Archives de catégorie : Théâtre

LE TAUREAU D’AIRAIN – Pièce de Jacky Lavauzelle

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LE TAUREAU D’AIRAIN



Théâtre de Jacky Lavauzelle

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Phalaris condamnant le sculpteur Perillus
Par Baldassarre Peruzzi.
Phalaris – Tyran d’Agrigente en Sicile

Le supplice du taureau d’airain ou taureau de Phalaris

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LE TAUREAU D’AIRAIN
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Pièce de Théâtre

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Premier Tableau

Le Chœur
Nous sommes en Moirie, pays sombre et lugubre où règnent trois princesses – je les appellerai plutôt sorcières, mais ce n’est que mon avis, après tout…

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Second Tableau

PHALARIS
Ce sera notre dieu désormais. J’ai eu une illumination en me rasant. Kemoch m’est apparu…Et il m’a parlé…
Gaihris lève les yeux au ciel quand Phalaris se tourne.
Une illumination, te dis-je. Une lumière blanche et des musiques sérielles et électroacoustiques … La synthèse impossible entre Stockhausen, Berio, Boulez et Dalbavie… J’étais un ange dans les mains de Dieu.

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Troisième Tableau

PERILLUS
C’est vrai, l’amitié est chose bien peu présente dans notre pays, on ne parle que de loyauté ! La loyauté c’est pour les chiens ! La loyauté c’est pour les mafieux et les véreux ! Pour les tyrans ! Mon chien m’est fidèle et loyal, mais je ne le mange pas dès qu’il me désobéit !

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Quatrième Tableau

PHALARIS
Qui s’emballe.
Ben, c’est que moi, le chaudron ça m’excite, Altesse et depuis que vous en parlez, Altesse, j’ai l’eau à la bouche et j’entends des gargouillis dans mon ventre, Altesse…c’est plus fort que moi…Ah ! cette idée du chaudron….Vous me dites qu’ils me laisseraient les conjoints…Si je pouvais les croquer tous…

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Cinquième Tableau

ATROPOS
Et moi, couper ! Tout le monde à peur de moi ! tous s’écartent et chacun pense que sa dernière heure est arrivée ! Je les vois tremblant, bavant, écumant…Leurs épaules s’affaissent…ils rougissent…bégaient … suent à grosses gouttes…Je sens de la peur dès que je passe…des fragrances horribles de l’angoisse…même les lumières à mon passage s’affadissent. J’ai même vu des ampoules éclater en mille morceaux !

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Sixième Tableau

PERILLUS
…du volume…du volume et encore du volume ! Ma création doit symboliser la culture Moirienne ! Notre puissance et notre effroi. C’est pour ça que tous nos voisins ont peur de nous ! Il y a un côté animal en chacun de nous. La Moirie est la réserve du monde ! Le paradis des cannibales ! On est pas accepté partout ! Quel monde indifférent à nos préoccupations et à notre manière de vivre !

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Septième Tableau

PHALARIS
Comme tu y vas, Grand Argentier, la banqueroute ? C’est un peu fort quand même ! Nous avons des dépenses plus fortes que prévues…C’est sûr ! Des impondérables ? Aussi ! Mais…mais quand même, nous investissons pour notre avenir et pour le salut de nos âmes : nous nous mettons dans les bras de Kemoch !

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Huitième Tableau

PERILLUS
Les traditions, les amis ! Les traditions ! N’oubliez jamais les traditions ! Nous vivons et mourons pour elles. Elles sont notre socle, notre terroir. Sans elles, nous ne sommes rien.

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Neuvième Tableau

LACHÉSIS
Le pays s’enfonce un peu plus…En perdant Périllus, je me demande si nous n’avons pas perdu la partie ?

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Dixième et dernier Tableau

PERILLUS
Regarde ! Sur les côtés ! Les orifices permettent de percevoir les gémissements du taureau…comme s’il s’agissait d’un vrai. Ce taureau permettra d’avoir avant le goût, l’odeur et les sons.

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Clotho, Lachèsis et Atropos
Tapisserie Flamande
Victoria and Albert Museum
Londres

 

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LE TAUREAU D’AIRAIN
Pièce de théâtre

Théâtre : LE MAMBA NOIR – Pièce de Jacky Lavauzelle

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Théâtre de Jacky Lavauzelle

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LE MAMBA NOIR
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Pièce de Théâtre

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Personnages

Max
La soixantaine.

Pierre
La quarantaine – Un ami de Max et le copain de Lucie.

Lucie
La trentaine – La copine de Pierre.

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EXTRAITS DES DIX TABLEAUX

PREMIER TABLEAU

Max
A rentrer dans la pièce…quelle sensation ! Quel pied ! Tu sens la mort tout autour ! Un vent glacial ! C’est de la bombe, notre truc.

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SECOND TABLEAU

Max
« La vie est une navigation périlleuse ; assaillis par les tempêtes, nous y sommes plus souvent maltraités que des naufragés. N’ayant que la fortune pour pilote, nous voguons comme sur la mer… »

***

TROISIÈME TABLEAU

Pierre
 Ah ouais… ça pourrait ne pas être mal…Oui, il a raison Jules Verne…à la ville, comme à la campagne… La mort sera sur la table de ce soir…ça va les changer des mixtures au fentanyl et des autres cochonneries…

***

QUATRIÈME TABLEAU

Pierre
Nous nous garerons rue Étienne Ardouin. On s’éloigne du centre. Tu trouveras à te garer facilement. Sinon t’as la rue Floquet. C’est pas mal aussi. On déchargera les sacs et on partira chacun de notre côté. Toi, Max, tu prendras la direction de Miramar et moi je prendrai celle de Gambetta et de Bellevue.

***

CINQUIÈME TABLEAU

Max
 En cendres…Mais froides…C’était de la cendre froide…Tu sais ? Tu n’as pas les mêmes sensations…C’est plus fin…Plus collant…Et y a une senteur de brûlé…de cramé… Et là…A ce moment-là, je n’ai plus rien entendu…Je voyais des corps bouger…Mais dans un silence absolu. C’était bougrement flippant…mais bougrement enivrant

***

SIXIÈME TABLEAU

Max
C’est ça la création ! De la création expressionniste…Mais tu vois …ils veulent faire oublier la création… la vraie…l’unique…celle qui dérange…la démocratie elle veut bien que tu parles mais que d’abord tu fermes ta gueule… ça doit pas dépasser…ça doit être sur le fil…

***

SEPTIÈME TABLEAU

Max
C’est ça le problème ! C’est joli ! Moi, je veux du beau ! du qui pète ! qui effraie ! qui glace le sang ! Le matin à la préhistoire, c’est pas joli, c’est beau. Et le gars en se levant, se préparant pour la chasse, il devait en avoir un de ces putains de frissons ! La vie était nouvelle et elle pouvait durer cinq minutes ou un peu plus… C’était du concentré, sans assurance, sans protection juridique, sans garantie décennale, sans prévention, sans le putain de risque zéro… Tes coucougnettes, ta sagaie, et tu partais et quand tu revenais avec ton gibier, ben c’était la fête ! …On regarde les infos ?

 …

HUITIEME TABLEAU

Max
Je suis stoïque. Un vrai stoïcien. Pas un rapporté. je tente tous les jours d’en faire un art de vivre, pas une bagatelle. Je veux décider de ce qui arrivera, pas subir. Quel bonheur est-ce d’être balloté par le destin, par les emmerdes du quotidien et d’attendre la venue de ton prochain cancer, de ton futur A.V.C. et d’attendre d’être un légume parkinsonien ou alzheimerien. D’attendre d’avoir le minimum vieillesse et de mâter des émissions pornographiques des 20 heures télévisées ou d’avoir un peu plus de tunes et d’aller croupir sur des croisières à la con…Moi je suis ce que disais Épictète : N’attends pas que les événements arrivent comme tu le souhaites mais décide seulement de vouloir ce qui arrive et là tu seras heureux. Je prends mon destin en main…Tu ferais mieux de faire pareil. Et pour tout le reste, moi, je relativise…

***

NEUVIEME TABLEAU

Max
Dili…C’est la capitale. C’est le Timor Oriental… Là tu vois déjà t’es tranquille…Tout le monde là-bas t’a déjà oublié ! Pénard ! La fascination de l’oubli…L’oubli est fascinant, c’est vrai. Tu es là, mais tu n’es pas là…Un état de mort-vivant…Tu fais tes affaires, mais le monde vit comme si de rien était. T’as même pas d’effet papillon possible…Tu peux casser le pays, résultat :  rien ! Une explosion nucléaire : rien ! La Corée du Nord fait un essai nucléaire, branle-bas de combat. T’as la Chine, les Américains, les Japonais…Je te parle même pas des Coréens du Sud qui sont tout feu tout flamme ! Là-bas, rien ! Là-bas un quart de la population exterminée par l’armée indonésienne : Rien, rien et encore rien ! C’est comme si t’avais quinze millions de Français liquidés par une armée d’occupation. C’est pire que tout…Même Pol Pot qu’es quand même dans la région ce qui s’est fait de plus lourd : dix pour cent de sa population. Tu vois, là-bas, aucun risque d’être retrouvé.

***

DIXIÈME TABLEAU

Lucie
Moi aussi, je sais ce que je ne veux pas ! Et tu feras pas plonger plus que ça Pierre ! Je sais aussi ce que je veux, c’est m’éloigner de toi, de ta construction ou de ta destruction, je m’en fous. Je me tire et je ne souhaite même pas bonne chance. J’espère que nous ne nous verrons plus jamais…

***

ONZIÈME & DERNIER TABLEAU

Max
Les allemands parlent d’Hinfälligkeit, la fragilité du beau. Le beau est dans l’instable, l’unique, le solitaire, dans l’instant. Il faut que je le dévoile, lentement avec patience. Nos premiers happenings incendiaires, c’était de la fête du 14 juillet. C’était le bal des pompiers. Un amuse-gueule !

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LE MAMBA NOIR
Pièce de théâtre

EPREUVES NOCTURNES Pièce de Jacky Lavauzelle – Second Tableau

Jacky Lavauzelle Théâtre
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Théâtre de Jacky Lavauzelle

EPREUVES NOCTURNES

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SECOND TABLEAU

Le Chœur
Il s’avance au milieu de la scène. Il fait nuit. Nous n’entendons que sa voix.
A force de vivre, les deux hommes se sont tus. La nuit est là. Il n’y a plus qu’elle. A force de peur, de mal vivre. A force de renoncer. La prochaine fois… non, il n’y aura même plus de seconde fois. Tout est terminé…

Voix de Coleridge
Il y a quelqu’un ? J’entends des voix… c’est pas possible…Je deviens taré ! Des acouphènes peut-être… J’ai moins froid, quand même…

Nous entendons des pas qui s’éloigne. C’est le chœur qui s’en va.

Voix de Kubla
Coleridge ? C’est moi ! Je suis là ! J’espère que tu vas mieux ?

Voix de Coleridge
Oui, mais je ne trouve pas la lumière.

Kubla
C’est normal.

Coleridge
Pourquoi ?




Kubla
La Régie d’électricité a fondu les plombs !




Coleridge
Et comment on fait maintenant ?




Coleridge
A l’ancienne, mon vieux. Tu vas au lit avec ta chandelle et tu t’endors.

Kubla
Mais je n’ai pas sommeil !

Coleridge
Tiens prends ça ! non, là, rapproche-toi. Non, je ne te sens pas… J’entends tes pas qui se rapproche…voilà, j’ai ta main ! Tiens, prends !




Kubla
Je l’ai. C’est quoi ?

Coleridge
Un livre de Kant.

Kubla
Emmanuel ?

Coleridge
Eh oui ! qui veux-tu que ce soit ?

Kubla
J’ai jamais rien compris !

Coleridge
C’est le moment – Profite de la nuit pour t’éclairer. Ne vois-tu pas de la lumière dans tes yeux ? Ferme-les fortement.

Kubla
C’est vrai, ça. Je vois des étincelles. C’est beau ! Putain que c’est beau ! Merci ! Je vois Dieu ! Merde alors !

Coleridge
C’est normal ! C’est sur l’existence de Dieu ! Et voici mon corps qui change ! Je vole ! Je me transforme en une grosse bulle. C’est chaud…C’est presque brûlant…Comme ça brûle … Quel feu !

Kubla
Criant
Ouvre les yeux ! Putain, ouvre les yeux !

La scène s’illumine, puis s’éteint.

 

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EPREUVES NOCTURNES Pièce de Jacky Lavauzelle – PREMIER TABLEAU

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Théâtre de Jacky Lavauzelle

EPREUVES NOCTURNES

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PREMIER TABLEAU

Le Chœur
Il s’avance au milieu de la scène.
La scène est nue. Il n’y a rien. Que Coleridge à droite et Kubla à gauche (il les montre du doigt). Ils n’ont pas d’âge déterminé. Coleridge porte un manteau long, ce qui n’a aucune importance dans la pièce…
Il se retire de la scène.

Coleridge
As-tu fermé la porte ? J’ai entendu des horreurs dans la rue. Comme si elles frappaient à la porte ou … peut-être était-ce dans ma tête…

Kubla
J’ai fermé la porte. Ne t’inquiète pas.
Les ombres sont dehors. Elles s’agitent légèrement avec le vent. Comme tous les soirs. Elles aiment se frotter à la porte. Glisser contre les rainures des bois, sur les arrondis des gonds. Je n’ouvrirai plus la porte cette nuit. Tu peux sommeiller en paix. Fais-moi confiance !

Coleridge
Avant ces bruits ne me faisaient pas peur. J’aimais me perdre dans la nuit et laisser ma peau sur le haut des coteaux au contact des fluides et des énergies. A deux pas du précipice. Je mettais un pied dans le vide. Et je penchais la tête de ce côté. Je frissonnais, pas de froid, d’excitation. Aujourd’hui, ce n’est plus pareil quelque chose s’est cassée. Sais-tu d’où cela vient ?

Kubla
Des pas ! Des pas qui longent la jetée. Ils se répètent à l’infini. Ils t’ont poursuivi une nuit de printemps alors qu’un orage grondait. C’était terrible.

Coleridge
C’est moi qui était effrayant




Kubla
Tu étais effrayé. C’est tout !




Coleridge
Et crois-tu que je ressortirais un jour. J’aimerais tant retrouver ces sensations. Je n’ai jamais eu autant d’émotion. Il m’arrivait parfois de pleurer. Je pleurais tant que je ne comprenais même plus comment mon corps pouvait en produire autant.

Kubla
Laisse-toi un peu de temps !




Coleridge
Je n’ai pas assez de temps. Comme toi ! Peut-être quelques heures ! Peut-être quelques souffles. Qui sait ? Moi, je ressens-ça, vraiment. Je sais que j’ai l’air d’un abruti quand je dis ça, un profond crétin.

Kubla
Non. Juste pour quelqu’un de sensible. Et la sensibilité c’est quelque chose qui manque au monde. Tu as vraiment en toi cette énergie. Tu es capable de remuer des montagnes, des continents. Mais là, tu doutes. Il te faut revenir, te reconquérir, te redonner confiance. Calme-toi ce soir. La mort ne viendra pas. Je commence à bien la connaître. J’en ai tant vu… pris et fauché comme des vulgaires bouses, sans préavis. Tu entends d’abord un cri. Puis un silence. Un long silence qui te prends déjà ta raison et tes sentiments. Un souffle, c’est ça, un souffle que tu sens dans ton dos et qui te fais te dresser le moindre poil sur tes bras, sur tes jambes. Un nouveau silence, presque symphonique. Comme dirais-je…un silence habité, c’est ça, habité. Le cri de tout à l’heure te reviens en écho. C’est presque beau, mais aussi effrayant et tu vois les yeux de l’autre qui sont saisis, envoutés et tu sais alors que pour l’autre, il est déjà bien trop tard. Les yeux se ferment et se rouvrent. Ils sont bleus. Et enfin, ils se referment doucement et profondément comme s’il fallait les coudre. Un dernier goût du cri qui s’éloigne. Un cri lourd. Dans quelques instants, ce sera fini.

Coleridge
Kubla ?




Kubla
Oui

Coleridge
Jai froid…

Kubla et Coleridge se retirent
Le chœur revient

Le Chœur
Moi, je n’entends rien ! Et vous, entendez-vous ? Fermons les yeux quelques instants…
Rien !

Noir sur la scène

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WILLIAM BUTTLER YEATS : THE ONLY JEALOUSY OF EMER L’UNIQUE RIVALE D’EMER (III)

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LE THEÂTRE DE
WILLIAM BUTTLER YEATS

Plays for Dancers
Pièces pour Danseurs


Traduction Jacky Lavauzelle

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WILLIAM BUTTLER YEATS
(1865–1939)

THE ONLY JEALOUSY OF EMER
(III)

L’Unique Rivale d’Emer
(III)

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THE ONLY JEALOUSY OF EMER

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 Eithne Inguba
Can you not hear my voice?
Ne peux-tu donc pas entendre sa voix ?

Emer
Bend over him.
Penche-toi sur lui.
Call out dear secrets till you have touched his heart
Rappelle-lui les secrets tendre à son cœur
If he lies there; and if he is not there
Si c’est lui qui est face à nous ; et si ce n’est pas lui
Till you have made him jealous.
Que ça le rende jaloux.

Eithne Inguba
Cuchulain, listen.
Ecoute, Cûchulainn

*




*

Emer
You speak too timidly; to be afraid
Tu parles bien trop timidement ; avoir peur
 
Because his wife is but three paces off,
Parce que sa femme est à trois pas,
 When there is so great a need, were but to prove
Quand il faut agir, prouverait
The man that chose you made but a poor choice.
A l’homme qui t’a choisie qu’il a fait le mauvais choix.
We’re but two women struggling with the sea.
Nous ne sommes que deux femmes qui luttont contre la mer.

Eithne lnguba
O my beloved, pardon me, that I
O mon bien-aimé, pardonne-moi,
Have been ashamed and you in so great need.
Pardonne ma honte, toi qui a tant besoin d’aide.
I have never sent a message or called out,
Je n’ai jamais envoyé de message ni jamais appelé,
Scarce had a longing for your company,
Ni souhaité ta compagnie,
But you have known and come. And if indeed
Mais tu l’as su et tu es venu. Et si en effet
  You are lying there stretch out your arms and speak;
Tu te trouves là-bas, tends tes bras et parle ;
Open your mouth and speak, for to this hour
Ouvre ta bouche et parle, jusqu’à cette heure
My company has made you talkative.
Ma compagnie te rendait bavard.
Why do you mope, and what has closed your ears ?
Pourquoi ce mutisme, et pourquoi es-tu sourd ?
Our passion had not chilled when we were parted
Notre passion ne s’est pas refroidie quand nous nous sommes séparés
On the pale shore under the breaking dawn.
Sur la pâle rive sous l’aube brisée.
He will not hear me: or his ears are closed
Ses oreilles peut-être n’entendent pas
And no sound reaches him.
Aucun son ne pouvant l’atteindre.

 

*








*

Emer
Then kiss that image:
Ensuite, embrasse cette image :
The pressure of your mouth upon his mouth
La pression de ta bouche sur sa bouche
May reach him where he is.
Peut l’atteindre là où il se trouve.

Eithne lnguba
starting back
Reculant
It is no man.
Ce n’est pas un homme !
I felt some evil thing that dried my heart
De mauvaises choses ont effrayé mon cœur
When my lips touched it.
Au contact de mes lèvres

 Emer
No, his body stirs;
Non, son corps bouge !
The pressure of your mouth has called him home;
La pression de tes lèvres l’on fait revenir ;
He has thrown the changeling out.
Il a repoussé l’imposteur !

Eithne lnguba
 going further off
Reculant encore
Look at that arm —
Regardez ce bras !
That arm is withered to the very socket.
Ce bras est totalement flétri !

*




*

Emer
going up to the bed
Il s’approche du lit
What do you come for, and from where?
Pourquoi viens-tu ici et d’où viens-tu ?

Figure of Cuchulain
La forme de Cûchulainn
I have come
Je viens
From Mananan’s court upon a bridleless horse.
De la cour de Mananan sur un cheval sans brides

Emer
What one among the Sidhe has dared to lie
Quel Sidhe a osé se coucher
Upon Cuchulain’s bed and take his image?
Sur le lit de Cûchulainn et prendre son image ?

*




*

Figure of Cuchulain
La forme de Cûchulainn
I am named Bricriu — not the man — that Bricriu,
Je m’appelle Bricriu – pas l’homme, mais Bricriu,
Maker of discord among gods and men,
Créateur de discorde chez les dieux et chez les hommes,
 Called Bricriu of the Sidhe.
Que l’on appelle Bricriu des Sidhes.

Emer
Come for what purpose?
Pourquoi êtes-vous ici ?

Figure of Cuchulain
La forme de Cûchulainn
 [sitting up and showing its distorted
 Se redressant et montrant la déformation
face, while Eithne Inguba goes out] :

de son visage, alors que Eithne Inguba sort
I show my face and everything he loves
Je montre mon visage et que tout ce qu’il aime
Must fly away.
Parte.




Poetry of Yeats La Poésie de Yeats William_Butler_Yeats_by_John_Singer_Sargent_1908

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WILLIAM BUTTLER YEATS
THE ONLY JEALOUSY OF EMER
(III)

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LA POESIE DE YEATS

THE ONLY JEALOUSY OF EMER THEÂTRE DE YEATS L’UNIQUE RIVALE D’EMER (II)

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LE THEÂTRE DE
WILLIAM BUTTLER YEATS

Plays for Dancers
Pièces pour Danseurs


Traduction Jacky Lavauzelle

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WILLIAM BUTTLER YEATS
(1865–1939)

THE ONLY JEALOUSY OF EMER
(II)

L’Unique Rivale d’Emer
(II)

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THE ONLY JEALOUSY OF EMER

EMER
speaking
parlant
Come hither, come sit down beside the bed
Viens ici, viens t’asseoir à côté du lit
You need not be afraid, for I myself
Tu n’as pas à avoir peur, c’est moi
Sent for you, Eithne Inguba.
Qui t’ai envoyé chercher, Eithne Inguba.

Eithne Inguba
No, Madam,
Non, Madame,
I have too deeply wronged you to sit there.
Je vous ai trop injustement blessée pour m’asseoir là-bas.

Emer
Of all the people in the world we two,
De toutes les personnes au monde, nous deux,
And we alone, may watch together here,
Nous deux seulement, pouvons rester ensemble ici,
Because we have loved him best.
Car nous l’avons aimé vraiment.

Eithne Inguba
And is he dead?
Est-il mort ?

Emer
Although they have dressed him out in his grave-
clothes
Bien qu’ils l’aient habillé de cette tenue funeste
And stretched his limbs, Cuchulain is not dead.
Que ses membres soient étendus là, Cûchulainn n’est pas mort.
The very heavens when that day’s at hand,
Les cieux à la proximité de ce jour,
So that his death may not lack ceremony,
Pour que sa mort ne manque pas de cérémonial,
Will throw out fires, and the earth grow red with blood.
Tireront les feux, et la terre deviendra rouge sang.
There shall not be a scullion but foreknows it
Il ne doit y avoir personne qui ignore
Like the world’s end.
Qu’il s’agit de la fin du monde.

Eithne Inguba
How did he come to this?
Comment en est-il arrivé là ?

*****

ENTER Musicians, with musical instruments. 
Les musiciens entrent avec des instruments de musique.
The First Musician pauses at the centre and stands with a
cloth between his hands.
Le premier musicien fait une pause au centre et se tient debout avec un drap entre ses mains.
The stage can be against the wall of any room.
La scène peut se jouer contre le mur de n’importe quelle pièce.




Emer
Towards noon in the assembly of the kings
Vers midi, à l’assemblée des rois
He met with one who seemed a while most dear.
Il a rencontré quelqu’un qui semblait sincère.
The kings stood round; some quarrel was blown up;
Les rois se tenaient debout ; Une querelle explosa ;
He drove him out and killed him on the shore
Il l’a chassé et l’a tué sur le rivage
 At Baile’s tree. And he who was so killed
À l’arbre de Baile. Et celui qu’il a tué
 Was his own son begot on some wild woman
N’était autre que son propre fils engendré avec une sauvageonne
 When he was young, or so I have heard it said.
Quand il était jeune, ai-je entendu dire.
 And thereupon, knowing what man he had killed,
Et alors, sachant quel homme il avait tué,
 And being mad with sorrow, he ran out;
I a été foudroyé de chagrin et il s’est enfui;
 And after to his middle in the foam,
Et se jetant au milieu de l’écume,
 With shield before him and with sword in hand,
Un bouclier dans une main et son épée dans l’autre,
 He fought the deathless sea. The kings looked on
Il a combattu la mer à mort. Les rois l’ont regardé
 And not a king dared stretch an arm, or even
Et pas un n’a bougé, ni même
Dared call his name, but all stood wondering
Prononcé son nom, mais tous se tenaient debout
 In that dumb stupor like cattle in a gale;
Dans cette stupide stupeur comme du bétail dans le vent ;
 Until at last, as though he had fixed his eyes
Jusqu’à la fin, comme s’il avait fixé de ses yeux
 On a new enemy, he waded out
Un nouvel ennemi, il pénètre plus encore
 Until the water had swept over him.
Dans les eaux qui le submergent.
But the waves washed his senseless image up
Puis les vagues effacèrent la folie de son visage
 And laid it at this door.
Et le déposèrent devant cette porte.

Eithne Inguba
How pale he looks!
Comme il est pâle !

Emer
He is not dead.
Il n’est pas mort.

Eithne Inguba
You have not kissed his lips
Vous n’avez pas embrassé ses lèvres
Nor laid his head upon your breast.
Ni reposé sa tête sur votre poitrine.








Emer
It may be
Il s’agit peut-être
An image has been put into his place,
D’un masque plaqué sur sa face,
A sea-born log bewitched into his likeness,
Une épave de la mer ayant subtilisé son image,
Or some stark horseman grown too old to ride
Ou un cavalier aguerri devenu trop vieux pour chevaucher
Among the troops of Mananan, Son of the Sea,
Parmi les troupes de Mananan, le Fils de la Mer,
Now that his joints are stiff.
Maintenant que ses articulations sont devenues rigides.

Eithne Inguba
Cry out his name.
Criez son nom !
All that are taken from our sight, they say,
Tout ceux qui sont loin de nous, dit-on,
Loiter amid the scenery of their lives
Ceux qui partent ainsi au milieu de leur vie,
For certain hours or days ; and should he hear
Reviennent certaines heures ou certains jours ; Et s’il nous entendait
He might, being angry, drive the changeling out.
Peut-être pourrait-il, en se mettant en colère, faire déguerpir l’intrus.

Emer
It is hard to make them hear amid their darkness,
Il est difficile de se faire entendre d’eux au milieu de leur obscurité,
And it is long since I could call him home;
Et il y a si longtemps que je ne peux plus les appeler ;
I am but his wife, but if you cry aloud
Je ne suis que sa femme, mais si toi, tu pleures
With that sweet voice that is so dear to him
Avec cette voix douce qui lui est si chère
He cannot help but listen.
Il ne pourra s’empêcher d’écouter.

Eithne Inguba
He loves me best
Il m’aime plus
Being his newest love, but in the end
Car je suis son plus récent amour, mais à la fin
Will love the woman best who loved him first
Il aimera celle qu’il a aimée en premier
 And loved him through the years when love seemed lost.
Et l’a aimée au cours de ces années où l’amour semblait perdu.




Emer
I have that hope, the hope that some day and somewhere
J’ai cet espoir, l’espoir qu’un jour et quelque part
We’ll sit together at the hearth again.
Nous nous assiérons à nouveau devant la cheminée.

Eithne Inguba
Women like me when the violent hour is over
Les femmes telles que moi quand l’heure de la passion est terminée,
Are flung into some corner like old nut-shells.
Sont jetées dans un coin comme des coquilles vides.
Cuchulain, listen
Cûchulainn, écoute.

Emer
No, not yet — for first
Non, pas encore – d’abord
 
I’ll cover up his face to hide the sea;
Je couvrirai son visage pour lui cacher la mer ;
And throw new logs upon the hearth, and stir
Et je jetterai de nouvelles bûches dans le foyer et attiserai
  The half burnt logs until they break in flame.
Les bûches à demi brûlées jusqu’à ce qu’elles repartent en flammes.
Old Mananan’s unbridled horses come
Les chevaux débridés du vieux Mananan arrivent
Out of the sea, and on their backs his horsemen ;
Sortent de la mer, et sur leur dos, ses cavaliers ;
But all the enchantments of the dreaming foam
Mais toutes les enchantements de l’écume s’évanouissent
Dread the hearth fire.
Au milieu du foyer.




[She pulls the curtains of the bed so as to hide the sick
man’s face, that the actor may change his mask unseen.
[Elle tire les rideaux du lit afin de cacher le visage de l’homme, ce qui permet à l’acteur de changer son masque sans être vu.
She goes to one side of platform and moves her hand as though
putting logs on a fire and stirring it into a blaze.
Elle va vers un côté de la scène et ensuite mime en mettant des bûches sur un feu et puis l’attise.
While she makes these movements the Musicians play, marking the movements with drum and flute perhaps.
Tandis qu’elle fait de ces mouvements, les musiciens jouent, marquant ses mouvements avec un tambour et de une flûte éventuellement.
Having finished, she stands beside the imaginary fire at a distance from Cuchulain and Eithne Inguba.]
Après avoir terminé sa gestuelle, elle se tient tout à côté du feu imaginaire à distance de Cûchulainn et de Eithne Inguba.]
Call on Cuchulain now.
Appelle donc Cûchulainn maintenant.




Poetry of Yeats La Poésie de Yeats William_Butler_Yeats_by_John_Singer_Sargent_1908

*******

THE ONLY JEALOUSY OF EMER (II)

*********

LA POESIE DE YEATS

LE THEATRE DE YEATS – THE THEATER OF YEATS

*

LE THEÂTRE DE
WILLIAM BUTTLER YEATS

Plays for Dancers
Pièces pour Danseurs


Traduction Jacky Lavauzelle

IMG_4840




WILLIAM BUTTLER YEATS
(1865–1939)

The theater of Yeats

 

LE THEATRE DE YEATS

*****

Plays for Dancers
Pièces pour Danseurs

THE ONLY JEALOUSY OF EMER
L’UNIQUE RIVALE D’EMER
I

ENTER Musicians, with musical instruments. 
Les musiciens entrent avec des instruments de musique.
The First Musician pauses at the centre and stands with a
cloth between his hands.
Le premier musicien fait une pause au centre et se tient debout avec un drap entre ses mains.
...




***

II

EMER
speaking
parlant
Come hither, come sit down beside the bed
Viens ici, viens t’asseoir à côté du lit
You need not be afraid, for I myself
Tu n’as pas à avoir peur, c’est moi
Sent for you, Eithne Inguba.
Qui t’ai envoyé chercher, Eithne Inguba.

**








**

III

 Eithne Inguba
Can you not hear my voice?
Ne peux-tu donc pas entendre sa voix ?

**








*

 IV

Emer
You people of the wind
Vous, peuples du vent,
Are full of lying speech and mockery.
Êtes plein de discours mensongers et de moqueries.

*




*

V

Figure of Cuchulain
La forme de Cûchulainn
And so you think to wound her with a knife.
Et alors, tu penses la blesser avec un couteau.
She has an airy body. Look and listen —
Elle a un corps éthéré. Regarde et écoute –

***




**

VI

Women of the Sidhe
La Femme des Sidhes
I am ashamed
J’ai honte
That being of the deathless shades I chose
Comme être immortel d’avoir choisi

**




Poetry of Yeats La Poésie de Yeats William_Butler_Yeats_by_John_Singer_Sargent_1908

*******

LE THEATRE DE YEATS
THEATER

*********

LA POESIE DE YEATS

THE ONLY JEALOUSY OF EMER THEÂTRE DE YEATS L’UNIQUE RIVALE D’EMER (I)

*

LE THEÂTRE DE
WILLIAM BUTTLER YEATS

Plays for Dancers
Pièces pour Danseurs


Traduction Jacky Lavauzelle

IMG_4840




WILLIAM BUTTLER YEATS
(1865–1939)

THE ONLY JEALOUSY OF EMER
(I)

L’Unique Rivale d’Emer
(I)

*****

THE ONLY JEALOUSY OF EMER

ENTER Musicians, with musical instruments. 
Les musiciens entrent avec des instruments de musique.
The First Musician pauses at the centre and stands with a
cloth between his hands.
Le premier musicien fait une pause au centre et se tient debout avec un drap entre ses mains.
The stage can be against the wall of any room.
La scène peut se jouer contre le mur de n’importe quelle pièce.




***

Fir’t Musician
Le Premier musicien
during the unfolding and folding of the cloth
Pendant que les musiciens plient et déplient le drap

A woman’s beauty is like a white
La beauté d’une femme est comme
Frail bird, like a white sea-bird alone
Un frêle oiseau blanc, comme un solitaire oiseau blanc des mers
At daybreak after stormy night
Au lever du jour après une nuit orageuse
Between two furrows upon the ploughed land:
Entre les deux sillons d’une terre labourée :
A sudden storm and it was thrown
Une tempête soudaine et il se trouve projeté
Between dark furrows upon the ploughed land.
Entre les sillons sombres des terres labourées.
How many centuries spent
Combien de siècles passés
The sedentary soul
L’âme sédentaire
In toils of measurement
S’acharne à mesurer
Beyond eagle or mole,
Au-delà de l’aigle ou de la taupe,
Beyond hearing or seeing,
Au-delà des sons, des visions,
Or Archimedes guess,
Ou l’adepte d’Archimède,
To raise into being
Fait ressortir
That loveliness?
Cette beauté ?








A strange unserviceable thing,
Etrange chose, inutile,
A fragile, exquisite, pale shell,
Coquille fragile, exquise et pâle,
That the vast troubled waters bring
Que les vastes eaux troublées roulent
To the loud sands before day has broken.
La broyant bruyamment sur le sable avant le jour.
The storm arose and suddenly fell
L’orage est apparu et soudainement s’est évanoui
Amid the dark before day had broken.
Au milieu de l’obscurité avant le jour.
What death? what discipline?
Quelle mort ? Quelle discipline ?
What bonds no man could unbind
Quels liens aucun homme ne peut délier
Being imagined within
S’imaginant à l’intérieur
The labyrinth of the mind?
Du labyrinthe de l’esprit ?
What pursuing or fleeing?
Qu’est-ce qui poursuit, qu’est-ce qui fuit ?
What wounds, what bloody press?
Quelles plaies, quelle fièvre sanglante?
Dragged into being
Pour extraire
This loveliness.
Cette beauté.








*

When the cloth is folded again the Musicians take their place against the wall.
Lorsque le tissu est replié, les musiciens prennent place contre le mur.
The folding of the cloth shows on  one side of the stage the curtained bed or litter on  which lies a man in his grave-clothes.
Le pliage du tissu laisse apparaître sur un côté de la scène un lit ou une litière sur lequel se trouve un homme dans ses vêtements funéraires.
He wears an heroic  mask.
Il porte un masque héroïque.
Another man in the same clothes and mask crouches near the front.
Un autre homme avec les mêmes vêtements et le même masque s’accroupit devant la scène.
Emer is sitting beside the bed.
Emer est assis à côté du lit.

*




Fir’t Musician
Le Premier musicien
speaking
parlant

I call before the eyes a roof
Voyez devant vos yeux un toit
With cross-beams darkened by smoke.
Avec des poutres assombries par la fumée.
A fisher’s net hangs from a beam,
Un filet de pêcheur est pendu là,
A long oar lies against the wall.
Une longue rame est posée contre le mur.
I call up a poor fisher’s house.
Voyez une pauvre maison de pêcheurs.
A man lies dead or swooning —
Un homme est mort ou évanoui –
That amorous man,
Cet homme amoureux,
That amorous, violent man, renowned Cuchulain —
Cet homme amoureux et violent, nommé Cûchulainn-
Queen Emer at his side.
La reine Emer à son côté.
At her own bidding all the rest have gone.
Il a souhaité que tous sortent.
But now one comes on hesitating feet,
Mais on arrive maintenant sur des pieds hésitants,
Young Eithne Inguba, Cuchulain’s mistress.
Il s’agit de la jeune Eithne Inguba, maîtresse de Cûchulainn.
She stands a moment in the open door.
Elle se tient un moment devant la porte ouverte.
Beyond the open door the bitter sea,
Au-delà de la porte ouverte, la mer amère,
The shining, bitter sea is crying out,
La mer brillante et amère qui hurle,




singing
chantant

White shell, white wing,
Coquille blanche, aile blanche,
I will not choose for my friend
Je ne choisirai pas pour ami
A frail unserviceable thing
Une frêle chose inutile
That drifts and dreams, and but knows
Qui dérive et qui rêve, mais sait
That waters are without end
Que les eaux sont sans fin
And that wind blows.
Et que souffle le vent.




Poetry of Yeats La Poésie de Yeats William_Butler_Yeats_by_John_Singer_Sargent_1908

*******

THE ONLY JEALOUSY OF EMER (I)

*********

LA POESIE DE YEATS

Poetry of Yeats – La Poésie de Yeats

L’OURS TCHEKHOV SCENE 10 Медведь сцена 10

L’OURS TCHEKHOV Медведь

Шутка в одном действии
1888
TCHEKHOV

русская литература
Littérature Russe

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

 

 

Anton Pavlovitch Tchekhov
Антон Павлович Чехов
1860-1904

России театр
Théâtre Russe




——–


L’OURS

Farce en un acte

 

Медведь

Шутка в одном действии
1888

 Ivan Chichkine et Constantin Savitski
Un matin dans une forêt de pins
1886
Moscou, galerie Tretiakov.

**

Действующие лица
Les Personnages

Елена Ивановна Попова, вдовушка с ямочками на щеках, помещица.
Elena Ivanovna Popova, jeune veuve avec des fossettes, propriétaire.

Григорий Степанович Смирнов, нестарый помещик.
Grigory Stepanovich Smirnov, propriétaire d’âge mûr.

Лука, лакей Поповой, старик.
Louka, un valet de pied de Popova, vieil homme.

******

Гостиная в усадьбе Поповой.
Dans le salon de la maison de Papova

*****

SCENE 10
сцена 10

Те же и Попова
Les mêmes et Popova
**

Попова
Popova
(входит с пистолетами)
(Elle rentre avec les pistolets)
Вот они, пистолеты…
Voici les pistolets …
Но, прежде чем будем драться, вы извольте показать мне, как нужно стрелять…
Mais avant d’aller nous battre, vous seriez aimable de me montrer comment tirer …
Я ни разу в жизни не держала в руках пистолета.
Je n’ai jamais, dans ma vie, tenu une arme à feu.

Лука
Louka
Спаси, господи, и помилуй…
Que notre Seigneur nous sauve et aie pitié …
Пойду садовника и кучера поищу…
Je vais aller chercher le jardinier et le cocher …
Откуда эта напасть взялась на нашу голову…
Nous avions bien besoin de ça sur nos têtes …
(Уходит)
(Il sort)

Смирнов
Smirnov
(осматривая пистолеты)
(Il inspecte les pistolets)
Видите ли, существует несколько сортов пистолетов…
Vous voyez, il y a plusieurs variétés d’armes…
Есть специально дуэльные пистолеты Мортимера, капсюльные.
Il y a des pistolets spéciaux de duel Mortimer à capsules.
А это у вас револьверы системы Смит и Вессон, тройного действия с экстрактором, центрального боя…
Et que vous avez sont des revolvers Smith & Wesson, triple action avec extracteur, percussion centrale …
Прекрасные пистолеты!..
Du magnifique ouvrage ! ..
Цена таким минимум 90 рублей за пару…
Le prix est d’au moins 90 roubles pour une paire…
Держать револьвер нужно так…
Gardez le pistolet ainsi…
(В сторону)
(à part)
Глаза, глаза!
Ces yeux, ces yeux !
 Зажигательная женщина!
Quel ardent regard !

Попова
Popova
Так?
Comment ? Comme ça ?

Смирнов
Smirnov
Да, так…
Oui, comme ça…
Засим вы поднимаете курок…
Alors vous soulevez le chien…
вот так прицеливаетесь…
pour viser, de cette manière …
Голову немножко назад!
la tête légèrement en arrière !
Вытяните руку, как следует…
Tirez le bras, comme ça…
Вот так
Alors …
Потом вот этим пальцем надавливаете эту штучку — и больше ничего…
Ensuite, le doigt pousse cette petite chose – et rien d’autre …
Только главное правило:
La règle principale essentielle :
не горячиться и прицеливаться не спеша…
ne soyez pas excitée et visez lentement …
Стараться, чтоб не дрогнула рука.
Essayez de ne pas fléchir la main.

Попова
Popova
Хорошо… В комнатах стреляться неудобно, пойдемте в сад.
Eh bien … Les pièces ne  sont pas adaptés pour tirer, allons dans le jardin.

Смирнов
Smirnov
Пойдемте.
Allons !
Только предупреждаю, что я выстрелю в воздух.
Seulement, je vous préviens, je tirerai en l’air.

Попова
Popova
Этого еще недоставало! Почему?
Et pourquoi donc ?

Смирнов
Smirnov
Потому что… потому что…
Parce que…parce que…
Это мое дело, почему!
Cela me regarde !

Попова
Popova
Вы струсили?
Vous avez eu peur ?
 Да? 
Oui?
А-а-а-а!
Ah-ah-ah-ah!
Нет, сударь, вы не виляйте!
Non, monsieur, vous ne partirez pas !
Извольте идти за мною!
Veuillez venir avec moi !
Я не успокоюсь, пока не пробью вашего лба…
Je ne me reposerai que lorsque j’aurai touché votre front …
вот этого лба, который я так ненавижу!
Ce front que je déteste !
Струсили?
Vous vous dégonflez ?

Смирнов
Smirnov
Да, струсил.
Oui, j’ai peur.

Попова
Popova
Лжете!
Vous mentez !
Почему вы не хотите драться?
Pourquoi ne voulez-vous pas combattre ?

Смирнов
Smirnov
Потому что… потому что вы…
Parce que… parce que…
мне  нравитесь.
Je vous aime.

Попова
Popova
(злой смех)
(elle rit jaune)
Я ему нравлюсь!
Je lui plais !
 Он смеет говорить, что я ему нравлюсь!
Il ose dire que je lui plais
(Указывает на дверь)
(Elle lui indique la porte)

Можете!
Allez-y !

Смирнов
Smirnov
(молча кладет револьвер, берет фуражку и идет;
(pose en silence son arme à feu, prend son chapeau et va vers la porte ;
около двери останавливается, полминуты оба молча глядят друг на друга;
à la porte, il s’arrête une minute en silence, à la fois en regardant les uns les autres ;
затем он говорит, нерешительно подходя к Поповой)
puis il dit, se rapprochant timidement de Popova
)
Послушайте…
Écoutez …
Вы всё еще сердитесь?..
Êtes-vous toujours en colère? ..
Я тоже чертовски взбешен, но, понимаете ли…
Je suis moi aussi excédé, mais, vous savez …
как бы этак выразиться…
comment dire ça …
Дело в том, что, видите ли, такого рода история, собственно говоря…
La chose est que, voyez-vous, ce genre d’histoire, en fait …
(Кричит)
(Il crie)
Ну, да разве я виноват, что вы мне нравитесь?
Est-ce ma faute si je vous aime ?
 (Хватается за спинку стула, стул трещит и ломается)
(Il attrape une chaise qui craque et se casse)

Черт знает, какая у вас ломкая мебель!
Dieu que vos meubles sont fragiles !
Вы мне нравитесь!
Je vous aime!
Понимаете?
Vous voyez?
Я… я почти влюблен!
Je suis … Je suis presque amoureux !

Попова
Popova
Отойдите от меня
Eloignez-vous de moi
— я вас ненавижу!
– Je vous hais !

Смирнов
Smirnov
Боже, какая женщина!
Dieu, quelle femme !
Никогда в жизни не видал ничего подобного!
Je n’ai jamais dans ma vie vu quelque chose comme ça !
Пропал! Погиб!
Je suis vanné ! Liquidé !
Попал в мышеловку, как мышь!
Vous m’avez attrapé dans un piège, comme une souris!

Попова
Popova
Отойдите прочь, а то буду стрелять!
Éloignez-vous, ou je tire !

Смирнов
Smirnov
Стреляйте!
Tirez !
Вы не можете понять, какое счастие умереть под взглядами этих чудных глаз, умереть от револьвера, который держит эта маленькая бархатная ручка… 
Vous ne pouvez pas comprendre quel le bonheur ce serait de mourir sous des yeux si merveilleux, mourir d’un revolver tenu par une petite main de velours …
Я с ума сошел!
je suis fou !
Думайте и решайте сейчас, потому что если я выйду отсюда, то уж мы больше никогда не увидимся!
Pensez-y et décidez maintenant, car si je sors d’ici, alors certainement nous ne nous verrons plus jamais !
Решайте…
Décidez …
Я дворянин, порядочный человек, имею десять тысяч годового дохода…
Je suis un gentleman, un honnête homme, j’ai dix mille roubles de revenu annuel …
попадаю пулей в подброшенную копейку…
avec une balle je touche un penny au vol…
имею отличных лошадей…
J’ai d’excellents chevaux …
Хотите быть моею женой?
Voulez-vous être ma femme ?

Попова
Popova
(возмущенная, потрясает револьвером)
(perturbée, elle secoue le revolver)
Стреляться!
Allons tirer !
К барьеру!
Sur le terrain !

Смирнов
Smirnov
Сошел с ума…
Suis-je fou ?…
Ничего не понимаю…
Je ne comprends pas …
(Кричит)
(Il crie)
Человек, воды!
De l’eau, s’il vous plait !

Попова
Popova
(кричит)
(Criant)
К барьеру!
Sur le terrain !

Смирнов
Smirnov
Сошел с ума, влюбился, как мальчишка, как дурак!
Je suis fou, comme un adolescent, comme un fou !
(Хватает ее за руку, она вскрикивает от боли)
(Il l’attrape par la main, elle hurle de douleur)

Я люблю вас!
Je vous aime !
(Становится на колени)
(Il se met à genoux)

Люблю, как никогда не любил!
L’amour comme je n’ai jamais aimé !
Двенадцать женщин я бросил, девять бросили меня, но ни одну из них я не любил так, как вас…
J’ai quitté douze femmes et neuf me quittèrent, mais pour aucune d’entre elles, je n’ai jamais aimé de cette façon …
Разлимонился, рассиропился, раскис…
Lessivé, anéanti, flasque…
стою на коленях, как дурак, и предлагаю руку…
je me mets à genoux, comme un fou, et je vous offre ma main… Стыд, срам!
Quelle honte, quelle honte !
Пять лет не влюблялся, дал себе зарок, и вдруг втюрился, как оглобля в чужой кузов!
Cinq ans que je n’étais pas tombé amoureux et  je suis donné amoureux comme la foudre sur l’arbre!
Руку предлагаю.
Je vous offre ma main.
Да или нет?
Oui ou non ?
Не хотите?
Vous ne voulez pas ?
Не нужно!
Tant pis !
(Встает и быстро идет к двери)
(Il se lève et se dirige rapidement vers la porte)

Попова
Popova
Постойте…
Attendez…

Смирнов
Smirnov
(останавливается)
(Il s’arrête)
Ну?
Hein ?

Попова
Popova
Ничего, уходите…
Ne vous inquiétez pas, allez …
Впрочем, постойте…
Mais, attendez …
Нет, уходите, уходите!
Non, allez, allez !
Я вас ненавижу!
Je vous hais !
Или нет… Не уходите!
Non… Ne partez pas !
Ах, если бы вы знали, как я зла, как я зла!
Oh, si vous saviez comme je suis mal!
(Бросает на стол револьвер)
(Elle lance le revolver sur la table)

Отекли пальцы от этой мерзости…
Mes doigts sont enflés par cette abomination …
Рвет от злости платок)
(En colère, elle déchire son mouchoir)

Что же вы стоите? 
Qu’attendez-vous  ?
Убирайтесь!
Sortez !

Смирнов
Smirnov
Прощайте.
Au revoir.

Попова
Popova
Да, да, уходите!..
Oui, oui, partez ! ..
(Кричит)
(Elle crie)
Куда же вы?
Où allez-vous ?
Постойте…
Attendez …
Ступайте, впрочем.
Allez, partez quand même.
Ах, как я зла!
Oh, comme je me sens mal !
Не подходите, не подходите!
Ne venez pas, ne venez pas !

Смирнов
Smirnov
Как я на себя зол!
Comment faire taire ma colère !
Влюбился, как гимназист, стоял на коленях…
Je suis tombé amoureux comme un écolier, j’étais à vos genoux … Даже мороз по коже дерет…
J’en ai les larmes aux yeux en y pensant…
Грубо
Rugueux
Я люблю вас!
Je vous aime !
Очень мне нужно было влюбляться в вас!
Il ne me manquait que de tomber amoureux de vous !
Завтра проценты платить, сенокос начался, а тут вы…
Demain, il faut que la paye mes intérêts, les fenaisons ont commencé, et vous êtes ici …
Берет ее за талию
L’attrape par la taille
Никогда этого не прощу себе…
Je ne me pardonnerai jamais …

Попова
Popova
Отойдите прочь!
Éloignez-vous!
Прочь руки!
Enlevez vos mains !
Я вас… ненавижу!
Je vous …hais!
К ба-барьеру!
Sur le terrain !

Продолжительный поцелуй
Long baiser

*********************

L’OURS TCHEKHOV Медведь

L’OURS TCHEKHOV SCENE 4 Медведь сцена 4

L’OURS TCHEKHOV Медведь

Шутка в одном действии
1888
TCHEKHOV

русская литература
Littérature Russe

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

 

 

Anton Pavlovitch Tchekhov
Антон Павлович Чехов
1860-1904

России театр
Théâtre Russe




——–


L’OURS

Farce en un acte

 

Медведь

Шутка в одном действии
1888

 Ivan Chichkine et Constantin Savitski
Un matin dans une forêt de pins
1886
Moscou, galerie Tretiakov.

**

Действующие лица
Les Personnages

Елена Ивановна Попова, вдовушка с ямочками на щеках, помещица.
Elena Ivanovna Popova, jeune veuve avec des fossettes, propriétaire.

Григорий Степанович Смирнов, нестарый помещик.
Grigory Stepanovich Smirnov, propriétaire d’âge mûr.

Лука, лакей Поповой, старик.
Louka, un valet de pied de Popova, vieil homme.

******

Гостиная в усадьбе Поповой.
Dans le salon de la maison de Papova

*****

SCENE 4
сцена 4

**

Попова, Лука и Смирнов
Popova, Louka et Smirnov
**

Смирнов
Smirnov
(входя, Луке)
(Il entre et s’adresse à Louka)
Болван, любишь много разговаривать…
Imbécile, comme tu parles beaucoup …
Осел!
Âne!

(Увидев Попову, с достоинством)
(Voyant Popova, avec dignité)

Сударыня, честь имею представиться:
Madame, j’ai l’honneur de me présenter :
отставной поручик артиллерии, землевладелец Григорий Степанович Смирнов!
lieutenant à la retraite de l’artillerie, propriétaire foncier Grigory Stepanovich Smirnov !
Вынужден беспокоить вас по весьма важному делу…
Je me permets de vous ennuyer pour une question de la plus haute importance …

Попова
Popova
(не подавая руки)
(elle ne lui tend pas la main)
Что вам угодно?
Que voulez-vous ?

Смирнов
Smirnov
Ваш покойный супруг, с которым я имел честь быть знаком, остался мне должен по двум векселям тысячу двести рублей.
Votre défunt mari, avec qui j’ai eu l’honneur de travailler, me devait deux billets à ordre de mille deux cents roubles.
Так как завтра мне предстоит платеж процентов в земельный банк, то я просил бы вас, сударыня, уплатить мне деньги сегодня же.
Dès demain, je dois transférer les intérêts à la banque d’agriculture, alors je vous demande, madame, de me rembourser ce montant aujourd’hui.

Попова
Popova
Тысяча двести…
Mille deux cents …
А за что мой муж остался вам должен?
Et pourquoi mon mari vous devait-il cette somme ?

Смирнов
Smirnov
Он покупал у меня овес.
Il m’achetait de l’avoine.

Попова
Popova
(вздыхая, Луке)
(elle soupire – à Luka)
Так ты же, Лука, не забудь приказать, чтобы дали Тоби лишнюю осьмушку овса.
Ah Louka, n’oublie pas de donner à Toby un once supplémentaire d’avoine.
[Лука уходит
Louka sort]
(Смирнову)
(à Smirnov)
Если Николай Михайлович остался вам должен, то, само собою разумеется, я заплачу;
Si Nikolai Mikhailovich vous devez cette somme, il va sans dire que je vais vous la rembourser ;
но, извините пожалуйста, у меня сегодня нет свободных денег.
mais, je suis désolée, aujourd’hui, je n’ai pas cette somme avec moi.
Послезавтра вернется из города мой приказчик, и я прикажу ему уплатить вам что следует, а пока я не могу исполнить вашего желания…
Après-demain, mon assistant sera de retour, et je lui ordonnerai de vous payer ce que nous vous devons, mais pour l’heure, je ne peux pas répondre à votre demande…
К тому же, сегодня исполнилось ровно семь месяцев, как умер мой муж, и у меня теперь такое настроение, что я совершенно не расположена заниматься денежными делами.
D’ailleurs, aujourd’hui cela fait exactement sept mois que mon mari est mort, et maintenant et je ne suis pas du tout d’humeur à régler des questions d’argent.

Смирнов
Smirnov
А у меня теперь такое настроение, что если я завтра не заплачу процентов, то должен буду вылететь в трубу вверх ногами.
Mais je vais avoir mes humeurs moi aussi si je ne paie pas mes intérêts maintenant, je serai très mal.
У меня опишут имение!
Je serai saisi !

Попова
Popova
Послезавтра вы получите ваши деньги.
Après-demain, vous aurez votre argent.

Смирнов
Smirnov
Мне нужны деньги не послезавтра, а сегодня.
Je n’ai pas besoin de l’argent après-demain, mais aujourd’hui.

Попова
Popova
Простите, сегодня я не могу заплатить вам.
Excusez-moi, mais aujourd’hui, je ne peux pas vous payer.

Смирнов
Smirnov
А я не могу ждать до послезавтра.
Et moi, je ne peux pas attendre jusqu’à après demain.

Попова
Popova
Что же делать, если у меня сейчас нет!
Que puis-je y faire !

Смирнов
Smirnov
Стало быть, не можете заплатить?
Donc, vous ne pouvez pas payer ?

Попова
Popova
Не могу…
Je ne peux pas…

Смирнов
Smirnov
Гм!.. Это ваше последнее слово?
Hm ! .. Ceci est votre dernier mot ?

Попова
Popova
Да, последнее.
Oui. Tout à fait.

Смирнов
Smirnov
Последнее?
Le dernier ?
Положительно?
Positivement ?

Попова
Popova
Положительно.
Positivement.

Смирнов
Smirnov
Покорнейше благодарю.
Je vous remercie humblement.
Так и запишем.
Donc, je le note.
(Пожимает плечами)
(haussant les épaules)

А еще хотят, чтобы я был хладнокровен!
Et l’on voudrait que je garde mon sang-froid !
Встречается мне сейчас по дороге акцизный и спрашивает:
J’ai rencontré juste avant le percepteur sur le chemin et qui me disait :
  «Отчего вы всё сердитесь, Григорий Степанович?»
«Pourquoi êtes-vous toujours en colère, Grigory Stepanovich ? »
Да помилуйте, как же мне не сердиться?
Oui, mais comment pourrais-je ne pas être en colère ?
Нужны мне дозарезу деньги…
Je dois trouver de l’argent …
Выехал я еще вчера утром чуть свет, объездил всех своих должников, и хоть бы один из них заплатил свой долг!
Je pars hier matin à l’aube, je visite tous mes débiteurs, et aucun d’entre eux n’a pu payer sa dette !
Измучился, как собака, ночевал черт знает где — в жидовской корчме около водочного бочонка…
Épuise, comme un chien j’ai dormi dieu sait où – dans une auberge juive contre un tonneau de vodka …
Наконец приезжаю сюда, за 70 верст от дому, надеюсь получить, а меня угощают «настроением»!
Enfin me voici, à 70 miles de la maison, dans l’espoir d’obtenir ce que j’attends, et on me traite avec des «humeurs» !
Как же мне не сердиться?
Comment pourrais-je ne pas être en colère?

Попова
Popova
Я, кажется, ясно сказала:
Il me semble l’avoir dit clairement :
приказчик вернется из города, тогда и получите.
dès que mon assistant reviendra de la ville, vous serez payé.

Смирнов
Smirnov
Я приехал не к приказчику, а к вам!
Je ne suis pas venu voir votre assistant, mais vous !
На кой леший, извините за выражение, сдался мне ваш приказчик!
Que diable, pardonnez l’expression, voulez-vous que je traite avec votre intendant !

Попова
Popova
Простите, милостивый государь, я не привыкла к этим странным выражениям, к такому тону.
Je suis désolé, monsieur, je ne suis pas habituée à ces expressions et à ce ton.
Я вас больше не слушаю.
Je préfère ne plus vous écouter.
(Быстро уходит)
(Elle sort)

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L’OURS TCHEKHOV Медведь