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L’ENFANT MOURANT – Poème de HANS CHRISTIAN ANDERSEN – Det døende Barn

Denmark- Danemark – Danmark
arbejde Hans Christian Andersen
Œuvre de Hans Christian Andersen
Det døende Barn
L’Enfant Mourant
Poème de Hans Christian Andersen
Hans Christian Andersen silhouette 3

Traduction – Texte Bilingue
Hans Christian Andersen Poésie Poesi
LITTERATURE DANOISE POESIE DANOISE
dansk litteratur dansk poesi danske digte

 

Andersen Hans Christian Andersen Oeuvre Arbejde Artgitato 2

Hans Christian Andersen
1805 – 1875
Hans_Christian_Andersen_Signature_svg

Traduction Jacky Lavauzelle

Det døende Barn
L’Enfant mourant

Arbejde                                        Hans Christian Andersen
Œuvre de Hans Christian Andersen

Det døende Barn L'Enfant mourant poème de Hans Christian Andersen Artgitato Munch_Det_Syke_Barn_1885-86

Edvard Munch
Det Syke Barn
L’Enfant malade
Nasjonalmuseet
1885-86

Poème de Hans Christian Andersen

**

Moder, jeg er træt, nu vil jeg sove,
Mère, je suis fatigué, maintenant je veux dormir,
Lad mig ved dit Hjerte slumre ind;
Laisse-moi sommeiller sur ton cœur ;
Græd dog ei, det maa Du først mig love,
Ne pleure pas, n’aie pas peur,
Thi din Taare brænder paa min Kind.
Tes larmes brûlent sur ma joue.
Her er koldt og ude Stormen truer,
Voici la froid et la tempête menace,
Men i Drømme, der er Alt saa smukt,
Mais dans mon rêve, il fait si beau,
Og de søde Englebørn jeg skuer,
Et  je vois l’ange illuminé,
Naar jeg har det trætte Øie lukt.
Quand mes yeux fatigués se ferment.

*

Moder, seer Du Englen ved min Side?
Mère, ne vois-tu pas l’ange à mes côtés ?
Hører Du den deilige Musik?
Entends-tu cette délicieuse musique ?
See, han har to Vinger smukke hvide,
Regarde les deux belles ailes blanches,
Dem han sikkert af vor Herre fik;
Que notre Seigneur a dû faire ;
Grønt og Guult og Rødt for Øiet svæver,
Du vert, de l’or et du rouge dansent devant mes yeux,
Det er Blomster Engelen udstrøer!
Voilà des fleurs que l’ange disperse !
Faaer jeg ogsaa Vinger mens jeg lever,
Aurais-je des ailes dès maintenant,
Eller, Moder, faaer jeg naar jeg døer?
Ou, Mère, les aurais-je à ma mort ?

*

Hvorfor trykker saa Du mine Hænder?
Pourquoi serres-tu mes mains ?
Hvorfor lægger Du din Kind til min?
Pourquoi ces soupirs sur ma joue ?
Den er vaad, og dog som Ild den brænder,
Elle est humide, et pourtant le feu brûle,
Moder, jeg vil altid være din!
Mère, je serai toujours à toi !
Men saa maa Du ikke længer sukke,
Mais il ne faut plus soupirer,
Græder Du, saa græder jeg med Dig.
Tu pleures et je pleure avec toi.
O, jeg er saa træt! — maa Øiet lukke –
Oh, je suis si fatigué ! – je dois fermer les yeux –
 — Moder — see! nu kysser Englen mig!
– Mère – regarde ! maintenant c’est l’ange qui m’embrasse !

**************

Poème de Hans Christian Andersen

Œuvre de Hans Christian Andersen – Arbejde Hans Christian Andersen

Denmark– Danemark – Danmark
arbejde Hans Christian Andersen
Œuvre de Hans Christian Andersen

Hans Christian Andersen silhouette 3

Traduction – Texte Bilingue
Hans Christian Andersen
Poésie Poesi

LITTERATURE DANOISE POESIE DANOISE
dansk litteratur dansk poesi danske digte

Hans_Christian_Andersen_Signature_svg

Hans Christian Andersen
1805 – 1875

Traduction Jacky Lavauzelle

Andersen Hans Christian Andersen Oeuvre Arbejde Artgitato 2



Arbejde Hans Christian Andersen
Œuvre de Hans Christian Andersen

 

Den lille pige med svovlstikkerne
La Petite Fille aux allumettes
1845

Det var så grueligt koldt; det sneede og det begyndte at blive mørk aften;
Il faisait terriblement froid ; il avait neigé toute la journée et la nuit tombait déjà ;
det var også den sidste aften i året, nytårsaften.
c’était la dernière nuit de l’année, le nuit du Nouvel An.

La Petite Fille aux allumettes Den lille pige med svovlstikkerne Hans Christian Andersen Bayes 1889

**

Det døende Barn
L’Enfant mourant

Moder, jeg er træt, nu vil jeg sove,
Mère, je suis fatigué, maintenant je veux dormir,
Lad mig ved dit Hjerte slumre ind;
Laisse-moi sommeiller sur ton cœur ;

Det døende Barn L'Enfant mourant poème de  Hans Christian Andersen Artgitato Munch_Det_Syke_Barn_1885-86

**

Moderen med Barnet
La Mère et l’Enfant

Hist, hvor Veien slaaer en Bugt,
Là-bas où la route fait un crochet,
Ligger der et Huus saa smukt. 
Il y a  une maison si belle.

Moderen med Barnet La Mère et l'Enfant Hans Christian Andersen Anna Ancher Soleil dans la pièce bleue 1891 Skagen Museum Danemark

**********

NOTICE SUR ANDERSEN

Un jour, à Copenhague, je vis entrer dans ma chambre un grand jeune homme dont les manières timides et embarrassées, le maintien un peu lourd, eussent pu déplaire à une petite-maîtresse, mais dont le regard caressant et la physionomie ouverte et candide inspiraient au premier abord la sympathie. C’était Andersen. J’avais un volume de ses œuvres sur ma table. La connaissance entre nous fut bientôt faite. Après avoir passé avec moi plusieurs heures dans une de ces conversations poétiques qui ouvrent le cœur et appellent les épanchements, Andersen me parla des douleurs qu’il avait éprouvées ; et, comme je le priai de me raconter sa vie, il me fit le récit suivant :

« Je suis né, me disait-il, en 1805, à Odensée, en Fionie. Mes aïeux avaient été riches ; mais, par une longue suite de malheurs et de fausses spéculations, ils perdirent tout ce qu’ils possédaient, et il ne leur resta que le douloureux souvenir de leur première condition. J’ai plus d’une fois entendu ma grand’mère me parler de ses parents d’Allemagne et du luxe qui les entourait. C’était une triste chose que de la voir ainsi s’entretenir des joies de la jeunesse dans la pauvre demeure que nous habitions. Mon père, qui, à sa naissance, semblait destiné à jouir d’un bien-être honorable, fut obligé d’entrer en apprentissage et de se faire cordonnier. Quand il se maria, il était si pauvre qu’il ne pouvait acheter un lit. Un riche gentilhomme venait de mourir ; on avait exposé son corps sur un catafalque, et, quelque temps après, ses héritiers vendirent à l’encan tout ce qui avait servi à ses funérailles. Mon père réunit le fruit de ses épargnes et acheta une partie du catafalque pour en faire un lit de noces. Je me rappelle encore avoir vu ces grandes draperies noires, déjà vieilles, déjà usées, et sillonnées par des taches de cire. C’est là que je suis né. Mon père continuait son état, qui allait tantôt bien, tantôt mal, selon le temps et selon les pratiques. Nous vivions dans un état de gêne presque continuel, mais enfin nous vivions ; et le soir, quand l’heure du repas était venue, quand ma mère posait sur la table notre frugal souper, il y avait encore parfois entre nous des heures de gaieté que je ne me rappelle pas sans émotion. Lorsque je fus en âge de travailler, on me mit dans une fabrique. J’y passais la plus grande partie du jour. Le reste du temps j’allais à l’école des pauvres, j’apprenais à lire, à écrire, à compter. Un de nos voisins, qui m’avait pris en amitié, me prêta quelques livres, et je lus avec ardeur toutes les comédies que je pus me procurer et toutes les biographies d’hommes célèbres. Cette lecture éveilla en moi d’étranges sensations. Je levai les yeux au-dessus de l’état de manœuvre auquel j’étais astreint, et il me sembla que je pouvais aussi devenir un homme célèbre. Mon père mourut lorsque j’avais douze ans ; je restai seul avec ma mère, continuant mon travail et mes rêves. J’avais une voix d’une pureté remarquable. Souvent, quand je chantais, le maître d’école m’avait loué, et les passants s’étaient arrêtés pour m’entendre. Je m’étais exercé aussi à réciter quelques-uns des principaux passages que je trouvais dans les comédies ; et les voisins, qui assistaient aux répétitions et qui me voyaient faire de si grands gestes et déclamer si haut, affirmaient que j’avais d’admirables dispositions pour devenir acteur. Ma pauvre mère, qui n’avait jamais quitté sa ville natale, qui n’avait jamais rêvé pour moi qu’une honnête profession d’artisan, fondit en larmes en apprenant cette nouvelle : mais je persistai dans ma résolution. J’amassai patiemment schelling par schelling tout ce que je pouvais avoir à ma disposition ; et quand je fis un jour la récapitulation de ma caisse, je n’y trouvai pas moins de treize rixdalers (environ trente-trois francs). C’était une fortune, une fortune qui me semblait inépuisable. Je ne songeai plus qu’à partir. Ma mère essaya en vain de m’arrêter. Elle m’avait procuré, disait-elle, une excellente place d’apprenti chez un tailleur : dans peu de temps je pourrais gagner un salaire suffisant pour me faire vivre ; dans quelques années je pourrais être premier ouvrier ; et qui sait ? par la suite, je pourrais peut-être avoir une maîtrise. Tous ces riants projets, qui avaient plus d’une fois fait tressaillir de joie le cœur de ma bonne mère, ne me séduisaient pas. J’avais quatorze ans, j’étais seul, je ne connaissais personne au monde capable de me protéger ; mais une voix intérieure me disait que je devais partir. Avant de me donner la permission que je sollicitai d’elle, ma mère voulut encore faire une épreuve. Il y avait dans la ville que nous habitions une vieille femme renommée à plusieurs lieues à la ronde pour sa science magique. C’était notre sibylle de Cumes, notre Meg-Merrilies ; et, quoique les bons chrétiens d’Odensée la regardassent comme un peu entachée de sorcellerie, tout le monde pourtant avait recours à elle, et tout le monde parlait d’elle avec une sorte de vénération ; car elle pouvait deviner l’avenir par le moyen des cartes, par des invocations mystérieuses qu’on ne comprenait pas. Elle disait aux jeunes filles quand elles devaient se marier, et aux vieillards combien de temps durerait l’hiver et comment serait la récolte. Ma mère alla prier cette parente des enchanteurs de vouloir bien l’honorer d’une visite ; et quand elle la vit venir, elle la prit par la main, la fit asseoir sur le bord de son lit et lui servit du café dans sa plus belle tasse ; puis elle lui expliqua ma situation et lui demanda conseil. La magicienne mit ses lunettes sur le bout de son nez, prit ma main gauche, la regarda attentivement, puis la regarda encore, et dit, d’une voix solennelle, qu’un jour on illuminerait la ville d’Odensée en mon honneur.

« Ces paroles de la sibylle dissipèrent toutes les craintes de ma mère. Elle me donna sa bénédiction, et je partis. Je saluai avec enthousiasme les plaines fécondes qui se déroulaient à mes regards, la mer qui s’ouvrait devant moi. Mais quand je fus arrivé au delà du second Belt, je me jetai à genoux sur le rivage, je fondis en larmes, et je priai Dieu de ne pas m’abandonner. J’entrai à Copenhague avec mes treize écus dans ma bourse, et tout mon bagage dans un mouchoir de poche. Je m’installai dans la première auberge qui s’offrit à ma vue, et, comme je ne savais rien de la vie pratique, je me fis servir sans hésiter tout ce dont j’avais besoin. Quelques jours après j’étais ruiné : il ne me restait qu’un écu. J’avais été me présenter au directeur du théâtre, qui, me voyant si jeune et si inexpérimenté, ne se donna même pas la peine de m’interroger, et répondit que je ne pouvais entrer au théâtre, parce que j’étais trop maigre. Il était temps d’aviser aux moyens de vivre, et je passai de longues heures à y réfléchir. Un matin, j’appris par hasard qu’un tailleur cherchait un apprenti. J’allai le trouver ; il me prit à l’essai et me mit à l’ouvrage. Mais, hélas ! à peine y eus-je passé quelques heures, que je me sentis horriblement triste et ennuyé. Tous mes rêves d’artiste, assoupis un instant par la nécessité, se ranimèrent l’un après l’autre. Je rendis au tailleur l’aiguille qu’il m’avait confiée, et je descendis dans la rue avec la joie d’un captif qui recouvre sa liberté. Je commençais pourtant à comprendre que toutes mes fantaisies poétiques ne me procureraient pas la plus petite place dans les hôtels de Copenhague et qu’il fallait me chercher un emploi, m’astreindre au travail. Tandis que je m’en allais ainsi cheminant le long de l’Amagertorv, en songeant à ce que je pourrais devenir, je me rappelai qu’on avait souvent, à Odensée, vanté ma voix, et il me sembla que c’était là un don du ciel dont je devais savoir profiter. Je m’en allai du même pas frapper à la porte de notre célèbre professeur de musique, Siboni. Je racontai naïvement, à la domestique qui vint m’ouvrir, toute mon histoire et toutes mes espérances. Elle rapporta fidèlement mon récit à son maître, et j’entendis de grands éclats de rire. Siboni avait ce jour-là plusieurs personnes à dîner chez lui, entre autres Weyse, le compositeur, et Baggesen, le poëte. Tout le monde voulut voir cet étrange voyageur qui s’en venait ainsi chercher fortune, et l’on me fit entrer. Weyse me prit par la main, Baggesen me frappa sur la joue en riant et en m’appelant petit aventurier. Siboni, après m’avoir entendu chanter, résolut de m’enseigner la musique et de me faire entrer à l’Opéra. Je sortis de cette maison avec l’ivresse dans l’âme. Tous mes songes d’artiste allaient donc se réaliser, la vie s’ouvrait devant moi avec des couronnes de fleurs et de chants harmonieux ; et le lendemain, Weyse, qui avait fait une collecte chez ses amis, m’apporta soixante-dix écus. Il m’engagea à me mettre sérieusement au travail, à me chercher une demeure au sein d’une famille honnête ; et je tombai dans un mauvais gîte. Mais je n’y restai pas longtemps. Je perdis un jour ma voix et toutes mes espérances. Siboni voulait que je m’en retournasse à Odensée ; moi je voulais rester et devenir acteur. J’entrai à l’école de danse du théâtre ; je figurai dans quelques ballets. Je remplissais gauchement mon rôle, hélas ! et j’étais malheureux. Je ne gagnais pas plus de six francs par mois, et, dans les jours rigoureux d’hiver, je n’avais qu’un pantalon de toile. Mais j’espérais toujours que la voix me reviendrait. Je voulais être acteur à tout prix, et, quand je rentrais dans ma chétive mansarde, je m’enveloppais dans la couverture de mon lit pour me réchauffer ; je lisais et je répétais des rôles de comédie. À cette époque, j’avais encore toute la candeur, toute l’ignorance et toutes les naïves superstitions d’un enfant. J’avais entendu dire que ce qu’on faisait le 1er janvier, on le faisait ordinairement toute l’année. Je me dis que, si je pouvais entrer le 1er janvier sur le théâtre, ce serait d’un bon augure. Ce jour-là, tandis que toutes les voitures circulaient dans les rues, tandis que les parents allaient voir leurs parents et les amis leurs amis, je me glissai par une porte dérobée dans la coulisse, je m’avançai sur la scène. Mais alors le sentiment de ma misère me saisit tellement, qu’au lieu de prononcer le discours que j’avais préparé, je tombai à genoux et je récitai en pleurant mon Pater noster.

« Cependant mon sort allait changer ; le vieux poëte Guldberg m’avait pris en affection. Il me donna les honoraires d’un livre qu’il venait de publier ; il me fit venir chez lui, et m’engagea à lire des ouvrages instructifs, puis à écrire. Mon éducation élémentaire n’était pas encore faite ; j’ignorais jusqu’aux règles grammaticales de ma langue, et quand je voulus m’exercer à écrire, j’écrivis une tragédie. Guldberg la lut, et la condamna d’un trait de plume. Je me remis aussitôt à l’œuvre, et dans l’espace de huit jours j’en écrivis une autre que j’adressai à la commission théâtrale. Quelque temps après, M. Collin, directeur du théâtre, m’engagea à passer chez lui. Il me dit que ma tragédie ne pouvait être jouée, mais qu’elle annonçait des dispositions, et qu’il avait obtenu pour moi une bourse dans un gymnase de petite ville.

« Dès ce moment, j’entrai dans la vie sérieuse. J’allais chercher l’instruction dont j’avais besoin, j’allais poser les bases de mon avenir. Jusque-là je n’avais eu qu’une existence incertaine et hasardée : je devais marcher désormais par un sentier plus ferme. Je le compris, et je remerciai M. Collin avec toute l’effusion d’un cœur reconnaissant. Mais le temps que j’ai passé à cette école, où j’entrai par une faveur, spéciale, est celui qui me pèse encore le plus sur le cœur : jamais je n’ai tant souffert, jamais je n’ai tant pleuré. J’avais dix-neuf ans ; je commençais mes études avec des écoliers de dix ans, parmi lesquels je ne pouvais trouver ni un camarade ni un ami. J’étais seul dans la maison du recteur, et cet homme semblait avoir pris à tâche de m’humilier, de me faire sentir à toute heure le poids de ma pauvreté et de mon isolement. Que Dieu lui pardonne d’avoir traité avec tant de barbarie l’orphelin sans défense qui lui était confié ! Pour moi, je lui ai pardonné depuis longtemps, et je me souviens sans colère et sans haine qu’il a fait pour moi ce qui me semblait impossible : il m’a fait regretter les jours d’hiver où je gagnais six francs par mois, où je n’avais pas de feu pour me réchauffer et point de vêtements pour me couvrir.

« Enfin ce temps d’épreuves passa. Je subis mes examens d’une manière satisfaisante. J’entrai à l’université de Copenhague, et je fus noté comme un bon élève. J’avais publié quelques poésies dont on parla dans le monde. Plusieurs hommes distingués me prirent sous leur patronage ; plusieurs maisons me furent ouvertes. Je continuai mes études avec calme, avec joie. Je ne savais encore où elles me mèneraient, mais je sentais le besoin de m’instruire. Quand elles furent terminées, Œhlenschlœger, Œrstedt, Ingemann, me recommandèrent au roi. J’obtins par leur entremise ce que nous appelons un stipende de voyage (reise stipendium). Je visitai, en 1833 et 1834, l’Allemagne, la Suisse, la France, l’Italie, étudiant la langue, les mœurs, la poésie des lieux où je passais. Maintenant me voilà bourgeois de Copenhague. Je n’ai ni place ni pension, j’écris dans une langue peu répandue et pour un public peu nombreux ; mais tôt ou tard les romans que j’écris s’écoulent, et Reitzel, le libraire, me paye exactement. Souvent, quand je regarde les jolis rideaux qui décorent ma chambre de Nyhavn et les livres qui m’entourent, je me crois plus riche qu’un prince. Je bénis la Providence des voies par lesquelles elle m’a conduit et du sort qu’elle m’a fait. »

Dans l’espace de quelques années, Andersen a publié plusieurs ouvrages qui lui ont assuré une place honorable parmi les écrivains du Danemark. Il est jeune encore ; il a compris le besoin d’étudier pour écrire, et ses dernières poésies, ses derniers romans, annoncent un progrès. Comme romancier, il ne manque pas d’une certaine facilité d’invention. Il a tracé avec bonheur des caractères originaux, des situations vraies et dramatiques. Il sait observer, il sait peindre et jeter sur toutes ses peintures un coloris poétique. Il a surtout le grand talent de pénétrer dans la vie du peuple, de la sentir et de la représenter sous ses différentes faces. Son Improvisateur est un tableau vif et animé d’une existence aventureuse d’artiste au milieu de la nature italienne, au milieu d’une populace ignorante et passionnée, au milieu des ruines antiques, des magnifiques scènes de la campagne de Rome et des environs de Naples. Son roman qui a pour titre O. T. est une peinture un peu moins animée, mais non moins attrayantes, des sites de la Fionie, des mœurs danoises. Ces deux romans représentent très-bien le contraste des deux natures du Midi et du Nord. Le premier a toutes les teintes chaudes d’un paysage napolitain ; le second a plus de repos et des nuances plus tendres. Il ressemble à une de ces plaines du Danemark qu’on voit en automne éclairées par un beau soleil et ombragées ça et là par quelques rameaux d’arbres qui commencent à jaunir. Le style d’Andersen a de la souplesse et de l’abandon, mais il pourrait être plus ferme et plus concis.

Comme poëte, Andersen appartient à cette école mélancolique et rêveuse qui préfère aux grands poëmes les vers plaintifs sortis du cœur comme un soupir et les élégies d’amour composées dans une heure d’isolement. Il a essayé d’écrire quelques pièces humoristiques ; mais il nous semble que sa muse ne sait pas rire et qu’elle s’accommode mal de ce masque d’emprunt qu’il a voulu lui donner. Sa vraie nature est de s’associer aux scènes champêtres qu’il observe. Il est poëte quand il chante les forêts éclairées par un dernier rayon du crépuscule, les oiseaux endormis sous la feuillée et la douce et vague tristesse qui nous vient à l’esprit dans les ombres du soir. Il est poëte quand il représente la vie comme une terre étrangère, où l’homme se sent mal à l’aise et aspire à retourner dans sa lointaine patrie. Il est poëte, surtout, quand il chante, comme les lakistes, la grâce, l’amour et le bonheur des enfants ; car sa poésie est élégiaque, tendre, religieuse, mais parfois un peu trop molle, trop négligée et trop enfantine.

Xavier Marmier
Contes d’Andersen
Traduction par David Soldi.
Librairie Hachette et Cie
1876 pp. 1-12

 

LA PETITE FILLE AUX ALLUMETTES -ANDERSEN – Den lille pige med svovlstikkerne

Denmark- Danemark – Danmark
arbejde Hans Christian Andersen
Œuvre de Hans Christian Andersen
Den lille pige med svovlstikkerne
La Petite Fille aux allumettes
Hans Christian Andersen silhouette 3

Traduction – Texte Bilingue
Hans Christian Andersen Poésie Poesi
LITTERATURE DANOISE POESIE DANOISE
dansk litteratur dansk poesi danske digte

Andersen Hans Christian Andersen Oeuvre Arbejde Artgitato 2

Hans Christian Andersen
1805 – 1875
Hans_Christian_Andersen_Signature_svg

Traduction Jacky Lavauzelle

Den lille pige med svovlstikkerne
La Petite Fille aux allumettes
1845

Arbejde Hans Christian Andersen
Œuvre de Hans Christian Andersen

 La Petite Fille aux allumettes Den lille pige med svovlstikkerne Hans Christian Andersen Bayes 1889
Illustration A. J. Bayes 1889

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Det var så grueligt koldt; det sneede og det begyndte at blive mørk aften;
Il faisait terriblement froid ; il avait neigé toute la journée et la nuit tombait déjà ;
det var også den sidste aften i året, nytårsaften.
c’était la dernière nuit de l’année, le nuit du Nouvel An.
I denne kulde og i dette mørke gik på gaden en lille, fattig pige med bart hoved og nøgne fødder;
Dans le froid et l’obscurité de cette rue une pauvre petite fille marchait, tête et pieds nus;
ja hun havde jo rigtignok haft tøfler på, da hun kom hjemme fra;
elle avait pris une paire de pantoufles quand elle quitta sa maison ;
men hvad kunne det hjælpe!
mais que pouvait-elle y faire?
det var meget store tøfler, hendes moder havde sidst brugt dem, så store var de, og dem tabte den lille, da hun skyndte sig over gaden, idet to vogne fór så grueligt stærkt forbi;
ses pantoufles étaient bien trop grandes, qu’elle les perdit lorsqu’elle se précipita pour éviter plusieurs voitures ;
den ene tøffel var ikke at finde og den anden løb en dreng med;
une pantoufle était introuvable et l’autre avait été dérobée par un garçon ;
han sagde, at den kunne han bruge til vugge, når han selv fik børn.
qui lui criait qu’il pourrait les mettre dans un berceau quand il aurait des enfants.

Dér gik nu den lille pige på de nøgne små fødder, der var røde og blå af kulde;
La petite fille continua les pieds nus, devenus rouges et bleus avec le froid ;
i et gammelt forklæde holdt hun en mængde svovlstikker og ét bundt gik hun med i hånden;
Dans un vieux tablier qu’elle portait s’y trouvait un certain nombre d’allumettes, et elle tenait même un paquet dans ses mains ;
ingen havde den hele dag købt af hende;
elle n’avait pas eu un seul acheteur de toute la journée ;
ingen havde givet hende en lille skilling;
personne ne lui avait donné un seul sou ;
sulten og forfrossen gik hun og så så forkuet ud, den lille stakkel!
la faim et les engelures la firent partir de la rue, la pauvre petite !
Snefnuggene faldt i hendes lange gule hår, der krøllede så smukt om nakken, men den stads tænkte hun rigtignok ikke på.
Les flocons de neige étaient tombés sur ses longs cheveux blonds, les boucles tombant sur ses épaules.
Ud fra alle vinduer skinnede lysene og så lugtede der i gaden så dejligt af gåsesteg;
De toutes les fenêtres brillaient des lumières, et il y avait dans la rue une agréable o’odeur d’oie rôtie ;
det var jo nytårsaften, ja det tænkte hun på.
c’était bien la veille du Nouvel An, oui, elle s’en souvenait à présent.

Henne i en krog mellem to huse, det ene gik lidt mere frem i gaden end det andet, der satte hun sig og krøb sammen;
Dans un coin, entre deux maisons, elle s’assit et se mit en boule ;
de små ben havde hun trukket op under sig, men hun frøs endnu mere og hjem turde hun ikke gå, hun havde jo ingen svovlstikker solgt, ikke fået en eneste skilling, hendes fader ville slå hende og koldt var der også hjemme, de havde kun taget lige over dem og der peb vinden ind, skønt der var stoppet strå og klude i de største sprækker.
elle rentre ses jambes courtes sous elle, mais elle a encore plus froid, et elle n’osait pas rentrer chez elle,  car n’ayant rien vendu, n’ayant pas un sou d’argent, son père sûrement la battrait et il faisait tout aussi froid à la maison ; ils avaient seulement un toit pour les couvrir du vent, malgré la paille et les chiffons qui remplissaient les plus grands trous.
Hendes små hænder var næsten ganske døde af kulde.
Ses petites mains étaient presque gelées par le froid.
Ak! en lille svovlstik kunne gøre godt.
Ah ! peut-être une allumette pourrait-elle la réchauffer.
Turde hun bare trække én ud af bundtet, stryge den mod væggen og varme fingrene.
Si elle pouvait en tirer une du paquet et la gratter contre le mur pour réchauffer ses doigts.
Hun trak én ud, “ritsch!” hvor sprudede den, hvor brændte den!
Elle en sortit une et la gratta !
det var en varm, klar lue, ligesom et lille lys, da hun holdt hånden om den;
c’était chaud, une lumière vive, comme une petite bougie ;
det var et underligt lys!
ce fut une merveilleuse lumière!
Den lille pige syntes hun sad foran en stor jernkakkelovn med blanke messingkugler og messingtromle;
La petite fille pensa alors qu’elle était assise devant un grand poêle en fonte, avec des perles en laiton poli ;
ilden brændte så velsignet, varmede så godt! nej, hvad var det!
quel feu béni !
– Den lille strakte allerede fødderne ud for også at varme disse, –
– La petite étendit ses pieds pour les réchauffer également, –
– da slukkedes flammen, kakkelovnen forsvandt, –
– puis la flamme s’éteignit et le poêle disparut –
hun sad med en lille stump af den udbrændte svovlstik i hånden.
elle se retrouvait assise avec un petit morceau du soufre brûlé dans sa main.

En ny blev strøget, den brændte, den lyste, og hvor skinnet faldt på muren, blev denne gennemsigtig, som et flor;
Elle en prit une nouvelle qui brûla brillamment, et la lumière tombait sur le mur qui devenait plus transparent qu’une fleur;
hun så lige ind i stuen, hvor bordet stod dækket med en skinnende hvid dug, med fint porcelæn, og dejligt dampede den stegte gås, fyldt med svesker og æbler!
elle pouvait voir directement dans le salon où la table était couverte d’une nappe de blanche comme la neige, de porcelaines fines, et d’un rôti d’oie  farci aux pommes et prunes séchées !
og hvad der endnu var prægtigere, gåsen sprang fra fadet, vraltede hen af gulvet med gaffel og kniv i ryggen;
et, ce qui était encore plus merveilleux, l’oie sauta sur le sol et se dandinait sur le sol avec une fourchette et un couteau dans le dos ;
lige hen til den fattige pige kom den;
juste au-dessus de la petite fille ;
da slukkedes svovlstikken og der var kun den tykke, kolde mur at se.
Puis l’allumette s’éteignit et il n’y avait plus qu’une paroi épaisse et froide devant elle.

Hun tændte en ny.
Elle en alluma une autre.
Da sad hun under det dejligste juletræ;
Elle se retrouvait assise sous un bel arbre de Noël ;
det var endnu større og mere pyntet, end det hun gennem glasdøren havde set hos den rige købmand, nu sidste jul;
il était plus grand et plus beau que celui, à travers la porte vitrée qu’elle avait vu au dernier Noël, du riche marchand ;
tusinde lys brændte på de grønne grene og brogede billeder, som de der pynter butiksvinduerne, så ned til hende.
mille feux au-dessus des branches vertes, et des images comme celles qui décorent les vitrines des magasins.
Den lille strakte begge hænder i vejret
La petite étendit les deux mains en l’air
– da slukkedes svovlstikken;
– l’allumette s’éteignit ;
de mange julelys gik højere og højere, hun så de var nu de klare stjerner, én af dem faldt og gjorde en lang ildstribe på himlen.
Les lumières de Noël partaient de plus en plus haut, elle les voyait maintenant comme de lumineuses étoiles, l’une d’entre elles retomba, laissant derrière elle une trace dans le ciel.

“Nu dør der én!”
« Quelqu’un va mourir ! »
sagde den lille, for gamle mormor, som var den eneste, der havde været god mod hende, men nu var død, havde sagt:
se dit la jeune fille ; sa vieille grand-mère, qui était la seule à l’avoir aimée, et qui était maintenant morte, le lui avait dit :
Når en stjerne falder, går der en sjæl op til Gud.
Quand une étoile tombe, une âme monte vers Dieu.

Hun strøg igen mod muren en svovlstik, den lyste rundt om, og i glansen stod den gamle mormor, så klar, så skinnende, så mild og velsignet.
Elle gratta une autre allumette contre le mur, une lumière resplendit tout autour, et dans la lumière se retrouvait sa vieille grand-mère, claire, brillante, douce et aimante.

“Mormor!” råbte den lille,
«Grand-mère», cria la petite,
“Oh tag mig med!
« Oh ! prends-moi avec toi !
jeg ved, du er borte, når svovlstikken går ud;
Je sais que tu partiras quand l’allumette aura brûlé ;
borte ligesom den varme kakkelovn, den dejlige gåsesteg og det store velsignede juletræ!”
tu disparaîtras comme le poêle chaud, l’oie rôtie, et le grand, le glorieux arbre de Noël !  »
og hun strøg i hast den hele rest svovlstikker, der var i bundtet, hun ville ret holde på mormor;
– et elle se hâta d’allumer l’ensemble des allumettes qui se trouvaient encore dans la boîte, tant elle voulait garder sa grand-mère ;
– og svovlstikkerne lyste med en sådan glans, at det var klarere end ved den lyse dag.
Et les allumettes brillaient d’une lumière qui était plus brillante que le jour le plus lumineux.
Mormor havde aldrig før været så smuk, så stor;
La grand-mère n’avait jamais été aussi belle et grande ;
hun løftede den lille pige op på sin arm, og de fløj i glans og glæde, så højt, så højt;
Elle prit sa petite fille dans ses bras, et ils éclatèrent de joie si haut, si haut ;
og der var ingen kulde, ingen hunger, ingen angst, 
et il n’y avait plus de froid, plus de faim, plus de peur
– de var hos Gud!
– ils étaient avec Dieu!

Men i krogen ved huset sad i den kolde morgenstund den lille pige med røde kinder, med smil om munden
Mais dans le coin de la maison, assise dans le froid matin, se trouve la petite fille aux joues rouges, avec un sourire sur son visage
– død, frosset ihjel den sidste aften i det gamle år.
– elle était morte de froid le dernier soir de l’année qui venait de s’écouler.
Nytårsmorgen gik op over det lille lig, der sad med svovlstikkerne, hvoraf et knippe var næsten brændt.
Le matin du Nouvel An se leva sur ce petit cadavre, assis avec ses allumettes, dont le paquet était presque tout brûlé.
Hun har villet varme sig! sagde man ;
« Elle a essayé de se réchauffer ! « dit un passant;
ingen vidste, hvad smukt hun havde set, i hvilken glans hun med gamle mormor var gået ind til nytårs glæde!
Personne n’imaginait les belles choses qu’elle avait vues, ni dans quelle gloire elle et sa grand-mère s’en étaient allées la veille du Nouvel An!

********************

Den lille pige med svovlstikkerne
La Petite fille aux allumettes

Den lille pige med svovlstikkerne
La Petite Fille aux allumettes
1845

Arbejde Hans Christian Andersen
Œuvre de Hans Christian Andersen

 

Ekbatana Sophus Claussen – Poème Danois – ECBATANE (Ville Perse)

Denmark– Danemark – Danmark
arbejde Sophus Claussen

Traduction – Texte Bilingue

EKBATANA
ECBATANE
 Sophus Claussen

Poésie
Poesi


LITTERATURE DANOISE
POESIE DANOISE

dansk litteratur
dansk poesi
danske digte

Sophus CLAUSSEN
1865 – 1931

Traduction Jacky Lavauzelle

EKBATANA

ECBATANE

 

Jeg husker den Vaar, da mit Hjærte i Kim
Je me souviens de ce printemps, quand mon cœur
Ecbatane.undfangede Drømmen og søgte et Rim,
conçu un rêve et quémandait une rime,
hvis Glans skulde synke, jeg ved ej hvorfra,
dont la gloire devait s’écouler, de je ne sais où,
som naar Solen gik ned i Ekbatana.
comme lorsque le soleil se couchait à Ecbatane.

*

En Spotter gav mig med Lærdom at ane,
Un moqueur me suppliait de mettre
at Vægten paa Ordet var Ekbatáne.
l’accent sur le mot d’Ecbatane.
Den traurige Tosse, han ved ej da,
Le fou de traurige, il ne savait pas combien
at Hjærtet det elsker Ekbátana.
le cœur bat d‘amour à Ecbatane.

*

Byen med tusind henslængte Terrasser,
La ville des terrasses aux mille tentacules,
Løngange, svimlende Mure — som passer
Aux passages secrets, aux murs vertigineux cela se passait
bagest i Persien, hvor Rosen er fra,
dans l’arrière-pays de la Perse, où les roses sont profondèment,
begravet i Minder — Ekbátana.
enfouies dans les mémoires  – Ecbatane

*

Hin fjærne Vaar, da min Sjæl laa i Kim
Lointain déjà se trouvait le printemps, quand mon âme d’alors
og drømte umulige Roser og Rim,
rêvait de roses et de rimes impossibles,
er svunden, skønt Luften var lys ogsaa da,
même si l’air était léger, léger comme
som den Sol, der forsvandt bag Ekbátana.
ce soleil  qui disparaissait derrière Ecbatane.

*

Men Drømmen har rejst sig en Vaar i Paris,
Mais le rêve a voyagé un printemps à Paris, quand le monde était
da Verden blev dyb og assyrisk og vis,
profond, assyrien et sage
som blødte den yppigste Oldtid endda …
un monde qui saigne comme saigne l’antiquité de jadis
Jeg har levet en Dag i Ekbátana.
Je l’ai vécu ce jour à Ecbatane.

*

Min Sjæl har flydt som en Syrings af Toner,
Mon âme doucement flottait comme les sons du syrinx
til Solfaldet farvede Parkernes Kroner
jusqu’à la tombée du soleil qui colore les couronnes des parcs
og Hjærtet sov ind i sin Højhed — som fra
et son cœur s’endormait dans sa majesté à partir du
en Solnedgang over Ekbátana.
coucher de soleil sur Ecbatane.

*

Men Folkets Sæder? den stoltes Bedrift?
Mais les traditions ? la bravoure orgueilleuse ?
 hvad nyt og sælsomt skal levnes derfra?
de nouvelles et étranges choses à partager ?
En Rædsel, et Vanvid i Kileskrift
Une crainte, une folie en écriture cunéiforme
paa dit Dronningelegem — Ekbátana.
sur ce corps de reine – Ecbatane

*

Men Rosen, det dyreste, Verden har drømt,
Mais la rose, la plus chère, le monde l’a rêvée,
al Livets Vellyst — hvad var den da?
une vie de plaisir qui savait ?
Et Tegn kun, en Blomst, som blev givet paa Skrømt
Un signe seulement, une fleur donnée pour le spectacle
ved en kongelig Fest i Ekbátana.
à un festin royal à Ecbatane.

*

Da blev jeg taalmodig og stolt. Jeg har drømt
Comme j’ai grandi patiemment et fièrement. Je rêvais
en dybere Lykke, end nogen har tømt.
un bonheur profond que quelqu’un a détourné.
Lad Syndflodens Vande mig bære herfra
Laissez les eaux des inondations me porter loin d’ici
— jeg har levet en Dag i Ekbátana.
Je l’ai vécu ce jour à Ecbatane.

**********************
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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Ekbatana Sophus Claussen

Ecbatane ou Hangmatana ou Hagmatāna
« La ville des rassemblements  »
Ville Perse

Drømme SOPHUS CLAUSSEN – Poème Danois – RÊVES

Denmark– Danemark – Danmark
arbejde Sophus Claussen

Traduction – Texte Bilingue
Drømme
RÊVES
 Sophus Claussen
Poésie
Poesi


LITTERATURE DANOISE
POESIE DANOISE

dansk litteratur
dansk poesi
danske digte

Sophus CLAUSSEN
1865 – 1931

Traduction Jacky Lavauzelle

Drømme

RÊVES

Der er sunget om Drømme i duftrige Ord.
Il est chanté sur les rêves des parfums dans des volutes verbales.
 – Drømme er Djævelens Engle paa Jord.
Les rêves sont les anges du diable sur la terre.

*

De daarer, at Djævlen des bedre kan spotte, 
Pauvres fous, le Diable au meilleur endroit,
nynner om Lyst for en Last at blotte.
fredonne le désir pour exposer les faiblesses.

*

Fryd bliver Vildskab og Vildskab Jammer 
La joie se transforme en sauvagerie et la sauvagerie en chagrin
udbrændt i Drømmenes Helvedflammer.
brûlée dans les flammes des enfers des rêves.

 

**********************
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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Drømme Sophus Claussen
Rêves Sophus Claussen

 

Kærlighed Sophus CLAUSSEN Poème danois – AIMER

Denmark– Danemark – Danmark
arbejde Sophus Claussen

Traduction – Texte Bilingue
Kærlighed
AIMER
Sophus Claussen

Poésie
Poesi


LITTERATURE DANOISE
POESIE DANOISE

dansk litteratur
dansk poesi
danske digte

Sophus CLAUSSEN
1865 – 1931

Traduction Jacky Lavauzelle

Kærlighed

AIMER

Tal ej om skuffet Kærlighed
Ne parlez pas de l’amour déçu
og Hjærter, som er brudt !
ni de ces cœurs qui sont brisés !
man gør sig lidt Besværlighed
à se faire si mal
og ta’r en ny til slut.
et pour finir tout changer.

*

Tal ej om evig Kærlighed!
Ne parlez pas de l’amour éternel !
vort Hjærte kun slaar Smut ;
notre cœur ne bat que par à coups ;
et hopper let fra Sted til Sted
il explose facilement d’un lieu à l’autre
og synker træt til slut.
et si fatigué à la fin qu’il se noie.

 

**********************
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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Kærlighed  Sophus Claussen
Aimer Sophus Claussen

Hans Christian Andersen – Poème Danois – La Mère et l’Enfant – Moderen med Barnet

Denmark– Danemark – Danmark
arbejde Hans Christian Andersen
Œuvre de Hans Christian Andersen
Hans Christian Andersen silhouette 3

Traduction – Texte Bilingue
Moderen med Barnet 
LA MERE et L’ENFANT
Hans Christian Andersen

Poésie
Poesi


LITTERATURE DANOISE
POESIE DANOISE

 

dansk litteratur
dansk poesi
danske digte

Hans_Christian_Andersen_Signature_svg

Hans Christian Andersen
1805 – 1875

Traduction Jacky Lavauzelle

Andersen Hans Christian Andersen Oeuvre Arbejde Artgitato 2

Moderen med Barnet
La Mère et l’Enfant


Arbejde Hans Christian Andersen
Œuvre de Hans Christian Andersen

Moderen med Barnet

LA MERE ET L’ENFANT

Hist, hvor Veien slaaer en Bugt,
Là-bas où la route fait un crochet,
Ligger der et Huus saa smukt. 
Il y a  une maison si belle.
Væggene lidt skjæve staae, 
Les murs semblent un tantinet tordus,
Ruderne er ganske smaa,
Les fenêtres sont assez petites,
Døren synker halvt i Knæ,
La porte s’enfonce à mi-genoux,
Hunden gjøer, det lille Kræ,
Le chien aboie, et les hirondelles gazouillent
Under Taget Svaler qvid’re, 
Sous la mansarde,
Solen synker – og saa vid’re.
Le soleil est en train de tomber...

*

I den røde Aftensol
Dans cette rouge soirée 
Sidder Moder i sin Stol ; 
La mère est assise dans son fauteuil ;
Kinden luer dobbelt rød, 
Les joues ont la même lueur rouge,
Barnet har hun paa sit Skjød.
L’enfant lui reste sur ses genoux.
Drengen er saa frisk og sund,
Le garçon est si frais, si ardent,
Æblekinden rød og rund ! 
Des joues comme des pommes : bien rouges, bien rondes !
See, hvor hun i Spøg ham banker
Voyez comment en riant elle s’amuse
Paa de søde Pusselanker. 
Avec ses fragiles pieds.

*

Katten staaer og krummer Ryg,
Le chat attend et fait le dos rond,
Men forstyrres af en Myg ;
Mais, dérangé par les moustiques,
Barsk han den med Poten slaaer, 
Avec fulgurance agite la patte,
Og igjen som Hofmand staaer.
Et encore une fois se tient tel un courtisan.
Moder klapper Barnets Kind ;
La mère câline la joue de l’enfant ;
See hvor sødt det sover ind,
Voyez comment gentil il s’endort,
Drømmer om de Engle smukke
Rêvant à de beaux anges
I sin lille pene Vugge.
Dans son petit lit joli.

 

**********************
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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Moderen med Barnet Hans Christian Andersen
La mère et l’enfant Hans Christian Andersen

 

Landskab – Jens Peter JACOBSEN- Poème Danois – PAYSAGE

Denmark– Danemark – Danmark
arbejde Jens Peter JACOBSEN

Traduction – Texte Bilingue
Landskab 
PAYSAGE
Jens Peter JACOBSEN

Poésie
Poesi


LITTERATURE DANOISE
POESIE DANOISE

dansk litteratur
dansk poesi
danske digte

Jens Peter JACOBSEN
1847-1885

Traduction Jacky Lavauzelle

Landskab

PAYSAGE

Stille, du elskede Kvinde ! 
Du calme ! Toi, femme aimée !
Tyst maa vi træde, vi to. 
En silence nous marcherons, tous les deux.
er sover en Sang her inde 
Dort ici un chant
I Skovens natlige Ro.
Dans le repos nocturne de la forêt.

*

 Stille er Vover og Vinde, 
Calmes les vagues et les vents,
Tavs er hver Sangfuglemund,
Le silence sort du bec des oiseaux
  Tiende Kilderne rinde 
Muettes les sources s’écoulent 
Blankt over mossede Bund.
Brillant sur la mousse.

*

Maanestraalerne spille 
Jouent les rayons lunaires
 Tyst mellem Bøgene frem,
Feutrés entre les hêtres,
  Langs ad Stierne stille 
Loin des calmes sentiers
 Blunder en lyslig Bræm.
S’endort la lumineuse clairière.

*

Sølvskyen selv der oppe 
Le nuage argenté
Hviler paa Vingen bred,
Repose sur de larges ailes,
Højt over Træernes Toppe
Au-dessus des cimes des arbres
Skuer den lyttende ned. 
Observe et écoute la vie du dessous.

*

Stille er Vover og Vinde, 
Calmes les vagues et les vents,
Tyst maa vi træde, vi to. 

En silence nous marcherons, tous les deux.
Der sover en Sang her inde 
Dort ici un chant
    I Skovens natlige Ro. 
Dans le repos nocturne de la forêt.

**********************
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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Landskab Jens Peter Jacobsen
Paysage Jens Peter Jacobsen

 

Advarsel – Emil AARESTRUP – Poème Danois – PRUDENCE

Denmark– Danemark – Danmark
arbejde Emile Aarestrup

Traduction – Texte Bilingue
Advarsel
Prudence
 Emil AARESTRUP
Poésie
Poesi


LITTERATURE DANOISE
POESIE DANOISE

dansk litteratur
dansk poesi
danske digte

Emil AARESTRUP
1800-1856

Traduction Jacky Lavauzelle

Advarsel

PRUDENCE

 

Det Skum, som krandser Vandet,
L’écume qui soulève l’océan,
 Det Lys, som farver Jorden,
La lumière qui donne les couleurs à la terre,
   Skymasserne, som længe 
Les nuages qui s’amoncellent au loin
 Har samlet sig til Torden ;
Et se réunissent au cœur du tonnerre ;

*

Den store, fyldte Regnbu’,
Le grandiose arc-en-ciel,
  Og du og jeg, Veninde,
Et toi et moi, amie,
Hvorlænge, troer du, inden
Combien de temps, crois-tu, avant
 Vi skilles ad og svinde ?
Que nous séparions et que nous disparaissions ?

*

Nyt Bølgeskum vil komme, 
Une nouvelle vague écumante arrivera,
Nyt Skyggespil, tilsyne, 
De nouveaux jeux d’ombres, nous verrons,
Og andre Skyer trække
Et d’autres nuages se dessineront
  Paa Himlen op og lyne.
Puis la foudre dans le ciel.

*

Forgaae, fordunste skal vi, 
Nous passerons, nous nous évaporerons,
  Som Draaberne, der strømme,
Comme les gouttes qui coulent,
  Og som en Regnbu’ slukkes
Et comme un arc en ciel s’éteignant
Alt, hvad vi see og drømme.
Tout ce que nous voyons et tout ce que nous rêvons.

*

Forstyr os derfor ikke 
Ne dérange donc pas
 Den skjønne, korte Vandring –
Notre 
courte randonnée  …
Den truer alt, den kommer,
Il menace tout, il arrive,
Den dræbende Forandring !
Le changement meurtrier !

 

**********************
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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Advarsel Emil Aarestrup
Prudence Emil Aarestrup

 

Johannès V. Jensen – INTERFERENCES ET ANGOISSES AU COEUR DU JUTLAND – interferens og angst i hjertet af Jylland

Johannès V Jensen
Les Histoires de Himmerland

Johannès V. Jensen Artgitato Jutland

INTERFERENCES
&
ANGOISSES
AU COEUR DU JUTLAND

( interferens og angst  i hjertet af Jylland)

La meilleure manière de lire Jensen, c’est de prendre son temps.

LE TEMPS NE COMPTE PLUS

Prendre  celui de ces saisons qui passent, on ne sait pas trop quand, avec quelques contretemps,  et attendre l’hiver, en choisissant le temps le plus dur. En choisissant le cœur de l’hiver. Le centre le moins tendre et le plus saisissant. Et si l’année ne s’y prête pas, car beaucoup trop clémente, pensez à reposer le livre sur son étagère et attendre le prochain hiver. Jensen est à ce prix. Le prix de l’attente. Comme dans la lande, où le temps ne se compte ni en seconde ni en minute. Le temps ne compte plus.

Né à GRAABOELLE, mort à GRAABOELLE…

Le temps s’arrête. « Né à Graaboelle, mort à Graaboelle. » Sur la route de Graaboelle, entre les arbres de Graaboelle. Sous les feuilles de Graaboelle… Si le temps s’est arrêté, l’espace s’est contraint, pour se lover dans un simple dé à coudre.

Vilhelm Hammershøi, deux âmes frères

On peut se préparer, je pense même que c’est une nécessité,  les sens en ayant au préalable regardé intensément les tableaux de Vilhelm Hammershøi. Jensen est né neuf ans après Hammershøi. Ce sont deux frères. Du moins en pensée.  L’un est né à  Farsø, l’autre à Copenhague. L’un de la ville, l’autre dans la lande. Ils parlent des mêmes âmes. Rien n’est plus saisissant que cette ressemblance métaphysique entre les deux artistes.  

Une fois les toiles en tête, (en garder toujours une à proximité, on ne sait jamais), choisir un bon fauteuil, bien chaud, bien moelleux et se placer devant sa cheminée.

D’abord écouter le crépitement du bois et attendre, encore… attendre longtemps si possible, attendre les premiers flocons ou le bruit de la pluie verglaçante sur les rebords des fenêtres, attendre simplement que le feu soit à son maximum d’énergie, quand les flammes ne dansent plus et que le bois est ardent, jaune brutal.

Remonter son plaid qui tombe légèrement sur des chaussons trop larges, afin qu’ils laissent toute leur place aux hautes et épaisses chaussettes de montagne, qui ne verront jamais un col. Et enfin, seulement, entrouvrir le livre. Les déblayeurs de neige ne passeront plus. Elle bloque la porte. Nous sommes livrés aux rencontres de ce Jutland, jonché par des saillies improbables de la neige. Je vous déconseille d’avoir comme Christen Soerensen recours à la bouteille, vous pourriez vous perdre.

UN VOYAGE IMMOBILE

Nous allons poursuivre un de ces voyages immobiles. Le moindre mouvement et le simple tremblement sont à eux-mêmes une longue histoire. Nous passons dans cette dimension infinie des âmes travailleuses et silencieuses. Le cri d’un oiseau peut, à lui seul, fracturer cette fausse paix. Une branche qui tombe et c’est un Etna jutlandais qui vibre.

Il faut s’introduire comme un voleur dans ce pays du silence ou avec fracas comme la ménagerie Wombwell et saisir les habitants de la lande, « sans avoir averti ». Alors, ils se retrouvent pétrifiés, sonnés, KO. « La patronne de l’auberge, elle n’en pouvait plus, non elle n’en pouvait plus…elle finit par s’asseoir en pleurant et se mit à prier son Sauveur. » (Wombwell)

Doucement, afin de découvrir les froideurs du  Jutland, ses larges landes inhospitalières, ses paysans rugueux et craintifs, ses tavernes où la chaleur épuise aussi bien que l’alcool. Des nuits d’équinoxes sans lune, dans ce nord que beaucoup ignore. Dans ce nord, qui ne se dévoile que lentement. Dans cette partie du monde et dans cette fin du XIXème où, encore démunie, la survie se pense chaque jour, à chaque instant. Chaque mouvement est pensé, réfléchi comme l’alpiniste qui gravit l’Annapurna sans gaspiller son oxygène.

QUAND LES PORTES DU JUTLAND S’OUVRENT

Le livre vous fait prendre la route du nord, parcourir les plaines allemandes, par les portes de Hambourg ou de Lübeck, et monter toujours au nord. Parfois, d’ailleurs, vous y verrez passer un gendarme de Hambourg, « qui baragouine du  danois, ayant ordre de poursuivre un homme mort ou vif » dans les grandes plaines du Jutland (La Demoiselle).

Arriver enfin. Attendre que le rideau ne s’ouvre sur le Jutland, et choisir la route de l’Himmerland, les chemins mènent à  des noms, pour nous, presqu’imprononçable : Salling, Kolding, Melbjaerg, Kourum, Torrild, Stenbaek…

DANS LA RIGUEUR EXTRÊME,
UNE INFINIE DOUCEUR

Ce sont les premières lignes, les premiers mots qui vous y plongent, avec une tendresse infinie même s’ils décrivent une rigueur extrême. Le rouge est flamboyant dans Wombwell. La force du pasteur  Jesper de Ulbjerg est prodigieuse. Les bottes d’Anders Eriksen, le menuisier, dans le Chercheur d’Or « envoyaient d’abord une vague pensée vers le vaste monde et, en particulier, vers ces régions lointaines où l’on extrait de l’or et où les gens convenables se gardent bien d’aller… »

(Plus de citations vous conduiront au cœur dans la pensée de Jensen, avant d’aborder la lecture des œuvres… )

L’ÂME DES DEMOISELLES INFORTUNEES

Une lande déserte et plate, si plate qu’une grosse pierre à elle-seule peut écraser le reste du paysage et devenir une montagne himalayenne. « Tout autour le paysage est absolument désert. Et ce montant gigantesque, isolé, fantastique, se voit à des lieux à la ronde sur la bruyère, comme le dernier vestige d’une construction commencée, puis abandonnées. Le ciel au-dessus de ce pays est silencieux et semble encore plus solitaire quand une hirondelle de mer le traverse et crie dans les hauteurs. L’hirondelle de mer vole toujours seule. On dit qu’elle est l’âme des demoiselles infortunées. »  (La Demoiselle)

L’OBSURITE AU-DESSUS DES CHEMINS ET DES LOINTAINS VIDES

Un pays isolé. Des landes isolées aux maisons éparses. Le ciel est bas, comme le toit qui tente de sauver la moindre parcelle de chaleur, le plafond aussi, pas mieux pour l’avenir ou les projets :  « La musique rare dans cette pauvre contrée ; du fond des fermes écartées…éparses à une grande distance l’une de l’autre, on voyait des lumières isolées, rougeâtres, sans rayons, qui venaient de quelque  chandelle allumée dans une chambre au plafond bas. »  (Trente-trois ans) Des landes entourées du noir et du plein de la nuit. La nuit est là, totale. Aux nuits lourdes, infranchissables. « C’était il y a bien longtemps, par une nuit d’équinoxe sans lune. L’obscurité était épaisse et complète, elle emplissait l’air au-dessus des chemins et des lointains vides. »  (Trente-trois ans)

LA PEINE QUOTIDIENNE DE CHACUN

Des nuits et des espaces interminables. Et l’on comprend comment, quelques années plus tôt, Søren Kierkegaard, écrivait en préambule à son Concept d’Angoisse : « Chaque génération a sa tâche à remplir et n’a pas besoin de se tracasser  tellement pour être tout au regard des générations antérieures et à venir. Tout homme d’une génération a pour ainsi dire sa peine quotidienne ; il a assez à s’occuper de lui-même sans se mêler d’embrasser ses contemporains dans une sollicitude digne d’un souverain. » (Avant-propos, traduction Paul-Henri Tisseau)

Des ouvriers à l’ouvrage, constamment. «Anders battait le fer du matin au soir, rivait, forgeait des clous à sabots et raccommodait les horloges, de plus il cultivait son morceau de terre. » (Trente-trois ans).

DANS L’ATTENTE DE LA DELIVRANCE

Des paysans, rudes, durs au mal, qui savent attendre, vivant sur de petits lopins de terre. Simplement seuls. « Il fallait aller vite, vite, ce qui semble de la perversité aux paysans, habitués, quand une chose n’est pas faite, à se consoler en se disant qu’elle se fera plus tard » Des gens éparpillés dans la lande qui « depuis longtemps s’étaient retirés du monde et n’attendaient plus que la délivrance. »(Wombwell)

LA VOIX RETENTISSANTE
AU-DESSUS DES ÂME SOURDES

Des pasteurs  d’une puissance naturelle afin de guider leur troupeau quasi sourd, « d’une force prodigieuse et d’une voix retentissante. » (Le Pasteur Jesper)

Des êtres de peine et de souffrance, que le temps courbe un peu plus chaque jour. Le dos se plie. « Christine revint courbée, silencieuse, épuisée par les chagrins, comme quelqu’un qui aurait voyagé pendant trente-trois ans, aurait beaucoup pâti en route et rentre seul chez lui sans avoir reçu quoi que ce soit en compensation. » (Trente-trois ans)  « Il en venait des fermes millénaires aux noms païens où une seule et même famille avait résidée en silence depuis l’aube des temps, sans souvenirs et sans histoire, uniquement courbée sur le travail de chaque jour…comme s’ils voulaient enfin, tous ensemble, s’évader pour une fois de leur vie quotidienne. » » (Wombwell) « Au loin, dans la lande, vivait un pauvre diable qui, mal vu et d’ailleurs presque oublié, travaillait depuis trente ans à défricher son misérable lopin de bruyère… Son visage envahi par le poil grimaçait, comme s’il était ébloui de voir ces richesses sans fin dont il ne parvenait pas pourtant à se faire une idée. » (Wombwell)

UNE INEXPRIMABLE GRAVITE

Ils ont tous un point commun : leur gravité, sans être lourd. « Le culte dont Ajes était l’objet dans sa famille lui donnait, quand il se trouvait parmi les étrangers, une dignité compassée. Son maintien et ses mouvements avaient une inexprimable gravité, sa mine était grosse d’évènements comme si le mouvement des sphères eût dépendu de ce qu’il portait en lui. »  (Ajes-le-Rémouleur)

« Sobres de paroles » (Ajes-le-Rémouleur), les mots sont rares, pesés. Ils sortent au compte-gouttes. « Grand, courbé, maigre comme un clou, Anders parlait peu. » (Trente-trois ans) « Il prit peu à peu un air distant et renfermé. Il lui arrivait rarement de dire un bon mot et alors il était le plus souvent blessant. » (Trente-trois ans)

LA PAROLE COMME SUPERFLU

La parole est parfois si rare, qu’elle se résume aussi à quelques mots. Le paysan alors, n’est même plus compris par les siens. « Il essaya de dire quelque chose, mais on ne le comprit pas : il avait perdu l’habitude de la parole. » (La Demoiselle) « Je ne dirai pas non plus qu’il était ombrageux, mais c’était un être silencieux que Mogens. Oui, il l’était, et pour la raison qu’il était incapable de rien dire. Je vous dirai que dans la jeunesse, il y avait de ces fermes où l’on n’échangeait pas deux mots dans la sainte journée, où l’on faisait sa besogne en silence… Ce n’était pas mauvaise humeur, mais quoi, il n’y avait pas raison de parler et cela ne leur manquait pas. » (Mogens le silencieux)

L’ISOLEMENT DANS
UNE TERRE ECARTEE

Ce sont des êtres asociaux et introvertis. « Les maîtres de Strandholm avaient toujours étaient insociables, ce qui tenait à leur isolement sur cette terre écartée. Comme extérieur et comme habitudes, ils ne différaient pas beaucoup des autres campagnards.» (La Demoiselle)

C’est même dans ce retrait et dans cette solitude que se construit parfois une prospérité. « La situation extérieure était maintenant celle-ci : Berthe dirigeait sa ferme avec succès et vivait de plus en plus retirée tandis qu’au contraire le chevalier Mathias n’était presque jamais chez lui et que sa propriété était scandaleusement négligée. » (La Demoiselle) La prospérité ne peut se gagner qu’avec le temps. En ne comptant pas son temps et sa douleur. La terre ne rend qu’à ce prix.

UN PAYS SANS CHEMINS

Le retrait devient parfois évanescence et évaporation. La lande pauvre, avec ce temps, parvient même à effacer la trace humaine qui a tant donnée pour exister et vivre. « Les chemins qui conduisaient à la ferme disparurent sous la végétation de sorte qu’elle s’élevait maintenant, comme une tombe dans un cimetière, au milieu d’un fouillis impraticables d’herbes et de plantes sauvages. » (La Demoiselle)

Mais, mieux que la fougère et les plantes sauvages, il y a la neige. Présence qui dure. Qui efface. Elle unifie et elle cache. Elle écrase jusqu’à ces maisons qui mobilisent chaque poutre pour résister. Les chemins ont disparu complétement. Les paysans qui déjà ne se voyaient que peu, s’isolent et s’enferment. « Il maniait avec adresse et douceur cette chose morte qu’il avait ramenée au village dans la tempête d’hiver et le froid dévorant, à travers un pays sans chemins, au prix des dernières réserves de sa rude force. » (Le Dernier voyage de Christine)

L’ODEUR FRAÎCHE ET AMERE DE LA CAMARINE

Sans paroles et sans musique. « La musique était rare dans cette pauvre contrée. » (Trente-trois ans) La seule musique, celle du vent, de la pluie, ou de la neige. Dans une brume épaisse, les bruits s’habillent de teintes particulières.

La lande est  informelle, s’habillant de feu l’été ou de vagues de neige, sans son. Elle s’habille d’odeurs. Elle les renvoie aux paysans, les enivre pour chaque saison. Parfum de neige, parfum de peine, parfum d’herbes séchées, fragrance de bruyère. «Elle amenait le parfum de la lande, l’odeur fraîche et amère de la camarine et l’haleine aigrelette de la bruyère. » (Trente-trois ans)

Le geste est rare, aussi. Certains, avec le temps, sont comme un mobilier commun. Ils sont là. Posés. Au coin d’une pièce. Ils sont là. C’est tout. « Depuis vingt ans vivait dans une ferme une vieille femme qui, de tout ce temps, n’avait pas changé. Elle était là comme un vieux meuble. »  (Trente-trois ans)

LA VIE INTERIEURE COMME DETERMINATION
DE L’ETERNEL DE L’HOMME

En fait, il s’agit d’un langage intérieur. Les êtres se parlent à eux-mêmes. « Le sérieux, c’est la certitude, la vie intérieure. Cette définition semble miséreuse… La vie intérieure fait-elle défaut, l’esprit est livré au fini. Aussi la vie intérieure est-elle l’éternité, ou la détermination de l’éternel dans l’homme. » (Kierkegaard, Le Concept d’Angoisse)

Parfois, ils craquent et recherchent la compagnie afin de ne pas tomber trop rapidement dans la folie.  Ce besoin se fait sentir autant pour les humains que pour leurs bêtes : « A la foire de Hvalpsund, elle s’était mise à l’écart avec son unique vache, peut-être par modestie, peut-être afin de mieux attirer l’attention… Elle est toujours toute seule. Elle est tellement seule ! Je n’ai qu’elle de vache dans ma petite ferme, et elle voit si rarement d’autres bêtes ! C’est que j’habite très à l’écart, aussi » (Anne et sa vache)

ET LE TEMPS QUI GLISSE

Et le temps dure. Rien ne semble bouger et tout devient interminable. « Le pendule allait et venait, hachant exactement le temps…Anders l’écoutait pendant ses nuits d’insomnie et cependant elles lui paraissaient interminables. » (Trente-trois ans)   « Le temps glissait si mollement. Il n’y avait rien qui permît de le mesurer. » (Trente-trois ans)  « Demoiselle Berthe vivait seule. Et les années passèrent sur elle. » (La Demoiselle)

AU BOUT : LA FOLIE

Parfois, le tout, le paysage, le travail, la peine, semble finir dans la pente naturelle du néant ou de la folie. À partir de ce moment elle fut bizarre. Elle en avait « trop vu ». « Ses vingt dernières années s’écoulèrent dans la nuit sans fin de la folie. » (Trente-trois ans) Dans la folie ou en enfer : « Par bravade, il se donna au diable, il ne revint pas, il ne revint jamais. »

C’est ainsi que l’histoire se termine. Rien ne se compile. Rien ne se retient. Les êtres partent, se cachent. En tous cas, ils disparaissent.

LE TEMPS DE L’ECLIPSE ET DES DISPARITIONS

Paysans, chercheurs d’or, bourgeois ou voleurs, policiers ou criminels, ils s’évanouissent.  Le pays se quitte comme il a été vécu sans bruit ni tintamarre. Les autres ne s’en rendent compte que beaucoup plus tard, le plus souvent jamais. «  Un beau jour, le chercheur d’où était parti. Il s’était tout doucement éclipsé avec son coffre de fer et ses grandes pattes de fouisseur. Il était retourné aux Etats-Unis, aux pays des longues prairies et des forêts sans fin. Le village n’entendit plus jamais parler de lui. » (Le Chercheur d’or)    « De tous côtés, aussi loin que portait leur regard, ils voyaient des gens, pas plus gros que des fourmis, qui rentraient chez eux sans qu’on entendît aucun bruit de voix. »  (Wombwell) « Mais plus tard, quand il ne parvint plus à s’en tirer, à cause des  « aliments » qu’on lui réclamait, il émigra en Amérique, et sa trace se perdit. » (Wombwell) « À partir de ce jour on ne constata plus dans le pays de vols avec effraction. Le voleur avait disparu. » (Le pasteur jesper) « Peu après, il tua et dépouilla un maquignon sur la route de Kolding. Ce fut la dernière fois qu’on entendit parler de lui. Il avait quitté le pays. »  (La Demoiselle) « Qu’on le quitte ou qu’on y reste, le résultat est le même. Une complète disparation. Un néant qui absorbe. »  (La Demoiselle)  « C’était donc vrai, ce qu’Anne Kjestin avait vu : l’enfant avait disparu. » (Petit-Selgen)  « Anne Kjestin, facteur des postes, est morte il y a bien des années. De la petite maison isolée à la limite de la lande, il ne reste pas la moindre trace. » (Petit-Selgen)  « Les pauvres disparaissent tout entiers. Et c’est une façon comme une autre de venir au bout de la pauvreté. Mais le contentement de peu et la reconnaissance envers la main qui leur tend le don de Dieu, le pain sec, ils les emportent avec eux dans l’oubli. » (Petit-Selgen)  « Christine était allée rejoindre les fidèles, les paysans d’autrefois qui ne ressusciteront pas, les vieilles gens de douceur qui ont pris congé sans laisser après eux d’autre mémoire que l’inscription sur leur croix de bois : né à Graaboelle, mort à Graaboelle. »(Le Dernier voyage de Christine)

LES FORMES HEUREUSES DU METAL

L’élégance dans la ligne, voire le sublime dans l’intimité des cieux, parfois pousse au-dessus d’une disparition. « Quelle solitude, quel abandon ! Mais au milieu du cimetière ouvert qui regarde la plage déserte et stérile, se dresse l’élégant monument de Berthe Dam. C’est une haute colonne de granit poli et luisant… Ces lignes élégantes sous le ciel pâle du Jutland, évoquent une vie plus douce quelque part bien loin vers le sud, où se réalisent les choses les plus difficiles à imaginer, où le métal se coule en formes heureuses. »

Tout est au-delà du bien et du mal. Les êtres sont souvent les jouets de la nature ou du groupe.

Vous pouvez alors reprendre les toiles de Hammershøi. Ce sont les mêmes émotions. Les deux sont frères. Assurément.

Jacky Lavauzelle

(traduction des textes de Jensen par A. de Rothmaler, ed Rombaldi)