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IL NOUS RESTE LA NUIT Pièce de théâtre Jacky Lavauzelle – ACTE I – Scène 2

Jacky Lavauzelle Théâtre
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Théâtre de Jacky Lavauzelle

 

 IL NOUS RESTE LA NUIT

*****




ACTE I

SCENE 2

Le Chœur
Il s’avance au milieu de la scène. Il fait nuit. Nous n’entendons que sa voix.
A force de vivre, les deux hommes se sont tus. La nuit est là. Il n’y a plus qu’elle. A force de peur, de mal vivre. A force de renoncer. La prochaine fois… non, il n’y aura même plus de seconde fois. Tout est terminé…

Voix de Coleridge
Il y a quelqu’un ? J’entends des voix… c’est pas possible…Je deviens taré ! Des acouphènes peut-être… J’ai moins froid, quand même…

Nous entendons des pas qui s’éloigne. C’est le chœur qui s’en va.

Voix de Kubla
Coleridge ? C’est moi ! Je suis là ! J’espère que tu vas mieux ?

Voix de Coleridge
Oui, mais je ne trouve pas la lumière.

Kubla
C’est normal.

Coleridge
Pourquoi ?




Kubla
La Régie d’électricité a fondu les plombs !




Coleridge
Et comment on fait maintenant ?




Coleridge
A l’ancienne, mon vieux. Tu vas au lit avec ta chandelle et tu t’endors.

Kubla
Mais je n’ai pas sommeil !

Coleridge
Tiens prends ça ! non, là, rapproche-toi. Non, je ne te sens pas… J’entends tes pas qui se rapproche…voilà, j’ai ta main ! Tiens, prends !




Kubla
Je l’ai. C’est quoi ?

Coleridge
Un livre de Kant.

Kubla
Emmanuel ?

Coleridge
Eh oui ! qui veux-tu que ce soit ?

Kubla
J’ai jamais rien compris !

Coleridge
C’est le moment – Profite de la nuit pour t’éclairer. Ne vois-tu pas de la lumière dans tes yeux ? Ferme-les fortement.

Kubla
C’est vrai, ça. Je vois des étincelles. C’est beau ! Putain que c’est beau ! Merci !

 

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IL NOUS RESTE LA NUIT Pièce de théâtre Jacky Lavauzelle – ACTE I – Scène 1

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Théâtre de Jacky Lavauzelle

 

 IL NOUS RESTE LA NUIT

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ACTE I

SCENE 1

Le Chœur
Il s’avance au milieu de la scène.
La scène est nue. Il n’y a rien. Que Coleridge à droite et Kubla à gauche (il les montre du doigt). Ils n’ont pas d’âge déterminé. Coleridge porte un manteau long, ce qui n’a aucune importance dans la pièce…
Il se retire de la scène.

Coleridge
As-tu fermé la porte ? J’ai entendu des horreurs dans la rue. Comme si elles frappaient à la porte ou … peut-être était-ce dans ma tête…

Kubla
J’ai fermé la porte. Ne t’inquiète pas.
Les ombres sont dehors. Elles s’agitent légèrement avec le vent. Comme tous les soirs. Elles aiment se frotter à la porte. Glisser contre les rainures des bois, sur les arrondis des gonds. Je n’ouvrirai plus la porte cette nuit. Tu peux sommeiller en paix. Fais-moi confiance !

Coleridge
Avant ces bruits ne me faisaient pas peur. J’aimais me perdre dans la nuit et laisser ma peau sur le haut des coteaux au contact des fluides et des énergies. A deux pas du précipice. Je mettais un pied dans le vide. Et je penchais la tête de ce côté. Je frissonnais, pas de froid, d’excitation. Aujourd’hui, ce n’est plus pareil quelque chose s’est cassée. Sais-tu d’où cela vient ?

Kubla
Des pas ! Des pas qui longent la jetée. Ils se répètent à l’infini. Ils t’ont poursuivi une nuit de printemps alors qu’un orage grondait. C’était terrible.

Coleridge
C’est moi qui était effrayant




Kubla
Tu était effrayé. C’est tout !




Coleridge
Et crois-tu que je ressortirais un jour. J’aimerais tant retrouver ces sensations. Je n’ai jamais eu autant d’émotion. Il m’arrivait parfois de pleurer. Je pleurais tant que je ne comprenais même plus comment mon corps pouvait en produire autant.

Kubla
Laisse-toi un peu de temps !




Coleridge
Je n’ai pas assez de temps. Comme toi ! Peut-être quelques heures ! Peut-être quelques souffles. Qui sait ? Moi, je ressens-ça, vraiment. Je sais que j’ai l’air d’un abruti quand je dis ça, un profond crétin.

Kubla
Non. Juste pour quelqu’un de sensible. Et la sensibilité c’est quelque chose qui manque au monde. Tu as vraiment en toi cette énergie. Tu es capable de remuer des montagnes, des continents. Mais là, tu doutes. Il te faut revenir, te reconquérir, te redonner confiance. Calme-toi ce soir. La mort ne viendra pas. Je commence à bien la connaître. J’en ai tant vu… pris et fauché comme des vulgaires bouses, sans préavis. Tu entends d’abord un cri. Puis un silence. Un long silence qui te prends déjà ta raison et tes sentiments. Un souffle, c’est ça, un souffle que tu sens dans ton dos et qui te fais te dresser le moindre poil sur tes bras, sur tes jambes. Un nouveau silence, presque symphonique. Comme dirais-je…un silence habité, c’est ça, habité. Le cri de tout à l’heure te reviens en écho. C’est presque beau, mais aussi effrayant et tu vois les yeux de l’autre qui sont saisis, envoutés et tu sais alors que pour l’autre, il est déjà bien trop tard. Les yeux se ferment et se rouvrent. Ils sont bleus. Et enfin, ils se referment doucement et profondément comme s’il fallait les coudre. Un dernier goût du cri qui s’éloigne. Un cri lourd. Dans quelques instants, ce sera fini.

Coleridge
Kubla ?




Kubla
Oui

Coleridge
Jai froid…

Kubla et Coleridge se retirent
Le chœur revient

Le Chœur
Moi, je n’entends rien ! Et vous, entendez-vous ? Fermons les yeux quelques instants…
Rien !

Noir sur la scène

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LES MEILLEURES COMEDIES : LES 100 FILMS LES PLUS DRÔLES – LES 100 PLUS GRANDS FILMS COMIQUES



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LES MEILLEURES COMEDIES

 

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LES 100 FILMS LES PLUS DRÔLES

1
USA – 1945
The Great Dictator
Le Dictateur

Charlie Chaplin

2
FRANCE – 1952
Les Vacances de monsieur Hulot
Jacques Tati




3
USA – 1942
To be or not to be 
Ernst Lubitsch




4
USA – 1925
The Gold Rush
La Ruée vers l’or
Charlie Chaplin




5
FRANCE – 1979
Buffet froid
Bertrand Blier




6
GB – 1975
Monty Python and the Holy Grail
Monty Python : Sacré Graal !




7
USA – 1936
Modern Times
Les Temps modernes
Charlie Chaplin




8
FRANCE – 1965
Yoyo
Pierre Etaix




9
USA – 1974
Young Frankenstein
 Frankenstein Junior
Mel Brooks




10
ITA – 1958
I soliti ignoti
Le Pigeon
Mario Monicelli




FRANCE – 1982
Le père Noël est une ordure
Jean-Marie Poiré

Af du S – BOTS
The Gods Must Be Crazy
Les Dieux sont tombés sur la tête
Jamie Uys




USA – 1959
Some Like It Hot
Certains l’aiment chaud
Billy Wilder

FRANCE – 1958
Mon oncle
Jacques Tati




ITA – 1979
L’Ingorgo : Una storia impossibile
Le Grand Embouteillage
Luigi Comencini




FRANCE -1993
Les Visiteurs
Jean-Marie Poiré




FRANCE – 1966
Tant qu’on a la santé
Pierre Etaix




ITA – 1960
Il Mattatore
L’Homme aux cent visages
Dino Risi




FRANCE – 1986
Tenue de Soirée
Bertrand Blier




USA – 1980
Airplane!
Y a-t-il un pilote dans l’avion ?
Jim Abrahams & David Zucker

FRANCE – 2003
Rire et Châtiment
Isabelle Doval 

FRANCE – 1973
Les Aventures de Rabbi Jacob
Gérard Oury




GB – 1979
Life of Brian
La Vie de Brian
Monty Python

FRANCE – 2010
Le Mac
Pascal Bourdiaux




USA – 1940
A Chump at Oxford
Les As d’Oxford  (Laurel & Hardy)
Alfred J. Goulding




FRANCE – 1999
Le Créateur
Albert Dupontel




ITA – 1957
Mariti in città
Maris en liberté
Luigi Comencini




FRANCE – 1963
Le Soupirant
Pierre Etaix




USA – 1963
The Nutty Professor
Docteur Jerry et Mister Love
Jerry Lewis

FRANCE – 1963
Les Tontons flingueurs
Georges Lautner




FRANCE – 1971
TRAFIC
Jacques Tati




USA- 1976
Silent movie
La Dernière Folie de Mel Brooks
Mel Brooks

FRANCE – 2006
OSS 117 Le Caire Nid d’Espions
Michel Hazanavicius

FRANCE – 1965
Le Corniaud
Gérard Oury

USA – 1988
Who Framed Roger Rabbit ?
Qui veut la peau de Roger Rabbit ?
Robert Zemeckis




FRANCE  – 1996
Bernie
Albert Dupontel

USA – 1938
Bringing up Baby
L’Impossible Monsieur Bébé
Howard Hawks

USA – ALL – 2009
Very Bad Trip
Todd Phillips

ROUMAIN- 1975
A fost sau n-a fost?
12h08 à l’est de Bucarest
Corneliu Porumboiu

FRANCE – 1971
Jo
Jean Girault

USA – 1996
TRAINSPOTTING
Danny Boyle




USA – 1963
Dr. Strangelove
Dr Folamour
Stanley Kubrick

GB -1985
Brazil
Terry Gilliam

FRANCE – 1966
La Grande Vadrouille
Gérard Oury

FRANCE – 2002
Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre
Alain Chabat




ITALIE – 1959
La Grande Guerra
La Grande Guerre
Mario Monicelli




USA – 2006
BORAT
Sacha Baron Cohen




FRANCE – 1949
JOUR DE FÊTE
Jacques Tati




USA – 1933
Busy Bodies
Laurel et Hardy menuisiers 
Lloyd French




GB – 1983
The Meaning of Life
Le Sens de la vie
Monty Python

FRANCE – 1951
L’Auberge Rouge
Claude Autant-Lara

ITALIE – 1961
Divorzio all’italiana
Divorce à l’Italienne
Pietro Germi

USA – 1982
Airplane II: The Sequel

Y-a-t-il enfin un pilote dans l’avion ?
Ken Finkleman




USA – 1926
The General

Le Mécano de la « General »
Buster Keaton et Clyde Bruckman

FRANCE – 1978
Les Bronzés
Patrice Leconte




USA – 1998
The Big Lebowski
Joel & Ethan Coen

USA – 1936
Our Relations  
C’est donc ton frère (Laurel & Hardy)
Harry Lachman

FRANCE – 1994
La Cité de la Peur
Alain Berberian




FRANCE – 1979
Les Bronzés font du ski
Patrice Leconte

ITA – 1976
Brutti, sporchi e cattivi
Affreux, Sales et Méchants
Ettore Scola

FRANCE -2009
OSS 117 : Rio ne répond plus
Michel Hazanavicius




USA – 2000
Scary Movie
Keenen Ivory Wayans




FRANCE – 1996
Un Air de famille
Cédric Klapisch

USA – 1994
The Mask
Chuck Russell

France – 1997
Les Randonneurs
Philippe Harel

ITA -1955
Peccato che sia una canaglia
Dommage que tu sois une canaille
Alessandro Blasetti




FRANCE – 1964
L’Homme de Rio
Philippe de Broca

USA – 1970
MASH
Robert Altman

FRANCE – 1956
LA TRAVERSEE DE PARIS
Claude Autant-Lara

FRANCE – 1937
Le Schpountz
Marcel Pagnol




USA – 1935
A Night at the Opera
Une nuit à l’opéra
Marx Brothers – Sam Wood

FRANCE – 1972
Le grand blond avec une chaussure noire
Yves Robert




TCH – 1970
Hoří, má panenko
Au feu, les pompiers !
Miloš Forman

FRANCE – ITALIE – 1958
La legge è legge
La loi, c’est la loi
Christian-Jaque




FRANCE – 2004
RRRrrrr !!!
Миллион лет до нашей эры  
Alain Chabat

GB-USA
In Bruges
Bons baisers de Bruges
Martin McDonagh




GB – USA – 1967
The Fearless Vampire Killers
Le Bal des Vampires
Roman Polanski

FRANCE – 1973
L’Emmerdeur
Edouard Molinaro




GB – USA – 1988
A Fish Called Wanda
Un Poisson nommé Wanda
Charles Crichton




H-K -2002
少林足球
Shaolin Soccer
Stephen Chow -周星驰

RUS – 2013
Горько!
Gorko
zhora kryzhovnikov – Жора Крыжовников

IRL – 2011
The Guard
L’Irlandais
Однажды в Ирландии
John Michael McDonagh




USA – 2007
Knocked Up
En cloque, mode d’emploi
Немножко беременна
Judd Apatow




RUS – 2010
О чем говорят мужчины
What Men Talk About
Dmitriy Dyachenko – Дмитрий ДЬЯЧЕНКО




TCH – 1999
Pelíšky
Jan Hřebejk




USA – 2005
The 40 Year-Old Virgin
40 ans, toujours puceau
Сорокалетний девственник
Jude Apatow




ITA – 1960
Tutti a casa
La Grande pagaille
Luigi Comencini




USA – 1979
Manhattan
Woody Allen

FRANCE – 1966
Ne nous fâchons pas
Georges Lautner 

FRANCE – 1953
Le Boulanger de Valorgue
Henri Verneuil




USA – 2001
Zoolander
Ben Stiller




TCH – 1939
Cesta do hlubin študákovy duše
Martin Frič

FRANCE – 1969
Hibernatus

Édouard Molinaro

USA – 1982
Tootsie
Sydney Pollack

FRANCE – 1972
Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil  
Jean Yanne

USA – 1997
Austin Powers: International Man of Mystery
Austin Powers
 Jay Roach

FRANCE -2001
Les Rois mages
Didier Bourdon et Bernard Campan

USA – GB – 1997
Bean
Mel Smith

FRANCE -1995
Les Trois Frères
Didier Bourdon et Bernard Campan

USA – 2008
Spartatouille
Jason Friedberg et Aaron Seltzer

 

CATULLE XXIV CATULLUS Ad Juventium puerum – Au Petit Juventius

*

CATULLE CATULLUS XXIV

litterarumLittérature Latine
Catulle

Poeticam Latinam

Traduction Jacky Lavauzelle

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CATULLE – CATULLUS
84 av J.-C. – 54 av J.-C.

POESIE XXIV

 Ad Juventium puerum

AU PETIT JUVENTIUS

***

qui flosculus es Iuventiorum,
O, petite fleur des Juventius,
non horum modo, sed quot aut fuerunt
non seulement des anciens, d’aujourd’hui
   aut posthac aliis erunt in annis,
Mais de tout ceux qui seront là dans les années à venir ;






mallem divitias Midae dedisses
Il eût été préférable de donner à ce Midas
 isti, cui neque servus est neque arca,
Qui n’a ni serviteur ni coffre,
quam sic te sineres ab illo amari.
Que d’être aimé par un tel scélérat.


   ‘qui? non est homo bellus?’ inquies. est:
« Quoi ? Il est bel homme ? » dis-tu.
 sed bello huic neque servus est neque arca.
mais cet homme de belle apparence n’a ni esclave, ni argent.

hoc tu quam lubet abice elevaque:
 Ignore de telles commodités :
nec servum tamen ille habet neque arcam.
Cependant, il n’a pas ni serviteur ni fortune !


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AD JUVENTIUM PUERUM
AU PETIT JUVENTIUS

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO












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Catulle – Catullus
POESIE XXIV

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LA CANAILLE & LES DELICATS
par Ferdinand Brunetière
1882

On a voulu faire de Catulle, sans arguments bien solides, un poète aristocratique, un poète du grand monde, comme de sa Lesbie, sur des inductions plutôt que sur des preuves, ce que Brantôme appelait « une grande et honnête dame. » Je persiste à ne pas croire, pour ma part, que Lesbie fût la célèbre Clodia, mais je crois que bon nombre des fréquentations de Catulle furent parmi la bohème littéraire de Rome. Au surplus, la conciliation n’est pas si difficile. Ce que nous savons, en effet, c’est que, lorsque l’adolescent de Vérone arriva de sa province dans la capitale, il y subsistait, sous le raffinement de quelques habitudes, sous l’étalage du luxe et sous l’apparence de la civilisation, un grand fonds d’antique brutalité romaine. Si nous en pouvions douter, nous rapprendrions au moins de certaines épigrammes de Catulle lui-même, plus grossières que mordantes, et dont l’outrageuse crudité passe tout. C’est bien fait à M. Rostand de nous les avoir traduites. On ne peut pas juger d’un poète en commençant par faire exception de toute une partie de son œuvre, qui peut-être est celle que les contemporains en ont presque le plus goûtée. Là où Catulle est bon, il va jusqu’à l’exquis, et c’est bien de lui que l’on peut dire aussi justement que de personne qu’il est alors le mets des délicats ; mais là où il est grossier, il l’est sans mesure, et c’est bien encore de lui que l’on peut dire qu’il est le charme de la canaille. Or, à Rome, en ce temps-là, dans le sens littéraire de l’un et l’autre mot, la canaille et les délicats, c’était presque tout un. On ne distinguait pas encore, selon le mot d’Horace, la plaisanterie spirituelle de l’insolente rusticité. La curiosité de l’intelligence, vivement éveillée, capable de goûter les finesses de l’alexandrinisme, était en avance, pour ainsi dire, sur la rudesse des mœurs et la vulgarité des habitudes mondaines. Quand on grattait ces soupeurs qui savaient apprécier les jolies bagatelles du poète, on retrouvait le paysan du Latium, qui s’égayait, au moment du vin, à faire le mouchoir. La raillerie, comme à la campagne, s’attaquait surtout aux défauts ou disgrâces physiques. Je sais bien que, jusque dans Horace, la grossièreté du vieux temps continuera de s’étaler, mais ce ne sera plus de la même manière naïvement impudente. Au temps de Catulle, la délicatesse n’avait pas encore passé de l’esprit dans les manières. Quand il s’élevait seulement un nuage sur les amours du poète et de sa Lesbie, le docte traducteur de Callimaque s’échappait en injures de corps de garde. Cette société très corrompue ne s’était pas encore assimilé la civilisation grecque. Elle s’essayait à la politesse, elle n’y touchait pas encore. Et sous son élégance toute superficielle, elle manquait étrangement de goût. — Il me paraît que, si l’on examinée quel moment de notre histoire la plupart de ces traits conviennent, on trouvera que c’est au XVIe siècle, dans le temps précis que le contact des mœurs italiennes opérait sur la cour des Valois le même effet qu’à Rome, sur les contemporains de César, le contact des mœurs de la Grèce.

Ferdinand Brunetière
Revue littéraire
À propos d’une traduction de Catulle
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 54 –  1882

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SONNET SHAKESPEARE 34 Why didst thou promise such a beauteous day – UN SI BEAU JOUR

LES SONNETS DE SHAKESPEARE THE SONNETS
THE SONNETS – LES SONNETS

Illustration du Phénix par Friedrich Justin Bertuch
*


WILLIAM SHAKESPEARE
[1564 – 1616]

Traduction JACKY LAVAUZELLE

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SONNET 34

The Sonnets SHAKESPEARE
Les Sonnets de SHAKESPEARE
Why didst thou promise such a beauteous day
Un si beau jour

1598 

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*

Why didst thou promise such a beauteous day,
Pourquoi me promettre un si beau jour,
And make me travel forth without my cloak,
Et me faire sortir sans manteau,
To let base clouds o’ertake me in my way,
Pour laisser s’accumuler d’infâmes nuages sur mon chemin,
Hiding thy bravery in their rotten smoke?
Qui cacheraient ta nitescence dans leur poisseuse fumée ?

*








*

‘Tis not enough that through the cloud thou break,
Il n’est pas suffisant que tu transperces les nuages,
To dry the rain on my storm-beaten face,
Pour sécher la pluie sur mon visage battu par les tempêtes,
For no man well of such a salve can speak,
Car aucun homme ne peut louer le baume,
That heals the wound, and cures not the disgrace:
Qui guérit la plaie sans enlever la disgrâce :

*

Nor can thy shame give physic to my grief;
Ta honte ne soigne pas ma douleur;
Though thou repent, yet I have still the loss:
Bien que tu te repentes, j’en éprouve encore la perte :
The offender’s sorrow lends but weak relief
Le chagrin de l’agresseur n’apporte qu’un faible soulagement






*

To him that bears the strong offence’s cross.
À celui qui porte la croix d’une lourde offense.
Ah! but those tears are pearl which thy love sheds,
Ah ! Mais ces larmes sont des perles que ton amour répand,
And they are rich and ransom all ill deeds.
Et elles sont rares et sont la rançon de toutes les mauvaises actions.

*

 

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SHAKESPEARE SONNET 34

LES SONNETS DE SHAKESPEARE THE SONNETS

LUIS DE CAMOES OS LUSIADAS III-67 LES LUSIADES

*Luís de Camões Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS III-67 LES LUSIADES III-67
LITTERATURE PORTUGAISE

Luis de Camoes Oeuvres obras Artgitato

literatura português

Luis de Camões
[1525-1580]

Tradução – Traduction
texto bilingue

Luis de Camoes Les Lusiades

 

Obra Poética

(1556)

LES LUSIADES III-66

OS LUSIADAS III-67

A Epopeia Portuguesa

 

CHANT III
Canto Terceiro

Traduction Jacky Lavauzelle

verso 67
Strophe 67

III-67

Image illustrative de l'article Vasco de Gama

Vasco de Gama

Vasco da Gama signature almirante.svg

 

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Luís de Camões Os Lusiadas
OS LUSIADAS III-67
LES LUSIADES III-67

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Précisions historiques

Camoes a évoqué du verset 42 au verset 54 la bataille d’Ourique qui sera gagné par le premier roi de Portugal sous le nom d’Alphonse Ier – Alfonso I – Afonso Henriques (1109 Guimarães /Viseu-1185  Coimbra) –
Alfonso sera couronné roi de Portugal en 1139 après la bataille d’Ourique.
Dans le sonnet, Camoes évoque la séquence suivante à partir de la bataille de Leiria. Cette bataille n’a pas la même portée symbolique d’Ourique qui méritait une dizaine de sonnets, il s’agissait de la Grande Victoire, grão vitória. Nous nous trouvons à 7 kilomètres du Campo de Ourique. Nous sommes ici à la limite entre le nouveau royaume et les possessions des musulmans Almohades. D’où les premiers vers de Camoes sur la conquête récente de la ville par les Mahométans. Paio Guterres da Cunha, un noble portugais, se fera remarquer à plusieurs reprises dans la défense du château de Leiria Nous le retrouverons aussi dans le siège par les maures de Lisbonne.
Les autres villes citées dans le sonnet 55 sont Arronches, petite ville de l’Alentejo, située à proximité de l’actuelle frontière avec l’Espagne et Scabelicastro – nommée Scalabis par les Romains, puis Shantarin par les Maures – s’appelle aujourd’hui Santarém et se trouve au nord de Lisbonne, dans le Ribatejo.
Sonnet 56, Alphonse Ier continue ses conquêtes avec Sintra et Mafra situées à une vingtaine de kilomètres au nord de Lisbonne. Sintra tombe en 1147. Les Monts de Sintra sont nommés les Montagnes de la Lune, serras da Lua ; lien fait entre Sintra et Cynthie. Cynthie est associée à Diane, la déesse de la Lune (Première Encyclopédie – Diderot – 1751 – Tome 4 : CYNTHIUS & CYNTHIA, surnoms d’Apollon & de Diane, ainsi appelés du mont Cynthie situé au milieu de l’île de Délos où ils avoient pris naissance.)

 




Sonnet 57, voici la ville de Lisbonne et des références à sa fondation par Ulysse. Dans la Première Encyclopédie, en 1765 (Tome 11), Louis de Jaucourt souligne à la définition Olysippo : « c’est ainsi que plusieurs auteurs écrivent le nom d’une ville très-ancienne, située à l’embouchure du Tage, & qui est aujourd’hui Lisbonne. Elle est si ancienne, que Solin a cru qu’elle avoit été fondée par Ulysse ; & Strabon même ne juge pas impossible qu’Ulysse ait été en Espagne. Dans le passage de Solin on lit : Ibi oppidum Olysipone Ulyxi conditum. Solin met ici un ablatif pour un nominatif ; car, selon l’usage de son tems, les noms de ville se mettoient à l’ablatif, & étoient regardés comme indéclinables. Ainsi Vopiscus dans la vie d’Aurelien dit, Copto & Plotemaïde urbes cepit. Dans Antonin, les noms sont de même à l’ablatif, tandis que chez les Grecs ils sont au génitif. » »
La Dardanie d’Asie Mineure est dans l’actuelle Anatolie du nord-ouest. Les Dardaniens et les Troyens sont ici confondus.
Les troupes qui viennent des régions boréales sont les troupes croisées des régions nordiques venues à la rescousse d’Alphonse Ier.
Sonnet 58 : 1147- Siège de Lisbonne -O Cerco de Lisboa –  précisions sur les troupes venues en renfort du nord de l’Europe, notamment la Germanie et la Grande-Bretagne actuelle, « la froide Bretagne« .




Sonnet 59 : 1147 – Siège de Lisbonne – précisions sur la durée du siège avec les indications lunaires – Le siège a duré presque cinq mois du 1er juillet au 25 octobre 1147.

 




Sonnet 60 – Lisbonne est libérée – Rappel de la résistance de cette courageuse cité. Nous parlons ici des guerriers Scythes. « On donna anciennement le nom de Scythes à tous les peuples du septentrion, principalement à ceux du septentrion de l’Asie ; car quoique plusieurs auteurs marquent des Scythes en Europe, & que Pline les donne pour des peuples limitrophes du Pont, conjointement avec les Dardaniens, les Triballiens, les Mœsiens & les Thraces ; ces Scythes sont plus souvent appelés Getes ou Sarmates, quand on veut les prendre dans un sens plus étendu. Presque toujours par le nom de Scythes, on entend des peuples Asiatiques. Aussi Pomponius Mela, lib. III. c. iv. après avoir dit que la Sarmatie était limitrophe de la Germanie, dont elle était séparée par la Vistule, ajoute, chap. v. que les confins de l’Asie se prennent à la Sarmatie, si ce n’est dans les pays perpétuellement couverts de neige, & où il faisait un froid insupportable ; pays qui étaient habités par les Scythes. » (Louis de Jaucourt & Diderot -L’Encyclopédie, Première Edition de 1751 Tome 14)
Le Bætis, ou Betis est le Guadalquivir d’aujourd’hui et représente, par extension, la province de l’Andalousie. Le texte suggère un rapprochement entre le nom Andalousie et Vandalie. C’est la thèse d’André de Resende, restaurateur des études classiques du Portugal.




Sonnet 61 – Nous restons dans la même séquence de la conquête d’Alphonse avec l’aide des troupes étrangères du nord de l’Europe. Après Lisbonne, les autres villes de l’Estrémadure, au nord de Lisbonne, moins protégées, ne pouvaient que succomber :
Óbidos (District de Leiria), Alenquer (District de Lisbonne) et Torres Vedras (District de Lisbonne).

  Sonnet 62 – Les troupes avancent sur les terras Transtaganas, les terres Transtaganes, autrement dit au-delà du Tage ; il s’agit de terres fertiles placées sous la protection de la déesse Cérès, la déesse de l’agriculture, des moissons et de la fécondité. Les villes citées ici sont Elvas (district de Portalegre- on peut y admirer un édifice majestueux construit à partir de 1498 à 1622 : l’aqueduc des Amoreiras), Moura et Serpa (district de Beja), plus au sud, Alcácer do Sal (district de Setúbal) plus à l’ouest.
Sonnet 63 : après Viriatus, Quintus Sartorius (122 av J.-C. – 72 av J.-C.) est un véritable héros au Portugal.  Camoes continue la conquête et nous conduit ici dans la plaine d’Évora . Gérald sans peur , « Geraldo Sem Pavor, » mort vers 1173, aussi repris cette ville d’Evora aux maures en 1164 et ensuite Cáceres.
Sonnet 64 : 1162 -Trancoso, dans le district actuel de Guarda, qui est détruite, est vengée par la ville de Beja (30 septembre 1162), dans l’Alentejo. Cet Alentejo sera conquis entièrement en 1168.
Sonnet 65 : la conquête continue avec Sesimbra et Palmela, dans l’actuel district de Setúbal (au sud de Lisbonne) – Il s’agit de bataille contre le Taïfa de Badajoz. Le Taifa sera contrôlé par les Portugais en 1169 et 1170, avant de revenir sous le contrôle des Almohades.  C’est en 1227 que le Taifa sera définitivement perdu par les Almohades lors de la conquête chrétienne.
Sonnet 66 : les forces et le caractère du Taïfa de Badajoz.




Sonnet 67 : Alphonse avec une soixantaine de cavaliers fonce sur le Roi Maure. C’est la débandade. Le Roi s’enfuit suivi par son armée.

 

Jacky Lavauzelle
Camoes Les Lusiades

****

Le siège de Lisbonne
O Cerco de Lisboa

Alfredo Roque Gameiro
1917

******

« Desta arte Afonso súbito mostrado
« Soudain, apparaît Alphonse
 Na gente dá, que passa bem segura,
 Qui se rue sur les troupes se croyant en toute sécurité,
Fere, mata, derriba denodado;
 Vaillamment, il tue et coupe ;
 Foge o Rei Mouro, e só da vida cura.
 S’enfuit le Roi Maure, afin de sauver sa vie.
  Dum pânico terror todo assombrado,
 Dans une peur panique,
Só de segui-lo o exército procura;
 L’armée n’a plus que le désir de suivre ses pas ;
 Sendo estes que fizeram tanto abalo
Ceux qui avaient fait tant d’effets
  Não mais que só sessenta de cavalo.
 N’étaient pas plus que soixante cavaliers.

*******

Vasco de Gama par Gregorio Lopes

*********************
Luís Vaz de Camões Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS III-67 CAMOES LUSIADES III-67
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
*********************

White_Fawn_Drawing Faon Diane

LUIS DE CAMOES OS LUSIADAS LES LUSIADES

LA POESIE DE MAÏAKOVSKI – Поэмы

стихи русского поэта Владимира Маяковского

LA POESIE DE MAÏAKOVSKI


русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe
 

 





 

Владимир Владимирович Маяковский
Vladimir Maïakovski

1893-1930

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
стихотворение Лермонтова

 




 Poème de Vladimir Maïakovski

LA POESIE DE MAÏAKOVSKI
Поэмы
стихи русского поэта Владимира Маяковского

1915

**

LA FLÛTE DES VERTEBRES
Флейта-позвоночник

LE PROLOGUE
пролог



******

1917

L’HOMME
Человек

PASSION DE MAÏAKOVSKI
Страсти Маяковского

Слышите?
Entendez-vous ?
Слышите лошажье ржанье?
Entendez-vous hennir les montures ?



 


 




*************

LA POESIE DE MAÏAKOVSKI

LA FLÛTE DES VERTEBRES de MAÏAKOVSKI – Le Prologue – Флейта-позвоночник

Флейта-позвоночник

LA FLÛTE DES VERTEBRES DE MAÏAKOVSKI


русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe
 

 





 

Владимир Владимирович Маяковский
Vladimir Maïakovski

1893-1930

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
стихотворение Лермонтова

 




 Poème de Vladimir Maïakovski

LA FLÛTE DE VERTEBRES
Флейта-позвоночник
1915
PROLOGUE – пролог

**

За всех вас,
A vous toutes,
которые нравились или нравятся,
qui aiment ou qui avez aimé,
хранимых иконами у души в пещере,
Icônes stockées dans une caverne de l’âme,
как чашу вина в застольной здравице,
Comme une coupe de vin à boire lors d’un toast,
подъемлю стихами наполненный череп.
Je lève mes vers au fond de ce crâne.



Все чаще думаю –
De plus en plus, je pense –
не поставить ли лучше
Que le mieux serait de placer
точку пули в своем конце.
Une balle à la fin.
Сегодня я
Aujourd’hui,
на всякий случай
Juste au cas où,
даю прощальный концерт.
Je donne un concert d’adieu.



 

Память!
Mémoire !
Собери у мозга в зале
Recueille dans la pièce du cerveau
любимых неисчерпаемые очереди.
Une file inépuisable d’amantes.
Смех из глаз в глаза лей.
Que le rire baignent les yeux.
Былыми свадьбами ночь ряди.
Que la nuit s’embellisse de nos hymens passés.
Из тела в тело веселье лейте.
Que de corps en corps la joie circule.
Пусть не забудется ночь никем.
Que ne soit jamais oublié cette nuit.
Я сегодня буду играть на флейте.
Aujourd’hui, je vais jouer de la flûte.
На собственном позвоночнике.
Sur ma propre colonne vertébrale.



 




*******

Poème de Vladimir Maïakovski
LA FLÛTE DES VERTEBRES
PROLOGUE
1915




LA FLÛTE DES VERTEBRES DE MAÏAKOVSKI

THEATRE DE YEATS : THE ONLY JEALOUSY OF EMER L’UNIQUE RIVALE D’EMER (VI)

*








*

LE THEÂTRE DE YEATS
WILLIAM BUTTLER YEATS

Plays for Dancers
Pièces pour Danseurs


Traduction Jacky Lavauzelle

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WILLIAM BUTTLER YEATS
(1865–1939)

THE ONLY JEALOUSY OF EMER
(VI)

L’Unique Rivale d’Emer
(VI)

*****

THE ONLY JEALOUSY OF EMER

*

Women of the Sidhe
La Femme des Sidhes
I am ashamed
J’ai honte
That being of the deathless shades I chose
Comme être immortel d’avoir choisi
A man so knotted to impurity.
Un homme débordant d’impureté

The Ghost of Cuchulain goes out
Le Fantôme de Cûchulainn sort

Woman of the Sidhe
La Femme des Sidhes
 to figure of Cuchulain
à la Forme de Cûchulainn
To you that
A toi qui
have no living light, but dropped
Ne possède pas le feu de la vie, mais qui vient
From a last leprous crescent of the moon
D’un dernier croissant de lune lépreux,
I owe it all.
Je dois tout ça.

Figure of Cuchulain
La Forme de Cûchulainn
 Because you have failed
Parce que tu as échoué
I must forego your thanks, I that took pity
Je ne devrais attendre aucun de tes remerciements, j’ai, par pitié
Upon your love and carried out your plan
Pour ton amour et pour réaliser mon plan,
To tangle all his life and make it nothing
Enroulé toute sa vie et je l’ai anéanti
That he might turn to you.
Afin qu’il se tourne vers toi.

Woman of the Sidhe:
La Femme des Sidhes
Was it from pity
Était-ce par pitié
You taught the woman to prevail against me ?
Que tu appris à cette femme comment agir contre moi ?

*




*

 Figure of Cuchulain
La Forme de Cûchulainn
You know my nature — by what
Tu connais ma nature – et par quel
name I am called.
Nom  je suis appelée.

Woman of the Sidhe
La Femme des Sidhes
Was it from pity that you hid the truth
Est-ce par pitié que tu as caché la vérité
That men are bound to women by the wrongs
 Que les hommes sont liés aux femmes par les mensonges
They do or suffer?

Qu’ils font et qu’ils endurent ?

Figure of Cuchulain
La Forme de Cûchulainn
You know what being I am.
Tu sais ce que je suis.

Woman of the Sidhe
La Femme des Sidhes
I have been mocked and disobeyed —  your power
J’ai été trompée et l’on m’a désobéi – ton pouvoir
Was more to you than my good-will, and now
A été mis au-dessus de ma bonne volonté, et maintenant
I’ll have you learn what my ill-will can do:
Je vais t’apprendre ce que ma mauvaise volonté peut faire :
I lay you under bonds upon the instant
Je te lie à cet instant
To stand before our King and face the charge
Pour comparaître devant notre Roi et subir la charge
  And take the punishment.
Et le poids du châtiment.

Figure of Cuchulain
La Forme de Cûchulainn
I »ll stand there first,
J’irai moi-même là-bas le premier,
 
And tell my story first ; and Mananan
Et je raconterai  mon histoire d’abord ; Et Mananan
Knows that his own harsh sea made my heart cold.
Sait que sa propre et sévère mer a rendu mon cœur froid.

Woman of the Sidhe
La Femme des Sidhes
My horse is there and shall outrun  your horse.
Ma monture est là qui dépassera ton cheval.

*








*

 

The Figure of Cuchulain falls back, the Woman of the Sidhe goes out. Drum taps, music resembling horse hoofs.
La Forme de Cûchulainn retombe, la Femme des Sidhes sort. Roulement de batterie, musique imitant les sabots de cheval.

Eithne Inguba
Entering quickly
Entrant en se précipitant
I heard the beat of hoofs, but saw no horse ;
J’ai entendu le fracas des sabots, mais je n’ai vu aucun cheval ;
And then came other hoofs, and after that
Et encore des bruits de sabots et ensuite
I heard low angry cries, and thereupon
J’entendis de profonds cris de colère et brutalement
I ceased to be afraid.

J’ai cessé d’avoir peur.

Erner
Cuchulain wakes.
Cûchulainn se réveille !

The figure turns round. It once more wears the heroic mask.
La Forme se retourne portant encore le masque héroïque

Cuchulain
Eithne Inguba, take me in your arms —
Eithne Inguba, prends-moi dans tes bras –
I have been in some strange place and am afraid.
J’arrive d’un lieu étrange et j’ai peur.

The First Musician comes to the front of the stage, the others from each side. They unfold the cloth, singing.
Le premier musicien se poste à l’avant de la scène, les autres de chaque côté. Ils déploient le tissu et chantent.

*




*

 

The Musicians
Les Musiciens

What makes her heart beat thus,
Qu’est-ce qui fait battre ainsi son cœur,
Plain to be understood?
Aussi fort pour être comprise ?
I have met in a man’s house
J’ai rencontré, dans une maison d’humain,
A statue of solitude,
Une statue de solitude,
Moving there and walking;
Se déplaçant et marchant ;
Its strange heart beating fast
Son cœur étrange battait vite
 For all our talking.
Couvrant notre conversation.
Oh, still that heart at last!
Calme ce cœur !

O bitter reward!
O amère récompense!
Of many a tragic tomb !
De tant de tombes tragiques !
And we though astonished are dumb
Et nous restons étonnés et stupides
And give but a sigh and a word,
Et ne passe qu’un soupir et un mot,
 A passing word.
Un mot fuyant.
Although the door be shut
Bien que la porte soit fermée
And all seem well enough,
Et que tout semble apaisé,

*




*

 

Although wide world hold not
Bien que, dans le monde entier,
 
A man but will give you his love
Nul homme ne peut te refuser son amour
The moment he has looked at you,
Dès qu’il te voie,
 He that has loved the best
Celui qui t’aimera le plus
  May turn from a statue
Peut détourner de ta statue
His too human breast.
Sa trop humaine poitrine.

O bitter reward!
O amère récompense!
Of many a tragic tomb !
De tant de tombes tragiques !
And we though astonished are dumb
Et nous restons étonnés et stupides
And give but a sigh and a word,
Et ne passe qu’un soupir et un mot,
A passing word.
Un mot fuyant.

*




*

What makes your heart so beat?
Qu’est-ce qui fait battre ainsi ton cœur ?
Some one should stay at her side.
Quelqu’un devrait rester à tes côtés.
When beauty is complete
Quand la beauté est accomplie
 Her own thought will have died
Sa propre pensée devient morte
And danger not be diminished ;
Et le danger n’est pas écarté ;
 Dimmed at three-quarter light,
Diminuant au trois-quart de sa lumière,
 When moon’s round is finished
Quand  se termine la rotation de la lune
 The stars are out of sight.
Les étoiles alors disparaissent.

O bitter reward!
O amère récompense!
Of many a tragic tomb !
De tant de tombes tragiques !
And we though astonished are dumb
Et nous restons étonnés et stupides
Or give but a sigh and a word,
Et ne passe qu’un soupir et un mot,
 A passing word.
Un mot fuyant.
Although the door be shut
Bien que la porte soit fermée
And all seem well enough,
Et que tout semble apaisé,

When the cloth is folded again the stage is bare.
Lorsque la toile est repliée, la scène est redevenue vide.

[THE END
FIN]

Poetry of Yeats La Poésie de Yeats William_Butler_Yeats_by_John_Singer_Sargent_1908

*******

WILLIAM BUTTLER YEATS
THE ONLY JEALOUSY OF EMER
(VI)

*********

LA POESIE DE YEATS

CATULLE XXIII CATULLUS : AD FURIUM – A FURIUS

*

CATULLE CATULLUS XXIII

litterarumLittérature Latine
Catulle

Poeticam Latinam

Traduction Jacky Lavauzelle

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CATULLE – CATULLUS
84 av J.-C. – 54 av J.-C.

POESIE XXIII

 A Varus

AD VARUM

***

Furi cui neque servus est neque arca
Furius, toi qui n’as ni serviteur ni argent
nec cimex neque araneus neque ignis,
Pas une seule punaise,  pas une pauvre araignée, pas un misérable feu,
verum est et pater et noverca, quorum
Tu possèdes toutefois un père et une belle-mère dont
dentes vel silicem comesse possunt,
Les dents peuvent croquer des cailloux
 est pulcre tibi cum tuo parente
Quel bonheur que d’avoir un tel parent
   et cum coniuge lignea parentis.
Accompagné par son étique épouse.
nec mirum: bene nam valetis omnes,
A ça rien d’étonnant: car vous tous,
pulcre concoquitis, nihil timetis,
Êtes bien assortis, ne craignant rien,
 non incendia, non graves rvinas,
Ni les incendies, ni les effondrements de demeures
non facta impia, non dolos veneni,
Ni les mauvaises actions, ni les empoisonnements,
   non casus alios periculorum.
Ni les événements périlleux quels qu’ils soient.








atque corpora sicciora cornu
Vos corps sont devenus plus secs que la corne,
 aut siquid magis aridum est habetis
Ou ce qui est plus sec encore :
 sole et frigore et esuritione.
Le soleil, le froid et la faim.
quare non tibi sit bene ac beate?
Pourquoi ne pas être heureux et serein ?
 a te sudor abest, abest saliva,
Sudations, baves,
mucusque et mala pituita nasi.
Et sécrétions nasales te sont inconnues.
hanc ad munditiem adde mundiorem,
Ajoute à ces magnifiques propretés
quod culus tibi purior salillo est,
Que ton cul est plus blanc qu’une salière,
 nec toto decies cacas in anno;
Qui ne chie pas plus de dix fois dans l’année ;
   atque id durius est faba et lapillis.
Tes défécations sont plus dures que la fève, que des galets.

 quod tu si manibus teras fricesque,
Que tu pourrais les frotter dans les mains sans cesse,
   non umquam digitum inquinare posses
Que tes doigts n’en seraient pas plus sales ;
 haec tu commoda tam beata, Furi,
Ces avantages sont tellement précieux,
noli spernere nec putare parvi,
Ne les dévalorise pas, ne les prends pas à la légère,
  et sestertia quae soles precari
Et arrête de mendier des sesterces
 centum desine: nam sat es beatus.
Par milliers, car tu es bien assez béni ainsi.     


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AD FURIUM

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO












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Catulle – Catullus
POESIE XXIII

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LA CANAILLE & LES DELICATS
par Ferdinand Brunetière
1882

On a voulu faire de Catulle, sans arguments bien solides, un poète aristocratique, un poète du grand monde, comme de sa Lesbie, sur des inductions plutôt que sur des preuves, ce que Brantôme appelait « une grande et honnête dame. » Je persiste à ne pas croire, pour ma part, que Lesbie fût la célèbre Clodia, mais je crois que bon nombre des fréquentations de Catulle furent parmi la bohème littéraire de Rome. Au surplus, la conciliation n’est pas si difficile. Ce que nous savons, en effet, c’est que, lorsque l’adolescent de Vérone arriva de sa province dans la capitale, il y subsistait, sous le raffinement de quelques habitudes, sous l’étalage du luxe et sous l’apparence de la civilisation, un grand fonds d’antique brutalité romaine. Si nous en pouvions douter, nous rapprendrions au moins de certaines épigrammes de Catulle lui-même, plus grossières que mordantes, et dont l’outrageuse crudité passe tout. C’est bien fait à M. Rostand de nous les avoir traduites. On ne peut pas juger d’un poète en commençant par faire exception de toute une partie de son œuvre, qui peut-être est celle que les contemporains en ont presque le plus goûtée. Là où Catulle est bon, il va jusqu’à l’exquis, et c’est bien de lui que l’on peut dire aussi justement que de personne qu’il est alors le mets des délicats ; mais là où il est grossier, il l’est sans mesure, et c’est bien encore de lui que l’on peut dire qu’il est le charme de la canaille. Or, à Rome, en ce temps-là, dans le sens littéraire de l’un et l’autre mot, la canaille et les délicats, c’était presque tout un. On ne distinguait pas encore, selon le mot d’Horace, la plaisanterie spirituelle de l’insolente rusticité. La curiosité de l’intelligence, vivement éveillée, capable de goûter les finesses de l’alexandrinisme, était en avance, pour ainsi dire, sur la rudesse des mœurs et la vulgarité des habitudes mondaines. Quand on grattait ces soupeurs qui savaient apprécier les jolies bagatelles du poète, on retrouvait le paysan du Latium, qui s’égayait, au moment du vin, à faire le mouchoir. La raillerie, comme à la campagne, s’attaquait surtout aux défauts ou disgrâces physiques. Je sais bien que, jusque dans Horace, la grossièreté du vieux temps continuera de s’étaler, mais ce ne sera plus de la même manière naïvement impudente. Au temps de Catulle, la délicatesse n’avait pas encore passé de l’esprit dans les manières. Quand il s’élevait seulement un nuage sur les amours du poète et de sa Lesbie, le docte traducteur de Callimaque s’échappait en injures de corps de garde. Cette société très corrompue ne s’était pas encore assimilé la civilisation grecque. Elle s’essayait à la politesse, elle n’y touchait pas encore. Et sous son élégance toute superficielle, elle manquait étrangement de goût. — Il me paraît que, si l’on examinée quel moment de notre histoire la plupart de ces traits conviennent, on trouvera que c’est au XVIe siècle, dans le temps précis que le contact des mœurs italiennes opérait sur la cour des Valois le même effet qu’à Rome, sur les contemporains de César, le contact des mœurs de la Grèce.

Ferdinand Brunetière
Revue littéraire
À propos d’une traduction de Catulle
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 54 –  1882

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