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LES BLESSURES DE L’AMOUR – LE CHANSONNIER PÉTRARQUE SONNET 216 (Première Partie) CANZONIERE – CCXVI -Tutto ’l dí piango

*

FRANCESCO PETRARQUE SONNETS

Francesco PETRARCA
1304 – 1374

Traduction Jacky Lavauzelle

——–


Canzoniere Petrarca  Sonetto 216

LE CHANSONNIER PETRARQUE
Sonnet 216
CCXVI

Rerum vulgarium fragmenta

Fragments composés en vulgaire

Rime In vita di Madonna Laura

PRIMA PARTE
Première Partie

216/263

Dante Boccace Petrarque Guido Cavalvanti Cino da Pistoia Guittone dArezzo Trecento Italien 1544 Giorgio Vasari

Tutto ’l dí piango; et poi la notte, quando
Tout le jour je pleure ; et puis la nuit, quand
prendon riposo i miseri mortali,
les pauvres mortels se reposent,
trovomi in pianto, et raddoppiansi i mali:
je me retrouve toujours à pleurer et mes maux sont d’autant amplifiés :
cosí spendo ’l mio tempo lagrimando.
ainsi je passe mon temps à pleurer.

**

In tristo humor vo li occhi comsumando,
Dans une triste humeur, se consument mes yeux,
 e ’l cor in doglia; et son fra li animali
et mon cœur s’endolorit ; et je suis parmi tous les animaux
 l’ultimo, sí che li amorosi strali
le dernier, car les blessures de l’amour
mi tengon ad ogni or di pace in bando.
me tiennent loin de toute paix.

**


**

Lasso, che pur da l’un a l’altro sole,
Hélas, car d’un soleil à l’autre,
 et da l’una ombra a l’altra, ò già ’l piú corso
et d’une ombre à l’autre, j’ai traversé déjà le plus clair
di questa morte, che si chiama vita.
de cette mort, qui s’appelle la vie.

**

P iú l’altrui fallo che ’l mi’ mal mi dole:
Je souffre plus d’autrui que de mon propre mal :
 ché Pietà viva, e ’l mio fido soccorso,
car la vivante Piété, mon fidèle secours,
vèdem’ arder nel foco, et non m’aita.
me voit plonger au feu mais jamais ne me vient en aide.

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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Ritratto_di_francesco_petrarca,_altichiero,_1376_circa,_padova

canzoniere Petrarca 216
le chansonnier Pétrarque Sonnet 216
canzoniere poet

FRANCESCO PETRARQUE SONNETS

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LES SENS & LA RAISON – LE CHANSONNIER PÉTRARQUE SONNET 211 (Première Partie) CANZONIERE – CCXI

*

FRANCESCO PETRARQUE SONNETS

Francesco PETRARCA
1304 – 1374

Traduction Jacky Lavauzelle

——–


Canzoniere Petrarca  Sonetto 211

LE CHANSONNIER PETRARQUE
Sonnet 211
CCXI

Rerum vulgarium fragmenta

Fragments composés en vulgaire

Rime In vita di Madonna Laura

PRIMA PARTE
Première Partie

211/263

Dante Boccace Petrarque Guido Cavalvanti Cino da Pistoia Guittone dArezzo Trecento Italien 1544 Giorgio Vasari

Voglia mi sprona, Amor mi guida et scorge,
Envie m’éperonne, Amour me guide et me dirige,
 Piacer mi tira, Usanza mi trasporta,
Plaisir me tire, Coutume me transporte,
Speranza mi lusinga et riconforta
Espérance me flatte et me réconforte
et la man destra al cor già stanco porge;
et donne sa main droite à mon cœur déjà fatigué ;

**

e’l misero la prende, et non s’accorge
et le malheureux la prend, et sans remarquer
di nostra cieca et disleale scorta:
notre escorte aveugle et déloyale :
regnano i sensi, et la ragion è morta;
les sens règnent et la raison est morte ;
de l’un vago desio l’altro risorge.
d’un vague désir un autre se lève.

**


**

Vertute, Honor, Bellezza, atto gentile,
Vertu, Honneur, Beauté, actes bienveillants,
dolci parole ai be’ rami m’àn giunto
les douces paroles m’ont atteint
 ove soavemente il cor s’invesca.
là où mon cœur s’agite doucement.

**

Mille trecento ventisette, a punto
En mille trois cent vingt-sept, à
su l’ora prima, il dí sesto d’aprile,
la première heure, le six avril,
 nel laberinto intrai, né veggio ond’esca.
je pénétrai dans le labyrinthe sans voir aucune issue.

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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Ritratto_di_francesco_petrarca,_altichiero,_1376_circa,_padova

canzoniere Petrarca 211
le chansonnier Pétrarque Sonnet 211
canzoniere poet

FRANCESCO PETRARQUE SONNETS

QU’IMPORTE ? – Poème de FLORBELA ESPANCA – Que Importa?… – 1923

Traduction Jacky Lavauzelle João da Cruz e Sousa
João da Cruz e Sousa Traduction Jacky Lavauzelle

LITTÉRATURE PORTUGAISE
POÉSIE PORTUGAISE
LITERATURA PORTUGUESA
POESIA PORTUGUESA

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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
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L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Espanca_Florbela.jpg.
Florbela Espanca
Flor Bela de Alma da Conceição
Poétesse portugaise
8 décembre 1894 – 8 décembre 1930
Vila Viçosa, 8 de dezembro de 1894 — Matosinhos, 8 de dezembro de 1930

QU’IMPORTE ?…
QUE IMPORTA ?…
Poème paru dans « 
Livro de Sóror Saudade« 
1923 

Albert Flamm, Abendstimmung am Rhein, Ambiance du soir sur le Rhin

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Eu era a desdenhosa, a indif’rente.
J’étais la méprisante, l’indifférente.
Nunca sentira em mim o coração
Je n’avais jamais senti mon cœur en moi
Bater em violências de paixão
Battre en violence de passion
Como bate no peito à outra gente.
Comme il peut battre dans la poitrine d’autrui.

*

Agora, olhas-me tu altivamente,
Maintenant, tu me regardes fièrement,
Sem sombra de Desejo ou de emoção,
Sans ombre de Désir ou d’émotion,
Enquanto a asa loira da ilusão
Alors que l’aile blonde de l’illusion
Dentro em mim se desdobra a um sol nascente.
En moi, se déploie devant un soleil levant.

*

Minh’alma, a pedra, transformou-se em fonte;
Mon âme, de pierre est devenue source ;
Como nascida em carinhoso monte
Comme née dans une agréable montagne
Toda ela é riso, e é frescura, e graça!
Tout est rire, fraîcheur et grâce !

*

Nela refresca a boca um só instante…
Par elle, se rafraîchit la bouche un instant …
Que importa?… Se o cansado viandante
Qu’importe ? … Si la fatigue vagabonde
Bebe em todas as fontes… quando passa?…
Boit à toutes les fontaines … quand elle passe ? …

* *******************
LA POÉSIE DE FLORBELA ESPANCA – POESIA DE FLORBELLA ESPANCA
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L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Picture_of_Florbela_Espanca.jpg.
João da Cruz e Sousa Traduction Jacky Lavauzelle

EDOUARD SHANARO – ედუარდ შანარო Eduard Shakhnazarov – L’érotisme en tension

 

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PEINTURES ET SCULPTURES
Eduard Shakhnazarov
EDOUARD SHANARO
ედუარდ შანარო
ედუარდ შახნაზაროვი

EDOUARD SHANARO - Eduard Shakhnazarov - L'érotisme en tension

*

EDOUARD SHANARO - Eduard Shakhnazarov - L'érotisme en tension SCULPTEUR GEORGIEN - PEINTRE GEORGIEN TBILISSI - ნარიყალა
Géorgie
საქართველო

PHOTO JACKY LAVAUZELLE

GEORGIE – DECOUVERTE DE LA GEORGIE – საქართველოს აღმოჩენა

 

 

 

 

 

EDOUARD SHANARO - Eduard Shakhnazarov - L'érotisme en tension GEORGIEN - GEORGIE TBILISSI - ნარიყალა

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ARTISTE GEORGIEN
ქართველი მხატვარი

SCULPTURE
Скульптура





EDOUARD SHANARO
EDUARD SHAKHNAZAROV
ედუარდ შახნაზაროვი
Eduard Shanaro

Né le 25 janvier 1959


L’EROTISME EN TENSION

________________________

1976
Académie nationale des arts de Tbilissi, département de sculpture
Tbilisi State Art Academy, Sculpture Department
1982
Académie d’Etat des Arts, faculté de sculpture
State Academy of Arts, faculty of sculpture
1986
Membre de l’Union des artistes de l’URSS
Member of the USSR Union of Artists

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Exhibitions

1983
Galerie centrale géorgienne, « Attente », Bronze
Georgian Central Gallery, « Waiting », Bronze
1984
Georgian Central Gallery, Tbilisi, sculpture « A.Rublov », bronze.
1985
Les Enfants
Georgian Central Gallery, Tbilisi, sculpture « Children », bronze, purchased by the Gallery.
1985
La Jeune Famille
La Galerie Centrale de Moscou
USSR Central Gallery, Moscow, sculpture « Young Family », bronze
1985
La Jeune Famille
Georgian Central Gallery, Tbilisi, sculpture « Young Family », bronze.
1986
La Vieille Photo
Georgian Central Gallery, Tbilisi, sculpture « Old Photo », bronze. Purchased by Gallery.
1986
La Vieille Photo
USSR Central Gallery, « Manege » Moscow, sculpture « Old Photo », bronze. Purchased by the Manege.
1986
Portrait de Wrestler
USSR Central Gallery, « Manege », Moscow, sculpture « Portrait of Wrestler », bronze.
1987
MATERNITE
Georgian Central Gallery, Tbilisi, sculpture « Motherhood », bronze.
1997-Geogian Central Gallery « Eroticism ».
1998
La Descente du Christ de la croix
Georgian Central Gallery, Tbilisi, « delivery of Christ from the Cross », bronze
2001
La Fille au violoncelle
Georgian Central Gallery, « Girl with Cello », bronze, granite.
2005-gallery « University » ,Tbilisi,works « Mary »
2006
Exhibition in Greece,Saloniki.
2006
« M » gallery,Georgia – Tbilisi.

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მოდელი
Modeli
MODELE
MODEL
2013

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Edouard Shanaro – Modèle – 2013

Edouard Shanaro – Modèle – 2013

Edouard Shanaro – Modèle – 2013

Laiton argenté et cuivré – marbre
Tarnished silver-plated and copper plated brass – marble
76x38x33

***

გოგონა ქოლგით
Gogona kolgit
LA FILLE AU PARAPLUIE
GIRL WITH AN UMBRELLA
2012

Edouard Shanaro – La Fille au parapluie

Elle avait une beauté spéciale. Ses cheveux semblaient deux masses d’or, mais ils étaient trop abondants et bourrelaient son front bas de deux profondes vagues chargées d’ombre, qui engloutissaient les oreilles et se tordaient en sept tours sur la nuque. Le nez était délicat, avec des narines expressives qui palpitaient quelquefois, au-dessus d’une bouche épaisse et peinte, aux coins arrondis et mouvants. La ligne souple du corps ondulait à chaque pas, et s’animait du balancement des seins libres, ou du roulis des belles hanches, sur qui la taille pliait.
Pierre Louÿs
LE MIROIR, LE PEIGNE ET LE COLLIER
1896

Edouard Shanaro – La Fille au parapluie – Détail

 

Laiton argenté et cuivré – marbre
Tarnished silver-plated and copper plated brass – marble
106x39x43

**

L’érotisme, c’est de donner au corps les prestiges de l’esprit.”
« Eroticism is giving the body the prestige of the mind »

Georges Perros – Papiers Collés

**

ეროტკომპოზიცია
Erotcompozitsis
COMPOSITION EROTIQUE
EROTIC COMPOSITION
1997

Edouard Shanaro Composition Erotique

ედუარდ შახნააროვი

L’érotisme des esprits superficiels obéit aux conventions de la beauté et de l’esprit.”
« The eroticism of superficial minds obeys the conventions of beauty and spirit »
Robert Desnos

Laiton terni – marbre
Tarnished brass – marble
29x18x35

***

ამორძალი
Amordzali
UNE AMAZONE
AN AMAZON
2006

Edouard Shanaro – Une Amazone

  Laiton terni – marbre
Tarnished brass – marble

99x29x67

***

LA FILLE A LA CANNE
GIRL WITH A WALKING STICK
2008

Edouard Shanaro – La Fille à la canne

Edouard Shanaro – La Fille à la canne

 Laiton terni, plaqué argent et cuivre – Marbre
Tarnished, silver plated and copper plated brass
Marble
83x30x43

Edouard Shanaro – La Fille à la canne

Edouard Shanaro – La Fille à la canne

L’être qui est, pour la plupart des hommes, la source des plus vives, et même, disons-le à la honte des voluptés philosophiques, des plus durables jouissances ; l’être vers qui ou au profit de qui tendent tous leurs efforts ; cet être terrible et incommunicable comme Dieu (avec cette différence que l’infini ne se communique pas parce qu’il aveuglerait et écraserait le fini, tandis que l’être dont nous parlons n’est peut-être incompréhensible que parce qu’il n’a rien à communiquer) ; cet être en qui Joseph de Maistre voyait un bel animal dont les grâces égayaient et rendaient plus facile le jeu sérieux de la politique ; pour qui et par qui se font et défont les fortunes ; pour qui, mais surtout par qui les artistes et les poëtes composent leurs plus délicats bijoux ; de qui dérivent les plaisirs les plus énervants et les douleurs les plus fécondantes, la femme, en un mot, n’est pas seulement pour l’artiste en général, et pour M. G. en particulier, la femelle de l’homme. C’est plutôt une divinité, un astre, qui préside à toutes les conceptions du cerveau mâle ; c’est un miroitement de toutes les grâces de la nature condensées dans un seul être ; c’est l’objet de l’admiration et de la curiosité la plus vive que le tableau de la vie puisse offrir au contemplateur.
Charles Baudelaire
La femme
Le Peintre de la vie moderne
Editions Calmann Lévy, 1885

***

ბრძოლა
Brdzola
BATAILLE
BATTLE
2014

Edouard Shanaro – Bataille

Laiton terni, marbre
Tarnished brass, marble
82x29x53

“L’érotisme, c’est quand l’imagination fait l’amour avec le corps.”
Boundzéki Dongala

Edouard Shanaro – Bataille

Edouard Shanaro – Bataille

 

***

Je t’ai porté cette nouvelle !
Je t’ai tout dit ! je m’y résigne ;
Et tout de même, comme un cygne,
Je mets ma tête sous mon aile…
Anna de Noailles
Poème de l’amour – I

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გედი
Gedi
LE CYGNE
SWAN
1998

Edouard Shanaro – Le cygne

Sans bruit, sous le miroir des lacs profonds et calmes,
Le cygne chasse l’onde avec ses larges palmes,
Et glisse. Le duvet de ses flancs est pareil
À des neiges d’avril qui croulent au soleil ;
Mais, ferme et d’un blanc mat, vibrant sous le zéphire,
Sa grande aile l’entraîne ainsi qu’un lent navire.
Il dresse son beau col au-dessus des roseaux,
Le plonge, le promène allongé sur les eaux,
Le courbe gracieux comme un profil d’acanthe,
Et cache son bec noir dans sa gorge éclatante.
Sully Prudhomme
Le Cygne
Poésies, 1866-1872
Editions Alphonse Lemerre
1872

Edouard Shanaro – Le cygne

 

Laiton terni, marbre
Tarnished brass, marble
79x24x22

***

ლოტუსი
Lotusi
LOTUS
лотос
2006

Edouard Shanaro – Lotus

Bronze teinté
тонированная бронза
Brass
35x32x33,5

Sous des voiles chargés d’influx passionnel
Et pareils à la brume où l’aurore va naître,
Flotte un contour étrange et vaguement charnel.
Catulle Mendès
Le Mystère du lotus
1866

***

კანკანი
Kankani
CANCAN
CAN-CAN
2014

Edouard Shanaro – Cancan

Edouard Shanaro – Cancan

Deux vieilles disaient tout bas :
Belzébuth prend ses ébats.
Voyez en robe, en manteau,
Gotton servante au château.

C’est par-ci, c’est par-là,
Trala, trala, tralala ;
C’est par-ci, c’est par-là,
C’est le diable en falbala.

Pierre-Jean de Béranger
Air des cancans
Gotton
Œuvres complètes de Béranger, H. Fournier
1839

 

Laiton terni, marbre argenté
Tarnished brass, silver-plated marble
73,5x37x45

***

 “L’érotisme est un pouvoir sexuel sans bornes, illimité, démesuré. Il faut le craindre.”
Marquis de Sade

***

ვნება
Vneba
PASSION
2006

Edouard Shanaro – Passion

Edouard Shanaro – Passion

Laiton terni, marbre
Tarnished brass, marble
78×15,5×15,5

Comprends que je déraisonne,
Que mon cœur, avec effroi,
Dans tout l’espace tâtonne
Sans se plaire en nul endroit…
Je n’ai besoin que de toi
Qui n’as besoin de personne !
Anna de Noailles
Poème de l’amour – II

***

რომანი
Romani
ROMANCE
2009

Edouard Shanaro Romance

Edouard Shanaro Romance

 

Laiton argenté, verre, marbre
Silver plated brass, glass, marbre
84x23x40

— Je perds mon appui et mon aide,
Tant tu me hantes et m’obsèdes
Et me deviens essentiel !
Je ne vois la vie et le ciel
Qu’à travers le vitrail léger
Qu’est ton nuage passager.
— Je souffre, et mon esprit me blâme,
Je hais ce harassant désir !
Car il est naturel à l’âme
De vivre seule et d’en jouir…

Anna de Noailles
Poème de l’amour -V

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დილა
Dila
MATIN
MORNING
2004

 

Edouard Shanaro – Matin

Edouard Shanaro – Matin

Laiton argenté, verre, marbre
Silver plated brass, glass, marbre
83x25x36

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Edouard Shanaro – Matin – Détail

La robe, nid de soie, à terre est affaissée.
Hier, sous des blancheurs de batiste froissée
La forme en a jailli libre, papillon blanc,
Qui sort de son cocon, l’aile collée au flanc.

À côté, sur leurs hauts talons, sont les bottines
Qui font aux petits pieds ces allures mutines,
Et les bas, faits de fils de la vierge croisés,
Qui prennent sur la peau des chatoiements rosés.

Charles Cros
Matin
Le Coffret de santal

**

Voici qu’un peu plus haut le divin gonflement
De la chair semble un marbre où la fève est enclose.
Le genou souple règle à son gré chaque pose
Et conduit l’action du pas ferme & charmant.
C’est la vigueur & c’est l’élan des chasseresses ;
Ou, dans le geste propre aux plastiques paresses,
La détente du grand repos oriental.
Et l’on songe à Diane, au front ceint de lumière,
Parmi ſes nymphes, près des sources de cristal,
La plus svelte, la plus superbe et la première.

Albert Mérat
Le Sonnet de la jambe
L’Idole
Editions Alphonse Lemerre
1869

***

L’érotisme est l’une des bases de la connaissance de soi, aussi indispensable que la poésie.” (Anaïs Nin –  Etre une femme et autres essais)

***

შემოდგომა
Shemodgoma
AUTOMNE
AUTUMN
2004

Edouard Shanaro – Automne

Edouard Shanaro – Automne

Laiton argenté, marbre
Silver plated brass, marbre
80x30x20

***

Edouard Shanaro – Automne

L’automne qui descend les collines voilées
Fait, sous ses pas profonds, tressaillir notre cœur ;
Et voici que s’afflige avec plus de ferveur
Le tendre désespoir des roses envolées.

C’est la bonne saison, entre toutes féconde,
D’adorer tes vrais dieux, sans honte, à ta façon,
Et de descendre en toi jusqu’au divin frisson
De te découvrir jeune et vierge comme un monde !

Tout est calme ; le vent pleure au fond du couloir ;
Ton esprit a rompu ses chaînes imbéciles,
Et, nu, penché sur l’eau des heures immobiles,
Se mire au pur cristal de son propre miroir :
Et, près du feu qui meurt, ce sont des Grâces nues,
Des départs de vaisseaux haut voilés dans l’air vif,
L’âpre suc d’un baiser sensuel et pensif,
Et des soleils couchants sur des eaux inconnues…

 Albert Samain
Automne
Le Chariot d’or

***

თამაში
Tamashi
UN JEU
A GAME
2004

 

Edouard Shanaro – Le jeu

laiton plaqué argent, marbre, verre
silver-plated brass, marble, glass
78x30x35

***

მასეირნება
LA PROMENADE
WALK
2004

Edouard Shanaro – La Promenade – 2004

Edouard Shanaro – La Promenade – 2004

laiton plaqué argent, marbre
silver-plated brass, marble
78x30x35

***

Mais quand nous rentrions en ville, aux soirs tombants,
Si nous croisions le long des murs percés de grilles
Un long pensionnat de pâles jeunes filles
Portant des chapeaux ronds sans fleurs et sans rubans,

Et si l’une aux yeux clairs avec un fin corsage
Où des seins nouveau-nés suspendaient leurs fardeaux,
Avec des cheveux blonds long-tressés sur le dos,
Si l’une avait souri doucement au passage,

Le rêve était exquis ! et, rentrés au dortoir,
— La mémoire des yeux nous aidant la pensée
C’était quelque lointaine et vague fiancée,
Et nous nous endormions, l’ayant aimée un soir !

Georges Rodenbach
Promenade
La Jeunesse blanche
Eugène Fasquelle – Bibliothèque Charpentier
1913

***

 

 

***

***

NIGHT BLUES
2005

Edouard Shanaro – Night Blues

Argent platiné, verre, marbre
Silver plated brass, glass, marble
98x35x33

***

PEINTURES ET SCULPTURES
Eduard Shakhnazarov
EDOUARD SHANARO

EDOUARD SHANARO - Eduard Shakhnazarov - L'érotisme en tension

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EDOUARD SHANARO - Eduard Shakhnazarov - L'érotisme en tension SCULPTEUR GEORGIEN - PEINTRE GEORGIEN TBILISSI - ნარიყალა

 

SIR WALTER RALEIGH – WHAT IS OUR LIFE? – Qu’est-ce que notre vie?

LITTERATURE ANGLAISE

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SIR WALTER RALEIGH
1552/1554-29 octobre 1618

 

Traduction – Translation

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

French and English text
texte bilingue français-anglais

 


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LES POEMES
DE SIR WALTER RALEIGH

Sir Walter Raleigh’s poems

WHAT IS OUR LIFE ?
QU’EST-CE QUE NOTRE VIE ?

 

 




What is our life? A play of passion,
Qu’est-ce que notre vie ? Un jeu de passion,
Our mirth the music of division,
Notre joie, la musique de rupture,
Our mother’s wombs the tiring-houses be,
L’utérus de notre mère, un vestiaire
Where we are dressed for this short comedy.
Où nous nous vêtissons pour cette courte comédie.
Heaven the judicious sharp spectator is,
Le ciel, judicieux et piquant spectateur,
That sits and marks still who doth act amiss.
Assiste et observe nos actions et nos chutes.
Our graves that hide us from the setting sun
Nos tombes nous cachent du soleil couchant
Are like drawn curtains when the play is done.
Comme des rideaux tirés quand la pièce est terminée.
Thus march we, playing, to our latest rest,
Ainsi, nous marchons, en jouant, vers notre dernier repos,
Only we die in earnest, that’s no jest.
Mais nous mourons sérieusement, ce n’est pas une farce.




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LA LOGIQUE DES PASSIONS

Les passions du XVIe siècle sont marquées vivement chez Raleigh. C’est ce qui le rend si intéressant pour nous. Il réunit l’esprit d’aventure, le génie de l’intrigue, le courage guerrier, la liberté du style, la ferveur protestante, l’animosité politique, le luxe italien, l’avidité britannique, et la violence comme l’audace gasconnes ; âme singulière, au sein de laquelle luttent les vices et les grandeurs nés de ces sources diverses, mensonge, fierté, bassesse, magnanimité, cruauté, fourberie, héroïsme. L’antithèse des rhéteurs est impuissante à dire les contrastes d’une telle vie : elle a pour caractère l’excès dans toutes les directions ; sublimité dans le péril, avilissement dans le succès ; rien de modéré, rien d’égal ; aujourd’hui le rôle d’un martyr et demain celui d’un laquais. On ne peut l’expliquer que par la logique des passions, non par celle de la raison.

Philarète Chasles (1798 – 1873)
Walter Raleigh
Revue des Deux Mondes
Période Initiale
Tome 23, 1840

**********








Raleigh désira tout et fut tout

Il était né dans un temps qui fomentait l’ardeur vague de l’ambition, laissant tout espérer à la témérité, et enivrant de magnifiques promesses les âmes violentes. Nous savons aujourd’hui, fils du XIXe siècle, ce qu’une époque peut contenir de désirs immodérés, d’espérances sans terme et de désirs immodérés, d’espérances sans terme et de désirs insatiables. Raleigh désira être et fut tout ; plus d’une fois il atteignit le succès, et sa renommée incomplète demeura comme suspendue entre tous ces genres de gloire. On l’a vu tout commencer, ne rien accomplir ; de succès en succès n’aboutir qu’à des avortements, et devoir son véritable triomphe à sa prison, lorsque cette ardeur fixée se concentra dans des pensées sévères, et valut à Raleigh la gloire littéraire, celle qui protège encore avec le plus de certitude et de magnificence une renommée équivoque.

Philarète Chasles (1798 – 1873)
Walter Raleigh
Revue des Deux Mondes
Période Initiale
Tome 23, 1840

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SIR WALTER RALEIGH

GERMAIN NOUVEAU SUPÉRIEURE (poème)

 SUPÉRIEURE GERMAIN NOUVEAU
LITTERATURE FRANCAISE
SYMBOLISME

germain-nouveau-poemes-poesie-artgitato

Germain Nouveau

31 juillet 1851 Pourrières (Var) – 4 avril 1920 Pourrières

——–


POEMES
VALENTINES ET AUTRES VERS

LA POESIE DE
GERMAIN NOUVEAU
SUPÉRIEURE

Valentines et autres vers

Texte établi par Ernest Delahaye
Albert Messein, 1922
*
*

GERMAIN NOUVEAU
SUPÉRIEURE

J’entendais parler tout à l’heure
D’une femme supérieure.
Ce n’est, ma Mignonne… pas Toi…
Car… que sais-tu faire en ce monde,
Petite reine toute ronde
Faite au tour pour le bal du roi ?

Oui, raconte-nous tes affaires ;
Ah ! voilà longtemps que les verres
De ta quenouille sont cassés !
Tu ne sais faire, ni couture…
Les pommes au lard, par nature !
Soit ! mais, franchement, est-ce assez ?

Tu ne sais rien faire que lire ;
Cependant, Tu pourrais écrire,
Sculpter, peindre… l’homme et les cieux ;
Mais on voit ta crainte profonde
De n’arriver que la seconde
Et surtout derrière un monsieur.

Si Tu cultivais la Musique,
Ah !… quel enchantement physique !
Quels chefs-d’œuvre de Passion !
Mais Tu passes ton temps à lire
Tout, de l’excellent jusqu’au pire,
« À titre d’information ».

Tu ne sais rien faire qu’entendre,
Discerner, saisir, et comprendre
Que tout est clair comme le jour.
Car la femme supérieure,
Tu vois bien que c’est la meilleure,
Celle qui fait le mieux l’amour.

Celle qui garde sous ses tresses
Le plus grand trésor de caresses,
Les baisers les plus triomphants,
Qui cherchent à dépasser sa mère
Et fait tous ses efforts pour faire,
Pour faire les plus beaux enfants.

Car la femme qui peint les anges,
Qui signe des romans étranges,
Qui fait des vers, bien mieux que moi,
De la musique, et la meilleure,
Peut bien être supérieure
Aux autres femmes — pas à Toi.

Car la femme qui fait la femme,
Avec son corps où brûle une âme,
Dans un lit, troublant, pour le roi,
Qui de baisers dévore l’heure,
Peut bien être supérieure
À tous les hommes — pas à Toi.

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SUPÉRIEURE
Germain Nouveau

ON REASON AND PASSION KHALIL GIBRAN SUR LA RAISON ET LA PASSION

The Prophet
ON REASON AND PASSION
Sur la Raison et la Passion

The Prophet XIV
KHALIL GIBRAN
Littérature Libanaise
Lebanese literature
le-prophete-khalil-gibran-fred-holland-day-1898Photographie de Fred Holland Day
1898



جبران خليل جبران
Gibran Khalil Gibran
1883–1931
le-prophete-khalil-gibran-the-prophete-n

Traduction Jacky Lavauzelle

 

THE PROPHET XIV
ON REASON AND PASSION
Sur La Raison et la Passion

 

1923


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on-reason-and-passion-khalil-gibran-artgitato-dessins-de-charles-le-brun
Expressions des passions de l’âme
1727
Charles Le Brun

*

And the priestess spoke again and said: Speak to us of Reason and Passion.
Et la prêtresse parla à nouveau et dit : « Parle-nous de la Raison et de la Passion. »
And he answered, saying:
Et il répondit en disant :
Your soul is oftentimes a battlefield, upon which your reason and your judgment wage war against your passion and your appetite.
Votre âme est souvent un champ de bataille, sur lequel votre raison et votre jugement guerroient contre votre passion et votre appétit.
Would that I could be the peacemaker in your soul, that I might turn the discord and the rivalry of your elements into oneness and melody.
Ah ! si je pouvais être le pacificateur dans votre âme, et retourner la discorde et la rivalité de vos éléments dans l’unité et la mélodie.
But how shall I, unless you yourselves be also the peacemakers, nay, the lovers of all your elements?
Mais comment le pourrais-je, à moins que vous ne soyez vous-même aussi des artisans de paix, non, des amoureux de tous vos éléments ?

*

Your reason and your passion are the rudder and the sails of your seafaring soul.
Votre raison et votre passion sont le gouvernail et les voiles de votre âme nomade.
If either your sails or your rudder be broken, you can but toss and drift, or else be held at a standstill in mid-seas.
Si l’une de vos voiles ou votre gouvernail se brisaient, vous seriez à la dérive, ou bien vous seriez à l’arrêt au milieu des mers.
For reason, ruling alone, is a force confining; and passion, unattended, is a flame that burns to its own destruction.
Car la raison, seule au pouvoir, est une force de confinement ; et la passion, sans surveillance, est une flamme qui brûle jusqu’à s’autodétruire.
Therefore let your soul exalt your reason to the height of passion, that it may sing;
Par conséquent, laissez votre âme exalter votre raison à la hauteur de la passion, pour que celle-ci puisse chanter ;
And let it direct your passion with reason, that your passion may live through its own daily resurrection, and like the phoenix rise above its own ashes.
Et laissez-le diriger votre passion avec raison, que votre passion puisse vivre sa propre résurrection quotidienne, telle la montée du phénix au-dessus de ses propres cendres.

*

I would have you consider your judgment and your appetite even as you would two loved guests in your house.
Je voudrais que vous considérez votre jugement et votre appétit comme vous le feriez de deux aimables invités dans votre maison.
Surely you would not honour one guest above the other; for he who is more mindful of one loses the love and the faith of both.
Certes, vous ne privilégieriez nullement un invité au-dessus de l’autre ; car choisir c’est perdre l’amour et la foi des deux.

*

Among the hills, when you sit in the cool shade of the white poplars, sharing the peace and serenity of distant fields and meadows — then let your heart say in silence, « God rests in reason. »
Parmi les collines, quand vous vous asseyez à l’ombre fraîche des peupliers blancs, partageant la paix et la sérénité des champs lointains et des prés, laissez votre cœur dire en silence : « Dieu se repose dans la raison. »
And when the storm comes, and the mighty wind shakes the forest, and thunder and lightning proclaim the majesty of the sky — then let your heart say in awe, « God moves in passion. »
Et quand la tempête arrive, et que le vent puissant secoue la forêt, et que le tonnerre et la foudre proclament la majesté du ciel – laissez votre cœur dire dans la crainte : «Dieu se meut dans la passion. »
And since you are a breath in God’s sphere, and a leaf in God’s forest, you too should rest in reason and move in passion.
Et puisque vous êtes un souffle dans la sphère de Dieu, et une feuille dans la forêt de Dieu, vous aussi devriez vous reposer dans la raison et vous mouvoir dans la passion.


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On Reason and Passion
Khalil Gibran
Sur la Raison et la Passion

SERBIS (MENDOZA) LE DESORDRE DES PASSIONS

Brillante MENDOZA

SERBIS – SERVICE
2008

Brillante Mendoza Portrait Le désordre
des passions

Nous entrons dans le ventre d’un monstre au milieu de la ville. Et forcément, une odeur remonte à nos narines. Nous entrons dans ses entrailles en suivant la caméra. Nous courons après les clients, les voleurs, les chèvres, le milieu interlope de la ville. Il n’y a pas de perspective, mais des corps qui tombent, d’autres qui fuient et le tout dans la spirale de l’escalier qui gère et génère de la narration. Il raconte moins l’activité que l’inactivité ne raconte le lieu. C’est cette chorégraphie des corps, des mains et des bouches en fait, qui s’affaissent et se couchent que le film nous montre.

Serbis de Brillante Mendoza Affiche

UNE TECTONIQUE DES PLAQUES
Mendoza questionne la société, l’ordre, la justice, la religion et l’art à travers le cinéma. Mais l’ordre, la justice et l’art sont dans un tel état  qu’ils ne tiennent encore un peu que parce qu’ils sont déstructurés et enchevêtrés comme ces toilettes bouchées qui n’en peuvent plus de ce trop-plein de déjections. A une époque, pas si lointaine, les choses avaient un sens. Depuis, une sorte de tectonique des plaques s’est mise en œuvre. Le lieu c’est mué en un lieu d’échanges, d’échangismes, au rythme des projections ou plutôt du noir que les projections rendent possibles.  

UN ANTI CINEMA PARADISIO
Mendoza ne nous plonge pas dans un Cinéma Paradisio philippin. Ici, nulle nostalgie. Salvatore, dans le film de Giuseppe Tornatore, apprend la vie par les films projetés avec des beaux héros exemplaires au teint halé et des méchants fourbes et retors à souhait. Jonas (Bobby Jerome Go), dans Serbis, lui, n’est pas l’enfant qui apprendra la vie par les films, mais par ce qui gravite autour des films. Il finira du rouge à lèvre sur la bouche. Mais est-ce encore du cinéma qui passe dans ces salles. La première scène du Jonas voyeur regardant sa sœur nue se dire ‘Je t’aime’ donne un éclairage particulier à cette réflexion. Nous regardons l’enfant qui regarde sa sœur, qui elle-même se regarde en regardant ensuite son frère.

CINEMA ! CINEMA ?
Il y a du cinéma pourtant, enfin ça ressemble au cinéma : de la technique, des salles, des écrans, des bobines que l’on rembobine et que l’on projette. Il y a des affiches et des panneaux de stars que l’on peint. Il y a une caisse centrale et des tickets. Et pourtant nous ne sommes pas au cinéma. Il ne reste que le nom en haut de la bête. Une chose vide que la vie complète par des bribes, des instincts et des soupirs.

LES SOUFFLES, LES CRIS, LES BÊLEMENTS
Que reste-t-il du cinéma populaire ? Que reste-t-il des projections passées ? Rien. Absolument rien !

Pourtant, le cinéma commence de la toute première image, avec un film vieilli et sautillant, complétement rayé, à la dernière image, le film dans le film, avec la pellicule qui brûle. Mais la vie n’est plus dans le cinéma tout en y étant, puisque Mendoza la filme, puisqu’il en a fait une oeuvre. Mais si la vie s’échappe, dans une sorte d’abîme, de siphons. Autour de l’escalier central, la caméra retient des souffles, des soulagements, des cris d’hommes ou des bêlements de chèvre.

BAWAL TAMBAY DITO !!!
Car l’escalier est le personnage principal et central. C’est à partir de lui, que les autres personnages nous conduisent dans les petites pièces intermédiaires et cachées. L’escalier n’est plus ce lieu secondaire et temporaire. Il est celui où l’on vit ; où l’on attend. Sans savoir ce que l’on attend. C’est le lieu où l’on s’essaie à marcher de manière chaloupée. C’est le lieu de la lumière par contraste avec les salles obscures. C’est le lieu où la pancarte qui trône et qui indique « Bawal Tambay Dito !!! Interdit de traîner ici !!! » ne veut vraiment plus rien dire. Puisque s’il y a un lieu où les gens traînent c’est bien ‘dito’. Ici et nulle part ailleurs. Les clients sont devenus des individus hors fonctions particulières. Ils sont des objets tarifés ou des sculptures délabrées et isolées. Les gens imitent les gens. Mais l’humanité est loin. Ils sont maniérés à la façon kantienne, avec cette sorte de « singerie, celle de la pure singularité qui pousse à s’éloigner autant que possible de l’imitation, sans pour autant posséder le talent d’être exemplaire. » (Kant, La Critique du jugement) Personne ici n’est exemplaire. Chacun s’essaie un bout de vie à lui, avec toutes les imperfections possibles et imaginables.

LES GLISSEMENTS INCESSANTS DU SENS
Chaque objet sera, comme l’escalier,  transformé radicalement de sa fonction première, de sa première définition, de son rôle initial : la glace ne montre pas la personne mais ce que la personne attend, autant pour la fille, la mère ou la grand-mère, le cinéma « Family » est désertée des familles depuis bien longtemps en devenant un cinéma porno qui attirent des homos en attente de sensation tarifée, des Servis, la famille qui fait vivre le cinéma est fracturée par le procès entre le grand-père et la grand-mère, les films sont des pornos hétéros et la clientèle est homo, l’action se déroule dans la ville d’Angeles City où les anges ont déserté depuis longtemps. Les affiches indiquent exactement l’inverse de ce que l’on fait à l’intérieur. Les affiches fleurissent avec des interdictions dont aucune n’est respectée, comme la « Bawal Mas Sex Dito ! Actes Sexuels Interdits ! » Les séparations Lady Men des toilettes. Les toilettes ne sont même plus des toilettes, au mieux des lieux immergés. L’oncle homo s’est marié avec une femme pour avoir un enfant, « pour une fois que quelqu’un m’aime. »  La patronne a un diplôme d’infirmière qui ne lui sert à rien dans ce drôle de capharnaüm…

LA DUPLICITE DES SENS
Mais ce n’est pas seulement dans le cinéma. Comme le ‘One Way’ de la rue qui ne sert à rien, les gens, les animaux, les véhicules circulant dans les deux sens. On ne se préoccupe plus du sens des choses, puisque les choses n’ont plus de sens. On se préoccupe des sensations, nécessairement fugitives.

Il y a duplicité du sens. Le sens affiché correspond à une époque où la circulation de la rue était régulée et où le cinéma accueillait les familles. Le sens réel correspond à un vrai bordel, au sens figuré comme au sens réel. Le cinéma n’est pas hors du monde, il participe à cette déchéance et à cette chute. Le cinéma se craquelle de toutes parts. De nouvelles fissures apparaissent. Les glaces sont brisées. Les toilettes bouchées. La famille écartelée. Les peaux infectées de furoncles teigneux et résistants.

Comme le sens des choses, comme la rue, comme la famille, il y a toujours confusions et enchevêtrements. Rien n’est vraiment délimité, ainsi la rue et la salle de cinéma. Les pièces du cinéma entre elles qui sans se correspondre, sont autant de poupées russes mais les unes dans les autres, sur les autres, en-dessous ou au-dessus.

Où est passé l’art qui inondait l’écran. Les images que l’on projette ne sont même plus regardées. Elles rentrent dans un décorum, comme image de fonds. Les films sont interchangeables et passent toujours le même film, jamais vraiment différent.

L’IMMORALITE EN HERITAGE
Le cinéma n’est pas un havre en dehors de la ville, il est un des lieux de la ville où la vie continue vaille que vaille.  Par contre, le cinéma sort de toute moralité. Le fils qui préfère trahir sa mère pour ne pas avoir d’autres héritiers qui viendraient subtiliser l’héritage, les pratiques débridées des clients, jusqu’à cette religieuse qui en s’approchant du cinéma trébuche et se casse la figure. « Le Seigneur ajouta : ‘la clameur qui s’élève contre Sodome et Gomorrhe est immense, et leur péché est énorme » (Genèse, 18) Et le Seigneur descendit. Quelle sera la punition divine ?

Quand les personnages sont dans les rues, ils ne se mêlent pas aux processions religieuses ; ils sont à contre–courant. Toujours. Quand le policier dans son 4×4 vient chercher le jeune homme, celui ni ne respecte même pas les panneaux. La famille est explosée. Il ne reste pas grand-chose qui tient encore. Peut-être l’école où le petit Jonas revient radieux et où il apprend quelque chose. Mais pour voir de suite des ébats qui ne sont vraiment pas de son âge !

Mais Mendoza, dans ce décalage généralisé et ce foutoir absolu, voit encore ou surtout par ces yeux d’artistes. C’est le seul espoir qui reste. ‘Ceci est une pipe’ inscrit sur les murs rejoint le ‘Ceci n’est pas une pomme’ de Magritte. La toile qui brûle rejoint le geste de Miro avec ses toiles brûlées. Les tags lancés dans l’escalier sont autant d’œuvres du street-art. Les pancartes deviennent des créations de Ben.

La mort du film finit la frénésie des corps et du chaos des expériences éphémères. Des saints dévoyés se battent sur l’écran. La pellicule s’embrase… »Alors le Seigneur fit tomber sur Sodome et Gomorrhe une pluie de soufre et de feu, venant du Seigneur, du ciel. Il anéantit ces villes et toute la plaine…Abraham vit monter de la terre une fumée semblable à la fumée d’une fournaise. » (La Genèse, 19)

Le cinéma est mort. Place aux rêves.

Jacky Lavauzelle

 

Acteurs
Gina Pareño (Nanay Flor, la gérante)

Jacklyn Jose (Nayda, la fille de Nanay Flor)
Julio Diaz (Lando)
Coco Martin (Alan)
Kristoffer King (Ronald)
Dan Alvaro (Jerome, le mari de Nayda)
Mercedes Cabral (Merly)
Roxanne Jordan (Jewel, la fille de Nayda)
Dido De La Paz (Atty. Quintana, l’Avocat)
Buddy Caramat (Tonette l’Oncle homo)
Bobby Jerome Go (Jonas, le plus jeune fils de Nayda)