer Maria Rilke Portrait de Paula Modersohn-Becker 1906

Elizabeth Barrett Browning
1806-1861

 

 

Elizabeth Barrett Browning

*

Sonnets from the Portuguese
1850

VI


Rainer Maria Rilke
Sonette aus dem Portugiesischen
1908
VI

Traduction Française
Jacky Lavauzelle
Sonnets Portugais
ou Sonnets de la Portugaise
 

VI

 

*

Elizabeth-Barrett-Browning Sonnets from the Portuguese Elizabeth Barrett Browning Sonette aus dem Portugiesischen RILKE

VI
Sixième Sonnet

Sonnets Portugais Elizabeth Barrett Browning Rainer Maria Rilke Artgitato Vassily Kandinsky 1913 Carrés et Cercles Concentriques

Vassily Kandinsky Carrés et cercles concentriques 1913

*

Sonnets Portugais

*

Go from me. Yet I feel that I shall stand
Geh fort von mir. So werd ich fürderhin
Pars loin de moi. Pourtant, je sens que je serai
Henceforward in thy shadow. Nevermore
in deinem Schatten stehn. Und niemals mehr
Désormais, dans ton ombre. Plus jamais
Alone upon the threshold of my door
die Schwelle alles dessen, was ich bin,
Je ne serai seul sur le seuil de ma porte
Of individual life, I shall command
allein betreten. Niemals wie vorher
De ma propre vie, je ne commanderai   

*

The uses of my soul, nor lift my hand
verfügen meine Seele. Und die Hand
Les actions de mon âme, ni ne lèverai ma main
Serenely in the sunshine as before,
nicht so wie früher in Gelassenheit
Sereinement au soleil comme avant,
Without the sense of that which I forebore—
aufheben in das Licht der Sonne, seit
Sans avoir à ressentir
Thy touch upon the palm. The widest land
die deine drinnen fehlt. Mag Land um Land
Ton contact sur la paume. La terre la plus large  

*

Doom takes to part us, leaves thy heart in mine
anwachsen zwischen uns, so muß doch dein
Du destin nous sépare, laisse ton cœur dans le mien
With pulses that beat double. What I do
Herz in dem meinen bleiben, doppelt schlagend.
Avec ces doubles battements. Ce que je fais
And what I dream include thee, as the wine
Und was ich tu und träume, schließt dich ein:
Et ce que je rêve, t’inclut, comme le vin    

*

Must taste of its own grapes. And when I sue
so sind die Trauben überall im Wein.
Doit son goût de ses propres raisins. Et lorsque je prie
God for myself, He hears that name of thine,
Und ruf ich Gott zu mir: Er kommt zu zwein
Dieu en mon nom, Il entend ton nom,
And sees within my eyes the tears of two.
und sieht mein Auge zweier Tränen tragend.
Et voit dans mes yeux nos larmes mélangées.

****************

Les Sonnets Portugais
VI

*

Robert Browning 1865 photogravure Julia Margaret Cameron
Robert Browning 1865 photogravure Julia Margaret Cameron

IV Sonnets from the Portuguese IV (Elizabeth Barrett Browning) Sonette aus dem Portugiesischen IV (RILKE) Sonnets traduits du portugaisIV

Rainer Maria Rilke
1875-1926
Sonnets Traduits du Portugais IV
Rainer Maria Rilke Portrait de Paula Modersohn-Becker 1906

Elizabeth Barrett Browning
1806-1861

 

 

Elizabeth Barrett Browning

*

Sonnets from the Portuguese
1850

IV


Rainer Maria Rilke
Sonette aus dem Portugiesischen
1908
IV

Traduction Française
Jacky Lavauzelle
Sonnets Portugais
Sonnets traduits du portugais

IV

 

*

Elizabeth-Barrett-Browning Sonnets from the Portuguese Elizabeth Barrett Browning Sonette aus dem Portugiesischen RILKE

IV
Quatrième Sonnet
Sonnets traduits du portugais IV

*
Sonnets traduits du portugais Rainer Maria Rilke Artgitato Sonnets Portugais Piet Mondrian Composition XIV

Piet Mondrian Composition XIV 1913

*

Thou hast thy calling to some palace-floor,
Du bist da droben im Palast begehrt,
Ton appel pénètre les palais grandioses,
Most gracious singer of high poems! where
erlauchter Sänger lauterer Gedichte,
Très gracieux chanteur de majestueux poèmes ! où
The dancers will break footing, from the care
wo Tänzer stillstehn, deinem Angesichte
Les danseurs transis tentent
Of watching up thy pregnant lips for more.
und deinem Munde durstend zugekehrt.
De lire sur tes lèvres ouvertes.

*

And dost thou lift this house’s latch too poor
Und es gefällt dir, dieser dürftigen Tür
Et si tu soulevais le pauvre loquet de cette maison
For hand of thine? and canst thou think and bear
Griff anzurühren? Ist es auszuhalten,
De ta main ? et peux-tu seulement penser 
To let thy music drop here unaware
daß deiner Fülle Klang in goldnen Falten
A laisser ta musique harmonieuse
In folds of golden fulness at my door?
vor eine Türe fällt, zu arm dafür?
Dans les plis de la plénitude dorée, à ma porte ?

*

Look up and see the casement broken in,
Sieh die zerbrochnen Fenster. Fledermaus
Regarde et vois la fenêtre brisée,
The bats and owlets builders in the roof!
und Eule baun im Dach. Und meine Grille
Les chauves-souris et les hiboux se nichent dans le toit !
My cricket chirps against thy mandolin.
zirpt gegen deine Mandoline. Stille.
Mon grillon gazouille contre ta mandoline.

*

Hush, call no echo up in further proof
Das Echo macht noch trauriger das Haus,
Chut, ne cherche pas l’écho 
Of desolation! there’s a voice within
drin eine Stimme weint, so wie die deine
De désolation ! il y a une voix à l’intérieur
That weeps . . . as thou must sing . . . alone, aloof.
da draußen singen muß … allein, alleine.
Qui pleure. . . tu dois chanter. . . seule, à l’écart.

*****
Sonnets traduits du portugais IV

DOUCE ROUMANIE, CE QUE JE TE SOUHAITE – Poème Roumain de Mihai Eminescu : Ce-ţi doresc eu ţie, dulce Românie

România – textul în limba română
Mihai Eminescu

EminescuEminescu

Traduction – Texte Bilingue
Traducerea Text bilingvă

Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE ROUMAINE
POESIE ROUMAINE

Literatura Română
Romanian Poetry

Mihai Eminescu
1850 – 1889

poet roman
Poète Roumain

Ce-ţi doresc eu ţie, dulce Românie,

 

 Ce que je te souhaite, douce Roumanie

x

Mihai Eminescu Douce Roumanie Ce que je te souhaiteStefan Luchian Intérieur 1913
Ștefan Luchian
Intérieur – 1913
Lorica aux chrysanthèmes

*

Ce-ţi doresc eu ţie, dulce Românie, 
Ce que je te souhaite, douce Roumanie,
Ţara mea de glorii, ţara mea de dor?
Pays de gloire, pays langoureux ?
Braţele nervoase, arma de tărie,
Bras nerveux contre les pays belliqueux,
La trecutu-ţi mare, mare viitor!
Grand fut ton passé, que soit grand soit ton avenir !
Fiarbă vinu-n cupe, spumege pocalul,
Vin en ébullition moussant dans nos verres,
Dacă fiii-ţi mândri aste le nutresc;
Si ainsi tes enfants fiers te chérissent ;
Căci rămâne stânca, deşi moare valul,
Car le rocher reste quand la vague se meurt,
Dulce Românie, asta ţi-o doresc.
Douce Roumanie, voilà ce que je te souhaite.

*

Vis de răzbunare negru ca mormântul
Que ta vengeance soit aussi noire que la tombe
Spada ta de sânge duşman fumegând,
Que ton glaive soit brûlant du sang de ton ennemi,
Şi deasupra idrei fluture cu vântul
Et que par-dessus l’Hydre que fouettent les vents
Visul tau de glorii falnic triumfând,
Ton rêve de gloire, dominant et triomphal,
Spună lumii large steaguri tricoloare,
Qu’au monde ce drapeau tricolore raconte,
  Spună ce-i poporul mare, românesc,
Ce qu’est ce peuple vaillant, les Roumains,
Când s-aprinde sacru candida-i vâlvoare,
Quand les lumières pour des raisons sacrées se rallument,
Dulce Românie, asta ţi-o doresc.
Douce Roumanie, voilà ce que je te souhaite.

*

Îngerul iubirii, îngerul de pace,
Ange de l’amour
, ange de la paix,
Pe altarul Vestei tainic surâzând,
Sur l’autel, les vestales souriantes,
Ce pe Marte-n glorii să orbească-l face,
Mars glorieux qu’ils aveuglent,
Când cu lampa-i zboară lumea luminând,
De leur lampe éclairant les lumières du monde,
El pe sânu-ţi vergin încă să coboare,
Sur ton sein virginal du ciel dans sa descente,
Guste fericirea raiului ceresc,
Qu’il  goûte au bonheur paradisiaque,
Tu îl strânge-n braţe, tu îi fă altare,
Serre-le dans tes bras, fais-lui des autels,
Dulce Românie, asta ţi-o doresc.
Douce Roumanie, voilà ce que je te souhaite.

*

Ce-ţi doresc eu ţie, dulce Românie,
  Voilà ce que je te souhaite
, douce Roumanie,
Tânără mireasă, mamă cu amor!
Jeune mariée et mère aimante !
 Fiii tăi trăiască numai în frăţie
Que tes fils vivent dans la fraternité seulement
    Ca a nopţii stele, ca a zilei zori,
Comme les étoiles de la nuit, comme l’aube des jours,
Viaţa în vecie, glorii, bucurie,
Vis pour toujours la joie glorieuse,
  Arme cu tărie, suflet românesc,
Aux armes aiguisées, âme roumaine,
Vis de vitejie, fală şi mândrie,
Vis de bravoure, de gloire et de fierté,
Dulce Românie, asta ţi-o doresc!
Douce Roumanie, voilà ce que je te souhaite.

*************************************************************
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
***************************************

România – textul în limba română
Mihai Eminescu

EminescuEminescu

Les Caricatures d’Almada Negreiros Fernando Pessoa Traduction et Texte portugais

Les Caricatures d’Almada Negreiros
(1913)

Les Caricatures d'Almada Negreiros AS CARICATURAS DE ALMADA NEGREIROS Fernando Pessoa Artgitato Traduction Française
LITTERATURE PORTUGAISE
Literatura Português
FERNANDO PESSOA
1888-1935
 

Almada Negreiros
(1893-1970)

AS CARICATURAS DE ALMADA NEGREIROS
Les Caricatures d’Almada Negreiros

 

A arte chamada satírica é aquela cujo intuito consiste traduzir um objecto, sem erro de tradução, para inferior a si-próprio. Baseia-se por isso em um dos três sentimentos donde essa intenção pode nascer — o ódio ou aversão, o desprezo, e o interesse fútil, e consciente de ser fútil, que é uma espécie de desprezo carinhoso. A revolta, o riso, o sorriso — eis as três manifestações que consoante o sentimento gerador, tenta produzir com respeito ao objecto que trata.
L’art appelé satirique traduit un objet, sans erreur de traduction, de manière inférieure à ce qu’il est en réalité. Il est donc basé sur l’un des trois sentiments peut naître cette intention  la haine ou le dégoût, le mépris et l’intérêt futile, et conscient d’être futile, qui est une sorte de mépris affectueux. La révolte, le rire, le sourire   sont les trois manifestations, selon le sentiment qui le génère,  qu’il tente de produire en respectant l’objet qu’il traite.

Toda a outra arte procura tornar o seu objecto superior a si-próprio, busca nele uma qualquer espécie de além-ele.
Tout autre art cherche à produire un objet supérieur à lui-même, il cherche une sorte d’au-delà de lui.

Desde que a intenção da arte deixe de ser o tornar o objecto superior a si-próprio, passa fatalmente a ser o torná-lo inferior a si-próprio, visto que a via média não existe, porque (pois que a arte é essencialmente interpretação) uma coisa é igual a si-própria nunca na arte, mas só na vida.
Puisque l’intention de l’art n’a plus pour objet de rendre l’œuvre au-dessus de l’objet, elle cherche inévitablement à le rabaisser, car il n’y a pas de milieu, puisque (comme que l’art est essentiellement interprétation ) une chose n’est égale à elle-même, jamais dans l’art, mais seulement dans la vie.

Basta considerar um objecto futilmente, como meramente interessante, para o inferiorizar, visto que cada Coisa ou Sensação, momento espacial ou psíquico do Mistério, ou, pelo menos, da Vida, basta que seja considerada sem uma consciência clara ou obscura de que é isso, para ser ipso facto traduzida para inferior a si-própria.
Il suffit de considérer un objet futilement, comme simplement intéressant, pour le rendre inférieur, puisque chaque Chose ou Sensation, moment spatial ou moment psychique du Mystère, ou pour le moins, de la Vie, sans en posséder une conscience claire ou obscure de ce qu’elle est, pour être ipso facto reproduite en moins bien que l’original.

Almada Negreiros 1917 1

Daí o existir, além do ódio (que produz a revolta) e o desprezo (que produz o riso), o interesse fútil (que produz o sorriso) como sentimento gerador de obra satírica, propriamente assim chamada.
Il existe donc, au-delà de la haine (qui produit la révolte) et le mépris (qui produit le rire), l’intérêt futile (qui produit le sourire), comme un sentiment générateur de l’œuvre satirique, proprement dite.

Daí o carácter basilarmente negativo da arte satírica.
D’où le caractère fondamentalement négatif de l’art satirique.

Acontece porém que toda a arte é criação; ora sendo toda a arte criação, e sendo toda a criação, por sua natureza, afirmação, resulta que a arte satírica, que é negativa, encerra em sua essência o paradoxo de que é grande na proporção em que sai para fora de ser satírica. Quanto mais satírica menos satírica. Aí estão o «Dom Quixote» e «A Tale of a Tub» a pedirem que os citemos como exemplos.
Il se trouve cependant que tout art est création ; or si tout art créé, et si toute la création est, par sa nature, affirmation, il résulte que l’art satirique, qui est négatif, contient dans son essence le paradoxe qu’il est d’autant plus grand en proportion qu’il sort de la satire. Plus il est satirique, moins il est satirique. Il y a le « Don Quichotte » et « A Tale of a Tubque nous pouvons citer à titre d’exemples.

Assinatura_de_Almada_Negreiros Signature d'Almada Negreiros

Não se julgue porém que isto — mera constatação — leva escondido o puxar para desprezível a arte de satirizar. Nessa arte, como na outra, pode haver, e em cada um dos seus três géneros, brilhantismo, talento e génio. Pode haver mesmo um artista genial em nos dar o interesse fútil das coisas; basta que no-lo dê com a plena dolorosa consciência dessa futilidade. E isso é porque (voltemos ao mesmo paradoxo) já essa dor da consciência do fútil nos leva para além da sátira.
Ne croyez pas cependant que ceci juste une constatation rende méprisable l’art de la satire. Dans cet art, comme dans les autres, il peut y avoir, et dans chacun de ses trois genres, de l’éclat, du talent et du génie. Nous pouvons trouver un artiste de génie qui nous donnera l’intérêt pour des choses futiles ; il faut juste qu’il le donne avec la pleine conscience de cette futilité douloureuse. Tout cela, parce que (revenons à ce même paradoxe) cette prise de conscience du futile nous emmène au-delà de la satire.

Porque o génio satírico é aquele que, quer faça sátira pelo ódio, quer pelo desprezo, quer pelo interesse fútil, nos dá o além odioso, o além ridículo, o além fútil. O talento, em qualquer dos três géneros, será aquele que cegantemente, multiformalmente, nos der o fútil como fútil, o ridículo como ridículo o odioso como odioso. — O meramente inteligente ou brilhante será aquele que, não sem individualidade, mas sem vincada forma pessoal e acentuado polimorfismo, nos der o que ao seu género convenha.
Parce que le génie satirique est celui qui, soit est inspiré de la haine, soit du mépris, soit par l’intérêt futile, nous donne ce qui est au-delà du détestable, au-delà du ridicule, au-delà du futile. Le talent de l’un de ces trois genres, nous montre de manière aveuglante, multiforme, le futile comme futile, le ridicule aussi ridicule, et l’odieux comme odieux. Avec la seule intelligence ou le seul brio , celui-là, non sans personnalité, mais sans une forme personnelle et un polymorphisme accentué, nous donnera ce qui convient à son genre.

Se, de posse destes claros elementos para a crítica, nos aproximarmos da obra de Almada Negreiros, agora exposta em Lisboa, não teremos dificuldade para pragas em lhe encontrar classificação.
Si, en possession de ces éléments clairs du point de vue de la critique, nous nous approchons de l’œuvre de Almada Negreiros, maintenant exposée à Lisbonne, nous aurons aucun mal à lui trouver une classification.

LE SOURIRE DE SON ÂME ATTENTIVE

Almada Negreiros pertence aos satiristas que se aplicam a dar a futilidade das coisas. A sua arte é suavemente para o sorriso. Não tem nem ódios nem desprezos, pelo menos artisticamente; por isso a sua arte não nos deixa na alma rasto de revolta ou eco de gargalhada. Ele observa interessadamente, mas não traz, pelo menos por enquanto, sentimentos profundos para a sua observação. Vê, acha curioso, e fixa em traço e cor o sorriso da sua alma atenta.
Almada Negreiros appartient à ces satiristes qui mettent en relief la futilité des choses. Son art fait doucement sourire. Vous n’avez pas de haine ou du mépris, du moins artistiquement ; pour cela, son art ne nous laisse sur notre âme ni trace de révolte ni l’écho d’un rire. Il note avec intérêt, mais pas trop, du moins pour le moment, des sentiments profonds pour son observation. Voir, trouver curieux, et fixer dans la trace et dans la couleur le sourire de son âme attentive.

Isto, porém, é uma classificação de espécie, não de valor. O que nos importa saber é o valor do artista dentro do género a que pertence.
Mais cela est une sorte de classement d’espèce, et non de valeur. Ce qui compte pour nous , c’est de connaître la valeur de l’artiste dans le genre qui est le sien.

Que Almada Negreiros não é um génio — manifesta-se em não se manifestar. Nada de dolorosamente consciente de quanto o fútil simboliza e resume das coisas da Vida. Um ou outro assunto é tratado mais a sério; mas nem esse sério leva em si pequena porção que seja de individualidade e especialidade, nem, mesmo, o sério é o doloroso.
Qu’Almada Negreiros n’est pas un génie cela se manifeste en ne se manifestant pas. Rien de douloureusement conscient de tout ce futile qui symbolise et résume les choses de la Vie. Un sujet est traité plus sérieusement; mais il ne porte en lui même pas une petite portion d’individualité et de particularité, ni, même,  n’a ce ce grave qui est douloureux.

Mas que este artista tem brilhantismo e inteligência, muito e muita — eis o que está fora de se poder querer negar. Mas terá talento? O ponto para quem quer discutir é este.
Mais que cet artiste ait de l’éclat et l’intelligence, en grande quantité– nous ne pouvons le nier. Mais a-t-il du talent ? Voici un point que nous allons discuter.

Eu creio que ele tem talento. Basta reparar que ao sorriso do seu lápis se liga o polimorfismo da sua arte para voltarmos as costas a conceder-lhe inteligência apenas.
Je pense qu’il a du talent. Il suffit juste de remarquer que le sourire de son crayon se lie au polymorphisme de son art et nous oriente vers quelque chose qui va au-delà de l’intelligence.

É interessante de vários modos, interessado de várias maneiras na futilidade da Vida, apanhando-lhe ora este, ora aquele, momento de espuma, sem consciência, infelizmente, de que essa espuma é a orla de um mar antigo, vasto e misterioso.
Il est intéressant, à bien des égards, intéressé à bien des égards par la futilité de la Vie, prenant ces moments d’écume inconsciemment, malheureusement, qui provient d’une ancienne, vaste et mystérieuse mer.

E o seu polimorfismo — a que atribuí-lo, cingindo-nos criticamente só a ele? Será poliaptidão do artista, incerteza em encontrar-se, ou uma assemelhável imitação ou adaptação a vários géneros? Creio na Síntese, sempre, e aqui ela vem em meu auxílio. Porque me parece que de todos estes três elementos se forma o multiforrnismo do artista. Há qualquer coisa de procurar; há, infelizmente, também qualquer coisa de achar (nos outros); — mas há também, para quem sabe ver, nitidamente personalidade e originalidade através de essas influenciações e tentativas.
Et son polymorphisme à quoi lui attribuer, si nous revenons sur notre critique Est-ce la polyvalence de l’artiste, l’incertitude à se trouver, ou  faculté d’imitation ou d’adaptation à différents genres ? Je crois dans la Synthèse, toujours, et ,ici, elle vient à mon secours. Parce qu’il me semble que tous ces trois éléments forment le polymorphisme de l’artiste. Il y a quelque chose de l’ordre de la recherche ; il y a, malheureusement, aussi quelque chose de  l’ordre du trouver(chez les autres) ; Mais il y a aussi, pour qui sait voir, une personnalité et une originalité à travers ces influences et ces tentatives.

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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