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La Poésie de Francisco de Quevedo – La poesía de Francisco de Quevedo

Francisco de Quevedo
Villegas y Santibáñez Cevallos
Literatura
española – Littérature Espagnole
Siècle d’or espagnol -Siglo de Oro 

poesia de francisco de Quevedo poésie de Francisco de Quevedo artgitato
 

 Francisco de Quevedo y Villegas
1580-1645

La Poésie de Francisco de Quevedo

La poesía de Francisco de Quevedo

“¡Ah de la vida!” … ¿Nadie me responde?
 » Eh la vie! » … Personne ne me répond?

 “¡Ah de la vida!” … ¿Nadie me responde? 
» Eh la vie! » … Personne ne me répond?
¡Aquí de los antaños que he vivido!
Ici, les antans que j’ai vécus !

**

Cerrar podrá mis ojos la postrera
Mes yeux pourront être fermés par la dernière ombre

 Cerrar podrá mis ojos la postrera
Mes yeux pourront être fermés par la dernière
 sombra, que me llevare el blanco día,
ombre, que m’apportera la blancheur du jour,

Cerrar podrá mis ojos la postrera Quevedo Traduction Artgitato

**

EN LOS LAUSTROS DEL ALMA LA HERIDA
La Blessure dans les cloîtres de l’âme

 En los claustros del alma la herida
Dans les cloîtres de l’âme, la blessure
 yace callada; mas consume hambrienta
trouve le silence ; mais consume, par la faim,
**

Es hielo abrasador, es fuego helado
Glace brûlante, feu gelé

Es hielo abrasador, es fuego helado,
Glace brûlante, feu gelé,
es herida, que duele y no se siente,
plaie qui fait mal et que l’on ne sent pas,
es un soñado bien, un mal presente,
un bien fantasmé, un mal présent,
es un breve descanso muy cansado.
un bref repos d’une grande fatigue.

Es hielo abrasador es fuego helado de Quevedo Traduction Artgitato

**

Fue sueño ayer mañana será tierra
Glace brûlante, feu gelé

Fue sueño ayer, mañana será tierra:
Ce qui fut rêve hier, demain sera poussière :
poco antes nada, y poco después humo;
rien peu de temps avant, et fumée peu de temps après

**
Hoy cumple amor  en mis ardientes venas
Aujourd’hui amour coule dans mes veines brûlantes
Soneto – Sonnet

Hoy cumple amor en mis ardientes venas
Aujourd’hui amour coule dans mes veines brûlantes
 veinte y dos años, Lisi, y no parece
depuis vingt-deux ans, Lisi, et ne semble pas

Sonnet de Quevedo Francisco de Quevedo hoy cumple amor artgitato Aujourd’hui Amour coule dans mes veines brûlantes

**

Huye sin percibirse, lento, el día,
Le jour fuit sans s’en apercevoir, lentement,

 Huye sin percibirse, lento, el día,
Le jour fuit sans s’en apercevoir, lentement,
y la hora secreta y recatada
et l’heure secrète et habile

**

MIRE LOS MUROS DE LA PATRIA MIA
1613 (?)
J’ai regardé les murs de ma patrie 

Miré los muros de la patria mía,
J’ai regardé les murs de ma patrie,
si un tiempo fuertes ya desmoronados
Avant imposants et maintenant croulants

Miré los muros de la patria mía Quevedo J'ai regardé les murs de ma patrie ARtgitato

**

Muy discretas y muy feas …
Très discrètes et très laides…

Muy discretas y muy feas,
Très discrètes et très laides,
mala cara y buen lenguaje,
moches figures et langue châtiée,

**

Vivir es caminar breve jornada,
Glace brûlante, feu gelé

Vivir es caminar breve jornada,
Vivre c’est cheminer une courte journée,
y muerte viva es, Lico, nuestra vida,
et c’est une mort qui vit, Lice, notre vie


*****************

NOTICE SUR QUEVEDO-VILLEGAS

Don Francisco de QUEVEDO-VILLEGAS, l’un des littérateurs espagnols les plus féconds et les plus spirituels, et le seul que l’on puisse comparer à Cervantès, quoiqu’il ne l’ait point égalé, naquit en 1580, à Madrid, de parents nobles et attachés à la cour par d’honorables emplois.

Orphelin dès son enfance, il fut envoyé, par son tuteur, à l’université d’Alcalà, où il fit de grands et rapides progrès dans toutes les sciences. Il s’attacha d’abord à la théologie ; ensuite il étudia les belles-lettres, la philosophie, la jurisprudence et la médecine, avec un égal succès. Outre le latin et le grec, il possédait l’hébreu, l’arabe, l’italien et le français ; et il passait les jours et les nuits à lire les meilleurs ouvrages dans ces différentes langues.

Quevedo n’avait cependant point négligé les arts d’agrément ; il avait trouvé le loisir de cultiver la musique, et, malgré la difformité de ses pieds, qui devait lui rendre plus pénibles les exercices du corps, aucun cavalier de son âge ne le surpassait dans les armes et dans la danse. Aimé de ses camarades, souvent ils le prenaient pour juge de leurs querelles, et presque toujours il parvenait à réconcilier les deux adversaires, en ménageant leur délicatesse et leur susceptibilité.

Jouissant d’une grande fortune et de la considération générale, il vivait heureux, quand une aventure singulière vint changer sa destinée. Un jour il vit dans une église, à Madrid, un cavalier qui maltraitait une femme. Il prit la défense de l’inconnue, et eut le malheur de tuer son adversaire, qui était également inconnu. C’était un grand seigneur. Craignant les poursuites de sa famille, Quevedo suivit, en Sicile, le duc d’Ossone, qui venait d’en être nommé vice-roi. La capacité qu’il montra pour les affaires lui mérita bientôt toute la confiance de son protecteur. Il fut chargé de l’inspection générale des finances dans la Sicile et dans le royaume de Naples, et il remplit cet emploi difficile avec une rare intégrité.

Ayant enfin obtenu sa grâce par le crédit du duc d’Ossone, il fut employé dans plusieurs négociations, dans différentes ambassades à la cour d’Espagne et près des papes, et il déploya partout beaucoup d’habileté, de prudence et de courage. Il se trouvait à Venise lors de la découverte de la conspiration de Bedmar ; mais il réussit à se dérober à toutes les recherches et revint en Espagne.

La disgrâce du duc d’Ossone ne pouvait manquer d’entraîner celle de son favori. Quevedo fut arrêté en 1620 et transporté dans sa terre de la Torre de Juan Abad, où on le retint prisonnier pendant trois ans et demi, sans vouloir lui permettre, pendant les deux premières années, de faire venir, de la ville voisine, un médecin pour lui donner les soins que réclamait sa santé. Son innocence fut enfin reconnue ; mais, ayant eu l’imprudence de réclamer le paiement des arrérages de ses pensions et en outre un dédommagement pour les maux qu’il avait soufferts, il fut exilé de nouveau.

Ce fut alors que, cherchant des consolations à ses peines dans la culture des lettres, dont ses occupations politiques l’avaient depuis longtemps détourné, il composa la plupart de ses poésies, qu’il publia sous le nom du bachelier de La Torre.

Ses ennemis se lassèrent à la fin de le persécuter ; il obtint la permission de revenir à la cour, et en 1632 il fut revêtu de la charge de secrétaire du roi ; mais il se contenta du titre, et refusa de rentrer dans les affaires, malgré les instances du duc d’Olivarès, qui lui proposa l’ambassade de Gênes. Éclairé par son expérience sur le néant des grandeurs, il avait résolu de se vouer sans partage à l’étude de la philosophie et à la culture des lettres. Ses ouvrages étendaient chaque jour sa réputation dans toute l’Europe ; il entretenait une correspondance suivie avec les hommes les plus savants de l’Italie et des Pays-Bas, et ses compatriotes eux-mêmes rendaient justice à son mérite.

Une fortune suffisante pour ses besoins s’était accrue de quelques bénéfices ecclésiastiques qui lui formaient un revenu de huit cents ducats. Il y renonça pour épouser, à l’âge de cinquante-quatre ans (en 1634), une femme d’une haute naissance, qui lui avait inspiré la plus vive passion. Après quelques années d’une union paisible, il eut la douleur de perdre son épouse, et revint à Madrid demander des consolations à l’amitié.

Ses ennemis l’accusèrent bientôt d’être l’auteur d’un libelle contre le ministère. Il fut arrêté, en 1641, et jeté dans un noir cachot, où il languit oublié pendant vingt-deux mois. Tous ses biens furent saisis, et il fut réduit à vivre d’aumônes dans la prison, où il ne put obtenir un chirurgien pour panser les plaies dont tout son corps était couvert. Il écrivit enfin au comte-duc d’Olivarès, pour lui exposer sa situation et demander justice. On trouva que l’auteur du libelle qu’on lui avait faussement attribué subissait déjà sa peine dans une autre prison, et il recouvra sa liberté. L’erreur dont il était la victime l’avait entièrement ruiné ; mais il savait que ses plaintes ne seraient point écoutées, et il retourna malade dans sa terre de La Torre, où il mourut le 8 septembre 1645.

Pendant sa dernière détention, les manuscrits de Quevedo furent dispersés, et entre autres ses pièces de théâtre et ses ouvrages historiques.

« Quevedo, dit Sismondi, est de tous les écrivains de l’Espagne, celui qui offre le plus de rapports avec Voltaire, non par le génie, mais par l’esprit. Il avait, comme lui, cette universalité de connaissances et de facultés, ce talent pour manier la plaisanterie, cette gaîté un peu cynique lors même qu’elle était appliquée à des objets sérieux, cette ardeur pour tout entreprendre et pour laisser des monuments de son génie dans tous les genres à la fois, cette adresse à manier l’arme du ridicule, et cet art de faire comparaître les abus de la société au tribunal de l’opinion. Mais Quevedo écrivait sous un gouvernement soupçonneux, et il avait en outre à lutter contre le mauvais goût de son siècle, à l’influence duquel il n’a pas entièrement échappé. Quevedo, en évitant l’enflure et l’exagération, qu’il reprochait avec raison aux disciples de Gongora, n’a pas su se garantir de l’affectation de l’esprit ; peu d’écrivains en ont eu plus que lui, mais aucun n’a tant affecté d’en montrer. Il a porté cet abus de l’esprit plus loin qu’aucun de ses compatriotes, et il pourrait fournir, à lui seul, un immense recueil de concetti, de rébus, de jeux de mots et de calembours. »

Ses œuvres ont été réimprimées plusieurs fois en Espagne et dans les Pays-Bas, au dix-septième siècle. Outre des traductions espagnoles de l’Introduction à la vie dévote, de la Vie de Brutus par Plutarque, de Romulus de Malvezzi, des Sentences de Phocylide, et du Manuel d’Épictète, ce recueil contient un grand nombre d’ouvrages, parmi lesquels on citera : Politica de Dios, la Vie de l’Apôtre Paul, la Vie de Thomas de Villeneuve, Mémorial per el Patronato de sant Iago, Les Visions, le Libro de todas las cosas, le Cuento de Cuentos, et enfin la Historia y vida del gran tacano del Buscon, roman dans lequel les mœurs nationales sont peintes d’une manière très divertissante, et que Quevedo laissa inachevé. Ce livre célèbre a été traduit en français sous le titre de l’Aventurier Buscon, par de La Geneste, Paris, 1633 ; sous celui de Coureur de nuit ou l’Aventurier nocturne, par Raclot, Amsterdam, 1731 ; et enfin sous celui de Fin matois ou Histoire du grand taquin Pablo de Ségovie, par Rétif de La Bretonne et d’Hermilly, La Haye, 1776.

Quevedo
Don Pablo de Ségovie
Traduction par Retif de La Bretonne.
À l’enseigne du pot cassé — Collection Scripta Manent N°45
1929 – pp. 9-14
Notice sur Quevedo

Rubén Darío A ROOSEVELT Texte Espagnol & Traduction Française

 Rubén Darío
(1867-1916)
A ROOSEVELT

Rubén Darío A ROOSEVELT Artgitato Traduction Française et Texte Espagnol

Modernismo
Literatura en español

 

RUBEN DARIO A ROOSEVELT
A Roosevelt

¡Es con voz de la Biblia, o verso de Walt Whitman,
Il y a une voix de la Bible, ou un vers de Walt Whitman,
 que habría que llegar hasta ti, Cazador!
que je devrais posséder pour venir à toi, Chasseur !
  con un algo de Washington y cuatro de Nemrod.
Avec quelque chose de Washington et un peu plus de Nemrod.
Primitivo y moderno, sencillo y complicado,
Primitif et moderne, simple et compliqué,
Eres los Estados Unidos,
Tu es les Etats-Unis,
eres el futuro invasor
tu es le futur envahisseur
de la América ingenua que tiene sangre indígena,
de l’Amérique ingénue qui a du sang indigène,
que aún reza a Jesucristo y aún habla en español.
qui prie encore Jésus-Christ et parle encore en espagnol.
Eres soberbio y fuerte ejemplar de tu raza;
Tu es un superbe et un fort exemplaire de ta race;
eres culto, eres hábil; te opones a Tolstoy.
Tu es cultivé, tu es habile ; tu t’opposes à Tolstoï.
Y domando caballos, o asesinando tigres,
Et dominant les chevaux, ou assassinant les tigres,
eres un Alejandro-Nabucodonosor.
Tu es un Alexandre-Nabuchodonosor.
(Eres un profesor de energía,
(Tu es un professeur d’énergie,
como dicen los locos de hoy.)
comme disent les fous d’aujourd’hui)
Crees que la vida es incendio,
Tu crois que la vie est un incendie
que el progreso es erupción;
que le progrès est une eruption ;
en donde pones la bala
où tu mets la balle
el porvenir pones.
où l’avenir tu mets.
No.Los Estados Unidos son potentes y grandes.
Non. Les Etats-Unis sont puissants et grands.
Cuando ellos se estremecen hay un hondo temblor
Quand elles se secouent, il y a un tremblement énorme
que pasa por las vértebras enormes de los Andes.
qui passe par les énormes vertèbres des Andes.
Si clamáis, se oye como el rugir del león.
Si tu montes la voix, il s’entend comme le rugissement du lion.
Ya Hugo a Grant le dijo: «Las estrellas son vuestras».
Hugo a dit à Grant et a dit, « Les étoiles sont les vôtres. »
(Apenas brilla, alzándose, el argentino sol
(A peine il brille, en se levant, le soleil argentin
y la estrella chilena se levanta…) Sois ricos.
et l’étoile chilienne se lève …) Vous êtes riche.
Juntáis al culto de Hércules el culto de Mammón;
Hercules vient rejoindre le culte de Mammon ;
 y alumbrando el camino de la fácil conquista,
et éclaire le chemin d’une conquête facile,
la Libertad levanta su antorcha en Nueva York.
La Liberté soulève sa torche à New York.
Mas la América nuestra, que tenía poetas
Mas
l’Amérique, qui avait des poètes
desde los viejos tiempos de Netzahualcoyotl,
depuis les vieux jours de Nezahualcoyotl,
que ha guardado las huellas de los pies del gran Baco,
qui a gardé les empreintes du grand Bacchus,
que el alfabeto pánico en un tiempo aprendió;
que l’alphabet de Pan en un temps appris ;
que consultó los astros, que conoció la Atlántida,
qui a consulté les étoiles, qui connaissait l’Atlantide,
cuyo nombre nos llega resonando en Platón,
dont le nom nous vient résonnant dans Platon,
que desde los remotos momentos de su vida
qui, dès les premiers moments de sa vie
vive de luz, de fuego, de perfume, de amor,
vit de lumière, de chaleur, de parfum, d’amour,
la América del gran Moctezuma, del Inca,
l’Amérique de la grande Montezume, de l’Inca,
la América fragante de Cristóbal Colón,
l’Amérique parfumée de Christophe Colomb,
  la América católica, la América española,
Amérique catholique, l’Amérique espagnole,
la América en que dijo el noble Guatemoc:
Amérique où le noble Guatemoc a dit:
«Yo no estoy en un lecho de rosas»; esa América
« Je ne suis pas dans un lit de roses« ; l’Amérique
que tiembla de huracanes y que vive de Amor,
qui tremble avec les ouragans et qui vit de l’amour,
hombres de ojos sajones y alma bárbara, vive.
les hommes aux yeux saxons et à l’âme barbare, vit.
 Y sueña. Y ama, y vibra; y es la hija del Sol.
Et rêve. Et aime, et vibre; et est la fille du soleil.
Tened cuidado. ¡Vive la América española!
Soyez prudent. Elle vit l’Amérique espagnole!
Hay mil cachorros sueltos del León Español.
Il ya mille petits lions du Leon Espagnol.
Se necesitaría, Roosevelt, ser Dios mismo,
Il faudrait, Roosevelt, étant Dieu lui-même,
el Riflero terrible y el fuerte Cazador,
L’homme au pistolet terrible et fort chasseur,
para poder tenernos en vuestras férreas garras.
à nous tenir dans vos griffes de fer.
Y, pues contáis con todo, falta una cosa: ¡Dios!
Et, même si vous avez tout, il vous manque une chose : Dieu!

 

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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Milagros de Nuestra Señora GONZALO DE BERCEO (INTRODUCCIÓN) Traduction Française

LITTERATURE ESPAGNOLE
Literatura española
Poésie Espagnole
GONZALO DE BERCEO
Vers 1196 – vers 1264

 

Milagros de Nuestra Señora Gonzalo de Berceo Introduction Artgitato

 

Milagros de Nuestra Señora

Miracles de Notre Dame

**

Miracles de Notre Dame
INTRODUCCIÓN
INTRODUCTION
versos

Amigos e vassallos de Dios omnipotent,
Amis et vassaux de Dieu tout-puissant,
 si vos me escuchássedes por vuestro consiment,
si vous m’écoutiez par votre consentement,
querríavos contar un buen aveniment:
J’aimerais conter une bonne aventure :
terrédeslo en cabo por bueno verament.
Vous la trouverez à votre goût à la fin.

*

Yo maestro Gonçalvo de Verceo nomnado,
Moi, maître Gonzalves, prénommé Verceo,
yendo en romería caeçí en un prado,
Allant en pèlerinage, me retrouvai  dans une prairie,
verde e bien sençido, de flores bien poblado,
Toute verte et harmonieuse, de fleurs bien pourvue,
logar cobdiçiaduero pora omne cansado.
Lieu plaisant au promeneur fatigué.

*

Davan olor sovejo las flores bien olientes,
Divine odeur que ces fleurs odorantes,
 refrescavan en omne las [carnes] e las mientes,
Rafraîchissant autant le corps que le cœur,
manavan cada canto fuentes claras corrientes
De partout chantaient des symphonies de sources claires,
en verano bien frías, en ivierno calientes.
En été bien fraîches, en hiver bien chaudes.

*

Avién y grand abondo de buenas arboledas,
En abondance se dressaient de grands arbres,
 milgranos e figueras, peros e mazanedas,
Grenadiers et figuiers, poiriers et pommiers,
e muchas otras fructas de diversas monedas,
et de nombreux autres fruits de différentes monnaies,
mas no avié ningunas podridas [nin] azedas.
Mais jamais pourris [ni] acides.

*

La verdura del prado, la odor de las flores,
La verdure du pré, l’odeur des fleurs,
 las sombras de los árbores de temprados savores,
les ombres des frondaisons d’une saveur tempérée,
refrescáronme todo e perdí los sudores:
Me rafraîchissaient totalement et arrêtaient ma transpiration :
 podrié vevir el omne con aquellos olores.
L’homme pourrait vivre longtemps avec de pareilles odeurs.

*

Nunqua trobé en sieglo logar tan deleitoso,
Jamais sur terre ne fut trouvé un lieu si délicieux,
nin sombra tan temprada, [nin] olor tan sabroso:
Ni d’un ombrage si tempéré, ni d’odeurs si savoureuses :
descargué mi ropiella por yazer más viçioso,
Je fis tomber mes vêtements et m’étendis,
  poséme a la sombra de un árbor fermoso.
Tranquillement à l’ombre d’un arbre majestueux.

*

Yaziendo a la sombra perdí todos cuidados,
Dans cet ombre, je perdis toutes mes préoccupations, 
odí sonos de aves dulces e modulados:
Dans la musique des oiseaux sucrée et modulée :
nunqua udieron omnes órganos más temprados,
Jamais humain n’entendit des orgues plus tempérés,
nin que formar pudiessen sones más acordados.
Ni des sons qui pussent former de si beaux accords. 

*

Non serié organista nin serié vïolero,
Il n’existe ni organiste, ni joueur de viole, 
  nin giga nin salterio nin mano de rotero,
Ni de gigue, ni de luth, ni de rote,
nin estrument nin lengua nin tan claro vocero
Pas plus d’autres instruments, ni de langues, ni de voix claire
cuyo canto valiesse con esto un dinero.
dont la chanson valu  comme celle-ci un denier.

*

Peroque [nos] dissiemos todas estas bondades,
Pour autant[nous] louons toutes ces beautés,
non contamos las diezmas, esto bien lo creades:
Mais n’en comptons que le dixième, cela, croyez-le bien :
que avié de noblezas tantas diversidades
Qu’avec tant de noblesses que de diversités
que no las contarien priores [nin] abbades.
Que ni les prieurs [ni] les abbés ne pourraient les compter.

*

El prado que vos digo avié otra bondat:
La prairie dont j’ai parlé avec moult bontés :
por calor nin por frío non perdié su beltat,
Par la chaleur ni par le froid ne perdait sa beauté,
siempre estava verde en su entegredat,
Toujours restait vert en son intégrité,
non [perdié] la verdura por nulla tempestat.
ni [ne perdait] sa verdeur dans quelconque tempête.

*

Manamano que fui en tierra acostado,
Dès que je fus allongé sur la terre,
de todo el lazerio fui luego folgado;
De tous les ennuis je fus débarrassé;
oblidé toda cuita, [e] lazerio passado:
J’oubliais toute affliction, [et] les ennuis passés :
¡Qui allí se morasse serié bienventurado!
Qui ici se fixerait serait un bienheureux !

*

Los omnes e las aves, quantos acaecién,
Les hommes et les oiseaux, qui arrivaient,
levavan de las flores quantas levar querién,
Prenaient des fleurs autant qu’ils pouvaient en emporter,
mas mengua en el prado ninguna non façién:
Mais jamais dans la prairie il n’en manquait :
por una que levavan tres e quatro nacién.
Pour une qu’ils emportaient, trois ou quatre apparaissaient.

*

Semeja esti prado egual de Paraíso,
Cette prairie au Paradis ressemble,
en qui Dios tan grand graçia, tan grand bendiçión miso;
Qui en Dieu mit tant de généreuse grâce, tant de grande bénédiction ;
él que crió tal cosa maestro fue anviso:
celui qui créa de  telle chose, maître fut avisé  :
omne que ý morasse nunqua perdrié el viso.
Qui y habiterait jamais ne perdrait la vue.

*

El fructo de los árbores era dulz e sabrido,
Le fruit des arbres était doux et savoureux,
si don Adam oviesse de tal fructo comido,
Un tel fruit en don Adam aurait mangé,
de tan mala manera non serié decibido,
De si mauvaise manière, il n’aurait pas fauté
nin tomarién tal danno Eva [nin] so marido.
Ni Eve [ni] son mari ne se furent damnés.

Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
***

 

Antonio MACHADO : trad. Française de CAMINOS – Les Chemins

ANTONIO MACHADO
CAMINOS
Les Chemins

De la ciudad moruna
De la ville mauresque
tras las murallas viejas,
par-delà les vieux murs,
yo contemplo la tarde silenciosa,
je contemple l’après-midi tranquille,
 a solas con mi sombra y con mi pena.
seul avec mon ombre et ma peine.

*

 El río va corriendo,
La rivière court
entre sombrías huertas
au milieu des jardins ombragés
 y grises olivares,
et des oliviers gris,
por los alegres campos de Baeza
par les champs  joyeux de Baeza.

 Tienen las vides pámpanos dorados
Ils abritent les vignes aux branches dorées
 sobre las rojas cepas.
sur des cépages rouges.
Guadalquivir, como un alfanje roto
Guadalquivir, comme un coutelas cassé
 y disperso, reluce y espejea.
et dispersé, brille et miroite.

 Lejos, los montes duermen
Ailleurs, les montagnes ensommeillées
envueltos en la niebla,
enveloppées dans la brume,
niebla de otoño, maternal; descansan
dans le brouillard de l’automne, maternelle; reste
las rudas moles de su ser de piedra
les masses grossières des êtres de pierre
en esta tibia tarde de noviembre,
en ce chaleureux après-midi de novembre,
tarde piadosa, cárdena y violeta.
après-midi contemplatif, livide et violet.

*

 El viento ha sacudido
Le vent a secoué
los mustios olmos de la carretera,
la route des ormes,
levantando en rosados torbellinos
dans des remous tourbillonnent
 el polvo de la tierra.
la poussière de la terre.
 La luna está subiendo
la lune se lève
amoratada, jadeante y llena.
meurtrie, haletante et pleine.

*

 Los caminitos blancos
Les chemins blancs
se cruzan y se alejan,
se coupent et se fuient,
buscando los dispersos caseríos
à la recherche des hameaux disséminés
del valle y de la sierra.
de la vallée et de la montagne.
Caminos de los campos…
Les chemins du camp ….
¡Ay, ya, no puedo caminar con ella!
Oh non ! Je ne peux marcher avec elle !

Traduction Jacky Lavauzelle
Artgitato

FERNANDO DE HERRERA Traduction française de « Rojo sol que con hacha luminosa »

FERNANDO DE HERRERA
( 1534 – 1597 )

Fernando de Herrera Artgitato Soleil Rouge Rojo Sol que scarlet-sunset-1830 Turner

ROJO SOL QUE CON HACHA LUMINOSA
Soleil Rouge

Sonnet – Soneto

Rojo sol que con hacha luminosa
Soleil rouge qui, d’une torche flamboyante,
coloras el purpúreo alto cielo,
colore d’une couleur pourpre les hauteurs des cimes,
¿hallaste tal belleza en todo el suelo,
Peux-tu trouver une telle beauté sur ce sol,
que iguale a mi serena luz dichosa?
qui équivaut à ma lumière sereine et heureuse ?

*

Aura suave, blanda y amorosa
Douce, tendre et amoureuse brise
que nos halagas con tu fresco vuelo;
qui nous caresse dans la fraîcheur de son vol ;
cuando el oro descubre y rico velo
quand l’or se découvre sur la riche voile
mi luz, ¿trenza tocaste más hermosa?
de ma lumière, plus belle tresse peux-tu toucher ?

*

Luna, honor de la noche, ilustre coro
Lune, honneur de la nuit, illustre chœur
de los errantes astros y fijados
des errantes et des fixes étoiles
¿consideraste tales dos estrellas?
Peux-tu imaginer deux étoiles semblables ?

*

Sol puro, aura, luna, llamas de oro
Soleil pur, brise, lune, flammes d’or
¿oísteis mis dolores nunca usados?
As-tu entendu cette douleur démentielle ?
 ¿visteis luz más ingrata a mis
querellas?
As-tu vu lumière plus ingrate à mes soupirs ?

Traduction Jacky Lavauzelle
Artgitato

 

GIL VICENTE : Dicen que me case yo – Trad. française

Gil Vicente Portrait d'une Femme à sa Toilette Titian

GIL VICENTE
(vers 1465 – vers 1537)

CANTIGAS

 ***

Dicen que me case yo:
De me marier, on me dit
no quiero marido, no.
Mais de mari, je ne désire, non merci !

Mas quiero vivir segura
Je peux vivre plus sûrement
nesta sierra a mi soltura,
dans cette montagne à mon aise,
que no estar en ventura
Que de risquer l’aventure
si casaré bien o no.
d’être ou bien ou mal mariée.

Dicen que me case yo:
De me marier, on me dit
no quiero marido, no.
Mais de mari, je ne désire, non merci !

Madre, no seré casada
Mère, je ne serai pas mariée
por no ver vida cansada,
pour ne voir la vie que fatiguée
o quizá mal empleada
et ne jamais abuser
la gracia que Dios me dio.
des grâces que Dieu m’a données.

Dicen que me case yo:
De me marier, on me dit
no quiero marido, no.
Mais de mari, je ne désire, non merci !
No será ni es nacido
Non, celui-ci n’est pas encore né !

Dicen que me case yo:
De me marier, on me dit
no quiero marido, no.
Mais de mari, je ne désire, non merci !

 ***

¿Cuál es la niña
Quelle est cette fille
que coge las flores
qui cueille les fleurs
si no tiene amores?
si ce n’est l’amour ?

   ***

¡Sañosa está la niña!
Agitée est la demoiselle !
¡Ay Dios! ¿quién le hablaría?
Ah Dieu ! Que lui dire ?
En la sierra anda la niña
La demoiselle qui marche dans la montagne
su ganado a repastar,
s’occupe de son troupeau
hermosa como las flores,
harmonieuse comme les fleurs
sañosa como la mar.
Agitée comme la mer.

Sañosa como la mar
Agitée comme la mer
está la niña.
Est la demoiselle

¡Ay Dios! ¿quién le hablaría?
Ah Dieu ! Que lui dire ?

 ***

Consuelo, vete con Dios.
Consolation, tu pars, adieu !

Pues ves la vida que sigo,
Ainsi est ma vie, comme tu le vois !
¡no pierdas tiempo comigo!
Ne perds pas ton temps !

 Consuelo mal empleado,
Consolation déplacée,
no consueles mi tristura:
ne déplore pas ma tristesse :
 
¡vete a quien tiene ventura,
Va cherche le chanceux !
 
y deja el desventurado!
et laisse le malheureux !

  No quiero ser consolado,
Je ne veux pas être consolée
antes me pesa contigo,
Consolation, je le regrette,
¡no pierdas tiempo comigo!
ne perds pas ton temps avec moi !

Traduction Jacky Lavauzelle
artgitato