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LE CORPS DE TRITON – OS LUSIADAS VI-18 – LES LUSIADES – Luís de Camões – O corpo nu

*

Ferdinand de Portugal traduction Jacky Lavauzelle

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OS LUSIADAS CAMOES CANTO VI
CANTO SEXTO

Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS VI-18 LES LUSIADES VI-18

*
LITTERATURE PORTUGAISE

Ferdinand de Portugal Os Lusiadas Traduction Jacky Lavauzelle Les Lusiades de Luis de Camoes

literatura português
Luis de Camões
[1525-1580]
Tradução – Traduction
Jacky Lavauzelle
texto bilingue

Traduction Jacky Lavauzelle

*

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O corpo nu, e os membros genitais,
Le corps nu, comme ses membres génitaux
Por não ter ao nadar impedimento,
Pour ne pas avoir d’obstacle en nageant,
Mas porém de pequenos animais
Sont recouverts des petits animaux
Do mar todos cobertos cento e cento:
De la mer, qui l’enveloppaient totalement :
Camarões e cangrejos, e outros mais
Crevettes et crabes, et tout
Que recebem de Febe crescimento,
Ce qui croît sous le pouvoir lunaire de Phébé,
Ostras, e camarões do musgo sujos,
Huîtres et crevettes envahies de mousse,
As costas com a casca os caramujos.
Et sur le dos des coquilles de divers crustacés.


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LE TAMBOUR – Poème de MÖRIKE – DER TAMBOUR

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Mörike
Traduction Jacky Lavauzelle


LITTÉRATURE ALLEMANDE
Deutsch Literatur

Gedichte – Poèmes

EDUARD MÖRIKE

8. September 1804  Ludwigsburg- 4. Juni 1875 Stuttgart
8 septembre 1804 – 4 juin 1875

__________________

DER TAMBOUR
LE TAMBOUR
__________________

Ernest Meissonier, 1814, la Campagne de France, Napoléon et son état-major

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Wenn meine Mutter hexen könnt’,
Si ma mère était sorcière,
Da müsst’ sie mit dem Regiment
Elle devrait marcher avec le régiment
Nach Frankreich, überall mit hin,
En France, partout en France,
Und wär’ die Marketenderin.
Et elle serait alors la cantinière.
Im Lager wohl um Mitternacht,
Dans le camp probablement jusqu’à minuit,
Wenn Niemand auf ist als die Wacht,
Quand plus personne n’est debout,
Und alles schnarchet, Ross und Mann,
Que tout ce monde ronfle, les chevaux comme les hommes,
Vor meiner Trommel säss’ ich dann:
Je m’assiérais alors devant mon tambour :
Die Trommel müsst’ eine Schüssel sein;
Le tambour serait un bol ;
Ein warmes Sauerkraut darein;
Avec une choucroute chaude dedans ;
Die Schlegel, Messer und Gabel,
Le maillet, le couteau et la fourchette,
Eine lange Wurst mein Sabel,
Une longue saucisse pour sabre,
Mein Tschako wär’ ein Humpen gut,
Mon shako, une bonne chope,
Den füll’ ich mit Burgunderblut.
Que je remplirais d’un rougeoyant bourgogne.
Und weil es mir an Lichte fehlt,
Et comme je manque de lumière
Da scheint der Mond in mein Gezelt:
La lune brille dans ma tente :
Scheint er auch auf franzö’sch herein,
Elle apparaît à la française,
Mir fällt doch meine Liebste ein:
Je pense à ma tendre amie :
Ach weh! Jetzt hat der Spass ein End!
Hélas ! Maintenant, tout plaisir a une fin !
—Wenn nur meine Mutter hexen könnt’!
– Si seulement ma mère était une sorcière !

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LA SELVA DE LOS RELOJES -LA FORÊT DES HORLOGES – FREDERICO GARCIA LORCA – Poèmes de 1922

***
FREDERICO GARCIA LORCA POÈMES

Frederico Garcia Lorca sonetos del amor oscuro sonnet de l'amour obscur

sonetos del amor oscuro

*******

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

Federico García Lorca

1898 – 1936

*


Poèmes de Federico García Lorca
Poesía


________________________

 

 LA SELVA DE LOS RELOJES
LA FORÊT DES HORLOGES
1922
_______________________

 

Horloge à eau et système de sonnerie, ca. 1250.
(File source: https://commons.wikimedia.org/wiki/File:07_Cleps_tambour_1250-1.jpg)

**************



Entré en la selva
JE SUIS ENTRE DANS LA FORÊT

Entré en la selva
Je suis entré dans la forêt
de los relojes.
des horloges.

*


Frondas de tic-tac,
Frondaison de tic-tac,
racimos de campanas
grappes de cloches
y, bajo la hora múltiple,
et, sous l’heure multiple,
constelaciones de péndulos.
constellations du pendules.

*


Los lirios negros
Les lys noirs
de las horas muertas,
des heures mortes,
los lirios negros
les lys noirs
de las horas niñas.
des heures enfantines.
¡Todo igual!
Tout se vaut !
¿Y el oro del amor?
Et l’or de l’amour ?

*


Hay una hora tan sólo.
Il n’y a qu’une heure.
¡Una hora tan sólo!
Une heure seulement !
¡La hora fría!
L’heure froide !



*******

Maleza
LES MAUVAISES HERBES


Me interné
J’ai pénétré
por la hora mortal.
dans l’heure mortelle.
Hora de agonizante
Heure de la mort
y de últimos besos.
et des derniers baisers.
Grave hora en que sueñan
Heure grave qui hanten
las campanas cautivas.
les cloches captives.

Relojes de cuco,
Horloges à coucou,
sin cuco.
sans coucou.
Estrella mohosa
Étoile moisie
y enormes mariposas
et énormes papillons
pálidas.
pâles.

Entre el boscaje
Au cœur des boqueteaux
de suspiros
des soupirs
el aristón
l’ariston
sonaba
résonnait
que tenía cuando niño.
qu’enfant je possédais.

¡Por aquí has de pasar,
Tu dois passer par ici,
corazón!
mon cœur !
¡Por aquí,
Par ici,
corazón!
mon cœur !



***************



Vista general
VUE GENERALE


Toda la selva turbia
Toute la nuageuse forêt
es una inmensa araña
est une énorme araignée
que teje una red sonora
qui tisse un filet solide
a la esperanza.
à l’espérance.
¡A la pobre virgen blanca
À la pauvre vierge blanche
que se cría con suspiros y miradas!
qui grandit avec des soupirs et des regards !



***********


Él
LUI


[La verdadera esfinge
[Le vrai sphinx
es el reloj.
c’est l’horloge.
Edipo nacerá de una pupila.
Œdipe naîtra d’une pupille.
Limita al Norte
Limitée au nord
con el espejo
par le miroir
y al Sur
et au sud
con el gato.
avec le chat.
Doña Luna es una Venus.
Dame Lune est une Vénus.
(Esfera sin sabor.)
(Sphère sans saveur.)
Los relojes nos traen
Les horloges nous apportent
los inviernos.
les hivers.
(Golondrinas hieráticas
(Hirondelles hiératiques
emigran el verano.)
migrant l’été.)
La madrugada tiene
L’aube possède
un pleamar de relojes
une marée haute d’horloges
donde se ahoga el sueño.
où le sommeil se noie.
Los murciélagos nacen
Les chauves-souris naissent
de las esferas
des sphères
y el becerro los estudia
et le veau les étudie
preocupado.
inquiet.
¿Cuándo será el crepúsculo
Quand arrivera-t-il le crépuscule
de todos los relojes?
de toutes les horloges ?
¿Cuándo esas lunas blancas
Quand ces lunes blanches
se hundirán por los montes?
sombreront-elles à travers les montagnes ?



***********



Eco del reloj
ECHO DE L’HORLOGE


Me senté
Je me suis assis
en un claro del tiempo.
dans un dégagement du temps.
Era un remanso de silencio,
C’était un havre de silence,
de un blanco
d’un blanc
silencio.
silence
Anillo formidable
Anneau formidable
donde los luceros
où les étoiles
chocaban con los doce flotantes
entrèrent en collision avec les douze flottants
números negros.
chiffres noirs.



*************


Meditación primera y última
MEDITATION PREMIERE ET ULTIME


El Tiempo
Le temps
tiene color de noche.
a une couleur nocturne.
De una noche quieta.
D’une nuit tranquille.
Sobre lunas enormes,
Sur d’énormes lunes,
la Eternidad
l’Eternité
está fija en las doce.
s’est bloquée à minuit.
Y el Tiempo se ha dormido
Et le temps s’est endormi
para siempre en su torre.
pour toujours dans sa tour.
Nos engañan
Elles nous trompent
todos los relojes.
toutes ces horloges.
El Tiempo tiene ya
Le temps a maintenant
horizontes.
des horizons.



************


La hora esfinge
L’HEURE DU SPHINX



En tu jardín se abren
Dans ton jardin, s’ouvrent
las estrellas malditas.
les étoiles maudites.
Nacemos bajo tus cuernos
Nous naissons sous tes cornes
y morimos.
et nous mourons.
¡Hora fría!
Heure froide !
Pones un techo de piedra
Tu mets un toit de pierre
a las mariposas líricas
aux papillons lyriques
y, sentada en el azul,
et assise dans le bleu
cortas alas
tu coupes les ailes
y límites.
désormais limitées.

***************



[Una… Dos… y Tres]
UN…DEUX….ET TROIS


Una… dos… y tres.
Un … deux … et trois.
Sonó la hora en la selva.
L’heure a sonné dans la jungle.
El silencio
Le silence
se llenó de burbujas
s’est rempli de bulles
y un péndulo de oro
et un pendule d’or
llevaba y traía
portait et balançait
mi cara por el aire.
mon visage dans l’air.
¡Sonó la hora en la selva!
L’heure a sonné dans la jungle !
Los relojes de bolsillo,
Les montres de poche,
como bandadas de moscas,
comme des bandes de mouches,
iban y venían.
sont venus et repartis.
En mi corazón sonaba
Dans mon cœur, sonnait
el reloj sobredorado
la montre dorée
de mi abuelita.
de ma grand-mère.


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Federico García Lorca Poèmes

TOUS LES PÉCHÉS DU MONDE – Poème de Jacky Lavauzelle

TOUS LES PÉCHÉS DU MONDE

Tous les péchés du monde Poème Jacky Lavauzelle
Photo Jacky Lavauzelle

*A hipótese do homem TOUS LES PÉCHÉS DU MONDE Jacky Lavauzelle





Jacky Lavauzelle Poème

*
L’HYPOTHESE DE L’HOMME


****
TOUS LES PÉCHÉS DU MONDE

Poème

**

Le chat qui descend l’escalier
Vient de saloper les ombres de la lune
Ce soir
C’est lui !
C’est lui qui s’est pris pour un agneau de Dieu !
Une pantoufle est tombée puis un opulent craquement
Une première et innocente gouttelette
Sur mon front
Tous les péchés du monde se sont ensuite déversés
D’une hauteur infinie
Dans un fracas du diable
De tempête sacrée et de foudre suppliciée
Comme ça !
 Un clown et un cygne ont refermé la marche
Une araignée au chapelet pendu a retissé la toile
Avec deux ou trois nuages qui passaient par là
 Il ne restait plus rien
Un ciel vide
Sans aucune obscurité
Ni angoisse
 Un ciel qui se rendait compte que tout ça allait bien trop loin
Que ça finirait mal
Mais que faire ?
 Le chat a sali les ombres de la lune
A ruiné le ciel
Vidé les phobies du monde et des cœurs
Vidé les troubles obsessionnels compulsifs
Et s’est recouché
Paisiblement
Sans d’autres paniques que de paresser ensuite
 Les romans sont redevenus des arbres
Ou des papillons de candeur
Les conserves des fringants poissons
Ou des cœurs d’azur
Nos cœurs sont redevenus des âmes
Ou des vauriens mal peignés
A la passion de travers
Le chat remonte l’escalier
Que peut-il encore se passer ?

******************

TOUS LES PÉCHÉS DU MONDE
*

Version Portugaise

TODOS OS PECADOS DO MUNDO

TODOS OS PECADOS DO MUNDO - Poema Jacky Lavauzelle

Version Italienne

TUTTI I PECCATI DEL MONDO

TUTTI I PECCATI DEL MONDO Poesia di Jacky Lavauzelle
****TOUS LES PÉCHÉS DU MONDE- Jacky Lavauzelle

LA COMPLAINTE DU VIEUX MARINIER VI Samuel Taylor Coleridge The Rime of the Ancient Mariner

***
LA COMPLAINTE DU VIEUX MARINIER
Samuel Taylor Coleridge
The Rime of the Ancient Mariner

LITTERATURE ANGLAISE -English Literature – English poetry

SAMUEL TAYLOR COLERIDGE
Devon 21 octobre 1772 – Londres 25 juillet 1834

Traduction – Translation

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

French and English text
texte bilingue français-anglais

 







 

 

*****

******




SAMUEL TAYLOR COLERIDGE

LA COMPLAINTE DU VIEUX MARIN
1798
**
VI
**
The Rime of the Ancient Mariner

 

 Samuel Taylor Coleridge Traduction Jacky Lavauzelle




VI
SIXIÈME PARTIE

 

First Voice
La Première Voix

« But tell me, tell me! speak again,
 Mais dis-moi, dis-moi ! parle encore
« Thy soft response renewing—
 Répète ta douce réponse …
 « What makes that ship drive on so fast?
 Pourquoi ce vaisseau avance si vite ?
    « What is the Ocean doing?
Que fait l’océan ?

*

Second Voice
La Seconde Voix

 « Still as a Slave before his Lord,
Paisible comme un esclave devant son Seigneur,
  « The Ocean hath no blast:
L’océan n’a plus de souffle :
 « His great bright eye most silently
 Son grand œil, brillant le plus silencieusement possible,
Up to the moon is cast—
 Reste fixé vers la lune !
   « If he may know which way to go,
Comme s’il savait quelle route prendre,
 « For she guides him smooth or grim.
Elle le guide, serein ou sinistre.
 « See, brother, see! how graciously
Regarde, frère, regarde comme gracieusement
    « She looketh down on him.
 Elle le regarde !

*

First Voice
La Première Voix

« But why drives on that ship so fast
Mais pourquoi naviguer si vite ?
« Withouten wave or wind?
Sans vague, sans vent ? 

*

Second Voice
La Seconde Voix

« The air is cut away before,
L’air devant est retombé,
 « And closes from behind.
Et se referme derrière.
 « Fly, brother, fly! more high, more high,
 Vole, mon frère, vole ! Plus haut, plus haut,
  « Or we shall be belated:
  Ou nous serons surpris :
  « For slow and slow that ship will go,
 Plus lent ce navire ira,
« When the Marinere’s trance is abated. »
  Jusqu’à ce que la transe des Marins s’arrête.

***

I woke, and we were sailing on
Je me suis réveillé et nous naviguions
As in a gentle weather:
Comme par temps doux :
‘Twas night, calm night, the moon was high;
C’était une nuit, une nuit calme, la lune était haute ;
The dead men stood together.
Des hommes morts se tenaient ensemble.

 All stood together on the deck,
Tous ensemble, tous debout sur le pont,
For a charnel-dungeon fitter:
Ressemblant à un charnier,
  All fix’d on me their stony eyes
Tous me fixaient avec des yeux de pierre,
That in the moon did glitter.
Qui brillaient sous la lune.

 The pang, the curse, with which they died,
La douleur, la malédiction, par lesquelles ils étaient morts,
Had never pass’d away:
N’avaient jamais disparu :
 I could not draw my een from theirs
Je ne pouvais ni les quitter des yeux
Ne turn them up to pray.
Ni m’en détourner pour prier.

 And in its time the spell was snapt,
Et, soudain, le sortilège fut brisé,
 And I could move my een:
Et je pouvais faire glisser mon regard :
I look’d far-forth, but little saw
Je regardai au loin, mais si peu je vis
Of what might else be seen.
De ce qui pouvait être vu.

Like one, that on a lonely road
Comme un autre, sur une route solitaire,
Doth walk in fear and dread,
Qui marche dans la peur et la terreur,
  And having once turn’d round, walks on
Après avoir regardé tout autour une fois, qui marche devant lui
And turns no more his head:
Sans ne plus tourner la tête :
Because he knows, a frightful fiend
Parce qu’il sait, qu’un démon effroyable
Doth close behind him tread.
Ferme la route derrière lui.

 But soon there breath’d a wind on me,
Mais bientôt il y a eu un souffle sur moi,
Ne sound ne motion made:
Sans que rien ne bouge :
Its path was not upon the sea
Nulle trace de passage sur la mer
In ripple or in shade.
Ni ondulation ni ombre.

 It rais’d my hair, it fann’d my cheek.
Il souleva mes cheveux, souffla sur ma joue.
Like a meadow-gale of spring—
Comme sur une prairie au printemps –
It mingled strangely with my fears,
Il se mêlait étrangement avec mes peurs,
Yet it-felt like a welcoming
Pourtant, il semblait accueillant.

Swiftly, swiftly flew the ship,
Si vite naviguait le navire,
Yet she sail’d softly too:
Pourtant qui naviguait si doucement :
Sweetly, sweetly blew the breeze—
Doucement, souffla doucement la brise –
On me alone it blew.
Sur moi seul, elle a soufflé.

 O dream of joy! is this indeed
Ô rêve de joie ! est-ce en effet
The light-house top I see?
La lanterne sur le toit que je vois ?
 Is this the Hill? Is this the Kirk?
Est-ce la colline ? Est-ce l’église ?
  Is this mine own countrée?
Est-ce ma propre contrée ?

 We drifted o’er the Harbour-bar,
Nous avons dérivé jusqu’au port,
And I with sobs did pray—
Et moi, en sanglots, j’ai prié …
« O let me be awake, my God!
« O laisse-moi être éveillé, mon Dieu !
« Or let me sleep alway! »
« Ou laisse-moi dormir toujours ! »

 The harbour-bay was clear as glass,
La baie du port était aussi claire que du verre,
So smoothly it was strewn!
Tout étant si paisible !
  And on the bay the moon light lay,
Et sur la baie, la lumière de la lune reposait,
 And the shadow of the moon.
Tout comme l’ombre de la lune.

The moonlight bay was white all o’er,
La baie au clair de lune était blanche totalement,
 Till rising from the same,
S’y éleva de son cœur
Full many shapes, that shadows were,
Tant de formes, des ombres en réalite,
 Like as of torches came.
Telles des torches en mouvement.

 A little distance from the prow
A proximité de la proue
 Those dark-red shadows were;
Ces ombres devenaient rouge foncé ;
But soon I saw that my own flesh
Mais bientôt je vis ma propre chair
  Was red as in a glare.
Rouge comme dans un éclat.

 I turn’d my head in fear and dread,
Je tournai la tête apeuré et terrorisé,
And by the holy rood,
Et par le saint crucifix,
 The bodies had advanc’d, and now
Les corps avançaient, et maintenant
Before the mast they stood.
Juste à côté du mât, se tenaient.

 They lifted op their stiff right arms,
Ils soulevèrent leurs bras droits rigides,
They held them strait and tight;
Se tenant étroitement serrés ;
And each right-arm burnt like a torch.
Et chaque bras droit brûlait telle une torche.
A torch that’s borne upright.
Une torche dressée.
Their stony eye-balls glitter’d on
Leurs yeux stellaires scintillaient
In the red and smoky light.
Dans cette épaisse lumière rouge.

I pray’d and turn’d my head away
Je priais et tournais la tête
Forth looking as before.
Regardant devant moi.
There was no breeze upon the bay,
Nulle brise sur la baie,
No wave against the shore.
Nulle vague sur le rivage.

 The rock shone bright, the kirk no less
Le rocher brillait, comme l’église
 That stands above the rock:
Qui, au-dessus du rocher, se tenait :
The moonlight steep’d in silentness
Le clair de lune plongea dans le silence
The steady weathercock.
La calme girouette.

 And the bay was white with silent light,
Et la baie était blanche dans une silencieuse lumière,
Till rising from the same
Soudain s’éleva d’elle
Full many shapes, that shadows were,
Tant de formes, qui n’étaient que des ombres,
In crimson colours came.
Aux couleurs cramoisies.

 A little distance from the prow
Si près de la proue
Those crimson shadows were:
Ces ombres cramoisies se trouvaient :
I turn’d my eyes upon the deck—
Je tournai mes yeux vers le pont …
O Christ! what saw I there?
O Christ ! qu’ai-je vu là ?

Each corse lay flat, lifeless and flat;
Chaque corps reposait à plat, sans vie et à plat ;
And by the Holy rood
Et par la sainte Croix
A man all light, a seraph-man,
Un homme de lumière, un séraphin,
  On every corse there stood.
Sur chaque corps se tenait.

 This seraph-band, each wav’d his hand:
Cette bande de séraphins saluait :
It was a heavenly sight:
Quelle vue céleste !
They stood as signals to the land,
Ils se tenaient comme des fanaux :
Each one a lovely light:
Quelle belle lumière !

 This seraph-band, each wav’d his hand,
Cette bande de séraphins saluait :
No voice did they impart—
Aucune voix ne sortait-
No voice; but O! the silence sank,
Sans voix ; mais , Oh ! le silence coulait
Like music on my heart.
Comme une musique sur mon cœur.

 Eftsones I heard the dash of oars,
Soudain, j’entendis le bruit des avirons,
I heard the pilot’s cheer:
J’entendis la joie du pilote :
My head was turn’d perforce away
Ma tête se retourna
  And I saw a boat appear.
Et je vis un bateau apparaître.

Then vanish’d all the lovely lights;
Puis disparurent toutes les belles lumières;
The bodies rose anew:
Les corps se relevèrent :
With silent pace, each to his place,
Silencieusement, chacun à sa place,
Came back the ghastly crew.
Revint l’horrible équipage.
  The wind, that shade nor motion made,
Le vent, cette ombre immobile,
On me alone it blew.
Sur moi seul soufflait.

 The pilot, and the pilot’s boy
Le pilote et le moussaillon
  I heard them coming fast:
Je les ai entendus venir si vite :
Dear Lord in Heaven! it was a joy.
Cher Seigneur au Ciel ! Quelle joie !
   The dead men could not blast.
Malgré tous ces corps étendus.

 I saw a third—I heard his voice:
Je vis un troisième – j’entendis sa voix :
It is the Hermit good!
C’est le bon Ermite !
He fingeth loud his godly hymns
Chantant fort ses hymnes pieux
That he makes in the wood.
Qu’il composa dans le bois.
He’ll shrieve my soul, he’ll wash away
Il va me rendre mon âme, il la lavera
  The Albatross’s blood.
Du sang de l’Albatros.



*************
LA COMPLAINTE DU VIEUX MARINIER
The Rime of the Ancient Mariner

*******

de
SAMUEL TAYLOR COLERIDGE

Samuel Taylor Coleridge Traduction Jacky Lavauzelle

CATULLE XXXIV CATULLUS – Carmen Dianae – A DIANE

*

CATULLE CATULLUS XXXIV

litterarumLittérature Latine
Catulle

Poeticam Latinam

Traduction Jacky Lavauzelle

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CATULLE – CATULLUS
84 av J.-C. – 54 av J.-C.

POESIE XXXIV

 Carmen Dianae
*****

À DIANE
****

***

Dianae sumus in fide
Nous qui sommes à Diane dévoués,
 puellae et pueri integri:
jeunes filles et chastes garçons :
  Dianam pueri integri
Garçons parfaits
puellaeque canamus.
Et filles candides, chantons.

*

O Latonia, maximi
Ô fille de Latone
  magna progenies Iovis,
et du grand Jupiter,
  quam mater prope Deliam
à Délos, ta mère
deposiuit olivam,
sous les oliviers te fit naître

*

montium domina ut fores
toi, souveraine des monts
silvarumque virentium
et des vertes forêts,
saltuumque reconditorum
des fourrés isolés
amniumque sonantum:
aux échos des rivières ;

*

tu Lucina dolentibus
Toi nommée Juno Lucine
 Iuno dicta puerperis,
pendant les douleurs de l’enfantement,
 tu potens Trivia et notho es
puissante Trivia aux secrets envoûtements
 dicta lumine Luna.
dans la lumière de la Lune.

*

tu cursu, dea, menstruo
Toi, Déesse, dont par le mois
metiens iter annuum,
le cours de l’an mesure,
  rustica agricolae bonis
et contente le laboureur
 tecta frugibus exples.
par de considérables moissons.

*

sis quocumque tibi placet
Qu’importe l’auguste nom
 sancta nomine, Romulique,
qui te nomme, à la descendance de Romulus,
  antique ut solita es, bona
Et comme depuis tous ces ans, accorde
 sospites ope gentem.
Ton aide et ton secours.




Carmen Dianae
À IPSITHILLA

**********************
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO







**********************
Catulle – Catullus
POESIE XXXIV

****************************

LA CANAILLE & LES DELICATS
par Ferdinand Brunetière
1882

On a voulu faire de Catulle, sans arguments bien solides, un poète aristocratique, un poète du grand monde, comme de sa Lesbie, sur des inductions plutôt que sur des preuves, ce que Brantôme appelait « une grande et honnête dame. » Je persiste à ne pas croire, pour ma part, que Lesbie fût la célèbre Clodia, mais je crois que bon nombre des fréquentations de Catulle furent parmi la bohème littéraire de Rome. Au surplus, la conciliation n’est pas si difficile. Ce que nous savons, en effet, c’est que, lorsque l’adolescent de Vérone arriva de sa province dans la capitale, il y subsistait, sous le raffinement de quelques habitudes, sous l’étalage du luxe et sous l’apparence de la civilisation, un grand fonds d’antique brutalité romaine. Si nous en pouvions douter, nous rapprendrions au moins de certaines épigrammes de Catulle lui-même, plus grossières que mordantes, et dont l’outrageuse crudité passe tout. C’est bien fait à M. Rostand de nous les avoir traduites. On ne peut pas juger d’un poète en commençant par faire exception de toute une partie de son œuvre, qui peut-être est celle que les contemporains en ont presque le plus goûtée. Là où Catulle est bon, il va jusqu’à l’exquis, et c’est bien de lui que l’on peut dire aussi justement que de personne qu’il est alors le mets des délicats ; mais là où il est grossier, il l’est sans mesure, et c’est bien encore de lui que l’on peut dire qu’il est le charme de la canaille. Or, à Rome, en ce temps-là, dans le sens littéraire de l’un et l’autre mot, la canaille et les délicats, c’était presque tout un. On ne distinguait pas encore, selon le mot d’Horace, la plaisanterie spirituelle de l’insolente rusticité. La curiosité de l’intelligence, vivement éveillée, capable de goûter les finesses de l’alexandrinisme, était en avance, pour ainsi dire, sur la rudesse des mœurs et la vulgarité des habitudes mondaines.





Quand on grattait ces soupeurs qui savaient apprécier les jolies bagatelles du poète, on retrouvait le paysan du Latium, qui s’égayait, au moment du vin, à faire le mouchoir. La raillerie, comme à la campagne, s’attaquait surtout aux défauts ou disgrâces physiques. Je sais bien que, jusque dans Horace, la grossièreté du vieux temps continuera de s’étaler, mais ce ne sera plus de la même manière naïvement impudente. Au temps de Catulle, la délicatesse n’avait pas encore passé de l’esprit dans les manières. Quand il s’élevait seulement un nuage sur les amours du poète et de sa Lesbie, le docte traducteur de Callimaque s’échappait en injures de corps de garde. Cette société très corrompue ne s’était pas encore assimilé la civilisation grecque. Elle s’essayait à la politesse, elle n’y touchait pas encore. Et sous son élégance toute superficielle, elle manquait étrangement de goût. — Il me paraît que, si l’on examinée quel moment de notre histoire la plupart de ces traits conviennent, on trouvera que c’est au XVIe siècle, dans le temps précis que le contact des mœurs italiennes opérait sur la cour des Valois le même effet qu’à Rome, sur les contemporains de César, le contact des mœurs de la Grèce.

Ferdinand Brunetière
Revue littéraire
À propos d’une traduction de Catulle
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 54 –  1882

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SONNETS SHAKESPEARE SONNET 21 So is it not with me as with that Muse

LES SONNETS SHAKESPEARE THE SONNETS
THE SONNETS – LES SONNETS

Illustration du Phénix par Friedrich Justin Bertuch
*


WILLIAM SHAKESPEARE
[1564 – 1616]

Traduction JACKY LAVAUZELLE

**

SONNET 21

The Sonnets SHAKESPEARE
Les Sonnets SHAKESPEARE
So is it not with me as with that Muse

 

 Je ne ferai donc pas comme cette Muse

1598 

**

*

So is it not with me as with that Muse,
Je ne ferai donc pas comme cette Muse
Stirr’d by a painted beauty to his verse,
Qui exalte une splendeur peinte par son vers,
Who heaven itself for ornament doth use
Qui, comme ornement, utilise le ciel lui-même
And every fair with his fair doth rehearse,
Et compare chaque beauté à sa beauté,

*








*

Making a couplement of proud compare’
Créant d’ambitieux rapprochements
With sun and moon, with earth and sea’s rich gems,
Avec le soleil et la lune, avec les diamants de la terre et de la mer,
With April’s first-born flowers, and all things rare,
Avec les premières fleurs d’avril, et toutes choses rares,
That heaven’s air in this huge rondure hems.
Que l’air du ciel contient dans son immensité.

*






*

O! let me, true in love, but truly write,
Oh! Permettez-moi, pour ce véritable amour, d’écrire vraiment,
And then believe me, my love is as fair
Et puis croyez-moi, mon amour est aussi délicieux
As any mother’s child, though not so bright
Qu’un enfant d’une mère, bien que moins brillant

*

As those gold candles fix’d in heaven’s air:
Que les chandeliers d’or fixées dans l’éther du ciel :
Let them say more that like of hearsay well;
Laissez-les clamer leurs belles pensées ;
I will not praise that purpose not to sell.
Je ne louerai pas car je ne veux rien vendre.

 

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SONNET 21

LES SONNETS SHAKESPEARE THE SONNETS

LE TEINT GERMAIN NOUVEAU POEME

LE TEINT GERMAIN NOUVEAU
LITTERATURE FRANCAISE
SYMBOLISME

germain-nouveau-poemes-poesie-artgitato

Germain Nouveau

31 juillet 1851 Pourrières (Var) – 4 avril 1920 Pourrières

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POEMES
VALENTINES ET AUTRES VERS

LA POESIE DE
GERMAIN NOUVEAU
LE TEINT

Valentines et autres vers

Texte établi par Ernest Delahaye
Albert Messein, 1922
*
le-teint-germain-nouveau-artgitato-jean-auguste-dominique-ingres-la-grande-odalisque-1814Jean-Auguste-Dominique Ingres
La Grande Odalisque
1814
Musée du Louvre
*

LE TEINT

Vous êtes brune et pourtant blonde,
Vous êtes blonde et pourtant brune…
Aurais-je l’air, aux yeux du monde,
D’arriver tout droit de la lune ?

Et cependant, on peut m’en croire,
Vous êtes l’une et l’autre chose
Comme Vous êtes blanche et noire
De cheveux noire et de chair, rose.

Mais peut-on dire dans le monde,
La plaisanterie est commune ;
« Si votre belle Amie est blonde,
Elle est blonde, elle n’est pas brune ».

À moins d’arriver de la lune,
Peut encor dire tout le monde :
« Si votre belle Amie est brune,
Elle est brune, elle n’est pas blonde. »

Pourtant ! le savez-vous mieux qu’Elle ?
Leur répondrai-je (Tu supposes)
Eh bien ! moi, je ne sais laquelle
Elle est le plus de ces deux choses :

Bien que personne n’y consente
Et qu’elle semble inconséquente,
C’est une brune languissante
Et c’est une blonde piquante.

Aurais-je la bonne fortune
De mettre d’accord tout le monde,
Concédez-donc moi qu’elle est brune,
Je vous accorde qu’elle est blonde.

Elle a, pour faire à tout le monde
Une concession encore,
Une longue mèche de blonde
Dans ces cheveux bruns, qui les dore.

Enfin, je vous dis qu’elle est brune,
Je vous répète qu’elle est blonde,
Et si j’arrive de la lune,
Je me moque de tout le monde !

Après tout, ce n’est pas ma faute
Si sous ses longs cheveux… funèbres,
Le corps blanc dont votre âme est l’hôte
A du soleil… dans ses ténèbres.

*

LE TEINT GERMAIN NOUVEAU

ALPHONSE LE SAGE – ALFONSO EL SABIO -BNE MADRID – Альфонсо Мудрого – 阿方索的智者

Madrid – Мадрид – 马德里
BIBLIOTECA NACIONAL DE ESPAÑA
LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE D’ESPAGNE
BNE MADRID
——

Madrid Blason Artgitato  Madrid L'Ours & L'arbousier Artgitato La estatua del oso y del madroño

Photo
Jacky Lavauzelle

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Madrid Drapeau Artgitato



 BNE MADRID
BIBLOTECA NACIONAL DE ESPAÑA
LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE D’ESPAGNE
– 西班牙国家图书馆
Национальная библиотека Испании

ALFONSO EL SABIO
Alfonso X el Sabio
Alfonso X de Castilla

ALPHONSE LE SAGE
Альфонсо Мудрого
阿方索的智者
1221-1284
Roi de Castille le 1er juin 1252
Rey 1 de junio 1252

par  José de Alcoverro Amorós
1835-1908




 BNE Biblioteca Nacional de España Biblitothèque Nationale d'Espagne Artgitato Madrid Alfonso El Sabio Alphonse le sage

 L’ASTRONOME & LE PHILOSOPHE

 « Alphonse X, roi de Castille et de Léon, surnommé l’astronome et le philosophe, mort en 1284. On lui doit les Tables Alphonsines. C’est lui qui disait que, si Dieu l’avait appelé à son conseil au moment de là création, il eût pu lui donner de bons avis. Ce prince extravagant croyait à l’astrologie. Ayant fait tirer l’horoscope de ses enfants, il apprit que le cadet serait plus heureux que l’aîné, et il le nomma son successeur au trône. Mais, malgré la sagesse de cet homme, qui se jugeait capable dé donner des conseils au Créateur, l’aîné tua son frère cadet, mit son père dans une étroite prison et s’empara de la couronne ; toutes choses que sa science ne lui avait pas révélées. »

Collin de Plancy
Dictionnaire infernal
Henri Plon, 1863 -6e édition, pp. 22-23

*




FABLES DE FLORIAN
Le roi Alphonse

Certain roi qui régnait sur les rives du Tage,
Et que l’on surnomma le Sage,
Non parcequ’il était prudent,
Mais parcequ’il était savant,
Alphonse, fut surtout un habile astronome.
Il connaissait le ciel bien mieux que son royaume,
Et quittait souvent son conseil
Pour la lune ou pour le soleil.
Un soir qu’il retournait à son observatoire,
Entouré de ses courtisans,
Mes amis, disaitil, enfin j’ai lieu de croire
Qu’avec mes nouveaux instruments
Je verrai cette nuit des hommes dans la lune.
Votre majesté les verra,
Répondaiton ; la chose est même trop commune,
Elle doit voir mieux que cela.
Pendant tous ces discours, un pauvre, dans la rue,
S’approche, en demandant humblement, chapeau bas,
Quelques maravédis : le roi ne l’entend pas,
Et, sans le regarder, son chemin continue.
Le pauvre suit le roi, toujours tendant la main,
Toujours renouvelant sa prière importune ;
Mais, les yeux vers le ciel, le roi, pour tout refrain,
Répétait : je verrai des hommes dans la lune.
Enfin le pauvre le saisit
Par son manteau royal, et gravement lui dit :
Ce n’est pas de haut, c’est des lieux nous sommes
Que Dieu vous a fait souverain.
Regardez à vos pieds ; vous verrez des hommes,
Et des hommes manquant de pain.

*

ALPHONSE X ET LES JUIFS

« À en juger superficiellement, et surtout quand on les compare à leurs coreligionnaires d’Angleterre, de France et d’Allemagne, les Juifs d’Espagne se trouvaient à cette époque dans une situation très satisfaisante. En Castille, ils étaient alors gouvernés par le roi Alphonse X (1252-1284), que ses contemporains avaient surnommé le Sage, et qui était, en effet, un ami de la science et un esprit libéral. Quand il marcha, eu sa qualité de prince héritier, contre Séville, il avait des Juifs dans son armée, et après la victoire, au moment de partager les terres à ses soldats, il n’oublia pas les Juifs. Il répartit entre eux les champs d’un village qu’il leur donna en entier, et qui prit le nom de village des Juifs, Aldea de los Judios. Les Juifs de Séville, qui vivaient malheureux sous les Almohades, ayant sans doute accueilli avec joie son entrée dans la ville conquise, Alphonse les traita avec bienveillance et leur donna trois mosquées pour les transformer en synagogues. Comme témoignage de leur reconnaissance, les Juifs de Séville lui offrirent une clef admirablement travaillée, sur laquelle était gravée cette inscription en hébreu et en espagnol : Le Roi des rois ouvre, le roi du pays va entrer.

Quand il eut pris les rênes du gouvernement, Alphonse X confia des fonctions publiques à des Juifs. Il eut comme ministre des finances un savant talmudiste, Don Meïr de Malea, qui porta le titre d’almorazif. Son fils Don Zog (Isaac) lui succéda dans cette dignité. Le médecin du roi. qui était en même temps son astronome et son astrologue, était également un Juif, Don Juda ben Moïse Koben. Il se trouvait, à ce moment, en Espagne, peu de savants chrétiens comprenant l’arabe. Des Juifs traduisaient les ouvrages arabes eu castillan, et des clercs traduisaient alors la version castillane en latin. Alphonse X employa un chantre de la synagogue de Tolède, Don Zog ibn Sid, à la rédaction de tables astronomiques, appelées, depuis, tables alphonsines, et qu’on pourrait désigner à plus juste titre sous le nom de tables de Zog ou Sid. On trouve encore un autre savant juif à la cour de Castille, Samuel Hallévi (Aboutafia Alawi ?), qui attacha son nom à une clepsydre, qu’il avait confectionnée sur l’ordre du roi.

On pourrait conclure de la prédilection marquée par le roi pour les savants juifs qu’il traitait leurs coreligionnaires avec équité. Il n’en était rien. Les préjugés du temps avaient également exercé leur influence néfaste sur Alphonse X, qui restreignit l’activité des Juifs par une législation oppressive, les considérant comme une classe inférieure. On ne sait pas si la législation wisigothe, cette source empoisonnée à laquelle s’alimentait sans cesse la haine des Espagnols contre les Juifs, avait été traduite en castillan sur son ordre ou sur l’ordre de son père, mais il est certain qu’Alphonse X promulgua lui-même plusieurs édits contre les Juifs.

Dans le code qu’il publia en castillan pour être appliqué aux divers peuples de son royaume (1257-1266), il ajouta un chapitre relatif aux Juifs, où on lit, entre autres : Quoique les Juifs ne croient pas au Christ, ils sont quand même tolérés dans les pays chrétiens, afin qu’ils rappellent à tous qu’ils descendent de ceux qui ont crucifié Jésus. On y lit aussi que les Juifs étaient honorés autrefois et appelés le peuple de Dieu, mais qu’ils s’étaient avilis par le crime commis sur Jésus ; aucun Juif ne peut donc exercer un emploi public ou être revêtu d’une dignité en Espagne. Alphonse X accueillit dans son code toutes les lois d’exception que la malveillance des Byzantins et des Visigoths avait inventées contre les Juifs, il y ajouta même d’autres restrictions. Il ordonna aux Juifs et aux Juives de porter un signe distinctif à leur coiffure, déclarant passibles d’une amende ou de la flagellation ceux qui contreviendraient à cet ordre. Juifs et chrétiens ne pouvaient ni manger ensemble, ni se baigner ensemble. Alphonse le Sage ajouta également foi à cette fable ridicule que les Juifs crucifiaient tous les ans un enfant chrétien, le vendredi saint. Pourtant, le pape Innocent IV lui-même avait déclaré cette accusation mensongère et proclamé l’innocence des Juifs. Mais, dès qu’un pape élevait la voix eu faveur des Juifs, on ne croyait plus à son infaillibilité. Aussi Alphonse X renouvela-t-il contre les Juifs l’interdiction de se montrer dans les rues le vendredi saint ; il menaça de mort ceux qui crucifieraient même une figure de cire. Mais voici une singularité encore plus étrange. Alphonse X, qui avait attaché un médecin juif à sa personne, interdit aux chrétiens de se servir de remèdes préparés par un Juif ! Il faut cependant ajouter qu’il défendit de profaner les synagogues, d’imposer aux Juifs le baptême par contrainte, de les faire comparaître devant les tribunaux pendant leurs fêtes, et il les dispensa des cérémonies burlesques qui accompagnaient la prestation du serment dans certains pays, ne les obligeant qu’à poser simplement la main sur la Thora.




Pour le moment, toutes ces lois restaient sans conséquence pratique ; Alphonse X ne les mettait pas en vigueur. Mais plus tard, elles furent appliquées et contribuèrent à rendre le séjour de l’Espagne très douloureux pour les Juifs. »

Jésuites et imprimeurs de Trévoux
Dictionnaire universel françois et latin, 6e édition
1771 – Tome 1, p. 79
Controverses religieuses. Autodafé du Talmud
1236-1270

Le Péché de Mai – III – GABRIELE D’ANNUNZIO – Il peccato di maggio

Gabriele D’Annunzio
prince de Montenevoso

Traduction – Texte Bilingue
Poesia e traduzione

LITTERATURE ITALIENNE

 Gabriele d'Annunzio Traduction Artgitato Proses et Poèmes Italiens

Letteratura Italiana

Gabriele D’Annunzio
1863-1938

Traduction Jacky Lavauzelle

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Il peccato di maggio (III)

Sonetto

Le Péché de Mai (3/6)

Sonnet


Tacque; poi che su le pianure
Elle se tut ; puis des plaines
a l’orizzonte il disco de ’l plenilunio sorse,
à horizon, le disque de la pleine lune se leva,
improvviso. Pe ’l bosco addormentato corse
soudainement. Dans la forêt endormie courut
allora un lungo brivido. Il benigno rossore
alors un long frisson. La rougeur bénigne
lentamente vinceva la notte. E nel pallore
lentement gagnait sur la nuit. Et dans la pâleur
del cielo il disco enorme brillò, come un divino
l’énorme disque du ciel brillait comme un divin
 scudo, classicamente.
bouclier, classiquement.

— O Vergilio latino, 
 Ô Virgile latin,
o tu che da la curva lira d’avorio i canti
ô toi qui, par ta lyre courbe d’ivoire, les chansons
sacri derivi, m’odi! Se mai le riluttanti
sacrées, recueille, écoute-moi ! Si jamais mes réticents
ciglia a notte domai su ’l tuo poema e i dolci
cils la nuit j’ai dominé sur ton poème et les doux
sonni immolai su l’ara, mite Vergilio, molci
sommeils immolés sur l’autel, ô doux Virgileadoucis
or le mie corde e l’ali concedimi al linguaggio:
mes cordes et donne des ailes à ma langue :
cantami il plenilunio pio di calendimaggio! —
chante-moi la pieuse pleine lune de mai !

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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