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NUL BESOIN DE FARD – SONNET DE SHAKESPEARE LXXXIII – SONNET 83 -I never saw that you did painting need

SONNET de SHAKESPEARE
THE SONNETS
THE SONNETS – LES SONNETS

Illustration du Phénix par Friedrich Justin Bertuch
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WILLIAM SHAKESPEARE
[1564 – 1616]

Traduction JACKY LAVAUZELLE




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SONNET 83
LXXXIII

The Sonnets SHAKESPEARE
Les Sonnets de SHAKESPEARE


 

NUL BESOIN DE FARD
I never saw that you did painting need

 

1598 

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I never saw that you did painting need,
Je n’ai jamais vu que vous eussiez besoin de fard,
And therefore to your fair no painting set;
Et donc à votre beauté, l’ajout est inutile ;
I found, or thought I found, you did exceed
J’ai trouvé, ou j’ai pensé que vous dépassiez
The barren tender of a Poet’s debt:
L’offre stérile d’une quelconque dette de Poète :

*

And therefore have I slept in your report,
Et donc j’ai dormi en vous évoquant,
That you yourself, being extant, well might show
Afin que vous-même, étant là, puissiez démontrer
How far a modern quill doth come too short,
Jusqu’où une plume moderne est par trop restreinte
Speaking of worth, what worth in you doth grow.
A évoquer la valeur qui en vous fleurit.

*

This silence for my sin you did impute,
Ce silence, en crime vous me l’avez imputé,
Which shall be most my glory being dumb;
Mais ce sera ma plus gloire d’être resté muet ;
For I impair not beauty being mute,
Car je n’altère pas votre beauté dans mon mutisme,

*

When others would give life, and bring a tomb.
Quand d’autres voulant donner la vie ne porte que la tombe.
There lives more life in one of your fair eyes
Il y a plus de vie dans l’un de vos beaux yeux
Than both your Poets can in praise devise.
Que vos deux poètes ne peuvent en faire l’éloge.

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SHAKESPEARE SONNET
SONNET LXXXIII

LES SONNETS DE SHAKESPEARE THE SONNETS

PARFAIT EN CONNAISSANCE ET EN APPARENCE – SONNET DE SHAKESPEARE LXXXII – SONNET 82 – I grant thou wert not married to my Muse

SONNET de SHAKESPEARE
THE SONNETS
THE SONNETS – LES SONNETS

Illustration du Phénix par Friedrich Justin Bertuch
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WILLIAM SHAKESPEARE
[1564 – 1616]

Traduction JACKY LAVAUZELLE




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SONNET 82
LXXXII

The Sonnets SHAKESPEARE
Les Sonnets de SHAKESPEARE


 

PARFAIT EN
CONNAISSANCE ET EN APPARENCE
I grant thou wert not married to my Muse

 

1598 

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I grant thou wert not married to my Muse,
J’accorde que tu n’étais pas marié à ma Muse,
And therefore mayst without attaint o’erlook
Et donc peut-être sans être infidèle peux tu lire
The dedicated words which writers use
Les mots en dédicace que les écrivains utilisent
Of their fair subject, blessing every book.
Pour leur noble sujet, bénissant chaque livre.

*


Thou art as fair in knowledge as in hue,
Tu es aussi parfait en connaissance qu’en apparence,
Finding thy worth a limit past my praise;
La limite de tes mérites dépasse mes louanges ;
And therefore art enforced to seek anew
Et tu forces ainsi l’art à chercher à nouveau
Some fresher stamp of the time-bettering days.
Des touches plus fraîches qui s’améliorent avec le temps.

*

And do so, love; yet when they have devis’d,
Et fais-le, amour ! pourtant, quand ils auront imaginé
What strained touches Rhetoric can lend,
Quelles touches peut donner la Rhétorique,
Thou truly fair, wert truly sympathiz’d
Tu ne trouveras de véritable sympathie,

*

In true plain words, by thy true-telling friend;
En mots clairs, que de ton véritable ami fidèle ;
And their gross painting might be better used
Et leur peinture brute pourrait être mieux utilisée
Where cheeks need blood; in thee it is abused.
Là où les joues ont besoin de sang ; en toi, elle est inutile.


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SHAKESPEARE SONNET
SONNET LXXXII

LES SONNETS DE SHAKESPEARE THE SONNETS

L’ÉPITAPHE – SONNET DE SHAKESPEARE LXXXI – SONNET 81 – Or I shall live your Epitaph to make

SONNET de SHAKESPEARE
THE SONNETS
THE SONNETS – LES SONNETS

Illustration du Phénix par Friedrich Justin Bertuch
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WILLIAM SHAKESPEARE
[1564 – 1616]

Traduction JACKY LAVAUZELLE




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SONNET 81
LXXXI

The Sonnets SHAKESPEARE
Les Sonnets de SHAKESPEARE


 

L’ÉPITAPHE
Or I shall live your Epitaph to make

 

1598 

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Or I shall live your Epitaph to make,
Ou je vivrai pour rédiger votre Épitaphe,
Or you survive when I in earth am rotten,
Ou vous me survivrez quand je pourrirai sur terre,
From hence your memory death cannot take,
La mort ne peut effacer votre mémoire,
Although in me each part will be forgotten.
Alors qu’en moi chaque partie sera oubliée.

*

Your name from hence immortal life shall have,
Ici, votre nom désormais deviendra immortel,
Though I (once gone) to all the world must die:
Alors que moi (une fois parti) pour le monde entier, je doive mourir :
The earth can yield me but a common grave,
La terre ne peut me donner qu’une tombe commune,
When you entombed in men’s eyes shall lie.
Quand vous vous serez enterrez dans les yeux des hommes.

*

Your monument shall be my gentle verse,
Votre monument sera mon doux vers,
Which eyes not yet created shall o’er-read;
Que les yeux, non encore créés, liront ;
And tongues to be, your being shall rehearse,
Et les langues à venir parleront de votre être,

*

When all the breathers of this world are dead;
Quand tous ce qui respirent en ce monde seront morts ;
You still shall live (such virtue hath my Pen)
Vous vivrez toujours (telle est la vertu de ma Plume)
Where breath most breathes, even in the mouths of men.
Là où le souffle est le plus grand : dans la bouche même des hommes.



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SHAKESPEARE SONNET
SONNET LXXXI

LES SONNETS DE SHAKESPEARE THE SONNETS

AUSSI VASTE QUE L’OCÉAN – SONNET DE SHAKESPEARE LXXX – SONNET 80 -O! how I faint when I of you do write

SONNET de SHAKESPEARE
THE SONNETS
THE SONNETS – LES SONNETS

Illustration du Phénix par Friedrich Justin Bertuch
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WILLIAM SHAKESPEARE
[1564 – 1616]

Traduction JACKY LAVAUZELLE




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SONNET 80
LXXX

The Sonnets SHAKESPEARE
Les Sonnets de SHAKESPEARE


 

AUSSI VASTE QUE L’OCÉAN
O! how I faint when I of you do write

 

1598 

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O! how I faint when I of you do write,
Oh ! comme je défaille quand j’écris sur vous,
Knowing a better spirit doth use your name,
Depuis que je sais qu’un meilleur esprit utilise votre nom,
And in the praise thereof spends all his might,
Et, dans l’éloge de celui-ci, montre toute sa puissance,
To make me tongue-tied speaking of your fame.
Nouant ma langue quand j’évoque votre gloire.

*

But since your worth, wide as the ocean is,
Mais puisque votre valeur est aussi vaste que l’océan,
The humble as the proudest sail doth bear,
Portant autant la frêle que la plus fière voile,
My saucy bark, inferior far to his,
Ma barque impertinente, bien inférieure à la sienne,
On your broad main doth wilfully appear.
Sur votre large surface apparaît volontaire.

*

Your shallowest help will hold me up afloat,
Votre aide la plus insignifiante me maintiendra à flot,
Whilst he upon your soundless deep doth ride;
Alors qu’il se trouve sur votre route profonde et silencieuse ;
Or, being wracked, I am a worthless boat,
Et, si je coule, je ne suis qu’un bateau sans valeur,

*

He of tall building, and of goodly pride:
Lui, il est de grande hauteur et d’une haute fierté :
Then if he thrive and I be cast away,
Alors s’il prospère et que moi je sois coulé,
The worst was this, my love was my decay.
C’est que mon amour m’a conduit à ma perte.



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SHAKESPEARE SONNET
SONNET LXXX

LES SONNETS DE SHAKESPEARE THE SONNETS

LE VOL DE VERTU ET DE BEAUTÉ – SONNET DE SHAKESPEARE LXXVIII – SONNET 79 – Whilst I alone did call upon thy aid

SONNET de SHAKESPEARE
THE SONNETS
THE SONNETS – LES SONNETS

Illustration du Phénix par Friedrich Justin Bertuch
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WILLIAM SHAKESPEARE
[1564 – 1616]

Traduction JACKY LAVAUZELLE




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SONNET 79
LXXIX

The Sonnets SHAKESPEARE
Les Sonnets de SHAKESPEARE


 

LE VOL DE VERTU ET DE BEAUTÉ
Whilst I alone did call upon thy aid

 

1598 

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Whilst I alone did call upon thy aid,
Quand moi seul j’ai demandé ton aide,
My verse alone had all thy gentle grace;
Mon vers seul avait toute ta douce grâce ;
But now my gracious numbers are decayed,
Mais maintenant mes nombres gracieux sont fanés,
And my sick Muse doth give an other place.
Et ma muse malade à une autre donne la place.

*

I grant, sweet love, thy lovely argument
J’accorde que, doux amour, ton aimable sujet
Deserves the travail of a worthier pen;
Mérite le travail d’une plume plus digne ;
Yet what of thee thy poet doth invent
Et ce que ton poète invente sur toi,
He robs thee of, and pays it thee again.
Il te le vole simplement pour te le rapporter ensuite.

*

He lends thee virtue, and he stole that word
Il te prête la vertu, mais il a volé ce mot
From thy behaviour; beauty doth he give,
De ton comportement ; la beauté qu’il te donne,
And found it in thy cheek: he can afford
C’est sur ta joue qu’il l’a trouvée : il ne peut se permettre

*

No praise to thee, but what in thee doth live.
D’autres louanges à ton sujet que celles que tu as en toi.
Then thank him not for that which he doth say,
Alors ne le remercie pas pour ce qu’il te dit,
Since what he owes thee, thou thyself dost pay.
Car ce qu’il te doit, tu le paies avec toi-même.

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SHAKESPEARE SONNET
SONNET LXXIX

LES SONNETS DE SHAKESPEARE THE SONNETS

TU ES TOUT MON ART – SONNET DE SHAKESPEARE LXXVIII – SONNET 78 -So oft have I invoked thee for my Muse

SONNET de SHAKESPEARE
THE SONNETS
THE SONNETS – LES SONNETS

Illustration du Phénix par Friedrich Justin Bertuch
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WILLIAM SHAKESPEARE
[1564 – 1616]

Traduction JACKY LAVAUZELLE




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SONNET 78
LXXVIII

The Sonnets SHAKESPEARE
Les Sonnets de SHAKESPEARE


 

So oft have I invoked thee for my Muse
TU ES TOUT MON ART

 

1598 

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So oft have I invoked thee for my Muse,
Ainsi, je t’ai souvent invoqué pour ma Muse,
And found such fair assistance in my verse
Et j’y ai trouvé une aide la plus précieuse sur ma page,
As every alien pen hath got my use
que chaque autre plume a voulu suivre mon usage
And under thee their poesy disperse.
Et sous ton aura leur poésie se diffuse.

*

Thine eyes, that taught the dumb on high to sing
Tes yeux, qui ont appris au muet à chanter un chant si édifiant
And heavy ignorance aloft to fly,
Et, dans les airs, à cette lourde ignorance à voler,
Have added feathers to the learned’s wing
Ont ajouté des plumes à l’aile du savant
And given grace a double majesty.
Et à la grâce une double majesté.

*

Yet be most proud of that which I compile,
Pourtant, sois le plus fier de ce que je compile,
Whose influence is thine, and born of thee:
Dont l’influence vient de toi et est née de toi :
In others’ works thou dost but mend the style,
Dans les œuvres des autres tu améliores le style,

*

And arts with thy sweet graces graced be;
Et les arts par tes grâces douces tu honores ;
But thou art all my art, and dost advance
Mais tu es pour moi tout mon art, et tu élèves vers la connaissance
As high as learning, my rude ignorance.
Si haut ma grossière ignorance.


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SHAKESPEARE SONNET
SONNET LXXVIII

LES SONNETS DE SHAKESPEARE THE SONNETS

LA GLACE, LE CADRAN & LE LIVRE – SONNET DE SHAKESPEARE LXXVII – SONNET 77 – Thy glass will show thee how thy beauties wear

SONNET de SHAKESPEARE
THE SONNETS
THE SONNETS – LES SONNETS

Illustration du Phénix par Friedrich Justin Bertuch
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WILLIAM SHAKESPEARE
[1564 – 1616]

Traduction JACKY LAVAUZELLE




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SONNET 77
LXXVII

The Sonnets SHAKESPEARE
Les Sonnets de SHAKESPEARE


 

LA GLACE, LE CADRAN & LE LIVRE
Thy glass will show thee how thy beauties wear

 

1598 

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Thy glass will show thee how thy beauties wear,
Ta glace te montrera comment s’envolent tes beautés,
Thy dial how thy precious minutes waste;
Ton cadran comment tes précieuses minutes se perdent ;
The vacant leaves thy mind’s imprint will bear,
Alors que le vide de la page laisse l’empreinte de ton esprit se porter,
And of this book, this learning mayst thou taste.
Et de ce livre, tu peux y savourer la sagesse.

*

The wrinkles which thy glass will truly show
Par les rides que ta glace te montre crûment
Of mouthed graves will give thee memory;
Des tombeaux ouverts se rappellent à ta mémoire ;
Thou by thy dial’s shady stealth mayst know
L’ombre furtive qui parcourt ton cadran te fait connaître
Time’s thievish progress to eternity.
Le progrès constant du temps vers l’éternité.

*

Look what thy memory cannot contain,
Vois ce que ta mémoire ne peut pas contenir
Commit to these waste blanks, and thou shalt find
Et donne le à ces espaces vierges, et tu trouveras
Those children nursed, delivered from thy brain,
Que ces enfants allaités, délivrés de ton cerveau,

*

To take a new acquaintance of thy mind.
T’apporteront une nouvelle connaissance de ton esprit.
These offices, so oft as thou wilt look,
Ainsi, aussi souvent que tu veux, ces écrits
Shall profit thee and much enrich thy book.
Te profiteront et enrichiront d’autant ton livre.

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SHAKESPEARE SONNET
SONNET LXXVII

LES SONNETS DE SHAKESPEARE THE SONNETS

LE NOUVEAU et L’ANCIEN – SONNET DE SHAKESPEARE LXXVI – SONNET 76 – Why is my verse so barren of new pride

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SONNET de SHAKESPEARE
THE SONNETS
THE SONNETS – LES SONNETS

Illustration du Phénix par Friedrich Justin Bertuch
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WILLIAM SHAKESPEARE
[1564 – 1616]

Traduction JACKY LAVAUZELLE




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SONNET 76
LXXVI

The Sonnets SHAKESPEARE
Les Sonnets de SHAKESPEARE


 

LE NOUVEAU & L’ANCIEN

 

1598 

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Why is my verse so barren of new pride,
Pourquoi mes vers manquent-ils de fierté nouvelle,
So far from variation or quick change?
Loin des variations et des prompts bouleversements ?
Why with the time do I not glance aside
Pourquoi avec le temps ne puis-je regarder de côté
To new-found methods and to compounds strange?
Les méthodes nouvelles et les étranges arrangements ?

*

Why write I still all one, ever the same,
Pourquoi ne puis-je écrire que d’une seule manière,
And keep invention in a noted weed,
Et n’habiller mon invention que dans son habit commun,
That every word doth almost tell my name,
Et que toujours chaque mot révèle presque mon nom,
Showing their birth and where they did proceed?
Montrant autant sa naissance que son origine ?

*

O know, sweet love, I always write of you,
Oh ! sachez donc, doux amour, que j’écris toujours de vous,
And you and love are still my argument:
Et que vous et l’amour sont toujours mon unique argument :
So all my best is dressing old words new,
Donc ce que je fais de mieux, c’est d’habiller les vieux mots,

*

Spending again what is already spent:
et de dépenser encore ce qui a déjà été dépensé :
For as the sun is daily new and old,
Car comme le soleil qui chaque jour est nouveau et ancien,
So is my love still telling what is told.
Mon amour redit toujours ce qui a déjà été dit.

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SHAKESPEARE SONNET
SONNET LXXVI

LES SONNETS DE SHAKESPEARE THE SONNETS

MARIANA – Poème d’Alfred Tennyson – LA MOUCHE BLEUE

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Symbole-Artgitato-6.jpg.

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Dante Gabriel Rossetti, The Day Dream, 1880, Londres, Victoria and Albert Museum                                                                (source: http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Dante_Gabriel_Rossetti_-_The_Day_Dream_-_Google_Art_Project.jpg)

 

 

LITTERATURE ANGLAISE
POESIE ANGLAISE
EPOQUE VICTORIENNE


Alfred Tennyson par Julia Margaret Cameron

Alfred Tennyson

6 août 1809 – 6 octobre 1892 

 

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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
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MARIANA
LA MOUCHE BLEUE

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John Everett Millais, Mariana,1851

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« Mariana in the Moated Grange »
(Shakespeare, Measure for Measure)
(William Shakespeare, Mesure pour mesure)

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With blackest moss the flower-plots
D’une mousse si noire, les parcelles de fleurs
Were thickly crusted, one and all:
Se recouvraient comme d’une croûte épaisse :
The rusted nails fell from the knots
Les clous rouillés tombaient des nœuds
That held the pear to the gable-wall.
Qui retenaient l’ensemble contre le mur de la baie.
The broken sheds look’d sad and strange:
Les remises délabrées semblaient si tristes et étranges,
Unlifted was the clinking latch;
Que fermait un vieux verrou cliquetant ;
Weeded and worn the ancient thatch
Fatiguée et usée l’ancienne chaume recouvrait
Upon the lonely moated grange.
La grange solitaire des douves.
She only said, « My life is dreary,
Elle dit seulement : « Ma vie est triste,
He cometh not, » she said;
Il ne vient pas « , dit-elle ;
She said, « I am aweary, aweary,
Elle dit : « Je suis inquiète, si inquiète,
I would that I were dead! »
Je voudrais être morte ! « 

*

Her tears fell with the dews at even;
Ses larmes tombèrent dans la rosée du soir ;
Her tears fell ere the dews were dried;
Ses larmes coulèrent avant que les rosées ne sèchent ;
She could not look on the sweet heaven,
Elle ne pouvait plus regarder le doux ciel,
Either at morn or eventide.
Ni le matin ni le soir.
After the flitting of the bats,
Après le battement d’ailes des chauves-souris,
When thickest dark did trance the sky,
Quand l’obscurité la plus épaisse enveloppe tout à fait le ciel,
She drew her casement-curtain by,
Elle tira son rideau à battants,
And glanced athwart the glooming flats.
Et jeta un coup d’œil à travers les appartements sombres.
She only said, « The night is dreary,
Elle dit seulement : « La nuit est triste,
He cometh not, » she said;
Il ne vient pas « , dit-elle ;
She said, « I am aweary, aweary,
Elle dit : « Je suis inquiète, si inquiète,
I would that I were dead! »
Je voudrais être morte ! « 

*

Upon the middle of the night,
Au cœur de la nuit,
Waking she heard the night-fowl crow:
En se réveillant, elle entendit le chant des oiseaux de nuit :
The cock sung out an hour ere light:
Le coq chanta une heure avant la première lueur :
From the dark fen the oxen’s low
De la sombre tourbière, le mugissement des bœufs
Came to her: without hope of change,
Parvint jusqu’à elle : sans espoir de changement,
In sleep she seem’d to walk forlorn,
Dans le sommeil, elle semblait marcher désespérée,
Till cold winds woke the gray-eyed morn
Jusqu’à ce que des vents froids réveillent le matin aux yeux gris
About the lonely moated grange.
Près de la grange solitaire des douves.
She only said, « The day is dreary,
Elle dit seulement : « La journée est triste,
He cometh not, » she said;
Il ne vient pas « , dit-elle ;
She said, « I am aweary, aweary,
Elle dit : « Je suis inquiète, si inquiète,
I would that I were dead! »
Je voudrais être morte ! « 

*

About a stone-cast from the wall
À un jet de pierre du mur
A sluice with blacken’d waters slept,
  Une écluse aux eaux noircies dormait,
 And o’er it many, round and small,
Et tout au-dessus, rondes et petites,
The cluster’d marish-mosses crept.
  Les mousses marécageuses en grappes glissaient.
Hard by a poplar shook alway,
 Tout à côté, un peuplier toujours s’agitait,
  All silver-green with gnarled bark:
Tout vert argenté avec son écorce noueuse :
  For leagues no other tree did mark
Sur des lieux, aucun autre arbre ne marquait
The level waste, the rounding gray.
  La vaste étendue, le gris environnant.
 She only said, « My life is dreary,
Elle dit seulement : « Ma vie est triste,
He cometh not, » she said;
Il ne vient pas « , dit-elle ;
She said, « I am aweary, aweary,
Elle dit : « Je suis inquiète, si inquiète,
I would that I were dead! »
Je voudrais être morte !

*

And ever when the moon was low,
Et quand la lune fut basse,
And the shrill winds were up and away,
  Et que les vents aigus vinrent de si haut et d’ailleurs,
 In the white curtain, to and fro,
Dans le rideau blanc, de long en large,
 She saw the gusty shadow sway.
Elle vit l’ombre en rafale se balancer.
But when the moon was very low
  Mais quand la lune fut au plus bas
  And wild winds bound within their cell,
Et que les vents sauvages furent engouffrés dans leur cellule,
The shadow of the poplar fell
  L’ombre du peuplier tomba
Upon her bed, across her brow.
  Sur son lit, sur son front.
She only said, « The night is dreary,
Elle dit seulement : « La nuit est triste,
He cometh not, » she said;
Il ne vient pas « , dit-elle ;
She said, « I am aweary, aweary,
Elle dit : « Je suis inquiète, si inquiète,
I would that I were dead! »
Je voudrais être morte ! « 

*

All day within the dreamy house,
Toute la journée dans la maison de rêve,
    The doors upon their hinges creak’d;
Les portes sur leurs gonds grinçaient à l’envi ;
The blue fly sung in the pane; the mouse
  La mouche bleue chantait sur la vitre ; la souris
Behind the mouldering wainscot shriek’d,
  Derrière le lambris s’époumonait,
 Or from the crevice peer’d about.
Ou espionnait de la crevasse où elle se trouvait.
Old faces glimmer’d thro’ the doors
  De vieux visages scintillaient à travers les portes,
Old footsteps trod the upper floors,
  De vieux pas foulaient les étages du dessus,
  Old voices called her from without.
De vieilles voix l’appelaient de l’extérieur.
She only said, « My life is dreary,
Elle dit seulement : « Ma vie est triste,
He cometh not, » she said;
Il ne vient pas « , dit-elle ;
She said, « I am aweary, aweary,
Elle dit : « Je suis inquiète, si inquiète,
I would that I were dead! »
Je voudrais être morte ! « 

*

The sparrow’s chirrup on the roof,
Plus le gazouillement du moineau sur le toit,
 « The slow clock ticking, and the sound
Le tic-tac lent de l’horloge et le son
  Which to the wooing wind aloof
Que le vent produisait au loin
The poplar made, did all confound
  A travers le peuplier, se confondaient
Her sense; but most she loathed the hour
  Dans tous les sens, plus elle maudissait l’heure
When the thick-moted sunbeam lay
  Où le rayon du soleil gisait
  Athwart the chambers, and the day
A travers les chambres et maudissait le jour
Was sloping toward his western bower.

 Qui inondait la tonnelle, celle qui se trouve vers le soleil couchant.
Then said she, « I am very dreary,

Puis elle dit : « Je suis si triste,
He will not come, » she said;
Il ne viendra pas, » dit-elle ;
She wept, « I am aweary, aweary,

Elle pleura, « Je suis inquiète, si inquiète,
Oh God, that I were dead! »

Ô Dieu, comme je voudrais être morte ! « 



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LE PLEIN & LE VIDE – SONNET DE SHAKESPEARE LXXV -So are you to my thoughts as food to life

SONNET de SHAKESPEARE
THE SONNETS
THE SONNETS – LES SONNETS

Illustration du Phénix par Friedrich Justin Bertuch
*


WILLIAM SHAKESPEARE
[1564 – 1616]

Traduction JACKY LAVAUZELLE




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SONNET 75

The Sonnets SHAKESPEARE
Les Sonnets de SHAKESPEARE

So are you to my thoughts as food to life

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LE PLEIN & LE VIDE
*****

1598 

**

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So are you to my thoughts as food to life,
Ainsi tu es à mes pensées comme la nourriture à la vie,
Or as sweet-season’d showers are to the ground;
Ou comme les pluies de la saison douce à la terre ;
And for the peace of you I hold such strife
Et pour ta paix, je suis en lutte
As ‘twixt a miser and his wealth is found.
Comme un avare inquiet qui admire ses richesses.

*

Now proud as an enjoyer, and anon
Là, il est fier de le posséder, et ensuite
Doubting the filching age will steal his treasure;
Il redoute les morsures des âges qui lui voleront son trésor ;
Now counting best to be with you alone,
Maintenant, je souhaite profiter seul de ta présence,
Then better’d that the world may see my pleasure:
Puis je préfère que le monde soit témoin de mon plaisir :

*

Sometime all full with feasting on your sight,
Parfois, je suis rassasié de ta vue,
And by and by clean starved for a look;
Et parfois, j’ai faim d’un seul de tes regards ;
Possessing or pursuing no delight
Ne poursuivant et ne cherchant d’autres plaisirs

*

Save what is had, or must from you be took.
Que ceux que j’ai trouvés en toi, ou ceux que je peux encore trouver.
Thus do I pine and surfeit day by day,
Ainsi, je dépéris ou je me repais jour après jour,
Or gluttoning on all, or all away.
Dans une pleine orgie ou dans une complète abstinence.

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SHAKESPEARE SONNET
SONNET LXXV

LES SONNETS DE SHAKESPEARE THE SONNETS