STILL WALKING – A L’ORIGINE DE LA SOUFFRANCE (Hirokazu Kore-Eda)

Hirokazu Kore-Eda
是枝 裕和
STILL WALKING
歩いても 歩いても
A L’ORIGINE
DE LA SOUFFRANCE

Nous vivons dans le trajet du fils (Hiroshi Abe), sa compagne (Kazuva Takahashi) et son fils d’un premier mariage (Shohei Tanaka), un retour aux origines.

A l’origine fœtale de sa naissance. Là où tout a commencé, dans son quartier, dans sa ville, Yokohama,  dans la maison de son enfance. A  l’origine du deuil surtout  qui a frappé les membres de cette famille : la mort du fils aîné, Junpei.

Ce fils qui revient prend sur lui pour affronter, une fois encore, les démons qui l’assaillent : la mort, son père, son échec professionnel. Le fils rentre dans la maison, crevasse matricielle, avec méfiance et réticence, moins effrayé par le souvenir de l’accident que par l’adoration du père pour ce frère disparu. Ceux qui « marchent encore » (still walking) sont-ils ceux qui habitent la maison de Yokohama ? La barre installée dans la baignoire souligne le temps qui passe et fait basculer vers ces âmes qui s’envolent le soir d’un unique battement d’ailes de papillon.

Still walking semble revêtir le kimono d’un haïku en trois mots : nature, corps et mort. Eux trois sont constamment présents et rythment le retour. A dépouiller les personnages, nous ne voyons souvent que des mains, des pieds et des dos. Les mains tentent de toucher les fleurs, râpent les légumes. Les dos nous montrent tout ce que l’individu a porté depuis tant d’années. Ils nous montrent tout ce que le visage ne veut ou ne peut exprimer. Ils cachent les traits et les rides, les émotions qui pourraient se libérer. Le corps dans ce puzzle parle. Même ainsi. Il dit le refus et la lâcheté en remplaçant des mots remplis de regrets, trop lourds à porter.

Ensuite, la caméra laisse passer les corps, dans les pièces ou sur la route menant au cimetière, et reste à filmer la nature.

« Seule, dans la chambre
Où il n’y a plus personne,
Une pivoine »
(haïku de Buson)

 L’image est dépouillée et tranquille comme la surface d’une eau plane. Comme ce bus qui transporte la famille au pèlerinage annuel. Vers la maison paternelle. Aller voir ce  père hirsute, « si peu aimable », qui s’enferme dans sa pièce de travail, tourne le dos à sa famille comme à ses invités, ou encore qui s’énerve sur ces enfants qui touchent à ses fleurs. La surface n’est  pas si douce. Rien n’est dit ou ne se dit vraiment. On regarde les photos et l’on parle de recettes qui ne feront jamais… Le fils (Hiroshi Abe) ne parle pas de la perte de son emploi. Le sujet est l’autre. L’autre fils. Celui qui devait remplacer le père et devenir médecin, prendre le cabinet…celui qui est mort en sauvant un enfant de la noyade. « Les grands arbres avalent beaucoup de vent » (proverbes japonais). Et ce fils prend beaucoup de place pour ces vivants qui étouffent.

Il rappelle qu’il n’est que le cadet. Il ne sera jamais l’aîné. Le père n’est plus docteur, mais il veut rester « Monsieur le Docteur » et souhaite ne pas être vu avec un sac de supérette, dégradant pour sa condition. Le fils ne dit rien, surtout ne parle pas de lui : « je n’ai rien à leur dire. Mon père croit que je suis toujours fan de base-ball »

Le temps s’est figé à l’heure du deuil. C’est une éternelle journée sans fin…

L’eau qui coule sur la pierre tombale rafraîchit le mort, le papillon qui franchit la porte symbolise l’âme du défunt fils, le tourne-disque plonge la famille dans la nostalgie, « on a tous une musique qu’on écoute en cachette. » Mais le fond reste âcre. Il faudrait blanchir la famille, comme l’on blanchit les radis : « ça leur enlève leur âcreté ! »

La maison et le cimetière. Et tout au long, un chemin. Difficile et pentu. Lourd déjà pour le jeune couple qui monte, harassé par la fournaise d’un soleil brûlant, ou pour ce vieux couple qui remonte lentement, marche après marche. Ce chemin est le pont qui relie les vivants des morts et permet aux uns de visiter les autres. « Il est entré dans la pièce. Tu nous as suivis depuis le cimetière, hein ? N’ouvre pas ! C’est peut-être Junpei. »

Tout est répétition palingénésique. Comme un rite. La visite annuelle, l’enfant sauvé que l’on fait souffrir tous les ans, et que l’on s’amuse à constater un peu plus gros chaque fois, la visite du cimetière.

Le fils aîné est là. C’est lui qui est le plus présent dans le film, qui pèse dans le film. Chaque image est pleine de son absence. Fragile comme un papillon et lourd comme un passé qui ne passe pas.

« La vie humaine est une rosée passagère » (proverbe japonais)

Jacky Lavauzelle

CHEER MUSIC Les chansons de la bonne humeur matinale

LES CHANSONS DE LA
BONNE HUMEUR MATINALE
Best Songs for Cheer Music

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ONE BROKEN HEART FOR SALE

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 TONBANDGERÄT
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CHENOA
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 Sek Loso ซม
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Runaround Sue

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(Ost.อันโกะ กลรักสตรอว์เบอร์รี่) – Lowfat feat. โบว์ลิ่ง มานิดา【OFFICIAL MV】

 GREASE
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Sweet Transvestite

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SALSA – LES PLUS BELLES SALSAS A DANSER

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DANSE –  SALSA
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Indépendance Cha-Cha (Kabasselé) 
African Jazz 1960

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LES PLUS BELLES CHANSONS DU MONDE CHANTEES PAR DES ENFANTS

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THE MOST BEAUTIFUL SONGS SUNG BY CHILDREN
LES PLUS BELLES CHANSONS CHANTEES PAR DES ENFANTS
1-
CHINE
草原孤兒 烏達木 – 中國達人秀
Uudam – Mother in the dream – 梦中的额吉




2-
Afghanistan
Jurabek Juraev
 Chante Chak chaki baran (chanson tadjik)چک چک باران

3-
Danemark – Îles Féroé – Føroyar
Eg eigi vakrar dreymar

4-
Mexique
SOMOS EL MUNDO CORO INSTITUTO VIVIR
Coro del Instituto Vivir, de Saltillo Coahuila Mexico

5-
Mongolie
Хүүхдийн дуу Багш заяа

6-
Indonésie
TEGAR KETEMU
Kemana Kasih Sayang

7-
Moldavie Roumanie
Cleopatra Stratan
Cand voi creste mare

8-
Indonésie
Tegar Ketemu
Pantaskah Surga Untukku

9-
France
Les Poppys
Non, Non, Rien N’a Changé !

10-
Mongolie
Huuhdiin Duu
Minii Henz Hurga

 11-
Moldavie Roumanie
Cleopatra Stratan
Budak comel nyanyi lagu

  12-
MALAISIE
New Boyz
Sejarah Mungkin Berulang

 13-
DANEMARK – ÎLES FEROE
Kular Røtur – Vov vov

Cамые красивые русские песни

 RANKING ARTGITATO 2015
Cамые красивые русские песни
Plus belles chansons russes Best Russian songs

 Булат Окуджава  Пока Земля ещё вертится

Владимир Высоцкий Купола

Владимир Высоцкий  Банька по-белому

Михаил Владимирович Круг  Кольщик (Фрагмент из фильма Легенды о Круге)

Филипп Киркоров и Настя Петрик  Снег

Владимир Высоцкий  Спасите наши души

Витас Opera n°2

Юрий Визбор  Три сосны под окном

Ани Лорак  Забирай рай

Сергей Никитин Каждый выбирает для себя

 Ят-Ха Kaa-Khem

Юрий Визбор Белый пароходик

Михаил Владимирович Круг Vladimirskiy Central – Владимирский централ

 Вахтанг Кикабидзе  Виноградная косточка

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Вахтанг Кикабидзе  Мои года

מיטב שירי ארץ ישראל

RANKING ARTGITATO 2015
ישראל 

ISRAEL Les plus belles chansons

מיטב שירי ארץ ישראל




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 מישהו פעם

שלמה ארצי

תתארו לכם (קליפ))

מאיר אריאל
 לא יכול להוריד ממך את העיניים

 אייל גולן כשאחר

 מוש בן ארי
 ואיך שלא

מוקי
 לב חופשי

רייכל גפן
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דניאל סלומון – דנה עדיני
רבות הדרכים

קרולינה
 ולא היה בינינו אלא זוהר

קרולינה – אף אחד לא בא לי

שלמה ארצי
 היא לא יודעת מה עובר עלי (הופעה חיה)

  שולי רנד
בזמן האחרון

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יפה כלבנה

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 לבד בינתיים

 דויד ברוזה
מתחת לשמיים

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 עטור מצחך

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  אמא, אבא וכל השאר
הפרויקט של עידן רייכל

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נגמר

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Les Plus belles chansons israéliennes

 

ISRAEL Les plus belles chansons

RANKING ARTGITATO 2015
Les plus belles
chansons israéliennes

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Shlomo ARTZI   שלמה ארצי
תתארו לכם (קליפ)

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 לא יכול להוריד ממך את העיניים

Eyal GOLAN אייל גולן כשאחר

Mosh BEN-ARI מוש בן ארי
 ואיך שלא

MUKI מוקי
 לב חופשי

Idan RAICHEK et Aviv GEFFEN רייכל גפן
קוצים (Epines – Thorns)

Daniel SALOMON & Dana ADINI דניאל סלומון – דנה עדיני
רבות הדרכים (Rabot Hadrahim)

Karolina – Zohar  קרולינה ולא היה בינינו אלא זוהר

 קרולינה – אף אחד לא בא י ל Karolina – Af Echad 

Shlomo ARTZI שלמה ארצי
 היא לא יודעת מה עובר עלי (הופעה חיה)

SHULI RAND  שולי רנד
בזמן האחרון (Lately)

Eviatar BANAI אביתר בנאי
יפה כלבנה (Belle comme la lune – Beautiful as the moon)

Darkenu (Notre chemin)
– הבורגנים – דרכנו

 Danny ROBAS דני רובס
משהו חדש מתחיל

MUKI מוקי –
ילד של אבא

Arik EINSTEIN
גיטרה וכינור

Natan GOSHEN נתן גושן 
כל מה שיש לי

THE IDAN RAICHEL PROJECT
הפרויקט של עידן רייכל

בלילה

Shlomo ARTZI  – שלמה ארצי
להציל אותך

Idan Rafael HAVIV עידן חביב
  מחכה –

Maor ASHWAL  מאור אשואל
 לבד בינתיים

David BROZA דויד ברוזה
מתחת לשמיים

Arik EINSTEIN אריק איינשטיין
 עטור מצחך

THE IDAN RAICHEL PROJECT
הפרויקט של עידן רייכל

אמא, אבא וכל השאר

SHULI RAND  שולי רנד
נגמר

Yonatan RAZEL יונתן רזאל
קטנתי

LES AMOUREUX SONT SEULS AU MONDE d’Henri DECOIN 1948








 Henri DECOIN
LES AMOUREUX SONT SEULS AU MONDE
1948

LA VALSE DES COEURS

LES AMOUREUX SONT SEULS AU MONDE Henry Decoin Artgitato

Scénario, adaptation et dialogues Henri Jeanson

DIX HUIT ANS et TRENTE CINQ MINUTES

Gérard Favier arrive dans une auberge, près d’une forêt. Il retrouve son épouse Sylvia.

Il rejoue leur première rencontre qui s’est déroulée, ici-même, il y a dix-huit ans et « trente-cinq minutes ! » : « Moi, je m’appelle Sylvia…Vous ne connaissez de moi qu’un petit nom… » Comme Gérard s’est mis au piano, il est interpellé par le patron de l’auberge qui lui demande de remplacer les musiciens qui ne sont toujours pas présents, afin d’animer un mariage. « On avait commandé des musiciens, ils devaient être là à midi et demi et ils ne sont pas arrivés ; ils ont raté le car, c’est sûr ! » Gérard s’y prête de bonne grâce jusqu’à l’arrivée des musiciens en vélo avec deux heures de retard.

NOTRE AMOUR N’A PAS CHANGE

Cette première partie s’articule autour de ce temps qui s’est arrêté depuis dix-huit ans comme si rien ne s’était passé et que le couple, loin d’avoir vécu ce laps de temps ensemble, venait de se rencontrer pour la première fois. Ils utilisent les mêmes mots et boivent la même fine à l’eau. Il modifie les aiguilles de la pendule, « c’est à une heure vingt-cinq que nous nous sommes connus…- il y a …- Trente-cinq minutes ! …- Et dix-huit ans ! – Dans cette même salle, …- Avec la même fine imbuvable…- Le même portrait de Fallières et le même calendrier, qui déjà retardait de quelques années…- Il y avait aussi une noce, toute pareille à celle-ci. – C’est merveilleux ! – Tu as ramassé cette écharpe, c’était la même, avec la même désinvolture qu’autrefois, et j’ai eu la même bizarre petite contraction à la gorge. – Tu vois qu’on peut revivre les instants trop vite écoulés, « bisser » un souvenir à succès ! – Toi qui ne voulais pas venir… notre amour n’a pas changé… – Il nous a reconnus ! Et le piano, joue-t-il toujours aussi faux ? C’était un fameux Chaudron !»





LES PORTE-BONHEUR PORTE QUELQUEFOIS BONHEUR

Après ces dix-huit ans, s’aiment-ils encore ? Le retour aux sources afin de redonner un nouvel élan. Rien n’est changé. Mais dix-huit ans ont passé. Favier est reconnu dans son métier. Il n’est plus ce jeune compositeur inconnu. Il a besoin d’acheter sept porte-bonheur, « pour la semaine », au petit garçon dans la rue qui ouvre le film. A la fin de cet épisode à l’auberge, il retrouve le garçonnet. Il lui remet l’intégralité de la somme récoltée par Sylvia pour sa prestation. « On a donné une représentation à ton bénéfice…Tu vois, les porte-bonheur porte quelquefois bonheur ! »

TU N’AS JAMAIS ETE FICHU DE L’ECRIRE

Mais sept bonheurs pour la semaine montrent combien ils sont éphémères et combien la dure réalité est là. « Amor extorqueri non pote, elabi pote. Il n’est pas possible que l’amour s’évanouisse brutalement, mais il peut lentement s’échapper. » (Publilius Syrus) Le bocal du bonheur est-il bien refermé ? Les anciens amants devenus maris s’obligent à penser que rien n’a changé. Ils sont trop insistants à retrouver le moindre détail, comme des naufragés sur leur île. Et si rien n’a changé, leur amour est toujours aussi flamboyant. « -Tu reconnais cette allée d’arbres ? – Je connais même les arbres par leur nom de baptême. Ils ont été nos premiers témoins…Ce vieux bouleau ! – Ils n’ont pas vieilli ! – Rappelle-toi…On a fait quelques pas sans rien dire et puis…- C’est ce jour-là que tu m’as promis de composer une belle chanson d’amour pour moi toute seule… – J’y ai souvent pensé, à cette chanson…Mais tu n’as jamais été fichu de l’écrire ! – Des chansons d’amour, il en existe de toutes faites qui nous vont comme des gants. » Déjà, une faille. Cette promesse jamais tenue. Qu’il tiendra pour une autre. Mais pas pour Sylvia. Rien n’est changé, mais le temps est passé aussi sur cette promesse.

LA FIN FAIBLIT

Voici venir la douce et resplendissante élève. D’abord un son, une musique. Quelqu’un joue son concerto. Favier sait que c’est une jeune fille qui joue. Et déjà, Favier analyse son âme. « Elle joue remarquablement… C’est une femme… Ou plutôt une jeune fille…Elle joue bleu…Elle a de l’imagination et aussi de la sensibilité…Elle est romanesque, secrète…Et pourtant spontanée. Elle rêve encore sa vie…Oh, ce n’est qu’une enfant ! …Je l’attends à l’allegro ! » Il s’agit de la jeune Monelle qui se permet en plus de critiquer son œuvre. « Le début est brillant, mais la fin faiblit… »

JE VOUS AIME…CE N’EST PAS MA FAUTE

Il a tout compris en écoutant l’interprétation de sa composition. Elle devient rapidement son élève. Un premier récital. Un énorme succès. Monelle est folle amoureuse de son professeur et maître. « Je n’oublierai jamais ce que vous avez fait pour moi ! ». Jusqu’à la déclaration : « Je vous aime ! Oui, je vous aime !…Il n’y a pas de quoi rire…Je ne pense qu’à vous depuis ce récital…La preuve que je vous aime, c’est que je vous l’ai dit ! …Parfaitement, je vous aime ! C’est bien mon droit, à la fin du compte ! Je vous aimerai sans vous si vous continuez… Je vous aime, là ! Ce n’est pas ma faute !»

RIEN N’EST PLUS FRAGILE QU’UNE JEUNE FILLE

La séance de cinéma. Se retrouvent les Favier, Monelle et Ludo, l’ami du couple. Des gants oubliés. Sylvia y retourne et, à son retour, observe les nouveaux amoureux. Elle comprend que son couple est en péril, mais elle veut à tout prix le bonheur de son mari. Elle est prête à s’effacer si elle constate qu’il n’y a plus rien entre eux. Elle essaie toutefois de le raisonner : « –Il ne faut pas jouer les enfants…Il faudra être très gentil avec Monelle. Rien n’est plus fragile qu’une jeune fille…Tu ne l’aimes pas, j’en suis sûre, puisque je suis là…Si tu l’aimais, si tu l’aimais vraiment, je disparaîtrais…Je t’ai toujours dit que je vivais pour te rendre heureux. Si tu pouvais être heureux sans moi, je n’aurais plus qu’à m’escamoter. J’ai souvent pensé à ces choses… » Déjà l’idée du suicide est là, en germe, dans la pensée de Sylvia.

JE REPRENDRAI CONFIANCE

Ils se donnent deux mois sans voir la petite Monelle. « Dans deux mois, elle n’y songera plus… » Mais l’absence de la jeune élève rend notre maître impuissant. Il ne peut plus écrire une seule note de musique. Son imagination et sa création se sont taries. Sylvia est consciente de l’étendue du carnage :  « –Moi, je sais qu’elle s’appelle Monelle son obsession, et qu’elle est charmante. » Sylvia prend la décision que son Mari et Monelle se revoient. « – Qu’il revoie Monelle et si cette tristesse qu’il manifeste depuis deux mois ne l’abandonne pas, c’est que je me serai trompée…En ce cas, je reprendrai confiance… »

LE FEU A REPRIS

Favier rentre, transformé. Quelque chose d’important s’est passée. Il a retrouvé l’inspiration. Pendant que sa femme lui parle de douleur et de souffrance. « Moi, aujourd’hui, pour la première fois depuis…depuis longtemps, je me suis senti à nouveau…je ne dirai pas habité, c’est un mot stupide…Mais enfin…le feu a repris…je vais mieux ! Et maintenant, je vais bien t’étonner : la chanson d’amour que je n’ai jamais été fichu d’écrire en huit ans, elle est faite ! Oui, elle est venue en marchant, et dans sa forme définitive. Je ne l’ai pas encore jouée, mais je l’entends déjà : c’est une valse, naturellement ! Et populaire ! Une valse encore sans paroles, forcément, elle vient de naître…C’est merveilleux ! N’est-ce pas ? » Et Favier joue devant Sylvia, en chantant « Les amoureux sont seuls au monde… ». Il lui attribue la paternité de cette phrase. Il l’appellera  La Valse de Sylvia !

UN ETAT D’EXALTATION EXTRAORDINAIRE

La rencontre entre Monelle et Sylvia dans le bar parisien. Monelle lui apprend qu’ils se sont revus. Elle apprend que la valse créée récemment avait pour origine cette rencontre. « On est resté un instant silencieux, puis on est reparti. Il a posé sa main sur mon épaule et il m’a chanté à mi-voix une valse qu’il venait d’imaginer. Il a voulu absolument entrer dans une boîte pour la jouer : il était dans un état d’exaltation extraordinaire. » Sylvia, poignardée en plein cœur, a du mal à retenir son souffle.

Jacky Lavauzelle

  LES PERSONNAGES ET LES INTERPRETATIONS Louis Jouvet joue le compositeur Gérard Favier, Renée Devillers est la femme de Gérard Favier, Dany Robin joue Monelle Picart, la jeune élève découverte par Gérard Favier, Léo Lapara est Ludo, l’ami du couple Favier, Dans la famille Picart : Fernand, le père, joué par Fernand René, Jules, le fils, joué par Philippe Nicaud. Apparitions de Michel Jourdan comme danseur lors de l’épisode du début à la noce, de Micheline Dax pendant le concert et de Nicole Courcel, l’actrice de Rendez-vous de juillet de Jacques Becker tourné l’année suivante en 1949

JULES ROY – LE NAVIGATEUR

Jules Roy

Le Navigateur
1954
Ed. Gallimard

Le Navigateur Jules Roy Artgitato

LES BATTEMENTS D’UN CŒUR
AU MILIEU DES TENEBRES

 

En 1946, juste après la fin de la guerre, un des premiers romans de Jules Roy, la Vallée perdue, commence par une description d’avions dans le ciel, puis décrit une collision d’avions de chasse pendant la seconde guerre mondiale. La collision a été évitée, mais le choc est là. Chevrier sauf retrouve son ami Morin sur la base. Jules Roy part sur la même base avec le Navigateur, sorti en 1954. Là, la collision tourne mal et détruira l’engin. Mais le héros en sortira indemne.

Les descriptions des équipes et des missions reflètent ce que Jules Roy a vécu à partir de 1943 dans la Royal Air Force, la R.A.F. Il effectuera trente-trois missions contre vingt-deux pour le héros du Navigateur. La vingt-troisième sera l’ultime mission.

A chaque fois, le risque maximum et la vie au bout, si fragile. Un rien, une hélice, une friction, un tir, une panne, un rien et tout peut basculer de l’autre côté. Juste des bonheurs simples et fugaces : le bonheur de se sentir vivant ; une amitié rare mais solide ; un sens du devoir mais aussi un sens de l’enjeu et le calcul du risque. Le risque c’est Weser qui sera abattu, ce que tout le monde prédisait. Weser est une menace. Et la vie est bien trop importante pour la laisser à une tête brûlée.

« Quand le navigateur vit arriver la terre, il était trop tard. » Une collision. Une urgence. La nuit. Par automatisme, un navigateur français de la R.A.F ., Alfred Ripault, de retour de mission, se retrouve dans un champ de betteraves. Sans comprendre. Il « était trop tard », mais il est sauf. Pour les autres qui arriveront sur terre, ils seront retrouvés calcinés ; pour eux, il est vraiment trop tard. Lui est là, vivant, n’ayant perdu que son étui à cigarettes en argent ! Son esprit s’est vidé par la peur, intégralement. L’instinct de survie est le plus fort. « Le navigateur plia le genou sur son parachute compromettant, l’esprit vide, et, sur le moment, c’était le sentiment majeur qu’il éprouvait : une sûreté de soi, une confiance débordante et gratuite, un triomphe intérieur qui lui donnait une joie qu’il n’avait jamais connue. » Ne sachant plus s’il se trouve en Allemagne ou ailleurs, il marche. Il trouve une maison isolée où une femme en peignoir l’accueille. De nouvelles sensations l’assaillent : « Toute pensée l’avait quitté. Il était devenu semblable à une bête qui vient d’échapper au coup de fusil du chasseur et reprend son souffle dans un terrier. Les battements de son cœur ne l’assourdissaient plus, mais il était plongé  au sein d’un profond étonnement, un peu comme s’il venait de renaître à la vie et qu’il eût à refaire connaissance avec le monde. » Rien ne se passe et pourtant. Le corps est à l’écoute. « Une légère ivresse le berçait de se sentir ainsi, dans une maison inconnue, près d’une femme à peine éveillée, après son accident. ‘C’est ce silence… ‘, pensa-t-il. Sa vie n’était qu’une longue clameur qui n’aurait de terme qu’à sa mort. » Une voiture, suite à son appel, arrive pour le ramener à la base. Il part sans même connaître son nom.

Le retour. La découverte qu’il est le seul survivant. L’enterrement. Il repense à l’anglaise. « L’étrangère lui avait pourtant dit ‘à bientôt…’ d’une façon qui ressemblait à une prière, mais l’idée qu’il se faisait de  cette femme n’avait plus rien de commun avec sa réalité, et c’était de la réalité qu’il avait peur, alors qu’il recomposait à son gré les images de la nuit. » Il se décide une semaine après devant la porte. Elle le reçoit avec plaisir. Elle se nomme Rosica. Tout se passe pour le mieux. Mais soudain, « une grande tristesse le recouvrit soudain. ‘Des mots, se dit-il, des mots pour nous mentir et nous blesser… ‘ Une tristesse bête et inutile dont il se sentait responsable puisqu’il ne faisait rien pour conquérir la jeune femme. » Ce vide qui l’envahit, le submerge et noie sa personnalité. Il ne se sent plus humain. « Il se sentait devenu aussi dur qu’un bloc de pierre. »

De retour à la base, il reçoit un ordre pour le lendemain pour redécoller. Alfred se déclare malade. Arrive le médecin du camp qui ne lui trouve rien, sinon une dépression nerveuse qui le rendra indisponible pour une semaine. A son copain, l’Amiral, il avoue ne pas vouloir sortir avec  la tête brûlée de Raumer. Malheureusement, ce Raumer, le lendemain, n’est toujours pas rentré, le commandant d’Escadre, dans son bureau, accuse Alfred d’en être responsable. Avec lui, Raumer s’en serait tiré. Avec un novice, il n’avait pas autant de chances : « Vous êtes moralement responsable de la perte de l’équipage Raumer. » Le commandant le met aux arrêts, sans savoir véritablement quel en sera le motif. Il retrouve au mess son ami, l’amiral. Il lui fait part de son incompréhension. « Il (Le commandant) ne peut pas supposer qu’on ait de temps en temps envie de limiter la casse pour sauver quelqu’un d’autre en soi ? Moi qui n’ai presque personne, je le sens. »

Le navigateur Alfred reste seul dans sa chambre au milieu du bruit des décollages et des atterrissages. La colère est partie, reste la tristesse. « Il ne lui restait rien de sa rage de l’autre soir au moment où l’escadre s’était envolée avec Raumer vers l’usine d’essence synthétique, mais seulement une vague tristesse qui ressemblait à celle qu’on éprouve devant l’inaccompli. »  Alfred est déboussolé. Il perd ses quelques repères peu à peu. « C’était cela que le navigateur n’avait pas compris. Depuis ce moment où il avait accepté de tout quitter sans regret, il n’avait pas renoué avec la terre. Ni avec la jeune femme, ni avec l’amiral, ni avec le commandant d’escadre, et il ne savait plus comment s’y prendre. » Il a perdu le mode d’emploi. Il flotte ; « le navigateur demeurait comme hors du temps. » Des douleurs inexpliquées le contraignent à réduire sa nourriture, jusqu’à ne plus vouloir s’alimenter. « Alors il refusa toute nourriture et se contenta de boire de l’eau. En quelques mois depuis l’apparition de la maladie, il s’était résigné à mourir avec une facilité qui l’avait beaucoup étonné. C’était plus simple qu’il ne l’avait cru. Plus il s’affaiblissait et moins il avait le goût de renouer avec la vie. » Les contacts avec la terre, avec la vie, avec les autres sont rompus. Comme cette lettre écrite à maintes reprises à Rosica et qui n’arrivent pas à être finalisée. Il se décide enfin à retourner, malgré sa grande faiblesse, voir Rosica.

Le lendemain, il refuse de signer sa punition au motif que celle-ci est incomplète et ne relate pas les événements de la collision. Il en parle à son ami l’Amiral, qui, connaissant bien le commandant, va plaider pour son ami. Il lui propose de prendre Ripault avec lui comme navigateur dans sa prochaine mission. De son côté, Ripault souhaite voler avec un pilote qui « ne voit plus les lumières du terrain» et qui donc est dangereux. Le commandant accepte que le vol se fasse dans les conditions de Ripault. De retour chez le pilote, il lui annonce la nouvelle : « Personne d’autre que moi n’a pensé à t’aider, voilà tout. Dès que j’ai su qu’on te laissait tomber, je suis allé à toi pour ne pas me sentir seul. C’est toi qui me sauves et mon histoire s’arrange en même temps parce que l’amiral est intervenu. »

Le voici parti dans l’avion avec le pilote Weser. « Les dés roulaient et personne ne pouvait les arrêter. » Destination : les usines de Würzburg. Mais cependant quelque chose ne va pas. « Ce soir-là, un malaise le gagnait. Il n’avait plus du tout de curiosité. Il retournait les images de l’amiral grattant la terre et de la jeune femme sous la lampe, ses yeux de colchiques à demi clos. » L’avion est touché pendant la manœuvre. Tous doivent sauter. Ce sera leur dernière mission.

Jules Roy ne reprend pas la description de l’avion explosé. Simplement, « le navigateur inclina la tête. Et soudain, l’aile se détacha, et l’avion désemparé bascula. » Les êtres avec. Tous basculèrent vers l’autre rive.

Le dernier mot du pilote sera la « faute », « ce n’est pas ma faute ». Non, bien sûr. Retour à la base, avec l’amiral qui attend, puis qui comprend. Qui comprend sans comprendre ; « l’amiral se sentit soudain vulnérable. Le monde devenait trop compliqué pour lui. » Les avions rentrent les uns après les autres. Les derniers ne rentreront plus.  Des lettres s’affichent, B, T, A, J, C…Le V de Ripault n’est pas rentré. L’amiral va dans la chambre de Ripault et il y trouve un petit paquet de celle qui l’accueillit après la collision, « c’était un étui à cigarettes en argent uni, aux initiales A.R. entremêlées, qu’il avait souvent vu dans les mains du navigateur, et qui avait maintenant un angle bossué… »