Archives de catégorie : Cinéma

LES MEILLEURES COMEDIES : LES 100 FILMS LES PLUS DRÔLES – LES 100 PLUS GRANDS FILMS COMIQUES



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LES MEILLEURES COMEDIES

 

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LES 100 FILMS LES PLUS DRÔLES

1
USA – 1945
The Great Dictator
Le Dictateur

Charlie Chaplin

2
FRANCE – 1952
Les Vacances de monsieur Hulot
Jacques Tati




3
USA – 1942
To be or not to be 
Ernst Lubitsch




4
USA – 1925
The Gold Rush
La Ruée vers l’or
Charlie Chaplin




5
FRANCE – 1979
Buffet froid
Bertrand Blier




6
GB – 1975
Monty Python and the Holy Grail
Monty Python : Sacré Graal !




7
USA – 1936
Modern Times
Les Temps modernes
Charlie Chaplin




8
FRANCE – 1965
Yoyo
Pierre Etaix




9
USA – 1974
Young Frankenstein
 Frankenstein Junior
Mel Brooks




10
ITA – 1958
I soliti ignoti
Le Pigeon
Mario Monicelli




FRANCE – 1982
Le père Noël est une ordure
Jean-Marie Poiré

Af du S – BOTS
The Gods Must Be Crazy
Les Dieux sont tombés sur la tête
Jamie Uys




USA – 1959
Some Like It Hot
Certains l’aiment chaud
Billy Wilder

FRANCE – 1958
Mon oncle
Jacques Tati




ITA – 1979
L’Ingorgo : Una storia impossibile
Le Grand Embouteillage
Luigi Comencini




FRANCE -1993
Les Visiteurs
Jean-Marie Poiré




FRANCE – 1966
Tant qu’on a la santé
Pierre Etaix




ITA – 1960
Il Mattatore
L’Homme aux cent visages
Dino Risi




FRANCE – 1986
Tenue de Soirée
Bertrand Blier




USA – 1980
Airplane!
Y a-t-il un pilote dans l’avion ?
Jim Abrahams & David Zucker

FRANCE – 2003
Rire et Châtiment
Isabelle Doval 

FRANCE – 1973
Les Aventures de Rabbi Jacob
Gérard Oury




GB – 1979
Life of Brian
La Vie de Brian
Monty Python

FRANCE – 2010
Le Mac
Pascal Bourdiaux




USA – 1940
A Chump at Oxford
Les As d’Oxford  (Laurel & Hardy)
Alfred J. Goulding




FRANCE – 1999
Le Créateur
Albert Dupontel




ITA – 1957
Mariti in città
Maris en liberté
Luigi Comencini




FRANCE – 1963
Le Soupirant
Pierre Etaix




USA – 1963
The Nutty Professor
Docteur Jerry et Mister Love
Jerry Lewis

FRANCE – 1963
Les Tontons flingueurs
Georges Lautner




FRANCE – 1971
TRAFIC
Jacques Tati




USA- 1976
Silent movie
La Dernière Folie de Mel Brooks
Mel Brooks

FRANCE – 2006
OSS 117 Le Caire Nid d’Espions
Michel Hazanavicius

FRANCE – 1965
Le Corniaud
Gérard Oury

USA – 1988
Who Framed Roger Rabbit ?
Qui veut la peau de Roger Rabbit ?
Robert Zemeckis




FRANCE  – 1996
Bernie
Albert Dupontel

USA – 1938
Bringing up Baby
L’Impossible Monsieur Bébé
Howard Hawks

USA – ALL – 2009
Very Bad Trip
Todd Phillips

ROUMAIN- 1975
A fost sau n-a fost?
12h08 à l’est de Bucarest
Corneliu Porumboiu

FRANCE – 1971
Jo
Jean Girault

USA – 1996
TRAINSPOTTING
Danny Boyle




USA – 1963
Dr. Strangelove
Dr Folamour
Stanley Kubrick

GB -1985
Brazil
Terry Gilliam

FRANCE – 1966
La Grande Vadrouille
Gérard Oury

FRANCE – 2002
Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre
Alain Chabat




ITALIE – 1959
La Grande Guerra
La Grande Guerre
Mario Monicelli




USA – 2006
BORAT
Sacha Baron Cohen




FRANCE – 1949
JOUR DE FÊTE
Jacques Tati




USA – 1933
Busy Bodies
Laurel et Hardy menuisiers 
Lloyd French




GB – 1983
The Meaning of Life
Le Sens de la vie
Monty Python

FRANCE – 1951
L’Auberge Rouge
Claude Autant-Lara

ITALIE – 1961
Divorzio all’italiana
Divorce à l’Italienne
Pietro Germi

USA – 1982
Airplane II: The Sequel

Y-a-t-il enfin un pilote dans l’avion ?
Ken Finkleman




USA – 1926
The General

Le Mécano de la « General »
Buster Keaton et Clyde Bruckman

FRANCE – 1978
Les Bronzés
Patrice Leconte




USA – 1998
The Big Lebowski
Joel & Ethan Coen

USA – 1936
Our Relations  
C’est donc ton frère (Laurel & Hardy)
Harry Lachman

FRANCE – 1994
La Cité de la Peur
Alain Berberian




FRANCE – 1979
Les Bronzés font du ski
Patrice Leconte

ITA – 1976
Brutti, sporchi e cattivi
Affreux, Sales et Méchants
Ettore Scola

FRANCE -2009
OSS 117 : Rio ne répond plus
Michel Hazanavicius




USA – 2000
Scary Movie
Keenen Ivory Wayans




FRANCE – 1996
Un Air de famille
Cédric Klapisch

USA – 1994
The Mask
Chuck Russell

France – 1997
Les Randonneurs
Philippe Harel

ITA -1955
Peccato che sia una canaglia
Dommage que tu sois une canaille
Alessandro Blasetti




FRANCE – 1964
L’Homme de Rio
Philippe de Broca

USA – 1970
MASH
Robert Altman

FRANCE – 1956
LA TRAVERSEE DE PARIS
Claude Autant-Lara

FRANCE – 1937
Le Schpountz
Marcel Pagnol




USA – 1935
A Night at the Opera
Une nuit à l’opéra
Marx Brothers – Sam Wood

FRANCE – 1972
Le grand blond avec une chaussure noire
Yves Robert




TCH – 1970
Hoří, má panenko
Au feu, les pompiers !
Miloš Forman

FRANCE – ITALIE – 1958
La legge è legge
La loi, c’est la loi
Christian-Jaque




FRANCE – 2004
RRRrrrr !!!
Миллион лет до нашей эры  
Alain Chabat

GB-USA
In Bruges
Bons baisers de Bruges
Martin McDonagh




GB – USA – 1967
The Fearless Vampire Killers
Le Bal des Vampires
Roman Polanski

FRANCE – 1973
L’Emmerdeur
Edouard Molinaro




GB – USA – 1988
A Fish Called Wanda
Un Poisson nommé Wanda
Charles Crichton




H-K -2002
少林足球
Shaolin Soccer
Stephen Chow -周星驰

RUS – 2013
Горько!
Gorko
zhora kryzhovnikov – Жора Крыжовников

IRL – 2011
The Guard
L’Irlandais
Однажды в Ирландии
John Michael McDonagh




USA – 2007
Knocked Up
En cloque, mode d’emploi
Немножко беременна
Judd Apatow




RUS – 2010
О чем говорят мужчины
What Men Talk About
Dmitriy Dyachenko – Дмитрий ДЬЯЧЕНКО




TCH – 1999
Pelíšky
Jan Hřebejk




USA – 2005
The 40 Year-Old Virgin
40 ans, toujours puceau
Сорокалетний девственник
Jude Apatow




ITA – 1960
Tutti a casa
La Grande pagaille
Luigi Comencini




USA – 1979
Manhattan
Woody Allen

FRANCE – 1966
Ne nous fâchons pas
Georges Lautner 

FRANCE – 1953
Le Boulanger de Valorgue
Henri Verneuil




USA – 2001
Zoolander
Ben Stiller




TCH – 1939
Cesta do hlubin študákovy duše
Martin Frič

FRANCE – 1969
Hibernatus

Édouard Molinaro

USA – 1982
Tootsie
Sydney Pollack

FRANCE – 1972
Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil  
Jean Yanne

USA – 1997
Austin Powers: International Man of Mystery
Austin Powers
 Jay Roach

FRANCE -2001
Les Rois mages
Didier Bourdon et Bernard Campan

USA – GB – 1997
Bean
Mel Smith

FRANCE -1995
Les Trois Frères
Didier Bourdon et Bernard Campan

USA – 2008
Spartatouille
Jason Friedberg et Aaron Seltzer

 

LE SERPENT AUX MILLE COUPURES – ERIC VALETTE ORCHESTRE L’HARMONIE DES SPHERES DU MAL

CINEMA FRANCAIS
Thriller

Eric Valette
LE SERPENT AUX MILLE COUPURES
(2017)
L’HARMONIE DES SPHERES DU MAL

 

 

Un homme s’affaire dans une vigne. Non loin de lui, un cyclomoteur. La nuit est là qui cache. Les gendarmes chassent. La mafia fait ses affaires. Un couple inquiet veille.

Éric Valette pose le décor de son dernier thriller un Sud-Ouest endormi aux portes de Toulouse. Il  adapte ici le roman policier de DOA, Dean On Arrival, paru en 2009, aux Editions Gallimard.

Tomer Sisley roule, marche et tire. C’est le solitaire qui, tel un aimant, attire les misères du monde et augmente en intensité la violence sournoise qui couve. Les groupes sociaux qui s’organisent dans le Serpent aux mille coupures ne glissent pas les uns à côté des autres. Ils ne s’entremêlent pas.  Les rencontres se font dans la douleur, la peur, la crainte, la soumission.  Tomer Sisley se glisse jusqu’à se nicher au cœur d’une ferme martyrisée par une partie de la population locale. Il se glisse dirait Baudelaire comme « un serpent qui danse Au bout d’un bâton. » Un serpent qui ne mord que si on l’attaque. C’est un homme poursuivi, dangereux, mais nous ne saurons pas ce qu’il nous cache. Éric Valette retrace la route de ce cavalier motorisé sur sa route dans sa chevauchée destructrice.

 « La balle cède devant le mot, parce que le mot s’élève dans l’harmonie des forces en présence et fait surgir une énergie que les puissances matérielles ne peuvent contenir… » (José Rizal). L’énergie est désormais celle du mal et des armes. Silence. Plus un mot. Aux armes !

Même avant son arrivée sur ces terres toulousaines, les hommes se battent et se font peur. Sa venue amènera un déchainement de violence. « Ce que le mal viole, ce n’est pas le bien, car le bien est inviolable ; on ne viole qu’un bien dégradé. » (Simone Weil – La Pesanteur et la Grâce). Et il y a bien longtemps que le bien n’est pas venu trainer ces guêtres dans nos contrées vinicoles et ailleurs.

Les groupes ne communiquent plus entre eux. Chacun observe ce que l’autre peut lui prendre. Le couple se voit dépossédé de son bétail, de sa tranquillité, les paysans sont dépossédés de leurs terres, la mafia de sa livraison, les gendarmes (avec Pascal Greggory livide, Stéphane Henon abasourdi) perdus dans la complexité du monde et effarés devant le pouvoir du mal…Cette survie n’est possible que par une solidarité, une loyauté. Il n’y a plus de contrat social. Le monde est KO.

Notre solitaire n’est ni bon ni mauvais. C’est un homme poursuivi qui se terre. Que le « soleil brille pour tout le monde » comme le souhaitait John Ford, restera un vœu pieu bien longtemps encore. Le bien se niche bien quelque part, mais si peu que sa lueur n’éclaire plus rien. Il n’y a plus de promesses, il ne reste que des doutes et des crises existentielles.








Dans ce premier Far Sud-Ouest, le monde vit dans la boue. Eric Valette filme la misère du monde. De ces groupes qui se fixent leurs règles et n’en font qu’à leur loyauté. Le reste ne vaut rien. Les paysans du sud-ouest ne se sont ni plus mauvais, ni plus bêtes que les autres, ils sont dépossédés de leurs traditions, de leurs terres et regardent arriver les nouveaux arrivants, les exotiques règlements de compte des mafias colombiennes, espagnoles, italiennes (Stéphane Debac, Terence Yin aux yeux bleus… ) Le monde n’est pas poétique. Ils ne comprennent plus rien et se défendent contre un pauvre agriculteur noir qui ne cherche qu’à survivre. Tomer Sisley erre tout autant et essaie de survivre comme les autres, comme les gendarmes, les paysans (Guillaume Destrem, Jean-Jacques Lelté), le barman (Gérald Laroche), le couple d’agriculteurs (Cédric Ido et Erika Sainte).

Le monde du Serpent aux mille coupures montrent ce monde libéralisé où les marchandises et les trafics, les mafias et les affaires gangrènent  l’ensemble de la société jusqu’aux paysans reculés qui semblaient encore protégés. C’est un monde en crise, déstructurant où se qui se passait à Bogota, à Palerme où à Naples, se retrouve dans les vignes de Moissac ou de Fronton. Le monde ancien a disparu recouvert d’une poussière de cocaïne et d’adrénaline. Où les narcotrafiquants ont tous les codes pour naviguer dans cette nouvelle société où les autochtones, eux, se retrouvent totalement déboussolés au milieu des corps mutilés, puzzlisés, celui de Clémence Bretécher ou celui de Guillaume Destrem, au milieu du corps social pulvérisé, façon puzzle aussi.

L’achèvement est à la mort et à la totale destruction. Notre homme seul renaît des cendres. Et nous le retrouvons au port de Sète, devant la mer et le large. Ce n’est qu’un retour au milieu du chaos du monde qui s’est perdu un instant au cœur des vignes et des ceps. Dans le silence, au cœur d’une harmonie des sphères du mal qui grossissent et flottent juste au-dessus de nos têtes. Comme nous retrouvons notre état de Nature, après avoir perdu notre état social et notre moralité. Les lois sont celles du milieu et du plus fort. Retour au droit divin du parrain et du clan qui n’est plus soumis à aucune contestation devant un Etat déboussolé et impuissant.








Dans cette nouvelle société primitive, la liberté commence là où commence la liberté et le corps des autres. Et s’il « faut accepter le mal qu’on nous fait comme un remède à celui que nous avons fait » (Simone Weil, La Pesanteur et la Grâce)…nous avons dû en faire de belles !

Jacky Lavauzelle

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VOYAGE EN MALAISIE Pelancongan di Malaysia 马来西亚 マレーシア Малайзия

Pelancongan di Malaysia
Voyage en Malaisie




 

 MALAISIE
马来西亚
マレーシア
Малайзия

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Visiter Kuala Lumpur
Meneroka kota Kuala Lumpur

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BATU CAVES
黑风洞
பத்துமலை

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Visiter Malacca
Meneroka kota Melaka
马六甲

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ARTIS MELAYU
LES ARTISTES MALAIS
MALAYSIAN ARTISTS
马来艺人

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APPRENDRE LE MALAISIEN
Pembelajaran Bahasa Melayu

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LES ORANG ASLI
LES ABORIGENES DE MALAISIE

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LITTERATURE
kesusasteraan

Lettres de Malaisie
Paul Adam
1896

Toutes ces stations se trouvent situées au faîte de sommets rendus inaccessibles par la nature montueuse du sol, l’impénétrabilité des forêts vierges, la pestilence des marécages, et notre ignorance générale de la topographie de ces régions…

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Les Pirates Malais
Charles Hubert Lavolée
1853

A l’extrémité de l’Asie, au milieu du XIXe siècle, des bandes de forbans tiennent bravement la mer …

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La férocité des pirates malais
Charles de Varigny
1887
(L’Océanie moderne)

La férocité de ces Malais, leur mépris de la mort, ont, pendant des siècles, inspiré la terreur aux navigateurs qui se hasardaient dans ses parages…

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LE MACAQUE CRABIER 
Beruk

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Le Varan Malais
Varanus salvator

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Le périophtalme de Malaisie
(Mudskipper)

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La Malaisie
vue
par la Première Encyclopédie

 » Les habitants de cette presqu’île sont noirs, petits, bien proportionnés dans leur petite taille, & redoutables lorsqu’ils ont pris de l’opium, qui leur cause une espèce d’ivresse furieuse. Ils vont tous nus de la ceinture en haut, à l’exception d’une petite écharpe qu’ils portent tantôt sur l’une, tantôt sur l’autre épaule. Ils sont fort vifs, fort sensuels, & se noircissent les dents par le fréquent usage qu’ils font du bétel… » Louis de Jaucourt 1751

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CIVILISATIONS

Sriwijaya – Çrīvijaya

LE ROYAUME DE SRI VIJARA
Le Royaume de Çrivijaya
George Cœdès
1918

Voilà donc deux inscriptions des VIIe-VIIIe siècles émanant toutes deux d’un royaume nommé Çrīvijaya. S’agit-il dans les deux cas d’un seul et même pays ?…

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CHANSONS – MUSIQUE
Lagu – muzik

Les plus belles chansons malaisiennes
Lagu Malaysia
Ranking Artgitato

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Les Chansons de P. Ramlee
Lagu lagu P. Ramlee

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RELIGIONS

L’Islam en Malaisie

« Le règne de la civilisation indoue cessa, lorsque l’islamisme fut apporté dans l’archipel d’Asie, vers le commencement du XIIIe siècle… » (Édouard Dulaurier-1851)

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TRADUCTION MALAISIEN
Terjemahan Malaysia

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Malaysia – Malaisie




BELLA E PERDUTA Pietro Marcello : LA SOLITUDE DU SAGE (2015)




CINEMA ITALIEN
BELLA E PERDUTA
PIETRO MARCELLO
2015
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BELLA E PERDUTA
PIETRO MARCELLO

 

LA SOLITUDE DU SAGE

 

LES OEUVRES DES HOMMES NE SONT PAS BONNES
« [Et la lumière est arrivée sur le monde] et les hommes préférèrent les ténèbres plus que la lumière, [car leurs œuvres n’étaient pas bonnes] » (Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean Chapitre 3 -19), c’est cette citation que met en exergue Leopardi dans son poème LA GINESTRA O FIORE DEL DESERTO (le Genêt ou La Fleur du désert) où il évoque le Vésuve. Vésuve d’où sortira, dans Bella e Perduta, notre Polichinelle.
Non, les œuvres des hommes ne sont pas bonnes…

L’HISTOIRE ENTIERE DES HOMMES
« L’histoire de Polichinelle, c’est, hélas ! l’histoire entière de l’homme, avec tout ce qu’il a d’aveugles croyances, d’aveugles passions, d’aveugles folies, et d’aveugles joies. Le cœur se brise sur l’histoire de Polichinelle : Sunt lacrymæ rerum ! » raconte Charles Nodier en 1831 dans son Polichinelle. Et l’histoire est dure à porter et c’est cette histoire que nous déroule Pietro Marcello dans Bella e Perduta autour des restes de la propriété royale de Carditello (Reale tenuta di Carditello – Reggia di Carditello) dans la région de Naples : la société de consommation, le traitement des animaux, le pouvoir mafieux de la Camorra, la corruption des politiques, les décharges illégales, la violence…







LA DERNIERE FLEUR
Mais il y a Polichinelle, joué par Sergio Vitolo, notre agriculteur, dans son propre rôle, l’ange-gardien de Carditello, Tommaso Cestrone, et le bufflon recueilli par Tommaso, Sarchiapone. Les trois éléments du monde : le monde souterrain d’où sort Polichinelle, terrestre de notre bufflon et aérien de l’ange-gardien. La poésie du film s’axera sur ce triptyque qui nous permettra de prendre de la distance avec le vulgaire. Ajoutons la musique, la peinture et les poèmes de Leopardi…

Polichinelle sort du Vésuve… « Sterminator Vesevo, La qual null’altro allegra arbor nè fiore, Tuoi cespi solitari intorno spargi, » (Exterminateur Vésuve, Qui ne rend joyeux aucun autre arbre, ni aucune fleur, Tu atomises ces plantes solitaires,…) Notre monde est atomisé. Sans fleur aucune. Si ce n’est Tommaso, la dernière dans son genre… Pure et Belle. Qui pousse sur les immondices et les poubelles.

ODI PROFANUM VULGUS
Polichinelle traverse le monde pour rejoindre Tommaso et rapporter Sarchiapone. Il regarde le monde, sa banalité, son étrangeté, sa cruauté. Sans jamais tomber dans le vulgaire. « Polichinelle qui a pour devise l’Odi profanum vulgus, a senti que les positions solennelles exigeaient une grande réserve, et qu’elles perdaient progressivement de leur autorité, en s’abaissant à des rapports trop vulgaires. Polichinelle a pensé comme Pascal, si ce n’est Pascal qui l’a pensé comme Polichinelle, que le côté faible des plus hautes célébrités de l’histoire, c’est qu’elles touchaient à la terre par les pieds… » (Charles Nodier)

LE MONDE EST UNE BOUE
Il y a tellement de choses dans le film de Pietro Marcello qui sont dites si simplement, si tranquillement, presque de manière anodine. Carditello, c’est Naples, mais aussi l’Italie, mais aussi l’Europe et le monde. C’est le passé et notre présent. Carditello, c’est le « délice royale », la Reale Delizia, où l’utile, la ferme modèle conçue pour nouvelle production industrielle de la mozzarella, et l’agréable, le séjour du roi venu apprécier avec sa cour, le repos de cet environnement giboyant. Les délices se sont transformés en ordures pestilentielles et pneumatiques de la Camorra napolitaine. Les ronces, la boue, la honte, les voleurs, les petits et les grands malfrats. « Non val cosa nessuna I moti tuoi, nè di sospiri è degna La terra. Amaro e La terra. Amaro e noia La vita, altro mai nulla; e fango è il mondo T’acqueta omai. Dispera L’ultima volta. Al gener nostro il fato Non donò che il morire. Omai disprezza Te, la natura, il brutto   Poter che, ascoso, a comun danno impera E l’infinita vanità del tutto » (elle ne vaut aucun de tes mouvements, elle n’est digne de soupirs la terre. Amertume et ennui La vie, n’a jamais rien été d’autre ; et le monde une boue Qui t’apaise désormais. Disparaît Une dernière fois. Ce que donne le destin N’est que le don de mourir. Désormais méprise Toi-même, la nature, le laid Qui ordonne, caché, le mal Et la vanité infinie de tout. – A se stesso GIACOMO LEOPARDI Mon cœur épuisé 1836 Trad. J Lavauzelle)

Et tout semble fait, tout s’allie pour que tout disparaisse. Que le beau, du moins, disparaisse. L’un vol une statue, l’autre une cheminée, l’un fait exploser la grille de l’entrée, un autre menace de mort…



L’INDUBITABLE ETERNITE DE POLICHINELLE
Ce qui plane sur ce monde, c’est cette mort constamment présente. Celle qui tourne autour de notre berger, de notre bufflon que tous veulent conduire à l’abattoir, puisqu’il ne peut donner du lait, il ne sert donc à rien dans la production de la mozzarella, de la propriété royale, de notre société minée par le consumérisme, la corruption, la défaillance des institutions et de l’état. Bien sûr, Tommaso Cestrone, Sarchiapone, les manifestants venus soutenir le berger, ne sont pas assez puissants pour freiner cette mécanique infernale de destruction massive de l’homme et de sa culture. Et tous iront vers leur destinée. C’est Polichinelle qui revient en mission pour sauver, un temps, notre bufflon. C’est en un sens, revenir à l’origine de Polichinelle, à son «indubitable éternité », que Charles Nodier avait noté en le comparant avec Isis, la déesse funéraire de l’Egypte antique,: « Le secret de Polichinelle, qu’on cherche depuis si longtemps, consiste à se cacher à propos sous un rideau qui ne doit être soulevé que par son compère, comme celui d’Isis ; à se couvrir d’un voile qui ne s’ouvre que devant ses prêtres ; et il y a plus de rapport qu’on ne pense entre les compères d’Isis et le grand-prêtre de Polichinelle. Sa puissance est dans son mystère, comme celle de ces talismans qui perdent toute leur vertu quand on en livre le mot. Polichinelle palpable aux sens de l’homme comme Apollonius de Tyane, comme Saint-Simon, comme Déburau, n’aurait peut-être été qu’un philosophe, un funambule ou un prophète. Polichinelle idéal et fantastique occupe le point culminant de la société moderne. Il y brille au zénith de la civilisation, ou plutôt l’expression actuelle de la civilisation perfectionnée est tout entière dans Polichinelle ; et si elle n’y était pas, je voudrais bien savoir où elle est. » D’Isis aux étrusques. De la mort aux vivants. Polichinelle est un messager. Il est celui qui peut comprendre le bufflon. Par la volonté de Tommaso. « Il sottoscritto Tommaso Cestrone chiede che a Sarchiapone venga concesso il dono della parola affinché possa raccontare la propria storia e quella della Reggia bella e perduta che gracie a me fu ritrovata. In fede Tommaso Cestrone (Je soussigné, Tommaso Cestrone, demanqe qu »à Sarchiapone soit accordé le don de la parole afin qu’il raconte son histoire et celle de la Reggia belle et perdue, qui grâce à moi fut retrouvée. En toute bonne foi, Tommaso Cestrone. » Polichinelle parlera donc à Sarchiapone.

POLICHINELLE ET SON COMPERE L’OGRE
Un messager porté par la langue. Cette langue que le bufflon partage avec Polichinelle. Charles Nodier souligne que « c’est qu’au milieu de cette multitude qui afflue au bruit de sa voix, Polichinelle s’est fait la solitude du sage, et reste étranger aux sympathies qu’il excite de toutes parts, lui dont le cœur, éteint par l’expérience ou par le malheur, ne sympathise plus avec personne, si ce n’est peut-être avec son compère dont je parlerai une autre fois. » Son compère, « compere »,  sera l’ogre Gesuino. Il sera joué par Gesuino Pittalis, immense, jupitérien. Avant la première raconte, le voilà, contant qu’ «en 1900, un matin, je suis allé à Selvapiana et j’ai mangé trois bœufs et une vache sept moutons avec toute leur laine… » Un ogre gentil qui n’effraie plus les enfants. Les ogres ont changé de camp, creusant sous terre et admirant des derniers vestiges étrusques sauvés des maraudeurs.

Mais Sarchiapone nous conduit vers le final. Inexorablement. Lourd et massif. Mais si léger devant la cruauté des hommes. Avec, dans les yeux, ce qui reste de notre humanité.

Jacky Lavauzelle

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Bella e Perduta

44 et Dernier Sonnet Portugais Elizabeth Browning Sonette aus dem Portugiesischen Rilke 44 Sonnets from the Portuguese

Sonnets from the Portuguese Elizabeth Browning
Sonette aus dem Portugiesischen Rilke
Dernier Sonnet Portugais
44

Rainer Maria Rilke
1875-1926
Rainer Maria Rilke Portrait de Paula Modersohn-Becker 1906

Elizabeth Barrett Browning
1806-1861

 

 

Elizabeth Barrett Browning

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Sonnets from the Portuguese
1850

XLIV


Rainer Maria Rilke
Sonette aus dem Portugiesischen Rilke
1908
XLIV

Traduction Française
Jacky Lavauzelle
Sonnets Portugais
XLIV

Dernier Sonnet Portugais

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Sonnets from the Portuguese Elizabeth Browning
sonette aus dem portugiesischen Rilke
Dernier Sonnet Portugais

Elizabeth-Barrett-Browning Sonnets from the Portuguese Elizabeth Barrett Browning Sonette aus dem Portugiesischen RILKE

XLIV
Quarante-Quatrième Sonnet

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Sonnets from the Portuguese Elizabeth Browning
sonette aus dem portugiesischen Rilke
Dernier Sonnet Portugais

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 Elizabeth Browning Sonette aus dem Portugiesischen Rilke 44 Sonnets from the Portuguese Vassily Kandinsky Amazona 1911


Vassily
Kandinsky – Amazone – 1911

 

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 Beloved, thou hast brought me many flowers
Du hast gewußt mir, mein Geliebter, immer
Bien-Aimé, tu m’as apporté beaucoup de fleurs
Plucked in the garden, all the summer through
zu allen Zeiten Blumen herzulegen;
Cueillies dans le jardin, tant en été 
And winter, and it seemed as if they grew
als brauchten sie nicht Sonne und nicht Regen,
Qu’en hiver, et il semblait qu’elles croissaient
In this close room, nor missed the sun and showers.
gediehen sie in meinem engen Zimmer.
Dans cette salle étroite, sans soleil ni pluies.

*

So, in the like name of that love of ours,
Nun laß mich dir unter dem gleichen Zeichen
Ainsi, au nom d’un amour comme le nôtre,
Take back these thoughts which here unfolded too,
die hier erwachsenen Gedanken reichen,
Reprends  ces pensées qui ont ici éclos,
And which on warm and cold days I withdrew
die ich in meines Herzens Jahreszeiten
Et que, les jours chauds comme les jours froids, je retirai
From my heart’s ground. Indeed, those beds and bowers
aufzog und pflückte. In den Beeten streiten
De la terre de mon cœur. En effet, ces lits et tonnelles  

*

Be overgrown with bitter weeds and rue,
Unkraut und Raute. Du hast viel zu jäten;
Sont envahis par les mauvaises herbes amères et sans valeurs,
And wait thy weeding; yet here’s eglantine,
doch hier ist Efeu, hier sind wilde Rosen.
Qui attendent que tu les arrachent ; encore voici l’églantine,
Here’s ivy!—take them, as I used to do
Nimm sie, wie ich die deinen nahm, als bäten
Voici le lierre ! — Prends-les, comme j’ai l’habitude de faire   

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Thy flowers, and keep them where they shall not pine.
sie dich, in deine Augen sie zu schließen.
Avec tes fleurs, et garde-les où elles ne flétriront pas.
 Instruct thine eyes to keep their colours true,
Und sage deiner Seele, daß die losen
Que tes yeux conservent leurs vraies couleurs,
And tell thy soul, their roots are left in mine. 
in meiner Seele ihre Wurzeln ließen.
Et dis à ton âme que leurs racines sont dans la mienne. 

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Sonnets from the Portuguese Elizabeth Browning

sonette aus dem portugiesischen Rilke

Elizabeth Barrett Browning Robert Browning 1865 photogravure Julia Margaret Cameron

Robert Browning
photogravure de 1865
De Julia Margaret CameronAlbert Chevallier Tayler Elizabeth Barrett Browning 1909
Peinture d’Elizabeth Barrett Browning
Par Albert Chevalier Tayler
1909

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sonette aus dem portugiesischen Rilke
Dernier Sonnet Portugais

LES AMOUREUX SONT SEULS AU MONDE d’Henri DECOIN 1948








 Henri DECOIN
LES AMOUREUX SONT SEULS AU MONDE
1948

LA VALSE DES COEURS

LES AMOUREUX SONT SEULS AU MONDE Henry Decoin Artgitato

Scénario, adaptation et dialogues Henri Jeanson

DIX HUIT ANS et TRENTE CINQ MINUTES

Gérard Favier arrive dans une auberge, près d’une forêt. Il retrouve son épouse Sylvia.

Il rejoue leur première rencontre qui s’est déroulée, ici-même, il y a dix-huit ans et « trente-cinq minutes ! » : « Moi, je m’appelle Sylvia…Vous ne connaissez de moi qu’un petit nom… » Comme Gérard s’est mis au piano, il est interpellé par le patron de l’auberge qui lui demande de remplacer les musiciens qui ne sont toujours pas présents, afin d’animer un mariage. « On avait commandé des musiciens, ils devaient être là à midi et demi et ils ne sont pas arrivés ; ils ont raté le car, c’est sûr ! » Gérard s’y prête de bonne grâce jusqu’à l’arrivée des musiciens en vélo avec deux heures de retard.

NOTRE AMOUR N’A PAS CHANGE

Cette première partie s’articule autour de ce temps qui s’est arrêté depuis dix-huit ans comme si rien ne s’était passé et que le couple, loin d’avoir vécu ce laps de temps ensemble, venait de se rencontrer pour la première fois. Ils utilisent les mêmes mots et boivent la même fine à l’eau. Il modifie les aiguilles de la pendule, « c’est à une heure vingt-cinq que nous nous sommes connus…- il y a …- Trente-cinq minutes ! …- Et dix-huit ans ! – Dans cette même salle, …- Avec la même fine imbuvable…- Le même portrait de Fallières et le même calendrier, qui déjà retardait de quelques années…- Il y avait aussi une noce, toute pareille à celle-ci. – C’est merveilleux ! – Tu as ramassé cette écharpe, c’était la même, avec la même désinvolture qu’autrefois, et j’ai eu la même bizarre petite contraction à la gorge. – Tu vois qu’on peut revivre les instants trop vite écoulés, « bisser » un souvenir à succès ! – Toi qui ne voulais pas venir… notre amour n’a pas changé… – Il nous a reconnus ! Et le piano, joue-t-il toujours aussi faux ? C’était un fameux Chaudron !»





LES PORTE-BONHEUR PORTE QUELQUEFOIS BONHEUR

Après ces dix-huit ans, s’aiment-ils encore ? Le retour aux sources afin de redonner un nouvel élan. Rien n’est changé. Mais dix-huit ans ont passé. Favier est reconnu dans son métier. Il n’est plus ce jeune compositeur inconnu. Il a besoin d’acheter sept porte-bonheur, « pour la semaine », au petit garçon dans la rue qui ouvre le film. A la fin de cet épisode à l’auberge, il retrouve le garçonnet. Il lui remet l’intégralité de la somme récoltée par Sylvia pour sa prestation. « On a donné une représentation à ton bénéfice…Tu vois, les porte-bonheur porte quelquefois bonheur ! »

TU N’AS JAMAIS ETE FICHU DE L’ECRIRE

Mais sept bonheurs pour la semaine montrent combien ils sont éphémères et combien la dure réalité est là. « Amor extorqueri non pote, elabi pote. Il n’est pas possible que l’amour s’évanouisse brutalement, mais il peut lentement s’échapper. » (Publilius Syrus) Le bocal du bonheur est-il bien refermé ? Les anciens amants devenus maris s’obligent à penser que rien n’a changé. Ils sont trop insistants à retrouver le moindre détail, comme des naufragés sur leur île. Et si rien n’a changé, leur amour est toujours aussi flamboyant. « -Tu reconnais cette allée d’arbres ? – Je connais même les arbres par leur nom de baptême. Ils ont été nos premiers témoins…Ce vieux bouleau ! – Ils n’ont pas vieilli ! – Rappelle-toi…On a fait quelques pas sans rien dire et puis…- C’est ce jour-là que tu m’as promis de composer une belle chanson d’amour pour moi toute seule… – J’y ai souvent pensé, à cette chanson…Mais tu n’as jamais été fichu de l’écrire ! – Des chansons d’amour, il en existe de toutes faites qui nous vont comme des gants. » Déjà, une faille. Cette promesse jamais tenue. Qu’il tiendra pour une autre. Mais pas pour Sylvia. Rien n’est changé, mais le temps est passé aussi sur cette promesse.

LA FIN FAIBLIT

Voici venir la douce et resplendissante élève. D’abord un son, une musique. Quelqu’un joue son concerto. Favier sait que c’est une jeune fille qui joue. Et déjà, Favier analyse son âme. « Elle joue remarquablement… C’est une femme… Ou plutôt une jeune fille…Elle joue bleu…Elle a de l’imagination et aussi de la sensibilité…Elle est romanesque, secrète…Et pourtant spontanée. Elle rêve encore sa vie…Oh, ce n’est qu’une enfant ! …Je l’attends à l’allegro ! » Il s’agit de la jeune Monelle qui se permet en plus de critiquer son œuvre. « Le début est brillant, mais la fin faiblit… »

JE VOUS AIME…CE N’EST PAS MA FAUTE

Il a tout compris en écoutant l’interprétation de sa composition. Elle devient rapidement son élève. Un premier récital. Un énorme succès. Monelle est folle amoureuse de son professeur et maître. « Je n’oublierai jamais ce que vous avez fait pour moi ! ». Jusqu’à la déclaration : « Je vous aime ! Oui, je vous aime !…Il n’y a pas de quoi rire…Je ne pense qu’à vous depuis ce récital…La preuve que je vous aime, c’est que je vous l’ai dit ! …Parfaitement, je vous aime ! C’est bien mon droit, à la fin du compte ! Je vous aimerai sans vous si vous continuez… Je vous aime, là ! Ce n’est pas ma faute !»

RIEN N’EST PLUS FRAGILE QU’UNE JEUNE FILLE

La séance de cinéma. Se retrouvent les Favier, Monelle et Ludo, l’ami du couple. Des gants oubliés. Sylvia y retourne et, à son retour, observe les nouveaux amoureux. Elle comprend que son couple est en péril, mais elle veut à tout prix le bonheur de son mari. Elle est prête à s’effacer si elle constate qu’il n’y a plus rien entre eux. Elle essaie toutefois de le raisonner : « –Il ne faut pas jouer les enfants…Il faudra être très gentil avec Monelle. Rien n’est plus fragile qu’une jeune fille…Tu ne l’aimes pas, j’en suis sûre, puisque je suis là…Si tu l’aimais, si tu l’aimais vraiment, je disparaîtrais…Je t’ai toujours dit que je vivais pour te rendre heureux. Si tu pouvais être heureux sans moi, je n’aurais plus qu’à m’escamoter. J’ai souvent pensé à ces choses… » Déjà l’idée du suicide est là, en germe, dans la pensée de Sylvia.

JE REPRENDRAI CONFIANCE

Ils se donnent deux mois sans voir la petite Monelle. « Dans deux mois, elle n’y songera plus… » Mais l’absence de la jeune élève rend notre maître impuissant. Il ne peut plus écrire une seule note de musique. Son imagination et sa création se sont taries. Sylvia est consciente de l’étendue du carnage :  « –Moi, je sais qu’elle s’appelle Monelle son obsession, et qu’elle est charmante. » Sylvia prend la décision que son Mari et Monelle se revoient. « – Qu’il revoie Monelle et si cette tristesse qu’il manifeste depuis deux mois ne l’abandonne pas, c’est que je me serai trompée…En ce cas, je reprendrai confiance… »

LE FEU A REPRIS

Favier rentre, transformé. Quelque chose d’important s’est passée. Il a retrouvé l’inspiration. Pendant que sa femme lui parle de douleur et de souffrance. « Moi, aujourd’hui, pour la première fois depuis…depuis longtemps, je me suis senti à nouveau…je ne dirai pas habité, c’est un mot stupide…Mais enfin…le feu a repris…je vais mieux ! Et maintenant, je vais bien t’étonner : la chanson d’amour que je n’ai jamais été fichu d’écrire en huit ans, elle est faite ! Oui, elle est venue en marchant, et dans sa forme définitive. Je ne l’ai pas encore jouée, mais je l’entends déjà : c’est une valse, naturellement ! Et populaire ! Une valse encore sans paroles, forcément, elle vient de naître…C’est merveilleux ! N’est-ce pas ? » Et Favier joue devant Sylvia, en chantant « Les amoureux sont seuls au monde… ». Il lui attribue la paternité de cette phrase. Il l’appellera  La Valse de Sylvia !

UN ETAT D’EXALTATION EXTRAORDINAIRE

La rencontre entre Monelle et Sylvia dans le bar parisien. Monelle lui apprend qu’ils se sont revus. Elle apprend que la valse créée récemment avait pour origine cette rencontre. « On est resté un instant silencieux, puis on est reparti. Il a posé sa main sur mon épaule et il m’a chanté à mi-voix une valse qu’il venait d’imaginer. Il a voulu absolument entrer dans une boîte pour la jouer : il était dans un état d’exaltation extraordinaire. » Sylvia, poignardée en plein cœur, a du mal à retenir son souffle.

Jacky Lavauzelle

  LES PERSONNAGES ET LES INTERPRETATIONS Louis Jouvet joue le compositeur Gérard Favier, Renée Devillers est la femme de Gérard Favier, Dany Robin joue Monelle Picart, la jeune élève découverte par Gérard Favier, Léo Lapara est Ludo, l’ami du couple Favier, Dans la famille Picart : Fernand, le père, joué par Fernand René, Jules, le fils, joué par Philippe Nicaud. Apparitions de Michel Jourdan comme danseur lors de l’épisode du début à la noce, de Micheline Dax pendant le concert et de Nicole Courcel, l’actrice de Rendez-vous de juillet de Jacques Becker tourné l’année suivante en 1949

GAS-OIL de Gilles GRANGIER – L’ODEUR DU CAFE & DE L’ANDOUILLETTE

GILLES GRANGIER
GAS-OIL
1955

Gas-Oil Gille Grangier Artgitato

L’ODEUR DU CAFE ET DE L’ANDOUILLETTE

« Or l’amitié exige que l’on soit au moins deux à l’éprouver et l’on ne saurait donner longtemps la sienne à qui ne vous la rend pas. C’est un échange qui par la même requiert un lieu. Quand je pense à un ami, je ne puis rester dans l’abstraction, j’évoque des situations, donc des cadres » (Antoine Blondin, Ma vie entre des lignes). Le lieu ici est le cœur de la France, près de Montjoie. Le cadre, le cœur des camionneurs.

LE SON DE LA GAZINIERE ET L’ODEUR DE L’ANDOUILLETTE

L’odeur est là. Pas celle du gas-oil et du moteur. L’odeur de l’école, de l’alcool du barbier. L’odeur des casquettes, des bretelles, du cuir des blousons et des grands pardessus, des chaussons à l’arrière retourné, des pyjamas fermés jusqu’au dernier bouton. L’odeur de la cour de récréation. L’odeur de ces repas en daube venue d’un temps ante-cholestérol, celui des sandwichs aux andouillettes, aux civets de lapin et de l’omelette aux lards.

FAUT LA CHATOUILLER POUR AVOIR L’ADDITION

Le son est là. De la cloche qui dit la rentrée aux boutons de la gazinière qui font clac. Le gros bruit du réveil au gros ronronnement du moteur de la Willeme bien ajusté. Les prénoms qui sonnent, c’est l’Ancien, c’est Jojo, Lulu ou Emile, quand ce n’est pas le Gros Robert. Le son des phrases que l’on entend plus : « envoyer la soudure », « faut la chatouiller pour avoir son addition ?», « J’en connais un qui serait bien resté dans les plumes », « La route ça creuse, c’est comme l’amour. Si je vous disais qu’à moi, ça me donne une vraie fringale l’amour. Y en a, aussitôt fini, c’est une cigarette, moi, faut que je mange ». Le son des enfants qui se lèvent quand l’institutrice rentre et du son de sa voix quand elle punit l’enfant qui s’est retourné pendant la dictée, et qui, pour la peine, fera un problème.

LE GROS GENTIL LOUP ET L’AGNEAU ROMANTIQUE

Quand Jeanne se déshabille, elle devient papillon. Et elle papillonne devant son Jean lisant le Loup et l’Agneau. Elle est légère, sort de sa chrysalide, papillonne. Lui, montre ses atours. Lui, plein, lourd, semble être son père. Il souhaite qu’elle vienne chez lui car « on mangerait mieux ». Bien sûr, Jeanne le reprend « ce qui est fou avec toi, c’est ton côté romantique, la poésie. T’es plein de mystère! ». Aujourd’hui, elle n’aurait même pas le temps d’essayer sa nouvelle robe, que l’on suivrait les ébats sur le parquet, dans une symphonie de râle en Rut majeur, la tête de madame dans le lavabo. Non, là, Jean parle de la femme moderne : « Elle est bachelière, elle est indépendante. Mademoiselle est de son époque. Aujourd’hui, elle vote et elle lit la Série Noire ». Et avant de s’endormir, il met le réveil car il sait qu’il « doit prendre des endives avant cinq heures chez Berthier ». Jeanne dans un éclair de lucidité se demande bien avant de se coucher pourquoi elle l’aime. « Parce que je suis beau même dans le noir ».

L’AMITIE PAR TOUS LES VENTS

Les amis sont soudés et prennent le temps de vivre comme de travailler. Le temps d’une sieste au bord de la route, le temps du beaujolais, le temps de s’arrêter à la moindre panne d’un routier. « T’as besoin d’un coup de main ? » Ils sont solidaires. Même le lapin est meilleur entre ami. « Permettez-moi de vous dire que du lièvre comme ça, vous n’en mangerez pas souvent. Faut pas seulement des herbes et des champignons. Il faut aussi de l’amitié. Ce qui compte dans la vie, c’est d’abord l’amitié. – L’amitié ? L’amitié ? L’amitié et le beaujolais, oui ! »

J’IRAIS LES CHERCHER DANS LE CHARBON, DANS LE CAMBOUIS, DANS LA MERDE !

Pour les truands, les petites-frappes, c’est le chef qui compte. « N’oublie pas que c’est toi qui tiens le volant, mais c’est moi qui conduit ». Les autres ne sont rien. « J’étais seule, une impression affreuse ». « Il est vrai qu’Antoine, il est déjà pas mal oublié ». Rien ne compte plus que de gagner de l’argent. Être riche et vite. Peu importe comment. « Ah ! Pourquoi ? Il vous faut du confort ? Cinquante briques, moi je les attendrais à quatre pattes dans la neige. J’irais les chercher dans le charbon, dans le cambouis, dans la merde.  Seulement, j’étais formé par une génération qu’avait le respect de l’osier. Alors, dites-vous bien que je suis aussi pressé que vous et que le camionneur, j’aime mieux ne pas être dans sa peau! »

LE FOND DE NOTRE COEUR

Les truands comme une verrue pleine de pus seront expurgés. L’Ancien sera soigné par un bon coup de gnole et partira se faire soigner dans un camion à bestiaux. L’amitié est là jusqu’au bout. Ils en parlent et au besoin font parler le cœur.

« Je veux que l’on soit homme, et qu’en toute rencontre Le fond de notre cœur dans nos discours se montre, Que ce soit lui qui parle, et que nos sentiments Ne se masquent jamais sous de vains compliments. »  (Molière, Le Misanthrope)

Jacky Lavauzelle

LA DUCHESSE DE LANGEAIS VS NE TOUCHEZ PAS A LA HACHE – L’Energie Balzacienne découpée à la hache de Rivette

BALZAC  &  Jacques RIVETTE

LA DUCHESSE DE LANGEAIS
& NE TOUCHEZ PAS A LA HACHE  (2007)

BALZAC RIVETTE La Duchesse de Langeais Artgitato peinture-ingres-la-grande-odalisque

L’ENERGIE BALZACIENNE
DECAPITEE PAR LA HACHE DE RIVETTE

Ne Touchez pas à la Hache de Rivette reprend le livre de Balzac paru d’abord sous ce titre en 1833 dans l’Echo de la Jeune France.

Comment Rivette a t-il pu faire d’un des plus beaux romans d’amour un film pesant et ennuyeux ?

Essayons de comprendre pourquoi les ingrédients prennent chez Balzac et pourquoi la sauce semble si lourde dans l’autre cas.

  • LA FRAGILITE ET L’INVULNERABILITE

Ce qui marque d’abord dans la Duchesse de Langeais c’est cette impression d’équilibre. La présentation du couvent de l’île de Majorque : «  Les tempêtes de tout genre qui agitèrent les quinze premières années du dix-neuvième siècle se brisèrent donc devant ce rocher…Une rigidité conventuelle que rien n’avait altérée recommandait cet asile dans toutes les mémoires du monde catholique …Nul couvent n’était d’ailleurs plus favorable au détachement complet des choses d’ici-bas exigé par la vie religieuse». « Nous sommes dans le lieu hors d’atteinte, hors du temps, hors des hommes, « ce roc est protégé de toute atteinte »

Ce qui marque d’abord dans le film de Rivette, c’est sa faille, sa fragilité (que l’on retrouve après dans Balzac), son déséquilibre, marqué par la jambe en bois du Général Arnaud de Montriveau (Guillaume Depardieu) ; alors que la voix du chœur pendant la messe le submerge, il sort, claudiquant, le bruit de la jambe sur le dallage, et se remet face à la mer. Je pense que c’est le meilleur moment du film.

  • L’ENERGIE DU CONTRASTE BALZACIEN CONTRE LA SIMILITUDE MOLLE DE RIVETTE

Balzac agrémente son récit d’oppositions et de différences constantes.  Ce sont celles-ci qui dynamisent le récit : « de la femme, il savait tout ; mais de l’amour, il ne savait rien », « A Paris, tous les hommes doivent avoir aimé. Aucune femme n’y veut de ce dont aucune n’a voulu », « Semblable à tous les gens réellement forts, il était doux dans son parler », « Il voyait d’un côté l’enfer des sables, et de l’autre le paradis terrestre de la plus belle oasis qui fut en ces déserts », « Cette velléité de grandeur, cette réalité de petitesse, ses sentiments froids et ces élans chaleureux », « Et se voyant tous égaux par leur faiblesse, ils se crurent tous supérieurs », « Leurs calculs ne se rencontrent jamais, les uns sont la recette et l’autre est la dépense. De là des mœurs diamétralement opposées ». Reprendre la Duchesse de Langeais sans reprendre ces oppositions, c’est ne pas reprendre la vie du texte, c’est un peu l’amoindrir.

Dans le film, les deux acteurs qui jouent la duchesse et le Général se ressemblent. Ils ont l’air frère et sœur. Nous sommes dans le drame bourgeois triste. Ce qui fait la force des personnages balzaciens c’est déjà de les inscrire dans une histoire, pour le Général, celle des guerres napoléoniennes, la Restauration, la disgrâce, le retour en grâce et pour la duchesse, son histoire familiale, celle du faubourg Saint-Germain, de la mode. La rencontre est toute dans ces oppositions. C’est ce qui en fait la force.

Qui est le général ? Comment est-il ? « Il était petit, large de buste, musculeux comme un lion. Quand il marchait, sa pose, sa démarche, le moindre geste trahissait et je ne sais quelle sécurité de force qui imposait et quelque chose de despotique ». Tout le contraire de la duchesse, plongée dans la frénésie de la mode et des bals et de l’apparence. « Elle vivait dans une sorte de fièvre de vanité, de perpétuelle jouissance qui l’étourdissait. Elle allait assez loin en conversation, elle écoutait tout, et se dépravait à la surface du cœur ». « Elle était coquette, aimable, séduisante jusqu’à la fin de la fête, du bal » Comment un tel animal et une beauté coquette, comment cette Belle et cette Bête ont pu tomber amoureux ? Certainement pas comme dans le film de Rivette, avec la discussion sur le canapé et le rendez-vous à son domicile, ce qui n’est pas réellement passionnant. Dans la Belle et la Bête, comme dans Balzac, nous sommes dans l’effroi : « Elle sentit en le voyant une émotion assez semblable à celle de la peur ».

La rencontre pour la duchesse est préparée, anticipée. Dans le film, une rencontre, un récit à l’écart, des séries de rendez-vous, je t’aime mais tu ne m’aimes pas, renversement des rôles…

  • LA STRUCTURE DES TRIANGLES DANS BALZAC

Des triangles structurants de Balzac, un seul est cité au début du film et le cinéaste ne jouera que de celui-ci. Le récit n’a plus de force, ni de présence. Il devient plat.

LE TRIANGLE DIVIN
C’est celui qui est repris chez Rivette : « La religion, l’amour et la musique ne sont-ils pas la triple expression d’un même fait, le besoin d’expansion dont est travaillée toute âme noble ? Ces trois poésies vont toutes à Dieu, qui dénoue toutes les émotions terrestres. Ainsi cette sainte trinité humaine participe-t-elle des grandeurs infinies de Dieu, que nous ne configurons jamais sans l’entourer des feux de l’amour, des sistres d’or de la musique, de lumière et d’harmonie. N’est-il pas le principe et la fin de nos œuvres ? »

LE TRIANGLE SOCIAL
Ce triangle, qui donne du fond à la lecture et du corps aux personnages. « L’art, la science et l’argent forment le triangle social où s’inscrit l’écu du pouvoir, et d’où doit procéder la moderne aristocratie. Un beau théorème vaut un grand nom. Les Rothschild, ces Fugger modernes, sont princes de fait. Un grand artiste est réellement un oligarque, il représente tout un siècle, et devient presque toujours une loi »

LE TRIANGLE MORAL DU GENERAL
«  Quel homme, en quelque rang que le sort l’ait placé, n’a pas senti dans son âme une jouissance indéfinissable, en rencontrant chez une femme qu’il choisit, même rêveusement, pour sienne, les triples perfections morales, physiques et sociales qui lui permettent de toujours voir en elle tous ses souhaits accomplis ? Si ce n’est pas une cause d’amour, cette flatteuse réunion est sans contredit un des plus grands véhicules du sentiment. Sans la vanité, disait un profond moraliste, l’amour est un convalescent. »

LE TRIANGLE DU PARAÎTRE DE LA DUCHESSE

La coquetterie de la mode (« Une coquetterie naturelle »), le jeu de la représentation (« Elle paraissait devoir être la plus délicieuse des maîtresses en déposant son corset et l’attirail de sa représentation » ; « Sans qu’elle n’est eût l’air de jouer » ; « Elle déploya cette chatterie de paroles, cette fine envie de plaire » ; « N’était-ce pas chez une femme de cette nature un délicieux présage d’amusement » ; « La duchesse de Langeais avait reçu de la nature les qualités nécessaires pour jouer les rôles de coquette »  et le bal (« Depuis dix-huit mois, la duchesse de Langeais menait cette vie creuse, exclusivement remplie par le bal, par des triomphes sans objet, par des passions éphémères, nées et mortes pendant une soirée »)

La rencontre se fait sur une base guerrière et stratégique. Sur la base du jeu et du paraître pour la duchesse.

« Il y eût un moment où elle comprit que la créature aimée était la seule dont la beauté, dont l’esprit pussent être universellement reconnus » ; « Un amant est le constant programme de ses perfections personnelles. Madame de Langeais apprit, jeune encore, qu’une femme pouvait se laisser aimer ostensiblement sans être complice de l’amour, sans l’approuver, sans le contenter autrement que par les plus maigres redevances de l’amour, et plus d’une sainte-nitouche lui révéla les moyens de jouer ces dangereuses comédies » Lui, le général, est aussi dans la conquête guerrière, plus naturelle pour lui, quoique « de l’amour, il ne savait rien ». « Cette difficile, cette illustre conquête… Ces niaiseries flattèrent, à son insu, le général… » « J’aurai pour maîtresse madame de Langeais »

La suite, la rencontre, les jeux, les feux et les dangers de l’amour, c’est en reprenant le livre que vous aurez des émotions réelles.

Dans Rivette, j’ai senti l’ennui, la lourdeur, la nuit. Ce que je ressens en reprenant Balzac, c’est ce regard sur la vie, cette analyse dans le temps donc hors du temps, intemporelle et toujours belle. Dire vite ce que la vie met longtemps à nous dire. Chaque page est belle. Et il y a quelque chose dans chaque phrase, dans chaque respiration de la phrase. Il y a une pensée en action, qui regarde, qui analyse, qui structure.

Il faudrait reprendre le cheminement de la voix de la Duchesse dans le couvent et le jeu, toujours le jeu, entre les ombres et les lumières, entre l’intérieur et l’extérieur, entre ce qui s’entend et ce qui se laisse voir, pour devenir certitude. La certitude que c’est elle, bien elle, uniquement elle. « Cette voix, légèrement altérée par un tremblement qui lui donnait toutes les grâces que prête aux filles leur timidité pudique, tranchait sur la masse du chant, comme celle d’une prima donna sur l’harmonie d’un final ». Comment filmer cette impression dite en une phrase : « La musique, passant du majeur au mineur, sut instruire son auditeur de la situation présente ».

« Il n’y a que le dernier amour d’une femme qui satisfasse le premier amour d’un homme »

Jacky Lavauzelle

Letter from an Unknown Woman Max OPHÜLS : JUSTE AU BORD DE LA MEMOIRE (Lettre d’une inconnue 1948 )

MAX OPHÜLS
LETTRE D’UNE INCONNUE
Letter from an Unknown Woman
(1948)

  max ophuls Lettre d'une inconnue 1948

 

JUSTE AU BORD

DE LA MEMOIRE

 Comme pour ce vin de Valpolicella, dans la chaleur de la Vénétie,  ce « premier vignoble en descendant des Alpes », « les italiens le disent si bon avec les  vignes, les racines dans la vallée qui regardent la montagne», Max Ophüls  vendangera la vie d’un être sensible, à fleur de peau. Un être  amoureux éperdument, aveuglément de la montagne Brand. Une vendange dans une fixité ou une accélération vertigineuse du temps au bord du précipice. Dans le monde entier sans pour autant partir de Vienne. Le film s’enfoncera dans les ombres du passé, dans la nuit de Vienne. Une Vienne désertée où erre une âme qui a perdu sa montagne.  La lumière éclatante des premières images de l’enfance laissera, peu à peu, la nuit envahir l’écran et les cœurs.  

Carol Yorke et Joan FontaineStephan Brand (Louis Jourdan) en décachetant la lettre de  Lisa Berndle (Joan Fontaine) se lave le visage. Il ne sait pas encore ce qu’il a fait. Il va découvrir l’étendue du désastre causé par sa frivolité et sa vie débridée. Il fuit. Il fuit devant ses responsabilités comme il fuit le duel qui l’attend à l’aube : «L’honneur est un luxe réservé aux gentlemen…Je sortirai par derrière » Il n’a pas fui que son adversaire, il a  fui la femme qui l’a aimé toute sa vie, qu’il a marqué à jamais une inconnue, il a fui sa vie. Il va bientôt apprendre qu’il vient de tout perdre.  « Quand vous lirez cette lettre, je serai peut-être morte. J’ai tant de choses à vous dire et peut-être si peu de temps…Je dois trouver la force d’écrire. Quand j’écrirai, il apparaîtra peut-être  que ce qui nous est arrivé avait une raison dépassant notre entendement. Si vous recevez cette lettre, vous saurez comment j’ai été à vous, quand vous ne saviez ni qui j’étais, ni même que j’existais. Je crois que nous avons deux naissances, le jour de notre naissance et quand commence notre conscience. Rien n’existe réellement dans mémoire avant ce jour de printemps où je vis une voiture de déménagement devant chez nous. »

Leo B Pessin et Joan Fontaine

Mais Lisa pense encore qu’il n’existe que deux naissances ; elle ignore encore  la troisième naissance, l’ultime naissance.

La première, celle de l’enfance, est un jardin clôturé d’une haute muraille. Des sons, des couleurs, des formes, des odeurs le parcourent. A force de longer cette cloison, nous y découvrons, un jour, une faille, la faille. C’est une ouverture qui bientôt se refermera derrière nous, définitivement. Nous la prenons inconsciemment, comme poussés. Lisa découvre la faille de son jardin d’enfance dans le déménagement de Stephan.  Le jardin est oublié quand, parfois, le chant d’un oiseau ou l’odeur d’une fleur échappée de la muraille nous feront revivre, éternelle madeleine, quelque chose de notre de nos origines.

 A qui peuvent bien appartenir de si jolis objets et de si somptueux mobiliers ? Qui peut jouer du piano aussi divinement ? L’enfance n’existe plus, d’ailleurs Max Ophüls ne la filme pas. Ce qui nous structure fondamentalement dans nos premières années est subitement balayé par quelques notes de piano et de douces dorures sur un meuble. Le temps ne compte plus, c’est l’instant qui est important. Nous sommes vers 1900. Le temps indiqué lui-même est incertain. Qu’importe. Ce n’est pas important. Par contre, le temps de la répétition de musique est attendu. Ce miracle qui illumine l’âme. C’est Le moment de la journée. Celui qui donne son sens à l’attente, à la journée, à la vie. En se balançant dans le jardin, elle tourne la tête rayonnante afin de voir la fenêtre d’où vient la douce mélodie. Il est dans sa musique, dans sa carrière, dans son prochain récital. Elle n’est plus, déjà, qu’à lui. Chaque legato lui coupe le souffle et chaque note appuie sur une zone précédemment vierge de son âme.

Lettre d'une inconnue Max Ophuls 1948 (1)Quand il termine brutalement son morceau, mécontent de lui, elle sursaute de sa balançoire comme si le coup entrait dans la chair. Elle rembarre son amie Marie (Carol Yorke) énervée de ce bruit musical. Cette amie, toujours dans le jardin avec ses jeux d’enfant, parle encore des garçons qui la taquinent à l’école. Peu importe l’âge que cet homme peut bien avoir, pour le moment, « il doit être vieux, je suppose ». Car de cette écoute, qui cristallise déjà l’ensemble des attentes et des désirs,  jaillira un feu d’artifice en découvrant l’inconnu, jeune et beau. Le mur de l’enfance s’est définitivement refermé.

Lettre d'une inconnue Max Ophuls 1948 (5)

Dans l’attente de la première vision, des bruits d’oiseaux envahissent la petite cour. Ces bruits, c’est son âme joyeuse, tellement excitée et survoltée,  qui envahit l’espace environnant ; un espace qui devient mélodieux et rallonge un peu plus le plaisir du piano. Le bonheur ne doit pas s’arrêter là. Un sourire, un merci et un bonjour et la pauvre Lisa est lardée de plaisir. Elle voudrait garder à jamais cette position et tenir pour toujours la poignée de porte entre ses doigts tremblants.

Cette deuxième naissance sera la plus belle et la plus douloureuse. C’est celle de l’attente et de l’espoir. Celle aussi où les déconvenues et les chagrins la marqueront à jamais. Sans jamais perdre patiente, Lisa attendra sous la pluie, dans la neige, son bien aimé. Elle a trouvé son dieu.

Voir son amant deviendra son unique obsession. Préparer ses tenues, repasser, apprendre à danser, apprendre les bonnes manières, connaître la musique et l’histoire des musiciens,  toutes les actions n’auront que ce seul et unique but. Être prête pour le grand jour de la prochaine rencontre. Lisa n’est même pas jalouse des conquêtes de Stephan. 

Elle est déjà au-delà. Presque dans un rêve. Et quand sa mère lui demande continuellement « Où es-tu, Lisa ? » Elle n’est déjà plus dans la pièce depuis ce tout premier jour de la rencontre. « En réalité, je vivais pour ces soirs où vous étiez seul et où je me disais que vous jouiez seulement  pour moi. » La rencontre est des plus intimes, sans la présence des corps. La musique relie les doigts à l’âme et pour Lisa, ce sont  « les heures plus heureuses de (sa) vie ».

Tout se résume à une question : comment faire pour le voir ? Le jeudi, c’est le jour du grand ménage, le jour des tapis. La poussière doit sortir des moindres mailles de la plus petite carpette. Tout le monde s’y met, sauf Stephan, absent pour la journée. Trouver le moyen de rentrer, de pénétrer dans ce paradis de la musique et de l’amour. Le tapis devient la clé d’entrée. Ce tapis enroulé devient magnifique et sublime quand son amie n’y voit qu’un simple tapis lourd et poussiéreux.

A son premier grand départ, celui pour Linz, avec le remariage de sa mère (Mady Christians) avec Monsieur Kastner  (Howard Freeman), ressemble à un véritable coup de tonnerre. Elle se sauve de la gare et revient en courant dans son immeuble, comme asphyxiée, à la dérive. Elle a perdu son oxygène, sa raison de vivre. Elle reste devant sa porte, couchée comme un chien qui attend son maître. Stephan arrive avec une nouvelle conquête. Vaincue, elle partira.
« Il ne me restait rien. J’allai à Linz ».

 

Lettre d'une inconnue

Quand un prétendant de Linz, jeune militaire promis à une grande carrière militaire, lui demande sa main, elle refuse. Elle n’est pas libre. « J’ai seulement dit la vérité. J’ai dit que je n’étais pas libre. »  Lisa a déjà officialisé sa liaison platonique viennoise. Ses rêves sont devenus si forts qu’ils en deviennent réels. « Mes pauvres parents, pour eux c’était la fin, pour moi, c’était un nouveau commencement. » Le retour à Vienne, le retour vers Stephan, « c’était notre ville », la ville hors du temps, la ville de ses rêves et de ses phantasmes. Le retour s’annonce donc lumineux et glorieux, nécessairement.

Mannequin chez Madame Spitzer (Sonja Bryden), elle donnera corps à sa féminité, toujours dans « l’apprentissage » afin de devenir la femme parfaite qui séduira Stephan.  Elle attire les hommes, mais elle se réserve pour le grand jour, elle se réserve pour l’homme de sa vie. Et le grand soir arrive. Seule dans l’attente, dans le froid et la neige. « Je vous ai déjà vue avant. Il y a quelques soirs. » Sa mémoire ne va pas plus loin, mais elle s’en moque. C’est déjà ça. Elle est tellement heureuse de passer ces minutes avec sa divinité.  Il veut se présenter, elle l’arrête. Elle le connaît tellement, si profondément. Depuis le temps. Il se dit que, tôt ou tard, il faudra bien savoir où aller, se donner un but ; mais elle, elle s’en moque. Peu importe le lieu, elle baigne dans l’ivresse de sa présence. Qu’ils soient là ou ailleurs, tant qu’ils sont liés. 

Être à ses côtés, être l’objet de toutes ses attentions. Lisa est au Paradis et elle réalise ses rêves les plus fous. « Je n’arrive jamais où je veux aller » lui lâche-t-il, bateau perdu dans la multitude de ses désirs et de ses amours. Elle, elle sait qu’elle est arrivée au port. Elle compte bien s’y arrimer longtemps. Le plus longtemps possible. Tout est si simple pour elle.  Stephan doit décommander sa soirée, élaborer les mensonges pour une certaine Lili, la femme de sa soirée, reporter un rendez-vous. Il reporte au lendemain, élabore des scénarios quand elle, toujours près de la porte, attend le cœur battant. Le temps déjà, pour elle, s’est arrêté.

Quand il lui demande si elle est libre le lundi, elle lui répond qu’elle n’a aucun rendez-vous prévu. Lui non plus.  Il se confie et devient enfin lui-même. Tout a commencé très vite, « trop vite, peut-être » avouera-t-il.  Il ne s’aime pas vraiment, non plus : « il est plus facile à plaire aux autres qu’à soi-même ». Elle a trouvé sa faille. Il n’a toujours pas trouvé ce qu’il cherchait. Elle a touché le point sensible. « Depuis quand êtes-vous dans mon piano ? Ne dites rien. Vous devez être une sorcière, qui peut se faire toute petite. »

La fleur qu’il lui donne sera, comme Vienne est devenue sa ville, sa fleur. Tout ce qu’il touche ou qu’il donne devient, de facto, sacré. Dans la fête foraine, désertée et froide, elle lui avoue préférer l’hiver, parce qu’  « au printemps il n’y a rien à imaginer ». C’est le manque qui donne de la présence, comme cet amour qui s’est forgé dans l’attente.

Le voyage immobile dans la fête foraine s’arrête bien entendu à Venise, la Sérénissime, capitale des Amoureux, puis en Suisse voir le « Matterhorn », le Cervin. Pour elle, « il n’y a jamais eu de voyages… », pas plus à Vera Cruz qu’à Rio, « pas plus qu’au soleil de minuit». Les villes, elle les connait par les prospectus illustrés de son père, qu’il rapportait de son agence de voyage, et par les programmes musicaux des villes où Stephan jouait.

Les voyages par les publicités, la gare en carton, les figures de cire, voilà ce qui compose l’univers de Lisa. Mais elle est comblée, peu importe si tout cela est factice puisque son amour est réel, authentique. Au contraire, il n’apparaît que plus solide, plus dur dans ce monde improbable. Quand, le soir, son père, mettait son habit de voyage, ils partaient tous, en rêve.  Elle s’étonne encore de tout. Lisa, petite fille de Vienne, n’a toujours pas grandi.

Elle ouvre les yeux devant ce bonheur qu’elle attendait depuis si longtemps. Gravir une montagne comme le Matterhorn ? Pour quoi faire ? « Pourquoi aimez-vous l’alpinisme ? » Pourquoi chercher si haut ce qu’il y a à côté de nous et qui nous tend les mains ? « Sans doute parce qu’il y a toujours une montagne plus haute que les autres ». Comme il y a toujours une dame plus belle que les autres et toujours un cœur solitaire à prendre et à consoler. Tous les pays sont visités ; alors, la machine repart. « Revoyons les décors de notre jeunesse ». Le temps et l’espace se réduisent à un lieu, le wagon, à cet unique point. Le monde tourne autour d’eux. Et le temps ne semble plus avancer. Il s’est arrêté. Lisa, blottie dans le creux de son wagonnet est la plus heureuse du monde. Le temps s’est tellement dilaté qu’ils n’en ont même plus conscience. La danse qui suivra épuisera tous les musiciens. « Comment pourrions-nous danser ainsi, sans avoir jamais dansé avant ». Ils tournent dans la félicité. Ils sont dans leur monde et, donc, en dehors du monde.

Pour que cet état dure encore, qu’il ne s’agisse pas que d’un rêve, il lui fera promettre de ne pas disparaître. Elle se colle contre le piano et le regarde tendrement. Elle se couche aux pieds du piano, comme elle se couchait devant sa porte. Elle regarde ses doigts parcourir à toute vitesse le clavier. Elle est heureuse.

Elle aura sa revanche. La femme qui monte les escaliers avec Stephan, c’est elle, enfin elle. Oubliées les autres.  Il n’y a plus qu’elle. Elle est Sa femme qui va bientôt s’abandonner dans ses bras.  Le mouvement de la caméra fait la même rotation au-dessus de l’escalier, comme avant quand elle l’attendait, cachée dans le couloir, pour  observer les différentes dames.

Le départ de Stephan pour un spectacle à la Scala de Milan est annoncé et l’absence ne durera  que  deux semaines. Ce ne sera pas long. Pour elle, c’est d’une éternité qu’il s’agit. Un espace infini.  « Je serai là à votre retour » lui lâche-t-elle sur le quai. C’est entendu, où pourrait-elle aller et que pourrait-elle faire sans lui. Sinon attendre son retour et compter les secondes qui les séparent. Elle ne parle plus que dans le souffle, le nom répété de Stephan s’étouffe dans sa gorge et comme si l’air venait à manquer.

Deux semaines ! Stephan lui crie sur le quai, deux semaines ! Elle le sait déjà : « ce train vous faisait sortir de ma vie ! »  Viendront la nouvelle solitude et l’espoir. Viendra l’accouchement d’un petit garçon. « Je voulais être une femme qui ne vous ait rien demandé ». Elle ne veut que donner. Donner son temps, son corps et son cœur, sa vie.

Pour faire vivre son fils, elle se marie avec  Johann Stauffer (Marcel Journet). Mais neuf années s’écoulent entre la naissance et le mariage. Pas une image, quelques photos de l’enfant que Stephan regarde à la loupe, à la fin du film. Le temps sans Stephan ne compte plus, ne vaut rien. Pas un seul plan, pas un seul raccourci. Comme si le temps repartait le jour du bal, où les deux amants se rencontrent à nouveau.  « Je le sais maintenant, rien n’arrive par hasard. Chaque instant est mesuré et chaque pas est compté »

« Je vous ai vue quelque part, je le sais. Je vous ai observée dans votre loge.» Il ne l’a pas oubliée totalement. Mais dans la somme de ses conquêtes, qui est-elle ? Dans quel concert ? A Vienne ? Il y a si longtemps. Il sait qu’elle peut l’aider. Il cherche, il fait défiler les visages, ceux qui sont « juste au bord de la mémoire. » Elle ne le laisse pas indifférent. Il sait qu’elle est différente des autres, « Qui êtes-vous ? » Il sait qu’elle est importante pour lui, mais en guise d’aide, il la remet en danger dans son couple. «Vous avez une volonté, LisaVous pouvez faire ce qui est juste ou détruire votre vie» lui prévient son mari. Mais Lisa n’a pas de volonté quand il s’agit de Stephan, elle est à lui comme la balle est au fusil. « Je n’ai de volonté que la sienne ! » lui répondra-t-elle.

Quand son fils doit partir, il prend la même gare que Stephan et doit, lui aussi, partir pour deux semaines. Comme elle a perdu Stephan, elle perdra son fils. Celui-ci mourra d’une épidémie de typhus, pour avoir pris, par erreur, un wagon en quarantaine à cause de cette infection. La boucle du temps se referme. « Deux semaines, deux semaines », lui crie son fils. Comme Stephan dix ans plus tôt.  En se retournant, les grilles de la gare semblent l’emprisonner dans son destin, ou l’empaler dans sa peine.

Elle revient dans le même café et rachète les mêmes fleurs blanches. Comme un rituel. Le temps dans sa boucle s’arrêtera-t-il à nouveau. En reprenant les fils, ses pas la conduiront à lui. Il suffit d’y croire et de fermer les yeux. De rentrer dans le flux et se laisser bercer par les vagues. Le corps reviendra sur la plage et le bateau retrouvera son port. Quand elle rentre dans l’appartement de Stephan, la porte grince. Toujours le même grincement, le même que le premier jour ; ce jour où elle est entrée, seule, pour découvrir l’appartement. Rien de plus rassurant. Et l’émotion la saisie quand elle retrouve, d’un coup, toutes les odeurs et les bruits d’avant, quand elle peut toucher à nouveau le piano.

« Vous êtes ici, et le temps pour moi vient de s’arrêter » et c’est Stephan qui parle. La boucle du temps vient de les reprendre ; ils sont synchros. Ils sortent du temps, tous les deux. Une statue grecque que Lisa regarde fait dire à Stephan que « les Grecs vénéraient un dieu inconnu en espérant sa venue. Le mien est une déesse. ..Pendant des années, je ne me réveillais pas sans me dire : ‘peut-être aujourd’hui, ma vie commencera vraimentParfois cela semblait si proche. Je suis plus âgé et je comprends mieux »  Mais il ne comprend pas que la solution est à ses côtés. Il est encore à la limite. Il est à deux doigts de résoudre le problème qui le mine. Et Lisa attend, son souffle pousse comme pour lui donner la solution. Mais rien ne vient. Désespérément.  Et c’est toujours elle qui, mal à l’aise, change de sujet, détourne la conversation. La révélation est reportée. Sans cesse. Lui, voit la beauté de la femme qui lui fait face, sa robe magnifique.

Les mots vont sortir. Elle n’en peut plus. Il faut qu’ils sortent. « Je suis venue ici pour vous dire…de nous ! » « Nous ne pouvons pas être sérieux si tôt.» Les mots ne sortiront pas, ni ce soir, ni jamais. Ils n’ont jamais été si près. La limite de la limite.  Et la question du voyage reprend : « Vous voyagez beaucoup ? » La musique mélodieuse devient inquiétante. Le temps vient de se réenclencher. La boucle est repartie comme dans un manège infernal. Elle sait que tout est perdu. Définitivement. Quand il assure qu’il « a pensé à elle toute la journée », elle n’en peut plus, elle qui pense à lui depuis tant d’années, nuit et jour.  Ses yeux se referment. Elle a mal, mais lui continue sans se rendre compte du désastre. « Vous vous sentez seule ? » Toutes les questions sont autant de poignards qui plongent dans son cœur et son ventre. Il l’assassine à petit feu.

« J’étais venue vous parler de vous. Vous offrir toute ma vie. Vous ne me reconnaissiez même pas » écrira-t-elle.  Les fleurs posées sur la table, resteront là. Mortes. « Je ne sais plus où je suis allée. Le temps est passé devant moi. Ni en heures, ni en jours, mais dans la distance entre nous» Le temps s’est accéléré qui emporte son amour, son fils et sa vie. Son fils meurt sans savoir qu’elle était là. Mais seul son corps était là. Elle n’était déjà plus de son monde. Elle avait lâchée prise. La partie était finie. … « Si vous aviez reconnu ce qui vous avez toujours appartenu ? Trouvé ce qui n’était jamais perdu. Si seulement… »

Stephan a compris. Enfin. Le valet de Stephan, John (Art Smith), muet, regarde, fidèle, ce maître aveugle à l’amour qui s’offre à lui. John pourrait dire tant de choses.  Il est la bonne conscience muette de son maître. C’est lui qui écrira le nom de Lisa à son maître. La limite vient d’être dépassée. Mais l’histoire ne se terminera que dans l’au-delà.

La troisième naissance viendra par la mort de Lisa. Elle prendra vie dans l’esprit de Stephan. En se retournant, au petit matin du duel qui l’emporte vers une mort certaine, il voit la jeune Lisa, comme au premier jour. Souriante et timide, lui tenant la porte, se cachant presque derrière. Il sourit. Il sait que maintenant il va la retrouver, que maintenant il la comprend. Il sait que Lisa est l’amour de sa vie. « Nous ne possédons éternellement que ce que nous avons perdu » (Ibsen) Stephan part vers sa mort, mais désormais il sait qu’il ne lui manque rien.

 

Jacky Lavauzelle

Lettre d’une Inconnue Max Ophuls
Letter from an unknown woman Ophuls

 

HATUFIM : LUMIERES INTERDITES !

HATUFIM

חטופים

 HATUFIM Série TV







 

 

 

LUMIERES INTERDITES !

Dans Hatufim,חטופים, les kidnappés, tous les personnages se retrouvent prisonniers de quelque chose ou de quelqu’un, prisonnier des terroristes, d’un rôle, prisonnier d’une image, ou d’une faiblesse. Chacun essaie de vivre avec, au mieux, dans un pays lui aussi prisonnier, entre fils barbelés et psychose de l’autre. L’autre c’est aussi le fils, le frère ou la fille, la famille proche. Cette famille que l’on ne reconnaît plus. Ces enfants, ces conjoints qui vivent à nos côtés et que l’on ne reconnait plus. Tous prisonniers, comme dans cette chambre fermée et sombre, à Francfort, ou à travers un long couloir, se joue la libération des otages dans les premières images du premier épisode. Le couloir sera long et sombre. La libération sera-t-elle au bout du tunnel ? Quelle libération ?

Nous retrouvons les deux rescapés d’un kidnapping qui a duré dix-sept ans et le cercueil du troisième, à leur arrivée à Tel-Aviv.



Les trois captifs (שבוי)

Yoram Toledano HATUFIM Nimrod Klein

Nimrod Klein (נמרוד קליין) joué par Yoram Toledano ( יורם טולדנו). Il est l’un des deux rescapés. Le plus fort dans sa tête, celui qui a soutenu dans les moments les plus difficiles, Uri. C’est le meneur du groupe qui sera tenté par une carrière politique. Hanté par les cauchemars, il n’arrive plus à dormir sans donner des coups à sa femme Talia, totalement meurtrie. La mort d’Amiel le hante, comme elle obsède Uri.

Uri Zach (אורי זך) joué par Ishai Golan (ישי גולן). Le plus fragile des deux rescapés. Il sait que sa femme, Nurit,  s’est remariée avec son frère, Yaki. Il a appris la nouvelle lors de sa captivité. Il en a pleuré pendant quinze jours. A son retour, il cherche à savoir si elle est encore amoureuse de lui.



Ishai Golan HATUFIM Uri Zach

« Serais-tu prête à le quitter pour moi ? » Devant le silence de Nurit, il comprend que c’est fini. « Tu as fait ton choix. Trop de temps s’est écouléRentre donc, il n’y a ici plus rien pour toi ! Celui que tu as aimé avant, n’existe plus, il est mort, il est mort il a déjà si longtemps.» Il succombera bientôt à la belle Iris, l’espionne envoyée par le docteur Haim Cohen, qu’ilrencontrera au cimetière où est enterrée sa mère. Cette mère qui, elle,ne l’a jamais oublié en lui écrivant de longues lettres jusque sur le lit de l’hôpital, jusqu’à son dernier souffle.





Assi Cohen HATUFIM Amiel Ben-Horin

 

C’est enfin cette mère qui lui demande de ne pas avoir de haine, de rancœur et de jalousie contre son frère et contre Nurit : «Si jamais je ne suis pas là, quand tu reviendras, ne leur en veux pas. Elle était si désespérée qu’elle restait toujours avec nous. Tu dois leur pardonner. C’est ta mère qui te parle et qui te le demande. Comprends que ça été compliqué pour eux aussi

Tu as déjà perdu trop de temps, pour en perdre encore à haïr.»

  Amiel Ben-Horin (עמיאל בן-חורין) joué par Assi Cohen  (אסי כהן). Mort pendant sa captivité, il hante à présent la maison de sa sœur, Yael. Il a été frappé par Nimrod et Uri, eux-mêmes contraints par les ravisseurs.



La famille KLEIN (קליין)     

Yael Abecassis HATUFIM Talia Klein

Talia Klein (טליה קליין), l’épouse jouée par Yael Abecassis (יעל אבקסיס),  l’épouse qui a attendu dix-sept ans et combattu pendant toutes ses années au travers des médias et de différents collectifs pour sa libération. C’est la Sainte, la Femme idéale dans tout le pays, celle qui n’a « pas arrêté de se battre pour qu’on ramène son mari, on la voyait tout le temps à la télé, dans les journaux. » Mais elle n’a donc jamais eu le droit de vivre sa vie pendant ces dix-sept ans, comme elle le dira à Nurit. « Nous devions attendre et nous battre ! Nous ne devions pas renoncer ainsi !  Moi, tous les jours, je me suis battue ! Toute seule !» Sa famille est disloquée. Chacun fait sa vie, mange quand il le souhaite, sa fille cherche désespérément un père de substitution par le sexe, et son fils a du mal à gérer la glorieuse résistance et renommée de son père.

Yael Eitan HATUFIM Dana Klein

Dana Klein (דנה קליין), la fille, jouée par Yael Eitan (יעל איתן). Elle cherche des hommes beaucoup plus âgés qu’elle. Elle est envoyée par sa mère chez un psychologue, le docteur  Samuel Ostrovsky (ד »ר שמואל אוסטרובסקי), joué par dalik Velinitz (דליק ווליניץ), qu’elle cherche, par tous les moyens, à séduire. La vie est un jeu pour elle. Elle ne supporte pas le rôle de Sainte qu’a sa mère. Elle est prisonnière de son désir incontrôlable et collectionne les aventures d’un jour.

Hatzav (חצב קליין) le fils, joué par Guy Selnik (גיא סלניק). Hatzav ne peut plus gérer l’image idéal d’un fils de héro. Il joue, ou plutôt cache son mal-être. Il essaie de donner à sa famille et à ses amis, l’image d’un homme responsable, souhaitant intégrer une unité prestigieuse dans l’armée israélienne.



La famille ZACH (זך)

Mili Avital HATUFIM Nurit Halevi-Zach

Nurit Halevi-Zach (נורית הלוי-זך), jouée par  Mili Avital (מילי אביטל), l’ancienne épouse d’Uri, qui a épousé le frère, Yaakov, ‘yaki’. Elle est détestée dans tout le pays. Contrairement à Talia, la sainte, elle est l’infidèle qui n’a pas su maîtriser ses désirs. Elle se culpabilise elle-même. Les autres la traite de dévergondée, de « salope » ou de « pute », « une fois qu’il est plus là, elle se marie avec son frère, elle s’en fout ! Un mois, allez ! Au suivant !» C’est l’ « autre », la honte du pays. Elle voulait vivre, ne pas se laisser mourir, survivre, surpasser sa peine. « Tu m’en veux donc d’avoir voulu vivre ? » dira-t-elle à Talia.

Mickey Leon HATUFIM Yaakov ‘Yaki’ Zach



Yaakov « Yaki » (יקי) Zach (יעקב (יקי) זך), jaloux depuis toujours de son frère. Il a épousé Nurit. Ils ont eu ensemble un fils, Assaf. Yaakov est joué par Mickey Leon   (מיקי לאון). Ce frère immoral qui souhaitait que son frère ne revienne pas de sa captivité tellement il désirait Nurit. Il s’en excuse en pleurant auprès de son frère. « Je priais les nuits afin que tu ne reviennes pas. Mais aussi, je m’en voulais d’être ainsi, sans cœur. Uri, ne me la reprends pas ! Avec mon fils, Assaf, c’est ce que j’ai de plus beau. Ne me la reprends pas ! »

Shmuel Shilo HATUFIM Joseph (Yoske) Zach

Joseph (Yoske) Zach, (יוסף ( יוסק’ה) זך), le père âgé de Uri et de Yaki, joué par Shmuel Shilo (שמוליק שילה). Malheureux d’avoir perdu trop tôt son épouse, qui n’a pas pu avoir la joie de revoir encore une fois son fils Uri. C’est le fils préféré de Joseph. Il en veut toujours à Yaki de lui avoir ‘volé’ une partie de la vie de son frère.



Autour de la famille BEN-HORIN (בן-חורין)

Adi Ezroni HATUFIM Yael Ben-Horin

La soeur, Yael Ben-Horin (יעל בן-חורין), jouée par Adi Ezroni (עדי עזרוני), hantée par ce frère, Amiel, mort pendant sa détention. Elle n’arrive pas à faire le deuil. Amiel est là, toujours présent, pesant sur la conscience de Yael. Elle cherche à voir le corps de son frère mort, juste l’embrasser une dernière fois, « je veux le voir et le prendre dans mes bras et lui dire combien je l’ai attendu durant toutes ces années, je veux lui expliquer que depuis qu’il a été capturé, c’est tout ce que nous avons pu faire, l’attendre, c’est tout ce que nous avons réussi à faire ». A voir le corps, mais à oublier l’âme qui la hante dans la maison, « tu n’existes pas ! Arrête ! Je viens de t’enterrer ! Arrête de me parler ! Qu’est-ce que je fais là ? Tu n’existes pas !». Elle ne sait plus si elle est folle, si elle commence à perdre la raison. Elle ne peut pas le prendre dans ses bras, « le sentir ». Entre le désir de ne pas oublier son frère et de recommencer une vie nouvelle.




Nevo HATUFIM Ilan Feldman

Le contact des familles, Ilan Feldman (אילן פלדמן), joué par Nevo Kimchi (נבו קמחי). Il tombe amoureux de Yaël, sans vivre avec elle. Il est l’homme des messages, l’homme à côté. Celui qui ne rentre pas dans les familles. Celui qui console. Il attend que Yael lui ouvre les portes, afin de combler sa solitude.
La sécurité de l’Etat  

Sandy Bar HATUFIM Iris




Iris (איריס), la belle espionne originaire de Beit Hakerem, au sud-ouest de Jérusalem, qui séduit Uri afin de pouvoir l’approcher et récupérer des informations. Iris est jouée par Sandy Bar (סנדי בר). Elle se retrouve piégée par son devoir et critique rapidement les méthodes utilisées par le docteur Haim Cohen.
Elle aborde Uri en pleurs dans le cimetière.  Elle rentre en osmose, en lui montrant ses failles : « T’inquiète pas je suis aussi larguée que toi. Je ne lis pas la presse, je ne regarde pas les infos à la télé et je suis plus sereine. Tout ça me déprimait. Moins on en sait et mieux c’est ! »

Gal Zaid HATUFIM docteur Haim Cohen

Le psychiatre militaire, le docteur Haim Cohen (ד »ר חיים כהן), qui examine les deux kidnappés survivants et qui, suite à de nombreuses contradictions lors du débriefing a rapidement un doute sur les deux rescapés. « Je n’arrive même pas à imaginer ce que vous avez vécu. » Il est joué par Gal Zaid (גל זייד). Derrière une voix douce et posée, il cache une détermination sans faille. « Notre expérience, avec d’autres  prisonniers ayant vécu une captivité moins traumatisante,  a montré que ce qui les fait tenir, c’est l’espoir. La perspective du retour, l’idée de retrouver  leurs proches.» Il est prisonnier dans sa phobie du risque. Il est obsédé par le mensonge. Il veut connaître la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Mais n’y a-t-il qu’une vérité ? Résister pendant dix-sept ans de torture n’est sûrement pas humain. Ils ont dû livrer des secrets, forcément. « J’imagine que pour survivre, mentir finit par devenir une seconde nature. Non ? … Vous me cachez quelque chose !» Alors, pourquoi ne mentiraient-ils pas à présent ?
Pour le docteur Cohen, « il est vital pour la sécurité du pays que nous sachions ce qui s’est passé, qui vous a interrogés là-bas, ce qu’il voulait savoir au juste ! »




Chacun sort de sa nuit et rentre dans un long tunnel. La lumière n’est pas encore visible au bout. Il faut donc avancer, continuer tout droit.

Jacky Lavauzelle

 Série israélienne de Gideon Raff