WALTER SCOTT POÈME- LE PAUVRE PÉCHEUR – ROKEBY CANTO I – 2 – Those towers, which in the shif’tin gleam

LITTÉRATURE ANGLAISE
ROCKEBY

WALTER SCOTT POÈME

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Sir Walter Scott
Édimbourg – Abbotsford

Traduction – Translation

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

French and English text
texte bilingue français-anglais


LES POÈMES
DE SIR WALTER SCOTT

Walter Scott’s poems

ROKEBY
1813

*
CANTO I
*

walter scott poemeII

 

Those towers, which in the shif’tin gleam
Ces tours, sur les mouvants flots scintillants,
Throw murky shadows on the stream,
Jettent d’obscures ombres,
Those towers of Barnard hold a guest,
Ces tours de Barnard qui abritent un invité,
 The emotions of whose troubled breast,
Troublé par les émotions de son cœur,
In wild and strange confusion driven,
Dans une une sauvage et étrange confusion,
Rival the flitting rack of heaven.
Qui rivalisent aux désordres du ciel.
Ere sleep stern Oswald’s senses tied,
Avant que le sommeil ne prenne le fier Oswald,
Oft had he changed his weary side,
Il s’était tourné et se retourné bien des fois,
Composed his limbs, and vainly sought
Repositionné, et avait vainement recherché
By effort strong to banish thought.
Par l’effort à bannir ses obscures pensées.
Sleep came at length, but with a train
Le sommeil fut enfin trouvé, mais à sa traîne demeuraient
Of feelings real and fancies vain,
Des sentiments réels et fantastiques,
Mingling, in wild disorder cast,
Mêlant, dans un sauvage désordre,
The expected future with the past.
Le futur attendu avec le passé.
Conscience, anticipating time,
La conscience, anticipant le futur,
Already rues the unacted crime,
Déjà évoque un crime non réalisé,
And calls her furies forth, to shake
Et appelle les furies, à secouer
The sounding scourge and hissing snake;
Le bruyant fléau et le serpent sifflant ;
While her poor victim’s outward throes
Alors que sur la pauvre victime affiche
Bear witness to his mental woes,
Les témoignages de ses malheurs,
And show what lesson may be read
Et montre la leçon à retenir
Beside a sinner’s restless bed.
A côté du lit agité d’un pécheur.

 

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walter scott poeme**************************

Walter Scott Poème

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WALTER SCOTT
vu par
VICTOR HUGO

Walter Scott a su puiser aux sources de la nature et de la vérité un genre inconnu, qui est nouveau parce qu’il se fait aussi ancien qu’il le veut. Walter Scott allie à la minutieuse exactitude des chroniques la majestueuse grandeur de l’histoire et l’intérêt pressant du roman ; génie puissant et curieux qui devine le passé ; pinceau vrai qui trace un portrait fidèle d’après une ombre confuse, et nous force à reconnaître même ce que nous n’avons pas vu ; esprit flexible et solide qui s’empreint du cachet particulier de chaque siècle et de chaque pays, comme une cire molle, et conserve cette empreinte pour la postérité comme un bronze indélébile.
Peu d’écrivains ont aussi bien rempli que Walter Scott les devoirs du romancier relativement à son art et à son siècle ; car ce serait une erreur presque coupable dans l’homme de lettres que de se croire au-dessus de l’intérêt général et des besoins nationaux, d’exempter son esprit de toute action sur les contemporains, et d’isoler sa vie égoïste de la grande vie du corps social. Et qui donc se dévouera, si ce n’est le poète ? Quelle voix s’élèvera dans l’orage, si ce n’est celle de la lyre qui peut le calmer ? Et qui bravera les haines de l’anarchie et les dédains du despotisme, sinon celui auquel la sagesse antique attribuait le pouvoir de réconcilier les peuples et les rois, et auquel la sagesse moderne a donné celui de les diviser ?
Ce n’est donc point à de doucereuses galanteries, à de mesquines intrigues, à de sales aventures, que Walter Scott voue son talent. Averti par l’instinct de sa gloire, il a senti qu’il fallait quelque chose de plus à une génération qui vient d’écrire de son sang et de ses larmes la page la plus extraordinaire de toutes les histoires humaines. Les temps qui ont immédiatement précédé et immédiatement suivi notre convulsive révolution étaient de ces époques d’affaissement que le fiévreux éprouve avant et après ses accès. Alors les livres les plus platement atroces, les plus stupidement impies, les plus monstrueusement obscènes, étaient avidement dévorés par une société malade ; dont les goûts dépravés et les facultés engourdies eussent rejeté tout aliment savoureux ou salutaire. C’est ce qui explique ces triomphes scandaleux, décernés alors par les plébéiens des salons et les patriciens des échoppes à des écrivains ineptes ou graveleux, que nous dédaignerons de nommer, lesquels en sont réduits aujourd’hui à mendier l’applaudissement des laquais et le rire des prostituées. Maintenant la popularité n’est plus distribuée par la populace, elle vient de la seule source qui puisse lui imprimer un caractère d’immortalité ainsi que d’universalité, du suffrage de ce petit nombre d’esprits délicats, d’âmes exaltées et de têtes sérieuses qui représentent moralement les peuples civilisés. C’est celle-là que Scott a obtenue en empruntant aux annales des nations des compositions faites pour toutes les nations, en puisant dans les fastes des siècles des livres écrits pour tous les siècles. Nul romancier n’a caché plus d’enseignement sous plus de charme, plus de vérité sous la fiction. Il y a une alliance visible entre la forme qui lui est propre et toutes les formes littéraires du passé et de l’avenir, et l’on pourrait considérer les romans épiques de Scott comme une transition de la littérature actuelle aux romans grandioses, aux grandes épopées en vers ou en prose que notre ère poétique nous promet et nous donnera.

Victor Hugo
Œuvres complètes de Victor Hugo
A PROPOS DE QUENTIN DURWARD
Juin 1823
Littérature et philosophie mêlées
Texte établi par Cécile Daubray
Imprimerie Nationale, Ollendorff
Editions Albin Michel
1934 – Hors séries – Philosophie I

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SIR WALTER SCOTT POÈME

walter scott poeme

ALZHEIMER – Roman musical de Jacky Lavauzelle – Chapitre 3

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ALZHEIMER



Roman musical de
Jacky Lavauzelle

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Alzheimer Roman Musical Jacky Lavauzelle 

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ALZHEIMER
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Roman musical


-III-

3 février 2012. 11h45

[Halvdan Sivertsen – Twisted little star]

Paul attendait transi sur la place des Quinconces désertée au pied d’une des deux colonnes rostrales. Le froid lui-même semblait les tenir dans une main et semblait pouvoir les casser en deux. Les monstres de pierre se rétractaient pour ne plus ressembler qu’à deux tiges ridicules flottant dans l’air, deux chatons affamés, deux allumettes qui ne demandaient qu’à être allumées pour se réchauffer dans un ultime sursaut de vie comme la pauvre petite dans la Petite Fille aux allumettes.

La Place extatique attendait son délire de midi. Tous les employés suintant de stress et des craintes matinales avaient un pied au moins dans les starting-blocks de la sacro-sainte pause méridienne.

Les employés municipaux essayaient tant bien que mal de saler les passages et de gagner quelques mètres sur le gel.
Le combat semblait inégal. Déjà ils fatiguaient devant ce travail prométhéen. La cime de l’effort, aurait dit Antonin Artaud. Midi s’annonçait et le cœur n’y était plus. Une pause sera la bienvenue à ces galériens de l’ordre et de la propreté municipale.  Le vent qui soufflait de l’Estuaire semblait ramener tout le froid qu’un immense congélateur aurait amassé depuis des mois et des mois. Le vent qui soufflait sortait des entrailles de Jötunheim où les géants des glaces avaient définitivement terrassé les géants du feu. Paul se retrouvait au milieu des combats, telle une marionnette aux mains de ces brutes. Il voulait crier :

-Laissez-moi ! Foutez-moi la paix ! Je ne suis pas un Jötunn ! Je ne suis pas un Troll ! Je suis désarmé ! Partez ! Pitié ! ou prenez-moi ! Que le loup Fenrir m’emporte dans sa gueule sur des terres torrides et chaudes ! Vite Fenrir, prends-moi !

Mais il ferma sa gueule. Il n’oubliait pas où il se trouvait et que des multitudes sortaient en vague des bureaux qui se vidaient, comme on vide les tripes d’un lapin mort, après lui avoir arraché l’œil.

Il n’en pouvait plus d’attendre Georges et regarda sa montre une fois encore. Il se décida de se réchauffer avant que d’être assombri dans un bloc, dans un glaçon géant à l’autel d’un quelconque dieu glaciaire en partant à pas rapide autour de la fontaine au pied de la colonne des Girondins. Il enfonça les écouteurs. La musique entraînait les chevaux reptiles dans un précipice de glace et tous les mensonges du monde. Mais le lion du triomphe de la République n’était pas plus fringant que les chevaux de la Concorde. Tous n’avaient qu’une envie : rentrer dans les écuries à la chaude paille ou dans la flamboyante savane.

Paul monta le son. Ses oreilles piquaient. Tant pis.

Et se mettait à rêver des aventures sur des chevaux après le précipice. Peu importe qu’il soit l’homme au masque ou celui avec les oreilles d’âne. Il marchait comme on marcherait dans une nuit blanche. Sans repère parfois. Avec ses repères. Il aimait en inventer. Quelques rares lieux balisés. Même ici, au cœur de la ville, les rues, les bancs et les gens se noyaient dans le blanc.

[Vinni – God Morgen Norge]

Il avait toujours aimé les chants scandinaves.

Le soleil à son déclin. Mais la voix toujours d’une justesse impeccable. Sur un fil de cristal où courent des cristaux mélodiques. Une autre perception de l’esprit. Des forces invisibles et chaudes de l’esprit, là-bas, plus qu’ailleurs. Et les chaudes soirées d’hiver au milieu des bûches et d’un bon feu de bois. Au milieu des chants, des rires et des sourires des filles. Une réelle chaleur s’en dégageait que l’on ne retrouvait que très rarement sous d’autres climats. Nos Bordelais décontenancés faisaient eux pâles figures et portaient leurs têtes des mauvais jours, tristes sans mélancolie. Ils étaient un bloc de glace au milieu de la banquise. Rien pour inspirer les sentiments. Rien pour inspirer l’amour.

Il revint devant une des deux tristes colonnes. Georges n’étaient toujours pas là. Il regarda son téléphone. Il n’y avait pas de message. Georges n’avait que dix minutes de retard. Rien de vraiment inquiétant avec ce froid et les routes verglacées.

Il le vit arriver un peu plus tard. Georges campé sur deux longues tiges avait une tête patibulaire à faire recracher l’amour dans la bouche de Vénus. Un abandon du beau. Sec au dernier degré. Une apparence sans queue ni tête. On ne savait pas où le prendre. Toujours cet air épuisé et gris. Un mélange savant d’alcoolique invétéré, d’anémique congénital, de maladie d’Addison et d’une saloperie d’hémochromatose. Un modèle de dyschromie qui aurait intéressé tous les labos du monde. Un teint où l’état du foie se voyait sans procéder à aucune dissection. Il devait mal stocker le fer ou quoi ? C’était quoi son putain de problème ? Et pourtant, Georges était le modèle de l’hygiène, le tout bio incarné !. Pas de cigarettes. Nada. Peu de boisson.

C’est pas de chance ! Merde, alors ! Tous ces efforts pour ça ! Mais Paul s’en foutait. C’était son ami. Et il avait des stratagèmes. Par exemple lui regarder le menton quand il mangeait afin d’éviter les renvois désagréables. Pourquoi ce foutu menton était-il là plongé dans cet océan de malheur et de destruction post-nucléaire. Pourquoi ? Qu’il était beau ce putain de menton ! A faire bander un trappiste de l’Ordre cistercien de la stricte observance. Paul n’en avait jamais vu d’aussi équilibré et parfait dans tous les sens du terme. Qu’on le prenne par la face nord ou par n’importe laquelle, le derme, le lissé, la ligne…Que perfection et volupté. Rien que ce menton pouvait équilibrer l’ensemble et sauver Georges d’un profond, déterminé célibat. Mieux encore, il pouvait s’agir d’une expérience limite. Et Paul, à force de concentration, s’en servait parfois. A force d’attention sur ce foutu magnifique menton, le reste disparaissait. Les quelques centimètres de beauté suprême avait totalement aspiré les 1m90 de laideur extrême. David contre Goliath, merde ! Comme si ce menton était relié à un tout beaucoup plus grand. A un grand trou noir de la Beauté. Paul se demanda, en une fraction de seconde, pourquoi la laideur était si faible et si inconsistante, mais le froid, Georges, le rendez-vous, le firent sortir de son état philosophico-café du commerce.

Georges était pressé. Tant mieux, Paul ne pouvait pas trop s’attarder plus.

-Tu m’attendais depuis longtemps ? demanda-t-il, inquiet. Tu veux aller où ? Putain, quel froid de chien ?

On ne voyait pas trop de chiens errer cependant.  Paul se demanda ce que les chiens venaient faire là et quel pouvait-être le sens secret de cette expression aussi débile que tant d’autres que vous trouverez sur Google en tapant citations et maximes pourries ou à la con. Paul lui proposa d’aller se réchauffer au Bistrot des Quinconces. Dans un coin sombre et tranquille, ils se retrouvèrent où passait une bande de vieux standards rocks endiablés en fond, pas désagréable du tout.

Paul eût envie de danser. Mais il ne se laissa pas aller à une telle incongruité déplacée à cette heure et dans ce lieu. Salomon Burke avait la forme. Et Georges dit qu’il était ravi de réentendre ce morceau qu’il avait presque oublié. Un serveur aux mains démesurées et au col jauni vient prendre la commande. Ils n’étaient plus pressés, heureux de récupérer quelques instants de chaleur précieux. Heureux d’avoir échappé à Fenrir et aux géants.

[Solomon Burke – Cry To Me]

Ils se commandèrent deux espressos au fond d’une banquette rouge vintage.

Georges travaillait dans un laboratoire de recherche sur la mémoire et à la pointe sur des nouvelles technologies. Il testait des nouveaux médicaments pour améliorer la mémoire en les couplant avec des puces à s’insérer dans l’organisme. C’était complexe et Paul ne comprenait pas tout. Mais Paul arrivait à suivre malgré tout. Georges lui en avait parlé plus d’une fois. Mais si Paul trouvait les recherches de Georges si intéressantes, ce n’était ni par amitié ni par passions pour les exercices en éprouvettes. C’était par intérêt. Un intérêt bien personnel, en effet.

Paul était tout à fait intéressé de tester ces médicaments. Il en avait besoin. Il était assommé de dettes de jeux. Paul était joueur. Il misait sur tout, même dans sa tête. Combien de temps resterait la belle Bordelaise  qui venait de rentrer. Allait-elle prendre un café-crème ou un moka ? Serait-il saupoudré de cannelle ou de pépites de chocolat ? Avait-elle vingt-et-un ou vingt-deux ans ? Portait-elle un string rouge, blanc ou noir ? Paul s’arrêta-là. Son esprit commença à s’échauffer et de suite regarda Georges dans les yeux. Il débanda aussi sec. Il pouvait revenir à la conversation.

-Je suppose, lui dit-il, que tu es toujours réticent pour que je teste ta nouveauté. Elle a l’air vraiment prometteuse.

-Si tout marche bien, elle sera sans doute commercialisée dans dix ans, pas avant ?

-C’est ça, pas avant, et encore ! Elle doit passer des séries de test et obtenir des agréments nationaux et européens. C’est très compliqué. Les protocoles sont très stricts.

-Sinon ?

-Sinon ? Des amendes, des pénalités, des interdictions, de la prison !

-Mais ça marche ?

-ça marche sur les souris du labo. Et encore, on n’a pas de recul. Pas du tout de recul.

[Jackie Wilson – Lonely teardrop]

-Mais je suis ton ami, Georges ! Je veux bien les tester ! Entre nous, tu peux faire ça !

-Je n’ai pas le droit, Paul, pas le droit ! Comment faut-il te le dire ? Et que t’apporteraient de tels cachets, nom de Dieu ?

-Avec une telle intelligence, une telle connaissance, je peux me racheter. gagner à nouveau au Poker, au Black Jack…

-Mais tu vas te faire repérer aussi sec !

-J’ai les jeux de télé, les Questions pour un champion, Qui veut gagner des millions !

-Et les effets secondaires ?

-Je m’en contre fiche, Georges, des effets secondaires. J’ai deux malades aux fesses ! Tu crois que je vais vivre longtemps dans ces conditions ?

-Tu dois combien, putain, Paul ?

-200.000 euros, Georges ! 200.000 !

-La vache ! Ah quand même ! Toi quand tu y vas, tu y vas ! Tu n’as peur de rien !

-Si tu vois, Georges, aujourd’hui, j’ai peur. Et tu es mon seul salut. As-tu une telle somme à me prêter ?

-Sûr que non, Paul, avec la meilleure volonté du monde !

-Alors ?

-Alors quoi ?

-Tu peux m’en passer ?

-Ok ! Mais tu ne me reprocheras jamais les quelconques effets indésirables ?

-Sûr, Georges, sûr et certain. J’assumerai tout et tous les effets, c’est pour moi, comme la note.

Paul appela le grand échalas, qui arriva en trottinant. Un voisin de table jeta son Figaro dans une poubelle qui traînait. Georges l’apostropha directement :

-Malheureux, ne jetez pas vos journaux ! Quelle inconséquence ! Ne savez-vous donc pas qu’ils pourront vous servir à redonner du brillant à vos anciens cuivres ! Vous n’avez plus qu’à frotter avec ! Et c’est gagné !

Le client aurait bien voulu répondre à de tels propos inconséquents, mais, voyant Georges, parti précipitamment aux toilettes. Il n’avait pas dû voir son menton !

-Non, m’enfin ! conclua Georges, m’enfin !

Il est comme ça Georges.

Mon Dieu que la journée était belle. Paul entendait Ainutlaatuinen et c’était comme si Johanna était entrée dans le bar pour lui rouler une pelle.

[Johanna  Kurkela-Ainutlaatuine]

Comme quoi, il suffit de rien !

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ALZHEIMER

Roman musical

OS LUSIADAS CANTO III-110 LES LUSIADES – LES DESCENDANTS D’AGAR- Estão de Agar os netos quase rindo

*
OS LUSIADAS CANTO IIIOs Lusiadas Traduction Jacky Lavauzelle Les Lusiades de Luis de Camoes Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS III-110 LES LUSIADES III-110
LITTERATURE PORTUGAISE

Os Lusiadas Traduction Jacky Lavauzelle Les Lusiades de Luis de Camoes




Os Lusiadas Traduction Jacky Lavauzelle Les Lusiades de Luis de Camoes

literatura português

Luis de Camões
[1525-1580]

Tradução – Traduction
texto bilingue




Luis de Camoes Les Lusiades

 

Obra Poética

(1556)

LES LUSIADES III-110




OS LUSIADAS III-110
A Epopeia Portuguesa

 

CHANT III
Canto Terceiro

Traduction Jacky Lavauzelle

verso 110
Strophe 110

III-110

Image illustrative de l'article Vasco de Gama

Vasco de Gama

Vasco da Gama signature almirante.svg

 

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Luís de Camões Os Lusiadas
OS LUSIADAS III-110
LES LUSIADES III-110
OS LUSIADAS CANTO III

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 Os Lusiadas Canto III 110 Abraham Agar Les Lusiadas III CamoesAbraham recevant Agar

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« Estão de Agar os netos quase rindo
« Ceux qui descendent d’Agar se moquent
Do poder dos Cristãos fraco e pequeno,
Des faibles et chétives forces des Chrétiens,
As terras como suas repartindo
Et les terres se partagent
Antemão, entre o exército Agareno,
Déjà, parmi ceux des agaréens,
Que com título falso possuindo
Ceux-là même qui usurpèrent vilement
Está o famoso nome Sarraceno.
Le titre fameux de Sarrasins.
Assim também com falsa conta e nua,
Ainsi par un calcul tout aussi erroné,
À nobre terra alheia chamam sua.
Ils croient cette noble terre s’attribuer .

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OS LUSIADAS CANTO III

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ALPHONSE XI DE CASTILLE
(13 août 1311 Salamanque – 26 mars 1350 Gibraltar)
Le Justicier – El Justiciero

Os Lusiadas Canto IIIAlphonse XI de Castille
Alfonso XI
Peinture de Francisco Cerdá de Villarestan
Musée du Prado  – Madrid

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Marie-Constance de Portugal
Femme d’Alphonse XI de Castille (1328)
Fille d’Alphonse IV du Portugal et de Béatrice de Castille
(1313 – 1357)
Alphonse XI préférait sa maîtresse Leonor de Guzmán à Marie-Constance (celle-ci assassina Leonor à la mort d’Alphonse XI)

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Alphonse IV Le Brave
( Lisbonne – )
Roi de Portugal et de l’Algarve par la grâce de dieu

Alphonse IV
Alfonso IV
Peinture du XVIIIe siècle

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OS LUSIADAS CANTO III

*
Précisions historiques
et
Retour sur les versets précédents


Sonnet 1 à Sonnet 94 : la naissance du Portugal – Règnes d’Alphonse I, Sanche I, Alponse II et Sanche II. Le sonnet 94 évoque la passation de pouvoir de Sanche II à Alphonse III en 1247, un an avant la mort de Sanche II.
Sonnet 94 : nous partons pour les 32 années de règne d’Alphonse III qui nous conduirons jusqu’en 1279, date du nouveau règne de Denis Ier.
Sonnet 95 : Camoes évoque les prises guerrières d’Alphonse III en Algarve sur les Maures.
Sonnet 96 : le règne de Denis Ier-  Second fils d’Alphonse III. Son règne s’étalera de 1279 à sa mort, le 7 janvier 1325. Il nomme déjà son successeur Alphonse IV Le Brave qui règnera 32 ans de 1325 à 1357. Denis Ier va pacifier son pays – Poète et troubadour, il laissera de nombreux cantigas : cantigas de amor, cantigas de amigo, cantigas de escarnio y maldecir.
Sonnet 97 : création de l’Université de Coimbra sur les bords du Mondego -A Leiria, Denis Ier signera le Scientiae thesaurus mirabilis. L’université de Coimbra est créée en 1290.
Sonnet 98 : Denis Ier reconstruit et renforce son pays. Atropos, une des trois Moires, coupe son fil de vie en 1325. (les 3 Moires : Clotho, celle qui tisse le fil de la vie, Lachésis, celle qui déroule et qui répare le fil et la dernière Atropos, celle qui coupe). Voici venu le règne d’Alphonse IV.

Les Moires
Francisco de Goya
1820-1823
Musée du Prado – Madrid

Sonnet 99 : la traditionnelle opposition entre les Castillans et les Lusitaniens. Mais celle-ci n’empêche pas la solidarité et l’entraide, notamment lors de l’invasion Mauritanienne en terre Castillane.
Sonnet 100 : Les troupes d’invasion sont énormes. Camoes évoque la reine légendaire de Babylone, Sémiramis, celle qui créa Babylone et ses fameux jardins suspendus. L’Hydapse décrit est l’actuel Jhelum (Inde & Pakistan). Les Sarrasins se rassemblent dans le Tartèse (Andalousie).
Sonnet 101 : Alphonse XI de Castille est dépassé par l’armée imposante de l’ennemi sarrasin. Il envoie Marie-Constance, sa femme, pour avoir le soutien d’Alphonse IV du Portugal, qui n’est autre que sa propre fille (que celui-ci a eu avec Béatrice de Castille). Ce n’était pas tout à fait « a caríssima consorte » d’Alphonse XI puisqu’il lui préférait sa maîtresse, Leonor de Guzmán.
Sonnet 102 : Arrivée de la belle Marie-Constance en sanglots devant son père Alphonse IV.
Sonnet 103 : Un rassemblement gigantesque d’armées venues d’Afrique sont derrière le grand Roi du Maroc.
Sonnets 104 & 105 : La supplique de Marie-Constance à son père Alphonse IV. S’il ne vient pas à l’aide d’Alphonse XI de Castille, Marie aura tout perdu.
Sonnet 106 : Camoes compare la demande de Marie à celle de Vénus pour Énée devant Jupiter.
Sonnet 107 : Alphonse IV accepte et regroupe ses forces dans les plaines d’Évora.
Sonnet 108 : Alphonse IV à la tête des troupes lusitaniennes pénètre en Castille avec sa fille Marie-Constance.
Sonnet 109 : 1340 La bataille de Tarifa (Province de Cadix) ou bataille du Salado (30 octobre 1340) se prépare entre les deux Alphonse (IV du Portugal et XI de Castille) face aux armées menées par Abu al-Hasan ben Uthman et Yusuf Ier de Grenade.
Sonnet 110 : Camoes évoque les troupes agaréenne (des descendants d’Agar). Agar, servante d’Abraham donne naissance à Ismaël considéré comme Prophète par les musulmans (Cf. la Sourate Ibrahim). Camoes fait un rapprochement audacieux et fallacieux entre les termes Sarrasins et Sarah. On retrouve couramment cette méprise, par exemple chez  Isidore de Séville (VIe et VIIe siècle, Étymologies, IX,2,57.

Jacky Lavauzelle
Camoes Les Lusiades

OS LUSIADAS CANTO III

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Vasco de Gama par Gregorio Lopes

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Luís Vaz de Camões Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS III-110 CAMOES LUSIADES III-110
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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White_Fawn_Drawing Faon Diane

 OS LUSIADAS CANTO III
LA BATAILLE DE TARIFA
LUIS DE CAMOES LES LUSIADES

HEINRICH HEINE GEDICHTE -AVEC LE DIABLE – LE LIVRE DES CHANTS XXXV- Ich rief den Teufel und er kam

HEINRICH HEINE POÈMES
HEINRICH HEINE GEDICHTE
DIE HEIMKEHR HEINE
LE LIVRE DES CHANTS
LITTERATURE ALLEMANDE

Heinrich Heine Gedichte Buch der Lieder




Christian Johann Heinrich Heine


 

Ich rief den Teufel und er kam,
J’ai appelé le diable et il est venu,
Und ich sah ihn mit Verwund’rung an.
Et je l’ai regardé avec surprise.
Er ist nicht häßlich, und ist nicht lahm,
Il n’est ni laid ni boiteux,
Er ist ein lieber, scharmanter Mann,
C’est un bel homme gracieux,
Ein Mann in seinen besten Jahren,
Un homme dans la force de l’âge,
Verbindlich und höflich und welterfahren.
Poli, attentionné et sage.
Er ist ein gescheuter Diplomat,
C’est un habile diplomate,
Und spricht recht schön über Kirch’ und Staat.
Qui parle aussi bien de l’église que de l’État.
Blaß ist er etwas, doch ist es kein Wunder,
Certes, un peu pâle, mais rien étonnant,
Sanskritt und Hegel studiert er jetzunder.
Il étudie le sanskrit et Hegel actuellement.
Sein Lieblingspoet ist noch immer Fouqué.
Son poète préféré est encore La Motte-Fouqué.
Doch will er nicht mehr mit Kritik sich befassen,
Mais ne souhaitant plus participer aux critiques,
Die hat er jetzt gänzlich überlassen
Qu’il a abandonnées, il les a laissées
Der theuren Großmutter Hekate.
A sa chère grand-mère Hécate.
Er lobte mein juristisches Streben,
Il m’a loué mes poursuites dans les études juridiques,
Hat früher sich auch damit abgegeben.
Auxquelles il s’était intéressé jadis.
Er sagte meine Freundschaft sey
Il me dit combien mon amitié
Ihm nicht zu theuer, und nickte dabei,
Lui était chère, me saluant de la tête,
Und frug: ob wir uns früher nicht
Et me demanda : « ne nous sommes-nous pas rencontrés
Schon einmal gesehn bei’m span’schen Gesandten?
Déjà chez l’ambassadeur d’Espagne ? »
Und als ich recht besah sein Gesicht,
Et quand je regardai minutieusement son visage,
Fand ich in ihm einen alten Bekannten.
Je reconnus une vieille connaissance.


 

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Heinrich Heine Gedichte Friedrich de La Motte-FouquéFriedrich de La Motte-Fouqué
Friedrich Heinrich Karl de la Motte
1777-1843
Écrivain Romantique Allemand
En uniforme de hussard
vers 1815

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HEINRICH HEINE POEMES
HEINRICH HEINE GEDICHTE
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UNE HISTOIRE DE SOUFFRANCE

Les Mains & La Beauté musicale de Heine

Mais ce qui m’intéressait plus encore que les discours de Heine, c’était sa personne, car ses pensées m’étaient connues depuis longtemps, tandis que je voyais sa personne pour la première fois et que j’étais à peu près sûr que cette fois serait l’unique. Aussi, tandis qu’il parlait, le regardai-je encore plus que je ne l’écoutai. Une phrase des Reisebilder me resta presque constamment en mémoire pendant cette visite : « Les hommes malades sont véritablement toujours plus distingués que ceux en bonne santé. Car il n’y a que le malade qui soit un homme ; ses membres racontent une histoire de souffrance, ils en sont spiritualisés. » C’est à propos de l’air maladif des Italiens qu’il a écrit cette phrase, et elle s’appliquait exactement au spectacle qu’il offrait lui-même. Je ne sais jusqu’à quel point Heine avait été l’Apollon que Gautier nous a dit qu’il fut alors qu’il se proclamait hellénisant et qu’il poursuivait de ses sarcasmes les pâles sectateurs du nazarénisme : ce qu’il y a de certain, c’est qu’il n’en restait plus rien alors. Cela ne veut pas dire que la maladie l’avait enlaidi, car le visage était encore d’une singulière beauté ; seulement cette beauté était exquise plutôt que souveraine, délicate plutôt que noble, musicale en quelque sorte plutôt que plastique. La terrible névrose avait vengé le nazarénisme outragé en effaçant toute trace de l’hellénisant et en faisant reparaître seuls les traits de la race à laquelle il appartenait et où domina toujours le spiritualisme exclusif contre lequel son éloquente impiété s’était si souvent élevée. Et cet aspect physique était en parfait rapport avec le retour au judaïsme, dont les Aveux d’un poète avaient récemment entretenu le public. D’âme comme de corps, Heine n’était plus qu’un Juif, et, étendu sur son lit de souffrance, il me parut véritablement comme un arrière-cousin de ce Jésus si blasphémé naguère, mais dont il ne songeait plus à renier la parenté. Ce qui était plus remarquable encore que les traits chez Heine, c’étaient les mains, des mains transparentes, lumineuses, d’une élégance ultra-féminine, des mains tout grâce et tout esprit, visiblement faites pour être l’instrument du tact le plus subtil et pour apprécier voluptueusement les sinuosités onduleuses des belles réalités terrestres ; aussi m’expliquèrent-elles la préférence qu’il a souvent avouée pour la sculpture sur la peinture. C’étaient des mains d’une rareté si exceptionnelle qu’il n’y a de merveilles comparables que dans les contes de fées et qu’elles auraient mérité d’être citées comme le pied de Cendrillon, ou l’oreille qu’on peut supposer à cette princesse, d’une ouïe si fine qu’elle entendait l’herbe pousser. Enfin, un dernier caractère plus extraordinaire encore s’il est possible, c’était l’air de jeunesse dont ce moribond était comme enveloppé, malgré ses cinquante-six ans et les ravages de huit années de la plus cruelle maladie. C’est la première fois que j’ai ressenti fortement l’impression qu’une jeunesse impérissable est le privilège des natures dont la poésie est exclusivement l’essence. Depuis, le cours de la vie nous a permis de la vérifier plusieurs fois et nous ne l’avons jamais trouvée menteuse.

Émile Montégut
Esquisses littéraires – Henri Heine
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 63
1884

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HEINRICH HEINE POÈMES
HEINRICH HEINE GEDICHTE
DIE HEIMKEHR HEINE

LE POÈTE DEMANDE À SON AMOUR DE LUI ÉCRIRE – Sonnet de l’amour obscur- EL POETA PIDE A SU AMOR QUE LE ESCRIBA

***
FREDERICO GARCIA LORCA POÈMES

Frederico Garcia Lorca sonetos del amor oscuro sonnet de l'amour obscur

sonetos del amor oscuro

*******

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

Federico García Lorca

1898 – 1936

Sonetos del amor oscuro
Sonnets de l’amour obscur



Poèmes de Federico García Lorca
Poesía
*****
EL POETA PIDE A SU AMOR QUE LE ESCRIBA
Le Poète demande à son amour de lui écrire
****

Amor de mis entrañas, viva muerte,
Amour de mes entrailles, vive mort,
en vano espero tu palabra escrita
J’espère un mot de toi en vain
y pienso, con la flor que se marchita,
Et je pense, avec la fleur qui flétrit,
que si vivo sin mí quiero perderte.
Que si je vis sans moi, je préfère te perdre.

*

El aire es inmortal, la piedra inerte
L’air est immortel, la pierre inerte
ni conoce la sombra ni la evita.
Ni ne connaît l’ombre ni ne l’évite.
Corazón interior no necesita
Le cœur intérieur n’a nul besoin
 la miel helada que la luna vierte.
Du miel gelé que la lune verse.

*

Pero yo te sufrí, rasgué mis venas,
Mais j’ai souffert, j’ai lacéré mes veines,
tigre y paloma, sobre tu cintura
Tigre et colombe sur ta taille
en duelo de mordiscos y azucenas.
Dans un duel de morsures et de lys.

*

*

Llena, pues, de palabras mi locura
Comble de paroles ma folie
o déjame vivir en mi serena noche
Ou laisse-moi vivre ma calme nuit
del alma para siempre oscura.
De l’âme pour toujours obscure.

***

Federico García Lorca Poèmes
Sonetos del amor oscuro
Sonnet de l’amour obscur

LE BÂILLEMENT HEINRICH HEINE POÈMES – LE LIVRE DES CHANTS XXXIV- DIE HEIMKEHR -Und als ich Euch meine Schmerzen geklagt

HEIRICH HEINE POÈMES
DIE HEIMKEHR HEINE
LE LIVRE DES CHANTS
LITTERATURE ALLEMANDE

Heine Buch der Lieder




Christian Johann Heinrich Heine


 

Und als ich Euch meine Schmerzen geklagt,
Et quand je me plaignais à vous de ma douleur,
Da habt Ihr gegähnt und nichts gesagt;
Vous bâilliez alors sans rien dire ;
Doch als ich sie zierlich in Verse gebracht,
Mais quand délicatement je la plaçais en rimes,
 Da habt Ihr mir große Elogen gemacht.
Vous me couvriez des plus grands éloges sur l’heure.

 


 

*

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HEINRICH HEINE POEMES
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UNE HISTOIRE DE SOUFFRANCE

Les Mains & La Beauté musicale de Heine

Mais ce qui m’intéressait plus encore que les discours de Heine, c’était sa personne, car ses pensées m’étaient connues depuis longtemps, tandis que je voyais sa personne pour la première fois et que j’étais à peu près sûr que cette fois serait l’unique. Aussi, tandis qu’il parlait, le regardai-je encore plus que je ne l’écoutai. Une phrase des Reisebilder me resta presque constamment en mémoire pendant cette visite : « Les hommes malades sont véritablement toujours plus distingués que ceux en bonne santé. Car il n’y a que le malade qui soit un homme ; ses membres racontent une histoire de souffrance, ils en sont spiritualisés. » C’est à propos de l’air maladif des Italiens qu’il a écrit cette phrase, et elle s’appliquait exactement au spectacle qu’il offrait lui-même. Je ne sais jusqu’à quel point Heine avait été l’Apollon que Gautier nous a dit qu’il fut alors qu’il se proclamait hellénisant et qu’il poursuivait de ses sarcasmes les pâles sectateurs du nazarénisme : ce qu’il y a de certain, c’est qu’il n’en restait plus rien alors. Cela ne veut pas dire que la maladie l’avait enlaidi, car le visage était encore d’une singulière beauté ; seulement cette beauté était exquise plutôt que souveraine, délicate plutôt que noble, musicale en quelque sorte plutôt que plastique. La terrible névrose avait vengé le nazarénisme outragé en effaçant toute trace de l’hellénisant et en faisant reparaître seuls les traits de la race à laquelle il appartenait et où domina toujours le spiritualisme exclusif contre lequel son éloquente impiété s’était si souvent élevée. Et cet aspect physique était en parfait rapport avec le retour au judaïsme, dont les Aveux d’un poète avaient récemment entretenu le public. D’âme comme de corps, Heine n’était plus qu’un Juif, et, étendu sur son lit de souffrance, il me parut véritablement comme un arrière-cousin de ce Jésus si blasphémé naguère, mais dont il ne songeait plus à renier la parenté. Ce qui était plus remarquable encore que les traits chez Heine, c’étaient les mains, des mains transparentes, lumineuses, d’une élégance ultra-féminine, des mains tout grâce et tout esprit, visiblement faites pour être l’instrument du tact le plus subtil et pour apprécier voluptueusement les sinuosités onduleuses des belles réalités terrestres ; aussi m’expliquèrent-elles la préférence qu’il a souvent avouée pour la sculpture sur la peinture. C’étaient des mains d’une rareté si exceptionnelle qu’il n’y a de merveilles comparables que dans les contes de fées et qu’elles auraient mérité d’être citées comme le pied de Cendrillon, ou l’oreille qu’on peut supposer à cette princesse, d’une ouïe si fine qu’elle entendait l’herbe pousser. Enfin, un dernier caractère plus extraordinaire encore s’il est possible, c’était l’air de jeunesse dont ce moribond était comme enveloppé, malgré ses cinquante-six ans et les ravages de huit années de la plus cruelle maladie. C’est la première fois que j’ai ressenti fortement l’impression qu’une jeunesse impérissable est le privilège des natures dont la poésie est exclusivement l’essence. Depuis, le cours de la vie nous a permis de la vérifier plusieurs fois et nous ne l’avons jamais trouvée menteuse.

Émile Montégut
Esquisses littéraires – Henri Heine
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 63
1884

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HEINRICH HEINE POÈMES

DIE HEIMKEHR HEINE

ILS ÉTAIENT DÉJÀ MORTS – HEINRICH HEINE POÈMES – LE LIVRE DES CHANTS XXXIII- DIE HEIMKEHR – Sie liebten sich beide

HEIRICH HEINE POÈMES
DIE HEIMKEHR HEINE
LE LIVRE DES CHANTS
LITTERATURE ALLEMANDE

Buch der Lieder




Christian Johann Heinrich Heine


 

 

Sie liebten sich beide, doch keiner
Tous les deux s’aimaient, mais aucun
Wollt’ es dem andern gestehn;
A l’autre de n’osait l’avouer ;
Sie sahen sich an so feindlich,
Comme des ennemis, ils se voyaient,
Und wollten vor Liebe vergehn.
Et voulaient mourir d’amour.

*

Sie trennten sich endlich und sah’n sich
Ils se séparèrent enfin, ne se revirent
Nur noch zuweilen im Traum;
Que, parfois, en rêve ;
Sie waren längst gestorben,
Ils étaient déjà morts
Und wußten es selber kaum.
Et ne le savaient qu’à peine.



 

*

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HEINRICH HEINE POEMES
BUCH DER LIEDER
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UNE HISTOIRE DE SOUFFRANCE

Les Mains & La Beauté musicale de Heine

Mais ce qui m’intéressait plus encore que les discours de Heine, c’était sa personne, car ses pensées m’étaient connues depuis longtemps, tandis que je voyais sa personne pour la première fois et que j’étais à peu près sûr que cette fois serait l’unique. Aussi, tandis qu’il parlait, le regardai-je encore plus que je ne l’écoutai. Une phrase des Reisebilder me resta presque constamment en mémoire pendant cette visite : « Les hommes malades sont véritablement toujours plus distingués que ceux en bonne santé. Car il n’y a que le malade qui soit un homme ; ses membres racontent une histoire de souffrance, ils en sont spiritualisés. » C’est à propos de l’air maladif des Italiens qu’il a écrit cette phrase, et elle s’appliquait exactement au spectacle qu’il offrait lui-même. Je ne sais jusqu’à quel point Heine avait été l’Apollon que Gautier nous a dit qu’il fut alors qu’il se proclamait hellénisant et qu’il poursuivait de ses sarcasmes les pâles sectateurs du nazarénisme : ce qu’il y a de certain, c’est qu’il n’en restait plus rien alors. Cela ne veut pas dire que la maladie l’avait enlaidi, car le visage était encore d’une singulière beauté ; seulement cette beauté était exquise plutôt que souveraine, délicate plutôt que noble, musicale en quelque sorte plutôt que plastique. La terrible névrose avait vengé le nazarénisme outragé en effaçant toute trace de l’hellénisant et en faisant reparaître seuls les traits de la race à laquelle il appartenait et où domina toujours le spiritualisme exclusif contre lequel son éloquente impiété s’était si souvent élevée. Et cet aspect physique était en parfait rapport avec le retour au judaïsme, dont les Aveux d’un poète avaient récemment entretenu le public. D’âme comme de corps, Heine n’était plus qu’un Juif, et, étendu sur son lit de souffrance, il me parut véritablement comme un arrière-cousin de ce Jésus si blasphémé naguère, mais dont il ne songeait plus à renier la parenté. Ce qui était plus remarquable encore que les traits chez Heine, c’étaient les mains, des mains transparentes, lumineuses, d’une élégance ultra-féminine, des mains tout grâce et tout esprit, visiblement faites pour être l’instrument du tact le plus subtil et pour apprécier voluptueusement les sinuosités onduleuses des belles réalités terrestres ; aussi m’expliquèrent-elles la préférence qu’il a souvent avouée pour la sculpture sur la peinture. C’étaient des mains d’une rareté si exceptionnelle qu’il n’y a de merveilles comparables que dans les contes de fées et qu’elles auraient mérité d’être citées comme le pied de Cendrillon, ou l’oreille qu’on peut supposer à cette princesse, d’une ouïe si fine qu’elle entendait l’herbe pousser. Enfin, un dernier caractère plus extraordinaire encore s’il est possible, c’était l’air de jeunesse dont ce moribond était comme enveloppé, malgré ses cinquante-six ans et les ravages de huit années de la plus cruelle maladie. C’est la première fois que j’ai ressenti fortement l’impression qu’une jeunesse impérissable est le privilège des natures dont la poésie est exclusivement l’essence. Depuis, le cours de la vie nous a permis de la vérifier plusieurs fois et nous ne l’avons jamais trouvée menteuse.

Émile Montégut
Esquisses littéraires – Henri Heine
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 63
1884

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HEINRICH HEINE POÈMES
BUCH DER LIEDER

DIE HEIMKEHR HEINE

Buch der Lieder Heine Lavauzelle

La bataille de Tarifa (1340)- LUIS DE CAMOES OS LUSIADAS CANTO III-109 LES LUSIADES – Juntos os dous Afonsos finalmente

*Os Lusiadas Traduction Jacky Lavauzelle Les Lusiades de Luis de Camoes Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS III-109 LES LUSIADES III-109
LITTERATURE PORTUGAISE

Os Lusiadas Traduction Jacky Lavauzelle Les Lusiades de Luis de Camoes




Os Lusiadas Traduction Jacky Lavauzelle Les Lusiades de Luis de Camoes

literatura português

Luis de Camões
[1525-1580]

Tradução – Traduction
texto bilingue




Luis de Camoes Les Lusiades

 

Obra Poética

(1556)

LES LUSIADES III-109




OS LUSIADAS III-109
A Epopeia Portuguesa

 

CHANT III
Canto Terceiro

Traduction Jacky Lavauzelle

verso 109
Strophe 109

III-109

Image illustrative de l'article Vasco de Gama

Vasco de Gama

Vasco da Gama signature almirante.svg

 

******




Luís de Camões Os Lusiadas
OS LUSIADAS III-109
LES LUSIADES III-109

******

« Juntos os dous Afonsos finalmente
« Ensemble, les deux Alphonse finalement
Nos campos de Tarifa estão defronte
Se retrouvent dans la pleine de Tarifa devant
 Da grande multidão da cega gente,
Une grande multitude d’Infidèles,
Para quem são pequenos campo e monte.
Que n’arrivent pas à contenir champs et montagne.
Não há peito tão alto e tão potente,
Il n’y avait pas un grand cœur, même le plus valeureux,
Que de desconfiança não se afronte,
Qui ne ressente sa confiance l’abandonner,
Enquanto não conheça e claro veja
Tant qu’il ne fût pas sûr et certain
Que co’o braço dos seus Cristo peleja.
Qu’il combattait dans les bras du Christ. 

****
ALPHONSE XI DE CASTILLE
(13 août 1311 Salamanque – 26 mars 1350 Gibraltar)
Le Justicier – El Justiciero

Alphonse XI de Castille
Alfonso XI
Peinture de Francisco Cerdá de Villarestan
Musée du Prado  – Madrid

****

Marie-Constance de Portugal
Femme d’Alphonse XI de Castille (1328)
Fille d’Alphonse IV du Portugal et de Béatrice de Castille
(1313 – 1357)
Alphonse XI préférait sa maîtresse Leonor de Guzmán à Marie-Constance (celle-ci assassina Leonor à la mort d’Alphonse XI)

*******

Alphonse IV Le Brave
( Lisbonne – )
Roi de Portugal et de l’Algarve par la grâce de dieu

Alphonse IV
Alfonso IV
Peinture du XVIIIe siècle

********************

*
Précisions historiques
et
Retour sur les versets précédents


Sonnet 1 à Sonnet 94 : la naissance du Portugal – Règnes d’Alphonse I, Sanche I, Alponse II et Sanche II. Le sonnet 94 évoque la passation de pouvoir de Sanche II à Alphonse III en 1247, un an avant la mort de Sanche II.
Sonnet 94 : nous partons pour les 32 années de règne d’Alphonse III qui nous conduirons jusqu’en 1279, date du nouveau règne de Denis Ier.
Sonnet 95 : Camoes évoque les prises guerrières d’Alphonse III en Algarve sur les Maures.
Sonnet 96 : le règne de Denis Ier-  Second fils d’Alphonse III. Son règne s’étalera de 1279 à sa mort, le 7 janvier 1325. Il nomme déjà son successeur Alphonse IV Le Brave qui règnera 32 ans de 1325 à 1357. Denis Ier va pacifier son pays – Poète et troubadour, il laissera de nombreux cantigas : cantigas de amor, cantigas de amigo, cantigas de escarnio y maldecir.
Sonnet 97 : création de l’Université de Coimbra sur les bords du Mondego -A Leiria, Denis Ier signera le Scientiae thesaurus mirabilis. L’université de Coimbra est créée en 1290.
Sonnet 98 : Denis Ier reconstruit et renforce son pays. Atropos, une des trois Moires, coupe son fil de vie en 1325. (les 3 Moires : Clotho, celle qui tisse le fil de la vie, Lachésis, celle qui déroule et qui répare le fil et la dernière Atropos, celle qui coupe). Voici venu le règne d’Alphonse IV.

Les Moires
Francisco de Goya
1820-1823
Musée du Prado – Madrid

Sonnet 99 : la traditionnelle opposition entre les Castillans et les Lusitaniens. Mais celle-ci n’empêche pas la solidarité et l’entraide, notamment lors de l’invasion Mauritanienne en terre Castillane.
Sonnet 100 : Les troupes d’invasion sont énormes. Camoes évoque la reine légendaire de Babylone, Sémiramis, celle qui créa Babylone et ses fameux jardins suspendus. L’Hydapse décrit est l’actuel Jhelum (Inde & Pakistan). Les Sarrasins se rassemblent dans le Tartèse (Andalousie).
Sonnet 101 : Alphonse XI de Castille est dépassé par l’armée imposante de l’ennemi sarrasin. Il envoie Marie-Constance, sa femme, pour avoir le soutien d’Alphonse IV du Portugal, qui n’est autre que sa propre fille (que celui-ci a eu avec Béatrice de Castille). Ce n’était pas tout à fait « a caríssima consorte » d’Alphonse XI puisqu’il lui préférait sa maîtresse, Leonor de Guzmán.
Sonnet 102 : Arrivée de la belle Marie-Constance en sanglots devant son père Alphonse IV.
Sonnet 103 : Un rassemblement gigantesque d’armées venues d’Afrique sont derrière le grand Roi du Maroc.
Sonnets 104 & 105 : La supplique de Marie-Constance à son père Alphonse IV. S’il ne vient pas à l’aide d’Alphonse XI de Castille, Marie aura tout perdu.
Sonnet 106 : Camoes compare la demande de Marie à celle de Vénus pour Énée devant Jupiter.
Sonnet 107 : Alphonse IV accepte et regroupe ses forces dans les plaines d’Évora.
Sonnet 108 : Alphonse IV à la tête des troupes lusitaniennes pénètre en Castille avec sa fille Marie-Constance.
Sonnet 109 : 1340 La bataille de Tarifa (Province de Cadix) ou bataille du Salado (30 octobre 1340) se prépare entre les deux Alphonse (IV du Portugal et XI de Castille) face aux armées menées par Abu al-Hasan ben Uthman et Yusuf Ier de Grenade.

Jacky Lavauzelle
Camoes Les Lusiades

****

Vasco de Gama par Gregorio Lopes

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Luís Vaz de Camões Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS III-109 CAMOES LUSIADES III-109
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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White_Fawn_Drawing Faon Diane

 OS LUSIADAS
LA BATAILLE DE TARIFA
LUIS DE CAMOES LES LUSIADES

Sur les tours de Barnard – WALTER SCOTT – ROKEBY CANTO I – 1 The Moon is in her summer glow

LITTÉRATURE ANGLAISE
ROCKEBY

WALTER SCOTT POÈME

*******

 

Sir Walter Scott
Édimbourg – Abbotsford

Traduction – Translation

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

French and English text
texte bilingue français-anglais


LES POÈMES
DE SIR WALTER SCOTT

Walter Scott’s poems

ROKEBY
1813

*
CANTO I
*

I

 

The Moon is in her summer glow,
La lune est là dans sa lumière d’été,
But hoarse and high the breezes blow,
Mais rauques et forts soufflent les brises,
And, racking o’er her face, the cloud
Et, changeant de formes, le nuage
Varies the tincture of her shroud;
Varie la teinte de son voile ;
On Barnard’s towers, and Tees’s stream,
Sur les tours de Barnard et les flots de la Tees,
She changes as a guilty dream,
La lumière change comme un rêve coupable,
When Conscience, with remorse and fear,
Quand la conscience, avec remords et avec peur,
Goads sleeping Fancy’s wild career.
Envahit d’aiguillons le sommeil.
Her light seems now the blush of shame,
La lune rougit comme remplie de honte,
Seems now fierce anger’s darker flame,
Pour devenir plus sombre que la colère,
Shifting that shade, to come and go,
Déplaçant cette ombre, qui va et vient,
Like apprehension’s hurried glow;
Dans les teintes mouvantes de la peur ;
Then sorrow’s livery dims the air,
Alors les airs semblent disparaître derrière un voile de chagrin,
And dies in darkness, like despair.
Et meurent dans l’obscurité, comme le désespoir.
Such varied hues the warder sees
La sentinelle voit tant de nuances variées
Reflected from the woodland Tees.
Refléter des forêts qui bordent la Tees.
Then from old Baliol’s tower looks forth,
Puis, de l’antique tour de Baliol,
Sees the clouds mustering in the north,
Il regarde les nuages se rassembler vers le nord,
Hears, upon turret, roof and wall,
Écoute sur les tourelles, les toits et les parois,
By fits the plashing rain-drop fall,
La chute des gouttes de pluie,
Lists to the breeze’s boding sound,
Frémissant aux sons inquiétants de la brise,
And wraps his shaggy mantle round.
Et s’enveloppe dans son manteau hirsute.

****************

**************************

WALTER SCOTT
vu par
VICTOR HUGO

Walter Scott a su puiser aux sources de la nature et de la vérité un genre inconnu, qui est nouveau parce qu’il se fait aussi ancien qu’il le veut. Walter Scott allie à la minutieuse exactitude des chroniques la majestueuse grandeur de l’histoire et l’intérêt pressant du roman ; génie puissant et curieux qui devine le passé ; pinceau vrai qui trace un portrait fidèle d’après une ombre confuse, et nous force à reconnaître même ce que nous n’avons pas vu ; esprit flexible et solide qui s’empreint du cachet particulier de chaque siècle et de chaque pays, comme une cire molle, et conserve cette empreinte pour la postérité comme un bronze indélébile.
Peu d’écrivains ont aussi bien rempli que Walter Scott les devoirs du romancier relativement à son art et à son siècle ; car ce serait une erreur presque coupable dans l’homme de lettres que de se croire au-dessus de l’intérêt général et des besoins nationaux, d’exempter son esprit de toute action sur les contemporains, et d’isoler sa vie égoïste de la grande vie du corps social. Et qui donc se dévouera, si ce n’est le poète ? Quelle voix s’élèvera dans l’orage, si ce n’est celle de la lyre qui peut le calmer ? Et qui bravera les haines de l’anarchie et les dédains du despotisme, sinon celui auquel la sagesse antique attribuait le pouvoir de réconcilier les peuples et les rois, et auquel la sagesse moderne a donné celui de les diviser ?
Ce n’est donc point à de doucereuses galanteries, à de mesquines intrigues, à de sales aventures, que Walter Scott voue son talent. Averti par l’instinct de sa gloire, il a senti qu’il fallait quelque chose de plus à une génération qui vient d’écrire de son sang et de ses larmes la page la plus extraordinaire de toutes les histoires humaines. Les temps qui ont immédiatement précédé et immédiatement suivi notre convulsive révolution étaient de ces époques d’affaissement que le fiévreux éprouve avant et après ses accès. Alors les livres les plus platement atroces, les plus stupidement impies, les plus monstrueusement obscènes, étaient avidement dévorés par une société malade ; dont les goûts dépravés et les facultés engourdies eussent rejeté tout aliment savoureux ou salutaire. C’est ce qui explique ces triomphes scandaleux, décernés alors par les plébéiens des salons et les patriciens des échoppes à des écrivains ineptes ou graveleux, que nous dédaignerons de nommer, lesquels en sont réduits aujourd’hui à mendier l’applaudissement des laquais et le rire des prostituées. Maintenant la popularité n’est plus distribuée par la populace, elle vient de la seule source qui puisse lui imprimer un caractère d’immortalité ainsi que d’universalité, du suffrage de ce petit nombre d’esprits délicats, d’âmes exaltées et de têtes sérieuses qui représentent moralement les peuples civilisés. C’est celle-là que Scott a obtenue en empruntant aux annales des nations des compositions faites pour toutes les nations, en puisant dans les fastes des siècles des livres écrits pour tous les siècles. Nul romancier n’a caché plus d’enseignement sous plus de charme, plus de vérité sous la fiction. Il y a une alliance visible entre la forme qui lui est propre et toutes les formes littéraires du passé et de l’avenir, et l’on pourrait considérer les romans épiques de Scott comme une transition de la littérature actuelle aux romans grandioses, aux grandes épopées en vers ou en prose que notre ère poétique nous promet et nous donnera.

Victor Hugo
Œuvres complètes de Victor Hugo
A PROPOS DE QUENTIN DURWARD
Juin 1823
Littérature et philosophie mêlées
Texte établi par Cécile Daubray
Imprimerie Nationale, Ollendorff
Editions Albin Michel
1934 – Hors séries – Philosophie I

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SIR WALTER SCOTT POÈME

ALZHEIMER – Roman Musical- Jacky Lavauzelle – Avertissement

*
ALZHEIMERAlzheimer Roman Musical Jacky Lavauzelle



Roman Musical de
Jacky Lavauzelle

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Alzheimer Roman Musical Jacky Lavauzelle 

*****

ALZHEIMER
****
Roman Musical


-Avertissement-

Je me balade dans les capacités résiduelles de la mémoire.

Par des détours et des détours, j’entrevoie une lisière, un fossé, un torrent. Une marguerite commune. Très commune. Trop ? Je vois le blanc et je vois le jaune. Comme l’œuf originel. Je vois la tige. Je suis la tige jusqu’au sol. Jusqu’à cette terre que je sens encore. Ça sent le résidu et la poudre, ça sent le résidu. Ça sent le rien. Et il ne sert à rien de l’effleurer. La poussière à la poussière reviendra. Mais je la prends à pleine main et je la serre, comme pour l’étouffer, comme pour l’étreindre. Et je serre si fort que la poudre s’en échappe de chaque côté et revient à la terre. Indéfiniment. La force s’est relâchée. J’ai humé les grains qui me restaient et des infinités de mondes se sont alors perdues définitivement dans les labyrinthes de mes narines.

Je me balade comme un corsaire sans épée et sans bottes. Sans équipage non plus. J’ai perdu mon bateau depuis si longtemps. Il me reste des cordages, des ampoules, des cals et des cors. Il me reste cette peau que je traîne encore et encore.

La falaise qui tombe pourrait emporter mon corps ; mes jambes déjà se ploient. Elle pourrait m’emporter. Mais, là-bas, de l’autre côté, j’entends un son. Une note de piano. Aigüe et lointaine. Presque une musique d’enfant. Ne dit-on pas que l’on revient en enfance.

[Paula Vesala – Sinuun minä jään]

Et mon corps se reprend. Il pourra aller pousser plus loin. Quelque chose reste. J’entends les plissements des vagues qui se priveront de mes os ce soir. J’entends le ressac et le cri des mouettes sur ma tête. Je resterai. La corde au cou je délierai. La plaçant autour de la taille. Le vieux chêne me tiendra. J’entendrai les voix des anges.

Les anges de Finlande, peut-être ? De Norvège où d’ailleurs. Paula se pose. Je vois ma dernière passion, ma dernière flamme. Mon dernier baiser. Dans la cabane, au fond. J’attends Paula qui ne vient pas. Mais je l’entends, mais je l’entends…

Les êtres se sont effacés et les mots et les noms. Mais j’entends. Et je ressens. Ce soir, la brise ne me rafraîchit plus. Je n’ai plus de temps.

Alzheimer, n’est ni un roman basé sur la science ni sur la médecine. N’est ni fidèle à une chronologie quelconque. Une chanson peut être sortie dix ans après. Peu importe. C’est un roman qui se recueille dans le débarras. Un roman qui chante sous les étoiles qui ont bien voulu rester. Un roman qui serait une sorte de Lee Marvin chantant I was born under a Wandering Star, les deux pieds dans la boue dans un village hostile. Il se trouve dans la cave sous une porte cachée sous le tapis où la table de la salle à manger repose. Les intermèdes musicaux ne sont pas des intermèdes. Ils sont là. A prendre ou non. Ils accompagnent le texte comme ils accompagnent notre vie. Ils sont en phase et parfois correspond et la mélodie et l’attente de notre cœur.  Des fois non. Parfois, ils s’y opposent et nous heurtent aussi. Parfois, ils nous dérangent. Mais n’est-ce pas ça aussi un peu, notre parcours.

Cette musique de l’autre côté de la falaise, moi, je la prends. Je la prends comme une bouée, comme un fil lancé par quelqu’un ou quelque chose. C’est un raccord. Peut-être pas. Un fil dans l’inconnu, dans un ailleurs, dans un autre. Mais n’est-ce pas aussi un peu ça, notre vie.

Parce que certaines musiques ont un tel pouvoir…au-delà des montagnes, au-delà des cimes, des nuées…Elles nous reviennent avec une parcelle de dieu et des anges.

[Johanna Kurkela – Rakkauslaulu]

Elles retraversent les mers et les embruns. Mais reviennent avec une incandescence. Une lumière. Un faisceau de merveilles. Des ondes de bonheur à se vendre l’âme. Nous savons qu’un au-delà est possible. Plus puissant que les preuves de l’existence de dieu. Plus fort que Plotin, que saint Augustin, Sainte Johanna et Sainte Paula réunies. J’entre dans la ligne mélodique et je vois les bateaux drakkars aux voiles enflées des odes de Grimnir, d’Alviss et de Skirnir portées par des mers de pétales de roses. Je comprends dans le texte l’intégralité de l’Edda poétique en vieux norrois que je n’ai jamais lue.

Et ça je m’en souviendrai…

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ALZHEIMER

Roman Musical

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