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LES ANGLAIS – AU MILIEU DES NEIGES BORÉALES – OS LUSIADAS VII-5- LES LUSIADES – Luís de Camões -Vede-lo duro Inglês, que se nomeia

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Ferdinand de Portugal traduction Jacky Lavauzelle

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LES LUSIADES VII
OS LUSIADAS
CANTO SÉTIMO 

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Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS VII-5 LES LUSIADES VII-5

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LITTERATURE PORTUGAISE

Ferdinand de Portugal Os Lusiadas Traduction Jacky Lavauzelle Les Lusiades de Luis de Camoes

literatura português
Luis de Camões
[1525-1580]
Tradução – Traduction
Jacky Lavauzelle
texto bilingue

Traduction Jacky Lavauzelle

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Brahma confundido por Camões com Jano
Brahma confondu par Camões avec Janus

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Vede-lo duro Inglês, que se nomeia
Voyez-le aussi le dur Anglais, qui se nomme
Rei da velha e santíssima cidade,
Roi de Jérusalem, cette ville ancienne et très sainte,
Que o torpe Ismaelita senhoreia,
Qu’occupent les fourbes seigneurs Ismaélites,
(Quem viu honra tão longe da verdade?)
(Qui a vu l’honneur si loin de la vérité ?)
Entre as Boreais neves se recreia,
S’épanchant au milieu des neiges Boréales,
Nova maneira faz de Cristandade:
Nouvelle manière de Chrétienté :
Para os de Cristo tem a espada nua,
C’est vers ceux qui soutiennent le Christ qu’il dresse son épée nue,
Não por tomar a terra que era sua.
Non en voulant reprendre cette terre qui fut la sienne.

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LES PORTUGAIS AU CŒUR DE LA SAINTE CHRÉTIENTÉ – OS LUSIADAS VII-3- LES LUSIADES – Luís de Camões -Vós, Portugueses, poucos quanto fortes

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Ferdinand de Portugal traduction Jacky Lavauzelle

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LES LUSIADES VII
OS LUSIADAS
CANTO SÉTIMO 

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Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS VII-3 LES LUSIADES VII-3

*
LITTERATURE PORTUGAISE

Ferdinand de Portugal Os Lusiadas Traduction Jacky Lavauzelle Les Lusiades de Luis de Camoes

literatura português
Luis de Camões
[1525-1580]
Tradução – Traduction
Jacky Lavauzelle
texto bilingue

Traduction Jacky Lavauzelle

*

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Brahma confundido por Camões com Jano
Brahma confondu par Camões avec Janus

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Vós, Portugueses, poucos quanto fortes,
Vous, Portugais, aussi forts que votre pays est étroit,
Que o fraco poder vosso não pesais;
Vous n’avez que peu de considération pour ce faible pouvoir ;
Vós, que à custa de vossas várias mortes
Vous, qui au détriment de tant de sang versé,
A lei da vida eterna dilatais:
Répandez la loi de la vie éternelle :
Assim do céu deitadas são as sortes,
Comme au ciel sont couchés toutes les destinées,
Que vós, por muito poucos que sejais,
Puissiez-vous, si peu que vous soyez,
Muito façais na santa Cristandade:
Faire davantage encore au cœur de la sainte Chrétienté :
Que tanto, ó Cristo, exaltas a humildade!
Combien, ô Christ, Tu exaltes l’humilité !

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SULLY PRUDHOMME par JULES LEMAÎTRE

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LITTÉRATURE FRANÇAISE

SULLY PRUDHOMME
René Armand François Prudhomme

né à Paris le 16 mars 1839 – mort à Châtenay-Malabry le 6 septembre 1907

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LES CRITIQUES 
DE 
JULES LEMAÎTRE

SULLY PRUDHOMME

Les Contemporains
(1886)
Etudes & Portraits Littéraires

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Sully Prudhomme

INTRODUCTION

Une tête extraordinairement pensive, des yeux voilés-presque des yeux de femme-dont le regard est comme tourné vers le dedans et semble, quand il vous arrive, sortir «du songe obscur des livres» ou des limbes de la méditation. On devine un homme qu’un continuel repliement sur soi, l’habitude envahissante et incurable de la recherche et de l’analyse à outrance (et dans les choses qui nous touchent le plus, et où la conscience prend le plus d’intérêt) a fait singulièrement doux, indulgent et résigné, mais triste à jamais, impropre à l’action extérieure par l’excès du travail cérébral, inhabile au repos par le développement douloureux de la sensibilité, défiant de la vie pour l’avoir trop méditée. Spe lentus, timidus futuri. Il est certain qu’il a plus pâti de sa pensée que de la fortune. Il nous dit quelque part que, tout enfant, il perdit son père, et il nous parle d’un amour trahi : ce sont misères assez communes et il ne paraîtrait pas que sa vie eut été exceptionnellement malheureuse si les chagrins n’étaient à la mesure du cœur qui les sent. S’il a pu souffrir plus qu’un autre de la nécessité de faire un métier pour vivre et du souci du lendemain, une aisance subite est venue l’en délivrer d’assez bonne heure. Mais cette délivrance n’était point le salut. La pensée solitaire et continue le prit alors dans son engrenage. Vint la maladie par l’excessive tension de l’esprit ; et la nervosité croissante, féconde en douleurs intimes ; et le tourment de la perfection, qui stérilise. Au reste, il aurait le droit de se reposer s’il le pouvait : son oeuvre est dès maintenant complète et plus rien ne saurait augmenter l’admiration de ses «amis inconnus».

I

Je crois que M. Sully-Prudhomme fût devenu ce qu’il est, de quelque façon qu’eussent été conduites ses premières études. Pourtant il est bon de constater que le poète, qui représente dans ce qu’il a de meilleur l’esprit de ce siècle finissant, a reçu une éducation plus scientifique que littéraire par la grâce de la fameuse «bifurcation», médiocre système pour la masse, mais qui fut bon pour lui parce qu’il avait en lui-même de quoi le corriger. Il quitta les lettres, dès la troisième, pour se préparer à l’École polytechnique, passa son baccalauréat ès sciences et fit une partie des mathématiques spéciales ; une ophtalmie assez grave interrompit ses études scientifiques. Il revint à la littérature librement, la goûta mieux et en reçut des impressions plus personnelles et plus profondes, n’ayant pas à rajeunir et à vivifier des admirations imposées et n’étant pas gêné par le souvenir de sa rhétorique. Il passa son baccalauréat ès lettres pour entrer ensuite à l’École de droit. En même temps il se donnait avec passion à l’étude de la philosophie. Sa curiosité d’esprit était dès lors universelle.
Préparé comme il l’était, il ne pouvait débuter par de vagues élégies ni
par des chansons en l’air : sa première œuvre fut une série de poèmes
philosophiques. Je dis sa première œuvre ; car, bien que publiés avec ou après les Stances, les Poèmes ont été composés avant. C’est ce que notre poète a écrit de plus généreux, de plus confiant, de plus «enlevé». Un souffle de jeunesse circule sous la précoce maturité d’une science précise et d’une forme souvent parfaite. Dès ce moment il trace son programme poétique et l’embrasse avec orgueil, étant dans l’âge des longs espoirs :

Vous n’avez pas sondé tout l’océan de l’âme,
Ô vous qui prétendez en dénombrer les flots…
Qui de vous a tâté tous les coins de l’abîme
Pour dire : «C’en est fait, l’homme nous est connu ;
Nous savons sa douleur et sa pensée intime
Et pour nous, les blasés, tout son être est à nu ?
»
Ah ! ne vous flattez pas, il pourrait vous surprendre …

Voyez-vous poindre les Stances, les Épreuves, les Solitudes, les Vaines tendresses et toutes ces merveilles de psychologie qui durent surprendre,-car la poésie ne nous y avait pas habitués, et un certain degré de subtilité dans l’analyse semblait hors de son atteinte ?

Le pinceau n’est trempé qu’aux sept couleurs du prisme.
Sept notes seulement composent le clavier…
Faut-il plus au poète ? Et ses chants, pour matière,
N’ont-ils pas la science aux sévères beautés,
Toute l’histoire humaine et la nature entière ?

N’est-ce pas l’annonce de plusieurs sonnets des Épreuves, des Destins, du Zénith et de la Justice ?
En attendant, le poète jette sur la vie un regard sérieux et superbe. Il
voit le mal, il voit la souffrance, il s’insurge contre les injustices et
les gênes de l’état social (le Joug) ; mais il ne désespère point de
l’avenir et il attend la cité définitive des jours meilleurs (Dans la
rue, la Parole). Même le poème grandiose et sombre de l’Amérique,
cette histoire du mal envahissant, avec la science, le nouveau monde après l’ancien et ne laissant plus aucun refuge au juste, finit par une parole confiante. Le poète salue et bénit les Voluptés, «reines des jeunes hommes», sans lesquelles rien de grand ne se fait, révélatrices du beau, provocatrices des actes héroïques et instigatrices des chefs-d’œuvre. Lui-même sent au cœur leur morsure féconde ; il se sait poète, il désire la gloire et l’avoue noblement, comme faisaient les poètes anciens (l’Ambition). Enfin, dans une pièce célèbre, vraiment jeune et vibrante et d’une remarquable beauté de forme, il gourmande Alfred de Musset sur ses désespoirs égoïstes et pour s’être désintéressé de la chose publique ; il exalte le travail humain, il prêche l’action, il veut que la poésie soit croyante à l’homme et qu’elle le fortifie au lieu d’aviver ses chères plaies cachées. «L’action ! l’action !» c’est le cri qui sonne dans ces poèmes marqués d’une sorte de positivisme religieux.

Une réflexion vous vient : était-ce bien la peine de tant reprocher à Musset sa tristesse et son inertie ? Y a-t-il donc tant de joie dans l’oeuvre de Sully-Prudhomme ? Et qu’a-t-il fait, cet apôtre de l’action, que ronger son cœur et écrire d’admirables vers ? Il est vrai que ce travail en vaut un autre. Et puis, s’il n’est pas arrivé à une vue des choses beaucoup plus consolante que l’auteur de Rolla, au moins est-ce par des voies très différentes ; sa mélancolie est d’une autre nature, moins vague et moins lâche, plus consciente de ses causes, plus digne d’un homme.

La forme des Poèmes n’est pas plus romantique que le fond. Les autres poètes de ces vingt dernières années tiennent, au moins par leurs débuts, à l’école parnassienne, qui se rattache elle-même au romantisme. M.Sully-Prudhomme semble inaugurer une époque. Si on lui cherche des ascendants, on pourra trouver que, poète psychologue, il fait songer un peu à Sainte-Beuve, et, poète philosophe, à Vigny vieillissant. Mais on dirait tout aussi justement que son inspiration ne se réclame de rien d’antérieur, nul poète n’ayant tant analysé ni tant pensé, ni rendu plus complètement les délicatesses de son coeur et les tourments de son intelligence, ni
mieux exprimé, en montrant son âme, ce qu’il y a de plus original et de
meilleur dans celle de sa génération. Il y fallait une langue précise : celle de Sully-Prudhomme l’est merveilleusement. Elle semble procéder de l’antiquité classique, qu’il a beaucoup pratiquée. On trouve souvent dans les Poèmes le vers d’André Chénier, celui de l’Invention et de l’Hermès.-Mais le style des Poèmes, quoique fort travaillé, a un élan, une allure oratoire que réprimeront bientôt le goût croissant de la concision et l’enthousiasme décroissant. Le poète, très jeune, au sortir de beaux rêves philosophiques, crédule aux constructions d’Hegel (l’Art) et, d’autre part, induit par la compression du second Empire aux songes humanitaires et aux professions de foi qui sont des protestations, se laisse aller à plus d’espoir et d’illusion qu’il ne s’en permettra dans la suite et, conséquence naturelle, verse çà et là dans l’éloquence.

J’avais tort de dire qu’il ne doit rien aux parnassiens. C’est à cette
époque qu’il fréquenta leur cénacle et qu’il y eut (si on veut croire la
modestie de ses souvenirs) la révélation du vers plastique, de la puissance de l’épithète, de la rime parfaite et rare. Si donc le Parnasse n’eut jamais aucune influence sur son inspiration, il put en avoir sur la forme de son vers. Il accrut son goût de la justesse recherchée et frappante. Ce soin curieux et précieux qu’apportaient les «impassibles» à rendre soit les objets extérieurs, soit des sentiments archaïques ou fictifs, M. Sully-Prudhomme crut qu’il ne serait pas de trop pour traduire les plus chers de ses propres sentiments ; que l’âme méritait bien cet effort pour être peinte dans ses replis ; que c’est spéculer lâchement sur l’intérêt qui s’attache d’ordinaire aux choses du cœur que de se contenter d’à peu près pour les exprimer. Et c’est ainsi que, par respect de sa pensée et par souci de la livrer tout entière, il appliqua en quelque façon la forme rigoureuse et choisie du vers parnassien à des sujets de psychologie intime et écrivit les stances de la Vie intérieure.

II

On pourrait dire : Ici commencent les poésies de M. Sully-Prudhomme. J’avoue que j’ai de particulières tendresses pour ce petit recueil de la Vie intérieure, peut-être parce qu’il est le premier et d’une âme plus jeune, quoique douloureuse déjà. Par je ne sais quelle grâce de nouveauté, il me semble que la Vie intérieure est à peu près, à l’oeuvre de notre poète, ce que les Premières Méditations sont à celle de Lamartine. Et le rapprochement de ces deux noms n’est point si arbitraire, en somme. À la grande voix qui disait la mélancolie vague et flottante du siècle naissant répond, après cinquante années, une voix moins harmonieuse, plus tourmentée, plus pénétrante aussi, qui précise ce que chantait la première, qui dit dans une langue plus serrée des tristesses plus réfléchies et des impressions plus subtiles. Trois ou quatre sentiments, à qui va au fond, défrayaient la lyre romantique. L’aspiration de nos âmes vers l’infini, l’écrasement de l’homme éphémère et borné sous l’immensité et l’éternité de l’univers, l’angoisse du doute, la communion de l’âme avec la nature, où elle cherche le repos et l’oubli : tels sont les grands thèmes et qui reviennent toujours. M. Sully-Prudhomme n’en invente pas de nouveaux, car il n’y en a point, mais il approfondit les anciens. Ces vieux sentiments affectent mille formes : il saisit et fixe quelques-unes des plus délicates ou des plus détournées. La Vie intérieure, ce n’est plus le livre d’un inspiré qui, les cheveux au vent, module les beaux lieux communs de la tristesse humaine, mais le livre d’un solitaire qui vit replié, qui guette en soi et note ses impressions les moins banales, dont la mélancolie est armée de sens critique, dont toutes les douleurs viennent de l’intelligence ou y montent. -«Pourquoi n’est-il plus possible de chanter le printemps ? -J’ai voulu tout aimer et je suis malheureux… -Une petite blessure peut lentement briser un cœur. -C’est parfois une caresse qui fait pleurer : pourquoi ? -Je voudrais oublier et renaître pour retrouver des impressions neuves, et que la terre ne soit pas ronde, mais s’étende toujours, toujours… -Je bégayais étant enfant et je tendais les bras. Aujourd’hui encore ; on n’a fait que changer mon bégayement…» Voilà les sujets de quelques-unes de ces petites pièces «qu’on a faites petites pour les faire avec soin».

Lamartine s’extasiait en trois cents vers sur les étoiles, sur leur nombre et leur magnificence, et priait la plus proche de descendre sur la terre pour y consoler quelque génie souffrant. M. Sully-Prudhomme, en trois quatrains, songe à la plus lointaine, qu’on ne voit pas encore, dont la lumière voyage et n’arrivera qu’aux derniers de notre race ; il les supplie de dire à cette étoile qu’il l’a aimée ; et il donne à la pièce ce titre qui en fait un symbole : l’Idéal. On voit combien le sentiment est plus cherché, plus intense (et notez qu’il implique une donnée
scientifique). -De même, tandis que le poète des Méditations s’épanche noblement sur l’immortalité de l’âme et déploie à larges nappes les vieux arguments spiritualistes, le philosophe de la Vie intérieure écrit ces petits vers :

J’ai dans mon cœur, j’ai sous mon front
Une âme invisible et présente…..

Partout scintillent les couleurs.
Mais d’où vient cette force en elles ?

Il existe un bleu dont je meurs
Parce qu’il est dans les prunelles.

Tous les corps offrent des contours.
Mais d’où vient la forme qui touche ?

Comment fais-tu les grands amours,
Petite ligne de la bouche ?…

Déjà tombent l’enthousiasme et la foi des premiers poèmes. Toutes ces petites «méditations» sont tristes, et d’une tristesse qui ne berce pas, mais qui pénètre, qui n’est pas compensée par le charme matériel d’une forme musicale, mais plutôt par le plaisir intellectuel que nous donne la révélation de ce que nous avons de plus rare au cœur. Sans doute les souffrances ainsi analysées se ramènent, ici tout comme chez les lyriques qui pensent peu, à une souffrance unique, celle de nous sentir finis, de n’être que nous ; mais, comme j’ai dit, M. Sully-Prudhomme n’exprime que des cas choisis de cette maladie, ceux qui ne sauraient affecter que des âmes raffinées. Il vous définit tel désir, tel regret, tel malaise aristocratique plus clairement que vous ne le sentiez ; nul poète ne nous fait plus souvent la délicieuse surprise de nous dévoiler à nous-mêmes ce que nous éprouvions obscurément.

Je voudrais pouvoir dire qu’il tire au clair la vague mélancolie
romantique : il décompose en ses éléments les plus cachés «cette tendresse qu’on a dans l’âme et où tremblent toutes les douleurs» (Rosées). De là le charme très puissant de cette poésie si discrète et si concise : c’est comme si chacun de ces petits vers nous faisait faire en nous des découvertes dont nous nous savons bon gré et nous enrichissait le cœur de délicatesses nouvelles. Jamais la poésie n’a plus pensé et jamais elle n’a été plus tendre : loin d’émousser le sentiment, l’effort de la réflexion le rend plus aigu. On éprouve la vérité de ces remarques de Pascal (je rappelle que Pascal emploie une langue qui n’est plus tout à fait la nôtre) : «À mesure que l’on a plus d’esprit, les passions sont plus grandes… -La netteté d’esprit cause aussi la netteté de la passion,» etc. Ajoutez à ce charme celui de la forme la plus savante qui soit, d’une simplicité infiniment méditée, qui joint étroitement, dans sa trame, à la précision la plus serrée la grâce et l’éclat d’images nombreuses et courtes et qui ravissent par leur justesse : forme si travaillée que souvent la lecture, invinciblement ralentie, devient elle-même un travail :

Si quelqu’un s’en est plaint, certes ce n’est pas moi.

III

M. Sully-Prudhomme me semble avoir apporté à l’expression de l’amour le même renouvellement qu’à celle des autres sentiments poétiques. Jeunes filles et Femmes sont aussi loin du Lac ou du Premier regret que la Vie intérieure l’était de l’Épître à Byron. Elvire a pu être une personne réelle ; mais dans les Méditations, Elvire idéalisée est une vision, une fort belle image, mais une image en l’air, comme Laure ou Béatrix. Qui a vu Elvire ? Demande-t-on sa main ? L’épouse-t-on ? Élvire a «des accents inconnus à la terre». Elvire n’apparaît que sur les lacs et sous les clairs de lune. Mais, quelque discrétion que le poète y ait mise et quoique des pièces d’un caractère impersonnel se mêlent à celles qui peuvent passer pour des confessions, on sent à n’en pouvoir douter que les vers de Jeunes filles et Femmes nous content par fragments une histoire vraie, très ordinaire et très douloureuse, l’histoire d’un premier amour à demi entendu, puis repoussé. Et la femme, que font entrevoir ces fines
élégies, n’est plus l’amante idéale que les poètes se repassent l’un à
l’autre : c’est bien une jeune fille de nos jours, apparemment une petite
bourgeoise (Ma fiancée, Je ne dois plus), et l’on sent qu’elle a vécu,
qu’elle vit encore peut-être. Sans doute Sainte-Beuve, dans ses poésies, avait déjà particularisé l’amour général et lyrique et raconté ses sentiments au lieu de les chanter ; mais sa «note» n’est que familière à la façon de Wordsworth et son style est souvent entaché des pires affectations romantiques. L’analyse est autrement pénétrante chez M. Sully-Prudhomme. On n’avait jamais dit avec cette tendresse et cette subtilité l’aventure des cœurs de dix-huit ans, et d’abord l’éveil de l’amour chez l’enfant, son tressaillement sous les caresses d’une grande fille, «les baisers fuyants risqués aux chatons des bagues» (Jours lointains), et plus tard, quand l’enfant a grandi, ses multiples et secrètes amours (Un sérail), puis la première passion et ses délicieux commencements (le Meilleur moment des amours), et la grâce et la pureté de la vraie jeune fille, puis la grande
douleur quand la bien-aimée est aux bras d’un autre (Je ne dois plus), et l’obsession du cher souvenir :

… Et je la perds toute ma vie
En d’inépuisables adieux.
Ô morte mal ensevelie,
Ils ne t’ont pas fermé les yeux.

Le poète, à l’affût de ses impressions, les aiguise et les affine par la curiosité créatrice de ce regard intérieur et parvient à de telles profondeurs de tendresse, imagine des façons d’aimer où il y a tant de tristesse, des façons de se plaindre où il y a tant d’amour, et trouve pour le dire des expressions si exactes et si douces à la fois, que le mieux est de céder au charme sans tenter de le définir. N’y a-t-il pas une merveilleuse «invention» de sentiment dans les stances de Jalousie et dans celles-ci, plus exquises encore :

Si je pouvais aller lui dire :
«Elle est à vous et ne m’inspire
Plus rien, même plus d’amitié ;
Je n’en ai plus pour cette ingrate.
Mais elle est pâle, délicate.
Ayez soin d’elle par pitié !

«Écoutez-moi sans jalousie.
Car l’aile de sa fantaisie
N’a fait, hélas ! que m’effleurer.
Je sais comment sa main repousse.
Mais pour ceux qu’elle aime elle est douce ;
Ne la faites jamais pleurer !…
»

Je pourrais vivre avec l’idée
Qu’elle est chérie et possédée
Non par moi, mais selon mon coeur.
Méchante enfant qui m’abandonnes,
Vois le chagrin que tu me donnes :
Je ne peux rien pour ton bonheur !

IV

Je dirai des Épreuves à peu près ce que j’ai dit des recueils précédents : M. Sully-Prudhomme renouvelle un fonds connu par plus de pensée et plus d’analyse exacte que la poésie n’a accoutumé d’en porter. «Si je dis toujours la même chose, c’est que c’est toujours la même chose», remarque fort sensément le Pierrot de Molière. La critique n’est pas si aisée, malgré l’axiome que l’on sait ; et il faut être indulgent aux répétitions nécessaires. En somme, une étude spéciale sur un poète -et sur un poète vivant dont la personne ne peut être qu’effleurée et qui, trop proche, est difficile à bien juger- et sur un poète lyrique qui n’exprime que son âme et qui ne raconte pas d’histoires -se réduit à marquer autant qu’on peut sa place et son rôle dans la littérature, à chercher où gît son originalité et des formules qui la définissent, à rappeler en les résumant quelques-unes de ses pièces les plus caractéristiques. Ainsi une étude même consciencieuse, même amoureuse, sur une œuvre poétique considérable peut tenir en quelques pages, et fort sèches. Le critique ingénu se désole. Il voudrait concentrer et réfléchir dans sa prose comme dans un miroir son poète tout entier. Il lui en coûte d’être obligé de choisir entre tant de pages qui l’ont également ravi ; il lui semble qu’il fait tort à l’auteur, qu’il le trahit indignement ; il est tenté de tout résumer, puis de tout citer et, supprimant son commentaire, de laisser le lecteur jouir du texte vivant. Cela ne vaudrait-il pas mieux que de s’évertuer à en enfermer l’âme, sans être bien sûr de la tenir, dans des formules laborieuses et tâtonnantes ? On les sent si incomplètes et, même quand elles sont à peu près justes, si impuissantes à traduire le je ne sais quoi par où l’on est surtout séduit ! À quoi bon définir difficilement ce qu’il est si facile et si délicieux de sentir ? L’excuse du critique, c’est qu’il s’imagine que son effort, si humble qu’il soit, ne sera pas tout à fait perdu, c’est qu’il croit travailler à ce que Sainte-Beuve appelait l’histoire naturelle des esprits, qui sera une belle chose quand elle sera faite. C’est qu’enfin une piété le pousse à parler des artistes qu’il aime; qu’à chercher les raisons de son admiration, il la sent croître, et que son effort pour la dire, même avorté, est encore un hommage.

Les Épreuves, si on en croit le sonnet qui leur sert de préface, n’ont
pas été écrites d’après un plan arrêté d’avance. Mais il s’est trouvé que les sonnets où le poète, à vingt-cinq ans, contait au jour le jour sa vie intérieure pouvaient être rangés sous ces quatre titres : Amour, Doute, Rêve, Action ; et le poète nous les a livrés comme s’ils se rapportaient à quatre époques différentes de sa vie. La vérité est qu’il a l’âme assez riche pour vivre à la fois de ces quatre façons.

Les sonnets d’Amour sont plus sombres et plus amers que les pièces
amoureuses du premier volume : le travail de la pensée a transformé la tendresse maladive en révolte contre la tyrannie de la beauté et contre un sentiment qui est de sa nature inassouvissable. (Inquiétude, Trahison, Profanation, Fatalité, Où vont-ils ? L’Art sauveur.) -Les sonnets du Doute marquent un pas de plus vers la poésie philosophique. Voyez le curieux portrait de Spinoza :

C’était un homme doux, de chétive santé…

et le sonnet des Dieux, qui définit le Dieu du laboureur, le Dieu du
curé, le Dieu du déiste, le Dieu du savant, le Dieu de Kant et le Dieu de
Fichte, tout cela en onze vers, et qui finit par celui-ci :

Dieu n’est pas rien, mais Dieu n’est personne : il est tout.

et le Scrupule, qui vient ensuite :

Étrange vérité, pénible à concevoir,
Gênante pour le coeur comme pour la cervelle,
Que l’Univers, le Tout, soit Dieu sans le savoir

D’autres sonnets expriment le doute non plus philosophant mais souffrant. Jusque-là les «angoisses du doute», même sincère, avaient eu chez les poètes quelque chose d’un peu théâtral : ainsi les Novissima Verba de Lamartine ; ainsi dans Hugo, les stances intitulées : Que nous avons le doute en nous. Ajoutez que presque toujours, chez les deux grands lyriques, le doute s’éteint dans la fanfare d’un acte de foi. Musset est évidemment plus malade dans l’Espoir en Dieu ; mais son mal vient du cœur plutôt que du cerveau. Ce qu’il en dit de plus précis est que «malgré lui, l’infini le tourmente». Sa plainte est plutôt d’un viveur fourbu qui craint la mort que d’un homme en quête du vrai. Il ne paraît guère avoir lu les philosophes qu’il énumère dédaigneusement et caractérise au petit bonheur.
Pour sûr, ce n’est point la Grande Ourse qui lui a fait examiner, à lui,
ses prières du soir ; et la ronflante apostrophe à Voltaire, volontiers
citée par les ecclésiastiques, ne part pas d’un grand logicien. M.
Sully-Prudhomme peut se rencontrer une fois avec Musset et, devant un Christ en ivoire et une Vénus de Milo (Chez l’antiquaire), regretter «la volupté sereine et l’immense tendresse» dans un sonnet qui contient en substance les deux premières pages de Rolla. Mais son doute est autre chose qu’un obscur et emphatique malaise : il a des origines scientifiques, s’exprime avec netteté et, pour être clair, n’en est pas moins émouvant. Et comme il est négation autant que doute, le vide qu’il laisse, mieux défini, est plus cruel à sentir. Les Werther et les Rolla priaient sans trop savoir qui ni quoi ; le poète des Épreuves n’a plus même cette consolation lyrique :

Je voudrais bien prier, je suis plein de soupirs…
J’ai beau joindre les mains et, le front sur la Bible,
Redire le Credo que ma bouche épela :
Je ne sens rien du tout devant moi. C’est horrible.

Ce ne sont plus douleurs harmonieuses et indéfinies. Le poète dit la plaie vive que laisse au cœur la foi arrachée, la solitude de la conscience privée d’appuis extérieurs et qui doit se juger et s’absoudre elle-même (la Confession) :

Heureux le meurtrier qu’absout la main d’un prêtre…
J’ai dit un moindre crime à l’oreille divine…
Et je n’ai jamais su si j’étais pardonné.

Il dit les involontaires retours du cœur, non consentis par la raison, vers les croyances d’autrefois (Bonne mort) :

Prêtre, tu mouilleras mon front qui te résiste.
Trop faible pour douter, je m’en irai moins triste
Dans le néant peut-être, avec l’espoir chrétien.

Il dit les inquiétudes de l’âme qui, ayant répudié la religion de la grâce, aspire à la justice. Il entend, bien loin dans le passé, le cri d’un ouvrier des Pyramides ; ce cri monte dans l’espace, atteint les étoiles :

Il monte, il va, cherchant les dieux et la justice,
Et depuis trois mille ans, sous l’énorme bâtisse,
Dans sa gloire Chéops inaltérable dort.

Le dernier livre de M. Sully-Prudhomme sera la longue recherche d’une réponse à ce Cri perdu.

Puis viennent les Rêves, le délice de s’assoupir, d’oublier, de boire la
lumière sans penser, de livrer son être «au cours de l’heure et des
métamorphoses
», de se coucher sur le dos dans la campagne, de regarder les nuages, de glisser lentement à la dérive sur une calme rivière, de fermer les yeux par un grand vent et de le sentir qui agite vos cheveux, de jouir, au matin, de «cette douceur profonde de vivre sans dormir tout en ne veillant pas» (Sieste, Éther, Sur l’eau, le Vent, Hora prima). Impossible de fixer dans une langue plus exacte des impressions plus fugitives. Rêvait-on, quand on est capable d’analyser ainsi son rêve ? C’est donc un rêve plus attentif que bien des veilles. Loin d’être un sommeil de l’esprit, il lui vient d’un excès de tension ; il n’est point en deçà de la réflexion, mais on le rencontre à ses derniers confins et par delà. Il finit par être le rêve de Kant, qui n’est guère celui des joueurs de luth.

Ému, je ne sais rien de la cause émouvante.
C’est moi-même ébloui que j’ai nommé le ciel,
Et je ne sens pas bien ce que j’ai de réel.

Déjà dans une pièce des Mélanges (Pan), par la même opération
paradoxale d’une inconscience qui s’analyse, M. Sully-Prudhomme avait merveilleusement décrit cet évanouissement de la personnalité quand par les lourds soleils la mémoire se vide, la volonté fuit, qu’on respire à la façon des végétaux et qu’on se sent en communion avec la vie universelle…

Mais c’est assez rêver, il faut agir. Honte à qui dort parmi le travail de
tous, à qui jouit au milieu des hommes qui souffrent ! Il y a, dans ce
psychologue subtil et tendre, un humanitaire, une sorte de positiviste
pieux, un croyant à la science et au progrès-un ancien candidat à l’École polytechnique et qui a passé un an au Creusot, admirant les machines et traduisant le premier livre de Lucrèce. Nul ne saurait vivre sans les autres (la Patrie, Un songe); salut aux bienfaiteurs de l’humanité, à l’inventeur inconnu de la roue, à l’inventeur du fer, aux chimistes, aux explorateurs (la Roue, le Fer, le Monde à nu, les Téméraires) ! Tous ces sonnets d’ingénieur-poète étonnent par le mélange d’un lyrisme presque religieux et d’un pittoresque emprunté aux engins de la science et de l’industrie et aux choses modernes. Voici l’usine, «enfer de la Force obéissante et triste», et le cabinet du chimiste, et le fond de l’Océan où repose le câble qui unit deux mondes. Tel sonnet raconte la formation de la terre (En avant !); tel autre enferme un sentiment délicat dans une définition de la photographie (Réalisme). On dirait d’un Delille inspiré et servi par une langue plus franche et plus riche. Parlons mieux : André Chénier trouverait réalisée dans ces sonnets une part de ce qu’il rêvait de faire dans son grand Hermès ébauché. Ils servent de digne préface au poème du Zénith.

Ainsi les Épreuves nous montrent sous toutes ses faces le génie de M. Sully-Prudhomme : j’aurais donc pu grouper son oeuvre entière sous les quatre titres qui marquent les divisions de ce recueil. Plutôt que de la ramasser de cette façon, j’ai cédé au plaisir de la parcourir, fût-ce un peu lentement.

L’optimisme voulu et quasi héroïque de la dernière partie des Épreuves rappelle celui des premiers Poèmes, mais est déjà autre chose. Il semble que le poète ait songé : Je souffre et je passe mon temps à le dire et je sens que la vie est mauvaise et pourtant je vis et l’on vit autour de moi.
D’où cette contradiction ? Il faut donc que la vie ait, malgré tout, quelque bonté en elle ou que la piperie en soit irrésistible. Un instant de joie compense des années de souffrance. La science aussi est bonne, et aussi l’action, qui nous apporte le même oubli que le rêve et a, de plus, cet avantage d’améliorer d’une façon durable, si peu que ce soit, la destinée commune. Mais le poète n’y croit, j’en ai peur, que par un coup d’État de sa volonté sur sa tristesse intime et incurable ; et voici ses vers les plus encourageants, qui ne le sont guère.

Pour une heure de joie unique et sans retour,
De larmes précédée et de larmes suivie,
Pour une heure tu peux, tu dois aimer la vie :
Quel homme, une heure au moins, n’est heureux à son tour ?
Une heure de soleil fait bénir tout le jour
Et, quand ta main ferait tout le jour asservie,
Une heure de tes nuits ferait encore envie
Aux morts, qui n’ont plus même une nuit pour l’amour…

Hé ! oui, mais que prouve cela, sinon que l’homme est une bonne bête
vraiment et que la nature le dupe à peu de frais ? Ils manquent de gaîté, les sonnets optimistes du maître. À beau prêcher l’action, qui retombe si vite, avec les Solitudes, dans les suaves et dissolvantes tristesses du sentiment.

V

Est-ce un souvenir d’enfance ? on le dirait. Je ne crois pas qu’une mère
puisse entendre sans que les larmes lui montent aux yeux les vers de
Première solitude sur les petits enfants délicats et timides mis trop tôt au collège.

Leurs blouses sont très bien tirées,
Leurs pantalons en bon état,
Leurs chaussures toujours cirées ;
Ils ont l’air sage et délicat.

Les forts les appellent des filles
Et les malins des innocents :
Ils sont doux, ils donnent leurs billes,
Ils ne seront pas commerçants…

Oh ! la leçon qui n’est pas sue
Le devoir qui n’est pas fini !
Une réprimande reçue !
Le déshonneur d’être puni !…..

Ils songent qu’ils dormaient naguères
Douillettement ensevelis
Dans les berceaux, et que les mères
Les prenaient parfois dans leurs lits…

Deux ou trois autres pièces de M. Sully-Prudhomme ont eu cette bonne fortune de devenir populaires, je veux dire de plaire aux femmes, d’arriver jusqu’au public des salons. Peut-être a-t-il été agacé parfois de n’être pour beaucoup de gens que l’auteur du Vase brisé : mais qui sait si ce n’est pas le Vase brisé qui l’a fait académicien et qui a servi de passeport aux Destins et à la Justice ?

Aussi bien son âme tient presque toute dans ce vase brisé. C’est encore de «légères meurtrissures» devenues «des blessures fines et profondes» qu’il s’agit dans les Solitudes. Impressions quintessenciées, nuances de sentiment ultra-féminines dans un cœur viril, une telle poésie ne peut être que le produit extrême d’une littérature, suppose un long passé artistique et sentimental. Imaginez une âme qui aurait traversé le romantisme, connu ce qu’il a de passion ardente et de belle rêverie, qu’auraient ensuite affinée les curiosités de la poésie parnassienne, qui aurait étendu par la science et par la réflexion le champ de sa sensibilité et qui, recueillie, attentive à ses ébranlements et habile à les multiplier, les dirait dans une langue dont la complexité et la recherche toutes modernes s’enferment dans la rigueur et la brièveté d’un contour classique… Glisserais-je au pathos sous prétexte de définition ? Est-ce ma faute si cette poésie n’est pas simple et si (à meilleur droit que les Précieuses) «j’entends là-dessous un million de choses» ?

Le mal que fait la lenteur des adieux prolongés ; la paix douloureuse des âmes où d’anciennes amours sont endormies, où les larmes sont figées comme les longs pleurs des stalactites, mais où quelque chose pleure toujours ; les «joies sans causes», bonheurs égarés qui voyagent et semblent se tromper de cœur ; la mélancolie d’une allée de tilleuls du siècle passé où, dans un temple en treillis, rit un Amour malin ; la solitude des étoiles ; l’isolement croissant de l’homme, qui ne peut plus, comme le petit enfant, vivre tout près de la terre et presser de ses deux mains la grande nourrice ; le doute sur son cœur ; la peur, en sentant un amour nouveau, de mal sentir, car c’est peut-être un ancien amour qui n’est pas mort ; la solitude de la laide «enfant qui sait aimer sans jamais être amante» ; l’espèce de malaise que cause, en mars, la renaissance de la nature au solitaire qui a trop lu et trop songé ; l’exil moral et la nostalgie de l’artiste que la nécessité a fait bureaucrate ou marchand ; la solitude du poète, au théâtre, parmi les gaîtés basses de la foule ; l’âcreté des amours coupables et hâtives dans les bouges ou dans les fiacres errants ; la solitude des âmes, qui ne peuvent s’unir, et la vanité des caresses, qui ne joignent que les corps ; la solitude libératrice de la vieillesse, qui affranchit de la femme et qui achève en nous la bonté ; le désir de s’éteindre en écoutant un chant de nourrice «pour ne plus penser, pour que l’homme meure comme est né l’enfant…» : je ne puis qu’indiquer
quelques-uns des thèmes développés ou plutôt démêlés, dans les Solitudes, par un poète divinement sensible. Et ce sont bien des «solitudes» : c’est toujours, sous des formes choisies, la souffrance de se sentir seul-loin de son passé qu’on traîne pourtant et seul avec ses souvenirs et ses regrets, -loin de ce qu’on rêve et seul avec ses désirs, -loin des autres âmes et seul avec son corps, -loin de la Nature même et du Tout qui nous enveloppe et qui dure et seul avec des amours infinies dans un cœur éphémère et fragile… C’est comme le détail subtil de notre impuissance à jouir, sinon de la science même que nous avons de cette impuissance.

Les Vaines tendresses, ce sont encore des solitudes. Le plus grand
poète du monde n’a que deux ou trois airs qu’il répète, et sans qu’on s’en plaigne (plusieurs même n’en ont qu’un) et, encore une fois, toute la poésie lyrique tient dans un petit nombre d’idées et de sentiments
originels que varie seule la traduction, plus ou moins complète ou
pénétrante. Mais les Vaines tendresses ont, dans l’ensemble, quelque
chose de plus inconsolable et de plus désenchanté : ses chères et amères solitudes, le poète ne compte plus du tout en sortir. Le prologue (Aux amis inconnus) est un morceau précieux :

Chers passants, ne prenez de moi-même qu’un peu,
Le peu qui vous a plu parce qu’il vous ressemble ;
Mais de nous rencontrer ne formons point le voeu :
Le vrai de l’amitié, c’est de sentir ensemble ;
Le reste en est fragile : épargnons-nous l’adieu !

Il y a je ne sais quelle dureté dans cette crainte et dans ce renoncement. Le pessimisme gagne. Certaines pages portent la trace directe de l’année terrible. L’amour de la femme, non idyllique, mais l’amour chez un homme de trente ans, tient plus de place que dans les Solitudes, et aussi la philosophie et le problème moral. Le Nom, Enfantillage, Invitation à la valse, l’Épousée, sont de pures merveilles et dont le charme caresse ; mais que l’amour est tourmenté dans Peur d’avare ! et, dans Conseil (un chef-d’oeuvre d’analyse), quelle expérience cruelle on devine, et quelle rancœur !

Jeune fille, crois-moi, s’il en est temps encore,
Choisis un fiancé joyeux, à l’oeil vivant,
Au pas ferme, à la voix sonore,
Qui n’aille pas rêvant…

Les petites filles mêmes l’épouvantent (Aux Tuileries) :

Tu les feras pleurer, enfant belle et chérie,
Tous ces bambins, hommes futurs…

Çà et là quelques trêves par l’anéantissement voulu de la réflexion :

S’asseoir tous deux au bord d’un flot qui passe,
Le voir passer ;
Tous deux, s’il glisse un nuage en l’espace,
Le voir glisser…..

Ce qu’il faut surtout lire, c’est cette surprenante mélodie du Rendez-vous, où l’inexprimable est exprimé, où le poète, par des paroles précises, mène on ne sait comment la pensée tout près de l’évanouissement et traduit un état sentimental que la musique seule, semble-t-il, était capable de produire et de traduire, en sorte qu’on peut dire que M. Sully-Prudhomme a étendu le domaine de la poésie autant qu’il peut l’être et par ses deux extrémités, du côté du rêve, et du côté de la pensée spéculative, empiétant ici sur la musique et là sur la prose. Mais tout de suite après ce songe, quel réveil triste et quels commentaires sur le Surgit amari aliquid (la Volupté, Évolution, Souhait)! La première partie de la Justice pourrait avoir pour conclusion désespérée les stances du Vœu, si belles :

Quand je vois des vivants la multitude croître
Sur ce globe mauvais de fléaux infesté,
Parfois je m’abandonne à des pensers de cloître
Et j’ose prononcer un voeu de chasteté.

Du plus aveugle instinct je me veux rendre maître,
Hélas ! non par vertu, mais par compassion.
Dans l’invisible essaim des condamnés à naître,
Je fais grâce à celui dont je sens l’aiguillon.

Demeure dans l’empire innommé du possible,
Ô fils le plus aimé qui ne naîtras jamais !
Mieux sauvé que les morts et plus inaccessible,
Tu ne sortiras pas de l’ombre où je dormais !

Le zélé recruteur des larmes par la joie,
L’Amour, guette en mon sang une postérité.
Je fais voeu d’arracher au malheur cette proie :
Nul n’aura de mon coeur faible et sombre hérité.

Celui qui ne saurait se rappeler l’enfance,
Ses pleurs, ses désespoirs méconnus, sans trembler,
Au bon sens comme au droit ne fera point l’offense
D’y condamner un fils qui lui peut ressembler.

Celui qui n’a pas vu triompher sa jeunesse
Et traîne endoloris ses désirs de vingt ans
Ne permettra jamais que leur flamme renaisse
Et coure inextinguible en tous ses descendants !

L’homme à qui son pain blanc, maudit des populaces,
Pèse comme un remords des misères d’autrui,
À l’inégal banquet où se serrent les places
N’élargira jamais la sienne autour de lui !…

Les vers du Rire pourraient servir de passage à la seconde partie
(Retour au coeur) :

Mais nous, du monde entier la plainte nous harcèle :
Nous souffrons chaque jour la peine universelle…

Et le Retour au cœur est déjà dans la Vertu, ce raccourci de la Critique de la raison pratique. Enfin les dernières stances Sur la mort ressemblent fort à celles qui terminent les Destins ; le ton seul diffère. Ainsi (et c’est sans doute ce qui rend sa poésie lyrique si substantielle), nous voyons M. Sully-Prudhomme tendre de plus en plus vers la poésie philosophique.

VI

La dernière guerre a produit chez nous nombre de rimes. La plupart
sonnaient creux ou faux. L’amour de la patrie est un sentiment qu’il est odieux de ne pas éprouver et ridicule d’exprimer d’une certaine façon. Un jeune officier s’est fait une renommée par des chansons guerrières pleines de sincérité. Mais, à mon avis du moins, M. Sully-Prudhomme est le poète qui a le mieux dit, avec le plus d’émotion et le moins de bravade, sans emphase ni banalité, ce qu’il y avait à dire après nos désastres.

«Mon compatriote, c’est l’homme.»
Naguère ainsi je dispersais
Sur l’univers ce coeur français :
J’en suis maintenant économe.

J’oubliais que j’ai tout reçu,
Mon foyer et tout ce qui m’aime,
Mon pain et mon idéal même,
Du peuple dont je suis issu,

Et que j’ai goûté, dès l’enfance,
Dans les yeux qui m’ont caressé,
Dans ceux même qui m’ont blessé,
L’enchantement du ciel de France…

Après le repentir des oublis imprudents, le poète dit la ténacité du lien par où nous nous sentons attachés à la terre de la patrie, au sol même, à ses fleurs, à ses arbres :

Fleurs de France, un peu nos parentes.
Vous devriez pleurer nos morts…
Frères, pardonnez-moi, si, voyant à nos portes,
Comme un renfort venu de nos aïeux gaulois,
Ces vieux chênes couchés parmi leurs feuilles mortes,
Je trouve un adieu pour les bois.

Enfin les sonnets intitulés : la France, résument et complètent les
«impressions de la guerre» : le sens du mot patrie ressaisi et fixé ;
l’acceptation de la dure leçon ; le découragement, puis l’espoir ; le
sentiment de la mission tout humaine de notre race persistant dans le
rétrécissement de sa tâche et en dépit du devoir de la revanche.

Je compte avec horreur, France, dans ton histoire,
Tous les avortements que t’a coûtés ta gloire :
Mais je sais l’avenir qui tressaille en ton flanc.

Comme est sorti le blé des broussailles épaisses,
Comme l’homme est sorti du combat des espèces,
La suprême cité se pétrit dans ton sang…

Je tiens de ma patrie un coeur qui la déborde,
Et plus je suis Français, plus je me sens humain.

VII

Que dans la science il y ait de la poésie, et non pas seulement, comme le croyait l’abbé Delille, parce que la science offre une matière inépuisable aux périphrases ingénieuses, cela ne fait pas question. André Chénier, en qui le XVIIIe siècle a failli avoir son poète, le savait bien quand il méditait son Hermès-et aussi Alfred de Vigny, cet artiste si original que le public ne connaît guère, mais qui n’est pas oublié pour cela, quand il écrivait la Bouteille à la mer. Assurément le ciel que nous a révélé l’astronomie depuis Képler n’est pas moins beau, même aux yeux de l’imagination, que le ciel des anciens (le Lever du soleil) :

Il est tombé pour nous, le rideau merveilleux
Où du vrai monde erraient les fausses apparences…

Le ciel a fait l’aveu de son mensonge ancien
Et, depuis qu’on a mis ses piliers à l’épreuve,
Il apparaît plus stable affranchi de soutien
Et l’univers entier vêt une beauté neuve.

La science invente des machines formidables ou délicates, que l’ignorant même admire pour l’étrangeté de leur structure, pour leur force implacable et sourde, pour la quantité de travail qu’elles accomplissent. La science donne au savant une joie sereine, aussi vive et aussi noble que pas un sentiment humain, et dont l’expression devient lyrique sans effort. La science rend l’homme maître de la nature et capable de la transformer : de là une immense fierté aussi naturellement poétique que celle d’Horace ou de Roland. La science suscite un genre d’héroïsme qui est proprement l’héroïsme moderne et auquel nul autre peut-être n’est comparable, car il est le plus désintéressé et le plus haut par son but, qui est la découverte
du vrai et la diminution de la misère universelle. La science est en train de changer la face extérieure de la vie humaine et, par des espérances et des vertus neuves, l’intérieur de l’âme. Un poète qui paraîtrait l’ignorer ne serait guère de son temps : et M. Sully-Prudhomme en est jusqu’aux entrailles. On se rappelle les derniers sonnets des Épreuves. J’y joindrai les Écuries d’Augias, qui nous racontent, sous une forme qu’avouerait Chénier, le moins mythologique, le plus «moderne» des travaux d’Hercule, celui qui exigeait le plus d’énergie morale et qui ressemble le plus à une besogne d’ingénieur. Le Zénith est un hymne magnifique et précis à la science, et qui réunit le plus possible de pensée, de description exacte et de mouvement lyrique. M. Sully-Prudhomme n’a jamais fait plus complètement ce qu’il voulait faire. Voici des strophes qui tirent une singulière beauté de l’exactitude des définitions, des sobres images qui les achèvent, et de la grandeur de l’objet défini :

Nous savons que le mur de la prison recule ;
Que le pied peut franchir les colonnes d’Hercule,
Mais qu’en les franchissant il y revient bientôt ;
Que la mer s’arrondit sous la course des voiles ;
Qu’en trouant les enfers on revoit des étoiles ;
Qu’en l’univers tout tombe, et qu’ainsi rien n’est haut.

Nous savons que la terre est sans piliers ni dôme,
Que l’infini l’égale au plus chétif atome ;
Que l’espace est un vide ouvert de tous côtés,
Abîme où l’on surgit sans voir par où l’on entre,
Dont nous fuit la limite et dont nous suit le centre,
Habitacle de tout, sans laideurs ni beautés…

Faut-il descendre dans le détail ? Nous signalons aux périphraseurs du dernier siècle, pour leur confusion, ces deux vers sur le baromètre, qu’ils auraient tort d’ailleurs de prendre pour une périphrase :

Ils montent, épiant l’échelle où se mesure
L’audace du voyage au déclin du mercure,

et ces deux autres qui craquent, pour ainsi dire, de concision :

Mais la terre suffit à soutenir la base
D’un triangle où l’algèbre a dépassé l’extase..

Notez que ces curiosités n’arrêtent ni ne ralentissent le mouvement
lyrique ; que l’effort patient de ces définitions précises n’altère en rien
la véhémence du sentiment qui emporte le poète. Après le grave prélude, les strophes ont une large allure d’ascension. Une des beautés du Zénith, c’est que l’aventure des aéronautes y devient un drame symbolique ; que leur ascension matérielle vers les couches supérieures de l’atmosphère représente l’élan de l’esprit humain vers l’inconnu. Et après que nous avons vu leurs corps épuisés tomber dans la nacelle, la métaphore est superbement reprise et continuée :

Mais quelle mort ! La chair, misérable martyre,
Retourne par son poids où la cendre l’attire ;
Vos corps sont revenus demander des linceuls.
Vous les avez jetés, dernier lest, à la terre
Et, laissant retomber le voile du mystère,
Vous avez achevé l’ascension tout seuls.

Le poète, en finissant, leur décerne l’immortalité positiviste, la
survivance par les oeuvres dans la mémoire des hommes :

Car de sa vie à tous léguer l’oeuvre et l’exemple,
C’est la revivre en eux plus profonde et plus ample.
C’est durer dans l’espèce en tout temps, en tout lieu.
C’est finir d’exister dans l’air où l’heure sonne,
Sous le fantôme étroit qui borne la personne,
Mais pour commencer d’être à la façon d’un dieu !
L’éternité du sage est dans les lois qu’il trouve.
Le délice éternel que le poète éprouve,
C’est un soir de durée au cœur des amoureux !…

En sorte qu’on ne goûte que vivant et par avance sa gloire à venir et que les grands hommes, les héros et les gens de bien vivent avant la mort leur immortalité. C’est un rêve généreux et dont le désintéressement paradoxal veut de fermes cœurs, que celui qui dépouille ainsi d’égoïsme notre survivance même. Illusion ! mais si puissante sur certaines âmes choisies qu’il n’est guère pour elles de plus forte raison d’agir.

VIII

Cette conclusion du Zénith nous sert de passage aux poèmes proprement philosophiques. Une partie des Épreuves y était déjà un acheminement, et nous avions rencontré dans la Vie intérieure de merveilleuses définitions de l’Habitude, de l’Imagination et de la Mémoire. Entre temps, M. Sully-Prudhomme avait traduit littéralement en vers le premier livre de Lucrèce et avait fait précéder sa traduction d’une préface kantienne. Puis, les stances Sur la mort essayaient de concevoir la vie par-delà la tombe et, n’y parvenant pas, expiraient dans une sorte de résignation violente, Le poème des Destins a de plus hautes visées encore. Il nous offre parallèlement une vue optimiste et une vue pessimiste du monde, et conclut que toutes deux sont vraies. L’Esprit du mal songe d’abord à faire un monde entièrement mauvais et souffrant; mais un tel monde ne durerait pas : afin qu’il souffre et persiste à vivre, l’Esprit du mal lui donne l’amour, le désir, les trêves perfides, les illusions, les biens apparents pour voiler les maux réels, l’ignorance irrémédiable et jamais résignée, le mensonge atroce de la liberté :

Oui, que l’homme choisisse et marche en proie au doute,
Créateur de ses pas et non point de sa route,
Artisan de son crime et non de son penchant ;
Coupable, étant mauvais, d’avoir été méchant ;
Cause inintelligible et vaine, condamnée
À vouloir pour trahir sa propre destinée,
Et pour qu’ayant créé son but et ses efforts,
Ce dieu puisse être indigne et rongé de remords…

L’Esprit du bien, de son côté, voulant créer un monde le plus heureux
possible, songe d’abord à ne faire de tout le chaos que deux âmes en deux corps qui s’aimeront et s’embrasseront éternellement. Cela ne le satisfait point : le savoir est meilleur que l’amour. Mais l’absolu savoir ne laisse rien à désirer ; la recherche vaut donc mieux ; et le mérite moral, le dévouement, le sacrifice, sont encore au-dessus… En fin de compte, il donne à l’homme, tout comme avait fait l’Esprit du mal, le désir, l’illusion, la douleur, la liberté. Ainsi le monde nous semble mauvais, et nous ne saurions en concevoir un autre supérieur (encore moins un monde actuellement parfait). Nous ne le voudrions pas, ce monde idéal, sans la vertu et sans l’amour : et comment la vertu et l’amour seraient-ils sans le désir ni l’effort-et l’effort et le désir sans la douleur ? Essayerons-nous, ne pouvant supprimer la douleur sans supprimer ce qu’il y a de meilleur en l’homme, d’en exempter après l’épreuve ceux qu’elle aurait faits justes et de ne la répartir que sur les indignes en la proportionnant à leur démérite ? Mais la vertu ne serait plus la vertu dans un monde où la justice régnerait ainsi. Et il ne faut pas parler d’éliminer au moins les douleurs inutiles qui ne purifient ni ne châtient, celles, par exemple, des petits enfants. Il faut qu’il y en ait trop et qu’il y en ait de gratuites et d’inexplicables, pour qu’il y en ait d’efficaces. Il faut à la vertu, pour être, un monde inique et absurde où le souffrance soit distribuée au hasard. La réalisation de la justice anéantirait l’idée même de justice. On n’arrive à concevoir le monde plus heureux qu’en dehors de toute notion de mérite : et qui aurait le courage de cette suppression ? S’il n’est immoral, il faut qu’il soit amoral. Le sage accepte le monde comme il est et se repose dans une soumission héroïque près de laquelle tous les orgueils sont vulgaires.

La Nature nous dit : «Je suis la Raison même,
Et je ferme l’oreille aux souhaits insensés ;
L’Univers, sachez-le, qu’on l’exècre ou qu’on l’aime,
Cache un accord profond des Destins balancés.

«Il poursuit une fin que son passé renferme,
Qui recule toujours sans lui jamais faillir;
N’ayant pas d’origine et n’ayant pas de terme,
Il n’a pas été jeune et ne peut pas vieillir.

«Il s’accomplit tout seul, artiste, œuvre et modèle ;
Ni petit, ni mauvais, il n’est ni grand, ni bon.
Car sa taille n’a pas de mesure hors d’elle
Et sa nécessité ne comporte aucun don…

«Je n’accepte de toi ni vœux ni sacrifices,
Homme; n’insulte pas mes lois d’une oraison.
N’attends de mes décrets ni faveurs, ni caprices.
Place ta confiance en ma seule raison !»

Oui, Nature, ici-bas mon appui, mon asile,
C’est ta fixe raison qui met tout en son lieu;
J’y crois, et nul croyant plus ferme et plus docile
Ne s’étendit jamais sous le char de son dieu…

Ignorant tes motifs, nous jugeons par les nôtres:
Qui nous épargne est juste, et nous nuit, criminel.
Pour toi qui fais servir chaque être à tous les autres,
Rien n’est bon ni mauvais, tout est rationnel…

Ne mesurant jamais sur ma fortune infime
Ni le bien ni mal, dans mon étroit sentier
J’irai calme, et je voue, atome dans l’abîme,
Mon humble part de force à ton chef-d’œuvre entier.

Il serait intéressant de rapprocher de ces vers certaines pages de M.
Renan. L’auteur des Dialogues philosophiques a plus d’ironie, des dessous curieux à démêler et dont on se méfie un peu ; M. Sully-Prudhomme a plus de candeur : incomparables tous deux dans l’expression de la plus fière et de la plus aristocratique sagesse où l’homme moderne ait su atteindre.
Sagesse sujette à des retours d’angoisse. Il y a vraiment dans le monde trop de douleur stérile et inexpliquée ! Par moments le cœur réclame. De là le poème de la Justice.

IX

La justice, dont le poète a l’idée en lui et l’indomptable désir, il la
cherche en vain dans le passé et dans le présent. Il ne la trouve ni «entre espèces» ni «dans l’espèce», ni «entre États» ni «dans l’État» (tout n’est au fond que lutte pour la vie et sélection naturelle, transformations de l’égoïsme, instincts revêtus de beaux noms, déguisements spécieux de la force). La justice, introuvable à la raison sur la terre, lui échappe également partout ailleurs… Et pourtant cette absence universelle de la justice n’empêche point le chercheur de garder tous ses scrupules, de se sentir responsable devant une loi morale. D’où lui vient cette idée au caractère impératif qui n’est réalisée nulle part et dont il désire invinciblement la réalisation ?… Serait-ce que, hors de la race humaine, elle n’a aucune raison d’être; que, même dans notre espèce, ce n’est que lentement qu’elle a été conçue, plus lentement encore qu’elle s’accomplit ? Mais qu’est-ce donc que cette idée? «Une série d’êtres, successivement apparus sous des formes de plus en plus complexes, animés d’une vie de plus
en plus riche et concrète, rattache l’atome dans la nébuleuse à l’homme sur la terre…»

L’homme, en levant un front que le soleil éclaire,
Rend par là témoignage au labeur séculaire

Des races qu’il prime aujourd’hui,
Et son globe natal ne peut lui faire honte ;
Car la terre en ses flancs couva l’âme qui monte
Et vient s’épanouir en lui.

La matière est divine ; elle est force et génie ;
Elle est à l’idéal de telle sorte unie
Qu’on y sent travailler l’esprit,
Non comme un modeleur dont court le pouce agile,
Mais comme le modèle éveillé dans l’argile
Et qui lui-même la pétrit.

Voilà comment, ce soir, sur un astre minime,
Ô Soleil primitif, un corps qu’un souffle anime,
Imperceptible, mais debout,
T’évoque en sa pensée et te somme d’y poindre,
Et des créations qu’il ne voit pas peut joindre
Le bout qu’il tient à l’autre bout.

Ô Soleil des soleils, que de siècles, de lieues,
Débordant la mémoire et les régions bleues,
Creusent leur énorme fossé
Entre ta masse et moi ! Mais ce double intervalle,
Tant monstrueux soit-il, bien loin qu’il me ravale,
Mesure mon trajet passé.

Tu ne m’imposes plus, car c’est moi le prodige
Tu n’es que le poteau d’où partit le quadrige
Qui roule au but illimité ;
Et depuis que ce char, où j’ai bondi, s’élance,
Ce que sa roue ardente a pris sur toi d’avance,
Je l’appelle ma dignité…

L’homme veut que ce long passé, que ce travail mille et mille fois
séculaire dont il est le produit suprême soit respecté dans sa personne et dans celle des autres. La justice est que chacun soit traité selon sa dignité. Mais les dignités sont inégales; le grand triage n’est pas fini ; il y a des retardataires. Des Troglodytes, des hommes du moyen âge, des hommes d’il y a deux ou trois siècles, se trouvent mêlés aux rares individus qui sont vraiment les hommes du XIXe siècle. Il faut donc que la justice soit savante et compatissante pour mesurer le traitement de chacun à son degré de «dignité». «Le progrès de la justice est lié à celui des connaissances et s’opère à travers toutes les vicissitudes politiques.» La justice n’est pas encore; mais elle se fait, et elle sera.

La première partie, Silence au coeur, écrite presque toute sous
l’impression de la guerre et de la Commune, est superbe de tristesse et d’ironie, parfois de cruauté. Il m’est revenu que M. Sully-Prudhomme jugeait maintenant «l’appel au cœur» trop rapide, trop commode, trop semblable au fameux démenti que se donne Kant dans la Critique de la raison pratique, et qu’il se proposait, dans une prochaine édition, de n’invoquer ce «cri» de la conscience que comme un argument subsidiaire et de le reporter après la définition de la «dignité», qui remplit la neuvième Veille. Il me semble qu’il aurait tort et que sa première marche est plus naturelle. Le poète, au début, a déjà l’idée de la justice puisqu’il part à sa recherche. L’investigation terminée, il constate que son insuccès n’a fait que rendre cette idée plus impérieuse. «L’appel au cœur» n’est donc qu’un retour mieux renseigné au point de départ. Le chercheur persiste, malgré la non-existence de la justice, à croire à sa nécessité, et, ne pouvant en éteindre en lui le désir, il tente d’en éclaircir l’idée, d’en trouver une définition qui explique son absence dans le passé et sa réalisation si incomplète dans le présent. Il est certain, à y regarder de près, que le poète revient sur ce qu’il a dit et le rétracte partiellement ; mais il vaut mieux que ce retour soit provoqué par une protestation du cœur que si le raisonnement, de lui-même, faisait volte-face. En réalité, il n’y avait qu’un moyen de donner à l’œuvre une consistance irréprochable : c’était de pousser le pessimisme du commencement à ses conséquences dernières ; de conclure, n’ayant découvert nulle part la justice, que le désir que nous en avons est une maladie dont il faut guérir, et de tomber de Darwin en Hobbes. Mais, plus logique, le livre serait à la fois moins sincère et moins vrai.

Ce que j’ai envie de reprocher à M. Sully-Prudhomme, ce n’est pas la
brusquerie du retour au cœur (les «Voix» d’ailleurs l’ont préparé), ni
une contradiction peut-être inévitable en pareil sujet : c’est plutôt que
sa définition de la dignité et ce qui s’ensuit l’ait trop complètement
tranquillisé, et qu’il trompe son cœur au moment où il lui revient, où il
se flatte de lui donner satisfaction. La justice sera ? Mais le cœur veut qu’elle soit et qu’elle ait toujours été. Je n’admets pas que tant d’êtres aient été sacrifiés pour me faire parvenir à l’état d’excellence où je suis. Je porte ma dignité comme un remords si elle est faite de tant de douleurs. Cet admirable sonnet de la cinquième Veille reste vrai, et le sera jusqu’à la fin des temps.

Nous prospérons ! Qu’importe aux anciens malheureux,
Aux hommes nés trop tôt, à qui le sort fut traître,
Qui n’ont fait qu’aspirer, souffrir et disparaître,
Dont même les tombeaux aujourd’hui sonnent creux !

Hélas! leurs descendants ne peuvent rien pour eux,
Car nous n’inventons rien qui les fasse renaître.
Quand je songe à ces morts, le moderne bien-être
Par leur injuste exil m’est rendu douloureux.

La tâche humaine est longue, et sa fin décevante.
Des générations la dernière vivante
Seule aura sans tourment tous ses greniers comblés.

Et les premiers auteurs de la glèbe féconde
N’auront pas vu courir sur la face du monde
Le sourire paisible et rassurant des blés.

Voilà qui infirme l’optimisme des dernières pages. Ce sont elles qu’il
faudrait intituler Silence au coeur! car c’est l’optimisme qui est sans
coeur. Il est horrible que nous concevions la justice et qu’elle ne soit
pas dès maintenant réalisée. Mais, si elle l’était, nous ne la concevrions pas. Après cela, on ne vivrait pas si on songeait toujours à ces choses. Le poète, pour en finir, veut croire au futur règne de la justice et prend son parti de toute l’injustice qui aura précédé. Que ne dit-il que cette solution n’en est pas une et que cette affirmation d’un espoir qui suppose tant d’oublis est en quelque façon un coup de désespoir ? Il termine, comme il a coutume, par un appel à l’action ; mais c’est un remède, non une réponse.

Tel qu’il est, j’aime ce poème. La forme est d’une symétrie compliquée. Dans les sept premières Veilles, à chaque sonnet du «chercheur», des «voix», celles du sentiment ou de la tradition, répondent par trois quatrains et demi ; le chercheur achève le dernier quatrain par une réplique ironique ou dédaigneuse et passe à un autre sonnet. On a reproché à M. Sully-Prud’homme d’avoir accumulé les difficultés comme à plaisir. Non à plaisir, mais à dessein, et le reproche tombe puisqu’il les a vaincues. Plusieurs auraient préféré à ce dialogue aux couplets égaux et courts une série de «grand morceaux». Le poète a craint sans doute de verser dans le «développement», d’altérer la sévérité de sa conception. L’étroitesse des formes qu’il a choisies endigue sa pensée, la fait mieux saillir, et leur retour régulier rend plus sensible la démarche rigoureuse de
l’investigation : chaque sonnet en marque un pas, et un seul. Puis cette alternance de l’austère sonnet positiviste et des tendres strophes spiritualistes, de la voix de la raison et de celle du cœur qui finissent par s’accorder et se fondre, n’a rien d’artificiel, après tout, que quelque excès de symétrie. Tandis que les philosophes en prose ne nous donnent que les résultats de leur méditation, le poète nous fait assister à son effort, à son angoisse, nous fait suivre cette odyssée intérieure où chaque découverte partielle de la pensée a son écho dans le cœur et y fait naître une inquiétude, une terreur, une colère, un espoir, une joie ; où à chaque état successif du cerveau correspond un état sentimental : l’homme est ainsi tout entier, avec sa tête et avec ses entrailles, dans cette recherche méthodique et passionnée.

Toute spéculation philosophique recouvre ou peut recouvrir une sorte de drame intérieur : d’où la légitimité de la poésie philosophique. Je
comprends peu que quelques-uns aient accueilli Justice avec défiance, jugeant que l’auteur avait fait sortir la poésie de son domaine naturel. J’avoue que l’Éthique de Spinoza se mettrait difficilement en vers ; mais l’idée que l’Éthique nous donne du monde et la disposition morale où elle nous laisse sont certainement matière à poésie. (Remarquez que Spinoza a donné à son livre une forme symétrique à la façon des traités de géométrie, et que, pour qui embrasse l’ensemble, il y a dans cette ordonnance extérieure, dans ce rythme, une incontestable beauté.) L’expression des idées même les plus abstraites emprunte au vers un relief saisissant : la Justice en offre de nombreux exemples et décisifs. Il est très malaisé de
dire où finit la poésie. «Le vers est la forme la plus apte à consacrer ce que l’écrivain lui confie, et l’on peut, je crois, lui confier, outre tous
les sentiments, presque toutes les idées
», dit M. Sully-Prudhomme. S’il faut reconnaître que la métaphysique pure échappe le plus souvent à l’étreinte de la versification,-dès qu’elle aborde les questions humaines et où le coeur s’intéresse, dès qu’il s’agit de nous et de notre destinée, la poésie peut intervenir. Ajoutez qu’elle est fort capable de résumer, au moins dans leurs traits généraux, les grandes constructions métaphysiques et de les sentir après qu’elles ont été pensées. La poésie à l’origine, avec les didactiques, les gnomiques et les poètes philosophes, condensait toute la science humaine ; elle le peut encore aujourd’hui.

X

Bien des choses resteraient à dire. Surtout il faudrait étudier la forme de M. Sully-Prudhomme. Il s’en est toujours soucié (l’Art, Encore). Elle est partout d’une admirable précision. Voyez dans les Vaines tendresses, l’Indifférente, le Lit de Procuste; le premier sonnet des Épreuves; les dernières strophes de la Justice : je cite, à mesure qu’elles me reviennent, ces pages où la précision est particulièrement frappante. Il va soignant de plus en plus ses rimes; la forme du sonnet, de ligne si arrêtée et de symétrie si sensible, qui appelle la précision et donne le relief, lui est chère entre toutes: il a fait beaucoup de sonnets, et les plus beaux peut-être de notre langue. Or la précision est du contour, non de la couleur : M. Sully-Prudhomme est un «plastique» plus qu’un coloriste. En Italie il a surtout vu les statues et, dans les paysages, les lignes (Croquis italiens). Quand il se contente de décrire, son exactitude est incomparable (la Place Saint-Jean-de-Latran, Torses antiques, Sur un vieux tableau, etc.). Son imagination ne va jamais sans pensée; c’est pour cela qu’elle est si nette et d’une qualité si rare: elle subit le contrôle et le travail de la réflexion qui corrige, affine, abrège. Il n’a pas un vers banal: éloge unique, dont le correctif est qu’il a trop de vers difficiles. Son imagination est, d’ailleurs, des plus belles et, sous ses formes brèves, des plus puissantes qu’on ait vues. S’il est vrai qu’une des facultés qui font les grands poètes, c’est de saisir entre le monde moral et le monde matériel beaucoup plus de rapports et de plus inattendus que ne fait le commun des hommes, M. Sully-Prudhomme est au premier rang. Près de la moitié des sonnets des Épreuves (on peut compter) sont des images, des métaphores sobrement développées et toutes surprenantes de justesse et de grâce ou de grandeur. Ses autres recueils offrent le même genre de richesse. J’ose dire que, parmi nos poètes, il est, avec Victor Hugo, dans un goût très différent, le plus grand trouveur de symboles.

XI

M. Sully-Prudhomme s’est fait une place à part dans le coeur des amoureux de belles poésies, une place intime, au coin le plus profond et le plus chaud. Il n’est point de poète qu’on lise plus lentement ni qu’on aime avec plus de tendresse. C’est qu’il nous fait pénétrer plus avant que personne aux secrets replis de notre être. Une tristesse plus pénétrante que la mélancolie romantique ; la fine sensibilité qui se développe chez les très vieilles races, et en même temps la sérénité qui vient de la science ; un esprit capable d’embrasser le monde et d’aimer chèrement une fleur ; toutes les délicatesses, toutes les souffrances, toutes les fiertés, toutes les ambitions de l’âme moderne : voilà, si je ne me trompe, de quoi se compose le précieux élixir que M. Sully-Prudhomme enferme en des vases d’or pur,
d’une perfection serrée et concise. Par la sensibilité réfléchie, par la
pensée émue, par la forme très savante et très sincère, il pourrait bien
être le plus grand poète de la génération présente.

Un de ses «amis inconnus» lui adressait un jour ces rimes :

Vous dont les vers ont des caresses
Pour nos chagrins les plus secrets,
Qui dites les subtils regrets
Et chantez les vaines tendresses,

Ô clairvoyant consolateur,
Ceux à qui votre muse aimée
A dit leur souffrance innommée
Et révélé leur propre coeur,

Et ceux encore, ô sage, ô maître,
À qui vous avez enseigné
L’orgueil tranquille et résigné
Qui suit le tourment de connaître ;

Tous ceux dont vous avez un jour
Éclairé l’obscure pensée,
Ou secouru l’âme blessée,
Vous doivent bien quelque retour…

Ce retour, ce serait une critique digne de lui. Mais, pour lui emprunter la pensée qui ouvre ses œuvres, le meilleur de ce que j’aurais à dire demeure en moi malgré moi, et ma vraie critique ne sera pas lue.

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De
Sully Prudhomme

Pour l’Amour des courbes

*
A vingt ans
(Sonnet)
Aos vinte anos
Traduction Portugaise

*

A vingt ans
(Sonnet)
A vent’anni 
Traduction Italienne

Sully Prudhomme Trad Jacky Lavauzelle

Sully

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LE FLEUVE ZAÏRE ET LE ROYAUME DU CONGO -OS LUSIADAS V-13 – LES LUSIADES – LUIS DE CAMOES – Ali o mui grande reino está de Congo

*

Ferdinand de Portugal traduction Jacky Lavauzelle

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OS LUSIADAS CAMOES CANTO V
Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS V-13 LES LUSIADES V-13
*

LITTERATURE PORTUGAISE

Ferdinand de Portugal Os Lusiadas Traduction Jacky Lavauzelle Les Lusiades de Luis de Camoes

literatura português
Luis de Camões
[1525-1580]
Tradução – Traduction
Jacky Lavauzelle
texto bilingue

Traduction Jacky Lavauzelle

*

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« Ali o mui grande reino está de Congo,
« Là, se présente le vaste royaume du Congo,
Por nós já convertido à fé de Cristo,
Que nous avons déjà convertis à la foi du Christ,
Por onde o Zaire passa, claro e longo,
Que traverse le long et clair Zaïre,
Rio pelos antigos nunca visto.
Fleuve que nos anciens n’avait jamais vu.
Por este largo mar enfim me alongo
Par cette large mer enfin je quitte
Do conhecido pólo de Calisto,
Le pôle de Callisto bien connu,
Tendo o término ardente já passado,
La limite ardente étant déjà dépassée,
Onde o meio do mundo é limitado.
Limite qui borne le milieu du monde.


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L’Empire du Congo

LA PAROLE DU SAGE (7) – OS LUSIADAS IV-100 – LES LUSIADES – LUIS DE CAMOES – Não tens junto contigo o Ismaelita

*

Ferdinand de Portugal traduction Jacky Lavauzelle

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OS LUSIADAS CAMOES CANTO IV
Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS IV-100 LES LUSIADES IV-100
LITTERATURE PORTUGAISE

Ferdinand de Portugal Os Lusiadas Traduction Jacky Lavauzelle Les Lusiades de Luis de Camoes

literatura português
Luis de Camões
[1525-1580]
Tradução – Traduction
Jacky Lavauzelle
texto bilingue

Traduction Jacky Lavauzelle

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-« Não tens junto contigo o Ismaelita,
-« N’as tu pas d’Ismaélite à tes portes,
Com quem sempre terás guerras sobejas?
Avec qui tu peux toujours guerroyer ?
Não segue ele do Arábio a lei maldita,
Ne suit-il pas la loi maudite des Arabes ?
Se tu pela de Cristo só pelejas?
Ne dois-tu pas te battre pour l’amour du Christ ?
Não tem cidades mil, terra infinita,
Si tu désires mille villes, une terre infinie,
Se terras e riqueza mais desejas?
Ne possède t’il pas mille terres et richesses ?
Não é ele por armas esforçado,
N’est-ce donc pas un adversaire pour tes bras,
Se queres por vitórias ser louvado?
Si tu désires te louer de belles victoires ?


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MANUEL Ier de Portugal
Emmanuel Ier

« Le Ventureux »
31 mai 1469 Alcochete – 13 décembre 1521 Lisbonne
Succède à Jean II le 27 octobre 1495

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JEAN Ier – CAP VERS L’AFRIQUE- OS LUSIADAS IV-48 LES LUSIADES LUIS DE CAMOES – Não sofre o peito forte, usado à guerra

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traduction Jacky LavauzelleOS LUSIADAS CAMOES CANTO IV
Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS IV-48 LES LUSIADES IV-48
LITTERATURE PORTUGAISE

Os Lusiadas Traduction Jacky Lavauzelle Les Lusiades de Luis de Camoes




Os Lusiadas Traduction Jacky Lavauzelle Les Lusiades de Luis de Camoes

literatura português

Luis de Camões
[1525-1580]

Tradução – Traduction
texto bilingue




Luis de Camoes Les Lusiades Trad Jacky Lavauzelle

 Obra Poética  (1556)




OS LUSIADAS IV-48
A Epopeia Portuguesa

 

Traduction Jacky Lavauzelle

Camoes Traduction Jacky Lavauzelle
Vasco de Gama

 

Traduction Jacky Lavauzelle

 

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JEAN Ier : CAP VERS L’AFRIQUE

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« Não sofre o peito forte, usado à guerra,

« Mais cette âme forte, forgée pour la guerre,
 Não ter amigo já a quem faça dano;
Ne se résout pas à ne plus avoir d’ennemis ;
  E assim não tendo a quem vencer na terra,
Et ainsi n’ayant plus rien à conquérir sur terre,
Vai cometer as ondas do Oceano.
Part se battre avec les vagues de l’Océan.
  Este é o primeiro Rei que se desterra
C’est le premier Roi ainsi à partir
Da Pátria, por fazer que o Africano
De sa  patrie, pour que l’Africain
Conheça, pelas armas, quanto excede
Comprenne, par les armes, combien est supérieure
  A lei de Cristo à lei de Mafamede. 
La loi du Christ à celle de Mahomet.

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Traduction Jacky Lavauzelle
Nuno Álvares Pereira

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OS LUSIADAS CANTO IV

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Traduction Jacky Lavauzelle

Vasco de Gama par Gregorio Lopes

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LA MORT DU VETERAN CAMOES

Et puis, pour qu’un royaume ait des gens de lettres, il lui faut de l’argent pour les pensionner. Le Portugal, qui épuisait son épargne en flottes, en armées, en constructions de citadelles, ne pouvait avoir dans son budget un chapitre d’encouragemens aux lettres et aux arts. Bientôt même l’état ruiné par ses conquêtes, obéré par la victoire, n’eut plus de quoi suffire aux besoins de ses armées : il finit par ne pouvoir plus nourrir ceux qui l’avaient servi. Camoens mourut à l’hôpital, ou à-peu-près ; mais ce ne fut pas comme poète ; ce ne fut pas comme Gilbert et Maifilâtre à côté d’autres écrivains largement rentes: ce fut comme un vétéran dont la solde manque, ou dont la pension de retraite est suspendue.il mourut comme beaucoup de ses compagnons d’armes, comme mouraient les vice-rois eux-mêmes, qui n’avaient pas toujours (témoin dom Joâo de Castro) de quoi acheter une pouie dans leur dernière maladie.

« Qu’y a-t-il de plus déplorable que de voir un si grand génie si mal récompensé ? Je l’ai vu mourir dans un hôpital de Lisbonne, sans avoir un drap pour se couvrir, lui qui avait si bravement combattu dans l’Inde orientale et qui avait fait cinq mille cinq cents lieues en mer. Grande leçon pour ceux qui se fatiguent à travailler nuit et jour et aussi vainement que l’araignée qui ourdit sa toile pour y prendre des mouches. »
Il peut résulter de cette apostille que José Indio a vu Camoens à l’hôpital, sans qu’il faille prendre à la lettre les mots je l’ai vu mourir.
Ce fut dans ces circonstances que le désastre d’AIkacer Kébir (4 août 1578) frappa de mort le Portugal. Il restait encore à Camoens une larme pour sa patrie : Ah ! s’écria-t-il, du moins je meurs avec elle ! Il répéta la même pensée dans la dernière lettre qu’il ait écrite. « Enfin, disait-il, je vais sortir de la vie, et il sera manifeste à tous que j’ai tant aimé ma patrie, que non-seulement je me trouve heureux de mourir dans son sein, mais encore de mourir avec elle. »
Il ne survécut que peu de mois à ce désastre, et mourut au commencement de 1579, à l’âge de cinquante-cinq ans.
Il fut enterré très pauvrement dans l’église de Santa Anna, dit Pedro de Mariz, à gauche en entrant et sans que rien indiquât sa sépulture. Ses malheurs firent une impression si profonde, que personne ne voulut plus occuper la maison qu’il avait habitée. Elle est restée vide depuis sa mort. Les prévisions de Camoens ne tardèrent pas à s’accomplir. Le Portugal, ce royaume né d’une victoire et mort dans une défaite, tomba bientôt sous le joug de Philippe IL Ce monarque visitant ses nouvelles provinces, s’informa du poète, et, en apprenant qu’il n’existait plus, il témoigna un vif regret….

Charles Magnin
Luiz de Camoëns
Revue des Deux Mondes
Période Initiale, tome 6

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Traduction Jacky Lavauzelle

ARTGITATO
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Camoes Os Lusiadas IV Traduction Jacky Lavauzelle

 OS LUSIADAS IV

LUIS DE CAMOES LES LUSIADES

Camoes Canto III

LA PESTE DE BERGAME – Pesten i Bergamo – DE JENS PETER JACOBSEN – 1882

Denmark– Danemark – Danmark
arbejde Jens Peter JACOBSEN

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Traduction Jacky Lavauzelle*******

Traduction – Texte Bilingue

Jens Peter JACOBSEN

Poésie
Poesi


LITTERATURE DANOISE
POESIE DANOISE

dansk litteratur
dansk poesi
danske digte

Jens Peter JACOBSEN
1847-1885

Traduction Danois Jacky Lavauzelle

Traduction Jacky Lavauzelle


LES POEMES & NOUVELLES
DE JENS PETER JACOBSEN

LA PESTE DE BERGAME
Pesten i Bergamo
1882
(Mogens og andre Noveller)

KJØBENHAVN – GYLENDALSKE BOGHANDELS FORLAG (F HEGEL & SØN) – THIELES BOGTRYKKERI

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Traduction Jacky Lavauzelle
Nicolas Poussin, La Peste à Ashdod, 1630-1631, Musée du Louvre

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Der var Gammel-Bergamo oppe paa Toppen af et lavt Bjærg, i Hegn bag Mure og Porte, og der var det nye Bergamo nede ved Bjærgets Fod, aabent for alle Vinde.
Si le vieux Bergame se dressait au sommet d’un vallon, derrière une muraille, le nouveau Bergame tapissait le pied d’une colline offerte à tous les vents.

En Dag brød Pesten ud dernede i den nye By og greb frygteligt om sig;
Un jour, la peste s’est abattue terriblement sur la nouvelle ville ;
der døde en Mængde Mennesker og de andre flygtede bort udover Sletten, ad alle Verdens fire Hjørner til.
Nombreux périrent et d’autres fuirent au delà de la plaine, aux quatre coins du monde.
Og Borgerne i Gammel-Bergamo stak Ild paa den forladte By for at rense Luften, men det hjalp ikke, de begyndte ogsaa at dø oppe hos dem, først en om Dagen, saa fem, saa ti og saa en Snes, og da det var paa sit Højeste mange fler endnu.
Et les citoyens du Vieux Bergame incendièrent la ville abandonnée afin d’y purifier l’air, mais cela fit rien, car ils commencèrent à leur tour à mourir, d’abord au rythme d’un par jour, puis de cinq à dix, et puis plus encore les jours qui suivirent.

Og de kunde ikke flygte saadan som de i den nye By havde gjort.
Et eux ne pouvaient pas s’échapper comme l’avaient fait ceux de la ville nouvelle.

Der var jo de, der forsøgte det, men de kom til at leve et Liv som det jagede Dyrs, med Skjul i Grøfter og Stenkister, under Hegn og inde i de grønne Marker;
Il y avait ceux qui le tentèrent, mais vécurent une vie d’animal traqué, se cachant dans les fossés et les grottes, derrière les barrières et errant à travers les verts pâturages ;
for Bønderne, der baade det ene Sted og det andet havde faaet Pesten bragt i Gaarde af de første Flygtninge, de stenede hver fremmed Sjæl, de traf, bort fra deres Enemærker, eller slog dem ned som gale Hunde uden Naade eller Barmhjærtighed, i retfærdigt Nødværge som de mente.
car les paysans les pourchassaient inlassablement en les battant comme des chiens enragés, sans aucune pitié ni humanité.

De maatte blive hvor de var de Folk fra Gammel-Bergamo, og Dag for Dag blev det varmere i Vejret og Dag for Dag blev den gruelige Smitte gridskere og gridskere i sit Tag.
Ils devaient donc rester là, dans le vieux Bergame, où de jour en jour la température devenait plus chaude et l’horrible contamination s’étendait inéxorablement.
Forfærdelsen steg op som til Galenskab, og hvad der havde været af Orden og ret Regimente, det var som om Jorden havde slugt det og sendt det Værste istedet.
La panique et la déraison régnaient, et tout ce qui ressemblait à de la justice et à de la raison semblait avoir été avalé et échangé à la place par le pire mal de la pire espèce.

Lige i Begyndelsen, da Pesten kom paa, havde Folk sluttet sig sammen i Enighed og Samdrægtighed, havde været paa Vagt efter at Ligene blev ordenlig og godt begravede, og havde hver Dag sørget for, at der blev tændt store Baal af Ild paa Torve og Pladser, at den sunde Røg kunde drive gjennem Gaderne.
Au début de la peste, les gens étaient unis et raisonnés, vigilants à bien enterrer corps, et organisaient chaque jour de grands feux à travers les rues.
Enebær og Eddike var der bleven delt ud til de Fattige, og fremfor Alting havde Folk søgt til Kirkerne aarle og silde, enkeltvis og i Optog, hver Dag havde de været inde for Gud med deres Bønner, og hver Aften, naar Solen gik i Bjærge, havde alle Kirkernes Klokker raabt klagende imod Himlen fra deres hundrede svingende Svælg. 
Des mûres et du vinaigre étaient distribués aux plus pauvres, mais surtout, les gens se ruaient dans les églises, seuls ou en groupe, chaque jour, pour prier Dieu et chaque soir, quand le soleil déclinait derrière les montagnes, toutes les cloches de l’église claironnaient vigoureusement comme des suppliques qu’elles adressaient au ciel.
Og Faster var der bleven paabudt og Relikvierne havde hver Dag staaet stillet frem paa Altrene.
Et désormais le jeûne était de rigueur, et de nouvelles reliques étaient présentées tous les jours sur les autels.

Endelig en Dag, de ikke vidste mere at gjøre, havde de fra Raadhusets Altan, under Basuners og Tubers Klang, udraabt den hellige jomfru til Podesta eller Borgmester over Byen, nu og evindelig.
Enfin, un jour, ne sachant plus quoi faire de plus, à l’hôtel de ville, du balcon, au son des trompettes et des tambours, ils proclamèrent la sainte Vierge grande protectrice de la cité, maintenant et pour toujours.

Men det hjalp Altsammen ikke; der var Ingenting der hjalp.
Mais cela resta sans effets ; Il n’y avait donc plus rien à espérer.

Og da Folk fornam det og efterhaanden blev faste i den Tro, at Himlen enten ikke vilde hjælpe eller ikke kunde, da ikke blot lagde de Hænderne i Skjødet, sigende, at Alting maatte komme som det komme skulde, nej, men det var som om Synden fra en dulgt og snigende Sot var bleven en ond og aabenbar, rasende Pest, der Haand i Haand med den legemlige Farsot higed efter at slaa Sjælen ihjel, ligesom denne efter at lægge deres Kroppe øde.
Mais quand les gens comprirent que l’aide ne viendrait pas du ciel, peut-être parce qu’il ne pouvait rien y faire ou bien parce qu’il ne le voulait pas, ils décidèrent de prendre leur destinée en main ; et alors, tout le péché enseveli et hideux ressurgit et devint un fléau si furieux et une peste nouvelle si violente qu’elle ravagea les âmes aussi bien que la première avait détruit leurs corps.
Saa utrolige vare deres Gjerninger, saa uhyre deres Forhærdelse.
La malédiction planait sur chacune de leurs œuvres .
Luften var fuld af Bespottelse og Ugudelighed, af Fraadseres Stønnen og Drankeres Hyl, og den vildeste Nat var ikke sortere af Uteerlighed end deres Dage var det.
L’air s’emplissait de moquerie blessante et de méchanceté, de gémissements orgiaques et du beuglement des ivrognes, et la nuit la plus folle et insensée n’était rien en comparaison de ces jours.

« Idag ville vi æde, thi imorgen skulle vi dø! » 
« Aujourd’hui ripaillons, car demain nous allons mourir ! »
— Det var som havde de sat det ud efter Noder, at spille paa mangfoldige Instrumenter i een uendelig Helvedeskoncert.
Cette ritournelle s’entendait constamment dans un interminable et infernal concert.
 Ja, havde ikke alle Synder forud været opfundne, saa var de blevet det her, for der var ikke den Vej, de jo vendte sig hen i deres Forkerthed.
Oui, si tous les péchés n’avaient pas été inventés auparavant, ils auraient été inventés pendant cette trouble période.
De unaturligste Laster florerede iblandt dem, og selv saadanne sjældne Synder som Nekromantia, Troldom og Djævlepaakaldelse var dem velbekjendte, thi de vare mange, som tænkte hos Helvedes Magter at faa den Beskyttelse, Himlen ikke havde villet yde.
Les pratiques surnaturelles fleurissaient parmi eux, et même des péchés aussi rares que la nécromancie, la sorcellerie et le satanisme leur étaient désormais bien connus, car nombreux se soumettaient aux pouvoirs de l’enfer afin d’avoir la protection que le ciel leur refusait.

Alt hvad der hed Hjælpsomhed eller Medlidenhed var forsvundet af Sindene, Enhver havde kun Tanke for sig selv.
Tout ce qu’on appelait bienveillance ou compassion avait disparu des esprits, tout le monde ne pensait qu’à lui-même.
Den Syge blev set paa som Alles fælles Fjende, og hændte det en Stakkel, at han faldt om paa Gaden, mat af Pestens første Febersvimmel, der var ikke en Dør, der aabnede sig for ham, men med Spydestik og med Stenkast blev han tvungen til at slæbe sig bort fra de Sundes Vej.
Le malade était considéré comme un ennemi commun, et si un malheureux tombait dans la rue, ressentant la première fièvre de la peste, plus une porte ne s’ouvrait à lui ; bien au contraire, il se trouvait écarté à l’aide d’une lance et par un jet de pierre forcé à faire demi-tour.

Og Dag for Dag tog Pesten til, Sommersolen brændte ned over Byen, der faldt ikke en Regndraabe, der rørte sig ikke en Vind, og af Lig, der laa og raadnede i Husene, og af Lig, der var ilde skjult i Jorden, avledes der en kvælende Stank, som blandede sig med Gadernes stillestaaende Luft og lokked Ravne og Krager til i Sværme og i Skyer, saa der var sort af dem paa Mure og paa Tage.
Et de jour en jour, la peste croissait et faisait des ravages, le soleil d’été inondait et brûlait la ville, il ne pleuvait plus depuis bien longtemps, le vent ne soufflait plus, la lumière pénétrait dans les maisons sur des corps qui jonchaient à même la terre. Il y avait une puanteur incommensurable qui se mêlait à l’air fétide des ruelles et attirait des nuées d’innombrables corbeaux, noircissant les toits des maisons.
Og rundt omkring paa Stadens Ringmur sad der enkeltvis underlige, store, udenlandske Fugle, langvejs fra, med rovlystne Næb og forventningsfuldt krummede Kløer, og de sad og saae med deres rolige, gridske Øjne indover, som biede de kun paa, at den ulykkelige By skulde blive een stor Aadselkule.
Autour des murailles de la ville, il y avait des d’étranges oiseaux, immenses, venus de loin, aux becs démesurés et aux puissantes serres largement incurvées, et ils regardaient, les yeux déterminés et songeurs, comme s’ils attendaient que tombe cette malheureuse ville comme tomberait un fruit totalement pourri.

Saa var det Elleveugersdagen efter at Pesten var udbrudt, at Taarnvægterne og andre Folk, der var tilvejrs paa høje Steder, kunde se et sælsomt Tog bugte sig fra Sletten ind igjennem den nye Byes Gader, mellem de røgsværtede Stenmure og Træskurenes sorte Askedynger.
Puis, onze semaines après, la peste régnait encore, les vigiles, qui se trouvaient sur les hauteurs, aperçurent un étrange phénomène qui rampait de la plaine à travers les rues de la nouvelle ville, entre les murs de pierre calcinés et les restes de déchets noircis.
En Mængde Mennesker!
Une foule de gens !
vist henved de sekshundrede eller fler, Mænd og Kvinder, Gamle og Unge, og de havde store, sorte Kors imellem sig og brede Bannere over sig, røde som Ild og Blod.
Peut-être six cents personnes, voire plus, hommes, femmes, vieux et jeunes, et qui portaient de grandes croix noires et de larges bannières rouges, comme peintes de feu et de sang.
De synger imens de gaar, og sære fortvivlelsesfuldt klagende Toner bæres op igjennem den stille, lummervarme Luft.
Ils chantaient d’étranges et tragiques complaintes qui se faisaient entendre dans ce pesant air silencieux et torride.

Brune, graa, sorte er deres Dragter, men Alle har de et rødt Mærke paa Brystet.
Marrons, gris, noirs étaient leurs costumes, mais tous portaient une marque rouge sur leur poitrine.
Et Kors er det da de kommer nærmere.
Une croix se dessinait à mesure qu’ils se rapprochaient.
For de kommer stadigt nærmere.
Ils se rapprochaient toujours et encore de la vieille ville.
De presser sig op ad den stejle, murindhegnede Vej, som fører op til den gamle By.
Ils se faufilaient sur la route escarpée qui y mène.
Der er et Mylder af deres hvide Ansigter, de har Svøber i Hænderne, der er en Ildregn malet af paa deres røde Faner.
Il y avait une multitude de visages livides et pâles, qui tenaient dans leurs mains des fanions rouges où figuraient des torrents de feu.
Og de sorte Kors svinger til den ene Side og til den anden i Trængslen.
Et des croix noires se balançaient d’un côté et de l’autre en détresse au-dessus des têtes.

En Lugt stiger op fra den sammenstuvede Hob, af Sved, af Aske, af Vejstøv og gammel Kirkerøgelse.
Une odeur émergeait de ce bloc compact, une odeur de sueur et de cendres, de poussière et des fragrances d’église.
De synger ikke mer, de taler ikkeheller, blot den samlede trippende, hjordeagtige Lyd af deres nøgne Fødder.
Ils ne chantaient plus, ils ne parlaient pas, ils s’étaient tus et il ne restait que le bruit de leurs pieds nus sur la terre.

Ansigt ved Ansigt dukker ind i Taarnportens Mørke, og kommer ud i Lyset igjen paa den anden Side, med lystrætte Miner og halvvejs lukkede Laag.
Un face à face se fit entre l’obscurité de la porte de la tour d’un côté et la lumière des torches de l’autre côté.

Saa begynder Sangen igjen:
Puis la chanson recommença :
et Miserere, og de knuger Svøben og gaar stærkere til som ved en Krigssang.
un Miserere, et ils serraient leur fléau fermement et marchaient comme s’il s’agissait d’une chanson guerrière.

Som de kom fra en udhungret By ser de ud, Kinderne er hule paa dem, deres Kindben staar frem, der er ingen Blod i deres Læber og de har mørke Ringe under Øjnene.
Comme s’ils venaient d’une ville surpeuplée, joues creuses et pommettes décharnées, le sang ne semblait plus couler dans leurs lèvres, au-dessus desquels se dessinaient de larges yeux noirs creusés.

De fra Bergamo er stimlet sammen og ser paa dem med Forundring og med Uro.
Ceux de Bergame tremblaient et les regardaient avec effroi et agitation.
Røde, forsvirede Ansigter staa mod disse blege;
Leurs visages rouges et avinés s’opposaient à l’extrême à ces pâles visages carnassiers ;
sløve, utugtsmatte Blikke sænkes for disse hvasse, flammende Øjne;
Leurs yeux fatigués et repus se baissaient devant ces yeux pâles et intenses ;
grinende Bespottere glemme Munden aaben over disse Hymner.
Leurs rires bâtards s’évanouissaient devant ces hymnes pleines de foi.

Og der er Blod paa alle de Svøber af deres!
Et il y avait du sang sur tous les fléaux !

Folk blev ganske underlig tilmode over disse Fremmede.
Les deux populations ne pouvaient pas être plus étranges l’une à l’autre.

Men det varede ikke længe, før man fik det Indtryk rystet af sig.
Mais il ne fallut pas longtemps avant que le calme ne soit ébranlé. Der var Nogle, der havde kjendt en halvgal Skomager fra Brescia igjen iblandt Korsdragerne, og straks var den hele Skare bleven til Latter ved ham.
On reconnu un cordonnier de Brescia parmi ceux qui portaient les croix, et tout de suite la foule devint moqueuse.
Imidlertid var det jo dog noget Nyt, en Adspredelse fra det dagligdags, og da de Fremmede marcherede afsted efter Domkirken, saa fulgte man efter, som man vilde fulgt efter en Bande Gjøglere eller efter en tam Bjørn.
Cependant, comme il s’agissait d’un spectacle bien étrange, ils suivirent des yeux les étrangers qui marchaient pour se rendre à la cathédrale, ils les suivaient, comme s’il s’agissait de forains ou de montreur d’ours apprivoisé.

Men alt som man gik og skubbedes, blev man forbitret, man følte sig saa nøgtern overfor disse Menneskers Højtidelighed, og man forstod jo meget godt, at disse Skomagere og Skrædere var kommet her for at omvende En, bede for En, og tale de Ord, man ikke vilde høre.
Mais comme chacun se bousculait, le foule de la vieille ville semblait insatisfaite et démunie devant la sobre assurance, la solennité de ces personnes et ils comprirent bien que ces cordonniers et ces tailleurs étaient venus ici pour les convertir, prier pour eux, pour prononcer des mots qu’ils ne voulaient pas entendre
Og der var to magre, graahaarede Filosofer, som havde sat Ugudeligheden i System, de hidsede Mængden og æggede den ret af deres Hjærters Ondskab, saa for hvert Skridt det gik mod Kirken, blev Mængdens Holdning mere truende, deres Vredesudbrud vildere, og der var kun lidt igjen, saa havde de lagt voldsom Haand paa disse fremmede Svøbeskrædere.

Et il y avait deux philosophes maigres aux cheveux gris, qui avaient pensé l’impiété en système, et avec toute  leur noire malice qui logeait dans leur cœur, excitèrent la populace de sorte qu’à mesure qu’ils approchaient de l’église l’attitude des habitants de la vieille ville devenait de plus en plus menaçante, prête à exploser dans une noire et sauvage colère, qu’il se fallut de rien pour que cela ne tourne au drame.
Men saa aabnede, ikke hundrede Skridt fra Kirkedøren, et Værtshus sine Døre, og en hel Flok Svirebrødre styrtede ud, den ene paa Ryggen af den anden, og de satte sig i Spidsen for Processionen og førte den syngende og vrælende med de naragtigst andægtige Gebærder, undtagen en af dem, som vendte Mølle indtil helt op ad Kirketrappens græsgroede Trin.
A cent pas de la porte de l’église, s’ouvrit la porte de la taverne, et un groupe de compagnons avinés se précipita en s’asseyant devant la procession en imitant leur chant et beuglant des gestes solennels de manière grotesque.
Saa lo man jo, og Alle kom fredeligt ind i Helligdommen.
Alors l’atmosphère se détendit, et tout vint plus paisible dans le sanctuaire.

Det var underligt at være der igjen, at skride hen igjennem dette store, kølige Rum, i denne Luft, der var ram af gammel Os fra Vokslystander, over disse indsunkne Fliser, Foden kjendte saa godt, og over disse Sten, hvis slidte Ornamenter og blanke Inskriptioner Tanken saa tidt havde trættet sig med.
Comme cela paraissait étrange d’être encore là, d’être là pour traverser cet espace large et frais, de baigner dans cet air saturé de vieux parfums de cire fondue, de marcher sur ces pierres où les pieds foulaient les ornements et inscriptions effacés.
Og medens nu Øjet halvt nysgjerrigt, halvt uvilligt lod sig lokke til Hvile i det bløde Halvlys under Hvælvingerne, eller gled hen over den dæmpede Brogethed af støvet Guld og tilrøgede Farver, eller kom til at fordybe sig i Alterkrogenes sære Skygger, saa kom der et Slags Længsel op, der ikke var til at holde nede.
L’œil curieux tentait soit de se reposer dans cette douce pénombre sous les voûtes, soit de parcourir les peintures aux couleurs estompées, soit de s’immerger dans les ombres particulières de l’autel.

Imidlertid drev de fra Værtshuset deres Uvæsen oppe ved selve Hovedalteret, og en stor og kraftig Slagter iblandt dem, en ung Mand, havde løst sit hvide Forklæde af og bundet sig det om Halsen, saa det hang som en Kaabe nedad hans Ryg, og saaledes holdt han Messe deroppe med de vildeste, vanvittigste Ord, fulde af Utugt og af Bespottelse;
Cependant, parmi ceux qui sortirent précédemment de la taverne, un grand et puissant jeune homme, avait dressé son tablier blanc de boucher et l’avait attaché au cou, de sorte qu’il pendait comme un chasuble dans son dos, et se tenait là qui, dans une mascarade, clamait les mots les plus fous, pleins de malice et de blasphème ;
 og en halvgammel lille Tyksak vims og væver, skjønt han var saa tyk, med et Ansigt som et flaaet Græskar;
et un petit homme plus âgé l’accompagnait et répondait à ses litanies grotesques par des chants plus odieux encore ;
 han var Degn og responderede med alle de liderligste Viser, der drev over Lande, og han knælede og han knigsede og vendte Bagdelen til Alteret og ringede med Klokken, som med en Narrebjælde, og slog Hjul om sig med Røgelsekarret;
il répondait tout en marchant de long en large, s’agenouillant, se retournant, sonnant la cloche comme un fléau de terreur, et tournant largement l’encensoir qui décrivait des volutes de fumée ;
og de andre Drukne laa langs ad Knæfaldet saa lange de var, brølende af Latter, hikkende af Drik.
et les autres, avinés, se tordaient de rire tout en beuglant des mots incompréhensibles.

Og hele Kirken lo og hujede, og hoverede over de Fremmede, og raabte til dem om at se godt efter, at de kunde blive kloge paa, hvad man regnede deres Vorherre for her i Gammel-Bergamo.
Et toute l’église se moquait devant les étrangers, les appelant à voir comment, dans le vieux Bergame, le bon Dieu était bien servi.
For det var jo ikke saa meget fordi man vilde Gud noget, at man jublede over Optøjerne, som fordi man glædede sig ved, hvad for en Braad i Hjærtet paa disse Hellige hver Bespottelse maatte være.
Ce n’était pas tellement contre Dieu qu’on en voulait et qu’étaient dirigées ces pitreries, mais on souhaitait toucher le moral et le cœur de ces saints qui venaient en pèlerinage.

Midt i Skibet holdt de Hellige sig, og de stønnede af Kvide, deres Hjærter kogte i dem af Had og Hævntørst, og de bad med Øjne og Hænder op til Gud, at han dog vilde hævne sig for al den Haan, der blev vist ham her i hans eget Hus, de vilde saa gjærne gaa til Grunde sammen med disse Formastelige, blot han vilde vise sin Magt;
Au milieu de la nef, les saints hommes se tenaient debout, gémissant, et dans leurs cœurs bouillonnaient en eux la haine et le ressentiment, et ils priaient avec des yeux et des mains levés vers Dieu, demandant à être vengé de toutes ces impiétés, ici, dans sa propre maison, afin de montrer sa toute puissance ;
med Vellyst vilde de knuses under hans Hæl, blot han vilde triumfere, og at Forfærdelse og Fortvivlelse og Anger, der var for silde, maatte komme til at skrige ud ad alle disse ugudelige Munde.
c’est avec félicité, qu’ils acceptaient eux aussi d’être écrasés sous son talon, car ainsi il triompherait, et ainsi l’horreur et le désespoir sortiraient en vociférant de ces bouches mauvaises.

Og de istemte et Miserere, der i hver Tone klang som et Raab efter den Ildregn, der kom ned over Sodoma, efter den Magt Samson havde, da han tog om Filisterhusets Søjler.
Et, quand ils entonnèrent un Miserere, chaque note sonnait comme un appel, une supplique à cette pluie de feu semblable à celle qui était descendue sur Sodome, avec la puissance de Samson quand il détruisit les colonnes du temple Philistin.
De bad med Sang og med Ord, de blottede Skuldrene og bad med deres Svøber.
Ils priaient autant avec des chants qu’avec des paroles, découvrant leurs épaules.
Der laa de knælende Række for Række, blottede til Bæltestedet, og svang de braaddede Rebknuder mod deres blodstrimede Rygge.
Là s’étendaient des rangées de pèlerins agenouillés, flagellant avec des cordes acérées et ferrées leurs dos nus.
Vilde og rasende huggede de til, saa Blodet stod i Stænk fra de hvinende Svøber.
Sauvages et furieux, alors qu’ ils intensifiaient leurs frappes, le sang coulait de plus en plus fort tintant de rouge vif les tourbillons des lannières.
Hvert Slag var et Offer til Gud.
Chaque frappe était un sacrifice à Dieu.
At de anderledes kunde slaa, at de kunde rive sig i tusinde blodige Stykker her for hans Øjne!
S’ils avaient pu se découper en des milliers de morceaux sanglants ici-même devant leurs yeux !

 Dette Legeme, hvormed de havde syndet imod hans Bud, det skulde straffes, pines, gjøres til Intet, at han kunde se, hvor de hadede det, at han kunde se, hvor de var Hunde for at tækkes ham, ringere end Hunde under hans Vilje, det laveste Kryb, der aad Støv under hans Fodsaal!
Que ce corps avec lequel ils avaient péché contre sa loi soit puni, torturé, annihilé, afin qu’il voit combien ils le détestaient, qu’il voit à quel point ils n’étaient plus que des chiens, moins que des chiens en réalité, et qu’ils ne valaient pas plus que le misérable insecte qui rampait dans cette poussière sous leur tabouret !

Og Slag paa Slag, til Armene faldt ned eller Krampen knytted dem i Knude. 
Et des coups aux coups répondaient, jusqu’à ce que les bras retombent comme retombent leurs fouets repus de sang.
Der laa de Række for Række, med vanvidsfunklende Øjne, med Fraadeskyer for deres Munde, med Blodet rislende ned ad deres Kjød.
Ils restaient immobiles, les yeux hagards, des filets de baves retombant de leurs bouches entrouvertes, avec ce sang qui recouvrait leur chair.

 Og de, som saae paa dette, følte med Et deres Hjærter banke, mærkede Varmen stige op i deres Kinder, og havde tungt ved at aande.
Et, ceux qui regardaient sentirent leur cœur battre, ressentant la chaleur monter sur leurs joues et devant faire de plus en plus d’effort pour respirer.
Det var ligesom om noget Koldt strammede sig hen under deres Hovedhud, og deres Knæ blev saa svage.
Quelque chose de froid parcourut leur tête, et leurs faibles genoux chancelèrent.
For dette greb dem;
Quelque chose se passait ;
der var et lille Vanvidspunkt i deres Hjærner, som forstod denne Galskab.
leur cœur comprenait cette folie.

Dette at føle sig som den vældige haarde Guddoms Træl, at sparke sig selv hen for hans Fødder, at være Hans, ikke i stille Fromhed, ikke i blide Bønners Uvirksomhed, men være det rasende, i en Selvfornedrelsens Rus, i Blod og Hyl og under vædeblinkende Svøbetunger, det var de oplagt til at forstaa, selv Slagteren blev stille, og de tandløse Filosofer dukkede deres graa Hoveder for de Øjne, de saae omkring sig.
Tout ceci pour ressentir ce Dieu ardent et puissant, ceci pour se soumettre à lui et à sa volonté, pour être sien, non pas dans le silence, non dans l’affliction des douces prières, mais au travers d’une furieuse souffrance, afin de trouver un abandon dans le sang et dans les chants, rougis sous les coups répétés de ces flagellations, même le boucher restait silencieux, et les philosophes édentés inclinèrent leurs têtes grises devant les yeux qui les observaient.

Og der blev ganske stille derinde i Kirken, kun en sagte Bølgen gik igjennem Hoben.
Alors le calme régna à nouveau dans l’église, seule une douce vague ondulante la traversa.

Da stod en iblandt de Fremmede, en ung Munk, op over dem og talte.
Puis, parmi les étrangers, un jeune moine se leva et parla.
Han var bleg som et Lagen, hans sorte Øjne glødede som Kul, der er ved at slukkes, og de mørke, smertehærdede Træk om hans Mund var som var de skaaret med en Kniv i Træ og ikke Folder i et Menneskes Ansigt.
Il était pâle comme un linceul, ses yeux noirs brillaient comme du charbon, et les traits sombres et douloureux de sa bouche étaient comme marqués profondément par un couteau de bois.

Han strakte de tynde, forlidte Hænder op mod Himlen i Bøn, og de sorte Kutteærmer gled ned om hans hvide, magre Arme.
Il étendit ses fines mains vers le ciel, et les manches noires de sa tenues glissèrent tout autour laissant apparaître de malingres bras blancs cadavériques.

Saa talte han.
Puis il parla.

Om Helvede, talte han, om at det var uendeligt som Himlen er uendelig, om den ensomme Verden af Pine, hver af de Fordømte har at gjennemlide og at fylde med sine Skrig, Søer af Svovl var der, Marker af Skorpioner, Flammer, der lagde sig om ham, som en Kaabe den lægger sig, og stille, hærdede Flammer, der borede sig ind i ham som et Spydsblad, der drejes rundt i et Saar.
Il parla de l’Enfer, il dit combien il était infini car le ciel lui-même est infini, il ajouta que chaque damné devra y pénétrer et se remplir, jusqu’au dégoût, de ses cris, traverser des lacs de soufre, marcher sur des nuées de scorpions, bloqué entre de gigantesques flammes qui prendront bien soin de lui, et le brûleront tout doucement et le perceront comme des lances qui s’enfoncent tranquillement mais profondément dans les plaies toujours ouvertes.

Der var ganske stille, aandeløse lyttede de efter hans Ord, for han talte, som havde han set det med sine egne Øjne, og de spurgte sig selv, er ikke denne en af de Fordømte, som er sendt til os op af Helvedes Gab for at vidne for os.
Ils restaient silencieux, écoutaient ses paroles, car, quand il parlait, il semblait avoir vécu ça de ses propres yeux, et ils se demandaient, s’il ne s’agissait pas en fait de l’un des damnés, renvoyé par l’Enfer, afin de porter témoignage au peuple.

Saa prædikede han længe om Loven og Lovens Strænghed, om at hver Tøddel i den skulde opfyldes, og om at hver Overtrædelse, hvori de havde gjort sig skyldig, skulde regnes dem lige indtil Lod og til Unze. 
Puis il a prêché longuement sur la loi et sur le pouvoir de la loi, qu’en tous points, elle devait être respectée, et que toute transgression serait condamnée.
Men Kristus er død for vore Synder, sige I, vi ere ikke mere under Loven.
-Mais Christ est mort pour nos péchés, vous dites vous, nous ne sommes plus sous le coup de sa Loi.
Men jeg siger Eder, at Helvede skal ikke blive bedraget for een af Eder og ikke een af Jærntænderne paa Helvedes Marterhjul skal gaa udenfor Eders Kjød.
– Mais, je vous le dis que l’enfer ne trichera pour aucun d’entre vous, et aucune des dents de la roue de la torture de l’Enfer n’oubliera aucune partie de votre chair.
I stoler paa Golgathas Kors,
– Vous faites confiance à la croix du Golgotha.
kom, kom! kom at se det!
– Venez ! venez ! venez la voir!
jeg skal føre Jer lige til dets Fod.
– Je vais vous y amener, je vais vous conduire directement à ses pieds.

Det var en Fredag, som I vide, at de stødte ham ud igjennem en af deres Porte og lagde den tungeste Ende af et Kors paa hans Skuldre, og lod ham bære det til en gold og nøgen Lerbanke udenfor Byen, og de fulgte hobetals med og rørte Støvet med deres mange Fødder, saa der stod som en rød Sky der over Stedet.
– Ce fut un vendredi, comme vous le savez tous qu’ils le chassèrent par l’une de leurs portes et posèrent à la fin la lourde croix sur ses épaules, ils l’ont laissé la porter sur cette colline aride et inféconde en dehors de la ville, et la foule a suivi et leurs pieds ont soulevé une telle poussière qu’un nuage rouge recouvrit les lieux.
Og de rev hans Klæder af ham og blottede hans Legeme, saaledes som Lovens Herrer lader en Misdæder blotte for Alles Blikke, at Alle kan se det Kjød, som skal overantvordes til Pine, og de slængte ham ned paa hans Kors at ligge, og strakte ham der paa og hug en Nagle af Jærn gjennem hver af hans modstridende Hænder og en Nagle gjennem hans korslagte Fødder, med Køller hug de Naglerne i lige til Hovedet.
-Et ils déchirèrent ses vêtements et mirent son corps à nu, comme les font les juges exposant un brigand à la vue du public, afin que tous voient la chair qui allait être mise à mal par la torture et ils le jetèrent de force sur la croix de mentir, et l’étendirent et lui clouèrent un clou de fer à travers chacune de ses mains et un clou à travers ses pieds croisés.
Og de rejste Korset i et Hul i Jorden, men det vilde ikke staa fast og lige, og de rokkede det til og fra og drev Kiler og Pløkke ned rundt om det, og de, som gjorde det, slog deres Hatte ud, at Blodet fra hans Hænder ikke skulde dryppe dem i Øjnene.
-Et ils soulevèrent la croix dans un trou creusé dans le sol, mais, comme elle ne tenait pas droite, et ils la secouèrent et la fixèrent en y apposant des coins et des chevilles tout autour de l’assise, et ceux qui œuvraient se couvrirent d’un couvre-chef afin de ne pas être souillé par le sang qui dégoulinait de ses mains sur leurs yeux.
Øg han deroppe saae ned for sig paa Soldaterne, som spillede om hans usyede Kjortel, og paa hele denne hujende Hob, som han led for, at den kunde frelses, og der var ikke et medlidende Øje i den hele Hob,
En ouvrant ses yeux, il vit les soldats jouer pour savoir qui gagnerait sa tunique, et sur la colline cette foule qui le conspuait, foule pour laquelle il souffrait afin qu’elle soit sauvée , et il ne trouva pas un seul œil compatissant dans toute cette assemblée.
Og de dernede saae igjen paa ham, som hang der lidende og svag, de saae paa det Brædt over hans Hoved, hvorpaa der var skrevet Jødernes Konge, og de spottede ham og raabte op til ham: 
-Et ils regardèrent celui qui souffrait et qui s’affaiblissait, et regardèrent l’inscription qui précisait qu’il s’agissait du Roi des Juifs et il lui crièrent moqueur :
« Du som nedbryder Templet og bygger det op paa tre Dage, frels nu Dig selv;
« Sauve-toi toi-même désormais ! Sauve-toi, toi qui détruisis le Temple et le reconstruisis en trois seuls jours? Sauve-toi maintenant;
er Du Guds Søn, da stig ned fra dette Kors. »
et descends de ta Croix !  »
Da fortørnedes Guds højbaarne Søn i sit Sind, og saae de var ikke Frelse værd, de Hobe, der opfylder jorden, og han rev sine Fødder ud over Naglens Hoved, og han knytted sine Hænder om Hændernes Nagler og drog dem ud, saa Korsets Arme spændtes som en Bue, og han sprang ned paa Jorden og rev sin Kjortel til sig, saa Terningerne raslede nedover Golgathas Skrænt, og han slyngede den om sig med en Konges Vrede og foer op til Himlen.
– Alors le Fils de Dieu constata que ces hommes qui peuplaient la terre ne méritaient pas le salut et il déposa le clous de ses pieds et ceux qui retenaient ses mains, si bien que ses bras se tendirent  comme un arc, et il sauta à terre et reprit sa tunique aux soldats, et les dés qu’il jeta comme un roi courroucé, dévalèrent la colline de Golgotha.
Og Korset stod tomt tilbage, og det store Forsoningens Værk blev aldrig fuldbragt.
– Dans sa colère, il monta au ciel, et la croix resta vide, et le grand travail de Rédemption ne fut jamais achevé.
Der er ingen Mægler mellem Gud og os; der er ingen Jesus død for os paa Korset, der er ingen Jesus død for os paa Korset, der er ingen Jesus død for os paa Korset. »
– Il n’y a pas de médiateur entre Dieu et nous ! Il n’y a pas de Jésus-Christ mort sur la croix pour nous, non, il n’y a pas de Christ mort pour nous sur la croix !

an tav.
Il resta silencieux.

Ved de sidste Ord havde han bøjet sig frem over Mængden og baade med Læber og Hænder ligesom kastet sit Udsagn ned over deres Hoveder, og der var gaaet en Stønnen af Angst igjennem Kirken, og i Krogene var de begyndt at hulke.
Aux derniers mots, il s’était penché sur la foule et porta ses lèvres et ses mains comme si sa proclamation était tombée sur leurs têtes, et il y eut un bruit de peur qui traversa l’église, et dans les coins certains commencèrent à se blottir les uns contre les autres.

Da trængte Slagteren sig frem med opløftede, truende Hænder, bleg som et Lig, og han raabte:
Puis le boucher se leva, les mains levées et menaçantes, et il s’écria : « Munk, Munk, vil Du nagle ham til Korset igjen, vil Du. »
«¨Moine, moine, veux-tu donc encore le clouer à la croix, c’est ce que tu veux ?»
 Og bagved ham lød det hvæsende hæst: 
Et derrière lui, plus fort encore, on entendit :
« ja, ja, korsfæst, korsfæst ham! »
«Oui, oui, crucifiez-le, crucifiez-le !  »
Og fra alle Munde igjen truende, tryglende, rungede det i en Storm af Raab op imod Hvælvingerne:
Et de toutes les bouches enfin, menaçantes, déchaînèrent en chœur dans une tempête de râles sous les voûtes de l’église la même demande :
« korsfæst, korsfæst ham. »
 » Crucifiez-le, crucifiez-le ! « .

Og klart og lyst en enkelt bævende Røst:
Et, clairement, d’une voix tremblante, on entendit :
« korsfæst ham! »
« Crucifiez-le ! »

Men Munken saae ned over dette Flagr af opstrakte Hænder, mod disse fortrukne Ansigter, med de raabende Mundes mørke Aabninger, hvor Tandrækkerne lyste hvidt som Tænderne paa tirrede Rovdyr, og han bredte Armene i et Øjebliks Ekstase op mod Himlen og lo.
Mais le moine regardait cette marée de mains tendues contre ces visages désespérés, observant les ouvertures sombres de ces bouches enragées, où les dents luisantes brillaient comme celles des prédateurs ; il écarta les bras dans un moment d’exaltation vers le ciel et souriant descendit vers la foule.
Saa steg han ned, og hans Folk løftede deres Ildregnsbannere og deres tomme, sorte Kors, og trængte ud af Kirken, og atter drog de syngende henover Torvet og atter hen gjennem Taarnportens Gab.
Et ses gens levèrent leurs bannières de feu, et leur croix noires et vides, et sortirent de l’église, et de nouveau reprirent leurs chants à travers les chemins qui mènent aux portes de la ville.

Og de fra Gammel-Bergamo stirrede efter dem, mens de gik ned ad Bjærget.
Et ceux du Vieux Bergame les virent alors redescendre la colline.
Den stejle, murindhegnede Vej var taaget af Lys fra Solen, som sank derude over Sletten, og de var halvt at se kun nu for alt det Lys, men paa Byens røde Ringmur tegned Skyggerne sig sort og skarpt af deres store Kors, der svinged fra den ene Side og til den anden Side i Trængslen.
La route escarpée était inondée par un puissant soleil qui recouvrait la plaine, et qui, dans éblouissement, effaçait de nombreux détails, mais sur les murs rouges de la ville, les ombres noires et contrastées de leurs grandes croix, qui se balançaient d’un côté et de l’autre de la foule, permettaient de bien suivre l’avancée du cortège.

Fjærnere blev Sangen;
Au loin désormais s’entendait une chanson ;
rødt glimted endnu et Banner eller to fra den nye Byes brandsorte Tomt, saa blev de borte i den lyse Slette.
Le rouge des bannières scintillait des braises de la ville, puis tout disparu dans l’éclatant effacement lumineux du coucher de soleil.

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Jens Peter Jacobsen

LUIS VAZ DE CAMOES OS LUISADAS III-87 LES LUSIADES -Passavam a ajudar na santa empresa

*Luís de Camões Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS III-87 LES LUSIADES III-87
LITTERATURE PORTUGAISE









Luis de Camoes Oeuvres obras Artgitato

literatura português

Luis de Camões
[1525-1580]

Tradução – Traduction
texto bilingue








Luis de Camoes Les Lusiades

 

Obra Poética

(1556)

LES LUSIADES III-87








OS LUSIADAS III-82

A Epopeia Portuguesa

 

CHANT III
Canto Terceiro

Traduction Jacky Lavauzelle

verso 87
Strophe 87

III-87

Image illustrative de l'article Vasco de Gama

Vasco de Gama

Vasco da Gama signature almirante.svg

 

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Luís de Camões Os Lusiadas
OS LUSIADAS III-87
LES LUSIADES III-87

 *****

Sancho Primeiro
Sanche Ier
Succède à son père Alphonse Ier sur le trône, devenant ainsi le second Roi du Portugal
Règne de 1185 – 1211
Sancho I de Portugal, quarto filho de Afonso Henriques
Sucedeu o seu pai no trono, tornando-se assim no segundo Rei de Portugal

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Gui de Lusignan
Roi de Jérusalem de 1186 à 1192

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« Passavam a ajudar na santa empresa
« Ces troupes se dirigeaient pour renforcer la sainte croisade
O roxo Federico, que moveu
De Frédéric Barberousse, qui, à l’aide
O poderoso exército em defesa
De sa puissante armée, allait reconquérir
Da cidade onde Cristo padeceu,
La ville où le Christ avait souffert,
Quando Guido, co’a gente em sede acesa,
Quand Guy et ses hommes assoiffés,
Ao grande Saladino se rendeu,
Au grand Saladin se rendirent,
No lugar onde aos Mouros sobejavam
A l’endroit où les Maures possédaient
As águas que os de Guido desejavam.
Les eaux que les armées de Guy désiraient.

*****

Fréderic Ier Barberousse (au milieu)
Empereur Romain Germanique
1122 – 10 juin 1190
avec à gauche son fils Henri VI et à droite le duc Fréderic VI
Illustration médiévale
Chroniques des Guelfes
 Weingarten Abbey
1179-1191

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Précisions historiques
et
Retour sur les versets précédents



Sonnet 73 : suite du sonnet 72 et des victoires de Pompée sur Mithridate. Pour la Chaîne du Taurus Scythique, la Scythie où habitait les Scythes s’étendait de l’Ukraine à l’Altaï. Les Monts Taurus est une chaîne montagneuse au sud-est du plateau de l’Anatolie. « Taurus, (Geog. anc.) nom commun à quelques montagnes ; mais la principale de ce nom est le Taurus d’Asie, & c’est la plus grande montagne que nous connoissons, d’où vient aussi qu’on l’a nommée Taurus, car la coutume des Grecs étoit d’appeller ταῦροι, tauri, ce qui étoit d’une grandeur démesurée. Le plus grand nombre des auteurs, entr’autres Strabon, Pline & Pomponius Mela font commencer cette montagne au promontoire Sacrum ou Chelidonium, quoiqu’elle traverse toute la Carie jusqu’à la Perée, mais ses branches de ce côté-là n’ont pas semblé mériter le nom de Taurus. » (L’Encyclopédie, Première édition 1751-Tome 15). L’Imathie se trouve dans l’actuelle Macédoine-Centrale.
Le Sonnet 74 termine la séquence des batailles d’Alphonse avec la bataille de Santarém et le retour des reliques du martyr Vincent. La retraite n’a pas encore sonnée définitivement puisque nous le retrouverons au Sonnet 80, suivi par les Sonnets 81, 82 et 83, venant en aide à son fils Sanche en difficulté.
Sonnet 75 : cette nouvelle séquence concerne la passation de pouvoir d’Alphonse Ier à son fils Sanche, dit le Laboureur, le Fondateur, le Colonisateur, le Populaire. et qui deviendra Sanche Ier ou Sancho Primeiro, second roi du Portugal à la mort d’Alphonse en 1185.
Sonnet 76 : le prince Sanche, fort de ses victoires, continue le combat sur Béja. Les Maures vaincus s’organisent.
Sonnet 77 : Les forces Maures se regroupent et viennent de tous les sites d’Afrique du Nord : les musiciens sont mauritaniens, les soldats viennent de Ceuta (Tingis) de Péluse en Egypte (Ampelusa), du Royaume du Grand Juba (Namibie).
Sonnet 78 : C’est L’Amir al Mouminine, le Commandeur des croyants maures, qui fédère les troupes maures autour de dix rois. Il pénètre au Portugal et encercle Sanche à Santarém.
Sonnet 79 : Sanche subit les assauts des maures. Tout est utilisé par ces derniers : catapultes, béliers, mines creusées pour faire écrouler les murailles. Mais les Portugais résistent courageusement.
Sonnet 80 : nous retrouvons le vieux Roi Alphonse Ier en repos dans la ville de Coimbra et qui quitte sa demeure pour voler au secours de son fils Sanche encerclé à Santarém.
Sonnet 81 : les Portugais rassemblés mettent en déroute les Maures devant Santarém. Il n’y a plus que des cadavres d’hommes et de chevaux qui jonchent la prairie.
Sonnet 82 : Défaite de L’Amir al Mouminine et victoire d’Alphonse Ier et se son fils, le Prince Sanche.
Sonnet 83 : la mort grandiose d’Alphonse Ier après son éclatante victoire.
Sonnet 84 : l’ensemble du peuple Lusitanien est en deuil.
Sonnet 85 : La valeur de Sanche n’a pas attendu la mort d’Alphonse. Camoes évoque les exploits du Prince, notamment en Andalousie.
Sonnet 86 : Bataille de Silves, dans l’Algarve, dans l’actuel district de Faro. Sanche se fait aider par des troupes Germaniques de passage en Lusitanie pour délivrer et reconquérir la Judée.
Sonnet 87 : Les troupes Germaniques partent rejoindre la Croisade de Frédéric Ier Barberousse. Rappel de la Bataille de Hattin – bataille de Tibériade  (4 juillet 1187) des Croisés (avec Guy de Lusignan à la tête) contre Saladin et de sa stratégie d’assoiffer les troupes du royaume Chrétien de Jérusalem, soit en comblant des puits, soit en empoisonnant les eaux, soit en les gardant avec des troupes.

Jacky Lavauzelle
Camoes Les Lusiades

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Vasco de Gama par Gregorio Lopes

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Luís Vaz de Camões Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS III-87 CAMOES LUSIADES III-87
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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White_Fawn_Drawing Faon Diane

LUIS VAZ DE CAMOES OS LUSIADAS LES LUSIADES

LA PAIX HEINE FRIEDEN – Heinrich Heine Poème

LITTERATURE ALLEMANDE
Christian Johann Heinrich Heine
La Paix Heine








Deutsch Poesie
 Deutsch Literatur

Heinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich Heine

HEINRICH HEINE
1797- 1856

German poet
Poète Allemand
Deutsch Dichter

Heinrich Heine Oeuvre Poèmes Poésie Gedichte Artgitato

Übersetzung – Traduction
Jacky Lavauzelle

FRIEDEN

La Paix


La Paix Heine




Frieden Heine La Paix Heine Heinrich Artgitato Gauguin Le Christ jaune
Le Christ jaune Paul Gauguin 1889

 

Hoch am Himmel stand die Sonne,
Haut dans le ciel trônait le soleil,
Von weißen Wolken umwogt,
Au cœur de nuages blancs,
 
Das Meer war still,
La mer était calme,
 
Und sinnend lag ich am Steuer des Schiffes,
Et je pensais au gouvernail du navire,
 
Träumerisch sinnend, – und halb im Wachen
Je rêvais – et, à moitié éveillé,
 
Und halb im Schlummer, schaute ich Christus,
Et milieu de mon sommeil, je vis le Christ,
Den Heiland der Welt.
Le Sauveur du monde.
 
Im wallend weißen Gewande
En robe blanche ondulante
 
 Wandelt er riesengroß
Bénissant
 
Über Land und Meer;
Sur terre et sur mer ;
 
Es ragte sein Haupt in den Himmel,
Il dominait le ciel de sa tête,
 
Die Hände streckte er segnend
Les mains tendues, il bénissait
 
  Über Land und Meer;
La terre et la mer ;
 Und als ein Herz in der Brust
Et comme un cœur dans la poitrine
 
  Trug er die Sonne,
Il contenait le soleil,
 
Die rote, flammende Sonne,
Le rouge, le soleil flamboyant,
Und das rote, flammende Sonnenherz
Et le rouge, le flamboyant cœur radieux
 
Goß seine Gnadenstrahlen
De ses rayons miséricordieux
Und sein holdes, liebseliges Licht,
Et de sa chère lumière bénie,
 
 Erleuchtend und wärmend,
Éclairait et réchauffait,
 
Über Land und Meer.
La terre et la mer.
 
 Glockenklänge zogen feierlich
Les cloches solennellement sonnaient
Hin und her, zogen wie Schwäne,
De-ci de-là, attirant comme les cygnes,
 
An Rosenbändern, das gleitende Schiff,
En bandes soyeuses,  le navire flottait,
Und zogen es spielend ans grüne Ufer,
et glissait vers le décor verdoyant,
  Wo Menschen wohnen, in hochgetürmter,
Où les gens vivent dans une imposante
 Ragender Stadt.
ville exceptionnelle.

*

O Friedenswunder! Wie still die Stadt!
Ô paix miraculeuse ! Combien calme est la ville !
Es ruhte das dumpfe Geräusch
Il se tait le bruit sourd
 Der schwatzenden, schwülen Gewerbe,
Des bavardages, de l’étouffante industrie,
Und durch die reinen, hallenden Straßen
Et par les rues pures et scintillantes
 Wandelten Menschen, weißgekleidete,
Vont les gens convertis, vêtus de blanc,
 Palmzweigtragende,
Et de palmes,
 Und wo sich zwei begegneten,
Et quand deux d’entres se rencontrent,
 Sahn sie sich an, verständnisinnig,
Ils se voient en connivence,
 Und schauernd, in Liebe und süßer Entsagung,
En frissonnant, dans l’amour et dans un doux renoncement,
 Küßten sie sich auf die Stirne,
S’embrassant sur le front,
Und schauten hinauf
Et levant les yeux
 Nach des Heilands Sonnenherzen,
Vers le cœur du soleil sauveur,
Das freudig versöhnend sein rotes Blut
Qui laisse paisiblement couler son sang rouge
   Hinunterstrahlte,
Vers la terre,
  Und dreimalselig sprachen sie:
Et par trois fois ils disent avec béatitude :
Gelobt sei Jesu Christ!
Loué soit Jésus Christ !

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La Paix Heine

Frieden Heine La Paix Heine Heinrich Artgitato Gauguin Le Christ jaune

RUBENS Deposizione nel Sepolcro – Le Saint-Sépulcre – La Mise au Tombeau – Sepoltura Borghese – 沉积在圣墓 – GALLERIA BORGHESE – 博吉斯画廊

ROME – ROMA – 罗马
沉积在圣墓
Rubens Deposizione nel Sepolcro
LA VILLA BORGHESE
博吉斯画廊

Armoirie de Rome

 Photos  Jacky Lavauzelle

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Flag_of_Lazio


GALLERIA BORGHESE
博吉斯画廊
La Galerie Borghèse

Pianto sul Cristo Morto Pier Peter Paul Rubens 1602 artgitato Galleria Borghese

PIERRE PAUL RUBENS
PETER PAUL RUBENS
彼得·保罗·鲁本斯
PIETER PAUL RUBENS
1577-1640

Sepoltura Borghese
Compianto sul corpo di Cristo deposto
Lamentation sur le corps du Christ
1605 – 1606
Deposizione nel sepolcro
Déposition dans le sépulcre

沉积在圣墓

Tableau probablement élargi à la fin du XVIIIe siècle
Ampliato presumibilmente alla fine del XVIII secolo

Peinture Huile sur Toile
dipinto a olio su tela
180×137

 » Raphaël, Rubens ne cherchaient pas les idées ; elles venaient à eux d’elles-mêmes, et même en trop grand nombre. Le travail ne s’applique guère à les faire naître, mais à les rendre le mieux possible par l’exécution. »
15 février 1852
Journal d’Eugène Delacroix
Texte établi par Paul Flat, René Piot
Plon, 1893
Tome 2 Pages 82-83

 

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TERTULLIEN
De la Chair de Jésus-Christ
Traduction par  Antoine-Eugène Genoud
Œuvres complètes de Tertullien
Louis Vivès, 1852, Tome 1  – pp. 389-433

I. Ceux qui, cherchant à ébranler la foi à la résurrection, que l’on avait crue fermement jusqu’à ces modernes Sadducéens, prétendent que cette espérance n’appartient point à la chair, ont raison de mettre en question la chair de Jésus-Christ, et de soutenir ou qu’elle n’existe pas, ou qu’elle est tout autre chose que la chair de l’homme. Ils craignent que s’il est prouvé une fois que cette chair est semblable à la nôtre, il n’en sorte contre eux la présomption que cette chair, ressuscitée en Jésus-Christ, ressuscitera infailliblement dans les hommes. Il faut donc soutenir la réalité de la chair avec les mêmes arguments qui servent à la renverser. Examinons quelle est la substance corporelle du Seigneur. Quant à sa substance spirituelle, tout le monde est d’accord. Il ne s’agit que de sa chair. On dispute de sa vérité, de sa nature, de son existence, de son principe, de ses qualités. Sa réalité deviendra le gage de notre résurrection. Marcion, voulant nier la chair du Christ, a nié aussi sa naissance : ou, voulant nier sa naissance, a nié également sa chair, sans doute de peur que la naissance et la chair ne se rendissent témoignage dans leur mutuelle correspondance, puisqu’il n’y a point de naissance sans la chair, ni de chair sans la naissance ! Comme si, en vertu des droits que s’arroge l’hérésie, il n’avait pas pu, ou nier la naissance en admettant la chair, ainsi que l’a fait Apelles, son disciple, et depuis son déserteur ; ou bien, tout en confessant la chair et la naissance, leur donner une autre interprétation, avec Valentin, autre disciple et déserteur de Marcion. Mais qui a pu soutenir le premier, que la chair de Jésus-Christ était imaginaire, a bien pu supposer aussi que sa naissance n’était qu’un fantôme ; de même que la conception, la grossesse, l’enfantement d’une vierge, et successivement toute la vie de cet enfant, une chimère. Toutes ces circonstances auraient trompé les mêmes yeux et les mêmes sens qu’avait déjà fermés l’illusion de la chair.

 Pierre Peter Pieter Rubens_Deposition nel sepolcro - Déposition dans le sépulcre

Emile Verhaeren
Les Héros
Deman – 1808 Pages 67-73

Rubens

 

Ton art énorme est tel qu’un débordant jardin
— Feuillages d’or, buissons en sang, taillis de flamme —
D’où surgissent, d’entre les fleurs rouges, tes femmes
Tendant leur corps massif vers les désirs soudains

Et s’exaltant et se mêlant, larges et blondes,
Au cortège des Ægipans et des Sylvains
Et du compact Silène enflé d’ombre et de vin
Dont les pas inégaux battent le sol du monde.

Ô leurs bouquets de chair, leurs guirlandes de bras,
Leurs flancs fermes et clairs comme de grands fruits lisses
Et le pavois bombé des ventres et des cuisses
Et l’or torrentiel des crins sur leurs dos gras !

Que tu peignes les amazones des légendes
Ou les reines ou les saintes des paradis,
Toutes ont pris leur part de volupté, jadis,
Dans la balourde et formidable sarabande.

Le rut universel que la terre dardait
Du fond de ses forêts au vent du soir pâmées
À ses tisons rôdeurs les avait allumées
En ses taillis profonds ou ses antres secrets.

Et tes bourreaux et tes martyrs et ton Dieu même
Semblent fleuris de sang, et leurs muscles tordus
Sont des grappes de force à leurs gibets pendus
Sous un ouragan fou de pleurs et de blasphèmes.

Si bien que grossissant la vie, et l’ameutant
Du grand tumulte clair des couleurs et des lignes,
Tu fais ce que jamais tes émules insignes
N’avaient osé faire ou rêver, avant ton temps.

Oh ! le dompteur de joie épaisse, ardente et saine,
Oh ! l’ivrogne géant du colossal festin
Où circulaient les coupes d’or du vieux destin
Serrant en leurs parois toute l’ivresse humaine.

Ta bouche sensuelle et gourmande, d’un trait,
Avec un cri profond les a toutes vidées,
Et les œuvres naissaient du flux montant d’idées
Que ces vins éternels vers ton cerveau jetaient.

II

Tu es celui — le tard venu — parmi les maîtres
Qui d’une prompte main, mais d’un fervent regard,
D’abord demande à tous une fleur de leur art
Pour qu’en ton œuvre à toi tout l’art puisse apparaître.

Mais si tu prends, c’est pour donner plus largement :
Aux horizons pleins de roses que tu dévastes,
Lorsque tu t’es conquis enfin, ton geste vaste
Soudain, au lieu de fleurs, allume un firmament.

Les rois aiment ton goût de richesse ordonnée.
Tu l’imposes puissant, replet, fouillé, profond
Et Versailles le tord encor en ses plafonds
Où sont peintes, lauriers au front, les Destinées.

Il déborde, il perdure excessif et charmant ;
Il s’installe, parmi les bois et les terrasses,
Et les femmes de joie élégantes et grasses
En instruisent Watteau, au bras de leurs amants.

Et te voici parti vers les Londres funèbres.
En des palais obscurs dont a peur le soleil,
Pour y fixer cet art triomphal et vermeil
Comme une vigne d’or sur des murs de ténèbres.

Et quand tu t’en reviens vers ta vieille cité,
Le front déjà marqué par le destin suprême.
Nul ne peut plus douter que tu ne sois toi-même
L’infaillible ouvrier de ton éternité.

III

Alors la gloire entière est ton bien et ta proie,
Tu la domptes, tu la lèches et tu la mords ;
Jamais un tel amour n’a angoissé la mort
Ni tant de violence enfanté de la joie.

Tu rentres comme un roi en ta large maison,
Toute la Flandre est tienne, ainsi qu’est tien le monde ;
Tu lui prends pour l’aimer sa fille la plus blonde
Dont le nom est doré comme un flot de moisson.

Tu ressuscites tout : l’Empyrée et l’Abîme ;
Et les anges, pareils à des thyrses d’éclairs ;
Et les monstres aigus, rongeant des blocs de fer ;
Et tout au loin, là-bas, les Golgothas sublimes ;

Et l’Olympe et les Dieux, et la Vierge et les Saints ;
L’Idylle ou la bataille atroce et pantelante ;
Les eaux, le sol, les monts, les forêts violentes
Et la force tordue en chaque espoir humain.

Ton grand rêve exalté est comme un incendie
Où tes mains saisiraient des torches pour pinceaux
Et capteraient la vie immense en des réseaux
De feux enveloppants et de flammes brandies.

Que t’importe qu’aux horizons fous et hagards,
Tel autre nom, jadis fameux et clair, s’efface,
Pour toi, c’est à jamais que le temps et l’espace
Retentissent des bonds dont les troua ton art.

Conservateur fougueux de ta force première,
Rien ne te fut ruine, ou chute, ou désavœu ;
Toujours tu es resté trop sûrement un Dieu
Pour que la mort, un jour, éteigne ta lumière.

Et tu dors à Saint Jacque, au bruit des lourds bourdons ;
Et sur ta dalle unie ainsi qu’une palette,
Un vitrail criblé d’or et de soleil, projette
Encor des tons pareils à de rouges brandons.

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L’article de la Première édition de l’Encyclopédie sur Rubens
*

Le Blond, Jaucourt, d’Alembert, Mallet, Boucher d’Argis, Blondell, Bourgelat, Pâris de Meyzieu
L’Encyclopédie Première édition – 1751 – Tome 5 pp. 303-337 

Rubens (Pierre-Paul) originaire d’Anvers, d’une très-bonne famille, naquit à Cologne en 1577, & mourut à Anvers en 1640. C’est le restaurateur de l’école flamande, le Titien & le Raphael des Pays-bas. On connoît sa vie privée ; elle est illustre, mais nous la laissons à part.

Un goût dominant ayant porté Rubens à la Peinture, il le perfectionna en Italie, & y prit une maniere qui lui fut propre. Son génie vaste le rendit capable d’exécuter tout ce qui peut entrer dans la riche composition d’un tableau, par la connoissance qu’il avoit des Belles Lettres, de l’Histoire & de la Fable. Il inventoit facilement, & son imagination lui fournissoit plusieurs ordonnances également belles. Ses attitudes sont variées, & ses airs de têtes sont d’une beauté singuliere. Il y a dans ses idées une abondance, & dans ses expressions une vivacité surprenante. Son pinceau est moëlleux, ses touches faciles & legeres ; ses carnations fraîches, & ses draperies jettées avec art.

Il a traité supérieurement l’Histoire ; il a ouvert le bon chemin du coloris, n’ayant point trop agité ses teintes en les mêlant, de peur que venant à se corrompre par la grande fonte de couleurs, elles ne perdissent trop leur éclat. D’ailleurs la plûpart de ses ouvrages étant grands, & devant par conséquent être vus de loin, il a voulu y conserver le caractere des objets & la fraîcheur des carnations. Enfin on ne peut trop admirer son intelligence du clair-obscur, l’éclat, la force, l’harmonie & la vérité qui regnent dans ses compositions.

Si l’on considere la quantité étonnante de celles que cet homme célebre a exécutées, & dont on a divers catalogues, on ne sera pas surpris de trouver souvent des incorrections dans ses figures ; mais quoique la nature entraînât plus Rubens que l’antique, il ne faut pas croire qu’il ait été peu savant dans la partie du Dessein ; il a prouvé le contraire par divers morceaux dessinés d’un goût & d’une correction que les bons peintres de l’école romaine ne desavoueroient pas.

Ses ouvrages sont répandus par-tout, & la ville d’Anvers a mérité la curiosité des étrangers par les seuls tableaux de ce rare génie. On vante en particulier singulierement celui qu’elle possede du crucifiement de Notre Seigneur entre les deux larrons.

Dans ce chef-d’œuvre de l’art, le mauvais larron qui a eu sa jambe meurtrie par un coup de barre de fer dont le bourreau l’a frappé, se soûleve sur son gibet ; & par cet effort qu’a produit la douleur, il a forcé la tête du clou qui tenoit le pié attaché au poteau funeste : la tête du clou est même chargée des dépouilles hideuses qu’elle a emportées en déchirant les chairs du pié à-travers lequel elle a passé. Rubens qui savoit si-bien en imposer à l’œil par la magie de son clair-obscur, fait paroître le corps du larron sortant du coin du tableau dans cet effort, & ce corps est encore la chair la plus vraie qu’ait peint ce grand coloriste. On voit de profil la tête du supplicié, & sa bouche, dont cette situation fait encore mieux remarquer l’ouverture énorme ; ses yeux dont la prunelle est renversée, & dont on n’apperçoit que le blanc sillonné de veines rougeâtres & tendues ; enfin l’action violente de tous les muscles de son visage, font presque oüir les cris horribles qu’il jette. Reflex. sur la Peint. tome I.

Mais les peintures de la galerie du Luxembourg, qui ont paru gravées au commencement de ce siecle, & qui contiennent vingt-un grands tableaux & trois portraits en pié, ont porté la gloire de Rubens par tout le monde ; c’est aussi dans cet ouvrage qu’il a le plus développé son caractere & son génie. Personne n’ignore que ce riche & superbe portique, semblable à celui de Versailles, est rempli de beautés de dessein, de coloris, & d’élégance dans la composition. On ne reproche à l’auteur trop ingénieux, que le grand nombre de ses figures allégoriques, qui ne peuvent nous parler & nous intéresser ; on ne les devine point sans avoir à la main leur explication donnée par Félibien & par M. Moreau de Mautour. Or il est certain que le but de la Peinture n’est pas d’exercer notre imagination par des énigmes ; son but est de nous toucher & de nous émouvoir. Mon sentiment là-dessus, conforme à celui de l’abbé du Bos, est si vrai, que ce que l’on goûte généralement dans les galeries du Luxembourg & de Versailles, est uniquement l’expression des passions. « Telle est l’expression qui arrête les yeux de tous les spectateurs sur le visage de Marie de Medicis qui vient d’accoucher ; on y apperçoit distinctement la joie d’avoir mis au monde un dauphin, à-travers les marques sensibles de la douleur à laquelle Eve fut condamnée ».

Au reste M. de Piles, admirateur de Rubens, a donné sa vie, consultez-la.