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LE DESIR DE GLOIRE (1825) ALEXANDRE POUCHKINE POEME – ЖЕЛАНИЕ СЛАВЫ

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ALEXANDRE POUCHKINE POEME

*
1825
 

Alexandre Pouchkine
русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe

poemes-de-alexandre-pouchkine-artgitatopushkin-alexander

ALEXANDRE POUCHKINE  1825
pushkin poems
стихотворение  – Poésie
 Пушкин 

 

 

POUCHKINE – Пу́шкин
Алекса́ндр Серге́евич Пу́шкин
1799-1837

[создатель современного русского литературного языка]

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

 

LA POESIE DE POUCHKINE

СТИХИ АЛЕКСАНДРА СЕРГЕЕВИЧА ПУШКИНА
Пушкин 


ЖЕЛАНИЕ СЛАВЫ
1825

****


LE DESIR DE GLOIRE
****

 

Когда, любовию и негой упоенный,
Quand, enivré d’amour et de bonheur,
Безмолвно пред тобой коленопреклоненный,
À genoux devant toi, silencieux,
Я на тебя глядел и думал: ты моя, —
Je te regardais et pensais : tu es mienne –
Ты знаешь, милая, желал ли славы я;
Tu sais, mon aimée, comme à la gloire j’étais indifférent ;
Ты знаешь: удален от ветреного света,
Tu sais : loin des artifices je me trouvais,
Скучая суетным прозванием поэта,
La vanité habitait le nom même de poète,
Устав от долгих бурь, я вовсе не внимал
Fatigué de trop de tempêtes, je n’écoutais
 Жужжанью дальному упреков и похвал.
Ni les reproches ni les louanges.

 

 Могли ль меня молвы тревожить приговоры,
Devais-je m’alarmer de ces inquiétantes rumeurs
Когда, склонив ко мне томительные взоры
Quand, sur moi se posèrent tes yeux fatigués
 И руку на главу мне тихо наложив,
Et quand délicatement glissant ta main sur ma tête,
Шептала ты: скажи, ты любишь, ты счастлив?
Tu chuchotas : dis-moi que tu m’aimes, es-tu heureux ?
Другую, как меня, скажи, любить не будешь?
D’autres, comme moi, dis-moi, as-tu aimé ?
Ты никогда, мой друг, меня не позабудешь?
Toi, mon ami, m’oublieras-tu ?
А я стесненное молчание хранил,
Et j’ai gardé le silence, gêné,
Я наслаждением весь полон был, я мнил,
j’appréciais cette plénitude, je me figurais
Что нет грядущего, что грозный день разлуки
Qu’il n’y avait pas d’avenir, que ce jour de la terrible séparation
Не придет никогда… И что же? Слезы, муки,
Ne viendrait jamais … Eh quoi ? Les larmes, la douleur,
Измены, клевета, всё на главу мою
La trahison, la calomnie, que tout sur ma tête
  Обрушилося вдруг… Что я, где я? Стою,
S’abatte d’un coup … Qui suis-je ? où suis-je ? Debout,
Как путник, молнией постигнутый в пустыне,
Je voyage à travers la foudre dans le désert ,
И все передо мной затмилося! И ныне
Et devant moi tout s’éclipse ! et maintenant
Я новым для меня желанием томим:
Je suis à nouveau tourmenté par un désir :
Желаю славы я, чтоб именем моим
Je veux la gloire, que mon nom
Твой слух был поражен всечасно, чтоб ты мною
A ton oreille te caresse, je veux
Окружена была, чтоб громкою молвою
T’inonder, que cette forte rumeur
 Все, все вокруг тебя звучало обо мне,
Tout autour de toi t’assaille,
Чтоб, гласу верному внимая в тишине,
Alors tu écouteras ma voix fidèle
Ты помнила мои последние моленья
Qui te rappelleras mon dernier vœu
   В саду, во тьме ночной, в минуту разлученья.
Dans le jardin, dans l’obscurité de la nuit, au moment de notre séparation.

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POUCHKINE
 1825  

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LES JUGEMENTS DE Tolstoï
SUR LES POEMES DE POUCHKINE

Ayons donc pleine confiance dans le jugement du comte Tolstoï sur les poèmes de Pouchkine, son compatriote ! Croyons-le, encore, quand il nous parle d’écrivains allemands, anglais, et scandinaves : il a les mêmes droits que nous à se tromper sur eux. Mais ne nous trompons pas avec lui sur des œuvres françaises dont le vrai sens, forcément, lui échappe, comme il échappera toujours à quiconque n’a pas, dès l’enfance, l’habitude de penser et de sentir en français ! Je ne connais rien de plus ridicule que l’admiration des jeunes esthètes anglais ou allemands pour tel poète français. Verlaine, par exemple, ou Villiers de l’Isle-Adam. Ces poètes ne peuvent être compris qu’en France, et ceux qui les admirent à l’étranger les admirent sans pouvoir les comprendre. Mais il ne résulte pas de là, comme le croit le comte Tolstoï, qu’ils soient absolument incompréhensibles. Ils ne le sont que pour lui, comme pour nous Lermontof et Pouchkine. Ce sont des artistes : la valeur artistique de leurs œuvres résulte de l’harmonie de la forme et du fond : et si lettré que soit un lecteur russe, si parfaite que soit sa connaissance de la langue française, la forme de cette langue lui échappe toujours.

Léon Tolstoï
Qu’est-ce que l’art ?
Traduction par T. de Wyzewa.
 Perrin, 1918
pp. i-XII

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ALEXANDRE POUCHKINE POEME

 LE DESIR DE GLOIRE
1825
Пушкин 

AJOURNEMENT POEME DE FERNANDO PESSOA (ÁLVARO DE CAMPOS – 1928) ADIAMENTO

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Poème de Fernando Pessoa





Traduction – Texte Bilingue
tradução – texto bilíngüe

Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE PORTUGAISE
POESIE PORTUGAISE

Literatura Português

FERNANDO PESSOA
1888-1935

ÁLVARO DE CAMPOS
( heterónimo – hétéronyme)
Tavira ou Lisboa, 13 ou 15 de Outubro de 1890 — 1935
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Fernando Pesso Literatura Português Poesia e Prosa Poésie et Prose Artgitato

 





Poesia de Fernando Pessoa




ADIAMENTO
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AJOURNEMENT

 

14 de abril de 1928
14 avril 1928
Primeira publicação in Solução Editora, nº1. Lisboa 1929
Première Publication 1929

*****

Depois de amanhã, sim, só depois de amanhã…
Après-demain, oui, juste après-demain …
 Levarei amanhã a pensar em depois de amanhã,
Je vais prendre tout demain rien que pour penser à après-demain,
E assim será possível; mas hoje não…
Et là ce sera possible ; mais pas aujourd’hui …
Não, hoje nada; hoje não posso.
Non, rien aujourd’hui ; aujourd’hui, je ne peux pas.
  A persistência confusa da minha subjetividade objetiva,
La persistance confus de ma subjectivité objective,
  O sono da minha vida real, intercalado,
Le sommeil de ma vie réelle, intercalé,
O cansaço antecipado e infinito,
Une précoce et infinie fatigue,
Um cansaço de mundos para apanhar um elétrico…
Une fatigue démesurée pour attraper un tramway…
Esta espécie de alma…
Ce genre d’âme …
Só depois de amanhã…
Seulement après-demain …
  Hoje quero preparar-me,
Aujourd’hui, je veux me préparer,
Quero preparar-rne para pensar amanhã no dia seguinte…
Je veux me préparer pour demain pour que je puisse penser à son lendemain …
 Ele é que é decisivo.
C’est ce dernier qui est décisif.
 Tenho já o plano traçado; mas não, hoje não traço planos…
J’ai déjà un plan ; mais aujourd’hui aucune trace des plans …
 Amanhã é o dia dos planos.
Demain sera le jour des plans.





Amanhã sentar-me-ei à secretária para conquistar o mundo;
Demain, je siégerai devant mon bureau pour conquérir le monde ;
 
Mas só conquistarei o mundo depois de amanhã…
Mais seulement je conquerrai le monde après-demain …
Tenho vontade de chorar, 
Je veux pleurer,
  Tenho vontade de chorar muito de repente, de dentro…
Cette envie de pleurer me prend soudainement, de l’intérieur…
 Não, não queiram saber mais nada, é segredo, não digo.
Non, vous n’en saurez pas plus, c’est un secret, je n’en parlerai pas.
 Só depois de amanhã…
Seulement après-demain …
Quando era criança o circo de domingo divertia-rne toda a semana.
Comme enfant, le cirque du dimanche pour toute la semaine m’amusait.
Hoje só me diverte o circo de domingo de toda a semana da minha infância…
Aujourd’hui, seul me divertit le cirque du dimanche de toute la semaine de mon enfance …





Depois de amanhã serei outro,
Après-demain, je serai un autre,
A minha vida triunfar-se-á,
Ma propre vie d’elle-même triomphera,
Todas as minhas qualidades reais de inteligente, lido e prático
Toutes mes vraies qualités d’intelligence, de savoir et de pratique
  Serão convocadas por um edital…
Seront convoquées par un édit…
  Mas por um edital de amanhã…
Mais par un édit de demain …
Hoje quero dormir, redigirei amanhã…
Aujourd’hui, je veux dormir, demain je rédigerai …
Por hoje, qual é o espetáculo que me repetiria a infância?
Aujourd’hui, quel spectacle pourrait me renvoyer dans l’enfance ?
Mesmo para eu comprar os bilhetes amanhã,
Même pour m’acheter des billets, ce sera demain,
  Que depois de amanhã é que está bem o espetáculo…
Car c’est après-demain que le spectacle aura lieu…

 Fernando Pessoa et Costa Brochado
Café Martinho da Arcada
6 juin 1914

*

 




Antes, não…
Avant, non …
 Depois de amanhã terei a pose pública que amanhã estudarei.
Après demain, j’aurai la pose publique que je n’étudierai que demain.
Depois de amanhã serei finalmente o que hoje não posso nunca ser.
Après-demain, enfin je serai ce que maintenant ne peut pas être.
 Só depois de amanhã…
Seulement après-demain …







 Tenho sono como o frio de um cão vadio.
J’ai sommeil à présent comme le froid tombe sur un chien errant.
Tenho muito sono.
Je suis très fatigué.
Amanhã te direi as palavras, ou depois de amanhã…
Demain, je dirai les mots… ou après-demain …
  Sim, talvez só depois de amanhã…
Oui, peut-être seulement après-demain …

O porvir…
L’avenir…
Sim, o porvir…
Oui, l’avenir…









 


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ÁLVARO DE CAMPOS

 

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ADDIAMENTO
AJOURNEMENT

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FERNANDO PESSOA
POESIA

UNE PERTE D’AMOUR – SONNET DE SHAKESPEARE XLII – 42 – That thou hast her it is not all my grief

SONNET de SHAKESPEARE
THE SONNETS
THE SONNETS – LES SONNETS

Illustration du Phénix par Friedrich Justin Bertuch
*


WILLIAM SHAKESPEARE
[1564 – 1616]

Traduction JACKY LAVAUZELLE




**

SONNET 42

The Sonnets SHAKESPEARE
Les Sonnets de SHAKESPEARE
That thou hast her it is not all my grief

UNE PERTE D’AMOUR
*****

1598 

**

*

That thou hast her it is not all my grief,
Que tu l’aies, là n’est pas ma peine,
 
And yet it may be said I loved her dearly;
Et pourtant, on peut dire que profondément je l’aimais ;
That she hath thee is of my wailing chief,
Que tu sois à elle, voilà où réside ma souffrance,
 A loss in love that touches me more nearly.
Voilà une perte d’amour qui me touche de plus près.
*
 Loving offenders thus I will excuse ye:
Ainsi je vous pardonne, offenseurs aimés :
 Thou dost love her, because thou know’st I love her;
Tu l’aimes, parce que tu sais que je l’aime ;
And for my sake even so doth she abuse me,
Et pour mon bien elle m’abuse,
Suffering my friend for my sake to approve her.
Et parce qu’elle m’abuse mon ami l’apprécie encore plus.
 

*




*

 If I lose thee, my loss is my love’s gain,
Si je te perds, ma perte est un gain pour mon aimée,
And losing her, my friend hath found that loss;
Et la perdant, c’est mon ami qui retrouve cette perte ;
Both find each other, and I lose both twain,
Les deux se retrouvent, et les deux je perds,

*

 And both for my sake lay on me this cross:
Et tous deux me livrent cette croix :
But here’s the joy; my friend and I are one;
Mais voici ma joie : Mon ami et moi sommes un ;
    Sweet flattery! then she loves but me alone.
Suave flatterie ! Alors elle n’aime que moi.




 

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SHAKESPEARE SONNET 42

LES SONNETS DE SHAKESPEARE THE SONNETS

LE PLAISIR DEVENU DOULEUR – EMILY DICKINSON (1874) – WONDER IS NOT PRECISLY KNOWING

POEME D’EMILY DICKINSON
LITTERATURE AMERICAINE

*******

 

EMILY DICKINSON
December 10, 1830 – May 15, 1886
10 décembre 1830 – 15 mai 1886
Amherst, Massachusetts




Traduction – Translation

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

French and English text
texte bilingue français-anglais

WONDER IS NOT PRECISLY KNOWING

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LE PLAISIR DEVENU DOULEUR

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1874

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Wonder — is not precisely Knowing
L’Etonnement- n’est pas précisément la Connaissance
 
And not precisely Knowing not —
Ni précisément l’Ignorance –
A beautiful but bleak condition
Mais une condition belle et ténébreuse
  He has not lived who has not felt —
N’a pas vécu qui n’a pas ressenti ça –

 




Suspense — is his maturer Sister —
Le Suspens – son Frère mature –
Whether Adult Delight is Pain
Soit le Plaisir Adulte devient Douleur
  Or of itself a new misgiving —
Soit de lui-même devient un nouveau souci –
 This is the Gnat that mangles men —
C’est le Moucheron qui mutile les hommes –

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POEME D’EMILY DICKINSON

DE RAGE ET DE MEPRIS – HEINRICH HEINE – LE LIVRE DES CHANTS V – Die Nacht ist feucht und stürmisch

LE LIVRE DES CHANTS
LITTERATURE ALLEMANDE






Christian Johann Heinrich Heine




*

Die Nacht ist feucht und stürmisch,
Nuit humide et orageuse,
 
Der Himmel sternenleer;
Un ciel vide d’étoiles ;
Im Wald, unter rauschenden Bäumen,
Sous les arbres bruissants de la fôret
  Wandle ich schweigend einher.
Je marche en silence.

*

Es flimmert fern ein Lichtchen
Une faible lumière scintille
Aus dem einsamen Jägerhaus’;
De la solitaire maison du garde ;
Es soll mich nicht hin verlocken,
Elle ne m’attire pas
Dort sieht es verdrießlich aus.
Il y règne un air morose.

*

Die blinde Großmutter sitzt ja
La grand-mère aveugle est assise
Im ledernen Lehnstuhl dort,
Dans un fauteuil de cuir là-bas,
Unheimlich und starr, wie ein Steinbild,
Effrayante et rigide, comme une statue,
Und spricht kein einziges Wort.
Sans dire un seul mot.

*

Fluchend geht auf und nieder
Maudissant, va et vient
Des Försters rothköpfiger Sohn,
Le fils du forestier aux cheveux roux,
Und wirft an die Wand die Büchse,
Replace son arme au mur,
Und lacht vor Wuth und Hohn.
Et rit de rage et de mépris.

*

Die schöne Spinnerin weinet,
Pleure la belle fileuse,
Und feuchtet mit Thränen den Flachs;
Humectant son chanvre de larmes ;
Wimmernd zu ihren Füßen
Gémissant à ses pieds
Schmiegt sich des Vaters Dachs.
Se blottit plus fort le chien du père.

*






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HEINRICH HEINE
*************

UNE HISTOIRE DE SOUFFRANCE

Les Mains & La Beauté musicale de Heine

Mais ce qui m’intéressait plus encore que les discours de Heine, c’était sa personne, car ses pensées m’étaient connues depuis longtemps, tandis que je voyais sa personne pour la première fois et que j’étais à peu près sûr que cette fois serait l’unique. Aussi, tandis qu’il parlait, le regardai-je encore plus que je ne l’écoutai. Une phrase des Reisebilder me resta presque constamment en mémoire pendant cette visite : « Les hommes malades sont véritablement toujours plus distingués que ceux en bonne santé. Car il n’y a que le malade qui soit un homme ; ses membres racontent une histoire de souffrance, ils en sont spiritualisés. » C’est à propos de l’air maladif des Italiens qu’il a écrit cette phrase, et elle s’appliquait exactement au spectacle qu’il offrait lui-même. Je ne sais jusqu’à quel point Heine avait été l’Apollon que Gautier nous a dit qu’il fut alors qu’il se proclamait hellénisant et qu’il poursuivait de ses sarcasmes les pâles sectateurs du nazarénisme : ce qu’il y a de certain, c’est qu’il n’en restait plus rien alors. Cela ne veut pas dire que la maladie l’avait enlaidi, car le visage était encore d’une singulière beauté ; seulement cette beauté était exquise plutôt que souveraine, délicate plutôt que noble, musicale en quelque sorte plutôt que plastique. La terrible névrose avait vengé le nazarénisme outragé en effaçant toute trace de l’hellénisant et en faisant reparaître seuls les traits de la race à laquelle il appartenait et où domina toujours le spiritualisme exclusif contre lequel son éloquente impiété s’était si souvent élevée. Et cet aspect physique était en parfait rapport avec le retour au judaïsme, dont les Aveux d’un poète avaient récemment entretenu le public. D’âme comme de corps, Heine n’était plus qu’un Juif, et, étendu sur son lit de souffrance, il me parut véritablement comme un arrière-cousin de ce Jésus si blasphémé naguère, mais dont il ne songeait plus à renier la parenté. Ce qui était plus remarquable encore que les traits chez Heine, c’étaient les mains, des mains transparentes, lumineuses, d’une élégance ultra-féminine, des mains tout grâce et tout esprit, visiblement faites pour être l’instrument du tact le plus subtil et pour apprécier voluptueusement les sinuosités onduleuses des belles réalités terrestres ; aussi m’expliquèrent-elles la préférence qu’il a souvent avouée pour la sculpture sur la peinture. C’étaient des mains d’une rareté si exceptionnelle qu’il n’y a de merveilles comparables que dans les contes de fées et qu’elles auraient mérité d’être citées comme le pied de Cendrillon, ou l’oreille qu’on peut supposer à cette princesse, d’une ouïe si fine qu’elle entendait l’herbe pousser. Enfin, un dernier caractère plus extraordinaire encore s’il est possible, c’était l’air de jeunesse dont ce moribond était comme enveloppé, malgré ses cinquante-six ans et les ravages de huit années de la plus cruelle maladie. C’est la première fois que j’ai ressenti fortement l’impression qu’une jeunesse impérissable est le privilège des natures dont la poésie est exclusivement l’essence. Depuis, le cours de la vie nous a permis de la vérifier plusieurs fois et nous ne l’avons jamais trouvée menteuse.

Émile Montégut
Esquisses littéraires – Henri Heine
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 63
1884

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LUIS DE CAMOES OS LUSIADAS III-78 LES LUSIADES – Entrava com toda esta companhia

*Luís de Camões Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS III-78 LES LUSIADES III-78
LITTERATURE PORTUGAISE









Luis de Camoes Oeuvres obras Artgitato

literatura português

Luis de Camões
[1525-1580]

Tradução – Traduction
texto bilingue








Luis de Camoes Les Lusiades

 

Obra Poética

(1556)

LES LUSIADES III-78








OS LUSIADAS III-78

A Epopeia Portuguesa

 

CHANT III
Canto Terceiro

Traduction Jacky Lavauzelle

verso 78
Strophe 78

III-78

Image illustrative de l'article Vasco de Gama

Vasco de Gama

Vasco da Gama signature almirante.svg

 

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Luís de Camões Os Lusiadas
OS LUSIADAS III-78
LES LUSIADES III-78

 *****

Sancho Primeiro
Sanche Ier
Succède à son père Alphonse Ier sur le trône, devenant ainsi le second Roi du Portugal
Règne de 1185 – 1211
Sancho I de Portugal, quarto filho de Afonso Henriques
Sucedeu o seu pai no trono, tornando-se assim no segundo Rei de Portugal

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« Entrava com toda esta companhia
« Avec toutes ces troupes, le commandeur des croyants,
O Miralmomini em Portugal;
L’Amir al Mouminine, marchait sur le Portugal ;
Treze Reis mouros leva de valia,
Accompagné par treize Rois maures de valeur,
Entre os quais tem o ceptro imperial;
Assujettis au sceptre impérial ;
E assim fazendo quanto mal podia,
Et faisant tout le mal possible,
O que em partes podia fazer mal,
Là où il était possible pour eux de faire le mal,
Dom Sancho vai cercar em Santarém;
Jusqu’à encercler à Santarém où se trouvait Sanche ;
Porém não lhe sucede muito bem.
Mais il n’y réussit pas aussi bien qu’il le souhaitait.

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Précisions historiques
et
Retour sur les versets précédents



Sonnet 73 : suite du sonnet 72 et des victoires de Pompée sur Mithridate. Pour la Chaîne du Taurus Scythique, la Scythie où habitait les Scythes s’étendait de l’Ukraine à l’Altaï. Les Monts Taurus est une chaîne montagneuse au sud-est du plateau de l’Anatolie. « Taurus, (Geog. anc.) nom commun à quelques montagnes ; mais la principale de ce nom est le Taurus d’Asie, & c’est la plus grande montagne que nous connoissons, d’où vient aussi qu’on l’a nommée Taurus, car la coutume des Grecs étoit d’appeller ταῦροι, tauri, ce qui étoit d’une grandeur démesurée. Le plus grand nombre des auteurs, entr’autres Strabon, Pline & Pomponius Mela font commencer cette montagne au promontoire Sacrum ou Chelidonium, quoiqu’elle traverse toute la Carie jusqu’à la Perée, mais ses branches de ce côté-là n’ont pas semblé mériter le nom de Taurus. » (L’Encyclopédie, Première édition 1751-Tome 15). L’Imathie se trouve dans l’actuelle Macédoine-Centrale.
Le Sonnet 74 termine la séquence des batailles d’Alphonse avec la bataille de Santarém et le retour des reliques du martyr Vincent. La retraite n’a pas encore sonnée définitivement puisque nous le retrouverons au Sonnet 80, suivi par les Sonnets 81, 82 et 83, venant en aide à son fils Sanche en difficulté.
Sonnet 75 : cette nouvelle séquence concerne la passation de pouvoir d’Alphonse Ier à son fils Sanche, dit le Laboureur, le Fondateur, le Colonisateur, le Populaire. et qui deviendra Sanche Ier ou Sancho Primeiro, second roi du Portugal à la mort d’Alphonse en 1185.
Sonnet 76 : le prince Sanche, fort de ses victoires, continue le combat sur Béja. Les Maures vaincus s’organisent.
Sonnet 77 : Les forces Maures se regroupent et viennent de tous les sites d’Afrique du Nord : les musiciens sont mauritaniens, les soldats viennent de Ceuta (Tingis) de Péluse en Egypte (Ampelusa), du Royaume du Grand Juba (Namibie).
Sonnet 78 : C’est L’Amir al Mouminine, le Commandeur des croyants maures, qui fédère les troupes maures autour de dix rois. Il pénètre au Portugal et encercle Sanche à Santarém.

Jacky Lavauzelle
Camoes Les Lusiades

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Vasco de Gama par Gregorio Lopes

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Luís Vaz de Camões Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS III-78 CAMOES LUSIADES III-78
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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White_Fawn_Drawing Faon Diane

LUIS DE CAMOES OS LUSIADAS LES LUSIADES

LE MORT-VIVANT- Вурдалак – POEME DE POUCHKINE (1935) А.С. Пушкин

*

Alexandre Pouchkine
русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe

poemes-de-alexandre-pouchkine-artgitatopushkin-alexander

ALEXANDRE POUCHKINE 1835
pushkin poems
стихотворение  – Poésie
 Пушкин 

 

 

POUCHKINE – Пу́шкин
Алекса́ндр Серге́евич Пу́шкин
1799-1837

[создатель современного русского литературного языка]

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

 

LA POESIE DE POUCHKINE

СТИХИ АЛЕКСАНДРА СЕРГЕЕВИЧА ПУШКИНА
Пушкин 


1835
LES CHANSONS DES SLAVES DE L’OUEST
****
LE MORT-VIVANT
****

  ПЕСНИ ЗАПАДНЫХ СЛАВЯН
****
Вурдалак
*****

***

 

Трусоват был Ваня бедный:
Vanya était un pauvre lâche:
Раз он позднею порой,
Une nuit, très tard,
Весь в поту, от страха бледный,
Transpirant, vert de peur,
Чрез кладбище шел домой.
Il rentra chez lui et coupa par le cimetière.

*

Бедный Ваня еле дышит,
Pauvre Vanya respirant à peine,
Спотыкаясь, чуть бредёт
Tomba sans prendre garde
По могилам; вдруг он слышит,
Dans une tombe ; Soudain, il entendit
-Кто то кость, ворча, грызет.
grogner et ronger des os.

*


*

Ваня стал; – шагнуть не может.
Vanya était tétanisé ; – ne pouvant plus faire un pas.
 « Боже! – думает бедняк, –
« Dieu – pensa le pauvre homme 
Это верно кости гложет
Celui qui tant dévore les os
Красногубый вурдалак.
Doit être un mort-vivant !

*

Горе! малый я не сильный;
Malheur, Petit ! Je ne suis pas assez fort ;
Cъест упырь меня совсем,
le mort-vivant me gobera tout cru,
 Если сам земли могильной
Si de la terre dans la tombe
Я с молитвою не съем. »
Je ne mange pas tout à ma dernière prière « .  

*

Что же? Вместо вурдалака –
Quoi ? Au lieu du mort-vivant-
(Вы представьте Вани злость!)
(Vous imaginez bien la colère de Vanya !)
В темноте пред ним собака
Dans l’obscurité, devant lui, un cabot
На могиле гложет кость.
Qui dans la tombe rogne son os.

*

 

 Библиотеке для чтения
1835 г. – кн. 15
Publié dans la Bibliothèque pour la lecture 
1835 – volume 15

**********

Вурдалак
LE MORT-VIVANT

ALEXANDRE POUCHKINE
1835  

********

LES JUGEMENTS DE Tolstoï
SUR LES POEMES DE POUCHKINE

Ayons donc pleine confiance dans le jugement du comte Tolstoï sur les poèmes de Pouchkine, son compatriote ! Croyons-le, encore, quand il nous parle d’écrivains allemands, anglais, et scandinaves : il a les mêmes droits que nous à se tromper sur eux. Mais ne nous trompons pas avec lui sur des œuvres françaises dont le vrai sens, forcément, lui échappe, comme il échappera toujours à quiconque n’a pas, dès l’enfance, l’habitude de penser et de sentir en français ! Je ne connais rien de plus ridicule que l’admiration des jeunes esthètes anglais ou allemands pour tel poète français. Verlaine, par exemple, ou Villiers de l’Isle-Adam. Ces poètes ne peuvent être compris qu’en France, et ceux qui les admirent à l’étranger les admirent sans pouvoir les comprendre. Mais il ne résulte pas de là, comme le croit le comte Tolstoï, qu’ils soient absolument incompréhensibles. Ils ne le sont que pour lui, comme pour nous Lermontof et Pouchkine. Ce sont des artistes : la valeur artistique de leurs œuvres résulte de l’harmonie de la forme et du fond : et si lettré que soit un lecteur russe, si parfaite que soit sa connaissance de la langue française, la forme de cette langue lui échappe toujours.

Léon Tolstoï
Qu’est-ce que l’art ?
Traduction par T. de Wyzewa.
 Perrin, 1918
pp. i-XII

*****

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А.С. Пушкин

CATULLE XXXI CATULLUS – Ad Sirmium insulam – À LA PRESQU’ÎLE DE SIRMIONE

*

CATULLE CATULLUS XXXI

litterarumLittérature Latine
Catulle

Poeticam Latinam

Traduction Jacky Lavauzelle

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CATULLE – CATULLUS
84 av J.-C. – 54 av J.-C.

POESIE XXXI

 Ad Sirmium insulam
*****

À LA PRESQU’ÎLE DE SIRMIONE
****

***

Paene insularum, Sirmio, insularumque
Joyau de toutes les presqu’îles et de toutes les îles, ô Sirmione
ocelle, quascumque in liquentibus stagnis
bénie par Neptune, seigneur des eaux stagnantes
marique vasto fert uterque Neptunus,
Et du vaste océan :
quam te libenter quamque laetus inviso,
Avec quel plaisir je te retrouve,
 vix mi ipse credens Thuniam atque Bithunos
alors que je viens de quitter la Bithynie et ses champs
  liquisse campos et videre te in tuto.
et je peux profiter de toi en toute sécurité.







 o quid solutis est beatius curis,
Ô existe-t-il un plus grand bonheur,
 cum mens onus reponit, ac peregrino
quand l’esprit dépose son fardeau, et qu’épuisés
labore fessi venimus larem ad nostrum,
des fatigues du voyage nous arrivons pour nous détendre
desideratoque acquiescimus lecto?

dans nos foyers, retrouver un lit tant désiré ?
 hoc est quod unum est pro laboribus tantis.
Cela justifie les sacrifices demandés par notre travail.


  salve, o venusta Sirmio, atque ero gaude
Je te salue, ô belle Sirmione,  et réjouis-toi
   gaudente, vosque, o Lydiae lacus undae,
réjouis-toi, ô ondes du Lac de Garde,
ridete quidquid est domi cachinnorum.
Riez pleinement de tout dans ma demeure.

 




Ad Sirmium insulam
À LA PRESQU’ÎLE DE SIRMIONE

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO







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Catulle – Catullus
POESIE XXXI

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LA CANAILLE & LES DELICATS
par Ferdinand Brunetière
1882

On a voulu faire de Catulle, sans arguments bien solides, un poète aristocratique, un poète du grand monde, comme de sa Lesbie, sur des inductions plutôt que sur des preuves, ce que Brantôme appelait « une grande et honnête dame. » Je persiste à ne pas croire, pour ma part, que Lesbie fût la célèbre Clodia, mais je crois que bon nombre des fréquentations de Catulle furent parmi la bohème littéraire de Rome. Au surplus, la conciliation n’est pas si difficile. Ce que nous savons, en effet, c’est que, lorsque l’adolescent de Vérone arriva de sa province dans la capitale, il y subsistait, sous le raffinement de quelques habitudes, sous l’étalage du luxe et sous l’apparence de la civilisation, un grand fonds d’antique brutalité romaine. Si nous en pouvions douter, nous rapprendrions au moins de certaines épigrammes de Catulle lui-même, plus grossières que mordantes, et dont l’outrageuse crudité passe tout. C’est bien fait à M. Rostand de nous les avoir traduites. On ne peut pas juger d’un poète en commençant par faire exception de toute une partie de son œuvre, qui peut-être est celle que les contemporains en ont presque le plus goûtée. Là où Catulle est bon, il va jusqu’à l’exquis, et c’est bien de lui que l’on peut dire aussi justement que de personne qu’il est alors le mets des délicats ; mais là où il est grossier, il l’est sans mesure, et c’est bien encore de lui que l’on peut dire qu’il est le charme de la canaille. Or, à Rome, en ce temps-là, dans le sens littéraire de l’un et l’autre mot, la canaille et les délicats, c’était presque tout un. On ne distinguait pas encore, selon le mot d’Horace, la plaisanterie spirituelle de l’insolente rusticité. La curiosité de l’intelligence, vivement éveillée, capable de goûter les finesses de l’alexandrinisme, était en avance, pour ainsi dire, sur la rudesse des mœurs et la vulgarité des habitudes mondaines.





Quand on grattait ces soupeurs qui savaient apprécier les jolies bagatelles du poète, on retrouvait le paysan du Latium, qui s’égayait, au moment du vin, à faire le mouchoir. La raillerie, comme à la campagne, s’attaquait surtout aux défauts ou disgrâces physiques. Je sais bien que, jusque dans Horace, la grossièreté du vieux temps continuera de s’étaler, mais ce ne sera plus de la même manière naïvement impudente. Au temps de Catulle, la délicatesse n’avait pas encore passé de l’esprit dans les manières. Quand il s’élevait seulement un nuage sur les amours du poète et de sa Lesbie, le docte traducteur de Callimaque s’échappait en injures de corps de garde. Cette société très corrompue ne s’était pas encore assimilé la civilisation grecque. Elle s’essayait à la politesse, elle n’y touchait pas encore. Et sous son élégance toute superficielle, elle manquait étrangement de goût. — Il me paraît que, si l’on examinée quel moment de notre histoire la plupart de ces traits conviennent, on trouvera que c’est au XVIe siècle, dans le temps précis que le contact des mœurs italiennes opérait sur la cour des Valois le même effet qu’à Rome, sur les contemporains de César, le contact des mœurs de la Grèce.

Ferdinand Brunetière
Revue littéraire
À propos d’une traduction de Catulle
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 54 –  1882

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LA RAISON & LA FOLIE – EMILY DICKINSON (1873) HAD WE OUR SENSES

POEME D’EMILY DICKINSON
LITTERATURE AMERICAINE

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EMILY DICKINSON
December 10, 1830 – May 15, 1886
10 décembre 1830 – 15 mai 1886
Amherst, Massachusetts




Traduction – Translation

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

French and English text
texte bilingue français-anglais

HAD WE OUR SENSES
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LA RAISON & LA FOLIE
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1873

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Had we our senses
Avons-nous notre raison ?
 
But perhaps ’tis well they’re not at Home
Mais peut-être vaut-il mieux que non
 So intimate with Madness
Elle a tant d’intimité avec la Folie
 He’s liable with them
Les deux sont liées




Had we the eyes without our Head —
Avons-nous les yeux en face des trous ?
How well that we are Blind —
Comme il est bon que nous soyons Aveugles –
We could not look upon the Earth —
Il ne serait pas possible de regarder la Terre –
So utterly unmoved —
Si complètement immobile –

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POEME D’EMILY DICKINSON

LA TROMPETTE D’UNE PROPHETIE – POEME SHELLEY – The trumpet of a prophecy – ODE AU VENT D’OUEST V

 LITTERATURE ANGLAISE

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PERCY BYSSHE SHELLEY
4 August 1792 – 8 July 1822
4 août 1792 – 8 jullet 1822

Traduction – Translation

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

French and English text
texte bilingue français-anglais

 


LES POEMES
DE PERCY BYSSHE SHELLEY
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Shelley’s poems
POEMS
POEMES

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ODE TO THE WEST WIND
ODE AU VENT D’OUEST

V
The trumpet of a prophecy

LA TROMPETTE D’UNE PROPHETIE

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Make me thy lyre, even as the forest is:
Que je sois ta lyre à l’instar de la forêt
What if my leaves are falling like its own!
Même si mes feuilles doivent tomber comme les siennes !
 The tumult of thy mighty harmonies
Le tumulte de tes profondes harmonies

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Will take from both a deep, autumnal tone,
De nous deux donnera un son profond, automnal,
Sweet though in sadness. Be thou, Spirit fierce,
Suave bien que triste. Sois, Esprit tumultueux,
My spirit! Be thou me, impetuous one!
Mon esprit ! Sois moi, ô impétueux !

*

*

Drive my dead thoughts over the universe
Dirige mes pensées mortes dans l’univers
Like wither’d leaves to quicken a new birth!
Telles ces feuilles mortes pour une renaissance !
And, by the incantation of this verse,
Et, par l’incantation de ce poème,

*

Scatter, as from an unextinguish’d hearth
Disperse, comme d’un foyer inextinguible
Ashes and sparks, my words among mankind!
Les cendres et les étincelles, mes paroles à l’humanité !
Be through my lips to unawaken’d earth
Sois à travers mes lèvres à la terre endormie

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The trumpet of a prophecy! O Wind,
La trompette d’une prophétie ! Ô Vent,
If Winter comes, can Spring be far behind?
Si l’Hiver arrive, le Printemps peut-il être loin derrière ?

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ODE TO THE WEST WIND
ODE AU VENT D’OUEST
POESIE DE SHELLEY

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SHELLEY INCOMPRIS

Les deux proscrits étaient morts. Il semblait que la poésie, alors incomprise, de Shelley devait laisser aussi peu de trace dans le souvenir de ses contemporains que son frêle corps dans les flots de la Méditerranée. Il semblait au contraire que la renommée de Byron, délivrée des calomnies qu’elle avait soulevées autour d’elle et purifiée par une mort héroïque, allait rentrer triomphante en Angleterre, portée par l’admiration de toute l’Europe. Il n’en fut pas ainsi. Tandis que la voix éloquente de M. Tricoupi, célébrait la louange du poète dans cette langue sonore qui avait retenti, plus de vingt siècles auparavant, aux mêmes lieux, pour les soldats de Marathon, le nom du poète resta exilé de l’Angleterre. À peine au contraire la cendre de Shelley était-elle refroidie, qu’une nouvelle école littéraire saluait en lui son chef, et élevait sa renommée au- dessus de celle de Byron. Il ne faut point s’en étonner : il est plus facile de revenir de l’obscurité que de l’impopularité. Autant et plus que Byron, Shelley avait jeté le gant à la société anglaise ; mais il n’avait pas été discuté : il n’avait eu ni admirateurs ni détracteurs, il avait été simplement incompris et rejeté. Byron au contraire avait eu ses partisans et ses adversaires ; la voix publique était fatiguée de crier son nom. L’admiration ou le mépris de sa poésie n’avait pas la saveur de la nouveauté. Son nom appartenait à l’histoire, il ne pouvait être le drapeau d’une coterie ; il était de ceux qu’on pouvait copier désormais sans avouer ses emprunts.

Edmond de Guerle
Byron, Shelley et la Littérature anglaise, d’après les Souvenirs des derniers Jours, de E.-J. Trelawny
Revue des Deux Mondes
Deuxième période
Tome 19
1859

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POEME DE PERCY BYSSHE SHELLEY