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A CATON CATULLE 56 CATULLUS LVI AD CATONEM

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CATULLE CATULLUS LVI

litterarumLittérature Latine
Catulle

Poeticam Latinam

Traduction Jacky Lavauzelle

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CATULLE – CATULLUS
84 av J.-C. – 54 av J.-C.

POESIE LVI

 Ad Catonem
*****

À CATON
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***

 

O rem ridiculam, Cato, et jocosam,
Ô qu’elle est étrange, Caton, et rigolote,
 Dignamque auribus et tuo cachinno.
Digne de tes oreilles et de ta bonne humeur.
Ride quidquid amas, Cato, Catullum ;
Écoute, toi qui aimes rire, Caton, en l’honneur de ton Catulle ;
Res est ridicula et nimis jocosa.
La chose est drôle et très plaisante.
Deprendi modo pupulum puellae
J’ai surpris un garçon et une jeune fille ; et lui tentait de la
Trusantem. Hunc ego, si placet Dionae,
Trousser. Et moi, que Vénus me le pardonne,
Protelo rigida mea cecidi.
J’ai troussé à mon tour le bellâtre de mon membre rigide.



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Catulle – Catullus
POESIE LVI

CATULLE POÈME

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LA CANAILLE & LES DELICATS
par Ferdinand Brunetière
1882

On a voulu faire de Catulle, sans arguments bien solides, un poète aristocratique, un poète du grand monde, comme de sa Lesbie, sur des inductions plutôt que sur des preuves, ce que Brantôme appelait « une grande et honnête dame. » Je persiste à ne pas croire, pour ma part, que Lesbie fût la célèbre Clodia, mais je crois que bon nombre des fréquentations de Catulle furent parmi la bohème littéraire de Rome. Au surplus, la conciliation n’est pas si difficile. Ce que nous savons, en effet, c’est que, lorsque l’adolescent de Vérone arriva de sa province dans la capitale, il y subsistait, sous le raffinement de quelques habitudes, sous l’étalage du luxe et sous l’apparence de la civilisation, un grand fonds d’antique brutalité romaine. Si nous en pouvions douter, nous rapprendrions au moins de certaines épigrammes de Catulle lui-même, plus grossières que mordantes, et dont l’outrageuse crudité passe tout. C’est bien fait à M. Rostand de nous les avoir traduites. On ne peut pas juger d’un poète en commençant par faire exception de toute une partie de son œuvre, qui peut-être est celle que les contemporains en ont presque le plus goûtée. Là où Catulle est bon, il va jusqu’à l’exquis, et c’est bien de lui que l’on peut dire aussi justement que de personne qu’il est alors le mets des délicats ; mais là où il est grossier, il l’est sans mesure, et c’est bien encore de lui que l’on peut dire qu’il est le charme de la canaille. Or, à Rome, en ce temps-là, dans le sens littéraire de l’un et l’autre mot, la canaille et les délicats, c’était presque tout un. On ne distinguait pas encore, selon le mot d’Horace, la plaisanterie spirituelle de l’insolente rusticité. La curiosité de l’intelligence, vivement éveillée, capable de goûter les finesses de l’alexandrinisme, était en avance, pour ainsi dire, sur la rudesse des mœurs et la vulgarité des habitudes mondaines.



Quand on grattait ces soupeurs qui savaient apprécier les jolies bagatelles du poète, on retrouvait le paysan du Latium, qui s’égayait, au moment du vin, à faire le mouchoir. La raillerie, comme à la campagne, s’attaquait surtout aux défauts ou disgrâces physiques. Je sais bien que, jusque dans Horace, la grossièreté du vieux temps continuera de s’étaler, mais ce ne sera plus de la même manière naïvement impudente. Au temps de Catulle, la délicatesse n’avait pas encore passé de l’esprit dans les manières. Quand il s’élevait seulement un nuage sur les amours du poète et de sa Lesbie, le docte traducteur de Callimaque s’échappait en injures de corps de garde. Cette société très corrompue ne s’était pas encore assimilé la civilisation grecque. Elle s’essayait à la politesse, elle n’y touchait pas encore. Et sous son élégance toute superficielle, elle manquait étrangement de goût. — Il me paraît que, si l’on examinée quel moment de notre histoire la plupart de ces traits conviennent, on trouvera que c’est au XVIe siècle, dans le temps précis que le contact des mœurs italiennes opérait sur la cour des Valois le même effet qu’à Rome, sur les contemporains de César, le contact des mœurs de la Grèce.

Ferdinand Brunetière
Revue littéraire
À propos d’une traduction de Catulle
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 54 –  1882

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À JUVENTIUS CATULLE CATULLUS XLVIII – AD JUVENTIUM

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CATULLE CATULLUS XLVIII

litterarumLittérature Latine
Catulle

Poeticam Latinam

Traduction Jacky Lavauzelle

IMG_4840

CATULLE – CATULLUS
84 av J.-C. – 54 av J.-C.

POESIE XLVIII

 Ad Juventium
*****

À JUVETIUS
****

***

 

Mellitos oculos tuos, Juventi,
Tes doux yeux mielleux, Juventius,
Si quis me sinat usque basiare,
Si je pouvais les embrasser
Usque ad milia basiem trecenta
trois cent mille fois à la suite,
N
ec unquam saturum inde cor futurum est ;
Ces baisers n’assouviraient pas mon désir ;
Non si densior aridis aristis
Non, en aurais-je plus que d’épis dans un champ
 Sit nostrae seges osculationis.
Que cela serait encore beaucoup trop peu.



 

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Catulle – Catullus
POESIE XLVIII

CATULLE POÈME

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LA CANAILLE & LES DELICATS
par Ferdinand Brunetière
1882

On a voulu faire de Catulle, sans arguments bien solides, un poète aristocratique, un poète du grand monde, comme de sa Lesbie, sur des inductions plutôt que sur des preuves, ce que Brantôme appelait « une grande et honnête dame. » Je persiste à ne pas croire, pour ma part, que Lesbie fût la célèbre Clodia, mais je crois que bon nombre des fréquentations de Catulle furent parmi la bohème littéraire de Rome. Au surplus, la conciliation n’est pas si difficile. Ce que nous savons, en effet, c’est que, lorsque l’adolescent de Vérone arriva de sa province dans la capitale, il y subsistait, sous le raffinement de quelques habitudes, sous l’étalage du luxe et sous l’apparence de la civilisation, un grand fonds d’antique brutalité romaine. Si nous en pouvions douter, nous rapprendrions au moins de certaines épigrammes de Catulle lui-même, plus grossières que mordantes, et dont l’outrageuse crudité passe tout. C’est bien fait à M. Rostand de nous les avoir traduites. On ne peut pas juger d’un poète en commençant par faire exception de toute une partie de son œuvre, qui peut-être est celle que les contemporains en ont presque le plus goûtée. Là où Catulle est bon, il va jusqu’à l’exquis, et c’est bien de lui que l’on peut dire aussi justement que de personne qu’il est alors le mets des délicats ; mais là où il est grossier, il l’est sans mesure, et c’est bien encore de lui que l’on peut dire qu’il est le charme de la canaille. Or, à Rome, en ce temps-là, dans le sens littéraire de l’un et l’autre mot, la canaille et les délicats, c’était presque tout un. On ne distinguait pas encore, selon le mot d’Horace, la plaisanterie spirituelle de l’insolente rusticité. La curiosité de l’intelligence, vivement éveillée, capable de goûter les finesses de l’alexandrinisme, était en avance, pour ainsi dire, sur la rudesse des mœurs et la vulgarité des habitudes mondaines.



Quand on grattait ces soupeurs qui savaient apprécier les jolies bagatelles du poète, on retrouvait le paysan du Latium, qui s’égayait, au moment du vin, à faire le mouchoir. La raillerie, comme à la campagne, s’attaquait surtout aux défauts ou disgrâces physiques. Je sais bien que, jusque dans Horace, la grossièreté du vieux temps continuera de s’étaler, mais ce ne sera plus de la même manière naïvement impudente. Au temps de Catulle, la délicatesse n’avait pas encore passé de l’esprit dans les manières. Quand il s’élevait seulement un nuage sur les amours du poète et de sa Lesbie, le docte traducteur de Callimaque s’échappait en injures de corps de garde. Cette société très corrompue ne s’était pas encore assimilé la civilisation grecque. Elle s’essayait à la politesse, elle n’y touchait pas encore. Et sous son élégance toute superficielle, elle manquait étrangement de goût. — Il me paraît que, si l’on examinée quel moment de notre histoire la plupart de ces traits conviennent, on trouvera que c’est au XVIe siècle, dans le temps précis que le contact des mœurs italiennes opérait sur la cour des Valois le même effet qu’à Rome, sur les contemporains de César, le contact des mœurs de la Grèce.

Ferdinand Brunetière
Revue littéraire
À propos d’une traduction de Catulle
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 54 –  1882

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LES POEMES DE SIR WALTER RALEIGH – SIR WALTER RALEIGH’S POEMS

LITTERATURE ANGLAISE

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SIR WALTER RALEIGH
1552/1554-29 octobre 1618

 

Traduction – Translation

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

French and English text
texte bilingue français-anglais

 


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LES POEMES DE SIR WALTER RALEIGH

Sir Walter Raleigh’s poems

 

Three things there be that prosper up apace
Trois Choses qui rapidement prospèrent

Three things there be that prosper up apace
Il y a trois choses qui rapidement prospèrent
And flourish, whilst they grow asunder far,
Et s’épanouissent, tant qu’elles croissent loin des deux autres,

 


What is our life?
Qu’est-ce que notre vie ?

What is our life? A play of passion,
Qu’est-ce que notre vie ? Un jeu de passion,
Our mirth the music of division,
Notre joie, la musique de rupture,

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The Nymph’s Reply to the Shepherd
La Réponse de la Nymphe au Berger
1596

If all the world and love were young,
Si tout le monde et l’amour étaient jeunes,
 
And truth in every shepherd’s tongue,
Et la vérité dans la langue de chaque berger,

 


**

Like Hermit poor in pensive place obscure
 Comme un pauvre ermite dans un contemplatif lieu obscur
Before 1593
Avant 1593

Like hermit poor in pensive place obscure 
Comme un pauvre ermite dans un contemplatif lieu obscur
I mean to spend my days of endless doubt, 
Je veux passer mes jours avec des doutes sans fin,

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UN HOMME HORS NORME

ARTICLE DE
Philarète Chasles (1798 – 1873)

L’attitude du personnage répond à l’originalité de ses traits ; cet homme semble provoquer le monde, et vous diriez qu’il méprise d’avance ce qu’il a fait et ce qu’il va faire.
C’est en effet l’image corporelle et le type extérieur de l’âme la plus excessive dont les annales modernes aient conservé la trace. Walter Raleigh a tout osé, tout envahi, tout manqué. Les trente biographes qui se sont emparés de cette matière brûlante ont voulu la réduire aux proportions ordinaires, effort inutile : la bizarre création de Dieu leur échappe ; une vie de contradictions gigantesques, lutte de Titan contre le possible et l’impossible, désaccord entre la force humaine et la force des choses ; Campbell, Tytler, Birch, Cayley, Shirley, Naunton, même le docteur Southey, sans compter Prince, Fuller, Wood, Aubery, et l’allemand Totze, n’ont point fait comprendre Raleigh ; eux-mêmes ne l’avaient pas compris. Un article récent de la Revue d’Edimbourg, dont l’auteur a discuté avec la conscience d’un juge plusieurs circonstances relatives à la vie de Raleigh, ne nous satisfait pas davantage. C’est donc un sujet neuf, plein de fécondité, que l’étude de cet homme. Il renferme tout un siècle. Chez lui, les penchants de ce siècle bouillonnent, s’exagèrent, s’extravasent et débordent, sans jamais se régler ou s’accorder. Ame confuse, comme l’a très bien dit Hume, et confusément grande.

Philarète Chasles (1798 – 1873)
Walter Raleigh
Revue des Deux Mondes
Période Initiale
Tome 23, 1840








SIR WALTER RALEIGH

STANZAS – EMILY BRONTË (1840) I’ll not weep – Je ne pleurerai pas !

LITTERATURE ANGLAISE -English Literature – English poetry

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EMILY BRONTË
30 July 1818 – 19 December 1848
30 Juillet 1818 – 19 décembre 1848

Traduction – Translation

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

French and English text
texte bilingue français-anglais

 


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STANZAS

I’ll not weep
Je ne pleurerai pas !
1840

 




I’ll not weep that thou art going to leave me,
Tu me quittes mais je ne pleurerai pas,
There’s nothing lovely here;
Il n’y a rien de bon ici-bas ;
And doubly will the dark world grieve me,
Et ce sombre monde doublement m’attristera,
While thy heart suffers there.
Tant que ton cœur y souffrira.





*
I’ll not weep, because the summer’s glory
Je ne pleurerai pas, même l’été dans sa gloire
Must always end in gloom;
Toujours se termine dans le noir ;
And, follow out the happiest story—
Et, la plus radieuse des histoires,
It closes with a tomb!
Se termine avec la tombe !
*
And I am weary of the anguish
Et je suis fatiguée de l’angoisse
 Increasing winters bear;
Qui s’accroit avec l’hiver ;
Weary to watch the spirit languish
Déprimée de voir l’esprit languir
Through years of dead despair.
Dans le mortel désespoir du temps.





*
So, if a tear, when thou art dying,
Si une larme, à ta mort,
Should haply fall from me,
De mes yeux se dérobe
It is but that my soul is sighing,
C’est que mon âme soupire
To go and rest with thee.
Du désir de te rejoindre.

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SUPPLEMENT

LES SOEURS BRONTË
DE FIN 1839 à 1841

Charlotte ne resta pas longtemps dans cette maison inhospitalière, où le maître seul avait trouvé grâce à ses yeux. Elle revint à Haworth à la fin de 1839. Deux années s’écoulèrent encore, et ses espérances reculaient sans cesse à l’horizon. Pour tromper les ennuis de sa vie monotone, Charlotte se remit à écrire avec une nouvelle rage. La grande dépense de Charlotte et de ses sœurs semble avoir été celle du papier durant les années qui précédèrent l’apparition de Jane Eyre. La quantité de papier qu’elles achetaient excitait l’étonnement de l’honnête marchand qui le leur vendait.




« Je me demandais ce qu’elles en faisaient, disait-il à Mme Gaskell ; je pensais quelquefois qu’elles devaient collaborer aux magazines. Lorsque mes provisions étaient épuisées, j’avais toujours peur de les voir venir ; elles semblaient si contrariées lorsque j’étais à sec. J’ai bien des fois fait le voyage d’Halifax pour acheter une demi-rame, dans la crainte d’être pris au dépourvu. » Charlotte s’était remise en effet à caresser ses rêves de littérature. Elle commença un roman qui devait avoir la proportion de ceux de Richardson. De temps à autre, elle et son frère Branwell envoyaient des essais à Wordsworth et à Coleridge. Branwell écrivait quelquefois dans un journal de province, Emilie composait ses poèmes. Toutes ces jeunes têtes étaient en fermentation, et ce tumulte intellectuel fait même un singulier contraste avec la vie silencieuse du presbytère. Charlotte n’a pas encore trouvé sa voie ; elle est pleine de maladresse, elle cherche, et s’égare. L’éducation n’est pas complète ; cinq ou six années de malheurs sont encore nécessaires à la formation de ce talent…

Émile Montégut
critique français (1825 – 1895)
Miss Brontë, sa Vie et ses Œuvres
I. — La Vie anglaise, la Famille et la Jeunesse de Miss Brontë
Revue des Deux Mondes
2e, tome 10, 1857






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LES TROIS SOEURS BRONTË
par/by Branwell Brontë
From left to right: Anne, Emily and Charlotte
De gauche à droite : Anne, Emily et Charlotte

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LE TUEUR DE MOUCHES – Poème de Jacky Lavauzelle

Poésie
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Poème de Jacky Lavauzelle


LE TUEUR DE MOUCHES

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Voici le temps des fins de ronde
Voici la fin d’un monde
De la mouche attentionnée comme de celle qui n’en a rien à foutre
De la sérieuse à la branleuse drosophile
De la chieuse à la redoutable guerrière
Un plateau calme, elles se cachent – elles sont toutes là
Sur la table désertée
En une dernière ronde funèbre
Les pattes en vrac et le reste pas mieux
La belle et le couillon – la souillon et le coquin
Le débile et l’intello
Le stratège et le suiviste
Après un bref et dernier coït
La main un temps s’est abattue
Le sexe encore vivace avec les yeux s’est retrouvé
Un sexe encore collant
Et battant désormais dans le vide de la pièce
Qui un temps semble vide
La main s’est abattue
A force de me faire chier
Mon courroux s’est abattu
Bête et vengeur
Sur la ménagère autant que sur son partenaire.
Sur celle de passage comme celle qui demeure

Les vivantes viennent sucer les viscères des congénères
Et ça tête, ça tête
Le goût des bonnes choses
Du sang et du sucre
A s’en mettre la trompe en trompette
Et je peste et peste encore
Sur ces innombrables chieuses

Et ça nique et fornique
Oubliant l’hécatombe attablée
ça n’en a rien de foutre
De la mort et des obsèques
Et des ventres déchirés
La vie se prend en écartant les pattes
Autant des mortes que des volantes

Sans dégout ni joie
C’est jamais un dimanche
C’est toujours jour de fête
Mais sans fête et sans larmes
Je tourne pour faire chier
Et faire chier je le fais avec tant et tant de persévérance
J’attends la fin du tour
Je les vois qui niquent au loin
Trop tard !

Une autre salope tourne autour de mes doigts
Sans joie ni dégoût
Sans fête et sans larmes
Sans la peur de mon ombre
Je lui explose et la tête et les fesses
Cette salope ne tournera plus
C’est sans compter sa sœur, sa mère ou sa fille





Ainsi tournent les hommes
Comme les mouches qui nous collent
Une main au loin s’abat
Que personne n’attend
Le courroux s’est abattu
Mais on s’en fout
La tête dans le pot de mirabelles
Et la tête dans le cul de la voisine,
De sa sœur, de sa mère ou de sa fille


 







 

 

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FERNANDO PESSOA L’HOMME DE PORLOCK O Homem de Porlock (1934)

 

 O Homem de Porlock
L’Homme de Porlock

Poème de Fernando Pessoa





Traduction – Texte Bilingue
tradução – texto bilíngüe

Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE PORTUGAISE
POESIE PORTUGAISE

Literatura Português

FERNANDO PESSOA
1888-1935
Fernando Pesso Literatura Português Poesia e Prosa Poésie et Prose Artgitato

 





Poema de Fernando Pessoa




O Homem de Porlock
L’Homme de Porlock
15 février 1934

*****




A história marginal da literatura regista, como curiosidade, a maneira como foi composto o escrito o Kubla Kan de Coleridge.
L’histoire marginale de la littérature note comme une curiosité la manière dont fut rédigé le  Kubla Khan de Samuel Taylor Coleridge.

Esse quase-poema é dos poemas mais extraordinários da literatura inglesa – maior, salvo a grega, de todas as literaturas.
Ce quasi-poème est un des poèmes les plus extraordinaires de la littérature anglaise – la meilleure, à l’exception de la littérature grecque, de toutes les littératures.
E o extraordinário da contextura consubstancia-se com o extraordinário da origem.
Autant sa structure que son origine sont extraordinaires.

Foi esse poema composto – narra Coleridge – em sonho. 
Ce poème fut composé – dit Coleridge – en rêve.
Morava ocasionalmente em uma herdade solitária, entre as aldeias de Porlock e Linton.
Coleridge vivait pour quelques temps dans une ferme solitaire, entre les villages de Porlock et de Linton.
Um dia, em virtude de um anódino que tomara, adormeceu;
Un jour, il prit des somnifères pour s’endormir ;
dormiu três horas, durante as quais, diz, compôs o poema surgindo em seu espírito, paralelamente e sem esforço, as imagens e as expressões verbais que a elas correspondiam.
il dormit trois heures, et pendant ce temps-là, dit-il, le poème émergeait dans son esprit, simultanément et sans effort, les images et les expressions arrivaient à lui.

Desperto, dispunha-se a escrever o que compusera; 
Réveillé, il commença à écrire ce qu’il avait composé ;
tinha escrito já trinta linhas, quando lhe foi anunciada a visita de ‘um homem de Porlock’.
il avait déjà écrit trente lignes, que la visite d’ « un homme de Porlock» lui fut annoncé.
Coleridge sentiu-se obrigado a atendê-lo.
Coleridge se sentit obligé de l’accueillir.
Com ele se demorou cerca de uma hora.




Ils restèrent ensemble environ une heure.
Ao retomar porém a transcrição do que compusera em sonho, verificou que se esquecera de quanto lhe faltava escrever; 
Mais en reprenant ensuite la rédaction de ce qu’il avait composé dans son rêve, il constata qu’il avait oublié ce qu’il devait encore écrire ;
não lhe ficara lembrado senão o final do poema – vinte e quatro linhas.
il ne se rappelait de rien, que de la fin du poème – les vingt-quatre dernières lignes.

E assim temos esse Kubla Kahn como fragmento ou fragmentos; 
Nous n’avons donc, de ce Kubla Kahn,  qu’un fragment ou des fragments ;
– o princípio e o fim de qualquer coisa espantosa, de outro mundo, figurada em termos de mistério que a imaginação não pode humanamente representar-se, e da qual ignoramos, com horror, qual poderia ter sido o enredo.
– le début et la fin de quelque chose d’étonnant, d’un autre monde, montrée en terme de mystère que l’imagination ne peut représenter humainement, et dont nous ignorons, avec horreur, ce qu’aurait pu être l’intrigue.

Edgar Poe (discípulo, soubesse-o ou não, de Coleridge), nunca, em verso ou prosa, atingiu o Outro Mundo dessa maneira nativa ou com essa sinistra plenitude.




Edgar Poe (disciple, conscient ou inconscient, de Coleridge), n’a jamais, en vers ou en prose, atteint l’Autre Monde aussi naturellement ou avec une telle sinistre plénitude.
No que há de Poe, com toda a sua frieza, alguma coisa resta de nosso ainda que negativamente ; 
Chez Poe, avec toute sa froideur, quelque chose de nous persiste, même si c’est négativement ;
no Kubla Kahn tudo é outro, tudo é Além;
dans Kubla Kahn tout est différent, tout est Au-delà ;
e o que se não sabe o que é, decorre em um Oriente impossível, mas que o poeta positivamente viu.
et ce que nous ne connaissons pas se passe dans un Orient impossible, mais vu positivement par le poète.




Não se sabe – não o disse Coleridge – quem foi aquele ‘Homem de Porlock’, que tantos, como eu, terão amaldiçoado.
On ne sait pas – Coleridge ne le dit pas- qui était l’ « Homme de Porlock » que beaucoup, comme moi, ont maudit.
Seria por uma coincidência caótica que surgiu esse interruptor incógnito, a estorvar uma comunicação aparente de qualquer oculta presença real, das que parecem conscientemente entravar a revelação dos Mistérios, ainda quando intuitiva e lícita, ou a transcrição dos sonhos, quando neles durma qualquer forma de revelação?
Serait-ce une chaotique coïncidence qui fait surgir cet empêcheur incognito, afin d’entraver une communication apparente de quelque présence réelle occulte, semblant faire obstacle consciemment à la révélation des Mystères, même intuitive et licite, ou à la transcription des rêves, quand le sommeil offre une telle révélation ?

Seja como for, creio que o caso de Coleridge representa – numa forma excessiva, destinada a formar uma alegoria vivida – o que com todos nós se passa, quando neste mundo tentamos, por meio da sensibilidade com que se faz arte, comunicar, falsos pontífices, com o Outro Mundo de nós mesmos.
Quoi qu’il en soit, je crois que le cas de Coleridge représente – d’une manière excessive, destinée à former une allégorie vivante – ce qui se passe pour tout un chacun quand, dans ce monde, nous essayons, à travers la sensibilité qui donne l’art, de communiquer, fallacieux pontifes, avec l’Autre Monde de nous-mêmes.

É que todos nós, ainda que despertos quando compomos, compomos em sonho.
Ainsi, nous tous, même éveillés, lorsque nous écrivons, nous écrivons en rêve.
E a todos nós, ainda que ninguém nos visite, chega-nos, de dentro, ‘o Homem de Porlock’, o interruptor previsto.
Et nous tous, même si personne ne nous rend visite, nous vient de l’intérieur, l’« Homme de Porlock », l’interrupteur imprévu.
Tudo quanto verdadeiramente somos, sofre (quando o vamos exprimir, ainda que só para nós mesmos), a interrupção fatal daquele visitante que também somos, daquela pessoa externa que cada um de nós tem em si, mais real na vida do que nós próprios: 
Tout ce que nous sommes vraiment, souffrons (quand nous l’exprimons, y compris quand c’est uniquement pour nous-mêmes), la coupure fatale de ce visiteur, qui est aussi nous-mêmes, de cette personne externe que chacun de nous a en lui, plus réelle dans la vie que nous-mêmes :
– a soma viva do que aprendemos, do que julgamos que somos, e do que desejamos ser.
– la somme vivante de ce que nous apprenons, de ce que nous pensons, de ce que nous sommes, et de ce que nous voulons être.




Esse visitante – perenemente incógnito porque, sendo nós, ‘não é alguém’; 
Ce visiteur – incognito perpétuellement, étant une partie de nous « ne peut être quelqu’un » ;
esse interruptor – perenemente anônimo porque, sendo vivo, é ‘impessoal’ 
cet interrupteur- anonyme perpétuellement puisqu’étant vivant est « impersonnel »
– todos nós o temos que receber, por fraqueza nossa, entre o começo e o termo do poema, inteiramente composto, que não nos damos licença que fique escrito.
– nous le recevons, par notre faiblesse, entre le début et la fin du poème, entièrement composé, ce qui ne nous enlève la licence de l’écrire.
E o que de todos nós, artistas grandes ou pequenos, verdadeiramente sobrevive
Et ce qui reste, autant pour les petits que pour les grands artistes, vraiment,
– são fragmentos do que não sabemos que seja;
– ce sont des fragments indéterminés ;
mas que seria, se houvesse sido, a mesma expressão da nossa alma. mais qui serait, dans la complétude du poème, l’expression même de notre âme.

Pudéssemos nós ser crianças, para não ter quem nos visitasse, nem visitantes que nos sentíssemos obrigados a atender!
Ah ! si nous étions des enfants qui ne se trouveraient pas visités ainsi ni ne se sentiraient obligés de recevoir de tels visiteurs !
Mas não queremos fazer esperar quem não existe, não queremos melindrar o ‘estranho’ – que é nós.
Mais nous ne souhaitons pas faire attendre celui qui n’existe pas, nous ne souhaitons pas offenser l’ « étranger » – qui est nous en réalité.
E assim, do que poderia ter sido, fica só o que é;
Et donc, de ce qui aurait pu être, il ne reste seulement que ce qui est ;
 – do poema, ou dos opera omnia, só o princípio e o fim de qualquer coisa perdida –
– du poème ou des opera omnia, le début et la fin de toute chose perdue seulement –
disjecta membra que, como disse Carlyle, é o que fica de qualquer poeta, ou de qualquer homem.
disjecta membra qui, comme Carlyle l’a dit, sont ce qui subsiste d’un poète, sont ce qui subsiste d’un homme.

********




L’HOMME DE PORLOCK
O Homem de Porlock
(1934)

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LA TRADUCTION ARTGITATO
DU POEME DE COLERIDGE
KUBLA KHAN

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LA POESIE ET LA PROSE DE MAÏAKOVSKI – поэзия и проза Маяковский

 поэзия и проза Маяковский

 русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe
 

 





 

Владимир Владимирович Маяковский
1893-1930

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
стихотворение Лермонтова

 




 

LA POESIE ET LA PROSE DE MAÏAKOVSKI
Поэмы
стихи русского поэта Владимира Маяковского

1913

**

VLADIMIR MAÏAKOVSKI
Владимир Маяковский

Tragédie en deux actes
Трагедия в двух действиях

PROLOGUE – ПРОЛОГ
ACTE I
ACTE II
EPILOGUE – ЭПИЛОГ

***

1915

**

LA FLÛTE DES VERTEBRES
Флейта-позвоночник

LE PROLOGUE
пролог



**

1915

LE NUAGE EN PANTALON
Облако в штанах

LE PROLOGUE
пролог

Вашу мысль,
Votre pensée,
 мечтающую на размягченном мозгу,
rêvant sur un cerveau ramolli,
как выжиревший лакей на засаленной кушетке,
comme un serviteur grassouillet dans un canapé gras,

PREMIERE PARTIE
I

Вы думаете, это бредит малярия?
Pensez-vous que cela provienne de la malaria ?
Это было,
C’était
было в Одессе.
C’était à Odessa

SECONDE PARTIE
II

Славьте меня!
Grâce !
Я великим не чета.
Je ne fais pas le poids.

TROISIEME PARTIE
III

Ах, зачем это,
Ah, pourquoi,
откуда это
d’où proviennent

**

1917

L’HOMME
Человек

PASSION DE MAÏAKOVSKI
Страсти Маяковского

Слышите?
Entendez-vous ?
Слышите лошажье ржанье?
Entendez-vous hennir les montures ?



 


*****

 «Я, пожалуй, последний поэт …»
« Je suis, peut-être, le dernier poète … »




*************

 

LA POESIE ET LA PROSE DE MAÏAKOVSKI
Поэмы
стихи русского поэта Владимира Маяковского

 поэзия и проза Маяковский

POEMES DE THOMAS MOORE – POEMS BY THOMAS MOORE

*THOMAS MOORE




Traduction – Texte Bilingue

Traduction Jacky Lavauzelle








Thomas Moore
1779-1852

 





Poem by Thomas Moore


Poème de Thomas Moore

POEMES

POEMS

 

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Chanson du voyageur canadien
A Canadian Boat Song
1805

Faintly as tolls the evening chime,
Solennellement le carillon en éclairant le soir,
Our voices keep tune, and our oars keep time;
Harmonise nos voix dans le cadencement de nos rames ;

*








*

MEETING OF THE WATER
Cumar an dá Uisce
L’UNION DES EAUX
1808

There is not in the wide world a valley so sweet
Il n’y a pas dans le vaste monde plus douce vallée
As that vale in whose bosom the bright waters meet;
Que cette vallée où s’unissent toutes ces eaux étincelantes ;

*








*

The Last Rose of summer
La Dernière Rose de l’été

‘Tis the last rose of summer,
C’est la dernière rose de l’été,
Left blooming alone ;
Seule et fleurie ;

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Thomas Moore

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Thomas Moore
La Revue des Deux Mondes
1843

Si la force ou la grâce prédomine chez Moore, c’est là une question que l’on n’a guère pris la peine d’examiner, ébloui qu’on était par l’éclat d’un autre génie dont l’énergie formait le caractère distinctif. Byron a exercé une action sociale trop vaste et trop féconde pour que de son temps on ait pu le juger sainement comme artiste ou comme penseur ; maintenant que cette première effervescence s’est calmée, il serait peut-être possible de démontrer que d’autres poètes, ses contemporains, privés d’une popularité aussi exagérée par le but moins sympathique aux passions humaines qu’ils avaient poursuivi savaient déployer, pour atteindre à ce but, des moyens aussi vrais et aussi grands que le poète qui dans sa gloire a pu se croire sans rival.

On découvre chez Moore deux individus, deux talents différents, d’où naissent deux réputations également distinctes, et dont l’une absorbe l’autre. Il est arrivé à Moore ce qui arrive à bon nombre des écrivains qui obtiennent un grand succès de vogue ; il est devenu principalement célèbre par ses qualités secondaires. Né à Dublin, en 1780, il fit paraître sa traduction d’Anacréon en 1800, avant d’avoir atteint l’âge de vingt ans, et publia l’année suivante les Poèmes de Little. Dès ce moment, le siècle assigna une place définitive au poète ; il devint tout de suite le lion à la mode ; on chanta ses chansons et on les lui fit chanter ; on le fêta, on le choya, on le combla d’attentions, mais le comprit-on bien ? Tout en appréciant ce que renfermait de charmant, de gracieux, de raffiné, ce remarquable talent, on ne reconnut pas assez ce qu’il contenait de fort et de viril ; dans ses productions, qui se distinguent avant tout par leur énergie, on se plaisait à admirer le sujet, le story, comme disent les Anglais, les brillantes images, la perfection du vers, et Anacréon Moore fut le nom dont ses contemporains persistèrent à décorer l’auteur de Lalla Rookh.

Pour bien apprécier le talent de Moore, il est nécessaire de diviser ses ouvrages en deux classes, de placer d’un côté les œuvres sérieuses, les chants inspirés qui lui assurent une célébrité durable, de l’autre les mille petites créations élégantes et spirituelles qui lui valurent les applaudissements et les caresses de son temps Parmi les premières, il faut nommer Lalla Rookh, les Mélodies irlandaises, certaines odes et épîtres, et les Rimes sur la route. Aux secondes appartiennent les Poèmes de Little, les innombrables épigrammes et ballades, les chansons érotiques, les chansons de table, les Fables de la Sainte-Alliance, et les autres satires, tableaux parfaits de mœurs contemporaines. Comme les odes d’Anacréon, à titre de traductions, n’entrent point dans les inspirations originales de Moore, elles ne doivent être considérées que du point de vue de l’exécution pure, et, quant au poème célèbre des Amours des Anges, on éprouve un très grand embarras à lui trouver une place. Trop frivole pour être classé parmi les œuvres sérieuses, et trop sérieux pour se ranger parmi les poésies légères, ce poème est d’une nature aussi intermédiaire que son sujet, et, comme les anges, semble destiné flotter incessamment entre les deux sphères.




Le patriotisme de Moore est un fait individuel, isolé ; loin de se présenter comme la conséquence nécessaire de ses idées philosophiques ou politiques, il s’en écarte et ressemble bien plutôt l’amour que ressentent certains hommes pour une seule femme, tandis que le sexe en général ne leur inspire que de l’aversion. Moore aime l’Irlande comme une maîtresse ; tout ce qu’elle demande et tout ce qu’elle veut, il le veut et le demande. Il ne voit qu’elle au monde, et ce n’est pas lui qu’on accuserait jamais de sacrifier au sentiment cosmopolite, ou de perdre un seul instant de vue les intérêts de son propre pays, pour se plonger dans des rêveries plus ou moins stériles sur les besoins et les destinées de l’humanité. Lui-même l’a dit, le seul reproche que pourront lui adresser les ennemis de l’Irlande sera d’avoir, comme Othello, — « aimé non point sagement, mais trop bien. On se persuade trop facilement, en lisant certaines poésies de Moore, que l’homme qui les a écrites appartient au parti ultra-radical, erreur qui a causé plus d’un mécompte parmi certains esprits exaltés. Il y a chez le barde d’Erin une élégance innée, a native elegance, comme disent nos voisins d’outre-Manche, qui s’oppose instinctivement aux mœurs républicaines, et c’est encore un trait distinctif du caractère irlandais, qui, au milieu des complots, des émeutes et de tous les plus funestes excès d’une guerre civile continuelle, trouve moyen de conserver toujours ses allures chevaleresques, cette insouciance de grand seigneur qui ont fait si souvent comparer l’Irlande et la France. Tant et si bien existent chez Moore ces goûts aristocratiques, cet éloignement pour les aspérités et les incorrections si je puis employer le mot, d’une société primitive, que lorsqu’en 1803 les whigs lui donnèrent la place de régistrateur de l’amirauté aux Bermudes, le séjour qu’il fit aux États-Unis, avant de se rendre à son poste, ne lui laissa que des souvenirs pleins d’amertume et de dégoût. L’aspect de ce peuple enfant, de cette nationalité ébauchée, ne le frappa par aucun de ses côtés vraiment grands ; il en saisit toutes les imperfections et les vices, comme plus tard mistriss Trollope en a saisi les incohérences et les ridicules : « J’allai en Amérique, dit Moore dans la préface des Odes et Epîtres, publiées en 1806, sans aucune prévention défavorable ; au contraire, je me livrais à certaines illusions touchant la pureté du gouvernement et le bonheur primitif du peuple… Mon attente fut entièrement trompée, et j’avais envie de dire à l’Amérique comme Horace à sa maîtresse : Intentata nites. » On devine à ce début le ton que prendra Moore plus tard vis-à-vis de cette race factieuse, pauvre d’esprit et prodigue de paroles, née pour être esclave et ambitieuse du pouvoir. » Oubliant sans doute que l’Amérique était la sœur légitime de l’Irlande, qu’elle s’était courbée sous le même joug et qu’elle l’avait secoué, qu’elle avait souffert les mêmes injustices et qu’elle venait de les venger ; oubliant enfin que, si le peuple irlandais avait su en profiter, la capitulation de York-Town ouvrait à la malheureuse Erin le chemin de la liberté, Moore, dans la VIIIe épître adressée à M. Spencer, s’exprime de la manière suivante sur la patrie de Washington : « Tout ce que la création éternellement variée contient de grand ou d’aimable fleurit et se développe ici ; les montagnes s’élèvent avec fierté, les jardins s’épanouissent dans leur éclatante richesse ; de beaux lacs s’étendent, de grands fleuves roulent leurs ondes victorieuses. L’âme (the mind), l’âme seule, sans laquelle le monde n’est qu’un désert, l’homme que de la boue ; l’âme, l’âme seule, enfouie dans un repos stérile, ne fleurit ni ne s’élève, ne s’épand ni ne brille ! Prenez-les tous, chrétiens, mohawks et démocrates, depuis le wigwam jusqu’à la chambre du congrès, depuis l’homme sauvage (esclave ou libre) jusqu’à l’homme civilisé, moins apprivoisé que lui, ce n’est partout que même chaos ténébreux, que même lutte inféconde entre la vie à moitié civilisée et moitié barbare, où tous les maux de l’ancien monde se mêlent à toutes les grossièretés du monde nouveau, tout pervertit, bien que peu de choses séduisent, et où du luxe rien n’est connu que le vice. »

POETES ET ROMANCIERS MODERNES
DE LA GRANDE-BRETAGNE
Signé R. S.
Revue des Deux Mondes
Tome 2
1843

POEME D’EMANUEL GEIBEL Auferstehung RESURRECTION

LITTERATURE ALLEMANDE
Deutsch Literatur

Auferstehung Emanuel Geibel

Emanuel Geibel
1815-1884

 

Traduction Jacky Lavauzelle

——–

die Gedichte
Les Poèmes

 


Résurrection
Auferstehung
Emanuel Geibel

 

 

 

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Wenn einer starb, den du geliebt hienieden,
Quand la mort dérobe l’être aimé,
So trag hinaus zur Einsamkeit dein Wehe,
Pour supporter la solitude de votre malheur,
Dass ernst und still es sich mit dir ergehe
Partez, grave et calme,
Im Wald, am Meer, auf Steigen längst gemieden.
Dans la forêt, au bord de mer, marchez lentement.

*

Da fühlst du bald, dass jener, der geschieden,
Là vous sentirez vos premiers souvenirs
Lebendig dir im Herzen auferstehe;
Vivants ressusciter dans votre cœur ;
  In Luft und Schatten spürst du seine Nähe,
Dans l’air et les ombres, vous sentirez sa proximité,
Und aus den Tränen blüht ein tiefer Frieden.
Et des larmes fleuriront une profonde paix.

*

Ja, schöner muss der Tote dich begleiten,
Oui, votre mort adoré vous accompagnera,
Ums Haupt der Schmerzverklärung lichten Schein,
La douleur se transfigurera en une lueur brillante,
Und treuer – denn du hast ihn alle Zeiten.
Et fidèle – avec vous pour toujours.

*

Das Herz auch hat sein Ostern, wo der Stein
Le cœur a aussi ses Pâques où la pierre
Vom Grabe springt, dem wir den Staub nur weihten;
S’écarte de la tombe et où nous consacrons la poussière ;
 Und was du ewig liebst, ist ewig dein.
Et ce que vous aimez pour toujours, est à jamais éternel.

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LA POESIE D’EMANUEL GEIBEL
par
Saint-René Taillandier
1847

Il ne faut pas demander à M. Emmanuel Geibel la forte et vivace inspiration de M. Hartmann : M. Geibel est un poète aimable, d’une humeur facile, d’une verve brillante et légère. Né dans l’Allemagne du nord, aux bords de la mer, il a écouté de bonne heure les invitations des flots voyageurs qui l’ont porté vers des régions plus douces ; c’est en Grèce et en Espagne que s’est épanouie sa muse. Quand il vivait à Lubeck, il chantait bien çà et là, comme il convient à tout poète allemand, le Rhin et ses légendes : mais ce qui le frappait surtout, c’étaient les tableaux des contrées méridionales ; le bohémien aux cheveux noirs, le petit joueur de castagnettes, tous les frères errans de Mignon qu’il rencontrait sur sa route, lui faisaient voir en rêve les pays du soleil. Il avait d’ailleurs tous les instincts d’une autre patrie ; nul n’était plus insouciant ; paresseux avec délices, ainsi que Figaro, il célébrait la fainéantise d’une façon assez avenante, avec toute sorte de bonnes raisons et de gracieux argumens, à peu près comme l’a fait M. Théophile Gautier dans sa jolie pièce à un jeune Tribun. Aussi, quand il aura vu l’Espagne, quand il se sera couché sous les lauriers-roses de l’Ilyssus, il se sentira plus à l’aise, et de charmans motifs abonderont sous sa plume. Jusque-là, de Lubeck à Berlin, et en attendant mieux, il jettera par centaines des chansons amoureuses, sans trop se soucier de la fidélité promise et des plus simples vertus du foyer. L’éternelle fiancée, que chantent depuis cinquante ans toutes les lyres germaniques, n’importunera guère ici ceux qui trouvaient cet épithalame un peu trop long ; la fiancée classique a disparu ; M. Geibel en a mille, mille e tre, comme don Juan. Je n’affirmerai pas que cette légèreté soit toujours de très bon goût, ni surtout qu’elle ait l’excuse de l’entraînement naïf et de la verve sincère. Je crois entrevoir bien des imitations, médiocrement dissimulées, dans les meilleures fantaisies de M. Geibel. Je citais tout à l’heure M. Gautier ; l’auteur de la Comédie de la Mort n’est pas le seul à qui l’écrivain allemand ait emprunté ses capricieuses folies. M. Geibel a lu tous nos poètes, il les connaît très bien et les aime, si je ne me trompe, un peu plus qu’il ne conviendrait. Il a écrit un récit fort gai, assez spirituel, qui n’existerait pas si M. Alfred de Musset n’avait raconté les aventures de Mardoche : 

« Aux bords de la Sprée, en Prusse, s’élève la ville de Berlin, célébrée dans tous les journaux, fameuse par son grand Frédéric, par sa poussière de sable et par ses milliers de poètes, dont personne ne sait le nom. C’est là que vivait récemment, fort inconnu, mais bien digne que vous fassiez connaissance avec lui, un jeune étudiant ; et, puisque je n’ai pas d’autre héros sous la main, je vais vous conter l’histoire de mon ami Clotaire.

« Singulier personnage ! à moitié homme, à moitié enfant. Je croirais volontiers qu’il était le fils aîné du mois d’avril. Tantôt hardi comme un héros, plein d’entrain, prompt à agir ; tantôt rêvant à l’aventure et perdu dans le monde des songes ; aujourd’hui, mélancolique, inquiet ; demain, inaccessible aux moindres soucis ; parfois languissant et sentimental, une heure après ferme et résolu ; jamais le même ; enfin, d’un seul mot, un fragment de poète. 

L’auteur continue ainsi avec beaucoup de gaieté, sa plume court légèrement, finement ; mais il est trop visible que Mardoche a passé par là. Une autre fois, il dérobera sans façon M. Victor Hugo ; cette belle captive, ravie par le spectacle des contrées splendides où elle est emprisonnée, et qui n’ose admirer pourtant, car elle voit dans l’ombre le sabre des spahis, la captive des Orientales est devenue chez M. Geibel ce jeune esclave qui rêve en de très beaux vers et se croit le maître du palais des rois maures. Je signale au hasard quelques emprunts de M. Geibel ; j’en pourrais citer beaucoup d’autres. Pardonnons-lui : jusqu’au jour où il ira s’inspirer au soleil, il a voulu connaître au moins par ses confrères ces plages étincelantes, et il a pris le souvenir de ses lectures pour l’impression des lieux qu’il invoquait en songe.

 Rien n’est plus charmant que l’impression du Midi sur les hommes du Nord, mais il la faut sincère et née spontanément sous l’influence de ces contrées heureuses. L’Espagne, la Grèce surtout, dès qu’il les eut visitées, inspirèrent à M. Geibel des compositions plus franches que tous ses vers datés d’Allemagne. C’est une bonne fortune pour le jeune poète de Lubeck d’avoir habité Athènes pendant une année entière. Cette mer divine dont parle l’Iliade, les rossignols de l’OEdipe à Colonne, les dieux de Phidias, le chœur des Grace : entrevu au penchant des collines sacrées, et particulièrement tout ce qu’il y a de plus léger, de plus indulgent, de plus abandonné dans les mœurs antiques, tout cela se joue avec un charme vrai dans les poésies de M. Geibel. Ce n’est pas sans doute la grace suprême d’André Chénier, la pure inspiration grecque miraculeusement retrouvée ; l’auteur, qui ne pouvait lutter avec le poète de l’Aveugle, a cherché plutôt un mélange très habile de la simplicité athénienne et de toutes les coquetteries, de toutes les subtilités modernes. De là un composé qui ne manque pas d’une certaine saveur. On pouvait craindre, je l’avoue, que le jeune écrivain, une fois descendu sur ces terres païennes, ne s’abandonnât trop aisément aux déesses effrénées, mais il s’est placé dès le premier pas sous la protection de Minerve.

 « Toi qui habites les hauteurs de ces monts, Pallas aux yeux bleus, jette un regard ami sur le poète. Eros m’a bien accueilli sans doute, et le rouge Bacchus me sourit gaiement ; mais toi, ô déesse ! donne au plaisir la mesure, la sagesse ; rends mon humeur paisible, et règle la jouissance. Quand la jeunesse se livre à ses transports de feu, elle paie cher, hélas ! ses fugitives voluptés. Au contraire, si tu apaises le tumulte de ton regard à la fois sévère et souriant, comme Orphée, avec la lyre bénie, domptait les lions farouches, jamais alors, jamais la coupe renversée ne déshonore le festin, jamais la jeune fille, rouge de honte, ne détourne les yeux ; Vénus, parée de fleurs, se promène au milieu de l’assemblée, et la danse des Graces se déroule autour de la fête charmante. »

 C’est aussi Minerve, je pense, qui a révélé à M. Geibel la grace de ces poètes anciens qu’il célèbre avec des impressions toutes neuves, et sans rien emprunter à l’enthousiasme convenu des commentateurs. J’aime que dans l’un de ses plus vifs sonnets il interpelle brusquement tous les philologues, tous les faiseurs de notes, tous les lexicographes de son pays, et les invite à venir fouler le sol de la Grèce moderne. Une matinée aux bords de la mer, une soirée sur la place publique, leur expliqueront mieux Sophocle et Aristophane que tout l’indigeste fatras des érudits allemands. M. Geibel aurait pu même consacrer plus de quatorze vers à ce sujet ; je m’assure qu’il y a là matière pour une belle et bonne satire. Cette répétition éternelle de choses cent fois redites, cette accumulation de notes inutiles, ces surcharges épaisses qui déshonorent les plus beaux livres, c’est bien certainement une des plus grandes plaies de l’Allemagne lettrée ; et, pour un Heyne, pour un Ottfried Muller, pour un Welcker, on sait quelle est la formidable armée de ces travailleurs acharnés à défigurer les maîtres. M. Geibel pouvait écrire cette satire de ce ton vif et ingénieux qui lui sied, et il s’y serait joué avec esprit. Il comprend avec un rare bonheur tout le mérite de la forme, et il est vraiment homme du sud par bien des côtés ; il craint les nuages, il a horreur des inventions pénibles ; la clarté élégante de l’art grec le jette dans des ravissemens sans fin. Quand son ame est plus tournée aux choses mystiques, ce n’est pas en Allemagne, ce n’est pas chez Goethe, chez Jean-Paul, qu’il va chercher ses plaisirs ; il s’adresse, comme Schlegel, aux drames sacrés de Calderon. 

« Les alouettes babillent dès le matin, et le ciel étend sa belle clarté bleue sur les cimes de la riche vallée. Oh ! que l’aimable limpidité d’Homère me réjouit alors ! comme la majesté de Sophocle touche mon cœur ! Mais si, dans la nuit, bien tard, la lune parait au milieu des nuages et que la flamme de mon imagination s’agite, alors, oh ! je salue Arioste, le poète des contes aux couleurs brillantes, et Calderon me berce de ses rêves fantastiques. » 

Tout cela est dit avec une finesse et une grace assez rares en Allemagne, et qui font de ce recueil une lecture piquante. Par malheur, le livre ne finit pas là, M. Geibel revient à Berlin, et la Prusse lui sera aussi funeste que la Grèce lui a été favorable. On conçoit, en effet, que ce poète aimable, que cet insouciant dilettante, sera fort dépaysé quand il reviendra sur la terre natale. Il trouvera une transformation déjà bien sérieuse, des émotions nouvelles et profondes, de graves problèmes bruyamment agités ; or, paresseux comme il l’est, je crains bien qu’il ne sache guère prendre sa place au milieu de cette foule tumultueuse. Je conçois le rôle d’un poète qui maintiendrait fermement l’indépendance de l’art, et qui tâcherait de s’élever au-dessus des questions du jour par le culte passionné de l’idéal ou les ravissemens gracieux de la fantaisie. Ce que je ne puis admettre, c’est l’indécision, l’embarras, la gaucherie provinciale de M. Geibel, quand il revient en Allemagne. Il ne sait que faire, il n’ose se décider. Rien ne l’obligeait sans doute à prendre parti dans le grand débat politique de son pays ; son rôle, au contraire, était tracé d’avance ; il devait continuer à prodiguer sans souci ses élégantes chansons et tout au plus à railler doucement les tribuns, comme l’a fait M. Gautier dans maintes pièces épicuriennes et sceptiques. Mais non, M. Geibel se laisse entraîner partout où souffle le vent : tantôt il enfle sa voix, il s’efforce d’être bien noir, bien lugubre, et, voulant donner un vigoureux symbole du temps où nous sommes, il chante les trois forgerons qui forgent, à l’endroit le plus sombre de la forêt, la formidable épée du peuple. Vous croyez que M. Geibel s’est rallié à la phalange de M. Herwegh ? Tournez la page, vous trouverez M. Geibel dans des dispositions toutes différentes. Le voilà qui fait reparaître, pour la centième fois, l’inévitable héros de la poésie allemande, Frédéric Barberousse en personne ! et pourquoi, je vous prie ? Jusqu’ici, lorsque le grand empereur souabe, interprété par les poètes, se réveillait dans les cavernes du mont Kyffhaeuser, c’était pour encourager l’Allemagne, pour exciter les vieux sentimens teutoniques, pour exalter la loyauté et l’héroïsme ; M. Geibel lui a donné un rôle nouveau. Il le force à débiter une déclamation, un sermon méthodiste qui pourrait trouver place dans le moniteur officiel de Berlin ou dans la Gazette évangélique. Décidément, les poètes allemands feraient bien de s’interdire pendant long-temps cette solennelle figure de Barberousse ; ils n’en ont que trop abusé. Quand M. Henri Heine, il y a deux ans, renvoyait si plaisamment le vieil empereur barbu au fond de sa caverne, la satire ne s’adressait pas au puissant héros de la maison de Souabe ; elle frappait les rimeurs ou les tribuns dont la lourde emphase évoquait ridiculement ces gothiques souvenirs. Je regrette que M. Geibel ne se soit pas rappelé cette vive et spirituelle leçon ; il aurait pu s’épargner des vers médiocres et de fâcheuses palinodies. En vérité, on ne comprend pas que le jeune poète se soit laissé entraîner à de pareilles fautes ! Comment expliquer ces doubles déclamations, cette double emphase en sens contraire, chez un écrivain qui fait profession de scepticisme et qui doit au far niente de la fantaisie ses œuvres les plus aimables ? Voilà un gracieux livre gâté comme à plaisir et de propos délibéré. M. Geibel est digne toutefois de prendre une belle revanche, et j’espère qu’il ne tardera pas ; il abandonnera à de plus forts que lui les dangereuses arènes, il relira Théocrite et Calderon, et, dans le cadre qu’il s’est choisi, viendront se ranger sans prétention les ébauches légères, les dessins vivement enlevés, les fines et brillantes aquarelles.

Saint-René Taillandier
De l’état de la poésie en Allemagne
Revue des Deux Mondes
Période Initiale, tome 17
1847

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POEME DE HÖLDERLIN Die Aussicht La Perspective

LITTERATURE ALLEMANDE
Deutsch Literatur

Poème de Hölderlin
Die Aussicht
La Perspective

Friedrich Hölderlin
1770-1843

 

Traduction Jacky Lavauzelle

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die Gedichte
Les Poèmes
Стихи Фридриха Гельдерлина
荷尔德林诗
Friedrich_hoelderlin


Friedrich Hölderlin

Die Aussicht
La Perspective
Poème de Hölderlin

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 Die Aussicht

 

If geht in die Ferne der Menschen wohnend Leben,
Si vous allez loin de la grouillante vie des hommes,
Wo Ferne in sterben Šich erglänzt Zeit der Reben sterben,
Où au loin luit la vigueur des vignes,
Ist auch dabei von Sommers Gefilde leer,
Reposent aussi les champs vides de l’été,
Der Wald Erscheint mit Seinem dunklen Bilde.
La forêt apparaît alors avec sa sombre image.
Dass sterben Natur ergänzt das Bild der Zeiten,
Si la nature anéantit l’image des temps,
Dass sterben verweilt, sie schnell vorübergleiten,
Qui résistent et rapidement glissent,
Ist aus Vollkommenheit, Höhe des Himmels glänzet
C’est par perfection, la hauteur du ciel resplendit
Dann den Menschen, Bäume Wie Blut umkränzet.
Sur les hommes, arbres couronnés de sang.

Mit Untertänigkeit
Respectueusement
d. 24 Mai 1748.
Scardanelli

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Poème de Hölderlin