Archives par mot-clé : nature

LA VOIX SECRÈTE DE L’AMOUR OBSCUR -LORCA SONNETS DE L’AMOUR OBSCUR – AY VOZ SECRETA DEL AMOR OSCURO

***
FREDERICO GARCIA LORCA SONNETS DE L’AMOUR OBSCUR

lorca sonnets de l'amour obscur

Frederico Garcia Lorca sonnets de l'amour obscur

sonetos del amor oscuro

*******

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

Federico García Lorca

1898 – 1936

Sonetos del amor oscuro
Sonnets de l’amour obscur



Poèmes de Federico García Lorca
Poesía
*****
AY VOZ SECRETA DEL AMOR OSCURO
LA VOIX SECRÈTE DE L’AMOUR OBSCUR
****

¡Ay voz secreta del amor oscuro!
Ô voix secrète de l’amour obscur !
 ¡ay balido sin lanas! ¡ay herida!
Ô bêlement sans laine ! ô blessure !
¡ay aguja de hiel, camelia hundida!
Ô aiguille de fiel, camélia écrasé !
  ¡ay corriente sin mar, ciudad sin muro!
Ô courant sans mer, ville sans mur !

*

¡Ay noche inmensa de perfil seguro,
Ô immense nuit au profil assuré,
montaña celestial de angustia erguida!
Montagne céleste d’angoisse érigée !
 ¡ay perro en corazón, voz perseguida!
Ô chien de cœur, voix persécutée !
¡silencio sin confín, lirio maduro!
Silence sans limite, lys mûr !

*

Huye de mí, caliente voz de hielo,
Éloigne-toi de moi, voix chaude de glace,
no me quieras perder en la maleza
Tu ne veux pas me perdre dans ces mauvaises herbes
donde sin fruto gimen carne y cielo.
Où, sans fruit, gémissent la chair et le ciel.

*

*

Deja el duro marfil de mi cabeza,
Laisse l’ivoire dur de ma tête,
apiádate de mí, ¡rompe mi duelo!
Prends pitié de moi, arrête mon duel !
 ¡que soy amor, que soy naturaleza!
Car je suis amour, car je suis nature !

***

Federico García Lorca Sonetos del amor oscuro
Sonnet de l’amour obscur

lorca sonnets de l'amour obscur

HEINRICH HEINE – LE LIVRE DES CHANTS IV – Im Walde wandl’ ich und weine – LE MERLE AU-DESSUS DE MOI

LE LIVRE DES CHANTS
LITTERATURE ALLEMANDE






Christian Johann Heinrich Heine




*

Im Walde wandl’ ich und weine,
Dans la forêt, je marche et je pleure,
Die Drossel sitzt in der Höh’;
Le merle au-dessus de moi ;
Sie springt und singt gar feine:
Saute et chante délicatement :
Warum ist dir so weh?
Pourquoi es-tu si triste ?

*

« Die Schwalben, deine Schwestern,
« Les Hirondelles, tes sœurs,
Die können’s dir sagen, mein Kind;
Peuvent te le dire, mon enfant ;
Sie wohnten in klugen Nestern,
Dans des nids sages, elles logeaient
Wo Liebchens Fenster sind. »
Où se trouvaient non loin les fenêtres de mon aimée ».

*






****************************************

HEINRICH HEINE
*************

UNE HISTOIRE DE SOUFFRANCE

Les Mains & La Beauté musicale de Heine

Mais ce qui m’intéressait plus encore que les discours de Heine, c’était sa personne, car ses pensées m’étaient connues depuis longtemps, tandis que je voyais sa personne pour la première fois et que j’étais à peu près sûr que cette fois serait l’unique. Aussi, tandis qu’il parlait, le regardai-je encore plus que je ne l’écoutai. Une phrase des Reisebilder me resta presque constamment en mémoire pendant cette visite : « Les hommes malades sont véritablement toujours plus distingués que ceux en bonne santé. Car il n’y a que le malade qui soit un homme ; ses membres racontent une histoire de souffrance, ils en sont spiritualisés. » C’est à propos de l’air maladif des Italiens qu’il a écrit cette phrase, et elle s’appliquait exactement au spectacle qu’il offrait lui-même. Je ne sais jusqu’à quel point Heine avait été l’Apollon que Gautier nous a dit qu’il fut alors qu’il se proclamait hellénisant et qu’il poursuivait de ses sarcasmes les pâles sectateurs du nazarénisme : ce qu’il y a de certain, c’est qu’il n’en restait plus rien alors. Cela ne veut pas dire que la maladie l’avait enlaidi, car le visage était encore d’une singulière beauté ; seulement cette beauté était exquise plutôt que souveraine, délicate plutôt que noble, musicale en quelque sorte plutôt que plastique. La terrible névrose avait vengé le nazarénisme outragé en effaçant toute trace de l’hellénisant et en faisant reparaître seuls les traits de la race à laquelle il appartenait et où domina toujours le spiritualisme exclusif contre lequel son éloquente impiété s’était si souvent élevée. Et cet aspect physique était en parfait rapport avec le retour au judaïsme, dont les Aveux d’un poète avaient récemment entretenu le public. D’âme comme de corps, Heine n’était plus qu’un Juif, et, étendu sur son lit de souffrance, il me parut véritablement comme un arrière-cousin de ce Jésus si blasphémé naguère, mais dont il ne songeait plus à renier la parenté. Ce qui était plus remarquable encore que les traits chez Heine, c’étaient les mains, des mains transparentes, lumineuses, d’une élégance ultra-féminine, des mains tout grâce et tout esprit, visiblement faites pour être l’instrument du tact le plus subtil et pour apprécier voluptueusement les sinuosités onduleuses des belles réalités terrestres ; aussi m’expliquèrent-elles la préférence qu’il a souvent avouée pour la sculpture sur la peinture. C’étaient des mains d’une rareté si exceptionnelle qu’il n’y a de merveilles comparables que dans les contes de fées et qu’elles auraient mérité d’être citées comme le pied de Cendrillon, ou l’oreille qu’on peut supposer à cette princesse, d’une ouïe si fine qu’elle entendait l’herbe pousser. Enfin, un dernier caractère plus extraordinaire encore s’il est possible, c’était l’air de jeunesse dont ce moribond était comme enveloppé, malgré ses cinquante-six ans et les ravages de huit années de la plus cruelle maladie. C’est la première fois que j’ai ressenti fortement l’impression qu’une jeunesse impérissable est le privilège des natures dont la poésie est exclusivement l’essence. Depuis, le cours de la vie nous a permis de la vérifier plusieurs fois et nous ne l’avons jamais trouvée menteuse.

Émile Montégut
Esquisses littéraires – Henri Heine
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 63
1884

****************************************

NOVEMBRE Giovanni Pascoli – Poesia – Poésie

Giovanni Pascoli

Traduction – Texte Bilingue
Poesia e traduzione

LITTERATURE ITALIENNE

Letteratura Italiana

GIOVANNI PASCOLI
1855-1912

Giovanni Pascoli artgitato poesie poesia

Traduction Jacky Lavauzelle

——-




NOVEMBRE

**

Gemmea l’aria, il sole così chiaro
Air cristallin, soleil si clair
che tu ricerchi gli albicocchi in fiore,
Que tu recherches les abricotiers en fleurs,
e del prunalbo l’odorino amaro senti nel cuore…
Que ton cœur inhale l’amère fragrance des aubépines…

*




Ma secco è il pruno, e le stecchite piante
Mais le prunier est sec et les arbres étiques
di nere trame segnano il sereno,
Des lignes noires seules soulignent cette sérénité,
vuoto il cielo, e cavo al piè sonante sembra il terreno.
Le ciel est vide, tes pieds semblent faire résonner le creux de la terre.

*




Silenzio, intorno: solo, alle ventate,
Silence, tout autour, rafales de vent, seul,
odi lontano, da giardini ed orti,
Tu entends au loin, des jardins et des vergers,
di foglie un cader fragile.
La chute fragile des feuilles.
È l’estate, fredda, dei morti.
C’est le glacial été des morts.

*************

GIOVANNI PASCOLI
par
PAUL HAZARD
en 1912

« Il aimera toute la nature« 

Cet art très objectif est tout pénétré de sentiment. Ce pourrait être la haine de la nature marâtre, qui met au inonde les créatures pour les torturer, si nous ne nous rappelions ici la bonté essentielle de Pascoli : il ne se lasse jamais d’exprimer sa douleur, parce qu’il ne l’oublie jamais : mais de sa souffrance, plutôt qu’à la légitimité de la révolte, il conclut à la nécessité du pardon. Désirer la vengeance, blasphémer ou maudire, ne serait-ce pas perpétuer le mal sur la terre, et prendre rang parmi les coupables ? Ayant éprouvé qu’il y a dans la vie un insondable mystère, ils doivent se serrer les uns contre les autres, ceux que le même mystère angoisse ; ils doivent se chérir et s’entr’aider, pour prendre leur revanche contre le sort. La pitié, la tendresse, la douceur, voilà donc les sentimens qui pénétreront les vers du poète, et qui, partant des hommes, aboutiront aux choses. Parmi les hommes, il s’intéressera d’abord aux victimes, aux orphelins, aux malades ; puis aux humbles, aux pauvres, aux misérables ; puis encore, aux simples et aux primitifs. Pareillement, il aimera les arbres qui frémissent au vent, les fleurs qui tremblent sur leur tige, et la faiblesse gracieuse des oiseaux : comme saint François d’Assise, puisqu’on a dit de lui qu’il était un Virgile chrétien, ou un saint François païen ; comme ce Paolo Uccollo dont il a écrit la touchante histoire. Il aimera toute la nature : soit qu’il aperçoive en elle des symboles, et veuille voir des berceaux dans les nids ; soit qu’il manifeste une reconnaissance émerveillée pour les tableaux de beauté qu’elle lui présente ; soit qu’il l’associe aux hommes dans la lutte contre le mystère qui l’enveloppe elle-même, il finit par la considérer comme une mère très douce, qui nous berce encore à l’heure où nous nous endormons. « Ah ! laissons-la faire, car elle sait ce qu’elle fait, et elle nous aime !… » Ce sentiment-là, il nous le communique sans prétendre nous l’imposer. En effet, cet artiste épris d’exactitude, connaissant la valeur de la précision, en connaît aussi les limites. Il sait qu’au-delà du terme où l’analyse peut atteindre, il y a les forces presque inconscientes qu’il faut laisser agir par elles-mêmes après les avoir mises en mouvement. Il possède la pudeur rare qui consiste à ne pas vouloir tout dire ; à faire crédit à la sensibilité du lecteur ; à se taire lorsqu’il a provoqué le rêve, afin de ne le point troubler.
Giovanni Pascoli
Paul Hazard
Revue des Deux Mondes Tome 10-  1912




*****************



Traduction Jacky Lavauzelle
artgitato
******************

LE GARDEUR DE TROUPEAU PESSOA XXXVIII Li hoje quase duas páginas

Poème XXXVIII
Li hoje quase duas paginas
 
Poème de Fernando Pessoa
O Guardador de Rebanhos – Le Gardeur de Troupeaux




Traduction – Texte Bilingue
tradução – texto bilíngüe

Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE PORTUGAISE
POESIE PORTUGAISE

Literatura Português

FERNANDO PESSOA
1888-1935
Fernando Pesso Literatura Português Poesia e Prosa Poésie et Prose Artgitato

 




Poema XXXVIII
Poema de Fernando Pessoa
por Alberto Caeiro
O GUARDADOR DE REBANHOS

Poème XXXVIII
Poème de Fernando Pessoa
Alberto Caeiro
LE GARDEUR DE TROUPEAUX

****

Li hoje quase duas páginas

Li hoje quase duas páginas
Je viens de lire maintenant près de deux pages
Do livro dum poeta místico,
Du livre d’un poète mystique,
E ri como quem tem chorado muito.
Et j’ai ri comme celui qui a tellement pleuré.

Os poetas místicos são filósofos doentes,
Les poètes mystiques sont des philosophes malades,
E os filósofos são homens doidos.
Et les philosophes sont des hommes fous.

Porque os poetas místicos dizem que as flores sentem
Car les poètes mystiques disent que les fleurs ont du sentiment
E dizem que as pedras têm alma
Ils disent que les pierres ont une âme
  E que os rios têm êxtases ao luar.
Et que les rivières ont des extases au clair de lune.

Mas flores, se sentissem, não eram flores,
Mais les fleurs, si elles sentaient, ne seraient pas des fleurs,
Eram gente;
Mais des personnes ;
E se as pedras tivessem alma, eram cousas vivas, não eram pedras;
Et si les pierres avaient une âme, ce seraient des choses vivantes, non des pierres ;
E se os rios tivessem êxtases ao luar,
Et si les rivières avaient des extases au clair de lune,
Os rios seriam homens doentes.
Les rivières seraient des hommes malades.

É preciso não saber o que são flores e pedras e rios
Ils ne doivent pas savoir ce que sont des fleurs, les pierres et des rivières
Para falar dos sentimentos deles.
Pour parler de leurs sentiments.
Falar da alma das pedras, das flores, dos rios,
En parlant de l’âme des pierres, des fleurs, des rivières,
É falar de si próprio e dos seus falsos pensamentos.
C’est parler de soi-même et de ses fausses pensées.
Graças a Deus que as pedras são só pedras,
Dieu merci, les pierres ne sont que des pierres,
E que os rios não são senão rios,
Et les rivières ne sont que des rivières,
 E que as flores são apenas flores.
Et les fleurs ne sont que des fleurs.

Por mim, escrevo a prosa dos meus versos
Moi, j’écris la prose de mes vers
E fico contente,
Et je suis heureux,
Porque sei que compreendo a Natureza por fora;
Car je sais que je comprends la Nature par le dehors ;
E não a compreendo por dentro
Et non de l’intérieur
  Porque a Natureza não tem dentro;
Car la nature n’a pas d’intérieur ;
Senão não era a Natureza.
Sinon, elle ne serait pas la Nature.

******

prim. publicação Athéna
nº 4
Lisboa
Jan. 1925

********

Li hoje quase duas páginas

SE DEPOIS DE EU MORRER FENANDO PESSOA SI APRES MA MORT ALBERTO CAEIRO

 SE DEPOIS DE EU MORRER
SI APRES MA MORT

Poème de Fernando Pessoa
Alberto Caeiro
Poemas Inconjuntos
Poèmes Désassemblés





Traduction – Texte Bilingue
tradução – texto bilíngüe

Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE PORTUGAISE
POESIE PORTUGAISE

Literatura Português

FERNANDO PESSOA
1888-1935
Fernando Pesso Literatura Português Poesia e Prosa Poésie et Prose Artgitato

 





Poema de Fernando Pessoa
por Alberto Caeiro
Poemas Inconjuntos

Poème de Fernando Pessoa
Alberto Caeiro
POEMES DESASSEMBLES
1913-1914-1915

****

SE DEPOIS DE EU MORRER
SI APRES MA MORT

****

Se depois de eu morrer, quiserem escrever a minha biografia,
Si après ma mort, je veux écrire ma biographie,
Não há nada mais simples
Il n’y a rien de plus simple
Tem só duas datas — a da minha nascença e a da minha morte.
Il n’a que deux dates – celle de ma naissance et celle ma mort.
 Entre uma e outra todos os dias são meus.
Tous les jours qui se situent au milieu sont les miens.

*

Sou fácil de definir.
Je suis facile à définir.
Vi como um danado.
J’ai vu tel un damné.
Amei as coisas sem sentimento nenhum.
J’ai aimé les choses sans aucun sentiment.
Nunca tive um desejo que não pudesse realizar, porque nunca ceguei.
J’ai jamais eu un désir que je n’aie pu exécuter car jamais je n’ai été aveugle.
  Mesmo ouvir nunca foi para mim senão um acompanhamento de ver.
Même entendre n’a jamais été, pour moi, qu’une autre façon de voir.
  Compreendi que as coisas são reais e todas diferentes umas das outras;
Je compris que les choses sont réelles et toutes différentes les unes des autres ;
Compreendi isto com os olhos, nunca com o pensamento.
Je l’ai compris avec les yeux, jamais avec la pensée.
 Compreender isto com o pensamento seria achá-las todas iguais.
Comprendre cela avec la pensée serait les trouver toutes égales.

*

Um dia deu-me o sono como a qualquer criança.
Un jour, j’ai dormi comme un enfant.
Fechei os olhos e dormi.
Je fermais les yeux et je dormais.
  Além disso, fui o unico poeta da Natureza.
Aussi, ai-je été le seul poète de la Nature.

********

Se depois de eu morrer
Si après ma mort

Se quiserem que eu tenha um misticismo FERNANDO PESSOA POEMA XXX

Poème XXX
Se quiserem que eu tenha um misticismo
 
Poème de Fernando Pessoa
O Guardador de Rebanhos – Le Gardeur de Troupeaux




Traduction – Texte Bilingue
tradução – texto bilíngüe

Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE PORTUGAISE
POESIE PORTUGAISE

Literatura Português

FERNANDO PESSOA
1888-1935
Fernando Pesso Literatura Português Poesia e Prosa Poésie et Prose Artgitato

 




Poema XXX
Poema de Fernando Pessoa
por Alberto Caeiro
O GUARDADOR DE REBANHOS
Se quiserem que eu tenha um misticismo

Poème XXX
Poème de Fernando Pessoa
Alberto Caeiro
LE GARDEUR DE TROUPEAUX

****

Se quiserem que eu tenha um misticismo, está bem, tenho-o.
Si vous voulez que j’aie un mysticisme, d’accord, je l’ai.
  Sou místico, mas só com o corpo.
Je suis un mystique, mais seulement avec le corps.
 A minha alma é simples e não pensa.
Mon âme est simple et ne pense pas.

O meu misticismo é não querer saber.
Mon mysticisme est de ne pas vouloir savoir.
É viver e não pensar nisso.
Il est de vivre et de ne pas penser à cela.

Não sei o que é a Natureza: canto-a.
Je ne sais pas ce qu’est la Nature : je la chante.
Vivo no cimo dum outeiro
Je vis sur une colline
Numa casa caiada e sozinha,
Dans une maison blanchie à la chaux et seul,
E essa é a minha definição.
Voilà ma définition.

*****

prim. publicação Athéna
nº 4
Lisboa
Jan. 1925

*******************

Se quiserem que eu tenha um misticismo

FERNANDO PESSOA Le Gardeur de Troupeaux POEMA XLIX Meto-me para dentro e fecho a janela

Poème XLIX
Meto-me para dentro
 
Poème de Fernando Pessoa
O Guardador de Rebanhos – Le Gardeur de Troupeaux




Traduction – Texte Bilingue
tradução – texto bilíngüe

Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE PORTUGAISE
POESIE PORTUGAISE

Literatura Português

FERNANDO PESSOA
1888-1935
Fernando Pesso Literatura Português Poesia e Prosa Poésie et Prose Artgitato

 




Poema XLIX
Poema de Fernando Pessoa
por Alberto Caeiro
O GUARDADOR DE REBANHOS
Meto-me para dentro 

Poème XLIX
Poème de Fernando Pessoa
Alberto Caeiro
LE GARDEUR DE TROUPEAUX

****

Meto-me para dentro, e fecho a janela.
Je rentre à l’intérieur, et ferme la fenêtre.
Trazem o candeeiro e dão as boas noites,
On me porte le chandelier, me souhaitant bonne nuit,
E a minha voz contente dá as boas noites.
Et ma voix contente répond à son tour bonne nuit.
Oxalá a minha vida seja sempre isto:
Oh que ma vie soit toujours ainsi :
O dia cheio de sol, ou suave de chuva,
La journée pleine de soleil ou par une pluie adoucie,
Ou tempestuoso como se acabasse o Mundo,
Ou orageuse comme si le Monde finissait,

A tarde suave e os ranchos que passam
L’après-midi doux et les métayers qui passent
Fitados com interesse da janela,
Scrutés avec intérêt de la fenêtre,
O último olhar amigo dado ao sossego das árvores,
Le dernier regard amical donné à la quiétude des arbres,
E depois, fechada a janela, o candeeiro aceso,
Et puis, fenêtre fermée, chandelier allumé,
  Sem ler nada, nem pensar em nada, nem dormir,
Sans ne rien lire, ni penser à rien, ni dormir,
  Sentir a vida correr por mim como um rio por seu leito.
Sentir la vie courir en moi comme une rivière dans son lit.
E lá fora um grande silêncio como um deus que dorme.
Et il y eût dehors un grand silence comme un dieu qui dort.

*****

prim. publicação Athéna
nº 4
Lisboa
Jan. 1925

****************

 Meto-me para dentro

FERNANDO PESSOA POEMA XLV Um renque de árvores Une rangée d’arbres

Poème XLV
Um renque de árvores
 
Poème de Fernando Pessoa
O Guardador de Rebanhos – Le Gardeur de Troupeaux




Traduction – Texte Bilingue
tradução – texto bilíngüe

Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE PORTUGAISE
POESIE PORTUGAISE

Literatura Português

FERNANDO PESSOA
1888-1935
Fernando Pesso Literatura Português Poesia e Prosa Poésie et Prose Artgitato

 




Poema XLV
Poema de Fernando Pessoa
por Alberto Caeiro
O GUARDADOR DE REBANHOS
Um renque de árvores 

Poème XLV
Poème de Fernando Pessoa
Alberto Caeiro
LE GARDEUR DE TROUPEAUX
Une Rangée d’arbres

****

Um renque de árvores lá longe, lá para a encosta.
Une rangée d’arbres au loin, là-bas vers la colline.
Mas o que é um renque de árvores? Há árvores apenas.
Mais qu’est-ce qu’une rangée d’arbres ? Il n’y a que des arbres.
Renque e o plural árvores não são cousas, são nomes.
Une rangée et le pluriel arbres ne sont pas des choses mais des noms.

Tristes das almas humanas, que põem tudo em ordem,
Tristes âmes humaines, qui mettent tout en ordre,
Que traçam linhas de cousa a cousa,
Qui tracent des lignes entre les choses,
Que põem letreiros com nomes nas árvores absolutamente reais,
Qui mettent des écriteaux avec des noms sur des arbres absolument réels,
E desenham paralelos de latitude e longitude
Et ils établissent des parallèles de latitude et de longitude
  Sobre a própria terra inocente e mais verde e florida do que isso!
Sur la propre terre innocente et plus verte et plus fleurie que tout ça !

*****

prim. publicação Athéna
nº 4
Lisboa
Jan. 1925

****************

Um renque de árvores

FERNANDO PESSOA Le Gardeur de Troupeaux O vôo da ave – POEMA XLIII

Poème XLIII
o vôo da ave
 
Poème de Fernando Pessoa
O Guardador de Rebanhos – Le Gardeur de Troupeaux




Traduction – Texte Bilingue
tradução – texto bilíngüe

Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE PORTUGAISE
POESIE PORTUGAISE

Literatura Português

FERNANDO PESSOA
1888-1935
Fernando Pesso Literatura Português Poesia e Prosa Poésie et Prose Artgitato

 




Poema XLIII
Poema de Fernando Pessoa
por Alberto Caeiro
O GUARDADOR DE REBANHOS
o vôo da ave

Poème XLIII
Poème de Fernando Pessoa
Alberto Caeiro
LE GARDEUR DE TROUPEAUX
LE VOL DE L’OISEAU

****

Antes o vôo da ave, que passa e não deixa rasto,
Je préfère le vol de l’oiseau qui passe et ne laisse aucune trace,
Que a passagem do animal, que fica lembrada no chão.
Que le passage de l’animal dont le sol garde l’empreinte.
 A ave passa e esquece, e assim deve ser.
L’oiseau va et disparaît, et ainsi cela doit-il être.
 O animal, onde já não está e por isso de nada serve,
L’animal, qui n’est plus donc qui ne sert à rien,
Mostra que já esteve, o que não serve para nada
Montre qu’il a été, ce qui ne sert à rien.

A recordação é uma traição à Natureza,
La mémoire est une trahison à la Nature,
Porque a Natureza de ontem não é Natureza.
Car la Nature d’hier n’est pas la Nature.
O que foi não é nada, e lembrar é não ver.
Ce qui a été n’est plus rien, et se rappeler est ne pas voir.

Passa, ave, passa, e ensina-me a passar!
Passe, oiseau, passe et enseigne-moi à passer!

*****

prim. publicação Athéna
nº 4
Lisboa
Jan. 1925

********

o vôo da ave

Михаил Лермонтов Демон I-4 LE DEMON DE LERMONTOV

Демон Михаил Лермонтов
LE DEMON de LERMONTOV
Poème de Lermontov

1841

русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe
Михаил Лермонтов
Poésie de Lermontov

стихотворение  – Poésie

 

 

Михаил Юрьевич Лермонтов
Mikhaïl Lermontov

1814-1841

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

 

LA POESIE DE LERMONTOV

Демон
LE DEMON
1841

**

LE DEMON de LERMONTOV
Михаил Лермонтов
ЧАСТЬ I
PREMIERE PARTIE

IV

DEMON LERMONTOV

И перед ним иной картины
Alors, face à lui, l’image
Красы живые расцвели:
d’une vivante et belle nature :
Роскошной Грузии долины
Les vallées de la Géorgie luxuriantes,
Ковром раскинулись вдали —
Se déroulaient tel un tapis, s’étendait
Счастливый, пышный край земли!
Sur cette heureuse terre, une région exubérante :
Столпообразные раины,
Peupliers majestueux,
Звонко бегущие ручьи
Courants d’eaux vives
По дну из камней разноцветных,
Multitude de pierres colorées,
И кущи роз, где соловьи
Et rosiers où les rossignols
Поют красавиц, безответных
Sifflaient des beautés sans réponse
На сладкий голос их любви;
Avec la douce mélodie de l’amour;
Чинар развесистые сени,
Au cœur de la canopée touffue,
Густым венчанные плющом,
Couronnée d’un épais lierre,
Пещеры, где палящим днём
Se protégeant de la chaleur du jour
Таятся робкие олени;
Se cachait le timide cerf ;
И блеск, и жизнь, и шум листов,
Et l’éclat, et la vie, et le bruit des feuilles,
Стозвучный говор голосов,
Le soupir de milliers de voix,
Дыханье тысячи растений!
Le souffle de milliers de plantes !
И полдня сладострастный зной,
Et la chaleur voluptueuse de midi,
И ароматною росой
Et les fragrances d’une rosée
Всегда увлаженные ночи,
Des nuits toujours humides
И звезды яркие, как очи,
Et les étoiles lumineuses comme les yeux
Как взор грузинки молодой!..
Et le regards d’une jeune géorgienne ! ..
Но, кроме зависти холодной,
Mais à part un glacial désir,
Природы блеск не возбудил
La magnificence de cette nature ne suscitait
В груди изгнанника бесплодной
Rien à notre exilé
Ни новых чувств, ни новых сил;
Ni de nouvelles sensations, ni de nouvelles forces;
И всё, что пред собой он видел,
Et tout ce qui était devant lui, tout ce qu’il voyait
Он презирал иль ненавидел.
Il le méprisait, il le détestait.

*

*******
LE DEMON DE LERMONTOV

Poème de Lermontov
Михаил Лермонтов