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A Melodia e o Acompanhamento – Théophile GAUTIER – LA MELODIE ET L’ACCOMPAGNEMENT

A Melodia e o Acompanhamento
THEOPHILE GAUTIER

Théophile Gautier Trad Jacky Lavauzelle
Jean-Auguste-Dominique Ingres, L’Odalisque à l’esclave, 1842, huile sur toile, Cambridge, Fogg Art Museum (détail)

*Théophile Gautier Trad Italienne Jacky Lavauzelle




 

Traduction Jacky Lavauzelle

Théophile Gautier Trad Jacky Lavauzelle
Theophile Gautier, par Auguste de Chatillon, 1839

*
THEOPHILE GAUTIER
1811-1872


****

A Melodia e o Acompanhamento
LA MELODIE ET L’ACCOMPAGNEMENT
23 avril 1869
***

**

Théophile Gautier
Un douzain de sonnets
Una dozzina di sonetti
Œuvres de Théophile Gautier  — Opere di Théophile Gautier
Poésies, Lemerre,
1890, Volume 2

********************

La beauté, dans la femme, est une mélodie
A beleza, na mulher, é uma melodia
Dont la toilette n’est que l’accompagnement.
Cujos efeitos são apenas o acompanhamento.
Vous avez la beauté. — Sur ce motif charmant,
Você tem beleza. – Neste motivo encantador,
À chercher des accords votre goût s’étudie :
Ao procurar acordes, seu gosto é especialista:

*

Tantôt c’est un corsage à la coupe hardie
  Às vezes é um corpete com um corte ousado
  Qui s’applique au contour, comme un baiser d’amant ;
Que se aplica ao contorno, como o beijo de um amante;
Tantôt une dentelle au feston écumant,
Às vezes, uma folha de renda espumante,
  Une fleur, un bijou qu’un reflet incendie.
Uma flor, uma jóia que um brilho vai queimar.

*

La gaze et le satin ont des soirs triomphants ;
Gaze e cetim têm noites triunfantes;
 D’autres fois une robe, avec deux plis de moire,
Outras vezes um vestido, com duas dobras de madrepérola,
Aux épaules vous met deux ailes de victoire.
Nos ombros, desenha duas asas da vitória.

*

Mais de tous ces atours, ajustés ou bouffants,
Mas de todos esses enfeites, ajustados ou bufantes,
Orchestre accompagnant votre grâce suprême,
Orquestra acompanhando sua suprema graça,
Le cœur, comme d’un air, ne retient que le thème !
O coração, como de um ar, retém apenas o tema!

THEOPHILE GAUTIER
par
Jules Barbey d’Aurevilly

Depuis longtemps M. Gautier est un de ces Inattaquables officiels. Il jouit parmi les lettres d’une espèce de canonicat de popularité douce, car il ne s’y mêle rien de politique ni d’orageux, comme dans la popularité de Madame George Sand ou de M. Victor Hugo. Pour ma part, je ne crois pas l’avoir beaucoup troublée, cette popularité tranquille. J’ai toujours rendu pleine justice à M. Théophile Gautier. Quand il publia ses dernières poésies, — Émaux et Camées, — je consacrai, dans ce livre des Hommes et des Œuvres, une longue étude à ce talent savant et laborieux. Et cependant, si aujourd’hui, à propos d’un livre qu’il m’est impossible d’admirer, je veux prendre exactement la mesure de ce talent, et si j’ose introduire mes petites réserves sur des procédés d’exécution dont je connais la profondeur et la portée, dussé-je m’adresser aux esprits les plus connaisseurs, ayant au fond la conviction que la critique que je me permets est fondée ! je n’en entendrai pas moins partir de toutes parts le cri du désarmement : pourquoi dire du mal de ce pauvre Gautier, qui est si bienveillant ? Et au nom de la bienveillance, qualité très-charmante mais nullement littéraire, je verrai s’élever contre moi une inviolabilité sur laquelle je ne comptais pas ! Telle est la force du préjugé et encore plus des relations, chez un peuple qui croit peut-être toujours au mot de Lafayette : « L’insurrection est le plus saint des devoirs, » mais qui ne l’admet pas en littérature. Eh bien ! franchement, je dis que pareille chose passe la permission. Je dis que, si on se permet de telles fins de non-recevoir dans l’examen des œuvres littéraires, nous n’avons plus le droit de rire du vers de Boileau :

Attaquer Chapelain ! Mais c’est un si bon homme !

et qu’il est plus que temps, pour l’honneur de tous, d’en finir avec ce capitonnage dérisoire du même mot qu’on répète contre la Critique, surtout quand il s’agit d’un homme qui ne demande pas quartier, lui, et qui a bien assez de talent pour entendre une fois la vérité, — ce qui le changera !

Jules Barbey d’Aurevilly
Les Œuvres et les Hommes
Amyot, éditeur, 1865
4ème partie- Les Romanciers

*******************************
THEOPHILE GAUTIER
*

Théophile Gautier Trad Italienne Jacky Lavauzelle

Melodia e accompagnamento – La Mélodie et l’Accompagnement Théophile GAUTIER

Melodia e accompagnamento
THEOPHILE GAUTIER

Théophile Gautier Jacky Lavauzelle
Jean-Auguste-Dominique Ingres, L’Odalisque à l’esclave, 1842, huile sur toile, Cambridge, Fogg Art Museum (détail)

*Théophile Gautier Trad Italienne Jacky Lavauzelle




 

Traduction Jacky Lavauzelle

Théophile Gautier Trad Jacky Lavauzelle
Theophile Gautier, par Auguste de Chatillon, 1839

*
THEOPHILE GAUTIER
1811-1872


****

MELODIA E ACCOMPAGNAMENTO
LA MELODIE ET L’ACCOMPAGNEMENT
23 avril 1869
***

**

Théophile Gautier
Un douzain de sonnets
Una dozzina di sonetti
Œuvres de Théophile Gautier  — Opere di Théophile Gautier
Poésies, Lemerre,
1890, Volume 2

********************

La beauté, dans la femme, est une mélodie
La bellezza, nella donna, è una melodia
Dont la toilette n’est que l’accompagnement.
Il cui abbigliamento è solo l’accompagnamento.
Vous avez la beauté. — Sur ce motif charmant,
Hai la bellezza. – Su questo bel motivo,
À chercher des accords votre goût s’étudie :
Per cercare accordi, il tuo gusto è raffinato :

*

Tantôt c’est un corsage à la coupe hardie
A volte è un corpetto con un taglio audace
  Qui s’applique au contour, comme un baiser d’amant ;
Che si applica al contorno, come il bacio di un amante;
Tantôt une dentelle au feston écumant,
A volte un foglio di pizzo schiumoso,
  Une fleur, un bijou qu’un reflet incendie.
Un fiore, un gioiello infiammato seguente di un riflesso.

*

La gaze et le satin ont des soirs triomphants ;
Garza e raso hanno serate trionfanti;
 D’autres fois une robe, avec deux plis de moire,
Altre volte un vestito, con due pieghe di moiré,
Aux épaules vous met deux ailes de victoire.
Sulle spalle, disegna due ali di vittoria.

*

Mais de tous ces atours, ajustés ou bouffants,
Ma di tutti questi ornamenti, aggiustati o bouffant,
Orchestre accompagnant votre grâce suprême,
Orchestra che accompagna la tua suprema grazia,
Le cœur, comme d’un air, ne retient que le thème !
Il cuore, come una canzone, conserva solo il tema!

THEOPHILE GAUTIER
par
Jules Barbey d’Aurevilly

Depuis longtemps M. Gautier est un de ces Inattaquables officiels. Il jouit parmi les lettres d’une espèce de canonicat de popularité douce, car il ne s’y mêle rien de politique ni d’orageux, comme dans la popularité de Madame George Sand ou de M. Victor Hugo. Pour ma part, je ne crois pas l’avoir beaucoup troublée, cette popularité tranquille. J’ai toujours rendu pleine justice à M. Théophile Gautier. Quand il publia ses dernières poésies, — Émaux et Camées, — je consacrai, dans ce livre des Hommes et des Œuvres, une longue étude à ce talent savant et laborieux. Et cependant, si aujourd’hui, à propos d’un livre qu’il m’est impossible d’admirer, je veux prendre exactement la mesure de ce talent, et si j’ose introduire mes petites réserves sur des procédés d’exécution dont je connais la profondeur et la portée, dussé-je m’adresser aux esprits les plus connaisseurs, ayant au fond la conviction que la critique que je me permets est fondée ! je n’en entendrai pas moins partir de toutes parts le cri du désarmement : pourquoi dire du mal de ce pauvre Gautier, qui est si bienveillant ? Et au nom de la bienveillance, qualité très-charmante mais nullement littéraire, je verrai s’élever contre moi une inviolabilité sur laquelle je ne comptais pas ! Telle est la force du préjugé et encore plus des relations, chez un peuple qui croit peut-être toujours au mot de Lafayette : « L’insurrection est le plus saint des devoirs, » mais qui ne l’admet pas en littérature. Eh bien ! franchement, je dis que pareille chose passe la permission. Je dis que, si on se permet de telles fins de non-recevoir dans l’examen des œuvres littéraires, nous n’avons plus le droit de rire du vers de Boileau :

Attaquer Chapelain ! Mais c’est un si bon homme !

et qu’il est plus que temps, pour l’honneur de tous, d’en finir avec ce capitonnage dérisoire du même mot qu’on répète contre la Critique, surtout quand il s’agit d’un homme qui ne demande pas quartier, lui, et qui a bien assez de talent pour entendre une fois la vérité, — ce qui le changera !

Jules Barbey d’Aurevilly
Les Œuvres et les Hommes
Amyot, éditeur, 1865
4ème partie- Les Romanciers

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THEOPHILE GAUTIER
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Théophile Gautier Trad Italienne Jacky Lavauzelle

Муза La Muse de Taras Chevtchenko – Musa Taras Shevchenko – Вірші Тараса Шевченка- 1858

*
Taras Chevtchenko
Taras Shevchenko
Тарас Григорович Шевченко
Вірші Тараса Шевченка

Taras Shevchenko Taras Chevtchenko - Trad Jacky Lavauzelle - Вірші Тараса Шевченка

 


 TRADUCTION FRANCAISE & PORTUGAISE
Tradução Francês e Português
JACKY LAVAUZELLE

 
 Тарас Григорович Шевченко
TARAS CHEVTCHENKO
Taras Shevchenko
25 février 1814 Moryntsi (près de Tcherkassy) – 26 février 1861 Saint-Pétersbourg

Тарас Григорович Шевченко Taras Chevtchenko Тарас Григорович Шевченко Taras Chevtchenko


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Poème – Poema – вірш 
Вірші Тараса Шевченка
Os poemas de Taras Shevchenko
Les Poèmes de Taras Chevtchenko
*

Муза
Muse
Musa
9 лютого 1858
9 février 1858
9 de fevereiro de 1858
 **

**

Катерина олія, Catherine huile, 1842 – Catarina óleo, 1842- Тарас Григорович Шевченко Taras Chevtchenko Taras Shevchenko

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А ти, пречистая, святая,
Ô toi, pure et sainte,
Você, puro e santo,
Ти, сестро Феба молодая!
Toi, sœur de Phébus bien-aimée !
Você, amada irmã de Phoebus!
Мене ти в пелену взяла
Tu m’as pris sur ta poitrine
Você me pegou no seu peito
  І геть у поле однесла.
Et porté à travers champ.
E transportado pelo campo.
І на могилі серед поля,
Et sur une tombe tu m’as déposé
E em um túmulo você me depositou
Як тую волю на роздоллі,
Tel un thuya en pleine croissance,
Como um thuja em pleno crescimento,
Туманом сивим сповила.
D’un brouillard, tu m’as recouvert.
De um nevoeiro, você me cobriu.
І колихала, і співала,
Et tu m’as réveillé et tu as chanté
E você me acordou e cantou
І чари діяла… І я…
Et la magie a agi … Et moi…
E a mágica agiu … E eu …
О чарівниченько моя!
Ô mon enchanteresse !
Ó minha feiticeira!
  Мені ти всюди помагала,
Tu m’as secouru partout,
Você me salvou em todos os lugares
Мене ти всюди доглядала.
Tu as pris soin de moi toujours.
Você cuidou de mim sempre.
В степу, безлюдному степу,
Dans la steppe, la steppe désertique,
Na estepe, o estepe do deserto,
В далекій неволі,
Dans ma longue captivité,
No meu longo cativeiro,
Ти сіяла, пишалася,
Tu as illuminé fièrement
Você tem orgulhosamente iluminado
 Як квіточка в полі!
Comme une fleur dans un champ !
Como uma flor em um campo!
Із казарми нечистої
De mon odieuse caserne
Dos meus quarteis odiosos
Чистою, святою
Pur, saint
Puro, santo
Пташечкою вилетіла
L’oiseau s’est envolé
O pássaro voou para longe
  І понадо мною
Et avec moi
E comigo
Полинула, заспівала
Tu es sorti et tu as chanté
Você saiu e cantou
Ти, золотокрила…
Toi, d’or …
Você, ouro …
Мов живущою водою
Comme de l’eau vive
Como a água viva
Душу окропила.
Tu as lavé mon âme.
Você lavou minha alma.
І я живу, і надо мною
Et je vis, et au-dessus de moi
E eu vivo e acima de mim
  З своєю божою красою
De toute ta beauté divine
Com toda sua beleza divina
Гориш ти, зоренько моя,
Tu illumines, tendre
Você ilumina, doce
Моя порадонько святая!
Etoile magnifique !
Bela Estrela!
Моя ти доле молодая!
Qui me guide depuis toujours !
Quem sempre me guiou
Не покидай мене. Вночі,
Ne me quitte pas. La nuit
Não me deixe. Noite
І вдень, і ввечері, і рано
Le jour et le soir, et à l’aube
Dia e noite e ao amanhecer
Витай зо мною і учи,
Sois toujours à mes coté, dirige-moi,
Que você está sempre ao meu lado, me direcione,
Учи неложними устами
Apprends à mes lèvres
Aprende aos meus lábios
Сказати правду. Поможи
A ne dire que la vérité. Aide moi
Para dizer a verdade. Me ajude
Молитву діяти до краю.
Pour que ma prière arrive à destination.
Para minha oração chegar ao seu destino.
А як умру, моя святая!
Et si je meurs, mon saint !
E se eu morrer, meu santo!
Моя ти мамо! положи
Ma mère ! Mettez
Minha mãe! Por favor coloque
Свого ти сина в домовину
Votre fils dans son petit cercueil
Seu filho em seu pequeno caixão
І хоть єдиную сльозину
Et qu’au moins une larme
E que pelo menos uma lágrima
В очах безсмертних покажи.
Sorte de tes yeux immortels.
Sair de seus olhos imortais.

 Нижній Новгород
Nijni Novgorod
Nizhny Novgorod

 

**

Taras Chevtchenko
Taras Shevchenko
Тарас Григорович Шевченко
Вірші Тараса Шевченка
JAN HUS L'HERETIQUE de Taras Chevtchenko - Trad Jacky Lavauzelle

 


 TRADUCTION FRANCAISE & PORTUGAISE
Tradução Francês e Português
JACKY LAVAUZELLE

LA VOILE LERMONTOV Poème de 1831 Парус

Парус LA VOILE LERMONTOV
Poème de Lermontov

1831

русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe
Михаил Юрьевич Лермонтов
Poésie de Lermontov

стихотворение  – Poésie

 

 

Михаил Юрьевич Лермонтов
Mikhaïl Lermontov

1814-1841

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

 

LA POESIE DE LERMONTOV

Парус
LA VOILE
1831

**

Snow Storm: Steam-Boat off a Harbour’s Mouth
Tempête de neige en mer
1842
William Turner

**

Парус
LA VOILE

 

Белеет парус одинокой
Une solitaire voile blanche
   В тумане моря голубом!..
Dans brouillard bleu de la mer ! ..
Что ищет он в стране далекой?
Que cherche -t-elle dans ce pays lointain ?
Что кинул он в краю родном?..
Pour quelle raison quitter son pays ? ..

*

Играют волны – ветер свищет,
Jouent les vagues – siffle le vent,
И мачта гнется и скрыпит…
Et le mât se penche en criant…
Увы! он счастия не ищет
Hélas ! elle ne cherche pas le bonheur
И не от счастия бежит!
Ni ne le fuit !

*

Под ним струя светлей лазури,
Au-dessous, une onde bleu clair,
Над ним луч солнца золотой…
Au-dessus, un rayon de soleil d’or …
А он, мятежный, просит бури,
Mais elle réclame des tempêtes, la rebelle,
Как будто в бурях есть покой!
Comme si dans les tempêtes se trouvait la paix !

*******
LA VOILE LERMONTOV

Poème de Lermontov

ARKHIP KOUÏNDJI ou LA SENTINELLE DES RÊVES poème de Jacky Lavauzelle

PEINTURE UKRAINIENNE

Arkhip Kouïndji
Куїнджі Архип Іванович
Архип Иванович Куинджи
1842-1910

arkhip-kouindji-poeme-jacky-lavauzelle-portrait-de-viktor-vasnetsov-1869-la-sentinelle-des-reves

LA PEINTURE D’ARKHIP KOUÏNDJI

LA SENTINELLE DES RÊVES
poème de Jacky Lavauzelle




**

arkhip-kouindji-nuit-de-lune-1890-1895-elbrus
Эльбрус. Лунная ночь L’Elbrouz
(1890—1895)

La mort a fait son lit
Ce matin
Sans lumières
J’ai vu l’Elbrouz apparaître
disparaître
Le mont comme un baiser recevait la mort
Il est temps de partir
A la recherche des neiges
En quête de couleurs et de rien
Une ombre m’a suivi ce matin
Je ne lui demandais rien

Un matin
Dans la ville
Frappé dans un cœur vide
Au seuil de la ville
Je quittais à galop
Les bruits sourds de ces pâles couleurs
Qui partout nous frappent
Un matin
La valise à la main
Jeté dans le silence des routes
Tristement je vais

arkhip-kouindji-vue-sur-le-pont-de-la-moskova-moskvoretsky-1882
ARKHIP KOUÏNDJI
Vue sur le pont de la Moskova (Moskvoretsky) (1882)

Une voix inconnue et paisible vide les rêves
A la sortie de la ville
Le pont de la Moskova si fin
On entend et les vagues et les vies
Des deux rives de la ville
En attendant l’orage du monde
En attendant la lune n’est plus
Sans lutte dans le bas du ciel aux portes du cœur
Elle est partie

Moscou au loin brillait
Un nouveau désert dans le monde
Moscou résigné s’effaçait
A chaque seconde une éternité de plus

arkhip-kouindji-moscou-vue-depuis-les-monts-des-moineaux
Moscou vue depuis les monts des moineaux

Le ciel est devenu noir
jusqu’aux os
Le vert saisit son moment de grâce
Les muses en cercle s’affairent
L’enfer dans l’attente ne se voit plus
La lune a-t-elle été ?

arkhip-kouindji-apres-la-pluie-1879ARKHIP KOUÏNDJI  Після дощу – После дождя
Après la pluie
1879

Une corde se tend dans la chair du ciel
Des tonnes de cantiques
Et le mal se dénoue sur les lacs et les êtres
Les choses sont dans l’ordre
Et la maison et le ciel et les arbres
Le noir encore dévore
Un soleil s’étend et la clairière s’enchante
Au bord des morts
Qui s’aiment encore
Comme ces bleus sont trompeurs
Pourquoi la terre ne gronde-t-elle plus

arkhip-kouindji-nuit-de-lune-les-gorges-daryal-1890-1895
ARKHIP KOUÏNDJI  Дарьяльська ущелина. Місячна ніч
Дарьяльское ущелье. Лунная ночь
Nuit de pleine lune
(1890—1895)

Le blanc et le noir s’affrontent
ça se sent
Le vent balaye les premiers réveils et le premier bruit
ça s’entend
La visite des anges et le retour du jour
La planète semble avoir changé de mains
vraiment
La lune signe encore sa place éternelle
Sur le monde en béquilles
Qui prend l’eau
vainement







arkhip-kouindji-nuit-de-lune-sur-le-dniepr-1880
Лунная ночь на Днепре
Nuit de lune sur le Dniepr
(1880)

Le noir est au-dessus et en-dedans
Une vague rivière semble serpenter
Et la lune…
Elle souffle siffle ou se sauve
La noir ou la folie
Tout s’éteint
Une ombre encore se promène
Derrière la mort
Et la lune

arkhip-kouindji-une-soiree-en-ukraine-1878
Вечір на Україні
Вечер на Украине
Nuit en Ukraine
1878

S’aspergent les feux et les fleuves de feuilles
Pas une couleur ne s’étale et toutes glissent
Le point du temps se met à table et s’endort
La nature a vécu
En oubliant ses luttes

Plus de vœux de salut plus de vie en attente
Se délasse et se traîne un rêve
Puis un autre
Puis un autre
Encore

Le noir est superflu
Une chose simple
Indivisible
Le noir s’est pendu
Les couleurs ne peuvent plus partir

Derrière le soleil
Au loin
On l’a jeté à la mer
Avec le noir avec la nuit
Avec les faubourgs et les passants

Le noir n’est plus

arkhip-kouindji-automne-1890
«Осінь», до
Automne
1890

L’infini s’est montré pour se faire oublier
Et des pages et des clartés se sont perdues
Sans bruit
Un drame a marché
Ne l’entendez-vous bramer

Là le troupeau des hivers a bousculé la paix
Et du gris au noir c’est le noir qui dévore
Tout étouffe sans un bruit sans un seul
Et des peuples et des vies à jamais disparus

Le noir en force
Revient

arkhip-kouindji-clair-de-lune-dans-une-foret-en-hiver-1898-1908
Плями місячного сяйва у лісі. Зима
Пятна лунного света в лесу. Зима
 Clair de lune dans une forêt, en hiver

Du gris du blanc au blanc du bleu
Se donne et se jette du haut des falaises
Qui s’arrêtent dans la fuite
J’entends un cri qui monte du rivage
Dans le blanc qui s’efface
Le ciel n’est jamais si tendre
Les dieux se jouent de nous
Sur l’instant

arkhip-kouindji-reflets-de-soleil-sur-givre-1876-1890
ARKHIP KOUÏNDJI  Reflets de soleil sur givre (1876-1890) мороз

Dans le blanc qui revient
Un salut nous répond
Sur la pierre qui se casse
Une réponse se livre
Des pas dans la neige
Une femme une flamme
Un duvet sur le cœur des neiges
Un duvet sourd
Avide

Le bleu semble vaincre
Les vieillards sont couchés
Le jour a faim
Du haut de la falaise
Le jour dévore tout

arkhip-kouindji-falaise-1898-1908стрімчак – утес
 Falaise
1898-1908

Au-delà
Une route se dessine
Sans rien
Sans appel
Une ombre nous prend la main
Pour une visite lascive
Des rois sont passés par ici
Je crois

arkhip-kouindji-la-volga
La Volga [Musée national de l’Azerbaïdjan à Bakou]
Волга [Национальный музей искусств Азербайджана, Баку]

Une voie
Une autre encore
Au bout
Nous commande de marcher
Et nous marchons
Mon ombre
Et moi

arkhip-kouindji-le-dniepr-au-petit-matin-1881
Днепр утром (1881 г.)  Дніпро вранці 
Le Dniepr au petit matin

arkhip-kouindji-lac-ladoga-1873

La route s’achève
Affamés debout
Encore
Un sentiment rêvé
Est-ce la lueur au loin
Près du but
Au-dessus des taches de fleurs
Le point entre et ne veut plus sortir
J’ai perdu mon ombre
Je crois

arkhip-kouindji-foret-1887 ліс – Forêt – лес
1887

Le bleu
Plus menaçant encore
Un bateau nous attend
Qui répond à nos premiers désirs
C’est là que les âmes s’échangent
Venues du fond de la mer
La mer est dans le ciel
C’est là qu’elles se vengent aussi
Et la terre s’est oubliée
Le bleu nage
Dans des restes d’Enfer
Le bleu se noie
Nous ne le reverrons plus

arkhip-kouindji-la-cathedrale-saint-isaac-1869 Исаакиевский собор
Ісаакіївський собор
La Cathédrale Saint-Isaac
1869

La terre ne nous fait plus peur
Le regard se promène
Dans l’ordre des lumières
Les couleurs n’en peuvent plus
De tant toucher de ténèbres
Les odeurs sont de retour
Pleines de moisis et de pourritures passagères
La terre ne nous fait plus peur
Dans le vert éternel
Tout s’est arrêté
Tombe une écorce des peupliers en ligne
Tombe un cri Tombe un instant
Que personne ne peut entendre

arkhip-kouindji-la-foret-de-bouleau-1901 Les peupliers – Берёзовая роща -1901 – Березовий гай

arkhip-kouindji-les-bouleaux-1879

Des pierres comme des os
Nul ici n’échappe
Les rêves sont trop fins et nous pensons courir
Qu’importe le temps
Qu’importe l’océan
Qu’importe le désir
Les nuages sont trop grands
Des lames dans le ciel
Nous tailladerons en pièces
Des flammes et des orages
Se sont-ils perdus

 

 

  arkhip-kouindji-mer-1898-1908  arkhip-kouindji-nuit-1905-1908    arkhip-kouindji-paysage-de-crimee-1885-1890

Au loin
Qui y a-t-il
Au loin
Un point plus loin que l’horizon

   arkhip-kouindji-voilier-en-mer-1876-1890 парусник в море- Voilier en mer  – парусник в море
(1876-1890)

Il n’y a que l’horizon

arkhip-kouindji-steppe-1890-1895

Sans ombre

TRADUCTION ALBANAIS Jacky Lavauzelle – Teksti i përkthimit –

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Traduction Albanais Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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Traductions Artgitato Français Portugais Latin Tchèque Allemand Espagnol

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TRADUCTION ALBANAIS

Përkthim

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ALBANAIS
shqiptar
Andon Zako-Cajupi
Mëmëdhe  – Ma Patrie

 

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LE MONDE GRECO-SLAVE


LES ALBANAIS





I.

Sur la limite occidentale du monde gréco-slave, il existe un peuple qui, toujours sous les armes, forme au sein des provinces ottomanes une véritable caste de guerriers, non moins redoutable et plus libre que les castes militaires de l’Asie centrale. Ce peuple, qui a de tout temps exercé une influence prépondérante dans l’empire, fournit encore à la Turquie les meilleures et presque les seules troupes qui lui restent. Cette tribu de soldats, ce sont les Albanais, littéralement les Blancs, ou, selon le vrai sens de l’expression orientale, les hommes indépendans. Leur nationalité, d’origine mystérieuse, remonte jusqu’au temps des Pélages, et les races grecques et slaves ont sans doute trouvé dans l’Albanie leur berceau commun. En effet, le peuple des Blancs s’étendait autrefois sur la plus grande partie de la presqu’île gréco-slave, où son séjour est attesté par les noms albanais de plusieurs villes et bourgades qu’habitent aujourd’hui les Serbes ou les Hellènes. On trouve même encore sur plusieurs points de la Bulgarie, de la Macédoine et de la Bosnie, d’anciens villages où les Albanais sont mêlés aux Tsintsars (Slaves hellénisés). Bien que répandue sur un si vaste territoire, la race albanaise diminue visiblement, et on ne pourrait guère aujourd’hui compter plus d’un million et demi de véritables Albanais sur cette terre qui, il y a quarante-ans, sous. Ali de Janina, en nourrissait encore deux millions.

Plus voisine de l’Europe civilisée que la plupart des autres contrées de l’Orient, puisqu’elle n’est séparée de l’Italie que par un canal étroit, l’Albanie devrait recevoir de l’Occident une influence bienfaisante, et cependant c’est la partie de l’empire turc qui renferme le plus d’élémens de barbarie. D’où vient ce phénomènes ? Quelques-uns en croiront voir la raison dans cet attachement au système de tribus et de clans, qui s’est montré plus opiniâtre en Albanie que dans les autres provinces ottomanes. On aurait tort d’attribuer à cette cause la barbarie des Albanais : cette barbarie a pour principe, non pas simplement la vie de tribu, mais la vie de tribu guerrière, l’esprit inquiet des ortas ou des hordes. L’obstination de ce peuple à garder, même au sein de la paix, les mœurs militaires, a entravé chez lui tout développement, social. Ne pouvant porter la guerre au dehors, il a, comme l’Arabe des déserts, réagi contre lui-même : il s’est décimé de plus en plus par de petits combats entre familles qui ont ouvert dans ses rangs de larges brèches où s’infiltrent les populations voisines ; et, en se multipliant, ces invasions inaperçues ont par degrés soumis l’Albanie à deux influences étrangères, l’une slave, l’autre hellénique, qui se disputent maintenant cette terre d’anarchie.

La race albanaise se désigne elle-même par deux noms généraux : le nom de Mirdites, dérivé du persan mardaïtes (brave), s’applique aujourd’hui à la partie la plus noble de la population, et semble, comme les mots germain, slave, franc, avoir été dans l’origine un titre d’honneur ; le nom de Chkipetars (habitans des rochers) désigne le peuple en général.




Hippocrate a parfaitement caractérisé les Albanais lorsqu’il a dit : « Tous ceux qui habitent un pays montueux, illégal, pourvu d’eau et soumis à ces variations fréquentes dans les saisons, doivent être naturellement d’une haute stature, très propres à l’exercice, pleins de courage, et d’un caractère sauvage et féroce. » On peut ajouter, pour désigner plus particulièrement l’Albanais, qu’il a les yeux petits, le regard droit et fixe, les sourcils minces, le nez effilé, la tête allongée, le front aplati, le cou très long, la poitrine énormément bombée, le reste du corps maigre et nerveux. Doué d’une prodigieuse souplesse de muscles, il porte dans sa démarche et ses attitudes l’air un peu théâtral d’un athlète de l’antiquité. Quoique plein d’esprit naturel, il n’a qu’une médiocre aptitude aux travaux de l’intelligence ; il est avant tout soldat : Suisse de l’Orient, il vend son sang à toutes les bannières, et sert avec une égale fidélité tous les maîtres. On le trouve parmi les gardes du pape et au palais de Naples, comme aux sérails de Bagdad, du Caire, de Maroc, et dans les salles des boyards moldo-valaques.

Les malheurs dont ce peuple est menacé pourraient être conjurés par une direction plus pacifique imprimée à ses institutions. Les conflits sanglans qui éclatent chaque année entre les catholiques latins et les schismatiques grecs pourraient se transformer en une lutte purement morale, mais ce ne serait qu’à l’aide d’une intervention européenne, soit officielle, soit privée. Une société de spéculateurs philantropes qui se vouerait à cette œuvre en y portant de larges vues commerciales, et qui, étrangère aux haines héréditaires des tribus, apparaîtrait au milieu d’elles comme la tribu de la paix et du pardon, comme une nouvelle tribu clémente, succéderait dignement à celle des Klementi, devenus insoucieux de ce beau nom. En adoptant, avec la nationalité des Mirdites ; toute la partie encore saine de leurs mœurs, une telle société acquerrait bientôt en Albanie une grande autorité. La dynastie des Balsichides, qui régna plusieurs siècles à Skadar, à Zeta, à Durazzo, était issue d’une famille française émigrée, celle des seigneurs de Baulx ou Balsa, qui passèrent de Provence en Albanie pendant que Charles Ier occupait le trône de Sicile. Aujourd’hui encore, les Mirdites sont tout aussi disposés que jadis à reconnaître la puissance organisatrice de l’esprit français et à mettre à leur tête des enfans de la France, qui, nouveaux Cadmus, viendraient, armés de lumières, d’industrie et de courage, se dévouer sincèrement à la cause albanaise.

L’Albanie est certainement, de tous les pays soumis de nom à l’empire turc, celui où des hommes éclairés et entreprenans trouveraient le plus à créer. Tels qu’ils furent sous Alexandre, Pyrrhus et Skanderbeg, tels sont, ou plutôt tels seraient encore les Chkipetars, avec leur inflexible caractère s’il paraissait chez eux un héros qui sût réveiller leur enthousiasme. Dans la paix comme dans la guerre, cet enthousiasme ferait des prodiges, et la face de la péninsule gréco-slave serait bientôt changée sous son action puissante. Mais, à défaut de grands hommes ou de natures exceptionnelles, de simples missionnaires pourraient civiliser ces populations. Ce qu’ils ont déjà fait dans la tribu des Klementi, ils le feraient aisément dans toute autre. Il suffirait, pour cela, de quatre à cinq hommes déterminés et fraternellement unis, qui viendraient fonder dans la Mirdita, de concert avec les chefs de phars, quelques écoles et des établissemens d’industrie et d’agriculture. On verrait alors des sentimens plus humains pénétrer ces ames féroces. Jusque dans les montagnes de la Chimère, les rivaux acharnés apprendraient à connaître la pitié et les douceurs du pardon. Ces repaires des Liapes, que l’ancien Grec regardait comme la dernière région terrestre et le siège des ténèbres sans limites, ces Acrocéraunes où commençait le sombre et sauvage Occident, deviendraient alors comme un lumineux fanal entre l’Orient et l’Europe. Que de faits nouveaux se révéleraient à l’historien, dès que ces antiques tribus seraient mieux connues ! Quelle moisson de découvertes feraient les naturalistes, les archéologues, dans ces régions devenues d’un plus facile accès ! Quoi qu’il arrive de ces conquêtes de la science, espérons qu’au moins une vie morale plus haute commencera enfin pour les Chkipetars, et qu’ils ne se verront pas condamnés par notre indifférence à une éternelle barbarie.




Le Monde Gréco-Slave
Cyprien Robert
Revue des Deux Mondes
Tome 29
1842

*****

Traduction Albanais

JEFF KOONS TULIPES BILBAO – Les Tulipes du Musée Guggenheim – Tulips 1995-2004 LE BOUQUET DU MUSEE

TULIPS JEFF KOONS TULIPES BILBAO
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Photos Jacky Lavauzelle
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  TULIPS
LES TULIPES
JEFF KOONS
Le Bouquet du Musée Guggenheim

 

Jeff Koons Tulipes
1995–2004

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Jeff Koons
21 janvier 1955
York en Pennsylvanie

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tulips-jeff-koons-tulipes-bilbao-espagne-artgitato-6

 Tu penses à tes sœurs des grands parcs, et tu peux
Regretter le gazon des boulingrins pompeux,
La fraîcheur du jet d’eau, l’ombrage du platane ;

François Coppée

tulips-jeff-koons-tulipes-bilbao-espagne-artgitato-5

Et dans la serre chaude, ainsi qu’en un harem,
S’exhalent sans parfum tes ennuis de sultane.

François Coppée

tulips-jeff-koons-tulipes-bilbao-espagne-artgitato-4

Sous la loupe d’un vieux, inutile trésor,
Tu t’alanguis dans une atmosphère étouffante.

François Coppée

tulips-jeff-koons-tulipes-bilbao-espagne-artgitato-3

Ô rare fleur, ô fleur de luxe et de décor,
Sur ta tige toujours dressée et triomphante,
Le Velasquez eût mis à la main d’une infante
Ton calice lamé d’argent, de pourpre et d’or.

François Coppée

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« — Ainsi, pour longtemps en jouir,
La Hollande, en ses vastes serres,
Par des blocs de glace resserre
Les tulipes qui vont s’ouvrir… »

Anna de Noailles
Poèmes de l’Amour
XXV
Extrait

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Extraits du poème
À une tulipe
d’Anna de Noailles

À une tulipe

Ô rare fleur, ô fleur de luxe et de décor,
Sur ta tige toujours dressée et triomphante,
Le Velasquez eût mis à la main d’une infante
Ton calice lamé d’argent, de pourpre et d’or.

Mais, détestant l’amour que ta splendeur enfante,
Maîtresse esclave, ainsi que la veuve d’Hector,
Sous la loupe d’un vieux, inutile trésor,
Tu t’alanguis dans une atmosphère étouffante.

 Tu penses à tes sœurs des grands parcs, et tu peux
Regretter le gazon des boulingrins pompeux,
La fraîcheur du jet d’eau, l’ombrage du platane ;

Car tu n’as pour amant qu’un bourgeois de Harlem,
Et dans la serre chaude, ainsi qu’en un harem,
S’exhalent sans parfum tes ennuis de sultane.

François Coppée
(1842-1908)
A une tulipe
Poèmes divers
Œuvres complètes de François Coppée
L. Hébert

Libraire 1885,
Poésies, tome I
pp. 53-54

Le BATEAU IVRE ARTHUR RIMBAUD

Arthur Rimbaud bateau ivre Joseph Mallord William Turner Tempête de neige en mer 1842 Londres Tate BritainTempête de neige en mer (1842), Londres, Tate Britain.

POESIE FRANCAISE
LE BATEAU IVRE

Arthur Rimbaud poésies artgitato

ARTHUR RIMBAUD
1854-1891

 

Arthur Rimbaud Poésies Oeuvre Poèmes Poésie Artgitato

 

*

Œuvres d’Arthur RIMBAUD
 


LE BATEAU IVRE

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Le BATEAU IVRE

Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs ;
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

J’étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais.

Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l’autre hiver, plus sourd que les cerveaux d’enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées,
N’ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu’un bouchon j’ai dansé sur les flots
Qu’on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l’œil niais des falots.

Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sures,
L’eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

Et dès lors, je me suis baigné dans le poème
De la mer, infusé d’astres, et latescent,
Dévorant les azurs verts où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend,

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l’alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l’amour.

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes,
Et les ressacs, et les courants, je sais le soir,
L’aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes,
Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir.

J’ai vu le soleil bas taché d’horreurs mystiques
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très antiques,
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets ;

J’ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baisers montant aux yeux des mers avec lenteur,
La circulation des sèves inouïes
Et l’éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs.

J’ai suivi des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l’assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le muffle aux Océans poussifs ;

J’ai heurté, savez-vous ? d’incroyables Florides,
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères, aux peaux
D’hommes, des arcs-en-ciel tendus comme des brides,
Sous l’horizon des mers, à de glauques troupeaux ;

J’ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan,
Des écroulements d’eaux au milieu des bonaces,
Et les lointains vers les gouffres cataractant !

Glaciers, soleils d’argent, flots nacreux, cieux de braises.
Echouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient des arbres tordus, avec de noirs parfums.

J’aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d’or, ces poissons chantants.
Des écumes de fleurs ont béni mes dérades
Et d’ineffables vents m’ont ailé par instants.

Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d’ombre aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu’une femme à genoux,

Presqu’île, ballottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d’oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds,
Et je voguais, lorsqu’à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons.

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l’ouragan dans l’éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N’auraient pas repêché la carcasse ivre d’eau,

Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d’azur,

Qui courais taché de lunules électriques,
Plante folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les Juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs,

Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
Fileur éternel des immobilités bleues,
Je regrette l’Europe aux anciens parapets.

J’ai vu des archipels sidéraux ! Et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
— Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t’exiles,
Million d’oiseaux d’or, ô future Vigueur ?

Mais, vrai, j’ai trop pleuré ! Les aubes sont navrantes,
Toute lune est atroce et tout soleil amer.
L’âcre amour m’a gonflé de torpeurs enivrantes.
Oh ! que ma quille éclate ! Oh ! que j’aille à la mer !

Si je désire une eau d’Europe, c’est la flache
Noire et froide où, vers le crépuscule embaumé,
Un enfant accroupi, plein de tristesse, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l’orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons !

***************

Le BATEAU IVRE

Arthur Rimbaud Poésies
Arthur Rimbaud Poésies

Тютчев : Поэзия Федора Тютчева

Антология русской поэзии
Anthologie de la Poésie Russe
La Poésie de Fiodor Tiouttchev
 –

Traduction – Texte Bilingue

Traduction Jacky Lavauzelle
перевод


LITTERATURE RUSSE
русская литература

стихотворение  – Poèmes

 

Fiodor Tiouttchev
Фёдор Иванович Тютчев
1803-1873
Fiodor Tiouttchev Poèmes Poésie Artgitato Les poèmes de Fiodor Tiouttchev

 

Тютчев
стихи федор тютчев

Антология русской поэзии

*******************

COMME EN AIMANT …
Как любящую грудь печаль и ужас гложат
[Traduction en Russe de S. M. Soloviov]
1850

Comme en aimant le cœur devient pusillanime,
Как любящую грудь печаль и ужас гложат,
Que de tristesse au fond et d’angoisse et
                                    d’effroi !
Как сердце робкое сжимается тоской!

Comme en aimant Poème de Fiodor Tiouttchev Artgitato traduction Sergey Solovyov Sergueï Mikhaïlovitch Soloviov

*

DE CES FRIMAS, DE CES DESERTS

De ces frimas, de ces déserts
Là-bas, vers cette mer qui brille,

De ces frimas de ces déserts poème de Fiodor Tiouttchev Artgitato

*

День и ночь
Jour & Nuit
1839

На мир таинственный духо́в,
Dans le monde mystérieux des esprits,
Над этой бездной безымянной,

Au-dessus de cet abîme sans nom,

Fiodor TIOUTTCHEVJour et Nuit Poème de Fiodor Tiouttchev Artgitato Goya Sorolla

*

Des premiers pas de notre vie
[О, как люблю я возвращаться]
Trad. Russe d’Afanassi Fet
1851

Des premiers ans de votre vie
О, как люблю я возвращаться
Que j’aime a remonter le cours,
К истоку первых дней твоих

Des Premiers ans de notre vie Fiodor Tiouttchev Artgitato

*

Il faut qu’une porte
1856

Il faut qu’une porte
Soit ouverte ou fermée —

Il faut qu'une porte Poème de Fiodor Tiouttchev Artgitato

*

Как океан объемлет шар земной
Comme l’océan embrasse la Terre

Как океан объемлет шар земной,
Comme l’océan embrasse la Terre,
Земная жизнь кругом объята снами;
Le globe de la vie terrestre se trouve enveloppé de rêves ;

Comme l'Océan embrasse la terre Fiodor Tiouttchev Artgitato
*

Les nuits azurées
[Огни блестящие во глуби светло-синей]
1850
Traduction Russe de Valéri Brioussov

Vous, dont on voit briller, dans les nuits azurées, 
Огни блестящие во глуби светло-синей,
L’éclat immaculé, le divin élément,
О непорочный блеск небесного венца!

Les Nuits Azurées Poème de Fiodor Tiouttchev Tableau Jacky Lavauzelle Artgitato

*

Nous avons pu tous deux fatigués du voyage

 Nous avons pu tous deux, fatigués du voyage,
Nous asseoir un instant sur le bord du chemin –
NOUS AVONS PU TOUS DEUX FATIGUES DU VOYAGE Fiodor Tiouttchev Artgitato Caspar David Friedrich

*

О чём ты воешь ветр ночной ?
Vent Nocturne
1830

О чём ты воешь, ветр ночной?
Sur quoi t’acharnes-tu, vent nocturne ?
О чём так сетуешь безумно?
Sur quoi t’abats-tu comme un fou ?

VENT NOCTURNE - Poème de Fiodor TIOUTTCHEV ARtgitato

*

О, этот Юг, о, эта Ницца!
Nice !
1864

О, этот Юг, о, эта Ницца!..
Ô, le Midi, ô Nice ! ..
О, как их блеск меня тревожит!
Ô, combien leur éclat me trouble !

Nice Poème 1864 Fiodor Tiouttchev Artgitato

*

Пошли, господь, свою отраду
Июль 1850
Délivre ta joie, Seigneur
Juillet 1850

Пошли, господь, свою отраду
Délivre ta joie, Seigneur,
Тому, кто в летний жар и зной  
A celui qui dans la fièvre de la chaleur de l’été

Délivre ta joie Seigneur Poème de Fiodor Tiouttchev José de Ribera

*

Пророчество
Prophétie
1 марта 1850 – 1er mars 1850

Не гул молвы прошел в народе,
Non, il ne s’agit pas d’une rumeur colportée par le peuple,
Весть родилась не в нашем роде –
Elle n’est pas née de cette manière –

Prophétie Poème de FIODOR TIOUTTCHEV Artgitato Istanbul Byzance Sainte Sophie

*

Русская география
Géographie Russe

Москва и град Петров, и Константинов град-
Moscou, ville de Pierre et de Constantin
Вот царства русского заветные столицы…
L’empire chérit la capitale russe …
Géographie Russe de Fiodor Tiouttchev Artgitato 1801 Fedor Alekseev

*

Que l’homme est si peu réel
1842

Que l’homme est peu réel, qu’aisément il s’efface ! –
Présent, si peu de chose, et rien quand il est loin.

Que l'homme est peu réel, qu'aisément il s'efface Artgitato Fiodor Tiouttchev Rembrant_Self-Portrait,_1660
*

SILENTIUM !
1830

Молчи, скрывайся и таи
Tais-toi, cache-toi !
 И чувства и мечты свои –
Et tes sentiments et tes rêves –

Silentium poème de Fiodor Tiouttchev Arbre Rouge Piet Mondrian Arbre Rouge

*

UN CIEL LOURD
(Traduction Russe de Valeri BRIOUSSOV)
[Безвременная ночь восходит безнадежно]
1848

Un ciel lourd que la nuit bien avant
                            l’heure assiège,

Безвременная ночь восходит безнадежно
Un fleuve, bloc de glace et que l’hiver
                                ternit –
На небо низкое; река, померкнув, спит,

Un Ciel Lourd Poème de Fiodor Tiouttchev Artgitato William Turner Lever de soleil avec monstres marins

*

Умом Россию не понять
La Russie
1866

Умом Россию не понять,
La raison ne peut comprendre la Russie,
Аршином общим не измерить:
Rien ne peut la mesurer :

La Russie 1866 Fiodor Tiouttchev Ecole de Novgorod Le Miracle de saint Georges

*

UN RÊVE
1847

« Quel don lui faire au déclin de l’année ?
Le vent d’hiver a brûlé le gazon,

Un Rêve Fiodor Tiouttchev Artgitato Poème

*****
La Poésie de Fiodor Tiouttchev
стихи федор тютчев

Que l’homme est peu réel Poème de Fiodor TIOUTTCHEV

Poème de Fiodor Tiouttchev
Que l’homme est peu réel
 –

Texte écrit en français par Fiodor Tiouttchev

 


LITTERATURE RUSSE
русская литература

стихотворение  – Poèmes

 

Fiodor Tiouttchev
Фёдор Иванович Тютчев
1803-1873
Fiodor Tiouttchev Poèmes Poésie Artgitato Les poèmes de Fiodor Tiouttchev

 

Que l’homme est peu réel

Poème de Fiodor Tiouttchev

1842

*

Que l'homme est peu réel, qu'aisément il s'efface Artgitato Fiodor Tiouttchev Rembrant_Self-Portrait,_1660

Que l’homme est peu réel, qu’aisément il s’efface ! –
Présent, si peu de chose, et rien quand il est loin.
Sa présence, ce n’est qu’un point. –
Et son absence – tout l’espace.