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LES SORCIÈRES – II – ERIK AXEL KARLFELDT – HÄXORNA – LA FLÈCHE DU DÉMON

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Photo Jacky Lavauzelle

Diktsamlingen Fridolins visor och andra dikter
karlfeldt dikter
Dikter av Erik Axel Karlfeldt

Traduction – Texte Bilingue
Erik Axel Karlfeldts dikter
Karlfeldt poet
Poesi
Poésie


LITTERATURE SUEDOISE
POESIE SUEDOISE

Svensk litteratur
svensk poesi –

Traduction Jacky Lavauzelle

Erik Axel Karlfeldt 1864 – 1931

översättning – Traduction

 

LES SORCIÈRES
HÄXORNA
II

Flore et Pomone
Flora och Pomona
(1906)

II.

********************



Gå ej bland olvonträ och slån,
Ne pars pas parmi les oliveraies et les buissons,
då kvällens luft är ljum!
  quand l’air du soir est tiède !
Där dväljs en underbar demon
  Là, réside un merveilleux démon
 i trädens dunkla rum.
sous la sombre frondaison des arbres.
 Det är den gamle Liothans son,
C’est le fils du vieux Liothan,
benämnd Isacharum.
  qui se nomme Isacharum.

*

Du hör hans gång i lundens fläkt,
Tu entends ses pas dans le bruissement du bosquet,
  som irrar skygg och vill
qui errent timides et hésitants
på mark av bruna höstlöv täckt
  sur le sol couvert des feuilles brunies de l’automne
i tinande april,
  à l’arrivée des douceurs d’avril,
och ångan av hans andedräkt
  et de la vapeur de son souffle,
  är mull som kvicknar till.
lors du réveil de la terre.

*


När korsmässmånen nyss var tänd
Quand la lune de la Sainte Croix s’alluma,
och göt sitt svaga stril,
  elle répandit sa faible lueur,
  då stod i skyn en båge spänd
quand un arc se tendit dans le ciel
och sköt en plötslig il.
  et apporta un vent glacial.
Då skalv du, frysande och bränd;
  Alors tu te mis à trembler, à grelotter et à brûler ;
det var demonens pil.
  c’était la flèche du démon.

*


Minns du en lilja, dystert grann,
Te souviens-tu d’un lis, à la sombre beauté,
i skuggan där du gick?
  dans cette ombre que tu parcourais ?
  Dess mörka eld ur kalken rann
Son feu sombre coulait de son vase
som en förtrollad drick.
  comme une boisson enchantée.
Ditt öga drack och sansen svann;
  Ton œil a bu et tes sens se sont égarés ;
  det var demonens blick.
c’était le regard du démon.

*


Vad vill han i din barndomslund?
Que veut-il dans ton bosquet d’enfance ?
Vi kom han dristelig
pourquoi es-t-il là, audacieux,
så när den vigda altarrund
  à tourner près du saint autel
  och lammens frälsta stig?
et du chemin du salut de l’Agneau ?
  Rys, jungfru, i din hjärtegrund:
Attention, jeune fille, au plus profond de ton être :
  han söker dig, han söker dig.
il te cherche, il te cherche.

*


Han följer dig i storm som gnyr
Il te suit dans la tempête dans un long gémissement
vid dina vägars brädd,
 tout autour de ton chemin,
han är den lösa hamn som flyr,
comme un fantôme qui vole,
  för dag och lärksång rädd,
dans la peur du chant de l’alouette au petit jour,
när ur en mardröm het och yr
  quand loin du cauchemar, chaude et étourdie,
du vaknar i din bädd.
  tu te réveilles dans ton lit.

*


Ty allt vad skumt det unga år,
Tout ce que ce jeune âge effrayant,
  det unga bröst bär gömt,
cache dans sa jeune poitrine,
 allt som slår ut med suck och tår,
tout ce qui sort en soupirs et en larmes,
av sol och himmel glömt,
  du soleil et du ciel oubliés,
allt trånsjukt liv i höstsjuk vår
  toute la vie nostalgique du printemps
är honom underdömt.
tout cela, est en son pouvoir.

*


Din fader står på vredens dag
Ton père, au jour de la colère
rättfärdig, stark och vis
  juste, fort et sage,
och dömer häxor med Guds lag
Juge les sorcières avec la loi de Dieu
från liv och paradis,
  de la vie et du paradis ;
gå, bikta vid hans fot och
  va, penche-toi à ses pieds et
tag hans tuktans hårda ris!
  attends son jugement !

*


Vik bort från slån och olvonträ
Pars loin des buissons et du bois d’olivier
  och snårens falska sång!
et de la fausse chanson des branchages !
Bland häckarna är saligt lä
  Parmi les haies, bénie, tu trouveras
på kyrkogårdens gång.
le sentier du cimetière.
  Bed vid din moders grav på knä,
Prie sur la tombe de ta mère, à genoux,
då Satan gör dig bång!
  si Satan te fait peur !


***************

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A UNE CANTATRICE – Poème de Eduard MÖRIKE – AN EINE SÄNGERIN

Sophie Gordeladze – Cantatrice

*

Mörike
Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE ALLEMANDE
Deutsch Literatur

Gedichte – Poèmes

EDUARD MÖRIKE

8. September 1804  Ludwigsburg- 4. Juni 1875 Stuttgart
8 septembre 1804 – 4 juin 1875

__________________

AN EINE SÄNGERIN
A UNE CANTATRICE

_________________

****************


Soll auf der Jungfrau Mund die begeisterte Rede verpönt sein,
Si le discours enthousiaste est mal vu dans la bouche d’une jeune fille,
Ist euch des tiefern Gefühls volles Bekenntnis versagt:
Si l’on vous refuse la pleine confession d’un sentiment profond :
O wie preis ich die Sängerin drum, die, unter der Muse
Ô, comme je loue la cantatrice qui, sous la muse
Schutz, mir den lieblichen Grund ihres Gemütes enthüllt!
Protectrice, me révèle le beau fond de votre esprit !
Niemand ärgert sich mehr, ja entzückt steht selbst der Philister,
Personne ne s’en offusque, même le philistin est ravi,
Fühlt, in des Schönen Gestalt, ewige Mächte sich nah.
Ressentant, sous la forme de la beauté, la présence des forces éternelles.



************

BEAUTÉ & HONNÊTETÉ : LES DEUX ENNEMIES – LE CHANSONNIER PÉTRARQUE SONNET 297 (2ème Partie) CANZONIERE – CCXCVII – Bellezza et Honestà

***********

 

*

FRANCESCO PETRARQUE CHANSONNIER

Francesco PETRARCA
1304 – 1374

Traduction Jacky Lavauzelle

——–

Canzoniere Petrarca 
Sonetto 297

LE CHANSONNIER PETRARQUE
Sonnet 297
CCXCVII
Dante Boccace Petrarque Guido Cavalvanti Cino da Pistoia Guittone dArezzo Trecento Italien 1544 Giorgio Vasari

Rerum vulgarium fragmenta

Fragments composés en vulgaire

 

SECONDA PARTE
Deuxième Partie

297/366

 

*




Due gran nemiche inseme erano agiunte,
Deux grandes ennemies ensemble se sont associées,
Bellezza et Honestà, con pace tanta
Beauté et honnêteté, avec tant de paix
che mai rebellïon l’anima santa
que pas une seule rébellion cette âme sainte*
non sentí poi ch’a star seco fur giunte;
ne ressentit tant qu’elles étaient avec elle ;

[*Laure]

*

et or per Morte son sparse et disgiunte:
et maintenant par la mort, elles sont dispersées et disjointes :
l’una è nel ciel, che se ne gloria et vanta;
L’une est au ciel, qui s’en glorifie et s’en vante ;
l’altra sotterra, che ‘ begli occhi amanta,
L’autre est sous terre, qui pare les beaux yeux,
onde uscîr già tant’amorose punte.
d’où tant de flèches amoureuses naquirent.

*

L’atto soave, e ‘l parlar saggio humile
Les douces actions, l’humble discours sage
che movea d’alto loco, e ‘l dolce sguardo
qui arrivait d’un haut lieu, et le doux regard
che piagava il mio core (anchor l’acenna),
qui tourmentait mon cœur (et même encore),

*

sono spariti; et s’al seguir son tardo,
sont partis ; et si je la suis difficilement,
forse averrà che ‘l bel nome gentile
peut-être que ce joli nom gentil
consecrerò con questa stanca penna.
Sera consacré par cette plume lasse.

*************

********************
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
*********************

Ritratto_di_francesco_petrarca,_altichiero,_1376_circa,_padova

canzoniere Petrarca 297
le chansonnier Pétrarque Sonnet 297
canzoniere poet

FRANCESCO PETRARQUE CHANSONNIER

*

LES SENS & LA RAISON – LE CHANSONNIER PÉTRARQUE SONNET 211 (Première Partie) CANZONIERE – CCXI

*

FRANCESCO PETRARQUE SONNETS

Francesco PETRARCA
1304 – 1374

Traduction Jacky Lavauzelle

——–


Canzoniere Petrarca  Sonetto 211

LE CHANSONNIER PETRARQUE
Sonnet 211
CCXI

Rerum vulgarium fragmenta

Fragments composés en vulgaire

Rime In vita di Madonna Laura

PRIMA PARTE
Première Partie

211/263

Dante Boccace Petrarque Guido Cavalvanti Cino da Pistoia Guittone dArezzo Trecento Italien 1544 Giorgio Vasari

Voglia mi sprona, Amor mi guida et scorge,
Envie m’éperonne, Amour me guide et me dirige,
 Piacer mi tira, Usanza mi trasporta,
Plaisir me tire, Coutume me transporte,
Speranza mi lusinga et riconforta
Espérance me flatte et me réconforte
et la man destra al cor già stanco porge;
et donne sa main droite à mon cœur déjà fatigué ;

**

e’l misero la prende, et non s’accorge
et le malheureux la prend, et sans remarquer
di nostra cieca et disleale scorta:
notre escorte aveugle et déloyale :
regnano i sensi, et la ragion è morta;
les sens règnent et la raison est morte ;
de l’un vago desio l’altro risorge.
d’un vague désir un autre se lève.

**


**

Vertute, Honor, Bellezza, atto gentile,
Vertu, Honneur, Beauté, actes bienveillants,
dolci parole ai be’ rami m’àn giunto
les douces paroles m’ont atteint
 ove soavemente il cor s’invesca.
là où mon cœur s’agite doucement.

**

Mille trecento ventisette, a punto
En mille trois cent vingt-sept, à
su l’ora prima, il dí sesto d’aprile,
la première heure, le six avril,
 nel laberinto intrai, né veggio ond’esca.
je pénétrai dans le labyrinthe sans voir aucune issue.

********************
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
*********************

Ritratto_di_francesco_petrarca,_altichiero,_1376_circa,_padova

canzoniere Petrarca 211
le chansonnier Pétrarque Sonnet 211
canzoniere poet

FRANCESCO PETRARQUE SONNETS

LES DÉSIRS D’UNE FEMME – Poème de LOPE DE VEGA – Si el padre universal de cuanto veo (Sonnet – Soneto)

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Littérature espagnole
Literatura española
Poésie espagnole
Poesía española

LOPE DE VEGA
Félix Lope de Vega y Carpio
Madrid 25 novembre 1562 – Madrid 27 août 1635

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BNE Biblioteca Nacional de España Biblitothèque Nationale d'Espagne Artgitato Madrid Lope de Vega
Lope de Vega, La Bibliothèque d’Espagne – Biblioteca de españa – Photo Jacky Lavauzelle

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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
*************************

LES DÉSIRS D’UNE FEMME
SI EL PADRE UNIVERSAL DE CUANTO VEO

Bethsabée recevant la lettre de David, Willem Drost, 1654

*********


Si el padre universal de cuanto veo 
Si le père universel de tout ce que je vois
en la naturaleza nuestra humana, 
dans la nature de notre humanité,
despreció la sentencia soberana, 
a méprisé la loi souveraine,
obedeciendo un femenil deseo; 
la laissant soumise aux désirs d’une femme ;

*


si un rey David y un nazareno hebreo, 
si un roi David et un hébreu nazaréen,
a Bersabé y a Dálida tirana, 
à Bethsabée, tout comme à la cruelle Dalida,
la fuerza y la vitoria rinde llana, 
ont cédé et la force et la victoire aisément,
que no pudo el león ni el filisteo, 
plus vite que le lion ou le philistin,

*


¿en qué valor mis ojos se fiaron, 
en quoi donc mes yeux peuvent-ils se fier,
y presumió mi ingenio saber tanto 
et en quoi alors mon esprit présumé pense pouvoir connaître
que no le hiciera tu hermosura agravio? 
quand ta beauté, mon aimée, se joue si bien de moi ?

*


Pues con fuerza, virtud y ciencia erraron 
Car avec force, vertu et science se sont tant égarés
Adán el primer hombre, David santo, 
Adam le premier homme, David le saint,
Sansón el fuerte y Salomón el sabio. 
Samson le fort et Salomon le sage.

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LA POÉSIE de LOPE DE VEGA
LA POESIA DE LOPE DE VEGA

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LES BRINS D’OR PUR – Sonnet de Fernando de Herrera – Las hebras de oro puro que la frente

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Littérature espagnole
Literatura española
Poésie espagnole
Poesía española
Soneto
Sonnet

FERNANDO DE HERRERA
Séville 1534 – Séville 1597

**************
TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
*************************

Santiago Rusiñol, Le patio bleu

*******

Las hebras de oro puro que la frente
Les brins d’or pur, ton front
cercan en ricas vueltas, do el tirano
les abrite en abondantes volutes, le tyran
señor teje los lazos con su mano,
Seigneur y tisse les liens de sa main,
y arde en la dulce luz resplandeciente;
et brûle en la douce lumière rougeoyante ;

cuando el invierno frío se presente,
quand l’hiver froid se présentera,
vencedor de las flores del verano,
hiver vainqueur des fleurs de l’été,
el purpúreo color tornando vano,
la couleur violacée devenue vaine,
en plata volverán su lustre ardiente.
en argent changera le brûlant éclat.

Y no por eso amor mudará el puesto;
Mais l’amour lui ne changera pas ;
que el valor lo asegura y cortesía,
affirmé par la vertu, la courtoisie,
el ingenio y del alma la nobleza.
l’ingéniosité et la noblesse de l’âme.

Es mi cadena y fuego el pecho honesto,
Ma chaîne et mon feu sera ta chaste poitrine,
y virtud generosa lumbre mía,
et ta vertu généreuse sera ma lumière,
de vuestra eterna, angélica belleza.
de ton éternelle et angélique beauté.

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A Melodia e o Acompanhamento – Théophile GAUTIER – LA MELODIE ET L’ACCOMPAGNEMENT

A Melodia e o Acompanhamento
THEOPHILE GAUTIER

Théophile Gautier Trad Jacky Lavauzelle
Jean-Auguste-Dominique Ingres, L’Odalisque à l’esclave, 1842, huile sur toile, Cambridge, Fogg Art Museum (détail)

*Théophile Gautier Trad Italienne Jacky Lavauzelle




 

Traduction Jacky Lavauzelle

Théophile Gautier Trad Jacky Lavauzelle
Theophile Gautier, par Auguste de Chatillon, 1839

*
THEOPHILE GAUTIER
1811-1872


****

A Melodia e o Acompanhamento
LA MELODIE ET L’ACCOMPAGNEMENT
23 avril 1869
***

**

Théophile Gautier
Un douzain de sonnets
Una dozzina di sonetti
Œuvres de Théophile Gautier  — Opere di Théophile Gautier
Poésies, Lemerre,
1890, Volume 2

********************

La beauté, dans la femme, est une mélodie
A beleza, na mulher, é uma melodia
Dont la toilette n’est que l’accompagnement.
Cujos efeitos são apenas o acompanhamento.
Vous avez la beauté. — Sur ce motif charmant,
Você tem beleza. – Neste motivo encantador,
À chercher des accords votre goût s’étudie :
Ao procurar acordes, seu gosto é especialista:

*

Tantôt c’est un corsage à la coupe hardie
  Às vezes é um corpete com um corte ousado
  Qui s’applique au contour, comme un baiser d’amant ;
Que se aplica ao contorno, como o beijo de um amante;
Tantôt une dentelle au feston écumant,
Às vezes, uma folha de renda espumante,
  Une fleur, un bijou qu’un reflet incendie.
Uma flor, uma jóia que um brilho vai queimar.

*

La gaze et le satin ont des soirs triomphants ;
Gaze e cetim têm noites triunfantes;
 D’autres fois une robe, avec deux plis de moire,
Outras vezes um vestido, com duas dobras de madrepérola,
Aux épaules vous met deux ailes de victoire.
Nos ombros, desenha duas asas da vitória.

*

Mais de tous ces atours, ajustés ou bouffants,
Mas de todos esses enfeites, ajustados ou bufantes,
Orchestre accompagnant votre grâce suprême,
Orquestra acompanhando sua suprema graça,
Le cœur, comme d’un air, ne retient que le thème !
O coração, como de um ar, retém apenas o tema!

THEOPHILE GAUTIER
par
Jules Barbey d’Aurevilly

Depuis longtemps M. Gautier est un de ces Inattaquables officiels. Il jouit parmi les lettres d’une espèce de canonicat de popularité douce, car il ne s’y mêle rien de politique ni d’orageux, comme dans la popularité de Madame George Sand ou de M. Victor Hugo. Pour ma part, je ne crois pas l’avoir beaucoup troublée, cette popularité tranquille. J’ai toujours rendu pleine justice à M. Théophile Gautier. Quand il publia ses dernières poésies, — Émaux et Camées, — je consacrai, dans ce livre des Hommes et des Œuvres, une longue étude à ce talent savant et laborieux. Et cependant, si aujourd’hui, à propos d’un livre qu’il m’est impossible d’admirer, je veux prendre exactement la mesure de ce talent, et si j’ose introduire mes petites réserves sur des procédés d’exécution dont je connais la profondeur et la portée, dussé-je m’adresser aux esprits les plus connaisseurs, ayant au fond la conviction que la critique que je me permets est fondée ! je n’en entendrai pas moins partir de toutes parts le cri du désarmement : pourquoi dire du mal de ce pauvre Gautier, qui est si bienveillant ? Et au nom de la bienveillance, qualité très-charmante mais nullement littéraire, je verrai s’élever contre moi une inviolabilité sur laquelle je ne comptais pas ! Telle est la force du préjugé et encore plus des relations, chez un peuple qui croit peut-être toujours au mot de Lafayette : « L’insurrection est le plus saint des devoirs, » mais qui ne l’admet pas en littérature. Eh bien ! franchement, je dis que pareille chose passe la permission. Je dis que, si on se permet de telles fins de non-recevoir dans l’examen des œuvres littéraires, nous n’avons plus le droit de rire du vers de Boileau :

Attaquer Chapelain ! Mais c’est un si bon homme !

et qu’il est plus que temps, pour l’honneur de tous, d’en finir avec ce capitonnage dérisoire du même mot qu’on répète contre la Critique, surtout quand il s’agit d’un homme qui ne demande pas quartier, lui, et qui a bien assez de talent pour entendre une fois la vérité, — ce qui le changera !

Jules Barbey d’Aurevilly
Les Œuvres et les Hommes
Amyot, éditeur, 1865
4ème partie- Les Romanciers

*******************************
THEOPHILE GAUTIER
*

Théophile Gautier Trad Italienne Jacky Lavauzelle

Melodia e accompagnamento – La Mélodie et l’Accompagnement Théophile GAUTIER

Melodia e accompagnamento
THEOPHILE GAUTIER

Théophile Gautier Jacky Lavauzelle
Jean-Auguste-Dominique Ingres, L’Odalisque à l’esclave, 1842, huile sur toile, Cambridge, Fogg Art Museum (détail)

*Théophile Gautier Trad Italienne Jacky Lavauzelle




 

Traduction Jacky Lavauzelle

Théophile Gautier Trad Jacky Lavauzelle
Theophile Gautier, par Auguste de Chatillon, 1839

*
THEOPHILE GAUTIER
1811-1872


****

MELODIA E ACCOMPAGNAMENTO
LA MELODIE ET L’ACCOMPAGNEMENT
23 avril 1869
***

**

Théophile Gautier
Un douzain de sonnets
Una dozzina di sonetti
Œuvres de Théophile Gautier  — Opere di Théophile Gautier
Poésies, Lemerre,
1890, Volume 2

********************

La beauté, dans la femme, est une mélodie
La bellezza, nella donna, è una melodia
Dont la toilette n’est que l’accompagnement.
Il cui abbigliamento è solo l’accompagnamento.
Vous avez la beauté. — Sur ce motif charmant,
Hai la bellezza. – Su questo bel motivo,
À chercher des accords votre goût s’étudie :
Per cercare accordi, il tuo gusto è raffinato :

*

Tantôt c’est un corsage à la coupe hardie
A volte è un corpetto con un taglio audace
  Qui s’applique au contour, comme un baiser d’amant ;
Che si applica al contorno, come il bacio di un amante;
Tantôt une dentelle au feston écumant,
A volte un foglio di pizzo schiumoso,
  Une fleur, un bijou qu’un reflet incendie.
Un fiore, un gioiello infiammato seguente di un riflesso.

*

La gaze et le satin ont des soirs triomphants ;
Garza e raso hanno serate trionfanti;
 D’autres fois une robe, avec deux plis de moire,
Altre volte un vestito, con due pieghe di moiré,
Aux épaules vous met deux ailes de victoire.
Sulle spalle, disegna due ali di vittoria.

*

Mais de tous ces atours, ajustés ou bouffants,
Ma di tutti questi ornamenti, aggiustati o bouffant,
Orchestre accompagnant votre grâce suprême,
Orchestra che accompagna la tua suprema grazia,
Le cœur, comme d’un air, ne retient que le thème !
Il cuore, come una canzone, conserva solo il tema!

THEOPHILE GAUTIER
par
Jules Barbey d’Aurevilly

Depuis longtemps M. Gautier est un de ces Inattaquables officiels. Il jouit parmi les lettres d’une espèce de canonicat de popularité douce, car il ne s’y mêle rien de politique ni d’orageux, comme dans la popularité de Madame George Sand ou de M. Victor Hugo. Pour ma part, je ne crois pas l’avoir beaucoup troublée, cette popularité tranquille. J’ai toujours rendu pleine justice à M. Théophile Gautier. Quand il publia ses dernières poésies, — Émaux et Camées, — je consacrai, dans ce livre des Hommes et des Œuvres, une longue étude à ce talent savant et laborieux. Et cependant, si aujourd’hui, à propos d’un livre qu’il m’est impossible d’admirer, je veux prendre exactement la mesure de ce talent, et si j’ose introduire mes petites réserves sur des procédés d’exécution dont je connais la profondeur et la portée, dussé-je m’adresser aux esprits les plus connaisseurs, ayant au fond la conviction que la critique que je me permets est fondée ! je n’en entendrai pas moins partir de toutes parts le cri du désarmement : pourquoi dire du mal de ce pauvre Gautier, qui est si bienveillant ? Et au nom de la bienveillance, qualité très-charmante mais nullement littéraire, je verrai s’élever contre moi une inviolabilité sur laquelle je ne comptais pas ! Telle est la force du préjugé et encore plus des relations, chez un peuple qui croit peut-être toujours au mot de Lafayette : « L’insurrection est le plus saint des devoirs, » mais qui ne l’admet pas en littérature. Eh bien ! franchement, je dis que pareille chose passe la permission. Je dis que, si on se permet de telles fins de non-recevoir dans l’examen des œuvres littéraires, nous n’avons plus le droit de rire du vers de Boileau :

Attaquer Chapelain ! Mais c’est un si bon homme !

et qu’il est plus que temps, pour l’honneur de tous, d’en finir avec ce capitonnage dérisoire du même mot qu’on répète contre la Critique, surtout quand il s’agit d’un homme qui ne demande pas quartier, lui, et qui a bien assez de talent pour entendre une fois la vérité, — ce qui le changera !

Jules Barbey d’Aurevilly
Les Œuvres et les Hommes
Amyot, éditeur, 1865
4ème partie- Les Romanciers

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THEOPHILE GAUTIER
*

Théophile Gautier Trad Italienne Jacky Lavauzelle

JAMES SHIRLEY : TO A LADY UPON A LOOKING-GLASS SENT – LE MIROIR

LITTERATURE ANGLAISE

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JAMES SHIRLEY
Londres, septembre 1596 – Londres, octobre 1666

Traduction – Translation

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

French and English text
texte bilingue français-anglais

 


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LES POEMES
DE JAMES SHIRLEY

James Shirley’s poems

La Femme au miroir
Donna allo specchio
Le Titien
vers 1515
Musée du Louvre

******************

To a Lady upon a looking-glass sent
LE MIROIR

When this crystal shall present
Quand ce miroir présentera
Your beauty to your eye,
Votre beauté à vos yeux,
Think that lovely face was meant
Pensez que ce si délicat visage délicat est conçu
To dress another by.
Pour en revêtir une autre.

 



 For not to make them proud,
Ce n’est pas pour les rendre fières,
These glasses are allowed
Que de tels miroirs sont alloués
To those are fair,
A celles qui sont ravissantes,
But to compare
Mais pour que soient comparées
The inward beauty with the outward grace,
La beauté intérieure avec la grâce extérieure,
And make them fair in soul as well as face.
Pour que l’âme et le visage simultanément soient beaux.




*********************

LE DERNIER DRAMATURGE DE LA GRANDE EPOQUE

par Émile Montégut

Un autre de ses-protégés fut James Shirley, le dernier dramaturge de la grande époque et l’auteur à la mode des divertissements de la cour sous Charles Ier. Shirley avait dédié à Newcastle un de ses meilleurs drames, le Traître, dont le sujet, par parenthèse, est le même que celui du Lorenzaccio, d’Alfred de Musset, et la petite préface par laquelle il lui adressa son drame indique, à ne pas s’y tromper, que la générosité du grand seigneur avait de beaucoup précédé la dédicace. Anthony Wood, cité par M. Edmond Gosse, dans une substantielle préface dont il a l’ait précéder un choix récemment publié des œuvres de Shirley, nous apprend que cette générosité avait été assez loin pour que Shirley, qui était d’ailleurs ardent royaliste, crût devoir s’enrôler dans l’armée de son patron. Il fit donc sous Newcastle les premières campagnes de la guerre civile, et le suivit après Marston-Moor sur le continent, d’où il revint furtivement en Angleterre quelques années après, lorsqu’il fut évident que la cause du roi était définitivement perdue.
Shirley n’était pas le seul poète dramatique que Newcastle eût enrôlé dans son armée. Dans la liste donnée par la duchesse des officiers composant l’état-major de son mari, je relève le nom de son lieutenant général d’artillerie, sir William Davenant, le poète lauréat de l’époque.

Émile Montégut
Curiosités historiques et littéraires
La Duchesse et le Duc de Newcastle
Revue des Deux Mondes
Troisième période, tome 100
1890

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JAMES SHIRLEY

FERNANDO PESSOA : LETTRE A LA REVUE CONTEMPORÂNEA (1922) Carta dirigida à revista Contemporânea

 O Carta dirigida à revista Contemporânea
Lettre à la Revue Contemporânea
Octobre 1922
17 Outubro 1922

Poème de Fernando Pessoa





Traduction – Texte Bilingue
tradução – texto bilíngüe

Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE PORTUGAISE
POESIE PORTUGAISE

Literatura Português

FERNANDO PESSOA
1888-1935
Fernando Pesso Literatura Português Poesia e Prosa Poésie et Prose Artgitato

 





Prosa de Fernando Pessoa




Carta dirigida à revista Contemporânea
LETTRE A LA REVUE CONTEMPORÂNEA
17 Outubro 1922
17 octobre 1922

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Contemporânea -nº1 – Maio de 1922 – Sumário
Le sommaire du premier n° de Contemporânea de mai 1922
Capa do nº1 da Revista Orpheu, 1915
Couverture du premier n° de la Revue Orpheu de 1915




Álvaro de Campos***

Meu querido José Pacheco:
Mon cher José Pacheko*,

Venho escrever-lhe para o felicitar pela sua «Contemporânea» para lhe dizer que não tenho escrito nada e para por alguns embargos ao artigo do Fernando Pessoa.
Je vous écris ici pour vous féliciter de votre « Contemporânea », pour vous dire que je ne l’ai pas écrit et pour revenir sur l’article de Fernando Pessoa.

Quereria mandar-lhe também colaboração.
Je voulais aussi vous envoyer une collaboration.
Mas, como lhe disse, não escrevo.
Mais, comme je vous l’ai dit, je n’écris pas.
Fui em tempos poeta decadente;
J’étais à l’époque poète décadent ;
hoje creio que estou decadente, e já o não sou.
aujourd’hui, je crois que je suis en décadence, et donc que je ne suis pas décadent.





Isto de mim, que é quem mais próximo está de mim, apesar de tudo.
Voilà pour ce qui est de moi, ce qui cependant reste donc le plus proche de moi.
De si e de sua revista, tenho saudades do nosso «Orpheu» !
Quant à votre magazine, je regrette notre « Orpheu »! 

V. continua sub-repticiamente, e ainda bem .
Vous le continuez subrepticement, et c’est bien ainsi.
Estamos, afinal, todos no mesmo lugar.
Nous sommes, après tout, tous au même endroit.
Parece que variamos só com a oscilação de quem se equilibra.
C’est comme si nous ne changions uniquement que par oscillation autour d’un point d’équilibre.
Repito-lhe que o felicito.
Je vous répète que je tiens à vous féliciter.
Julgava difícil fazer tanto bem aos olhos em Portugal com uma coisa impressa.
Je pensais qu’il était difficile de faire beaucoup de bien aux yeux au Portugal avec une chose imprimée.
Julgo bom que julgasse mal.
Je pense avoir eu un mauvais jugement.
Auguro à «Contemporânea» o futuro que lhe desejo.
Je souhaite au « Contemporânea » l’avenir que vous désirez.

 Fernando Pessoa et Costa Brochado
Café Martinho da Arcada
6 juin 1914

*

Agora o artigo do Fernando.
Maintenant, abordons l’article de Fernando.
Com o intervalo entre a primeira palavra desta carta e a primeira palavra deste parágrafo, já quase me não lembra o que é que lhe queria dizer do artigo.
Dans l’intervalle entre le premier mot de cette lettre et le premier mot de ce paragraphe, je ne me souviens presque plus de ce que je voulez vous dire sur l’article.
Talvez pensasse em dizer exactamente o que vou escrever a seguir.
Peut-être que je pensais dire exactement ce que je vais écrire, ce qui va suivre.
Enfim, prometi, e digo o que sinto agora, e segundo os nervos deste momento.
Quoi qu’il en soit, je l’ai promis, je vous dis ce que je ressens maintenant, et selon mes nerfs en ce moment précis.

Continua o Fernando Pessoa com aquela mania, que tantas vezes lhe censurei, de julgar que as coisas se provam.
Fernando Pessoa continue avec cette manie, qui j’ai si souvent condamné, de penser que les choses peuvent toujours se prouver.
Nada se prova senão para ter a hipocrisia de não afirmar.
Rien ne se prouve, seulement car il y a une hypocrisie de ne pas affirmer une chose.




O raciocínio é uma timidez — duas timidezes talvez, sendo a segunda a de ter vergonha de estar calado.
Le raisonnement est une timidité – deux timidités peut-être, la seconde consiste à avoir honte de se taire.







Ideal estético, meu querido José Pacheco, ideal estético!
L’idéal esthétique, mon cher José Pacheko, l’idéal esthétique !
Onde foi essa frase buscar sentido?
D’où vient cette phrase en quête de sens ?
E o que encontrou lá quando o descobriu?
Et en la découvrant, qu’a-t-elle trouvé ?
Não há ideias nem estéticas senão nas ilusões que nós fazemos deles.
Il n’y a pas d’idées ou d’esthétiques, il y a seulement les illusions que nous en faisons.
O ideal é um mito da acção, um estimulante como o ópio ou a cocaína:
L’idéal est un mythe de l’action, un stimulant, comme l’opium ou la cocaïne :
serve para sermos outros, mas paga-se caro — com o nem sermos quem poderíamos ter sido.
il nous sert à devenir autres, mais à quel coût ? – il ne nous sert nullement à ce que nous aurions pu être.

Estética, José Pacheco?
L’esthétique, José Pacheko?




Não há beleza, como não há moral, como não há fórmulas senão para definir compostos.
Il n’y a pas de beauté, comme il n’y a pas de morale, comme il n’y a pas de formules, sinon pour définir des composés.
Na tragédia físico-química a que se chama a Vida, essas coisas são como chamas — simples sinais de combustão.
Dans la tragédie de la physico-chimique que l’on appelle la Vie, ces choses sont comme des flammes – de simples signaux de combustion.

A beleza começou por ser uma explicação que a sexualidade deu a si-própria de preferências provavelmente de origem magnética.




La beauté a commencé comme une explication que la sexualité s’est appropriée de préférences d’une origine probablement magnétique.
Tudo é um jogo de forças, e na obra da arte não temos que procurar «beleza» ou coisa que possa andar no gozo desse nome.
Tout est un jeu de forces, et dans l’œuvre d’art que nous ne devons pas chercher la « beauté » ou autre chose qui lui déroberait ce nom.
Em toda a obra humana, ou não humana, procuramos só duas coisas, força e equilíbrio de força — energia e harmonia, se V. quiser.
En toute œuvre humaine, ou non, nous recherchons seulement deux choses : la force et l’équilibre des forces – l’énergie et l’harmonie, si vous voulez.

Perante qualquer obra de qualquer arte — desde a de guardar porcos à de construir sinfonias — pergunto só: 
Devant toute œuvre de tout art – pour élever des porcs ou pour façonner des symphonies – une seule question qui vaille :
quanta força?
quelle force ?
quanta mais força?
combien de force supplémentaire ?
quanta violência de tendência?
combien de violence de tendance ?
quanta violência reflexa de tendência, violência de tendência sobre si própria, força da força em não se desviar da sua direcção, que é um elemento da sua força?
combien de violence réflexe de tendance, de violence de tendance sur elle-même, de force de la force pour ne pas dévier de sa direction, qui est un élément de sa force ?

O resto é o mito das Danaides, ou outro qualquer mito — porque todo o mito é o das Danaides, e todo o pensamento (diga-o ao Fernando) enche eternamente um tonel eternamente vazio.
Le reste, c’est le mythe des Danaïdes, ou tout autre mythe – parce que tout mythe est celui des Danaïdes, et toute pensée (il faut le dire à Fernando) remplit un tonneau éternellement vide.




Li o livro do Botto e gosto dele.
J’ai lu le livre de Botto**** et je l’ai trouvé à mon goût.
Gosto dele porque a arte do Botto é o contrário da minha.
Car l’art de Botto est diamétralement opposé au mien.
Se eu gostasse só da minha arte, nem da minha arte gostava, porque vario.
Si je n’aimais seulement que mon art, je ne l’aimerais finalement pas car je ne cesse de changer.

*

António Botto
La photo de son passeport en 1940




*

E, à parte gostar, porque gosto?
Je l’aime, mais pourquoi donc ?
É sempre mau perguntar, porque pode haver resposta.
C’est toujours mal de questionner, car il peut y avoir une réponse.
Mas pergunto — porque gosto?
Mais je me questionne : pourquoi cet attrait ?
Há força, há equilíbrio de força, nas «Canções»?
Est-ce parce qu’il y a de la force ? Y a-t-il un équilibre de force dans ses « Canções» ?

Louvo nas «Canções» a força que lhes encontro.
Je suis heureux de trouver dans les « Canções» cette force.
Essa força não vejo que tenha que ver com ideais nem com estéticas.
Je ne vois pas en quoi cette force tienne des idéaux, ni des esthétiques.
Tem que ver com imoralidade.
Elle a à voir avec l’immoralité.
É a imoralidade absoluta, despida de dúvidas.
Elle est absolument immorale, dépourvue de doutes.
Assim há direcção absoluta — força portanto;
Par conséquent, elle a une direction absolue – donc une force ;
e há harmonia em não admitir condições a essa imoralidade.
et il y a harmonie si on n’admet pas de conditions à cette immoralité.
O Botto tende com uma energia tenaz para todo o imoral;
Botto tend avec une énergie tenace vers tout ce qui est immoral ;




e tem a harmonia de não tender para mais coisa alguma.
et il obtient l’harmonie car il ne tend vers rien d’autre.
Acho inútil meter os gregos no caso;
Je pense qu’il n’est pas utile de se référer aux Grecs ;
grego se veria o Fernando com eles se eles lhe aparecessem a pedir-lhe contas do sarilho de estéticas em que os meteu.
Fernando se verrait bien dans la gêne si les Grecs apparaissaient et s’ils le questionnaient sur ces imbroglios esthétiques.
Os gregos eram lá estetas!
Les Grecs étaient des esthètes !
Os gregos existiram.
Les Grecs vivaient, eux.




A arte do Botto é integralmente imoral.
L’art de Botto est tout à fait immoral.
Não há célula nela que esteja decente.
Aucune cellule en lui n’est décente.
E isso é uma força porque é uma não hipocrisia, uma não complicação.
Et c’est une force car c’est une non-hypocrisie, une non-complication.
Wilde tergiversava constantemente.
Wilde tergiversait constamment.
Baudelaire formulou uma tese moral da imoralidade;
Baudelaire a formulé une thèse morale de l’immoralité ;
disse que o mau era bom por ser mau, e assim lhe chamou bom.
Il a dit que le mauvais était bon car mauvais, et il a nommé cela le bien.
O Botto é mais forte:
Botto est plus fort :
dá à sua imoralidade razões puramente imorais, porque não lhe dá nenhumas.
il donne à son immoralité des raisons purement immorales, parce qu’il n’en donne aucune.

O Botto tem isto de forte e de firme:
Botto a cette force et cette fermeté :
 é que não dá desculpas.
il ne fait pas d’excuses.
E eu acho, e deverei talvez sempre achar, que não dar desculpas é melhor que ter razão.
Et je pense, et peut-être le penserai-je toujours, que de ne pas faire d’excuses est préférable à avoir raison.

Não lhe digo mais.
Je ne vous en dis pas plus.
Se continuasse, contradizer-me-ia.
A continuer, j’en viendrais à me contredire.
Seria abominável, porque talvez fosse uma maneira (a inversa) de ser lógico.
Ce serait abominable, ce pourrait être un moyen (inverse) d’être logique.
Quem sabe?
Qui sait ?

Relembro saudosamente — aqui do Norte improfícuo — os nossos tempos do «Orpheu», a antiga camaradagem, tudo em Lisboa de que eu gostava, e tudo em Lisboa de que eu não gostava — tudo com a mesma saudade.
Je regarde en arrière avec nostalgie – ici de ce Nord inutile – notre époque de l’« Orpheu », l’ancien esprit de camaraderie, tout ce qu’à Lisbonne j’aimais, et tout ce qu’à Lisbonne je n’ai pas aimé – tout ça avec toujours la même nostalgie.

Saudo-o em Distância Constelada.
Je vous salue d’un Lointain Constellé.
Esta carta leva-lhe a minha afeição pela sua revista;
Cette lettre vous apporte mon affection pour votre revue ;
não lhe leva a minha amizade por si porque V. já há muito tempo aí a tem.
je ne vous donne pas mon amitié, car vous l’avez depuis longtemps.

Diga ao Fernando Pessoa que não tenha razão.
Dites à Fernando Pessoa qu’il n’a pas raison.

Um abraço do camarada amigo
Amicalement, de votre camarade

ÁLVARO DE CAMPOS

Newcastle-on-Tyne, 17 Outubro 1922.
Le 17 octobre 1922 – Newcaste-on-Tyne

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LETTRE A LA REVUE CONTEMPORÂNEA
(1922)
Carta dirigida à revista Contemporânea 

NOTES
* José Pacheko ou José Pacheco, directeur de publication, architecte, graphiste, peintre (1885 — 1934)

** Contemporânea est une revue portugaise publiée entre 1922 et 1926 (Lisbonne – Lisboa). Directeur : José Pacheko.

*** Álvaro de Campos, (heteronímia)  hétéronyme de Fernando Pessoa, né à Tavira ou à Lisbonne, né le 13 ou le 15 de octobre 1890  et mort en 1935

****António Thomaz Botto (António Botto)  poète moderniste. Il est né à Concavada au Portugal le 17 août 1897 et mort le 16 mars 1959 à Rio de Janeiro au Brésil. Canções sont des poèmes composés par Botto et parus en 1920.

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