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CONSEILS D’UNE VIEILLE DAME – Poème de Eduard MÖRIKE – RAT EINER ALTEN

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Mörike
Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE ALLEMANDE
Deutsch Literatur

Gedichte – Poèmes

EDUARD MÖRIKE

8. September 1804  Ludwigsburg- 4. Juni 1875 Stuttgart
8 septembre 1804 – 4 juin 1875

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RAT EINER ALTEN
CONSEILS D’UNE VIEILLE DAME
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Constantin Makovski, Константин Егорович Маковский, Beauté se préparant au bain
(http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Beauty_preparing_to_bathe_by_Konstantin_Makovsky.jpg)

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Bin jung gewesen,
Jeune, jadis,
Kann auch mitreden,
Je peux donc parler,
Und alt geworden,
Et vieillie, désormais,
Drum gilt mein Wort.
Ma parole a du sens.

*

Schön reife Beeren
De belles baies mûres
Am Bäumchen hangen:
Pendent de l’arbre :
Nachbar, da hilft kein
Voisin, il est inutile
Zaun um den Garten;
De clôturer ton jardin ;
Lustige Vögel
Les joyeux oiseaux
Wissen den Weg.
Connaissent le chemin.

*

Aber, mein Dirnchen,
Mais, ma petite fille,
Du lass dir raten:
Voici un conseil :
Halte dein Schätzchen
Retiens ton chéri
Wohl in der Liebe,
Retiens-le dans l’amour,
Wohl im Respekt!
Respectueusement !
Mit den zwei Fädlein
Avec ces deux fils
In eins gedrehet,
N’en faire qu’un,
Ziehst du am kleinen
Tu le tiendras avec ton petit
Finger ihn nach.
Doigt.

*

Aufrichtig Herze,
Cœur sincère,
Doch schweigen können,
Mais sache te taire !
Früh mit der Sonne,
Se lever tôt avec le soleil,
Mutig zur Arbeit,
Courageuse au travail,
Gesunde Glieder,
Membres sains,
Saubere Linnen,
Linge propre,
Das machet Mädchen
C’est ainsi que doivent être les filles
Und Weibchen wert.
Et les femmes.

*

Bin jung gewesen,
Jeune, jadis,
Kann auch mitreden,
Je peux donc parler,
Und alt geworden,
Et vieillie, désormais,
Drum gilt mein Wort.
Ma parole a du sens.



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FRANZ KAFKA – JOURNAL INTIME – Tagebücher – 1910 -LE CORPS – Ma force ne suffit plus

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FRANZ KAFKA

3 juillet 1883 Prague – 3 juin 1924 Kierling

 

Traduction Jacky Lavauzelle

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LE JOURNAL INTIME
Tagebücher

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LE CORPS
Ma force ne suffit plus

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Albrecht Dürer, Autoportrait nu, v. 1509, Château de Weimar, détail

1910

[Kafka a 27 ans]

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Kometennacht 17./18. Mai.
Nuit de la comète
Nuit du 17 au 18 mai 1810

Habe ich nicht einmal die Entschlossenheit, diesen Federhalter, dieses Stück Holz täglich in die Hand zu nehmen.
Je n’ai même pas la force de prendre ce stylo, ce morceau de bois dans ma main tous les jours.
Ich glaube schon, daß ich sie nicht habe.
Je pense que je ne l’ai pas.
Ich rudere, reite, schwimme, liege in der Sonne.
Je rame, monte à cheval, nage, je m’allonge au soleil.
Daher sind die Waden gut, die Schenkel nicht schlecht, der Bauch geht noch an, aber schon die Brust ist sehr schäbig und wenn mir der Kopf im Genick …
Par conséquent, mes mollets sont bons, mes cuisses ne sont pas mal, le ventre est toujours en place, mais la poitrine est déjà très mal en point et si la tête est dans mon cou …

*

15 November, zehn Uhr.
15 novembre – 10 heures

Ich werde mich nicht müde werden lassen.
Je ne me laisserai pas la fatigue me gagner.
Ich werde in meine Novelle hineinspringen und wenn es mir das Gesicht zerschneiden sollte.
Je vais totalement m’immerger dans ma petite histoire même si ça me coupe le visage.

*

18. Dezember.
18 décembre
halb zwölf Uhr.
Onze heures 1/2 du soir

Daß ich, solange ich von meinem Bureau nicht befreit bin, einfach verloren bin, das ist mir über alles klar, es handelt sich nur darum, solange es geht, den Kopf so hoch zu halten, daß ich nicht ertrinke.
Que je sois simplement perdu tant que je ne serai pas libéré de mon bureau, voilà une évidence pour moi, il s’agit seulement de tenir la tête si haute pour que je ne puisse pas me noyer.
Wie schwer das sein wird, welche Kräfte es aus mir wird herausziehn müssen, zeigt sich schon daran, daß ich heute meine neue Zeiteinteilung, von acht bis elf Uhr abends beim Schreibtisch zu sein, nicht eingehalten habe, daß ich dieses sogar gegenwärtig für kein so großes Unglück halte, daß ich diese paar Zeilen nur eilig hingeschrieben habe, um ins Bett zu kommen.
Comme ce sera difficile, combien de force devrai-je trouver en moi-même, on le voit déjà aujourd’hui, puisque je n’ai pas respecté mon nouvel horaire, être au bureau de huit heures à onze heures du soir, qe cela ne me rend pas si malheureux puisque j’écris ces quelques lignes à la hâte avant d’aller me coucher.

25. Dezember.
25 décembre

Elend, elend und doch gut gemeint.
Misérable, misérable et pourtant bien intentionné.
Es ist ja Mitternacht, aber das ist, da ich sehr gut ausgeschlafen bin, nur insofern Entschuldigung, als ich bei Tag überhaupt nichts geschrieben hätte.
Il est minuit, mais comme j’ai très bien dormi, ce n’est qu’une excuse pour ne rien avoir écrit du tout pendant la journée.
Die angezündete Glühlampe, die stille Wohnung, das Dunkel draußen, die letzten Augenblicke des Wachseins, sie geben mir das Recht, zu schreiben, und sei es auch das Elendste.
L’ampoule allumée, l’appartement calme, l’obscurité extérieure, les derniers instants d’éveil, me donnent le droit d’écrire, même les choses les plus misérables.
Und dieses Recht benutze ich eilig. Das bin ich also.
Et j’utilise ce droit à la hâte. C’est bien moi.

*

27. Dezember.
27 décembre

Meine Kraft reicht zu keinem Satz mehr aus.
Ma force ne suffit plus pour une seule phrase.
Ja, wenn es sich um Worte handeln würde, wenn es genügte, ein Wort hinzusetzen und man sich wegwenden könnte im ruhigen Bewußtsein, dieses Wort ganz mit sich erfüllt zu haben.
Oui, s’il s’agissait de mots, s’il suffisait de mettre un mot et que vous pouviez vous détourner avec la conscience tranquille d’avoir complètement rempli ce mot de vous-même.

Zum Teil habe ich den Nachmittag verschlafen, während des Wachseins lag ich auf dem Kanapee, überdachte einige Liebeserlebnisse aus meiner Jugend, hielt mich ärgerlich bei einer versäumten Gelegenheit auf (damals lag ich etwas verkühlt im Bett und meine Gouvernante las mir die ‘Kreutzersonate’ vor, wobei sie es verstand, meine Aufregung zu genießen), stellte mir das vegetarische Nachtmahl vor, war mit meiner Verdauung zufrieden und hatte Befürchtungen darüber, ob mein Augenlicht für mein ganzes Leben genügen wird.
En partie, j’ai dormi l’après-midi, alors que j’étais éveillé, je me suis allongé sur le canapé, j’ai reconsidéré certaines expériences amoureuses de ma jeunesse, je suis resté en colère à propos d’une occasion manquée (j’étais couchée dans le lit un peu froid à l’époque et ma gouvernante m’a lu la Sonate de Kreutzer , sachant profiter de mon excitation), puis j’ai dîné végétarien, satisfait de ma digestion et me demandant si ma vue serait suffisante pour toute ma vie.

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FRANZ KAFKA
JOURNAL INTIME

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FERMÉ LA NUIT de PAUL MORAND – A LA RECHERCHE DES ÂMES AU-DELA DE L’ÉLASTICITE DES CORPS

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EL GRECO
La Mort de Laocoon, vers 1610 Washington
File source: http://commons.wikimedia.org/wiki/File:El_Greco_042.jpg

LITTÉRATURE FRANCAISE

PAUL MORAND

13 mars 1888  Paris – 23 juillet 1976 Paris

FERMÉ LA NUIT

A LA RECHERCHE DES ÂMES
AU-DELA DE L’ÉLASTICITE DES CORPS

de Jacky Lavauzelle

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Fermé la nuit est un ensemble de quatre nouvelles (La Nuit de Portofino Kulm, La Nuit de Charlottenburg, la Nuit de Babylone, La Nuit de Putney)
(N.R.F., 1923 et 1935 – avec illustrations de Pascin). Ce livre a reçu le Prix de La Renaissance 1923 présidé par Colette.
Les citations sont issues de la première nouvelle, la plus intéressante et la plus réussie à mon goût, La Nuit de Portofino Kulm)
Editions Librairie Gallimard

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Citation de d’Alembert dans l’Encyclopédie :
ELASTIQUE, adj. (Physique.) corps élastique ou à ressort, est celui qui étant frappé ou étendu perd d’abord sa figure, mais fait effort par sa propre force pour la reprendre ; ou qui, quand il est comprimé, condensé, &c. fait effort pour se mettre en liberté, & pour repousser les corps qui le compriment, comme une lame d’épée, un arc, &c. qui se bandent aisément, mais qui reviennent bientôt après à leur première figure & à leur première étendue.
Première édition de 1751 (Tome )


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Les corps sont lourds, opprimés et condensés, et le monde et les autres corps nous compriment. Le corps se cache, s’étend, se faufile. Quand la pancarte indique « Pas dans la chambre« , le rédacteur, « par discrétion« , frappe quand même. Le corps semble là, les traces de sa présence sont bien là, le poids du corps aussi, et enfin le corps lui-même : « dans un lit en désordre, comme un torrent de linge, le poids de sa tête ayant enfoncé les oreillers, O’Patah était couché… »
Dans Fermé la nuit, de Paul Morand, le corps reste pourtant secondaire. Il a sa gravité, physique et psychique. Mais, s’il n’est pas cassant, il est fondamentalement changeant. Le corps ne change pas pour changer. Pour s’adapter ou se conformer. Il change quand l’âme lui intime l’ordre de changer, parce qu’elle même a changé d’humeur et d’inclination.
La forme est toujours soumise au fond. L’âme est le capitaine qui dirige cette malléable enveloppe.
Elle en est l’expression ultime, le saint Graal.
Et comme l’âme et les sentiments sont changeants, la forme suit les mêmes mouvements et les mêmes ondulations. L’âme est le principe qui tient le corps en mouvement, et lui communique une force agissante.
L’homme n’est jamais simple, il est au moins double : « O’Patah était un personnage compliqué, jouant plusieurs jeux, et curieusement difforme sous une apparence de verte vieillesse, évoluant à sa façon derrière une mise en scène de dignité, de bonté et d’amour de la justice. Loin d’être « tout d’une pièce », comme il disait, je le découvris, à l’usage, étonnamment double : il avait deux regards, deux talents, deux voix ; enfin deux tailles, l’une, petite, lorsqu’il se tenait assis sur son bassin, l’autre, presque grande, lorsqu’il levait la tête et portait dans ses souliers des talonnettes de liège. Il avait aussi deux écritures, absolument dissemblables, ce qui l’avait rendu célèbre parmi les graphologues. »
Le corps et surtout le visage ne peuvent donc jamais être statiques et figés, ils ont leur plasticité propre : « -Je suis amoureux d’un ange terrible, me dit-il. Puisque vous voulez modeler mon crâne, il faut bien que vous sachiez ce qui s’y passe. Les volumes ne sont pas les mêmes chez un homme amoureux et chez un homme qui ne l’est pas ; les vieux comme les jeunes, nous sommes diablement plastiques, au gré des évènements. »
La puissance intérieure a même une action propre sur les autres corps. Elle peut commander le mouvement et les actes, parfois par la parole seule : « Il l’évoquait si fort qu’elle entra.« 
L’homme est donc fondamentalement une énigme que seul un scrutateur attentionné peut avoir une chance d’observer, d’analyser et, peut-être, de comprendre.
Pour pouvoir comprendre l’autre, le regarder ne suffit pas. Il faut cerner son être. Aller au plus profond de lui-même. A la recherche de son âme, trouver la porte : « Au début on fait le tour d’un être en se disant « Par où entrer ? ». Je cherchais dans ses mains sa ligne de cœur et dans cette ligne de cœur je me cherchais moi-même ; sous ses ondulations Marcel, où trouver la bosse de la destructivité ? Comme elle était douée !« 
Et ce qui vaut pour le corps vaut pour le corps constitué de la nation ; la perfection d’un peuple n’est pas que dans la forme et dans son expression visible : « Une pureté de forme qui n’était pas seulement une perfection de styliste, mais l’expression naturelle du génie de sa race, la plus pure d’Europe peut-être. »
Le corps arrête ses flexions et ses contorsions que dans deux cas seulement : l’intensité extrême de l’âme et la mort.
La fixité des visages devient alors palpable, arrêtant le jeu qu’elle s’imposait auparavant. La fixité entraîne alors la dureté et la raideur. « Les traits d’OPatah, d’habitude si mobiles, se durcirent, ses yeux vacillèrent comme des manomètres, sous la résistance d’une formidable pression intérieure. Il passait dans ses mains une bourrasque bizarre. »
La mort aussi apporte cette terrifiante et violente fixité. Dans cette fixité, il reste ce que le vivant avait d’essentiel, hors de toutes les fioritures. Nous retrouvons l’être fondamental visible encore un moment : « Tout entrait dans l’éternité par le cabinet de toilette. On eut dit la même nuit depuis des années… Son visage comme celui des embaumés n’avait gardé que des plans essentiels, marqué d’une extraordinaire empreinte de force et de méchanceté ; d’irréflexion et d’amour de soi.« 

Dans ces circonstances, comme il est difficile de se maîtriser ou de se comprendre. Les êtres semblent alors parfois vaquer tels des frégates ivres au gré du vent et d’autrui : « -Je ne ressens plus rien comme avant ; je m’éloigne de moi-même. Il me semble que je ne touche plus les objets : quelqu’un les touche pour moi. »

Jacky Lavauzelle

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NUIT DE PLEINE LUNE – Poème de Goethe – Vollmondnacht

Johann Heinrich Wilhelm Tischbein
Goethe dans la campagne romaine, 1786

LITTERATURE ALLEMANDE
Goethe Traduction
Deutsch Poesie – Poésie Allemande

Traduction Jacky Lavauzelle

Johann Wolfgang von Goethe
1836 – 1870


Portrait de Joseph Karl Stieler – 1828

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VOLLMONDNACHT
NUIT DE PLEINE LUNE

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Albert Aublet, Séléné, 1880
File source: https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Albert_Aublet_-_Selene.jpg

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Herrin, sag, was heißt das Flüstern?
Maîtresse, dis-moi ce que signifie ce chuchotement ?
Was bewegt dir leis die Lippen?
Quels sont ces mouvements sur tes lèvres ?
Lispelst immer vor dich hin,
Murmures toujours
Lieblicher als Weines Nippen!
Plus suaves que le meilleur des vins !
Denkst du deinen Mundgeschwistern
Penses-tu sur les deux lèvres de ta bouche
Noch ein Pärchen herzuziehn?
En attirer une autre paire ?

« Ich will küssen! Küssen! sagt ich. »

« Je veux t’embrasser ! t’embrasser ! te dis-je. »

Schau! Im zweifelhaften Dunkel
Regarde ! Dans cette incertaine obscurité
Glühen blühend alle Zweige,
La lueur éclatante sur toutes les branches,
Nieder spielet Stern auf Stern,
Etoile filante après étoile filante,
Und smaragden durchs Gesträuche
Et ces éclats d’émeraudes à travers les buissons
Tausendfältiger Karfunkel;
mille fois précieux ;
Doch dein Geist ist allem fern.

Mais ton esprit reste si loin de tout ça.

« Ich will küssen! Küssen! sagt ich. »

« Je veux t’embrasser ! t’embrasser ! te dis-je. »

Dein Geliebter, fern, erprobet
Ton amant, si loin, affligé
Gleicherweis im Sauersüßen
De même dans cette douce amertume,
Fühlt ein unglückselges Glück,
Ressent un malheureux bonheur ;
Euch im Vollmond zu begrüßen,
De vous saluer sous la pleine lune,
Habt ihr heilig angelobet,
Vous vous êtes promis,
Dieses ist der Augenblick!
C’est le moment !

« Ich will küssen! Küssen! sagt ich. »

« Je veux t’embrasser ! t’embrasser ! te dis-je. »


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LA POÉSIE DE GOETHE – Goethes Poesie

LITTERATURE ALLEMANDE
Goethe Traduction
Deutsch Poesie – Poésie Allemande

Traduction Jacky Lavauzelle

Johann Wolfgang von Goethe
1836 – 1870


Portrait de Joseph Karl Stieler – 1828

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LA POÉSIE DE GOETHE
Goethes Poesie

_________________________________________

Johann Heinrich Wilhelm Tischbein
Goethe dans la campagne romaine, 1786

 

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Prometheus 
Prométhée
1772-1774

Bedecke deinen Himmel, Zeus,
Couvre ton ciel, Zeus,
Mit Wolkendunst!
D’une brume de nuages !

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VOLLMONDNACHT
NUIT DE PLEINE LUNE

Herrin, sag, was heißt das Flüstern?
Maîtresse, dis-moi ce que signifie ce chuchotement ?
Was bewegt dir leis die Lippen?
Quels sont ces mouvements sur tes lèvres ?

Albert Aublet, Séléné, 1880
File source: https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Albert_Aublet_-_Selene.jpg

HAFIS NAMEH

Offenbar Geheimnis
MYSTERE MANIFESTE

Sie haben dich, heiliger Hafis,
Saint Hafis, ils t’ont
Die mystische Zunge genannt
Appelé la langue mystique

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Geständnis
CONFESSION

Was ist schwer zu verbergen? Das Feuer!
Ce qui est difficile à cacher ? Le feu !
Denn bei Tage verrät’s der Rauch,
Car le jour il se révèle par sa fumée,

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LIRE AUSSI 
LE FAUST DE GOETHE

FAUST 
LA DEDICACE
ZUEIGNUNG

Ihr naht euch wieder, schwankende Gestalten,
Vous vous approchez, formes indécises
Die früh sich einst dem trüben Blick gezeigt.
Jadis, vous apparaissiez à mon œil innocent.

VORSPIEL AUF DEM THEATER
PROLOGUE SUR LE THEÂTRE

Ihr beiden, die ihr mir so oft,
Vous deux, qui, avec moi, tant de fois,
In Not und Trübsal, beigestanden,
Dans la peine et dans l’épreuve, m’avez accompagné,

PROLOG IM HIMMEL
PROLOGUE AU CIEL

Faust par Wilhelm Hensel.

Die Sonne tönt, nach alter Weise,
Le Soleil résonne, selon la vieille tradition,
In Brudersphären Wettgesang,
Dans la multitude des chants des sphères harmonieuses,

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Der Tragödie erster Teil
La tragédie Première partie

FAUST
seul.

Habe nun, ach! Philosophie,
Qu’ai-je maintenant ?  hélas! La philosophie,
Juristerei und Medizin,
Le droit et la médecine,

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MARIANA – Poème d’Alfred Tennyson – LA MOUCHE BLEUE

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Symbole-Artgitato-6.jpg.

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Dante Gabriel Rossetti, The Day Dream, 1880, Londres, Victoria and Albert Museum                                                                (source: http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Dante_Gabriel_Rossetti_-_The_Day_Dream_-_Google_Art_Project.jpg)

 

 

LITTERATURE ANGLAISE
POESIE ANGLAISE
EPOQUE VICTORIENNE


Alfred Tennyson par Julia Margaret Cameron

Alfred Tennyson

6 août 1809 – 6 octobre 1892 

 

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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
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MARIANA
LA MOUCHE BLEUE

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John Everett Millais, Mariana,1851

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« Mariana in the Moated Grange »
(Shakespeare, Measure for Measure)
(William Shakespeare, Mesure pour mesure)

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With blackest moss the flower-plots
D’une mousse si noire, les parcelles de fleurs
Were thickly crusted, one and all:
Se recouvraient comme d’une croûte épaisse :
The rusted nails fell from the knots
Les clous rouillés tombaient des nœuds
That held the pear to the gable-wall.
Qui retenaient l’ensemble contre le mur de la baie.
The broken sheds look’d sad and strange:
Les remises délabrées semblaient si tristes et étranges,
Unlifted was the clinking latch;
Que fermait un vieux verrou cliquetant ;
Weeded and worn the ancient thatch
Fatiguée et usée l’ancienne chaume recouvrait
Upon the lonely moated grange.
La grange solitaire des douves.
She only said, « My life is dreary,
Elle dit seulement : « Ma vie est triste,
He cometh not, » she said;
Il ne vient pas « , dit-elle ;
She said, « I am aweary, aweary,
Elle dit : « Je suis inquiète, si inquiète,
I would that I were dead! »
Je voudrais être morte ! « 

*

Her tears fell with the dews at even;
Ses larmes tombèrent dans la rosée du soir ;
Her tears fell ere the dews were dried;
Ses larmes coulèrent avant que les rosées ne sèchent ;
She could not look on the sweet heaven,
Elle ne pouvait plus regarder le doux ciel,
Either at morn or eventide.
Ni le matin ni le soir.
After the flitting of the bats,
Après le battement d’ailes des chauves-souris,
When thickest dark did trance the sky,
Quand l’obscurité la plus épaisse enveloppe tout à fait le ciel,
She drew her casement-curtain by,
Elle tira son rideau à battants,
And glanced athwart the glooming flats.
Et jeta un coup d’œil à travers les appartements sombres.
She only said, « The night is dreary,
Elle dit seulement : « La nuit est triste,
He cometh not, » she said;
Il ne vient pas « , dit-elle ;
She said, « I am aweary, aweary,
Elle dit : « Je suis inquiète, si inquiète,
I would that I were dead! »
Je voudrais être morte ! « 

*

Upon the middle of the night,
Au cœur de la nuit,
Waking she heard the night-fowl crow:
En se réveillant, elle entendit le chant des oiseaux de nuit :
The cock sung out an hour ere light:
Le coq chanta une heure avant la première lueur :
From the dark fen the oxen’s low
De la sombre tourbière, le mugissement des bœufs
Came to her: without hope of change,
Parvint jusqu’à elle : sans espoir de changement,
In sleep she seem’d to walk forlorn,
Dans le sommeil, elle semblait marcher désespérée,
Till cold winds woke the gray-eyed morn
Jusqu’à ce que des vents froids réveillent le matin aux yeux gris
About the lonely moated grange.
Près de la grange solitaire des douves.
She only said, « The day is dreary,
Elle dit seulement : « La journée est triste,
He cometh not, » she said;
Il ne vient pas « , dit-elle ;
She said, « I am aweary, aweary,
Elle dit : « Je suis inquiète, si inquiète,
I would that I were dead! »
Je voudrais être morte ! « 

*

About a stone-cast from the wall
À un jet de pierre du mur
A sluice with blacken’d waters slept,
  Une écluse aux eaux noircies dormait,
 And o’er it many, round and small,
Et tout au-dessus, rondes et petites,
The cluster’d marish-mosses crept.
  Les mousses marécageuses en grappes glissaient.
Hard by a poplar shook alway,
 Tout à côté, un peuplier toujours s’agitait,
  All silver-green with gnarled bark:
Tout vert argenté avec son écorce noueuse :
  For leagues no other tree did mark
Sur des lieux, aucun autre arbre ne marquait
The level waste, the rounding gray.
  La vaste étendue, le gris environnant.
 She only said, « My life is dreary,
Elle dit seulement : « Ma vie est triste,
He cometh not, » she said;
Il ne vient pas « , dit-elle ;
She said, « I am aweary, aweary,
Elle dit : « Je suis inquiète, si inquiète,
I would that I were dead! »
Je voudrais être morte !

*

And ever when the moon was low,
Et quand la lune fut basse,
And the shrill winds were up and away,
  Et que les vents aigus vinrent de si haut et d’ailleurs,
 In the white curtain, to and fro,
Dans le rideau blanc, de long en large,
 She saw the gusty shadow sway.
Elle vit l’ombre en rafale se balancer.
But when the moon was very low
  Mais quand la lune fut au plus bas
  And wild winds bound within their cell,
Et que les vents sauvages furent engouffrés dans leur cellule,
The shadow of the poplar fell
  L’ombre du peuplier tomba
Upon her bed, across her brow.
  Sur son lit, sur son front.
She only said, « The night is dreary,
Elle dit seulement : « La nuit est triste,
He cometh not, » she said;
Il ne vient pas « , dit-elle ;
She said, « I am aweary, aweary,
Elle dit : « Je suis inquiète, si inquiète,
I would that I were dead! »
Je voudrais être morte ! « 

*

All day within the dreamy house,
Toute la journée dans la maison de rêve,
    The doors upon their hinges creak’d;
Les portes sur leurs gonds grinçaient à l’envi ;
The blue fly sung in the pane; the mouse
  La mouche bleue chantait sur la vitre ; la souris
Behind the mouldering wainscot shriek’d,
  Derrière le lambris s’époumonait,
 Or from the crevice peer’d about.
Ou espionnait de la crevasse où elle se trouvait.
Old faces glimmer’d thro’ the doors
  De vieux visages scintillaient à travers les portes,
Old footsteps trod the upper floors,
  De vieux pas foulaient les étages du dessus,
  Old voices called her from without.
De vieilles voix l’appelaient de l’extérieur.
She only said, « My life is dreary,
Elle dit seulement : « Ma vie est triste,
He cometh not, » she said;
Il ne vient pas « , dit-elle ;
She said, « I am aweary, aweary,
Elle dit : « Je suis inquiète, si inquiète,
I would that I were dead! »
Je voudrais être morte ! « 

*

The sparrow’s chirrup on the roof,
Plus le gazouillement du moineau sur le toit,
 « The slow clock ticking, and the sound
Le tic-tac lent de l’horloge et le son
  Which to the wooing wind aloof
Que le vent produisait au loin
The poplar made, did all confound
  A travers le peuplier, se confondaient
Her sense; but most she loathed the hour
  Dans tous les sens, plus elle maudissait l’heure
When the thick-moted sunbeam lay
  Où le rayon du soleil gisait
  Athwart the chambers, and the day
A travers les chambres et maudissait le jour
Was sloping toward his western bower.

 Qui inondait la tonnelle, celle qui se trouve vers le soleil couchant.
Then said she, « I am very dreary,

Puis elle dit : « Je suis si triste,
He will not come, » she said;
Il ne viendra pas, » dit-elle ;
She wept, « I am aweary, aweary,

Elle pleura, « Je suis inquiète, si inquiète,
Oh God, that I were dead! »

Ô Dieu, comme je voudrais être morte ! « 



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MYSTERE MANIFESTE – Poème de GOETHE – Offenbar Geheimnis

Johann Heinrich Wilhelm Tischbein
Goethe dans la campagne romaine, 1786

LITTERATURE ALLEMANDE
Goethe Traduction
Deutsch Poesie – Poésie Allemande

Traduction Jacky Lavauzelle

Johann Wolfgang von Goethe
1836 – 1870


Portrait de Joseph Karl Stieler – 1828

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Offenbar Geheimnis
MYSTERE MANIFESTE

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Divān de Hafez, Doublures à l’intérieur d’une copie du 19ème siècle


**
Sie haben dich, heiliger Hafis,
Saint Hafez, ils t’ont
Die mystische Zunge genannt
Appelé la langue mystique
Und haben, die Wortgelehrten,
Mais, ces connaisseurs du mot,
Den Wert des Worts nicht erkannt.
N’en n’ont pas compris la valeur.

*

Mystisch heißest du ihnen,
Mystique, te nomment-ils,
Weil sie Närrisches bei dir denken
Car ils pensent de stupides choses à ton sujet
Und ihren unlautern Wein
Et leur vin impur
In deinem Namen verschenken.
Ils partagent en ton nom.

*

Du aber bist mystisch rein,
Mais tu es mystiquement pur,
Weil sie dich nicht verstehn,
Car ils ne te comprennent pas,
Der du, ohne fromm zu sein, selig bist!
Toi qui est heureux sans être pieux !
Das wollen sie dir nicht zugestehn.
Ils ne veulent pas te le permettre.



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MA SUBLIME FLAMME – LE CHANSONNIER PÉTRARQUE SONNET 289 (2ème Partie) CANZONIERE CCLXXXIX – L’alma mia fiamma

*

FRANCESCO PETRARQUE CHANSONNIER

Francesco PETRARCA
1304 – 1374

Traduction Jacky Lavauzelle

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Canzoniere Petrarca 
Sonetto 289

LE CHANSONNIER PETRARQUE
Sonnet 289
CCLXXXIX
Dante Boccace Petrarque Guido Cavalvanti Cino da Pistoia Guittone dArezzo Trecento Italien 1544 Giorgio Vasari

Rerum vulgarium fragmenta

Fragments composés en vulgaire

SECONDA PARTE
Deuxième Partie

289/366

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Alisa Bogdanova
Georgian National Opera Theater

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[Pétrarque souligne combien Laure était sage
et combien il était ignorant de ses vertus.]

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L’alma mia fiamma oltra le belle bella,
Ma sublime flamme plus belle que les autres belles,
ch’ebbe qui ’l ciel sí amico e sí cortese,
qui avait pour ami le si courtois ciel,
anzi tempo per me nel suo paese
est dans son pays trop tôt ainsi
è ritornata, et a la par sua stella.
repartie, et son étoile aussi.

*

Or comincio a svegliarmi, e veggio ch’ella
Je commence à me réveiller et je vois qu’elle a
per lo migliore al mio desir contese,
fait au mieux en réfrénant mes désirs,
e quelle voglie giovenili accese
et que de mes envies brûlantes elle a
temprò con una vista dolce e fella.
tempérées par sa vue douce et grave.

*

Lei ne ringrazio, e ’l suo alto consiglio,
Je l’en remercie, ainsi que son avisé conseil,
che col bel viso, e co’ soavi sdegni,
qu’avec son beau visage et son doux dédain,
fecemi, ardendo, pensar mia salute.
elle m’a fait, en me consumant, penser à mon salut.

*

O leggiadre arti, e lor effetti degni,
Ô arts gracieux, et leurs dignes effets,
l’un co la lingua oprar, l’altra col ciglio,
l’un opérant par la langue, l’autre par les cils,
io gloria in lei et ella in me vertute!
m’apportant de la gloire par elle et lui apportant de la vertu par moi !


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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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Ritratto_di_francesco_petrarca,_altichiero,_1376_circa,_padova

canzoniere Petrarca 289
le chansonnier Pétrarque Sonnet 289
canzoniere poet

FRANCESCO PETRARQUE CHANSONNIER

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O GENS AUDACIEUX – OS LUSIADAS V-41- LES LUSIADES – LUIS DE CAMOES – Ó gente ousada, mais que quantas

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Ferdinand de Portugal traduction Jacky Lavauzelle

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OS LUSIADAS CAMOES CANTO V
Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS V-41 LES LUSIADES V-41
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LITTERATURE PORTUGAISE

Ferdinand de Portugal Os Lusiadas Traduction Jacky Lavauzelle Les Lusiades de Luis de Camoes

literatura português
Luis de Camões
[1525-1580]
Tradução – Traduction
Jacky Lavauzelle
texto bilingue

Traduction Jacky Lavauzelle

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« E disse: – « Ó gente ousada, mais que quantas
« Et il dit : – » O gens audacieux, plus que tant
No mundo cometeram grandes cousas,
D’autres dans le monde, entreprirent de grandes choses,
Tu, que por guerras cruas, tais e tantas,
Vous qui, à travers de cruelles guerres,
E por trabalhos vãos nunca repousas,
Et pour de vains travaux, jamais ne se reposent,
Pois os vedados términos quebrantas,
Vous osez dépasser les bornes interdites,
E navegar meus longos mares ousas,
Et naviguez sur mes longues mers audacieuses,
Que eu tanto tempo há já que guardo e tenho,
Que depuis si longtemps je garde,
Nunca arados d’estranho ou próprio lenho:
Pour que jamais ne vienne labourer aucune embarcation :


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LA FILLE ABANDONNEE – POEME DE EDUARD MÖRIKE – Das verlassene Mägdlein

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Mörike
Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE ALLEMANDE
Deutsch Literatur

Gedichte – Poèmes

EDUARD MÖRIKE

8. September 1804  Ludwigsburg- 4. Juni 1875 Stuttgart
8 septembre 1804 – 4 juin 1875

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Das verlassene Mägdlein
LA FILLE ABANDONNEE
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Paul Signac, Femme à l’ombrelle, 1893, musée d’Orsay, Paris
File source: https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Paul_Signac,_1893,_Femme_%C3%A0_l%27ombrelle,_oil_on_canvas,_81_x_65_cm,_Mus%C3%A9e_d%27Orsay.jpg

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Früh, wann die Hähne kräh’n,
A l’aube, au chant du coq,
Eh’ die Sternlein verschwinden,
Avant que les étoiles disparaissent,
Muß ich am Herde stehn,
 Je dois rester près du troupeau,
   Muß Feuer zünden.
Et allumer le feu.

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Schön ist der Flammen Schein,
Les flammes sont si belles,
Es springen die Funken.
Les étincelles sautillent si haut.
Ich schaue so drein,
Je les regarde, morose,
In Leid versunken.
   Englouti dans la douleur.

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Plötzlich, da kommt es mir,
Soudain, il me revient,
Treuloser Knabe,
Ô, garçon perfide,
  Daß ich die Nacht von dir
Que dans la nuit,
  Geträumet habe.
  J’ai rêvé de toi.

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Träne auf Träne dann
Larmes après larmes longtemps
Stürzet hernieder;
Sont tombées ;
So kommt der Tag heran –
   Et le jour est venu –
O ging er wieder!
   Vite ! vite qu’il reparte !



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