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PLACE NAVONE – PIAZZA NAVONA : LA FONTAINE DU MAURE & LA FONTAINE DE NEPTUNE & LA FONTAINE DES QUATRES FLEUVES

LES PLACES DE ROME
PIAZZE DI ROMA
ROME – ROMA

Armoirie de Rome

Photos Jacky Lavauzelle

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Flag_of_Lazio

PIAZZA NAVONA
PLACE NAVONE

VUE GENERALE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 29

« Nous aimons à rôder sur la place Navone.
Ah ! le pied n’y bat point l’asphalte monotone,
Mais un rude pavé, houleux comme une mer. »
Sully Prudhomme

LA FONTAINE DU MAURE
Fontana del Moro
The Moor Fontain

LA FONTAINE DU MAURE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 24 LA FONTAINE DU MAURE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 25 LA FONTAINE DU MAURE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 35 LA FONTAINE DU MAURE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 36

LA FONTAINE DE NEPTUNE
La fontana del Nettuno
the Neptune Fountain

LA FONTAINE DE NEPTUNE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 16 LA FONTAINE DE NEPTUNE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 17 LA FONTAINE DE NEPTUNE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 18

« Un cheval qui s’élance en ouvrant les narines… »
Sully Prudhomme
LA FONTAINE DE NEPTUNE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 19 LA FONTAINE DE NEPTUNE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 20 LA FONTAINE DE NEPTUNE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 21 LA FONTAINE DE NEPTUNE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 22 LA FONTAINE DE NEPTUNE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 23 LA FONTAINE DE NEPTUNE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 26 LA FONTAINE DE NEPTUNE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 27 LA FONTAINE DE NEPTUNE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 28 LA FONTAINE DE NEPTUNE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 30 LA FONTAINE DE NEPTUNE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 33

« Au beau milieu surgit un chaos où l’on voit
Dans un antre de pierre un gros lion qui boit… »
Sully Prudhomme

LA FONTAINE DES QUATRE-FLEUVES
Fontana dei Quattro Fiumi
The Fountain of the Four Rivers

Œuvre du Bernin
4 fleuves des 4 Continents sont représentés :
– Le Nil (Afrique) : celui qui se cache les yeux (on ne connaît pas alors la source du Nil)
– Le Rio del Plata (Amérique)
– Le Gange (Asie)
– Le Danube (Europe)

Allégories aussi sont de l’œuvre de Borromini

LA FONTAINE DES QUATRE-FLEUVES Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 10 LA FONTAINE DES QUATRE-FLEUVES Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 11 LA FONTAINE DES QUATRE-FLEUVES Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 12 LA FONTAINE DES QUATRE-FLEUVES Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 13 LA FONTAINE DES QUATRE-FLEUVES Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 14 LA FONTAINE DES QUATRE-FLEUVES Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 15 LA FONTAINE DES QUATRE-FLEUVES Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 31 LA FONTAINE DES QUATRE-FLEUVES Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 32 LA FONTAINE DES QUATRE-FLEUVES Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 34

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JAUCOURT
L’ENCYCLOPEDIE
1ère édition
Tome 14
1751
ROME

« La place Navone s’appelloit autrefois platea agonalis, c’est-à-dire, la place des combats, parce que c’étoit un cirque bâti par Alexandre Severe. Elle est cinq ou six fois plus longue que large. & une de ses extrémités est un arc de cercle. On y voit le palais du prince Pamphile, ainsi que la belle église qu’il a fait bâtir en l’honneur de sainte Agnès.

Le milieu de la place Navone est moins élevé que les bords ; de maniere qu’on en peut faire une espece de lac, en fermant les conduits par lesquels s’écoule l’eau des trois grandes fontaines qui sont sur cette place. On a mis au pié du rocher, quatre figures colossales qui représentent les quatre grands fleuves des quatre parties du monde ; le Gange pour l’Asie, le Nil pour l’Égypte, le Danube pour l’Europe, & le Rio de la Plata pour l’Amérique. On peut donner trois piés d’eau au milieu de la place Navone, & c’est ce qu’on fait fréquemment dans les grandes chaleurs, une heure avant le coucher du Soleil.

Le college de la Sapienza n’est pas éloigné de la place Navone. »

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LA PLACE NAVONE
Poésie de SULLY PRUDHOMME
1872

Nous aimons à rôder sur la place Navone.
Ah ! le pied n’y bat point l’asphalte monotone,
Mais un rude pavé, houleux comme une mer.
Des maraîchers y font leurs tentes tout l’hiver,
Et les enfants, l’été, s’ébattent dans l’eau, bleue,
Sous le triton qui tient un dauphin par la queue.
Au beau milieu surgit un chaos où l’on voit
Dans un antre de pierre un gros lion qui boit,
Près d’un palmier, parmi des floraisons marines ;
Un cheval qui s’élance en ouvrant les narines ;
Un obélisque en l’air sur un tas de récifs,
Flanqué de quatre dieux aux gestes sans motifs.
Nous aimions ce grand cirque à fortune inégale
Où le taudis s’accote à la maison ducale.
Nous y venions surtout dans les jours de marché :
C’est là que nous avons avec amour cherché
Quelque précieux tome, embaumé dans sa crasse,
De Marsile Ficin, de Quinault ou d’Horace,
Et, parmi les chaudrons, les vestes, les fruits secs,

Les poignards et les clefs, ces lampes à trois becs,
De forme florentine, aux supports longs et minces,
Où pend tout un trousseau d’éteignoirs et de pinces,
Et qui, flambeaux naïfs des poètes fameux,
Nous font croire, la nuit, que nous pensons comme eux.

SULLY PRUDHOMME – POUR L’AMOUR DES COURBES

SULLY PRUDHOMME

Pour l’Amour
des courbes

Sully Prudhomme Pour l'amour des courbesVous ne voyez rien mais la ligne droite se tord peu à peu ; doucement, elle subit  la résistance des forces, comme cherchant à voler vers le cercle qui l’appelle, comme un aigle voulant rejoindre le zénith ou l’infini de toutes ces ailes déployées.  La ligne, comme les nuages, comme le vieux lilas, plane.

LES JEUNESSES EVAPOREES

C’est comme ça que la ligne se tord, se plie et sort de sa nature de droite. Le premier effet est planant, rasant l’horizon, qu’il ne quitte pas encore tout à fait, flottant dans une chaleur trop intense. « Tu t’es enfuie aussi là-bas, Jusqu’où planent, évaporées, Les jeunesses des vieux lilas » (Les Vaines Tendresses, Parfums anciens)

MON COEUR N’OSAIT VOLER DROIT

La vie d’abord permet à cette force de tendre et de détendre successivement, cette tension du milieu de journée qui, partout, excède et, surtout, fragilise jusqu’au cœur profond de la ligne. Une respiration, une pression, un effleurement.  Il faut suivre le mouvement de la nature, lentement ou par à-coups, sentir la palpitation de ces cœurs, la fragilité d’une aile, la palpation d’une onde d’une sonorité rare. « Comme à la première visite Faite au rosier, Le papillon sans appuyer Palpite, Et de feuille en feuille, hésitant, S’approche, et n’ose Monter droit au miel que la rose Lui tend, Tremblant de ses premières fièvres Mon cœur n’osait Voler droit des doigts qu’il baisait Aux lèvres. » (Les Vaines tendresses, Enfantillage)

LE PROFIL NOIR DES MONTAGNES ONDULAIT

La naissance de la courbe par des volutes et des voltiges. Les voltiges ne sont jamais droites ; elles sont le jouet des forces d’engagement et des vents  tournoyants « Une âme qu’autour d’eux ils sentent se poser,  Il leur faut une solitude  Où voltige un baiser. » (Les vaines tendresses, Aux amis inconnus) Même la ligne des crêtes de la montagne, une ligne fracturée, cassante, est, à bien y regarder,  plutôt courbe si l’on plonge ses yeux dans la mer. « Cependant glissaient les campagnes Sous les fougueux rouleaux de fer, Et le profil noir des montagnes Ondulait ainsi qu’une mer. »  (Les vaines tendresses, Au bord de l’eau) A moins que le vent, déjà, l’ait déjà élimée au fil des siècles.

La courbe c’est ce temps long, tranquille et puissant qui, toujours, domine de sa caresse et supprime de sa persévérance. Prendre le temps de faire, de limer et de nettoyer, d’aller au plus profond de chaque aspérité, un peu plus à chaque siècle comme pour chaque seconde.

JE CHOISIS UNE FEMME DANS MON SOUVENIR

Et Sully Prudhomme est un épicurien qui reste tard dans son lit, mais qui, après, s’en veut. Il s’en veut souvent, « je sens que je perds mon temps, et je sens que je suis embourbé…Journée nulle…Mes veilles m’accablent ; je me traîne endormi…On se lève tard…Allons ! un peu de courage, il est minuit et demi…écrivons : j’ai été fatigué toute la journée…Je me suis réveillé à six heures et j’ai pensé jusqu’à neuf heures. C’est une de mes voluptés les plus chères de passer quelques heures à rêver dans mon lit le matin. Mais cette habitude est mauvaises…Je choisis une femme dans mon souvenir et je recommence pour la centième fois un vieux roman rompu. » Dans ces rêves éveillés, les courbes s’enchaînent à lui et s’emmêlent inextricablement dans de douces et imparfaites voltiges.

UNE AMPLE HARMONIE

Mais avant les voltiges, dans la puissance et la rafale, nous trouvons l’indompté, le hasard, l’indéterminé. « Si vous saviez ce que fait naître Dans l’âme triste un pur regard, Vous regarderiez ma fenêtre Comme au hasard. » (Les vaines tendresses, Prière) Ce hasard casse la monotonie et rend possible le lien, la rencontre, la fusion des corps et des mots. C’est du hasard seul que naît l’œuvre, le tableau ou le poème. Seul le hasard permet de trouver en un point unique ce que l’artisan essaie de reproduire et tenter imperceptiblement d’atteindre sa perfection. « Ô maître des charmeurs de l’oreille, ô Ronsard, J’admire tes vieux vers, et comment ton génie  Aux lois d’un juste sens et d’une ample harmonie  Sait dans le jeu des mots asservir le hasard. » (Les Vaines tendresses, À  Ronsard) Le hasard qui pousse les vagues, dans des longues et larges ondulations, si hautes, si longues que l’on croirait qu’elles sont ailées et envoûtantes.

LA GLOIRE DE LA FORME

L’onde qui caresse, pousse et épouse les corps de la femme. « Au corps qu’ils aiment à lasser, Mais ceux qui savent l’enlacer Comme une onde où l’on dort sans crainte. » (Les Vaines tendresses, L’Epousée) – « Triomphez pleinement, ô femmes sans vertu, De notre souple hommage à votre empire indigne ! Quand vous nous faites choir hors de la droite ligne, Tombés autant que vous, nous avons plus perdu : Que dans vos corps divins le remords veille ou dorme, Il laisse intacte en vous la gloire de la forme, Car, fût-elle sans âme, Aphrodite a son prix ! » (Les vaines tendresses, Les Deux chutes)

L’HOMME D’AFFAIRES EST UNE DROITE, L’ARTISTE UNE COURBE

Il y a des êtres qui ne peuvent contenir cette trop grande fermentation intérieure due à l’effet de  fusion,  ce volcanisme de la pensée. D’un trop plein succède l’explosion, le déversement. Quand la matière en ébullition se projette, elle entame une trajectoire courbe qui la fait fendre l’air. « La poésie est le soupir du cœur qui déborde. La poésie c’est l’univers mis en musique par le cœur. » (Pensées). D’autres préféreront la ligne propre et impeccable, la ligne traversière, coupante et rigide. Les bourgeois, les usuriers, les boursicoteurs se pencheront sur la ligne fracturée du cours de bourse, l’artiste suivra la hanche déployée et dénudée qui s’offre à lui. « L’homme d’affaires est une droite, l’artiste une courbe. » (Journal intime, 13 janvier 1865)

UNE AMIE SOUPLE A LEURS VAINS DESIRS COMME AU VENT LE ROSEAU

Mais revenons à notre explosion créatrice. Il y a d’abord ce vent qui souffle sur ce roseau, indéfiniment. Et se roseau qui ploie, sans haine. C’est la courbe qui gagne toujours sur la ligne des vents.  « Il leur faut une amie à s’attendrir facile, Souple à leurs vains soupirs comme aux vents le roseau. » (Aux amis inconnus) « Moi qui ne suis roseau ni chêne, Ni souple, ni viril non plus, Je m’en irais finir ma vie Au milieu des mers, sous l’azur, Dans une île, une île assoupie Dont le sol serait vierge et sûr… » (Abdication) Dans l’adversité du monde, la souplesse est nécessaire, qui permet de lutter, de survivre. Et l’art qui raconte la vie va suivre le chemin de cette résistance, en suivant la courbe, pour toujours.

DES COURBES ODIEUSES ET DES DROITES BELLES ?

A chaque règle, il existe un contre-exemple. Il existe des belles droites et des courbes fourbes : « Trois belles droites : le rayon, la frise attique et la loyauté. Trois courbes odieuses : la diplomatie, l’hippodrome et le cercle vicieux » (Journal intime, 13 janvier 1865)

Le 13 janvier 1865, dans son Journal intime, Sully Prudhomme, se laisse aller, « Pensée d’un flâneur »,  à une critique en règle, c’est le cas de le dire, de la ligne droite. La ligne dans sa droiture emporte avec elle ce trop de rectitude, de jusqu’au-boutisme,  de violence. Cette ligne va trop vite et ne laisse pas l’esprit déambuler, se faufiler, se perdre pour, peut-être, avoir l’espoir de trouver. « Je me suis laissé persuader que la ligne droite est le plus court chemin d’un point à un autre, mais je ne trouve personne pour le prouver. Une ligne a-t-elle cette forme quand on la définit la plus courte ? Est-elle la plus courte quand on lui donne cette forme ? J’aime à la chicaner parce que je ne puis la souffrir, non plus que la ligne brisée. Tous les instincts s’y précipitent, toutes les choses tristes s’y complaisent. L’élan du tigre vers sa proie, le fer de l’épée, le sceptre, la colère et l’injure, les colonnes Vendôme et les béquilles, le duel d’honneur qui est le plus court chemin de la vengeance, le cordon de la guillotine, le droit des codes qui va droit au préjugé ; enfin, et par-dessus tout, le boulevard, grande route de la cohue : tout cela fait de la ligne droite. »

J’ASSOUPLIS ET J’ENFLE LES VERS

Surtout à partir de 1864, apparaît nettement la préférence de Sully Prudhomme pour la courbe. « J’ai repris plusieurs de mes anciens sonnets. Je versifie plus facilement, j’assouplis et j’enfle le vers. Je ne mesure plus avec un mètre de charpentier, raide et articulé, je le jette en avant comme un serpent libre et élancé qui retombe toujours sur une courbe. » (vendredi 29 janvier 1864).« Je ne pense pas que si l’on considère deux sourires d’une signification absolument différente, on puisse expliquer cette différence par l’effet physique, purement sensible, de leurs sinuosités sur la rétine ; il y a, certes, une interprétation de ces formes diverses qui serait impossible dans un rapport direct préétabli entre la ligne et le sentiment. Je veux bien que le visage de la femme doive beaucoup de sa douceur à l’absence des angles et à la souplesse des courbes ; on ne concevrait pas, en effet, que des linéaments anguleux et blessants pour l’œil eussent été précisément choisis pour exprimer une âme tendre ; la forme de la ligne convient par sa qualité sensible à ce qu’elle doit dire, je l’accorde…Pour se rendre compte de la vertu d’expression et de son indépendance de la qualité sensible, on n’a qu’à supprimer toute forme gracieuse en elle-même, toute curvité dans des visages schématiques où l’ovale seul et favorable à l’œil et pourrait être supprimé. » (Samedi 6 février 1864)

J’AIME LES COURBES !

C’est dans cette poésie ondulatoire et vagabonde que Sully Prudhomme clame son amour pour la courbe, pour cette rondeur féminine, agile et sauvage. « J’aime la courbe ; écoles buissonnières, vol des hirondelles, ondulations des mers, nuages, vallées, beaux horizons, beaux visages, vous êtes des courbes. »

Puisque toutes les formes sont condamnées à périr, préférons l’allégresse, le bond et le saut, soyons léger et n’ayons pas peur de perdre un peu de temps. « Toute forme est sur terre un vase de souffrances, Qui, s’usant à s’emplir, se brise au moindre heurt ; … Depuis longtemps ta forme est en proie à la terre, Et jusque dans les cœurs elle meurt par lambeaux, … » (Les Vaines tendresses, Sur la mort)

LA FUITE DANS L’INFINI PAR LES BORDS

Dans l’allégresse, la chute n’est pas loin, car la courbe au bord se colle. Par la beauté d’une envolée subtile, l’infini et la ligne se rencontrent. « Quelle grâce, quelle fraîcheur ! il faut estomper cela légèrement, cela doit fuir dans l’infini par les bords.» (Journal intime, Dimanche 31 janvier 1864)

Jacky Lavauzelle