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Ce siècle est grand et fort VICTOR HUGO 1837 VS L’époque est faible et lâche JACKY LAVAUZELLE 2017

VICTOR HUGO
REVISITE

Ce siècle est grand et fort
Victor Hugo

 

L’Epoque est faible et lâche
Jacky Lavauzelle
2017

En gras le poème Ce siècle est grand et fort de Victor Hugo paru dans Les Voix intérieures (15 avril 1837 -Œuvres complètes : Les Feuilles d’automne. Les Chants du crépuscule. Les Voix intérieures. Les Rayons et les Ombres, Editions Ollendorf, 1909, 17 (pp. 361-362))
En dessous, un Victor Hugo revisité, l’Epoque est faible est lâche.

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Ce siècle est grand et fort. Un noble instinct le mène.
L’époque est faible et lâche. Plus rien ne la porte.
Partout on voit marcher l’idée en mission ;
Rien ne s’éclaire, rien n’illumine ;
Et le bruit du travail, plein de parole humaine,
Le malheur sort du travail plein d’une effroyable détresse
Se mêle au bruit divin de la création
Et se mélange aux pleurs d’une guerre ce matin déclarée.

Partout, dans les cités et dans les solitudes,
Au cœur des cités, au cœur des solitudes
L’homme est fidèle au lait dont nous le nourrissions ;
L’homme est perdu sans cap ni missions
Et dans l’informe bloc des sombres multitudes
Au cœur des blocs tremblent d’étranges maléfices
La pensée en rêvant sculpte des nations.
Les piqûres en pénétrant nourrissent les mirages.

L’échafaud vieilli croule, et la Grève se lave.
Les prisons croulent, les grèves perlent
L’émeute se rendort. De meilleurs jours sont prêts.
Les émeutes se lèvent. Que les beaux jours sont loin !
Le peuple a sa colère et le volcan sa lave
Le peuple ne décolère plus et sa langue explose
Qui dévaste d’abord et qui féconde après.
En dévastant tout pour que plus rien ne vienne.

Des poëtes puissants, têtes par Dieu touchées,
Des slameurs impuissants tentent de toucher Dieu
Nous jettent les rayons de leurs fronts inspirés.
Nous jetant des mots à nos fronts fatigués.
L’art a de frais vallons où les âmes penchées
Les artistes n’ont plus les routes où des âmes s’épanchent
Boivent la poésie à des ruisseaux sacrés.
Noyant des soirées par des cocktails de cordes.

Pierre à pierre, en songeant aux vieilles mœurs éteintes,
Article après article après une ultime étreinte
Sous la société qui chancelle à tous vents,
De cette société disparue dans un si petit trou d’égout,
Le penseur reconstruit ces deux colonnes saintes,
L’artiste puceau voit dans sa nuit deux pierres peintes
Le respect des vieillards et l’amour des enfants.
Un vieillard en lambeaux et des étreintes d’enfance

Le devoir, fils du droit, sous nos toits domestiques
Le droit domestiquant le devoir
Habite comme un hôte auguste et sérieux.
Domine comme un maître son chien.








Les mendiants groupés dans l’ombre des portiques
Les SDF inanimés contre des bouches utopiques
Ont moins de haine au cœur et moins de flamme aux yeux.
N’ont même plus une seule haine et une lueur dans les yeux.

L’austère vérité n’a plus de portes closes.
La vérité s’est perdue dans la dernière maison close
Tout verbe est déchiffré. Notre esprit éperdu,
Le verbe s’est fait déchiré. Notre esprit s’est perdu,
Chaque jour, en lisant dans le livre des choses,
Pendu au petit jour par les choses pendantes
Découvre à l’univers un sens inattendu.
Il pense à cet univers qui jadis devait avoir un sens.

O poëtes ! le fer et la vapeur ardente








Ô chanteurs ! la peur amère suffocante
Effacent de la terre, à l’heure où vous rêvez,
Sort de la terre, là où vos entrailles et votre cœur
L’antique pesanteur, à tout objet pendante,
Paniquent dans l’horreur, toute langue pendante,
Qui sous ses lourds essieux broyait les durs pavés.
Qui, par de trop lourds aveux, a broyé sa mâchoire.

L’homme se fait servir par l’aveugle matière.
L’homme n’est plus rien, qu’une matière aveugle.
Il pense, il cherche, il crée ! A son souffle vivant
Il se bat, bande et butte ! De son souffle fétide
Les germes dispersés dans la nature entière
Les germes eux-mêmes se meurent
Tremblent comme frissonne une forêt au vent !
En tremblant comme frissonne une verge qui s’égoutte !

Oui, tout va, tout s’accroît. Les heures fugitives
Oui, tout ploie ici-bas. Une lueur fugitive
Laissent toutes leur trace. Un grand siècle a surgi.
Ne laisse aucune trace. Le temps s’est enfui.
Et, contemplant de loin de lumineuses rives,
En marchant dans la nuit de la nuit
L’homme voit son destin comme un fleuve élargi.
L’homme avance dans le fleuve étourdi.

Mais parmi ces progrès dont notre âge se vante,
Mais parmi ces douleurs au milieu de ces râles
Dans tout ce grand éclat d’un siècle éblouissant,
Dans ce qui semble se terminer dans un immense pet
Une chose, ô Jésus, en secret m’épouvante,
Une chose, ô Humain, une chose me questionne
C’est l’écho de ta voix qui va s’affaiblissant
C’est pourquoi avoir fait tout ça pour ça !

15 avril 1837
20 avril 2017

Ce siècle est grand et fort
Victor Hugo

HUGO REVISITE
L’Epoque est faible et lâche
Jacky Lavauzelle

Mohd Fazli Othman PESTA PISANG 2017 LA NOIRCEUR DES INTENTIONS

Malaysia
Voyage en Malaisie
PHOTO JACKY LAVAUZELLE

 




 

 

Balai Seni Visual Negara
BSVN
Mohd Fazli Othman
LA NOIRCEUR DES INTENTIONS

 Visiter Kuala Lumpur
Meneroka kota Kuala Lumpur
Melawat Kuala Lumpur
吉隆坡
Куала-Лумпур

 

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Balai Seni Visual Negara
LA GALERIE NATIONALE DES ARTS VISUELS DE KUALA LUMPUR
国家视觉艺术画廊在吉隆坡
National Visual Arts Gallery

Mohd Fazli Othman
LA NOIRCEUR DES INTENTIONS

PESTA PISANG
‘Selamat Datang Ke Pesta Pisang Di Kampung Batang Pisang’
Acrylic & Oil on canvas
Variable dimension
2017

Nous nous souvenons de la réalisation de Mohd Fazli Othman en 2013 : Selapas Majlis. Une lumière étonnante dans une facture réaliste, où le tiers de gauche était encombré d’une masse d’ordures et le côté droit par un soleil magnifique et une belle campagne. Un éboueur, face cachée, œuvrant comme pour minimiser la catastrophe. Un tas qui ne cache pas, loin de là, la destruction imminente. Le tas ne peut qu’envahir l’espace de la toile et nous savons que le bleu de ce ciel est compté.
En 2014, le paysage urbain de travaux nous renvoie un paysage connu, déshumanisé. Dans Daily Struggle (Lutte quotidienne). La luminosité et le ciel sont toujours là. Le bleu domine y compris sur le mur. Mais la catastrophe est devant nous. Le mur nous sert d’horizon. La mémoire n’est plus. L’espace est confinée. Notre rêve est dans ce reste de travaux qui parsème les villes modernes, à Kuala Lumpur plus encore qu’ailleurs.
Avec Pesta Pisang, peinture de 2017 exposée à la Balai Seni Visual Negara (Galerie Nationale des Arts Visuels de Kuala Lumpur), Mohd Fazli Othman continue sa réflexion sur notre société autour des thématiques sur notre place en tant qu’humain, notre rapport au monde et notre responsabilité sur notre empreinte écologique. Toujours, Mohd Fazli Othman positionne notre place autour de l’opposition pureté et impureté, dans un cadre original magnifique et lumineux, mais jusqu’à quand.












Il pose un regard sur l’urgence et, comme il le souligne dans le passage ci-dessous, pense que l’art répond parfaitement à ce questionnement. Il met l’homme face à sa production qui va finir par le submerger.

Mais ce regard est ici marqué par cette humour que nous ne lui connaissions pas dans d’autres œuvres. Il aborde aussi les thématiques du langage et de la manipulation. Mohd Fazli Othman cache toujours le regard et la face des hommes, mais présente celles des singes. Les images gentiment provocatrices ne nous disent pas quoi penser mais nous interrogent sur notre naïveté par rapport au monde et à cette société du spectacle permanent où les faux cadeaux, les faux prédicateurs surnagent en maître. Victor Hugo pensait que le « discours est le visage de l’âme« , Mohd Fazli Othman semble nous dire que le discours cherche surtout et avant tout à cacher la noirceur des intentions mercantiles. Il est, en ce sens, plus près du philosophe américain Henry David Thoreau, pour qui “Le malheur de l’humain est sa langue« .

Jacky Lavauzelle

 

TEXTE PRESENTATION DE LA GALERIE





Syed Ahmad Jamal, « hanya seni sahaja yang menjadi bahantara tunggal yang sempurna dan terhadang di antara manusia dengan manusia dan saya adalah sekumpulan manusia yang amat sensitif terhadap apa saja yang berlaku disekitar mereka lebih-lebih lagi peristiwa dan situasi yang menyayat hati. »

Seni dan persekitaran merupakan satu ikatan yang sukar dipisahkan. Kita tidak boleh memisahkan imaginasi-imaginasi dalam karya seni dari unsur-unsur persekitaran yang sentiasa berubah dan mencabar. Realiti kehidupan banyak memberikan imaginasi kepada manusia untuk terus berfikir dan melihat setiap perubahan kejadiaan alam sekeliling. Setiap isu atau kejadian yang berlaku dipersekitaran akan memberi itham dalam berkarya Pertembungan dan perbezaan kebudayaan, tradisi, ideologi, cara penyampaian pemerhatian dan sebagainya telah memberi impak kepada dunia seni. Apa jua bentuk isu semasa sama ada sosial, politik, ekonomi, alam sekitar dan budaya menyebabkan isu ini menjadi bahan dan tema bagi setiap pelukis untuk mempersembahkan karya hanya menggunakan seni sebagai peranta.

POLICE LUNAIRE (2016) UN GRAND CYGNE BLANC SUR UNE MER PROFONDE TOM GAULD –

BANDE DESSINEE
TOM GAULD
POLICE LUNAIRE
EDITIONS 2024

POLICE LUNAIRE

 UN GRAND CYGNE BLANC
SUR UNE
MER PROFONDE

Tom gauld nous entraîne sur cette mer profonde et grise où surnagent des donuts et quelques robots fatigués.
Ils ne sont pas nombreux et ne resteront que deux. Un homme et une femme, Adam et Eve de demain, partageant un café et un donut en regardant la terre.

Autour, le noir et les étoiles. La poésie vient du gris, des ondes de poussière dans l’attente d’une mutation impossible.








La poésie vient du lieu et des feux qui du gris et du bleu embrasent. Des cercles qui enserrent les têtes et les mots inutiles.

« Je suis pâle, il est vrai, mais je suis belle aussi,
Et quand tes derniers feux se sont éteints dans l’onde,
C’est mon tour de voguer sur le monde obscurci
Comme un grand cygne blanc sur une mer profonde. »
(
Raoul Ponchon La Lune –  La Muse gaillarde, Aux éditions Rieder, 1939 pp. 224-225)

Mais il ne se passe rien et c’est passionnant. Ce rien nous habite et occupe l’espace sidéral.  Les êtres sillonnent la lune dans leur véhicule qui avance immobile. et « La lune sillonne les cieux,
Mais un peu triste, et bien seulette,  Comme si faute d’être deux
Elle languissait la pauvrette :  Les étoiles voila sa cour… Les étoiles voilà sa cour, Pour son miroir elle a la terre… »  (Letitia Elizabeth Landon)

Il ne reste que deux êtres… Il n’en restera que deux. Les premiers avaient l’espoir, mais que laissent-ils aux autres, aux deux autres.

Deux êtres qui rencontrent leur solitude au rythme d’un écran ; un écran qui distille des informations lapidaires et de bien tristes nouvelles. Les humains partent et des machines arrivent, souvent inadaptées, « non équipées pour les terrains accidentés. »

Un policier, un seul. Mais sans crimes ni délits. Un chien parfois s’égare. Une fillette aussi dans une zone qui est interdite sans que l’on sache vraiment pourquoi tant elle ressemble à l’autre zone.

Mais zéro crime, ça donne 100% d’affaires élucidées et un moral à 100% dans les chaussettes.

L’humour est là, léger comme la voiture de police qui garde les lieux. léger, perceptible. Mais est-ce encore de l’humour quand la joie a définitivement quitté les lieux. La lune jette « son masque obscur » sur les machines et les âmes. Que faire ?

« La lune, sortant des nuages noirs,
Semble une clarté qui vient par surprise.

Oui, je leur donnerais, lune, ta sombre sphère,
Ton ciel, d’où Swedenborg n’est jamais revenu,
Ton énigme, ton puits sans fond, ton inconnu !
Oui, je leur donnerais, en disant : Soyez sages !
Ton masque obscur qui fait le guet dans les nuages,
Tes cratères tordus par de noirs aquilons,
Tes solitudes d’ombre et d’oubli, tes vallons,
Peut-être heureux, peut-être affreux, édens ou bagnes,
Lune, et la vision de tes pâles montagnes. »
Victor Hugo
LA LUNE
L’Art d’être grand-père, Calmann-Lévy, éditeurs, 1877 (pp. 47-59).




Il y a maintenant deux cygnes blancs sur une mer profonde qui regardent la Terre.

Jacky Lavauzelle

Jacky Lavauzelle Romans & Poèmes

JACKY LAVAUZELLE
Littérature

*




 Jacky Lavauzelle
Romans & Poèmes

 

La Virade
(roman)

LA VIRADE Jacky Lavauzelle Roman Le Bûcheron et l’Hamadryade Aïgeïros par Émile Bin 1870 The_Hamadryad_by_Émile_Bin

 La ville était là.
Après un déluge de pluie, de vents et de journaux de la veille. La ville était là, puante comme toujours après des jours de pluie. Seules les violettes se permettaient dans ce fatras d’odeurs de chanter leur tonalité, précise et pointue.
Seules ces violettes permettaient de supporter la ville et ceux qui s’y accrochaient.

*

VICTOR HUGO REVISITE
Ce siècle est grand et fort
VICTOR HUGO 1837
VS
L’époque est faible et lâche
JACKY LAVAUZELLE 2017

*

ARKHIP KOUÏNDJI
ou LA SENTINELLE DES RÊVES
Куїнджі Архип Іванович
Архип Иванович Куинджи

arkhip-kouindji-poeme-jacky-lavauzelle-portrait-de-viktor-vasnetsov-1869-la-sentinelle-des-reves

La mort a fait son lit
Ce matin
Sans lumières
J’ai vu l’Elbrouz apparaître
disparaître
Le mont comme un baiser recevait la mort

*

Cirque Éloise
Cirkopolis
Le Soleil brille encore dans la nuit

La parole n’est plus
Elle est morte
Les mots ne s’entendent plus
Que des pas cadencés

*

A la Deriva

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Noir un soir d’orage
Un éclair
A la dérive
Un trou dans le ciel

*
A Tamara Weber-Fillion
(Chanson)
塔玛拉·韦伯 – 菲利安
Тамара Вебер
Филлион


Emportez–moi ! Emportez-moi !
Dans un désert
Sur la mer !




*
Le Damas

Le Damas Artgitato Poème Jacky Lavauzelle

Dans la forme, dans le fond
Dans la pièce, dans son âme
Libre, sinueux, vague
Je vais dans la ligne




*
Jorge Oteizabilbao-espagne-artgitato-jorge-oteiza-sculpture

Dans le creux doux du fleuve qui finit
La cédille signe dans les bleus du ciel
Au-dessus de la ville au-dedans de la terre
La matière brille
.

L’Heure Rouge

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Ce matin le pont s’éveille et craque
Un double pont
Celui qui se jette vers les étoiles
Celui qui plonge dans le cœur de la terre

..




L’Heure Blanche

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Les fils meurent dans la profondeur de l’éclat
Le Pont n’est plus tenu
Tendu toujours
Il se courbe
Frappé

Poèmes érotiques

*

COMPLEXITE SUCREE

Dans le simple acide
Cauteleux
Dans l’un turbide
Une rambleur forlignait l’horizon

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Les Traductions
Jacky Lavauzelle

TRADUCTION DE TEXTE ALBANAIS
shqiptar

***

TRADUCTION DE TEXTES
ALLEMAND – Deutsch


 
Rainer Maria Rilke Portrait de Paula Modersohn-Becker 1906
***

TRADUCTION DE TEXTES ANGLAIS
TRANSLATION

Poetry of Yeats La Poésie de Yeats William_Butler_Yeats_by_John_Singer_Sargent_1908

**

TRADUCTION DE TEXTES BULGARES
 български


Ivan Vazov Les poèmes d'Ivan Vazov Poésie d'Ivan Vazov

**

TRADUCTION TEXTES CHINOIS
中国

Lu Xun Oeuvres Proses et Poésie Artgitato 2

**

TRADUCTION TEXTES DANOIS
danske

Andersen Hans Christian Andersen Oeuvre Arbejde Artgitato 2

**

TRADUCTION DE TEXTES ESPAGNOLS
Traducción de textos en español

Rubén Darío A ROOSEVELT Artgitato Traduction Française et Texte Espagnol

** TRADUCTION  DU GREC μετάφραση των ελληνικών κειμένων

**

TRADUCTION DE TEXTE EN HEBREU- עברית

**

TRADUCTION DE TEXTES HONGROIS Magyar szövegek fordítása

Ady Endre Poésie Poèmes d'Ady Endre Versek Artgitato

**

TRADUCTION D’OEUVRES ISLANDAISES  íslenska Þýðingar verka

**

TRADUCTION DE TEXTES ITALIENS Traduzione di testi in italiano  Italiano

Rinaldo Aquino Artgitato J Robert-fleury Baudouin s'empare de la ville d'Édesse 1098**

TRADUCTION  DE TEXTES JAPONAIS 日本語のテキスト翻訳 日本人 Basho par Buson Traduction Française Haiku période Edo Artgitato

**

TRADUCTION LATIN Latine

Plautus Plaute Artgitato Mostellaria Le Revenant

****

TRADUCTION LETTON Latvijā Latvijas tekstu tulkošana **

TRADUCTION MALTAIS Malti Traduzzjoni Maltija ta ‘xogħlijiet

blason-de-malte

** TRADUCTION NORVEGIEN Norsk Fransk oversettelse av norsk tekst theatre-ibsen-de-vienne-lithographie-de-frank-wedekind-1898 **

TRADUCTION DE TEXTES POLONAIS Polskie Francuskie tłumaczenie tekstów polskich

**

PORTUGAIS & BRESILIEN Português e brasileiro Tradução francesa de textos em português

Luis de Camoes Oeuvres obras Artgitato

**

TRADUCTION DE TEXTES ROUMAINS  Român traducere franceză textelor în limba română La Poésie de Mihai Eminescu - Poezia lui Mihai Eminescu Artgitato

**

TRADUCTION DE TEXTES RUSSES Французский перевод текстов на русском языке

 Fiodor Tiouttchev Poèmes Poésie Artgitato Les poèmes de Fiodor Tiouttchev

**

TRADUCTION SERBE Француски превод од арапских текстова

Monumento a Petar II Petrovic Niegoš Petar II Petrovic Njegos artgitato 1

**

TRADUCTION TEXTES SUEDOIS Franska översättningen av den svenska texten

Poesi Poésie de Carl Jonas Love Almqvist Dikter Artgitato1835 Carl Peter Mazer 2   **

TCHEQUIE – SLOVAQUIE TRADUCTION DE TEXTES TCHEQUES Francouzský překlad českých textů

  Jan_Neruda Poezi Jan Neruda Les Poésies de Jan Neruda Vampire Vampýr **

TRADUCTION TURC Türkçe metinlerin Fransızca çevirisi

Tevfik Fikret Poesie Artgitato Traduction Poèmes

************************** Traduction Jacky Lavauzelle ARTGITATO **************************

MAMAN LOUISE BOURGEOIS – MUSEE GUGGENHEIM – BILBAO – 1999

MAMAN LOUISE BOURGEOIS
Euskal Herria
Pays Basque
EUSKADI

BILBAO
毕尔巴鄂
ビルバオ
билбао
——

Visite de BILBAO
Visita a Bilbao
Визит в Бильбао
参观毕尔巴鄂
ビルバオをご覧ください

Photos Jacky Lavauzelle
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 MAMAN LOUISE BOURGEOIS
1999

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Louise Bourgeois
Paris 1911 – New-York 2010

 

MAMAN LOUISE BOURGEOIS
1999
Bronze, Acier inoxydable, Marbre

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Maman Louise Bourgeois

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Maman Louise Bourgeois

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Maman Louise Bourgeois

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Maman Louise Bourgeois

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Poème de Victor Hugo

J’aime l’araignée et j’aime l’ortie,
Parce qu’on les hait ;
Et que rien n’exauce et que tout châtie
Leur morne souhait ;

Parce qu’elles sont maudites, chétives,
Noirs êtres rampants ;
Parce qu’elles sont les tristes captives
De leur guet-apens ;

Parce qu’elles sont prises dans leur œuvre ;
Ô sort ! fatals nœuds !
Parce que l’ortie est une couleuvre,
L’araignée un gueux ;

Parce qu’elles ont l’ombre des abîmes,
Parce qu’on les fuit,
Parce qu’elles sont toutes deux victimes
De la sombre nuit.

Passants, faites grâce à la plante obscure,
Au pauvre animal.
Plaignez la laideur, plaignez la piqûre,
Oh ! plaignez le mal !

Il n’est rien qui n’ait sa mélancolie ;
Tout veut un baiser.
Dans leur fauve horreur, pour peu qu’on oublie
De les écraser,

Pour peu qu’on leur jette un œil moins superbe,
Tout bas, loin du jour,
La vilaine bête et la mauvaise herbe
Murmurent : Amour !

Victor Hugo
Les Contemplations
1830-1855
Nelson, 1911
pp. 192-193

Juillet 1842

ARGITATO SOUTIENT MARINE 2017 : NOUS SOMMES LA FRANCE !

Marine 2017 Nous Sommes la France Artgitato Egalité hommes femmes souveraineté laïcitéLE PROGRAMME POLITIQUE D’ARTGITATO
Institutions, économie, culture, agriculture, santé, etc. 

*

NOUS SOMMES LA FRANCE 


ARTGITATO
SOUTIENT
MARINE 2017

POUR LA SOUVERAINETE DE LA FRANCE
POUR L’EGALITE HOMME FEMME
CONTRE LE COMMUNAUTARISME

ARTGITATO soutient Marine 2017 pour la proximité avec ses valeurs et ses idées.




PROGRAMME
POLITIQUE
ARTGITATO

Election Présidentielle – Revenir sur un septennat non renouvelable
Suppression du Sénat
Chambres des Députés : Diviser le nombre de représentants par deux
& égalité stricte entre Hommes – Femmes dans tous les partis représentés avec remplacement par tirage au sort de titulaire par leur suppléant.
L’Exemplarité en politique Interdiction à tous les politiques condamnés de se représenter à des élections
Création d’un grand ministère de la Prévention (Recherches médicales et prévention des maladies Prévention Routière, développement des méthodes prophylactiques, prévention sociétale : lutte contre les élitismes et les corporatismes, etc. )
Composition du gouvernement : 16 Ministres sans secrétaire d’Etat avec égalité Homme-Femme stricte – (16 ministères dont 2 nouveaux : le ministère de la Prévention et le ministère du Patrimoine et de la Culture)

Obligation d’un service militaire ou du service civique d’un an au choix
Usage du Référendum pour toutes les grands dossiers ou pour sortir de blocages des minorités
Primauté aux Ordonnances dans les 6 premiers mois qui suivent l’élection présidentielle.
Pour plus d’équité et moins d’élitisme : Modification des règles d’entrée pour les accès aux grands corps de l’Etat (Ex ENA primauté des candidats du troisième concours qui s’adresse aux actifs du secteur privé).  Suppression des corps techniques de hauts fonctionnaires (Chantier mené par le ministère de la Prévention)
Vote obligatoire – Reconnaissance du vote informatique
Substitution du Droit du sol par le Droit du sang (comme l’Italie, la Suisse, l’Autriche, etc.)
Fin de la double nationalité
Rétablissement de la double peine pour les étrangers en situation régulière pour toute condamnation à de la prison ferme





Sécurité
Fin des opérations militaires sur les zones de combats du monde entier (sauf opérations sous l’égide de l’ONU) et redéploiement de nos forces sur nos frontières et sur les zones stratégiques.
Fin des zones de non droit avec réinstallation de postes de police, voire de quartiers militaires. Logements gratuits pour les forces de l’ordre dans les zones difficiles.
Un  grand responsable de toutes polices au ministère de l’intérieur (DRCPN, DCSP, IGPN, DCPAF, DCPJ, RAID, UCLAT, Préfecture de Police de Paris, etc.)
Tâches administratives de la police et de la gendarmerie réalisées en partie par les étudiants en droit (1 an entre le master 1 et le master 2) afin de dégager du temps aux forces de l’ordre sur le terrain
Présomption d’innocence pour les policiers. Légitime défense reconnue pour les policiers en cas de menaces directes.
Interdiction absolue de tous les signes ostentatoires religieux (hors lieux de culte)

Economie
Sortie de Schengen – Objectif : Retrouver sa souveraineté.
Référendum sur la sortie de l’euro
Rétablissement des frontières – Retour immédiat des illégaux hors des frontières nationales.
Fin du regroupement familial avec des exceptions sur certaines professions définies par l’Assemblée nationale
Immigration choisie avec des quotas négociés annuellement par l’Assemblée nationale.
Interdiction d’achat de terres agricoles aux non-nationaux
Impôts supplémentaires sur les achats de biens immobiliers par des non-nationaux
Interdiction d’achats  immobiliers pour les ressortissants de pays ne permettant pas la réciprocité.

Droit au logement : création de studios neutres en carbone pour tous les SDF nationaux. Contrepartie de 30 heures par mois de travail – travail apprécié par les préfets de région en fonction des aptitudes de chacun.

Droit du travail : Renforcement des pouvoirs et du nombre d’agents de la DIRECCTE pour lutter contre le travail au noir et les travailleurs sans papiers avec des contrôles terrains multipliés
Possibilité de prendre une disponibilité pour convenance personnelle tous les dix ans à partir de trente ans rémunérée au SMIC par l’Etat avec obligation pour l’entreprise d’embaucher un chômeur.
Âge de la retraite à 60 ans augmenté des années de disponibilités prises.
Retraite : Harmonisation des régimes privés & publics ; fin des régimes spéciaux
Obligation aux magasins ouverts au public d’ouvrir le dimanche en embauchant sur ces périodes des chômeurs ainsi que des cadres chômeurs.

 Création d’une entité de police du Net pour lutter contre les réseaux et le banditisme.



Economie – Transports : établir un pass Autoroute valable sur toutes les autoroutes (hebdo/mensuel/annuel) avec un tarif faible sur les pass annuels (système mis en place en Tchéquie) afin de favoriser la fluidité.



Sécurité Routière : Test sur un an : Suppression des limitations de vitesse sur la majorité des portions d’autoroute &  Passage d’une limitation de 90 à 70 km/h et en ville de 50 à 30 km/h.  Obligation d’allumer les feux pour  tous les véhicules en journée.  Disparition des panneaux précisant l’installation des radars.  Mettre en place des radars calculant la vitesse moyenne. Obligation pour tous les nouveaux véhicules vendus sur le territoire d’être dotés de capteurs de distance et de système anticollision.
Suppression de l’heure d’hiver

Objectif : descendre en dessous des 2.000 morts par an et des 40.000 blessés.
Compétences et analyses par le Ministère des Préventions.

 Développement des pistes cyclables inter-cités

Médecine
Assouplir le numerus clausus avec obligation pour les nouveaux admis de choisir certaines régions déficitaires en médecins.
Une année supplémentaire après la quatrième année de médecine pour renforcer les services hospitaliers dans les tâches administratives.
Mettre des forces de l’ordre devant tous les services d’urgence 24h/24
Faire des maladies d’Alzheimer, Parkinson une priorité nationale.
Transformation d’1/4 des montants versés aux pays africains et les affecter à la lutte contre les maladies endémiques en Afrique (Paludisme, choléra, la lèpre, la tuberculose, etc.) et fournir gratuitement des vaccins.
Visites médicales obligatoires et gratuites de deux jours de 30 à 40 ans et ensuite tous les 5 ans avec contrôle complet : test à l’effort – cardio – dents – dépistage cancers, etc.

Economie – Grands Travaux – Grande Relance d’une politique du patrimoine avec un ministère dédié – Reconstruction d’édifices prestigieux détruits
Etablir une limite de 10 ans pour tous les grands travaux (aéroports, LGV, etc.) entre la décision initiale et la mise en service.
Multiplier l’apprentissage par 3
Passer de 35h à 37h hebdomadaire avec 2 heures de formations-doublure par semaine à dispenser par semaine par mois ou par an. Avec remise d’un Ticket Formation pour le salarié n’ayant pas suivi la totalité de ses formations ; Ticket qu’il pourrait utiliser à sa guise pour une formation à sa convenance avec du temps libéré par l’entreprise.

Fiscalité
Fiscalité plus forte sur les retraites supérieures à 3000€ par individu.
Plafond des retraites fixé à 5000€
Taxation pour les retraités vivant à l’étranger plus de 6 mois par an.
Impôt sur les sociétés : pour un taux à 25%

Enseignement
Obligation d’un minimum de 20 heures de cours aux professeurs des Collèges et de Lycées.
Sélection à l’entrée de l’université en fonction des besoins du pays
Tâches administratives de la police et de la gendarmerie réalisées en partie par les étudiants en droit (1 an supplémentaire entre le master 1 et le master 2) afin de dégager du temps aux forces de l’ordre sur le terrain.
Une année supplémentaire après la quatrième année de médecine pour renforcer les services hospitaliers dans les tâches administratives.
Favoriser la mobilité inter-régionale pour les plus de 16 ans.
Développement de la musique classique en primaire et dans le secondaire (cours quotidiens – 30 minutes /jour)

Culture
Fin de l’intermittence
Priorité des fonds de l’état pour la remise en état du patrimoine
Ajouter 1 milliards sur le budget du patrimoine (pris sur le budget Fonctions de soutien et sur Audiovisuelle Public (compensé par la publicité)
Création d’une chaîne scientifique, d’une chaîne internationale (apprentissage des langues), une chaîne universitaire , une chaîne artistique et une chaîne ciné-club gratuite.
Répartition équitable et thématique des œuvres des musées parisiens non présentées au public à de nouveaux musées dans les villes de moins de 100.000 habitants.

Agriculture – Prison Forêt – Patrimoine
Développement de l’agriculture raisonnée et biologique – 100% des repas des écoles en Bio et en circuit court.
Aides aux agriculteurs Bio et à ceux qui choisissent ce modèle
 Utilisation de détenus en fin de peine pour des travaux forestiers (déboisements, aménagements, etc.), pour lutter contre les effets des catastrophes naturelles ou pour toutes les remises en état de notre patrimoine.
Développement de zones vertes et de protection des espèces menacées.
Faire de la lutte contre le frelon asiatique une priorité nationale et plan national pour le développement de l’apiculture

Sport :  Financement des activités sportives par le biais de la Française des Jeux avec reversement d’un pourcentage des gains (cf. système anglais).
Création des Jeux Olympiques Séniors ouvert au plus de 70 ans.

 

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« Il viendra, ce jour… Quand ? nul ne le sait, peut-être.
Attends ! l’attente est forte, elle élève ou soumet ;
Le temps qui déracine est celui qui fait naître :
Par lui l’arbre abattu voit encore apparaître
Des rameaux qui plus tard redeviennent sommet. »

Léopold Laluyé
1829-1899

*

« Que je te choisis, France, et que, dans ton martyre,
Je te proclame, toi que ronge le vautour,
Ma patrie et ma gloire et mon unique amour ! »

A LA FRANCE
Poème de Victor Hugo

Personne pour toi. Tous sont d’accord. Celui-ci,
Nommé Gladstone, dit à tes bourreaux : merci !
Cet autre, nommé Grant, te conspue, et cet autre,
Nommé Bancroft, t’outrage ; ici c’est un apôtre,
Là c’est un soldat, là c’est un juge, un tribun,
Un prêtre, l’un du Nord, l’autre du Sud ; pas un
Que ton sang, à grands flots versé, ne satisfasse ;
Pas un qui sur ta croix ne te crache à la face.
Hélas ! qu’as-tu donc fait aux nations ? Tu vins
Vers celles qui pleuraient, avec ces mots divins :
Joie et Paix ! — Tu criais : — Espérance ! Allégresse !
Sois puissante, Amérique, et toi sois libre, ô Grèce !
L’Italie était grande ; elle doit l’être encor.
Je le veux ! — Tu donnas à celle-ci ton or,
A celle-là ton sang, à toutes la lumière.
Tu défendis le droit des hommes, coutumière
De tous les dévouements et de tous les devoirs.
Comme le bœuf revient repu des abreuvoirs,

Les hommes sont rentrés pas à pas à l’étable,
Rassasiés de toi, grande sœur redoutable,
De toi qui protégeas, de toi qui combattis.
Ah ! se montrer ingrats, c’est se prouver petits.
N’importe ! pas un d’eux ne te connaît. Leur foule
T’a huée, à cette heure où ta grandeur s’écroule,
Riant de chaque coup de marteau qui tombait
Sur toi, nue et sanglante et clouée au gibet.
Leur pitié plaint tes fils que la fortune amère
Condamne à la rougeur de t’avouer pour mère.
Tu ne peux pas mourir, c’est le regret qu’on a.
Tu penches dans la nuit ton front qui rayonna ;
L’aigle de l’ombre est là qui te mange le foie ;
C’est à qui reniera la vaincue ; et la joie
Des rois pillant, pareils aux bandits des Adrets,
Charme l’Europe et plaît au monde… – Ah ! je voudrais,
Je voudrais n’être pas Français pour pouvoir dire
Que je te choisis, France, et que, dans ton martyre,
Je te proclame, toi que ronge le vautour,
Ma patrie et ma gloire et mon unique amour !

Victor Hugo
L’Année terrible
Michel Lévy, frères, 1872
pp. 92-93

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« Après tes nuits de siège et de guerre civile,
Après l’embrasement de ta plus grande ville,
Tu restes belle encore, imposante et debout. »

À la France
Poème de Léopold Laluyé

Ô France ! après dix mois d’une lutte stérile,
— Jours de fatale erreur que ton martyre absout, —
Après tes nuits de siège et de guerre civile,
Après l’embrasement de ta plus grande ville,
Tu restes belle encore, imposante et debout.

Ceux qui parlaient déjà de ta chute future
Et qui de ta grandeur avaient perdu la foi,
En te voyant si tôt reprendre ton allure
Et secouer au vent ta forte chevelure,
Ceux-là sont aujourd’hui bien plus pâles que toi.

Car ta large blessure ils la croyaient mortelle,
Ces haineux ennemis qui raillaient ta vigueur ;
Ils la verront bientôt cicatrisée, et telle
Que la croix du soldat, glorieuse étincelle,
Resplendir au point juste où palpite ton cœur.

Le temps relèvera tes sanglantes ruines,
La sève de tes bois n’est point tarie encor,
Tes lauriers abattus ont laissé des racines,
Patrie ! et ton soleil a des chaleurs divines
Qui sur ton sol aimé dardent leurs rayons d’or.

Mais après tant de jours de doute et de martyre,
Pour être encor la France et garder le front haut,
— Mère, pardonne-moi ce que j’ose te dire,
À toi qui sus toujours plus aimer que maudire… —
Oui, pour être la France ainsi qu’il nous la faut,

D’abord, résigne-toi, calme ta douleur vaine,
Laisse au repos ce fer que l’implacable sort
À tordu dans tes mains, contrains aussi ta haine,
Comme un lion blessé qui rugit sous sa chaîne
Et qui, pour un moment, s’accroupit et s’endort.

Tu sauras, n’est-ce pas ? bannir de ta mémoire
Ces vieux chants guerroyeurs qui nous grisaient souvent.
La France, ayant subi son heure expiatoire,
Ne doit plus demander les secrets de sa gloire
Qu’aux leçons du passé, ce vieux maître savant.

Et tu répudîras ces splendeurs éphémères,
Flamme où des vanités bourdonnent les essaims,
Et d’un geste puissant tu montreras aux mères
Le livre du devoir et des vertus austères,
Afin que leurs enfants soient robustes et sains.

Tu renîras aussi la horde tyrannique
De ces fous ténébreux qui, toujours maudissant,
Dans leur ambition perdent la République,
S’accrochent aux longs plis de ta blanche tunique,
Et s’en font un drapeau qu’ils teignent de ton sang.

Ils ne sont pas tes fils, ceux-là, ! Tes enfants, mère,
Vénèrent ta douleur et respectent ton deuil.
Quelques-uns des combats portent la trace altière,
Bien d’autres ne sont plus !… Ils dorment sous la terre,
Embaumés dans leur gloire, au fond d’un froid cercueil.

Ne les plains pas : la mort, qui dompta leur courage,
Leur a fermé les yeux à tes affronts derniers…
Plains les vivants plutôt, plains ceux pour qui l’orage
N’a ni soleil ni trêve, et qui font le voyage
De la vie à travers les plus sombres sentiers.

À ces déshérités que le besoin flagelle,
Que la misère enlace au fond d’un bouge affreux,
Donne pour oasis un abri sous ton aile,
Tends à ces affamés ta robuste mamelle,
Qu’ils goûtent les saveurs de ton lait généreux.

Inonde-les aussi d’air pur et de lumière,
Dilate ces cerveaux par l’ignorance étreints,
Montre-leur Dieu qui veille au fond de la prière,
Fais-leur aimer la femme et respecter la mère,
Rends moins sombres leurs nuits et leurs jours plus sereins.

Et tu pourras alors, calme, mais attentive
Aux flots envahisseurs de ce Rhin allemand,
Laisser dans ton cœur fier, où Dieu veut qu’elle vive,
Ta haine fermenter comme une eau corrosive
jusqu’au jour désiré du dernier dénoûment.

Il viendra, ce jour… Quand ? nul ne le sait, peut-être.
Attends ! l’attente est forte, elle élève ou soumet ;
Le temps qui déracine est celui qui fait naître :
Par lui l’arbre abattu voit encore apparaître
Des rameaux qui plus tard redeviennent sommet.

Et tu seras toujours la grande souveraine
Et ton épée encor servira des ingrats ;
Et tu pourras enfin des trésors de ta haine
Acquitter le rachat d’Alsace et de Lorraine,
Ces robustes enfants arrachés de tes bras.

Oui, tu vivras toujours ! Oui, malgré ta souffrance,
Tes désastres, malgré la haine et ses complots ;
Tu vivras grande encore ; et tu seras, ô France !
Même dans la tempête, où sombre l’espérance,
Comme le Fils de Dieu qui marchait sur les flots.

Donc à l’œuvre ! En avant ! Reprends ta foi native,
Ressaisis les outils du travail en éveil,
Fais naître ces lueurs que ta pensée avive,
Patrie ! et souviens-toi que l’Europe, inactive
De ton repos, attend l’heure de ton réveil.

Août 1871

Léopold Laluyé
À la France
Alphonse Lemerre, éditeur, 1871
pp. 5-13

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MARINE 2017
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HYMNE A LA FRANCE
André Chénier
France, ô belle contrée, ô terre généreuse,
Que les dieux complaisons formaient pour être heureuse,
Tu ne sens point du nord les glaçantes horreurs ;
Le midi de ses feux t’épargne les fureurs.
Tes arbres innocens n’ont point d’ombres mortelles ;
Ni des poisons épars dans tes herbes nouvelles
Ne trompent une main crédule ; ni tes bois

Des tigres frémissans ne redoutent la voix ;
Ni les vastes serpens ne traînent ; sur tes plaines,
En longs cercles hideux, leurs écailles sonnantes.

Les chênes, les sapins et les ormes épais
En utiles rameaux ombragent tes sommets ;
Et de Baune et d’AÏ, les rives fortunées,
Et la riche Aquitaine et les hauts Pyrénées,
Sous leurs bruyans pressoirs font couler en ruisseaux
Des vins délicieux mûris sur leurs, coteaux.
La Provence odorante et de zéphire aimée
Respire sur les mers une haleine embaumée,
Au bord des flots couvrant, délicieux trésor,
L’orange et le citron de leur tunique d’or ;
Et plus loin au penchant des collines pierreuses
Forme la grasse olive aux liqueurs savonneuses,
Et ces rézeaux légers, diaphanes habits,
Où. la fraîche grenade enferme ses rubis.
Sur tes rochers touffus la chèvre se hérisse,
Tes prés enflent de lait la féconde génisse ;
Et tu vois tes brebis, sur le jeune gazon,
Épaissir le tissu de leur blanche toison.
Dans les fertiles champs voisins de la Touraine,
Dans ceux où l’Océan boit l’urne de la Seine,
S’élèvent pour le frein des coursiers belliqueux.
Ajoutez cet amas de fleuves tortueux
L’indomptable Garonne aux vagues insensées,
Le Rhône impétueux, fils des Alpes glacées ;
La Seine au flot royal, la Loire dans son sein,
Incertaine, et la Saône et mille autres enfin

 

Qui nourrissent partout, sur tes nobles rivages,
Fleurs, moissons et vergers et bois et pâturages ;
Rampent au pied des murs d’opulentes cités
Sous les arches de pierre à grand bruit emportés.

Dirai-je ces travaux, source de l’abondance,
Ces ports où des deux mers l’active bienfaisance.
Amène les tributs du rivage lointain,
Que visite Phœbus le soir où le matin ?
Dirai-je ces canaux, ces montagnes percées,
De bassins en bassine ces ondes amassées,
Pour joindre au pied des monts l’une et l’autre Thétis ?
Et ces vastes, chemins en tous lieux, départis,
Où l’étranger, à l’aise achevant son voyage,
Pense aux noms des Trudaine et bénit leur ouvrage,

Ton peuple industrieux est né peur les combats.
Le glaive, le mousquet n’accablent point ses liras.
Il s’élance aux assauts, et son fer intrépide
Chassa l’impie Anglais, usurpateur avide.
Le ciel les fit humains, hospitaliers et bons ;
Amis des doux plaisirs, des festins, des chansons ;
Mais faibles opprimés, la tristesse inquiète
Glace ces chants joyeux sur leur bouche muette ;
Pour les jeux, pour la danse appesantit leurs pas,
Renverse devant eux les tables des repas,
Flétrit de longs soucis, empreinte douloureuse,
Et leur front et leur ame. Ô France trop heureuse,
Si tu voyais tes biens, si tu profitais mieux
Des dons que tu reçus de la bonté des cieux !

 

Vois le superbe Anglais, l’Anglais dont le courage
Ne s’est soumis qu’aux lois d’un sénat libre et sage,
Qui t’épie, et, dans l’Inde éclipsant ta splendeur,
Sur tes fautes sans nombre élève sa grandeur.
Il triomphe, il t’insulte. Ô combien tes collines
Tressailleraient de voir réparer tes ruines,
Et pour la liberté donneraient sans regrets
Et leur vin et leur huile et leurs belles forêts !
J’ai vu dans tes hameaux la plaintive misère,
La mendicité blême et la douleur amère.
Je t’ai vu dans tes biens, indigent laboureur,
D’un fisc avare et dur maudissant la rigueur,
Versant aux pieds des grands des larmes inutiles,
Tout trempé de sueurs pour toi-même infertiles,
Découragé de vivre, et plein d’un juste effroi
De mettre au jour des fils malheureux comme toi ;
Tu vois sous les soldats les villes gémissantes ;
Corvée, impôts rongeurs, tributs, taxes pesantes,
Le sel, fils de la terre, ou même l’eau des mers,
Source d’oppressions et de fléaux divers :
Vingt brigands revêtus du nom sacré de prince,
S’unir à déchirer une triste province,
Et courir, à l’envi, de son sang altérés,
Se partager entre eux ses membres déchirés.
Ô sainte égalité ! dissipe nos ténèbres,
Renverse les verroux, les bastilles funèbres.
Le riche indifférent, dans un char promené,
De ces gouffres secrets partout environné,
Rit avec les bourreaux, s’il n’est bourreau lui-même ;
Près de ces noirs réduits de la misère extrême,

 

D’une maîtresse impure achète les transports,
Chante sur des tombeaux, et boit parmi des morts.

Malesherbes, Turgot, ô vous en qui la France
Vit luire, hélas ! en vain, sa dernière espérance,
Ministres dont le cœur a connu la pitié,
Ministres dont le nom ne s’est point oublié
Ah ! si de telles mains, justement souveraines,
Toujours de cet empire avaient tenu les rênes !
L’équité clairvoyante aurait régné sur nous,
Le faible aurait osé respirer près de vous.
L’oppresseur, évitant d’armer d’injustes plaintes,
Sinon quelque pudeur aurait eu quelques craintes.
Le délateur impie, opprimé par la faim,
Serait mort dans l’opprobre ; et tant d’hommes enfin,
À l’insu de nos lois, à l’insu du vulgaire,
Foudroyés sous les coups d’un pouvoir arbitraire,
De cris non entendus, de funèbres, sanglots,
Ne feraient point gémir les voûtes des cachots.

Non, je ne veux plus vivre en ce séjour servile
J’irai, j’irai bien loin me chercher un asile,
Un asile à ma vie en son paisible cours,
Une tombe à ma cendre à la fin de mes jours,
Où d’un grand, au cœur dur, l’opulence homicide
Du sang d’un peuple entier ne sera point avide,
Et ne me dira point, avec un rire afl’reux,
Qu’ils se plaignent sans cesse et qu’ils sont trop heureux.
Où, loin des ravisseurs, la main cultivatrice
Recueillera les dons d’une terre propice ;

 

Où mon cœur, respirant sous un ciel étranger,
Ne verra plus des maux qu’il ne peut soulager ;
Où mes yeux éloignés des publiques misères
Ne verront plus partout les larmes de mes frères,
Et la pâle indigence à la mourante voix,
Et les crimes puissans qui font trembler les lois.
Toi donc, Équité sainte, ô toi, vierge adorée,
De nos tristes climats pour long-temps ignorée,
Daigne, du haut des cieux, goûter le libre encens
D’une lyre au cœur chaste, aux transports innocens,
Qui ne saura jamais, par des vœux mercenaires,
Flatter, à prix d’argent, des faveurs arbitraires ;
Mais qui rendra toujours, par amour et par choix,
Un noble et pur hommage aux appuis de tes lois.
De vœux pour les humains tous ses chants retentissent :
La vérité l’enflamme ; et ses cordes frémissent,
Quand l’air qui l’environne auprès d’elle a porté
Le doux nom des vertus et de la Liberté

André Chénier
Poésies diverses
Œuvres complètes de André de Chénier
Texte établi par Henri de Latouche, 1819
pp. 237-242

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MARINE 2017

Marine 2017 Nous Sommes la France Artgitato Egalité hommes femmes souveraineté laïcité

CHAROLLES

VILLAGE DE FRANCE
BOURGOGNE
CHAROLLES


Charolles Bourgogne Artgitato




 


CHAROLLES

-Photos Jacky Lavauzelle-

Charolles Bourgogne Artgitato (2)

LA VACHE
de Jules Renard

Las de chercher, on a fini par ne pas lui donner de nom. Elle s’appelle simplement « la vache » et c’est le nom qui lui va le mieux.

D’ailleurs, qu’importe, pourvu qu’elle mange ! et l’herbe fraîche, le foin sec, les légumes, le grain et même le pain et le sel, elle a tout à discrétion, et elle mange de tout, tout le temps, deux fois, puisqu’elle rumine.

Dès qu’elle m’a vu, elle accourt d’un petit pas léger, en sabots fendus, la peau bien tirée sur ses pattes comme un bas blanc, elle arrive certaine que j’apporte quelque chose qui se mange, et l’admirant chaque fois, je ne peux que lui dire : Tiens, mange !

Mais de ce qu’elle absorbe elle fait du lait et non de la graisse. À heure fixe, elle offre son pis plein et carré. Elle ne retient pas le lait, — il y a des vaches qui le retiennent, — généreusement, par ses quatre trayons élastiques, à peine pressés, elle vide sa fontaine. Elle ne remue ni le pied, ni la queue, mais de sa langue énorme et souple, elle s’amuse à lécher le dos de la servante.

Quoiqu’elle vive seule, l’appétit l’empêche de s’ennuyer. Il est rare qu’elle beugle de regret au souvenir vague de son dernier veau. Mais elle aime les visites, accueillante avec ses cornes relevées sur le front, et ses lèvres affriandées d’où pendent un fil d’eau et un brin d’herbe.

Les hommes, qui ne craignent rien, flattent son ventre débordant ; les femmes, étonnées qu’une si grosse bête soit si douce, ne se défient plus que de ses caresses et font des rêves de bonheur.

Jules Renard
Le Vigneron dans sa vigne
Mercure de France, 1914
pp. 222-223

Charolles Bourgogne Artgitato (3) Charolles Bourgogne Artgitato (5) Charolles Bourgogne Artgitato (6) Charolles Bourgogne Artgitato (7) Charolles Bourgogne Artgitato (8) Charolles Bourgogne Artgitato (9)

1868

Charolles Bourgogne Artgitato (10)

L’Orgue
Église du Sacré-Cœur de Charolles

Charolles Bourgogne Artgitato (11) Charolles Bourgogne Artgitato (12) Charolles Bourgogne Artgitato (13) Charolles Bourgogne Artgitato (15) Charolles Bourgogne Artgitato (17)

 

LA VACHE
Poème de Victor Hugo

Devant la blanche ferme où parfois vers midi
Un vieillard vient s’asseoir sur le seuil attiédi,
Où cent poules gaîment mêlent leurs crêtes rouges,
Où, gardiens du sommeil, les dogues dans leurs bouges
Ecoutent les chansons du gardien du réveil,
Du beau coq vernissé qui reluit au soleil,
Une vache était là, tout à l’heure arrêtée.
Superbe, énorme, rousse et de blanc tachetée,
Douce comme une biche avec ses jeunes faons,
Elle avait sous le ventre un beau groupe d’enfants,
D’enfants aux dents de marbre, aux cheveux en broussailles
Frais, et plus charbonnés que de vieilles murailles,
Qui, bruyants, tous ensemble, à grands cris appelant
D’autres qui, tout petits, se hâtaient en tremblant,
Dérobant sans pitié quelque laitière absente,
Sous leur bouche joyeuse et peut-être blessante
Et sous leurs doigts pressant le lait pas mille trous,
Tiraient le pis fécond de la mère au poil roux.
Elle, bonne et puissante et de son trésor pleine,
Sous leurs mains par moments faisant frémir à peine
Son beau flanc plus ombré qu’un flanc de léopard,
Distraite, regardait vaguement quelque part.

Ainsi, Nature ! abri de toute créature !
O mère universelle ! indulgente Nature !
Ainsi, tous à la fois, mystiques et charnels,
Cherchant l’ombre et le lait sous tes flancs éternels,
Nous sommes là, savants, poëtes, pêle-mêle,
Pendus de toutes parts à ta forte mamelle !
Et tandis qu’affamés, avec des cris vainqueurs,
A tes sources sans fin désaltérant nos cœurs,

Pour en faire plus tard notre sang et nos âme,
Nous aspirons à flots ta lumière et ta flamme,
Les feuillages, les monts, les prés verts, le ciel bleu,
Toi, sans te déranger, tu rêves à ton Dieu !

15 mai 1837
Victor Hugo
Les Voix intérieures – XV

 

**********

CHAROLLES DANS LA PREMIERE ENCYCLOPEDIE

« CHAROLLES, (Géog.) petite ville de France en Bourgogne, capitale du Charolois, sur la Réconce. Long. 21. 42. lat. 46. 25. »

L’Encyclopédie – Première Edition
Tome 3 – Page 214

Achille Millien : Vie & Œuvre




 


ACHILLE MILLIEN
1838-1927
(Beaumont-la-Ferrière)

-Photos Jacky Lavauzelle-

Achille Millien par Paul Adolphe Rajon Artgitato Oeuvres et Poèmes

Achille Millien
Gravure de Paul Adolphe Rajon

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1
CROQUIS DE JUILLET

2
À Camoëns

3
LABOUR

4
BRUIT DE CHAR
(Sonnet)

5
LE RIRE

6
LES TROIS FILLES

7
LA VIEILLE AVARE

8
L’INVALIDE

9
PAUVRES DIABLES

10
LA MORT DU CHAT

11
LE DERNIER SOUPIR DE L’ANNÉE

*

Annexe
Vie & Œuvre d’Achille Millien

********

1
CROQUIS DE JUILLET

Le soleil de juillet flétrit la marguerite
Et pèse lourdement au front du bouton d’or.
La brise au plus profond des bois muets s’abrite :
Le soleil luit toujours, le soleil luit encor !

Dans les prés à demi desséchés, rien ne bouge ;
Pas un bruit n’interrompt le sommeil des échos.
Les faucheurs sont couchés au bord du sainfoin rouge,
Marqué de traits de feu par les coquelicots.

Au cœur des charmes tors, penchés le long des orges,
Où nul épi tremblant ne frôle un autre épi,
Les oiseaux se sont tus, même les rouges-gorges ;
Et le grillon jaseur déjà s’est assoupi.

Les roseaux, dans le lit où bruissait la mare,
Quand le vent s’y baignait en passant autrefois,

Cachent trop aisément une eau dormante et rare
Où se blottit la raine immobile et sans voix.

La vie est ralentie et comme suspendue
Sous ce ciel d’azur clair, implacablement beau,
Qui verse aux champs, privés de l’ondée attendue,
Un calme où l’on pressent le calme du tombeau.

Ce silence m’effraie !… à ton vol, alouette !
Cigale, éveille-toi !… Mais d’un pli du terrain
Émerge tout à coup l’étrange silhouette
D’un être dont la voix écorche un gai refrain.

C’est un vieux mendiant, nu comme Diogène,
Qui s’abreuve à la source et qui loge au grand air,
Qui s’en va seul, toujours chantant, et que ne gêne
Ni l’ardeur de l’été ni le gel de l’hiver !

Le Parnasse contemporain
Recueil de vers nouveaux
1876

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2
À Camoëns
[Luis de Camões]

 

I




Tout peuple a ses grands jours que burine l’Histoire,
Soit qu’après la bataille il fête la victoire,
Soit qu’à ses fils d’élite il dresse un monument
Ou que, tenant domptés les éléments esclaves,
D’un travail, dont sa force a vaincu les entraves,
Il célèbre l’achèvement.

 

Sans doute, au lendemain des heures meurtrières,
Il est beau d’applaudir les trompettes guerrières,
D’acclamer sous les plis du drapeau glorieux
Ces fiers soldats au front noir encore de poudre,
Qui couraient au combat aussi prompts que la foudre
Dont ils ont l’éclair dans les yeux ;

Mais dans ces rangs pressés sous nos regards avides,
La mort, la mort jalouse a creusé bien des vides :
Tous étaient au péril, tous sont-ils à l’honneur ?
Nos clameurs d’allégresse à beaucoup sont amères
Et le chant de triomphe éveille aux cœurs des mères
Des cris d’immortelle douleur.

Ah ! combien est plus douce et plus pure, la gloire
De ces grands et féconds esprits dont la mémoire
Rappelle un pas de plus fait par l’humanité
Sur le chemin étroit, mais lumineux, qui mène,
Loin de l’iniquité, de la nuit, de la haine,
À l’éternelle vérité !


II 


Pavoisez la place publique !
Voici qu’un large piédestal
Porte le héros pacifique
Dont s’illustre le sol natal.
La foule empressée et sereine,
Qui voit sa tête souveraine
Resplendir d’immortalité,
D’abord le contemple en silence ;
Puis l’applaudissement s’élance,
De tous les seins, dans la cité.Ô Camoëns, je te salue !
Ce feu qui brûle les grands cœurs
Avait trempé ton âme élue
Pour les plus sublimes labeurs.
L’Histoire aux mains impartiales
Fait aujourd’hui dans ses annales
Briller un nimbe sur ton nom,
Génie ardent, soldat fidèle,
Qui bondis d’un puissant coup d’aile
De l’hôpital au Panthéon !

 

 L’hôpital !… Après tant d’orages,
Injustement persécuté,
Souffrir les périls, les naufrages,
L’exil et la captivité ;
Chanter d’une voix surhumaine,
À laquelle répond la haine,
Le triomphe du Portugal ;
Vouer à ce but ton génie
Et mourir dans l’ignominie
Sur une couche d’hôpital !..

Mais sois vengé ! car ce génie
Si haut à nos yeux s’est placé
Que personne ne le dénie
Et que nul ne l’a dépassé !
Entends ce peuple qui t’acclame,
Qui pour te fêter n’a qu’une âme,
Offrir à ton nom rayonnant
Cette louange expiatoire ;
Vois-le, glorieux de ta gloire,
S’honorer en te couronnant !

III
 Ta patrie, ô poète, est ici tout entière ;
Ses enfants les plus chers te chantent à la fois ;
Ceux qui font son espoir et ceux dont elle est fière,
Eux tous pour te louer n’ont qu’une même voix. Dans ce pays, toujours à la muse fidèle,
Tous ceux qu’anime encor son souffle inspirateur
Reconnaissent en toi leur maître et leur modèle
Et te font en ce jour un cortège d’honneur. Au-dessus de la ville où les foules s’empressent,
Vision vague au fond de l’azur transparent,
Tes émules, les grands Portugais, m’apparaissent
Honorés, eux aussi, dans l’honneur qu’on te rend.Quebedo, Menezès, les chanteurs d’épopée,
Les voici ! Ribeiro près de Cortéréal ;
Ceux qui dans Alcaçar brisèrent leur épée ;
Toi, Bernardès, avec le pipeau pastoral ;Vicente, Miranda, Ferreira qui d’Horace
S’assimila le charme et s’appropria l’art ;
Lobo, qui du printemps rendit si bien la grâce ;
Manoël enfin, seul, seul et triste à l’écart.

 

  Et, groupe souverain que la lumière inonde,
— Descendus aujourd’hui des lieux supérieurs,
J’aperçois ces esprits qui sont l’orgueil du monde,
Tes frères en génie aussi bien qu’en malheurs,

Le Tasse, avec des pleurs sous sa paupière ardente,
Puis Homère et Milton aveugles tous les deux.
Et le rude exilé que l’on appelle Dante,
Qui fixa sur l’enfer son regard hasardeux.

Chacun veut, Camoëns, assister à ta fête ;
Ta fête, c’est la leur ; ta gloire et tes combats
Sont connus d’eux ; chacun effeuille sur ta tête
Un brin de ce laurier qui renaît sous leurs pas.


IV

Puissance du génie ! aux deux pôles du monde
Plus vive que l’éclair, la lumière féconde
De son flambeau sacré que Dieu même alluma,
Court et vole ! Il n’est point d’obstacle qui l’arrête,
Et le pauvre soldat a porté sa conquête
Plus loin que celle de Gama.

Les âmes sont à lui. Que sur la terre entière
Les cités d’aujourd’hui ne soient plus que poussière,
Tes plaintes, tendre Inès, se rediront encor
Partout, en quelque lieu qu’un cœur d’amant frissonne.
Et bien loin par-delà le rivage où résonne
L’éternel cri d’Adamastor.

Camoëns, du milieu de la France, un poète.
De même qu’un vassal qui vient, courbant la tête
Devant son suzerain témoigner de sa foi,
T’admire, te salue et t’envoie en hommage,
Au pied du monument qui porte ton image,
Ces vers trop peu dignes de toi.


V
 Portugal, Portugal, fertile et noble terre,
Où fleurit le rameau du progrès salutaire,
Où la muse est chérie, où règnent les beaux-arts,
Marche vers l’avenir dont l’appel te convie,
Marche en avant toujours sans que ton pied dévie
En dépit de tous les hasards.

Ton bras n’est point lassé ni ta veine tarie,
Espère et souviens-toi !.. Louange à la patrie
Qui, pour guider ses pas vers des jours triomphants,
Pour aller aux destins que le siècle lui garde,
Peut, vantant son passé, faire sa sauvegarde
De la gloire de ses enfants !

Alphonse Lemerre, Éditeur
pp. 1-8
****************

3

LABOUR

Par le champ qui décrit sa courbe dans l’azur,
Les six bœufs deux par deux vont d’un pas lent et sûr,
Traînant le soc où l’homme aux cheveux gris s’appuie
Et qui fend le sol dur tant assoiffé de pluie.
Matin ensoleillé de juin qui resplendit.
Un jeune paysan, toucheur de bœufs, brandit
L’aiguillon d’un geste ample et comme hiératique
Et chante à pleine voix selon le mode antique :

« Ho ! les beaux bœufs nourris par moi
 Dans les étables de la ferme,
 Tio ! tio ! holéha holé !
 Bons au labour, bons au charroi,
 Tirez bien droit, marchez bien ferme,
 Tio ! tio ! hip ! »

Les bœufs blancs, œil mi-clos, mufle rose et baveux,
En un commun effort tendent leurs cous nerveux.
Jusques au bas du champ droite descend la raie.
Un bref instant de pause à l’ombre de la haie,
Puis les couples vaillants vont, patients et doux,
Pour un autre sillon repartir… Etles jougs
Grincent sous la courroie, et le soc luisant crie
En pénétrant au sein de la terre meurtrie.

« Ho ! mes valets, mes compagnons
 De tous les temps, calme ou tempête,
 Tio ! tio ! holéha holé !
 Gentils et forts, fiers et mignons,
 Hardi ! mes bœufs que rien n’arrête,
 Tio ! tio ! hip ! »

Et toujours les six bœufs vont d’un pas régulier,
D’un bout à l’autre bout, par le champ familier,
le sol s’échauffe tel qu’un fourneau qu’on allume ;
Par essaims s’attachant au poil mouillé qui fume,
Le taon vorace fait rougir un point sanglant
Sur la rose blancheur du poitrail ou du flanc…
Et toujours le soc clair, sans hâte, sans secousse,
Soulève en frémissant la glèbe brune et rousse.

« Courage, amis ; tirez, mes bœufs !
 Encore un tour ou deux peut-être,
 Tio ! tio ! holéha holé !
 Et vous irez aux prés herbeux
 Jusqu’à demain dormir et paître,
 Tio ! tio ! bip ! »

L’attelage gravit la côte, raffermi
Au rythme caressant de ce langage ami
Qui berce doucement sa fatigue trompée.
Et le vieux laboureur, qu’aussi la mélopée
Ranime pour guider le soc d’un effort sûr,
Un pied dans le sillon, l’autre sur le sol dur,
Dans sa marche inégale aux bras de la charrue
Se courbe, en arrosant de sa sueur, accrue
Parle soleil qui monte au plein ciel de l’été,
Son œuvre de puissance et de fécondité.

[Aux Champs et au Foyer]

**************

4

BRUIT DE CHAR

(Sonnet)

L’horizon, lac de pourpre où le soleil se plonge,
Blesse par trop d’éclat mes yeux endoloris ;
Voici que des hauteurs l’ombre descend, s’allonge
Sur la plaine où déjà s’appellent les perdrix.

 Et d’instant en instant le crépuscule ronge
Les dernières lueurs au flanc des coteaux gris :
Heure du vol muet de la chauve-souris ;
Heure où dans l’âme en paix éclot la fleur du songe.

 Solitude et silence alentour… Seulement,
Du plus profond des bois obscurs un roulement
De chariot m’arrive en rumeur incertaine…

Sais-je pourquoi, le cœur serré sous un poids lourd,
Avec anxiété j’écoute ce bruit sourd
Et saccadé d’un char sur la route lointaine ?

[Aux Champs et au Foyer]

****************

5

LE RIRE

Le rire clair et sain ne hante plus nos lèvres.
Le rire large et haut, joyeusement vibrant,
Ne sait plus, comme aux jours de l’aïeul calme et franc,
S’envoler de nos cœurs brûlés de folles fièvres.

Le rire où se mêlait liesse et réconfort,
Le rire cordial pour la lutte prochaine,
Qui, détendant l’esprit oublieux de la peine,
Le rendait plus égal, plus tranquille et plus fort,

Lumineux, éclatant, plus vif qu’une fusée,
Sonore, épanoui, plus gai qu’un chant d’oiseau,
Plus frais que le premier bouton de l’arbrisseau ;
C’était comme la fleur de l’âme reposée.

Notre sombre gaité sonne faux. Aujourd’hui
Que nous errons sans but, privés d’espoirs suprêmes,
Inquiets, défiants de tous et de nous-mêmes,
Le rire, sous un vent d’âpre amertume, a fui ;

Et d’un ennui nouveau traînant le poids immense,
Nos fronts portent le sceau d’une morosité
Où — Dieu garde nos fils de cette hérédité ! —
Plus d’un voit en tremblant des germes de démence.

[Aux Champs et au Foyer]

*********

6

LES TROIS FILLES

Trois filles — c’est à l’heure où la journée expire —
S’en vont le long des prés et la main dans la main.
L’une chante gaiment en suivant le chemin,
L’autre rêve et sourit, la troisième soupire.

L’une dit : « Qu’est-ce donc que l’amour, ô mes sœurs ?
— Je l’ignore, répond la seconde ; en un livre
J’ai lu que sans l’amour un cœur ne saurait vivre.
— L’amour, je le connais, reprend l’autre, et j’en meurs !

[Chez nous]

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7
LA VIEILLE AVARE

(Sonnet)

 

Donc la vieille avare est au lit de mort,
L’agonie au cœur l’étreint et la mord :
A-t-elle un regret ? A-t-elle un remord ?
Ah ! quitter ses biens, c’est ce qui la navre.

 Elle a dès longtemps rompu tout lien ;
Parents, amis, rien ! elle n’a plus rien,
Pas un serviteur et pas même un chien
Pour veiller ce soir près de son cadavre.

 Sur une escabelle une lampe luit,
Tremblante clarté que l’ombre poursuit ;
Au dehors s’élève un étrange bruit :

 L’oiseau de la Nuit hulule à la porte,
L’oiseau de la Mort appelle la morte,
L’oiseau de l’Enfer attend qu’on l’emporte

[Chez nous]

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8
L’INVALIDE

Je sais tel homme ayant renom de débauché
Qui se pique, s’offense et fait l’effarouché
Sitôt qu’à son oreille arrive un mot trop libre.
Tel autre qui perdra volontiers l’équilibre
A force de vider ses flacons de bon vin,
Se scandalise à voir l’ivresse du voisin.
Leur indignation n’est pas hypocrisie,
Calcul intéressé ni simple fantaisie ;
La vertu qu’ils n’ont plus s’émeut sincèrement.
Or chacun sur leur cas émet son sentiment,
Les uns pour les blâmer, les autres pour en rire.
« Moi, je les comprends bien, très bien, se met à dire
L’invalide ; je souffre encor de temps en temps
Du bras que j’ai perdu depuis plus de trente ans ! »

[Chez nous]

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9

PAUVRES DIABLES

 

Les pauvres diables vont trimant
Vers un but qui toujours recule.
A l’aube comme au crépuscule
Et sous le soleil inclément,
Honteuse engeance à triste mine,
Dans la guenille et la vermine,
Les pauvres diables vont trimant.
Les pauvres diables vont peinant ;
Le fardeau leur courbe l’échine.
Dans la mine, avec la machine,
Sur la mer, sur le continent,
Dur est le pain, rude est la tâche,
Rare l’aubaine… Sans relâche,
Les pauvres diables vont peinant.
Les pauvres diables vont mourant.
Pour les consoler à cette heure,
La foi, l’espoir, rien ne demeure :
En maudissant, en exécrant
Le destin si peu tutélaire,
Fous de vengeance et de colère,
Les pauvres diables vont mourant.

[Chez nous]

**********

10

LA MORT DU CHAT

Sonnet

 

Cadet, le jeune chat, fin museau rose à peindre,
Dans sa robe tigrée au long velours soyeux,
Si vif et si mignon, si doux, si gracieux,
A senti, soudain triste, un mal cruel l’étreindre.

Il a passé six jours malade, sans se plaindre.
Malgré l’âpre douleur écrite en ses grands yeux
Attendant résigné, calme, silencieux,
La minute où la vie en lui devait s’éteindre.

Il a jeté trois fois un sec miaulement,
Une clameur d’angoisse et de déchirement,
Comme un mystérieux appel dont l’accent navre

Et c’est tout. Il est mort. Ses membres haletants
Se sont raidis… Et moi, je suis resté longtemps
Grave et sombre devant ce tout petit cadavre.

[Chez nous]

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11

LE DERNIER SOUPIR DE L’ANNÉE

 

L’aiguille au cadran d’albâtre
Va bientôt marquer minuit.
Décembre s’évanouit,
L’année expire ; dans l’âtre
Danse une flamme bleuâtre,
Et je rêve à l’an qui fuit.

L’espoir riait sur ta mine ;
Quoi lut ton œuvre, an qui meurs ?
llôlas ! tes rayons charmeurs
N’ont pas chassé la bruine,
Et toujours git la ruine

Dans le vide de nos cœurs.

Minuit sonne, voici l’heure :
J’entends, près de m’assoupir,
S’élever, hurler, glapir,
La bise sur ma demeure…
Pauvre année, au vent qui pleure
Jette ton dernier soupir !

[Chez nous]

 

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ANNEXE
Vie & Œuvre d’Achille MILLIEN

M. Achille Millien a donné des vers, des nouvelles, des articles de critique, etc., à des périodiques nombreux : la Revue Française, la Revue de la Province, le Mercure de France, l’Europe Littéraire, la Revue Indépendante, la Revue de Paris, la Semaine des Familles, la Gazette des Etrangers, la Suisse, le Cor’ respondant, la Vie Littéraire, le Musée Universel, la Revue Britannique, l’Art Universel, etc. ; il a collaboré à différents recueils collectifs : la Gerbe, l’Almanach du Sonnet, le Parnasse Contemporain, etc. En 1896, M. Achille Millien a fondé la Revue du Nivernais.

M. Achille Millien est né à Beaumont-la-Ferriere le 4 septembre 1838. Peu de temps après sa naissance, ses parents s’installèrent dans la maison qu’il occupe aujourd’hui et qu’il n’a guère quittée que tout jeune pour faire ses études au collège de Nevers.

Tout enfant, et dès l’âge de huit ans, — quoique très ardent au jeu, — il était déjà passionné de lecture. Il dut ses premières impressions littéraires au bon Florian, à la Jérusalem délivrée, au Roland furieux, et à toute cette bibliothèque de colportage qui allait de L’Enfant de la Forêt, de Ducray-Duminil, à Mathilde, de Mme Cottin. Et La Petite Fadette fut pour lui une révélation.

Après avoir subi l’épreuve du baccalauréat, M. Millien fut pendant quelque temps clerc de notaire dans l’unique étude de son village natal ; mais, cédant à sa vocation, il dit bientôt adieu au notariat. Vers cette même époque, il eut la douleur de perdre son père, et, dès lors, sa vive affection pour sa mère et les intérêts de son modeste patrimoine le retinrent plus que jamais au village.

En 1860, il publiait son premier recueil de vers .’ La Moisson’ qui, tout aussitôt, eut un succès éclatant. Hugo écrivait au jeune poète : « La senteur des prés et le souffle des bois sont dans vos charmantes géorgiques. » Le Morvan, au dire de la critique, avait trouvé « son Burns et son Brizeux ».

Encouragé par un tel accueil, M. Achille Millien fit paraître, en 1862, un second volume, Chants agrestes, qui confirma brillamment le succès du premier et dont Emile Deschamps disait : « Je recommande Chants agrestes comme une des plus heureuses et des plus hautes manifestations de la poésie actuelle. »

Le troisième volume de M. Millien, Poeme de la nuit (1863), couronné par l’Académie française, consacra définitivement la réputation de son auteur, qui, dès lors, se donna eutièrement aux lettres et s’occupa spécialement de recherches sur les légendes, les chansons, les mœurs et les coutumes de sa province. 

En 18S5, M. Millien perdit sa mère. « Du coup tout son être fut ébranlé. Sa veine poétique si riche, si féconde, parut épuisée… Pas d’autre travail possible que celui de ses explorations a travers le Nivernais… Sa santé s’altéra profondément… »

Cependant le ressort n’était pas brisé. Le poète finit par se remettre au travail, et, en peu d’années, publia, outre diverses brochures, plusieurs volumes d’une autre partie de son œuvre, traductions, prose et vers, de chants populaires ou de poètes étrangers. Il donnait aussi ses Etrennes nivernaises pour 1895 et pour 1896, et augmentait son bagage poétique d’un nouveau recueil : Chez nous (1896), voué à la glorification du terroir natal, des mœurs et des traditions ancestrales et que l’Académie couronna. Enfin, en 1900, parut Aux Champs et au Foyer, accueilli très favorablement, et qui faisait dire à M. Louis Tiercelin : « C’est une bonne fortune pour une province d’avoir pour défenseurs et pour apôtres des hommes comme Achille Millien… Robuste et sincère traducteur de la vie champêtre, Millien conserve dans ce décor profond toute l’indépendance de sa pensée, ne sert l’Idée que pour le grand profit des humbles de la glèbo, et non pour le sien. — Toute son ceuvre a un charme rayonnant qui a valu à ce fidèle du Nivernais la grande notoriété, la notoriété par infiltration, —pour ainsi dire, — la seule durable… » (Revue Nouvelle.)

Gérard Walch
Anthologie des poètes français contemporains
Ch. Delagrave, éditeur ; A.-W. Sijthoff, éditeur
1906
11e mille
Tome premier, pp. v-576

PAYSAGES BELGES PAUL VERLAINE : WALCOURT – CHARLEBOI – BRUXELLES – MALINES

POESIE FRANCAISE
PAYSAGES BELGES
ROMANCES SANS PAROLES (Edition Vanier – 1902)

Paul_Verlaine_signature_svg

PAUL VERLAINE
1844-1896

Oeuvre de Paul Verlaine Artgitato Frédéric_Bazille_-_Portrait_de_Paul_Verlaine_comme_une_Troubadour

Portrait de Paul Verlaine en troubadour
Frédérique Bazille
1868
Museum of Art – Dallas

 

*

Œuvres de Paul Verlaine
 


ROMANCES SANS PAROLES
PAYSAGES BELGES

1872

PAUL VERLAINE Son Oeuvre Texte Poésie Artgitato

Tableaux et Caricatures
Gustave Courbet – Eugène Carrière – Frédérique Bazille
Paterne Berrichon – Félix Vallotton – Félix Régamey

*

Paysages Belges Romances sans paroles Paul Verlaine Mikhaïl Vroubel Démon assis 1890
Mikhaïl Vroubel Démon Assis 1892

PAYSAGES BELGES
************************
*
Paysages Belges
WALCOURT
Juillet 1873

« Conquestes du Roy. »
(Vieilles estampes.)

Briques et tuiles,
Ô les charmants
Petits asiles
Pour les amants !
Houblons et vignes,
Feuilles et fleurs,
Tentes insignes
Des francs buveurs !
Guinguettes claires,
Bières, clameurs,
Servantes chères
À tous fumeurs !
Gares prochaines,
Gais chemins grands…
Quelles aubaines,
Bons juifs errants !


*
Paysages Belges
CHARLEROI

Dans l’herbe noire
Les Kobolds vont.
Le vent profond
Pleure, on veut croire.
Quoi donc se sent ?
L’avoine siffle.
Un buisson gifle
L’œil au passant.
Plutôt des bouges
Que des maisons.
Quels horizons
De forges rouges !
On sent donc quoi ?
Des gares tonnent,
Les yeux s’étonnent,
Où Charleroi ?
Parfums sinistres !
Qu’est-ce que c’est ?
Quoi bruissait
Comme des sistres ?
Sites brutaux !
Oh ! votre haleine,
Sueur humaine,
Cris des métaux !
Dans l’herbe noire
Les Kobolds vont.
Le vent profond
Pleure, on veut croire.


*
Paysages Belges
BRUXELLES, SIMPLES FRESQUES
I

La fuite est verdâtre et rose
Des collines et des rampes,
Dans un demi-jour de lampes
Qui vient brouiller toute chose.
L’or sur les humbles abîmes,
Tout doucement s’ensanglante,
Des petits arbres sans cimes,
Où quelque oiseau faible chante.
Triste à peine tant s’effacent
Ces apparences d’automne.
Toutes mes langueurs rêvassent,
Que berce l’air monotone.


II

L’allée est sans fin
Sous le ciel, divin
D’être pâle ainsi !
Sais-tu qu’on serait
Bien sous le secret
De ces arbres-ci ?
Des messieurs bien mis,
Sans nul doute amis
Des Royers-Collards,
Vont vers le château.
J’estimerais beau
D’être ces vieillards.
Le château, tout blanc
Avec, à son flanc,
Le soleil couché,
Les champs à l’entour…
Oh ! que notre amour
N’est-il là niché !


*
Paysages Belges
BRUXELLES, CHEVAUX DE BOIS
août 1872

Par Saint-Gille,
Viens-nous-en,
Mon agile
Alezan.
Victor Hugo

Tournez, tournez, bons chevaux de bois,
Tournez cent tours, tournez mille tours,
Tournez souvent et tournez toujours,
Tournez, tournez au son des hautbois.
Le gros soldat, la plus grosse bonne
Sont sur vos dos comme dans leur chambre ;
Car, en ce jour, au bois de la Cambre,
Les maîtres sont tous deux en personne.
Tournez, tournez, chevaux de leur cœur,
Tandis qu’autour de tous vos tournois
Clignote l’œil du filou sournois,
Tournez au son du piston vainqueur.
 C’est ravissant comme ça vous soûle
D’aller ainsi dans ce cirque bête !
Bien dans le ventre et mal dans la tête,
Du mal en masse et du bien en foule.
Tournez, tournez, sans qu’il soit besoin
D’user jamais de nuls éperons
Pour commander à vos galops ronds,
Tournez, tournez, sans espoir de foin
Et dépêchez, chevaux de leur âme :
Déjà voici que la nuit qui tombe
Va réunir pigeon et colombe,
Loin de la foire et loin de madame.
Tournez, tournez ! le ciel en velours
D’astres en or se vêt lentement.
Voici partir l’amante et l’amant.
Tournez au son joyeux des tambours !


*
MALINES
août 1872

Vers les prés le vent cherche noise
Aux girouettes, détail fin
Du château de quelque échevin,
Rouge de brique et bleu d’ardoise,
Vers les prés clairs, les prés sans fin…
Comme les arbres des féeries,
Des frênes, vagues frondaisons,
Échelonnent mille horizons
À ce Sahara de prairies,
Trèfle, luzerne et blancs gazons.
Les wagons filent en silence
Parmi ces sites apaisés.
Dormez, les vaches ! Reposez,
Doux taureaux de la plaine immense,
Sous vos cieux à peine irisés !
Le train glisse sans un murmure,
Chaque wagon est un salon
Où l’on cause bas et d’où l’on
Aime à loisir cette nature.
Faite à souhait pour Fénelon.

 

*

Œuvres de Paul Verlaine
 


ROMANCES SANS PAROLES
PAYSAGES BELGES

1872

Stefan Milkov – Faunův odpočinek – Le Repos du Faune – 2005 – zámek Mikulov – Château de Mikulov

TCHEQUIE
Česká republika
捷克共和国
République tchèque
Mikulov

—-
Sculptures Tchèques
Stefan Milkov

né en 1955
narozený v 1955

——

 

 

Photo Jacky Lavauzelle

*

 


Faunův odpočinek
Le Repos du Faune
2005

Stefan Milkov
Sculpteur – sochař

zámek Mikulov – 2005
MORAVIE

Stefan Milkov Mikulov Artgitato Mikulov Faunuv odpocinek (1) Stefan Milkov Mikulov Artgitato Mikulov Faunuv odpocinek (2) Stefan Milkov Mikulov Artgitato Mikulov Faunuv odpocinek (4) Stefan Milkov Mikulov Artgitato Mikulov Faunuv odpocinek (5) Stefan Milkov Mikulov Artgitato Mikulov Faunuv odpocinek (6)

******************

L’Après-midi d’un Faune

« De paroles vacante et ce corps alourdi
Tard succombent au fier silence de midi :
Sans plus il faut dormir en l’oubli du blasphème,

Sur le sable altéré gisant et comme j’aime
Ouvrir ma bouche à l’astre efficace des vins ! »

Stéphane Mallarmé
Poésies
Nouvelle Revue française, 1914
8e éd – pp. 71-80
L’Après-midi d’un Faune
Églogue

************

Le satyre

Un satyre habitait l’Olympe, retiré
Dans le grand bois sauvage au pied du mont sacré ;
Il vivait là, chassant, rêvant, parmi les branches ;
Nuit et jour, poursuivant les vagues formes blanches.

Il tenait à l’affût les douze ou quinze sens
Qu’un faune peut braquer sur les plaisirs passants.
Qu’était-ce que ce faune ? On l’ignorait ; et Flore
Ne le connaissait point, ni Vesper, ni l’Aurore
Qui sait tout, surprenant le regard du réveil ;
On avait beau parler à l’églantier vermeil,
Interroger le nid, questionner le souffle,
Personne ne savait le nom de ce maroufle.
Les sorciers dénombraient presque tous les sylvains ;
Les aegipans étant fameux comme les vins,
En voyant la colline on nommait le satyre ;
On connaissait Stulcas, faune de Pallantyre,
Gès, qui, le soir, riait sur le Ménale assis,
Bos, l’aegipan de Crète ; on entendait Chrysis,
Sylvain du Ptyx que l’homme appelle Janicule,
Qui jouait de la flûte au fond du crépuscule ;
Anthrops, faune du Pinde, était cité partout ;
Celui-ci, nulle part ; les uns le disaient loup ;
D’autres le disaient dieu, prétendant s’y connaître ;
Mais, en tout cas, qu’il fût tout ce qu’il pouvait être,
C’était un garnement de dieu fort mal famé.

Victor Hugo
 La Légende des siècles
Première série – VIII
Seizième siècle – Renaissance – Paganisme
Le Satyre – Prologue