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La Petite Maison de Kolomna – V – TAMERLAN & NAPOLÉON – ALEXANDRE POUCHKINE – ДОМИК В КОЛОМНЕ

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                                    TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

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ДОМИК В КОЛОМНЕ
La Petite Maison de Kolomna
1830

V
TAMERLAN & NAPOLÉON

conte en octave

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Как весело стихи свои вести
Combien il est plaisant de voir
Под цифрами, в порядке, строй за строем,
Ces colonnes, cet ordre, ligne après ligne,
Не позволять им в сторону брести,
Ne pas laisser s’éloigner les retardataires
Как войску, в пух рассыпанному боем!
Comme une armée dispersée dans une bataille de peluches !
Тут каждый слог замечен и в чести,
Chaque syllabe est vue avec les honneurs,
Тут каждый стих глядит себе героем,
Puis, chaque verset se regarde comme un héros
А стихотворец… с кем же равен он?
Mais le poète … avec qui est-il l’égal ?
Он Тамерлан иль сам Наполеон.
Il est Tamerlan, il est Napoléon lui-même.


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LE TAMBOUR – Poème de MÖRIKE – DER TAMBOUR

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Mörike
Traduction Jacky Lavauzelle


LITTÉRATURE ALLEMANDE
Deutsch Literatur

Gedichte – Poèmes

EDUARD MÖRIKE

8. September 1804  Ludwigsburg- 4. Juni 1875 Stuttgart
8 septembre 1804 – 4 juin 1875

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DER TAMBOUR
LE TAMBOUR
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Ernest Meissonier, 1814, la Campagne de France, Napoléon et son état-major

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Wenn meine Mutter hexen könnt’,
Si ma mère était sorcière,
Da müsst’ sie mit dem Regiment
Elle devrait marcher avec le régiment
Nach Frankreich, überall mit hin,
En France, partout en France,
Und wär’ die Marketenderin.
Et elle serait alors la cantinière.
Im Lager wohl um Mitternacht,
Dans le camp probablement jusqu’à minuit,
Wenn Niemand auf ist als die Wacht,
Quand plus personne n’est debout,
Und alles schnarchet, Ross und Mann,
Que tout ce monde ronfle, les chevaux comme les hommes,
Vor meiner Trommel säss’ ich dann:
Je m’assiérais alors devant mon tambour :
Die Trommel müsst’ eine Schüssel sein;
Le tambour serait un bol ;
Ein warmes Sauerkraut darein;
Avec une choucroute chaude dedans ;
Die Schlegel, Messer und Gabel,
Le maillet, le couteau et la fourchette,
Eine lange Wurst mein Sabel,
Une longue saucisse pour sabre,
Mein Tschako wär’ ein Humpen gut,
Mon shako, une bonne chope,
Den füll’ ich mit Burgunderblut.
Que je remplirais d’un rougeoyant bourgogne.
Und weil es mir an Lichte fehlt,
Et comme je manque de lumière
Da scheint der Mond in mein Gezelt:
La lune brille dans ma tente :
Scheint er auch auf franzö’sch herein,
Elle apparaît à la française,
Mir fällt doch meine Liebste ein:
Je pense à ma tendre amie :
Ach weh! Jetzt hat der Spass ein End!
Hélas ! Maintenant, tout plaisir a une fin !
—Wenn nur meine Mutter hexen könnt’!
– Si seulement ma mère était une sorcière !

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LA POÉSIE DE ALESSANDRO MANZONI – LA POESIA DI ALESSANDRO MANZONI

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Alessandro Manzoni

Traduction – Texte Bilingue
Poesia e traduzione

LITTERATURE ITALIENNE

Letteratura Italiana

ALESSANDRO MANZONI
 7 mars 1785 à Milan — 22 mai 1873 à Milan


Alessandro Manzoni par Francesco Hayez

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Traduction Jacky Lavauzelle

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EN ATTENDANT LA TEMPÊTE
ATTESA DEL TEMPORALE

Il fascino e l’angoscia del tempo foriero di burrasca, in cui la natura par che opprima ogni vivente.
Fascinante et angoissante s’annonce la tempête, dans laquelle la nature semble opprimer tout être vivant.

Chaïm Soutine, Le Grand Arbre, 1942, huile sur toile,99 × 75 cm, musée d’art de São Paulo, Brésil

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Illuminez-les de votre obscurité !
Occupati dei guai

Occupati dei guai, dei problemi
Prenez soin des problèmes
del tuo prossimo.
de votre voisin.

Raphaël, Autoportrait avec un ami, 1518, musée du Louvre, Paris

A NAPOLEON
LE CINQ MAI
Il Cinque Maggio
1821

Ei fu. Siccome immobile,
Il fut. Comme immobile,
dato il mortal sospiro,
dans son dernier soupir,

Édouard Detaille, Bonaparte pendant le siège de Toulon , musée de l’Armée

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Alessandro Manzoni

LE REQUIEM DE VERDI
Composé en 1874
en mémoire d’Alessandro Manzoni,
mort en 1873

Affiche annonçant l’exécution du Requiem de Verdi à
La Scala
le 25 mai 1874.
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MANZONI
SA VIE ET SES ŒUVRES

par
Marc-Monnier
Paru dans la Revue des Deux Mondes
Seconde période
tome 106
1873

Manzoni vient de mourir après quatre-vingt-huit années de vie et un demi-siècle de gloire, et l’Italie entière a voulu honorer cette mort triomphale par un déploiement exceptionnel de vénération. Les princes du sang ont suivi le convoi du poète, les grands corps de l’état figuraient officiellement aux obsèques avec des députations des cent villes italiennes ; les universités, les simples écoles, les associations ouvrières, étaient du cortège avec leurs drapeaux. Le dôme de Milan suffisait à peine pour contenir la foule des conviés, la ville entière était sur pied, les fenêtres pavoisées de bannières en deuil, les boutiques fermées ; les assistants se comptaient par cent mille, et, le front découvert, la tête baissée, saluaient avec un silence religieux cette apothéose de l’illustre mort. Ce ne fut pas seulement la fête d’un jour : l’ovation continue avec une constance remarquable ; on a donné le nom de Manzoni à une rue, à un théâtre de Milan ; on a ouvert une souscription pour ériger un monument «au grand Lombard» ; la commune a voulu acheter l’appartement qu’il habitait pour en faire une sorte de musée littéraire ; Florence a réclamé, mais inutilement, le glorieux cercueil pour le placer dans le panthéon de Santa-Croce auprès des monuments de Dante, de Galilée et de Machiavel. Les villes qu’il a traversées, les maisons où il a vécu, l’école même où il apprit à lire, ont déjà immortalisé son passage par une plaque de marbre ornée d’une inscription. Les journaux retentissent de ce nom, plus sonore que jamais, les brochures naissent par centaines, les poèmes, les sonnets surtout par milliers au bord de la fosse auguste ; tel poète qui avait cru pouvoir s’abstenir de chanter au milieu de ce tumulte enthousiaste a soulevé contre lui des imprécations, et on lui a mis de force la lyre à la main. Mais ne raillons pas, même dans ses tons un peu criards, l’acclamation unanime et spontanée de l’Italie entière : il est beau de voir cette nation débridée et non stimulée par l’éperon officiel rendre pour la première fois à un poète des honneurs qu’elle n’a jamais rendus encore à un roi.
Quelle différence pourtant entre l’emphase de ces démonstrations et la simplicité de l’homme de bien qui vient de disparaître ! Ceux qui l’ont vu l’autre jour encore dans la chambre où il avait fermé les yeux nous le montrent couché sur un lit de fer peint en rouge, le front très beau, le visage calme, le menton retenu par un mouchoir. Le corps reposait sur une couverture blanche avec une grande croix d’ivoire et d’ébène sur la poitrine, et sans autre ornement funèbre que deux candélabres allumés et posés sur une table de nuit. La chambre était vaste, mais modestement tapissée d’un papier jaunâtre à fleurs ; un bouquet de roses peintes s’épanouissait au centre du plafond. Quelques petits tableaux de dévotion, un crucifix pendu au mur près du lit, le portrait sans cadre du meilleur ami de Manzoni, le professeur Rossari, mort il y a deux ans, puis quelques sièges çà et là, un canapé en laine blanche et bleue, une petite table ronde en bois de noyer, avec un marbre jaune, enfin le vieux fauteuil préféré garni de cuir, voilà tout l’ameublement, toute la décoration de cette chambre patriarcale ; mais l’âme du maître était là. Était-elle aussi bien dans les funérailles fastueuses que les journaux nous ont décrites ? On peut en douter ; il est certain que Manzoni, si modeste et si aisément effarouché, eût été étourdi par tant de fanfares. Il l’eût été davantage encore par les hyperboles de ces récents admirateurs, qui le proclament tout à la fois le premier lyrique, le premier tragique et le premier romancier du siècle. Un Allemand que nous pourrions citer ne va pas jusqu’à le comparera Goethe, mais le place très certainement (ganz gewiss) au-dessus de Boccace, de Pétrarque et de l’Arioste ; cet Allemand est cependant un homme instruit et suffisamment informé. C’est ainsi qu’un fanatisme maladroit s’évertue à vouloir exhausser la réputation du poète au risque de la déraciner ; heureusement elle tient bon et peut résister aux plus robustes extases. Nous ne craignons donc pas de la diminuer en combattant ceux qui l’enflent outre mesure, et en tâchant de nous renfermer dans le juste et dans le vrai. Nous dirons franchement ce qui reste, à notre avis, d’une œuvre littéraire déjà ancienne, mais si fraîche encore dans ses parties les plus belles. Il ne sera pas sans intérêt de revoir à distance la muse qui a chastement ému plusieurs générations de lecteurs. L’homme aussi veut être étudié : il nous offre le spectacle intéressant d’une rare longévité sans défaillance. Sa vie de repos a été aussi longue que sa vie de travail, mais l’une n’a pas fait oublier l’autre ; il a pu se taire quarante ans sans se survivre, et il est mort intact, en pleine gloire, objet d’une dévotion qui allait croissant de jour en jour. Il y a là un fait à expliquer, peut-être une leçon à prendre ; aussi ne perdrons-nous pas notre temps en abordant encore, avec la respectueuse sincérité qu’il mérite, cet homme de génie qui fut un homme de bien…

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LA POÉSIE DE NIKOLOZ BARATACHVILI – ნიკოლოზ ბარათაშვილი –

Photo JL
LE MONUMENT A NIKOLOZ BARATASHVILI NIKOLOZ BARATACHVILI
ნიკოლოზ ბარათაშვილი
sculpture de Boris Tsibadze
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POÈME DE NIKOLOZ BARATASHVILI
POÈME DE NIKOLOZ BARATACHVILI
ნიკოლოზ ბარათაშვილი
LITTERATURE GEORGIENNE
ქართული ლიტერატურა
POESIE GEORGIENNE
ქართული პოეზია

GEORGIE – DECOUVERTE DE LA GEORGIE – საქართველოს აღმოჩენა

POEME DE NIKOLOZ BARATACHVILI NIKOLOZ BARATASHVILI
Géorgie
საქართველო

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

 

POEME DE NIKOLOZ BARATACHVILI - POEME DE NIKOLOZ BARATACHVILI NIKOLOZ BARATASHVILI

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POÉSIE GEORGIENNE
ქართული პოეზია

NIKOLOZ BARATASHVILI
NIKOLOZ BARATACHVILI
ნიკოლოზ ბარათაშვილი

1817 წლის 4 დეკემბერი – 1844 წლის 21 ოქტომბერი
4 décembre 1817 – 21 octobre 1844

Nikoloz Baratachvili

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

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LA POÉSIE DE
NIKOLOZ BARATACHVILI
ნიკოლოზ ბარათაშვილის პოეზია
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MEDITATION SUR LES BORDS DU MTKVARI
ფიქრნი მტკვრის პირას
1837

წარვედ წყალის პირს სევდიანი ფიქრთ გასართველად,
Mes pas lourds m’avaient conduit vers les eaux fraîches,
აქ ვეძიებდი ნაცნობს ადგილს განსასვენებლად;
Ici, à la recherche d’un lieu pour me détendre.

Le Mtkvari – Photo JL

NAPOLÉON
ნაპოლეონ
1838

ნაპოლეონმა გარდმოავლო თვალი ფრანციას,
Napoléon tourna ses yeux vers la France,
და თქვა: „აბაო ხელმწიფებამ რა შემიძინა?“
Et dit : « Mon règne, qu’a-t-il réalisé ?« 

Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard, Jacques-Louis David, musée du château de Malmaison

LA BOUCLE D’OREILLE
საყურე
O brinco
1839

ვითა პეპელა
Au vif papillon
Uma borboleta rápida, 
არხევს ნელნელა
Fais ralentit son vol
Abrandar o seu voo

BLEU
ცისა ფერს, ლურჯსა ფერს…
1841

ცისა ფერს, ლურჯსა ფერს,
Le ciel a sa couleur, la couleur bleue,
პირველად ქმნილსა ფერს
La première couleur de la création

Ivan Aïvazovski, Débarquement de la flotte de Raïevski à Soubashi,1839

JE VEUX ÊTRE LE SOLEIL
არ უკიჟინო, სატრფოო
1841

არ უკიჟინო, სატრფოო, შენსა მგოსანსა გულისთქმა:
Ne blâme pas, aimée, la folle inspiration du poète :
მოკვდავსა ენას არ ძალუძს უკვდავთა გრძნობათ გამოთქმა!
  Le langage d’un mortel ne peut éclairer les sentiments immortels !

Tableau de Nana Lagidze

LE TOMBEAU DU ROI EREKLE
საფლავი მეფის ირაკლისა
1842

მოვიდრეკ მუხლთა შენს საფლავს წინ, გმირო მხცოვანო,
Je viens à ta tombe à genoux, mon cher héros,
და ცრემლთ დავანთხევ შენს სახელზე, მეფევ ხმოვანო!
Et mes larmes baignent ton nom, ô mon roi !

Heraclius II de Géorgie

LA RIVIERE MTKVARI
ჩინარი
1844

RESHKA
Trilogie Partie I – « Trilogy part – I  » – « ტრილოგია ნაწილი – I » Reshka 05.19.2019
Oil on banner: 80 x 50 cm.
ზეთი ფირფიცარი: 80 x 50 სმ.

განმარტოებულს ფრიალოს კლდეზე სდგას ალვის ხისა ნორჩი ახალი,
Sur la falaise se dresse le long peuplier,
მრავალ-შტოვანი, მაგრილობელი, ჰაეროვანი, ტურფა, მაღალი.
Dont les innombrables branches se balancent, aériennes.

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LE MONUMENT A NIKOLOZ BARATACHVILI
ნიკოლოზ ბარათაშვილი
Boris Tsibadze
TBILISSI
1976

Nikoloz Baratachvili – Photo JL

En 1957, Boris Tsibadze participe au Festival international de la jeunesse et des étudiants de Moscou (« Portrait de la Vierge », Marbre, Galerie de tableaux de la Géorgie). Travaux :
N. Baratashvili (Bronze, 1976, Tbilissi),
Monuments de Pirosmanashvili (1961, pierre noire, musée Pirosmanashvili, Mirzaani)
Vazha Pshavela (arbre, 1963, ministère de la Culture de Géorgie, Tbilissi)
« Peace Guards » (1965, glossaire de la Géorgie)

NAPOLÉON – POÈME DE NIKOLOZ BARATACHVILI – ნიკოლოზ ბარათაშვილი -ნაპოლეონ – 1838

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POÈME DE NIKOLOZ BARATASHVILI
POÈME DE NIKOLOZ BARATACHVILI
ნიკოლოზ ბარათაშვილი
LITTERATURE GEORGIENNE
ქართული ლიტერატურა
POESIE GEORGIENNE
ქართული პოეზია

GEORGIE – DECOUVERTE DE LA GEORGIE – საქართველოს აღმოჩენა

POEME DE NIKOLOZ BARATACHVILI NIKOLOZ BARATASHVILI
Géorgie
საქართველო

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

 

POEME DE NIKOLOZ BARATACHVILI - POEME DE NIKOLOZ BARATACHVILI NIKOLOZ BARATASHVILI

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POÉSIE GEORGIENNE
ქართული პოეზია

NIKOLOZ BARATASHVILI
NIKOLOZ BARATACHVILI
ნიკოლოზ ბარათაშვილი

1817 წლის 4 დეკემბერი – 1844 წლის 21 ოქტომბერი
4 décembre 1817 – 21 octobre 1844

Nikoloz Baratachvili

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

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NAPOLÉON
ნაპოლეონ
1838
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Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard, Jacques-Louis David,
musée du château de Malmaison

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ნაპოლეონმა გარდმოავლო თვალი ფრანციას,
Napoléon tourna ses yeux vers la France,
და თქვა: „აბაო ხელმწიფებამ რა შემიძინა?“
Et dit : « Mon règne, qu’a-t-il réalisé ?« 
და რა იხილა თვისს დიდების მსხვერპლი თვის წინა,
Et tout à l’observation de sa gloire,
მისს მოღრუბლულს შუბლს შუქი რაღაც გარდაეფინა.
Quelque chose vint heurter son front pensant.

*


„ახლა კი კმარა“, თქვა მან გულში, „სურვა აღმიხდა:
«Maintenant, c’est assez !», dit-il dans son cœur, «cela suffit :
სახელი ჩემი ვასახელე ქვეყნის საოცრად,
  J’ai illuminé par ma gloire mon pays,
შევმოსე ძალით საყვარელი ჩემი საშვენად
  J’ai par la force vaincu tous mes ennemis,
 
და დაუმონე გულმტკიცენი მას სადიდებლად“.
Gloire, je t’ai fait ma bien-aimée et je te loue affectueusement ».

*
„მაგრამ მე გვამში სული ვერღა მომთავსებია!
«Mais dans ce corps mon âme manquait de place !
მითხზავს გვირგვინსა დიდებისას მე თვითონ ბედი,
  Dans la gloire de la couronne, le sort se joue de moi,
ხოლო მე უნდა მას მოვასხა შარავანდედი;
 Mais jamais elle ne pourrait me trahir ;
 
ჟამი ჩემია და ჟამისა მე ვარ იმედი!“
Le temps est à moi et le temps est mon espoir ! »

*


„მაგრამ ვინ იცის, იქნება რომ ბედსაც მოვსწყინდე,
« Mais qui sait si demain le destin se détourne de ma route,
და სხვა მან ჩემის სახელითა დააგვირგვინოს!..
  Et couronne un autre de ma renommée !
არა, არა მრწამს, რომე ბედმა მე მიორგულოს:
  Non, je ne crois pas à la déloyauté du destin :
 
მე მან გამზარდა და თვისს გაწვრთნილს რაღა მიხერხოს!“
J’ai grandi pour faire ce que mon créateur voulait que je fasse !»

*


„ვერა გაუძლებს ნაპოლეონ მეტოქეებსა!
« Ecrasons les rivaux de Napoléon !
 
რა გინდ ძლიერად, მეცნიერად, ვინ ხელმწიფებდეს,
Quelle que soit la puissance et la connaissance d’un homme,
 
მაინც მე იგი ვერ ვითვისო, ვერ ჩემოდნობდეს,
Je ne peux ni apprendre de lui, ni le comprendre,
 
თვითონ სამარეც მევიწროოს, თუ ტოლი მყვანდეს!“
Ma tombe elle-même serait trop petite, si j’avais mon égal !« 

*


ბევრი დღე გავა, რომ ჯერ ბევრი ვერ ვცნათ ჩვენ მისი!
Les jours passeront, nous ne réaliserons peut-être pas encore !
თვითონ სიკვდილიც მას უებროდ აღმოგვიჩინებს:
  La mort qui lui paraissait insupportable le dévoilera :
დამქრალი ცეცხლი და ზღვის ღელვა წარმოგვიდგინებს
  Le feu incandescent et la brise marine
მისს ცეცხლსა სულსა და ზღვა გულსა განსაკვირველებს!
  Représenteront son âme ardente et la grandeur de son cœur !

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Bonaparte au pont d’Arcole, Antoine-Jean Gros , musée du Louvre, Paris
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POEME DE NIKOLOZ BARATASHVILI
POEME DE NIKOLOZ BARATACHVILI
ნიკოლოზ ბარათაშვილი
LITTERATURE GEORGIENNE
ქართული ლიტერატურა
POESIE GEORGIENNE
ქართული პოეზია

POEME DE NIKOLOZ BARATACHVILI NIKOLOZ BARATASHVILI
Géorgie
საქართველო

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Symbole-Artgitato-6.jpg.

PRESAGES Poème d’Alexandre POUCHKINE (1829) Приметы

*

ALEXANDRE POUCHKINE POEME

*
1829
 

Alexandre Pouchkine
русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe

poemes-de-alexandre-pouchkine-artgitatopushkin-alexander

ALEXANDRE POUCHKINE  1829
pushkin poems
стихотворение  – Poésie
 Пушкин 

 

 

POUCHKINE – Пу́шкин
Алекса́ндр Серге́евич Пу́шкин
1799-1837

[создатель современного русского литературного языка]

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

 

LA POESIE DE POUCHKINE

СТИХИ АЛЕКСАНДРА СЕРГЕЕВИЧА ПУШКИНА
Пушкин 


Приметы
1829

****


PRESAGES
****

 

Я ехал к вам: живые сны
Je suis allé à vous : des rêves vifs
 
За мной вились толпой игривой,
Espiègles, m’envahissaient,
И месяц с правой стороны
Et la lune sur ma droite
Сопровождал мой бег ретивый.
Accompagnait ma course débridée.

*

Я ехал прочь: иные сны…
Je suis allé loin : d’autres rêves …
Душе влюбленной грустно было,
Mon âme amoureuse s’affligeait,
И месяц с левой стороны
Et la lune sur la gauche
Сопровождал меня уныло.
Tristement m’accompagnait.

*

Мечтанью вечному в тиши
Silencieusement, dans des rêves éternels
  Так предаемся мы, поэты;
S’abandonnent les poètes ;
Так суеверные приметы
Aux superstitieux présages
 Согласны с чувствами души.
Ils accordent les sentiments de l’âme.

 

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POUCHKINE
 1829  

********

LES JUGEMENTS DE Tolstoï
SUR LES POEMES DE POUCHKINE

Ayons donc pleine confiance dans le jugement du comte Tolstoï sur les poèmes de Pouchkine, son compatriote ! Croyons-le, encore, quand il nous parle d’écrivains allemands, anglais, et scandinaves : il a les mêmes droits que nous à se tromper sur eux. Mais ne nous trompons pas avec lui sur des œuvres françaises dont le vrai sens, forcément, lui échappe, comme il échappera toujours à quiconque n’a pas, dès l’enfance, l’habitude de penser et de sentir en français ! Je ne connais rien de plus ridicule que l’admiration des jeunes esthètes anglais ou allemands pour tel poète français. Verlaine, par exemple, ou Villiers de l’Isle-Adam. Ces poètes ne peuvent être compris qu’en France, et ceux qui les admirent à l’étranger les admirent sans pouvoir les comprendre. Mais il ne résulte pas de là, comme le croit le comte Tolstoï, qu’ils soient absolument incompréhensibles. Ils ne le sont que pour lui, comme pour nous Lermontof et Pouchkine. Ce sont des artistes : la valeur artistique de leurs œuvres résulte de l’harmonie de la forme et du fond : et si lettré que soit un lecteur russe, si parfaite que soit sa connaissance de la langue française, la forme de cette langue lui échappe toujours.

Léon Tolstoï
Qu’est-ce que l’art ?
Traduction par T. de Wyzewa.
 Perrin, 1918
pp. i-XII

*****

ALEXANDRE POUCHKINE POEME

 PRESAGES
1829
Пушкин 

ALEXANDRE POUCHKINE (1824) A LA MER – К морю

*

Alexandre Pouchkine
русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe

poemes-de-alexandre-pouchkine-artgitatopushkin-alexander

ALEXANDRE POUCHKINE 1824
pushkin poems
стихотворение  – Poésie
 Пушкин 

 

 

POUCHKINE – Пу́шкин
Алекса́ндр Серге́евич Пу́шкин
1799-1837

[создатель современного русского литературного языка]

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

 

LA POESIE DE POUCHKINE

СТИХИ АЛЕКСАНДРА СЕРГЕЕВИЧА ПУШКИНА
Пушкин 


A LA MER

  1824
К морю
**

***

Ivan Aïvazovski
Иван Константинович Айвазовский
Arc en ciel
Радуга
Galerie d’État Tretiakov – Moscou
Государственная Третьяковская Галерея

*****

 

 

Прощай, свободная стихия!
Adieu, élément libre !
В последний раз передо мной
Pour la dernière fois devant moi
Ты катишь волны голубые
S’allongent tes vagues bleues
 И блещешь гордою красой.
Dans cette beauté immense et fière.

*

Как друга ропот заунывный,
Comme un long murmure plaintif,
Как зов его в прощальный час,
Comme un appel à l’heure des adieux,
Твой грустный шум, твой шум призывный
Un long et triste souffle
Услышал я в последний раз.
Que pour la dernière fois j’entends.

*

Моей души предел желанный!
Mon âme à tes côtés se retrouvait !
Как часто по брегам твоим
Combien de fois fuyant le monde
 Бродил я тихий и туманный,
Je me promenais sur ton rivage calme et brumeux,
Заветным умыслом томим!
Tourmenté par une quelconque peine !

*

Как я любил твои отзывы,
Comme j’aimais ton phrasé,
Глухие звуки, бездны глас
Tes sons étouffés, cette voix de l’abîme
 И тишину в вечерний час,
Ce silence à l’heure du soir,
И своенравные порывы!
Ces impulsions capricieuses !

 

*

Смиренный парус рыбарей,
Tu t’ouvres devant l‘humble voile de pêcheurs,
Твоею прихотью хранимый,
Qui glisse sur ton dos,
Скользит отважно средь зыбей:
Et vaillamment effleure tes flots :
Но ты взыграл, неодолимый,
Mais tu bondis, tu éructes, irrésistible,
И стая тонет кораблей.
Devant une majestueuse flotte présomptueuse.

*

Не удалось навек оставить
Quand ne pouvant quitter le pont
Мне скучный, неподвижный брег,
Immobile dans la fougue de tes tempêtes,
Тебя восторгами поздравить
Je me félicitais de toujours pouvoir
  И по хребтам твоим направить
Clamer sur la bordure de tes crêtes
Мой поэтической побег!
Mon évasion poétique !

*

Ты ждал, ты звал… я был окован;
Tu m’attendais, tu m’appelais… J’étais prisonnier ;
Вотще рвалась душа моя:
En vain, je déchirai mon âme :
Могучей страстью очарован,
Fasciné par cette puissante passion,
У берегов остался я…
Le long des côtes, je …

 

*

О чём жалеть? Куда бы ныне
Que regretter ? Où maintenant
 
Я путь беспечный устремил?
Partir insouciant ?
Один предмет в твоей пустыне
Un objet, un seul, dans ton immensité désertique
Мою бы душу поразил.
Aurait impressionné mon âme.

*

Одна скала, гробница славы…
Un rocher, tombeau de la renommée …
Там погружались в хладный сон
Au cœur d’un rêve avide
Воспоминанья величавы:
De souvenirs majestueux :
Там угасал Наполеон.
Là, Napoléon s’est endormi.

*

Там он почил среди мучений.
Là, il repose au milieu des tourments.
И вслед за ним, как бури шум,
Et après lui, comme le bruit de la tempête,
Другой от нас умчался гений,
Un autre génie éclate,
Другой властитель наших дум.
Une autre maître de nos pensées.

*

Исчез, оплаканный свободой,
Disparu, pleuré par la liberté
Оставя миру свой венец.
Laissant sur le monde sa couronne.
Шуми, взволнуйся непогодой:
Hurle, frappe et renverse :
Он был, о море, твой певец.
Je serai, o mer, ton chanteur.

*

Твой образ был на нём означен,
Créé à ton image,
Он духом создан был твоим:
Créé par ton esprit
Как ты, могущ, глубок и мрачен,
Puissant, profond et sombre,
Как ты, ничем неукротим.
Comme toi, invincible.

*

Мир опустел… Теперь куда же
Monde vide … où sont-ils
Меня б ты вынес, океан?
Ceux que tu as emportés, Océan ?
Судьба людей повсюду та же:
Destin inchangé du monde :
Где капля блага, там на страже
Sur tous ces corps et sur toutes ces âmes
Уж просвещенье иль тиран.
S’illumine aussi le tyran.

*

Прощай же, море! Не забуду
Adieu, Mer ! Je n’oublierai pas
Твоей торжественной красы
Ta solennelle beauté
 И долго, долго слышать буду
Et pendant longtemps, très longtemps, j’entendrais
Твой гул в вечерние часы.
Tes voix dans les heures du soir.

*

В леса, в пустыни молчаливы
Dans les bois, dans ce désert silencieux
Перенесу, тобою полн,
Je porterai, plein de toi,
Твои скалы, твои заливы,
Tes rochers, tes criques,
И блеск, и тень, и говор волн.
Tes scintillements et tes ombres, et le ressac de tes vagues.

 

 

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ALEXANDRE POUCHKINE
1824  

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LES JUGEMENTS DE Tolstoï
SUR LES POEMES DE POUCHKINE

Ayons donc pleine confiance dans le jugement du comte Tolstoï sur les poèmes de Pouchkine, son compatriote ! Croyons-le, encore, quand il nous parle d’écrivains allemands, anglais, et scandinaves : il a les mêmes droits que nous à se tromper sur eux. Mais ne nous trompons pas avec lui sur des œuvres françaises dont le vrai sens, forcément, lui échappe, comme il échappera toujours à quiconque n’a pas, dès l’enfance, l’habitude de penser et de sentir en français ! Je ne connais rien de plus ridicule que l’admiration des jeunes esthètes anglais ou allemands pour tel poète français. Verlaine, par exemple, ou Villiers de l’Isle-Adam. Ces poètes ne peuvent être compris qu’en France, et ceux qui les admirent à l’étranger les admirent sans pouvoir les comprendre. Mais il ne résulte pas de là, comme le croit le comte Tolstoï, qu’ils soient absolument incompréhensibles. Ils ne le sont que pour lui, comme pour nous Lermontof et Pouchkine. Ce sont des artistes : la valeur artistique de leurs œuvres résulte de l’harmonie de la forme et du fond : et si lettré que soit un lecteur russe, si parfaite que soit sa connaissance de la langue française, la forme de cette langue lui échappe toujours.

Léon Tolstoï
Qu’est-ce que l’art ?
Traduction par T. de Wyzewa.
 Perrin, 1918
pp. i-XII

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PAUL ADAM – PREMIERE LETTRE DE MALAISIE

MALAISIE – MALAYSIA


D’après une photo de Nadar et du portrait de Félix Valloton




PAUL ADAM
1862 – 1920

LETTRES DE MALAISIE
1896
PREMIERE LETTRE

Texte paru dans La Revue Blanche
Paris
1898 

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Portrait de Paul Adam
Félix Vallotton paru
Le Livre des masques de Remy de Gourmont
1896

***

Lettre de Malaisie

Un diplomate espagnol avec qui j’eus l’honneur de me lier, naguère, en août, aux environs de Biarritz, m’écrit, des Philippines, une lettre. Elle révèle un curieux accident historique et social. Je transmets à La revue blanche cette missive curieuse, espérant que d’autres me parviendront bientôt. Peut-être ne rappellerai-je pas inutilement, pour l’explication du phénomène relaté plus bas, le succès dévolu en 1842, à la publication du Voyage en Icarie, par Cabet. Des personnes entièrement saisies par la lecture de cette utopie communiste, le suivirent au Texas, puis dans l’Illinois où fût tentée, sous ses auspices, la réalisation de théories économiques. Nul n’ignore le pénible résultat. Donc un émule dissident de Cabet aurait, dans la Malaisie, essayé de même cette réalisation. Il siérait peu de s’en déclarer surpris. L’époque comprise entre 1830 et le 2 décembre 1854 restera marquée par l’effervescence du socialisme. Né en 1772, Fourier, ayant connu la Révolution française, la jugea comme il convient : mal. Henri de Saint-Simon, son contemporain, établit également que l’œuvre jacobine valait peu, si l’on ne voulait adjoindre à son programme la suppression de l’héritage et l’égalité civile des sexes. Il instruisit Auguste Comte et Blanqui, qui magnifièrent l’un sa pensée, l’autre son action. Lors de 1840, ces ferments de socialisme agitaient fort les esprits, non moins qu’au temps actuel. En 1832, Fourier avait fondé son journal Le Phalanstère ; en 1840 Proudhon crie : « La propriété c’est le vol. » On transfère les cendres de Napoléon aux Invalides ; on élève à Boulogne la colonne de la Grande Armée. L’Attila de la Révolution est reconnu officiellement héros. Vers 1841 Proudhon lance son Avertissement aux propriétaires ; presque en même temps est promulguée la loi sur les expropriations. Reclus, depuis 1839, pour l’échauffourée de Boulogne, au fort de Ham, le futur Napoléon III écrit son Extinction du paupérisme. 1842 voit paraître la loi sur le travail des enfants dans les manufactures. Pour la première fois, le Pouvoir tente d’enrayer l’exploitation capitaliste et de protéger les vies laborieuses. Un décret royal autorise la construction des grandes lignes ferrées. L’évolution économique accomplit une étape considérable.

On lit le Voyage en Icarie de Cabet, et on se passionne pour son communisme, parmi cette ferveur réformiste qui devait aboutir à la révolution de février 1848, aux Ateliers Nationaux, à l’idéal du Droit au travail noyé par le général Cavaignac dans le sang de 12 000 prolétaires, la bourgeoisie préparant ainsi le suffrage du peuple à préférer, comme président de la République, Louis Bonaparte au massacreur de juin.

La relation du diplomate espagnol ne saurait donc nous étonner beaucoup. Un émule de Cabet entraîna dans les îles de l’Océan Indien quelques simples gens enthousiasmés par l’utopie à la mode. Rival et ennemi personnel de l’Icarien, il dirigea son expédition vers l’Extrême-Orient, puisque l’autre menait la sienne à l’Occident.

Voilà tout ce qu’il semble indispensable de rappeler, avant la lecture de ce qui suit.
Paul Adam

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Mer des Célèbes, à bord du Novio,
en rade de la ville d’Amphitrite,
le 20 septembre 1896
Mon cher ami,

Vous me pardonnerez sans doute de vous avoir laissé brusquement à Saint-Sébastien, si je vous représente qu’un ordre venu du ministère me contraignit à partir sur l’heure pour les Philippines, où l’insurrection prenait tout à coup cette importance déplorable, cause de nouvelles calamités abattues sur la malheureuse Espagne. Réveillé en pleine nuit par un agent et cela, non sans épouvante pour la Basquina (dont la sœur dut vous satisfaire, j’imagine), je m’embarquai, deux heures plus tard sur le Novio, ce blanc croiseur tout gentil que balançait rudement l’eau dans la cuvette du port. Vous aviez tant maudit le mugissement de la sirène. Mon télégramme ne dut pas moins vous ahurir que sa voix, au réveil.

Traversée abominable. J’ai peu quitté la cabine. La mer s’écroulait sur le pont. Moi je rendis compte de mon estomac aux ustensiles indispensables. Joies de la Carrière !

D’abord il faut vous dire que l’agent m’avait remis une enveloppe contenant des ordres. Ceux-ci me confèrent la mission d’apprendre, quelles idées étrangères et puissantes troublent dans la colonie, le loyalisme de nos planteurs, de nos commerçants, la placidité des indigènes.

Certes ils n’agissent, ni les uns ni les autres, en confiance dans leurs seules forces. Pour s’attaquer au gouvernement de la métropole, il faut qu’ils se croient soutenus. Les Cubains le sont par les États-Unis. Parvenu à Manille, je commençai l’enquête. J’eus lieu de penser tout d’abord que la politique mégalomane du Japon ne s’abstenait pas d’encouragements en faveur des insurgés.

Mais je me convainquis que cette influence n’était pas la principale ; car, si le Japon pense à conquérir les grandes îles des deux Océans indien et pacifique, et à y créer une puissance insulaire analogue à celle des pays britanniques, ses diplomates n’ignorent point les difficultés d’une semblable tâche. Spolier aujourd’hui l’Espagne et la Hollande de leurs possessions malaises serait peu commode. L’Europe, dont les nouveaux événements scellent l’union fédérative, se lèverait contre la jeune Asie. Bref, il importait de découvrir une autre cause efficiente. Je vous épargne le sommaire de mes démarches.

Plusieurs d’entre les hauts fonctionnaires de Manille m’entretinrent, au débarqué, d’une fable fort en crédit chez ceux du peuple. Depuis quelque dix ans, il serait venu, du ciel, dans les bourgs intérieurs de la colonie, des aéronautes européens. À maintes reprises, ces voyageurs auraient noué des relations avec nos indigènes, certains colons.

Ils échangeraient des montres, des outils, de l’or en lingots contre plusieurs sortes de semences, des porcs et des moutons. On me montra l’un de ces lingots, petit rectangle parfait portant le timbre d’un écusson héraldique, dont l’origine est certainement byzantine. En filant le long des côtes, sur le Novio, le pilote malais me fit apercevoir, loin dans les terres de l’île de Mindoro, une saillie du plateau central, puis, là-dessus, une sorte de colonne à claire-voie, très semblable à votre Tour Eiffel, et qui, construite par ces mystérieux explorateurs, servirait de débarcadère à leurs nefs aériennes. On m’en indiqua d’autres, perceptibles de la côte, sur les pics du massif central, dans la grande île Mindanao, dans l’île Iebu, dans l’île Négros. Toutes ces stations se trouvent situées au faîte de sommets rendus inaccessibles par la nature montueuse du sol, l’impénétrabilité des forêts vierges, la pestilence des marécages, et notre ignorance générale de la topographie de ces régions. Vous le savez : de Bornéo, des Célèbes, des Philippines, les Européens occupent quelques provinces côtières, et affirment un protectorat nominal sur les populations de l’intérieur à peu près inconnues.

Or, Bornéo a deux cents kilomètres carrés de plus que la France, et les autres groupes d’îles en comprennent d’immenses, comme Luçon, Mindanao, Sumatra, Java. Mes compatriotes de Manille supposent qu’au centre de ces petits continents, d’énergiques occidentaux avaient pu établir une civilisation secrète, attestée par le passage de ces nefs aériennes gardant la forme de grands oiseaux, aux ailes infinies et arborant une voilure analogue à celle de nos sloops.

Devant moi on interrogea plusieurs prisonniers de l’insurrection. On leur demanda la provenance d’imprimés saisis sur eux. Ces pièces constataient leur présence sous les drapeaux de la révolte. Elles semblaient être la formule en espagnol d’un diplôme de révolutionnaire. Chose qui me frappa, l’exergue représentait un coq chantant et perché sur un faisceau de licteur muni de sa hache. Je me souvins avoir vu, sur les estampes françaises éditées en 1848, des emblèmes identiques, à Paris. Oserai-je croire, cher ami, que l’on commence à excuser la longueur de la missive ? Cela vous intéresse-t-il, terrible anarchiste français ? Ce sont vos frères qui excitent contre la vieille monarchie des Castilles nos sujets de Malaisie. Je continue ; car voici qui vous réjouira. Depuis dix ans, tous les gouverneurs des Philippines adressèrent à Madrid des rapports sur ces indices.

Ils y joignirent l’hypothèse logique d’un centre de « pirates aériens » français, se développant sur les hauts plateaux inaccessibles des grandes îles. L’ineffable assurance de nos ministres blâma ces rapports. On enjoignit à leurs auteurs de cesser une moquerie peu compatible avec le caractère de leurs fonctions. Un obstiné subit la disgrâce. Ses successeurs gardèrent un silence favorable à la gloire de leur avenir.

L’un cependant, voulut, sans l’autorisation métropolitaine, tirer la chose au clair. Un détachement de marins envoyé dans l’île de Mindanao tenta l’approche d’une des hautes colonnes à claire-voie. Il fallut défricher la brousse, tailler une sente, faire sauter des rocs, fusiller des tigres et des crocodiles. De toute l’expédition il revint trois hommes. Ils contèrent que, près d’atteindre le faîte de la montagne, d’épouvantables explosions avaient anéanti le détachement. La tour était défendue par un circuit de torpilles dissimulées sous le sol. Comme bien vous pensez, le gouverneur ne souffla mot de son audace. Il déclara les marins massacrés dans une embuscade de naturels ; puis, désigna les trois survivants pour un poste malsain, où la fièvre et le décès scellèrent leurs bouches.

Malgré des objections du gouvernement central, je résolus de poursuivre l’enquête. Mon premier rapport télégraphique mentionna seulement les manigances japonaises. Mais il advint qu’un jeune insurgé de race batave trahit l’aventure afin de se soustraire à la peine de mort prononcée contre lui par la cour martiale. Les armes, les munitions, l’argent venaient de Bornéo ; il l’avoua. Des Malais habiles à se glisser dans la brousse et connaissant des sentes secrètes, gagnaient la base des colonnes, où l’un de ces forbans leur donnait les indications nécessaires ; de l’or. Des jonques allaient ensuite, la nuit, quérir dans tel îlot au large les caisses, déposées là, par les nefs aériennes, un peu avant l’heure prescrite dans les lettres. Poussé à bout, soumis même à un genre d’instruction que nos ancêtres les inquisiteurs excellaient à rendre utile, mon batave finit par avouer l’existence d’un petit port dans une crique de l’île de Bornéo que dissimulent les récifs. Très étroite, la passe ne tenta jamais les capitaines de navires européens, mal impressionnés d’ailleurs devant l’apparence abrupte et déserte de la falaise qu’on distingue par delà les lignes de brisants, et une mer toute blanchie par le ressac sur des rocs noyés.

Pour obtenir que le batave désignât un pilote indigène capable de conduire le Novio dans la passe, il fallut employer tous les genres de coercition.

Vous, français et humanitaire, vous attachez à l’existence humaine, un prix excessif. Moi, je pense que les intérêts d’une nation totale valent bien quelques vies d’imbéciles. Mon batave, espèce de mercanti qui empoisonne les indigènes au moyen d’ignobles alcools, qui leur vend des caresses de filles syphilitiques, nous intéressait peu. Il s’était joint à la révolte depuis que la police avait fermé son bouge à la suite d’un assassinat commis sous ses yeux. Je tirai de cette matière vile, par les moyens de force, de profitables renseignements. J’appris qu’à deux ou trois reprises les jonques de l’insurrection avaient reçu, dans le petit port d’une ville cachée au giron des falaises, leurs chargements de carabines, de rifles, plusieurs pièces d’artillerie. Il fallut bien m’y conduire.

Sans perdre de temps, un pilote fut découvert, arrêté, et habilement interviewé dans la prison par un traître de nos serviteurs qui lui demanda la relève de la passe, voulant, dit-il, remplir à la place du détenu son dangereux devoir insurrectionnel, pendant l’incarcération. Lui, assura-t-il, devait être mis en liberté, le soir même, faute de preuves. Il le fut. Le Novio gagna la haute mer aussitôt, sous le double panache de ses fumées.

Fort difficilement nous reconnûmes la passe, sur la côte S-E de Bornéo. Plusieurs fois, dans la nuit, nous vîmes au-dessus de nos têtes, à d’incalculables hauteurs, planer des ombres immenses, tandis que le jet d’un fanal électrique éclairait soudain le pont du navire, les eaux furieuses et blanches, la baleinière des sondeurs devançant avec prudence, parmi les récifs, notre proue. Je craignis la chute d’une torpille qui eût mis en miettes le bâtiment. Le capitaine du Novio partagea cette appréhension. Je vous assure que nous passâmes vingt-quatre heures sans joie, dans ces parages sinistres. À plusieurs reprises, il tomba sur le pont une grêle de pois secs, comme si les aériens eussent voulu nous avertir de la précision de leur œil, et nous inviter ainsi à la retraite. Moi, je descends des conquistadors. Cette bravade me mit en fureur, simplement ; et je bousculai jusque la mer un nègre chauffeur qui trop manifestement s’épouvantait. On le repêcha.

Avant-hier à l’aube, nous franchîmes enfin la dernière parallèle de brisants, et pénétrâmes dans des eaux plus paisibles.

Immédiatement, par dessus la crête des falaises, et entre les pointes des sommets, parurent cinq aérostats. Nous pûmes les observer à l’aise, car ils tournoyèrent lentement, à une bonne hauteur, vers un centre qui était le zénith du Novio.

Deux ailes de cent cinquante ou deux cents mètres soutiennent chacun dans l’espace. Elles semblent épaisses. Nous pensâmes qu’elles forment deux enveloppes plates contenant du gaz ; et qu’elles aident surtout à planer. Il est rare qu’un mouvement les agite. Aux extrémités d’un axe sous-jacent à la nef, deux énormes hélices, l’une en proue, l’autre en poupe, se vissent horizontales, dans l’air. Entre elles est une dunette ou se meuvent des mécaniciens, des observateurs. Nous suivions leurs gestes. Ils photographièrent le Novio. Né de la giration des hélices, un vent fripait leurs hardes. Ils s’agriffaient aux rampes de la passerelle. Au-dessus d’eux, à trois mètres, la charpente d’une terrasse oblongue se trouait d’une trappe recevant un minuscule escalier. Cette terrasse semble sans autre épaisseur que celle d’une planche solide. Elle supporte une mature et une voilure de sloop, servant à gouverner la course de la nef. À ses flancs aussi s’attachent et s’articulent les immenses ailes épaisses. Nous parvînmes à distinguer sur l’ovale de cette terrasse, des machines légères, subtiles, un volant de dynamo, une tente, et l’équipage comportant une huitaine d’hommes au plus.

Nous vîmes encore que la mâture était maintenue par des étais compliqués et nombreux s’appuyant aux bordages. Le vol de la nef ne diffère point de celui des milans, des grands-ducs, et autres oiseaux de proie. Toute la journée l’escadre plana en décrivant des cercles autour de notre centre. À certaines minutes, nous percevions le bruit des hélices, un froufrou formidable, si l’un de ces bâtiments s’inclinait vers nous. Les matelots présentent la voile aux courants d’air, et dirigent ainsi. Ils semblent d’admirables gabiers.

Au milieu de leurs cercles, nous étions comme une pauvre perdrix que guette un vol d’éperviers voraces. Il me fallut remonter le courage de nos hommes. Sans cesse l’ombre du passage des nefs glissait sur notre pont. Nous ne laissâmes pas de nous engager dans la crique. Elle commence une sorte de fjord peu profond, creusé entre deux pans abrupts de montagnes rocheuses où des sapins et la brousse se hérissent. Vers midi nous aperçûmes, après avoir doublé un petit cap intérieur, les blancheurs de la ville qui se nomme Amphitrite.

Le sémaphore nous fit signe de stopper, annonçant une embarcation et un message. Nous obéîmes.

La ville est joliment installée, en gradins, sur le flanc de la montagne. Les quais bas ne semblent point destinés à l’accueil de grands navires. Cela s’explique, les aérostats remplaçant la marine. Des fanaux électriques bordent un boulevart. Les maisons basses ont des arcades de pierre, sous lesquelles circule une foule en habits à la française du dix-septième siècle. Elle nous examina de loin, sans dépasser une sorte de limite idéale, bien que nul agent de police ne parût la retenir. Nous vîmes plusieurs grandes voitures automobiles. Un carillon délicieux précéda la sonnerie de l’heure. Du soleil qui survint révéla les façades dorées ou argentées des maisons, des portiques en faïence bleue, sous lesquels dansent des gerbes d’eau jaillies d’une vasque. Les arbres et les végétations dissimulent beaucoup les perspectives.

Un canot sortit d’un bassin. Il avança mû par une force cachée, mais puissante ; son étonnante rapidité nous surprit. À l’avant, une figure de chimère poussait l’eau de sa poitrine à écailles de faïence verte. Nous eûmes à peine le temps de hisser le pavillon espagnol. Une grande ombre voila le ciel, au-dessus de nos têtes ; et nous vîmes un aérostat descendre entre les parois du fjord que frôlaient ses énormes ailes. De la dunette inférieure, pendait sur nous, au bout d’une chaîne, une torpille monstrueuse. Le cuivre pointu du détonateur luisait.

Ce fut sous cette autre épée de Damoclès que je reçus, à la coupée, le magistrat du canot.

Il gravit l’escalier lestement malgré les soixante-dix ou quatre-vingts hivers qui avaient blanchi ses courts favoris ras. Maigre petit vieillard, à la lèvre nue, il me salua de son feutre mousquetaire assez impertinemment, laissa voir une seconde un toupet de neige surmontant une soyeuse chevelure ramenée aux tempes, et se recouvrit. Derrière lui cinq hommes surgirent, en habit bleu de roi, et haussant plusieurs enseignes dont l’une était un coq d’or aux ailes étendues, l’autre les armoiries byzantines inscrites déjà sur les lingots rectangulaires de leur monnaie, la troisième deux mains, l’une d’or, l’une de fer, enlacées entre deux palmes. Cela au bout de hampes écarlates. Je considérai mon minuscule interlocuteur, son ample habit Louis XIV en soie grise, ses culottes larges disparues sous la veste de piqué blanc, ses petites jambes impatientes dans des guêtres de maroquin fauve boutonnées jusqu’aux genoux.

« — Monsieur, me dit-il, en français, vous ignorez sans doute chez qui vous êtes. Depuis cinquante-trois ans, nul Européen ne fut admis dans la baie. Pour vous, les torpilles qui renforcent la ligne de brisants furent neutralisées. Le temps nous a semblé venu de laisser connaître à quelques-uns les agencements de notre colonie. Ce petit livre que je vous remets vous instruira sur les origines de notre œuvre. Nous sommes des français qui s’expatrièrent pour fuir un régime d’iniquité et de bon plaisir. Disciples de Fourier, de Saint-Simon, amis de Proudhon et de Cabet, — j’espère que ces noms illustres ne vous sont pas inconnus, — nous avons voulu réaliser ici une existence conforme à la saine logique phalanstérienne. Ce que Cabet tenta en Icarie, nous l’essayons en cette contrée fertile. Monsieur, le doux Virgile a dit :

O fortunatos nimiam sua si bona norint
Agricolas !

« Nous avons donc résolu de connaître notre bonheur. Assez et trop longtemps nous avions pu expérimenter le sic vos, non vobis, du cygne de Mantoue ; et nous murmurions avec le Latin : quandoque, o rus, te aspiciam ! … Ici nous jouissons enfin de la nature. Soyez le bienvenu sur cette terre de fraternité ; Monsieur. Vous pourrez, sans doute, bientôt en énumérer les félicités à vos compatriotes, lorsque vous serez revenu auprès des lares de vos ancêtres. Et peut-être direz-vous alors, comme l’éloquent Chrysostôme, Mataïotès, mataïotétôn, kaï, panta mataïotès ; vanité des vanités, tout n’est que vanité, lorsque le véritable amour civique ne préside pas aux destinées des grands peuples.

« Sous ce pli, Monsieur, vous lirez les conditions que notre gouvernement impose au cas où le désir de visiter nos villes et nos champs, vous solliciterait. Pour l’affaire diplomatique dont vous agiterez le grave problème, c’est seulement à notre capitale, et devant le conseil de Dictature, que vous pourrez obtenir une solution. Pour moi, Monsieur, je ne suis qu’un humble serviteur de notre peuple, le sénéchal de cette province. Mais je suis heureux, Monsieur, d’avoir été le premier de la nation à saluer ici l’envoyé d’un noble pays. »

Je voulus répondre, mais le sec petit vieillard me tourna le dos et descendit précipitamment dans le canot, avec ses porte-enseignes. Aussi vite qu’elle était venue, l’embarcation repartit.

J’ai lu l’opuscule et les papiers remis par le sénéchal d’Amphitrite. Ils confirment l’hypothèse des gouverneurs de Manille. Une colonie de Saint-Simoniens et de fouriéristes, débarquée ici vers 1843, a prospéré clandestinement sur les hautes cimes de l’intérieur où il fallut d’abord se réfugier, par précaution contre la férocité des peuplades autochtones. Peu à peu, le territoire s’étendit, après une longue et dure période de guerres. Maintenant il occupe, à l’intérieur de Bornéo, un espace grand comme les deux tiers de la France. Malgré les conditions singulières imposées au voyageur par le communiqué officiel du Conseil de Dictature, je pénétrerai dans le pays. Ma mission diplomatique, au reste, m’y contraint.

J’ai pensé, mon cher ami, obtenir en vous écrivant ces motifs curieux, le pardon de l’incartade qui me fit vous quitter si brusquement à Saint-Sébastien. M’excusez-vous.

Je suis votre bien dévoué…
Lopez Tossio de Beobia.

LE DIEU GERMAIN NOUVEAU POEME

LE DIEU GERMAIN NOUVEAU
LITTERATURE FRANCAISE
SYMBOLISME

germain-nouveau-poemes-poesie-artgitato

Germain Nouveau

31 juillet 1851 Pourrières (Var) – 4 avril 1920 Pourrières

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POEMES
VALENTINES ET AUTRES VERS

LA POESIE DE
GERMAIN NOUVEAU
LE DIEU

Valentines et autres vers

Texte établi par Ernest Delahaye
Albert Messein, 1922
*
le-dieu-germain-nouveau-artgitato-desnudo-de-mujer-1902-joaquin-sorollaJoaquin Sorolla
Desnudo de mujer

1902
*

GERMAIN NOUVEAU

LE DIEU

N’est pas athée qui veut.

Napoléon

Je vous dis un soir une chose
Dont vous fûtes peut-être cause :
J’ai découvert un nouveau Dieu.
« Nous irons le prêcher ensemble »,
Me répondîtes-vous ; j’en tremble
Car… vous vous avanciez un peu.

Puisque, jusqu’à preuve apportée,
Je ne veux être qu’un athée
Qui ne peux croire qu’en l’Amour,
Quel Dieu, répondez-moi, quel diable
De Dieu né mort ou né viable
Avais-je bien pu mettre au jour ?

Mais… j’avais dit vrai… sans blasphème,
Vous allez voir… cherchez vous-même…
Vous ne trouvez pas ? non ? vraiment !
Je vais vous mettre sur la route :
C’est un Dieu bon… alors… nul doute
Que ce ne soit un Dieu charmant ;

Voyons !… le mot du… théorème,
C’est ?… c’est ?… mais c’est Vous, Vous que j’aime,
Que j’aime avec âme, avec feu ;
Mais c’est ton corps, mais c’est ton âme,
Mais c’est Toi, ma petite femme,
Toi, cet adoré petit Dieu ;

C’est ta raison et ton ivresse,
C’est ton esprit et ta caresse ;
Mais c’est Toi, c’est Toi, c’est Toi, Toi,
Toi… ce n’est pas une autre femme,
Toi… mais… pardonnez-moi, Madame,
J’ai l’air… d’un grand effronté, moi.

Depuis qu’en Vous j’ai voulu vivre,
L’amour de sagesse m’enivre,
De sagesse ?… tiens !… c’est curieux !
C’est la sagesse qui m’enflamme !
Mais, c’est assez causé, Madame,
Maintenant, soyons sérieux !

Nous allons arpenter le globe,
Dépêchons ! Mettez votre robe
Et votre chapeau préféré…
J’ai votre parole, il me semble ?
Nous allons vous prêcher ensemble,
Vous-même Vous Vous prêcherez !

*

Le Dieu Germain Nouveau

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AUSTERLITZ SLAVKOV u BRNA 奥斯特利茨 Аустерлиц アウステルリッツ- Le Château – Les Jardins – La Bataille d’Austerlitz

Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato (3)TCHEQUIE – Česká republika
AUSTERLITZ
SLAVKOV u BRNA
奥斯特利茨
アウステルリッツ
Аустерлиц

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La Bataille d'Austerlitz Par François Gérard

La Bataille d’Austerlitz par François Gérard

La Capitulation du général Mack et le défilé des troupes autrichiennes devant Napoléon Charles Thévenin
La Capitulation du général Mack et le défilé des troupes autrichiennes devant Napoléon
, par Charles Thévenin

Les Bivouacs d'Austerlitz par Louis-François LejeuneLes Bivouacs d’Austerlitz par Louis-François Lejeune

 

 

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Photos de Slavkov u Brna Jacky Lavauzelle
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AUSTERLITZ
アウステルリッツ
Аустерлиц
奥斯特利茨
SLAVKOV u BRNA

Le Château d’Austerlitz et son parc
Slavkovský zámek Zámecký park

La Ville de Slavkov u Brna
La Bataille d’Austerlitz
Bitva u Slavkova

Photos Jacky Lavauzelle
Artgitato





Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato (2)
Letecký pohled na centrum Slavkova

Vue aérienne du centre de Slavkov u Brna

Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Eglise (1) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Eglise (2) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Eglise (3)

kaple sv. Jana Křtitele
Chapelle saint Jean-Baptiste

Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Eglise (4) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (1) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (2)

 

Slavkovský zámek – pohled z parku
Château de Slavkov – Vue du Parc

Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (3)

Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (4) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (5) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (6) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (7) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (8)

pohled z parku
Vue du Parc du Château

 

Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (9) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (10) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (11) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (12) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (13)

Zámecký park
Parc du Château
Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (14)
Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (15) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (16) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (17) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (18) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (19) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (20) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (21) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (22) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (23) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (24) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Zamek Le Château (1) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Zamek Le Château (2) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Zamek Le Château (3) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Zamek Le Château (4) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Zamek Le Château (5) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Zamek Le Château (6) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Zamek Le Château (7) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Zamek Le Château (8) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Zamek Le Château (9) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Zamek Le Château (10) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Zamek Le Château (11) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Zamek Le Château (12) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Zamek Le Château (13)

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La Bataille d’Austerlitz

AVANT LA BATAILLE

Soldats, l’armée russe se présente devant vous pour venger l’armée autrichienne d’Ulm. Ce sont ces mêmes bataillons que vous avez battus à Hollabrunn, et que depuis vous avez constamment poursuivis jusqu’ici.

Les positions que nous occupons sont formidables; et, pendant qu’ils marcheront pour tourner ma droite, ils me présenteront le flanc.

Soldats, je dirigerai moi-même tous vos bataillons ; je me tiendrai loin du feu, si, avec votre bravoure accoutumée, vous portez le désordre et la confusion dans les rangs ennemis ; mais, si la victoire était un moment incertaine, vous verriez votre Empereur s’exposer aux premiers coups, car la victoire ne saurait hésiter, dans cette journée surtout où il y va de l’honneur de l’infanterie française, qui importe tant à l’honneur de toute la nation.

Que, sous prétexte d’emmener les blessés, on ne dégarnisse pas les rangs, et que chacun soit bien pénétré de cette pensée, qu’il faut vaincre ces stipendiés de l’Angleterre qui sont animés d’une si grande haine contre notre nation.

Cette victoire finira notre campagne, et nous pourrons reprendre nos quartiers d’hiver, où nous serons joints par les nouvelles armées qui se forment en France; et alors la paix que je ferai sera digne de mon peuple, de vous et de moi.

Proclamation au bivouac avant la bataille d’Austerlitz
Napoléon Bonaparte
1er décembre 1805

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APRES LA BATAILLE

Soldats,
Je suis content de vous. Vous avez à la journée d’Austerlitz justifié tout ce que j’attendais de votre intrépidité. Vous avez décoré vos aigles d’une immortelle gloire. Une armée de cent mille hommes commandée par les empereurs de Russie et d’Autriche a été en moins de quatre heures ou coupée ou dispersée. Ce qui a échappé à votre fer s’est noyé dans le lac. 40 drapeaux, les étendards de la Garde impériale de Russie, 120 pièces de canon, vingt généraux, plus de trente mille prisonniers sont le résultat de cette journée à jamais célèbre. Cette infanterie tant vantée et en nombre supérieur n’a pas résisté à votre choc, et désormais vous n’avez plus de rivaux à redouter, ainsi en deux mois cette troisième coalition a été vaincue et dissoute. La paix ne peut plus être éloignée, mais, comme je l’ai promis à mon peuple, avant de passer le Rhin, je ne ferai qu’une paix qui nous donnera une garantie et amènera des récompenses à nos alliés.

Soldats, lorsque le Peuple français plaça sur ma tête la Couronne impériale, je me confiais à vous pour la maintenir toujours dans ce haut éclat de gloire qui seul pouvait lui donner du prix à mes yeux. Mais dans le même moment nos ennemis pensaient à la détruire et à l’avilir, & cette Couronne de fer conquise par le sang de tant de Français, ils voulaient m’obliger à la placer sur la tête de vos plus cruels ennemis, projets de souverains et insensés que le jour même de l’anniversaire du Couronnement de votre Empereur, vous avez anéantis et confondus. Vous leur avez appris qu’il est plus facile de vous braver et de vous menacer que de vous vaincre.

Soldats, lorsque tout ce qui est nécessaire pour assurer le bonheur & la prospérité de notre patrie sera accompli, je vous renverrai en France ; là, vous serez l’objet de ma plus tendre sollicitude. Mon peuple vous reverra avec des transports de joie, et il vous suffira de dire : j’étais à la bataille d’Austerlitz pour que l’on réponde : voilà un brave.
De notre camp impérial d’Austerlitz le 12 frimaire an 14.
Napoléon.

Napoléon Bonaparte
Proclamation après la bataille d’Austerlitz
3 décembre 1805

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Les positions françaises (en blanc) et austro-russes (en noir) à la veille de la bataille
Les positions françaises (en blanc) et austro-russes (en noir) à la veille de la bataille

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NAPOLEON A AUSTERLITZ

 En l’année 1804, Napoléon fut élu empereur par le peuple français. Comme les Autrichiens étaient encore en guerre avec nous, il voulut aller les battre dans leur pays.
Il les attaqua près d’Austerlitz. Vous le voyez sur son cheval ; quelques officiers sont derrière lui.
Il est coiffé d’un petit chapeau sans galons, ni dorure.
Il est vêtu d’une simple redingote grise. Il regarde au loin ses soldats qui attaquent les ennemis rangés sur une colline.
Il écoute le bruit des coups de fusil et des coups de canon, et la voix de ses soldats qui chantent :
« On va leur percer le flanc. Ra ta plan, tire lire lire. »
Les musiques accompagnent la chanson des soldats.
C’est un bruit d’enfer. Il est content, l’Empereur. Nos soldats ont escaladé la colline, baïonnette en avant ; les ennemis se sauvent.
Il est content.
Il lève le bras. Savez-vous pour quoi faire ?
Il va priser. Toutes les fois qu’il était content, il prenait prise sur prise de tabac.
Le lendemain, il dit à ses soldats : « Soldats, je suis content de vous ! Quand vous serez retournés en France, il vous suffira de dire : « J’étais à Austerlitz », pour qu’on vous réponde : « Voilà un brave ».

Ernest Lavisse
Histoire de France 
Cours élémentaire
Armand Colin
1913 pp. 146-152