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ALEXANDRE POUCHKINE (1830) AU POETE – Поэту

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Alexandre Pouchkine
русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe

poemes-de-alexandre-pouchkine-artgitatopushkin-alexander

ALEXANDRE POUCHKINE 1830
pushkin poems
стихотворение  – Poésie
 Пушкин 

 

 

POUCHKINE – Пу́шкин
Алекса́ндр Серге́евич Пу́шкин
1799-1837

[создатель современного русского литературного языка]

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

 

LA POESIE DE POUCHKINE

СТИХИ АЛЕКСАНДРА СЕРГЕЕВИЧА ПУШКИНА
Пушкин 


1830
AU POETE

  1830
Поэту
*****

***

 

Поэт! не дорожи любовию народной.
Poète ! Détache-toi de l’amour d’autrui
Восторженных похвал пройдет минутный шум;
Les louanges ne sont qu’un bruit que la minute efface
Услышишь суд глупца и смех толпы холодной,
Tu entendras la moquerie et tu sentiras la foule glaciale
Но ты останься тверд, спокоен и угрюм.
Mais tu resteras fort, calme et pensif.

*

Ты царь: живи один. Дорогою свободной
Tu es roi. Ta voie est libre,
Иди, куда влечет тебя свободный ум,
Va où le désir libère ton esprit,
Усовершенствуя плоды любимых дум,
Goûte aux fruits qui poussent sur le malheur,
Не требуя наград за подвиг благородный.
Sans exiger jamais nulle récompense.

 

*

Они в самом тебе. Ты сам свой высший суд;
Tu es toi-même ta seule cour suprême ;
Всех строже оценить умеешь ты свой труд.
Evalue justement le fruit de ton travail.
Ты им доволен ли, взыскательный художник?
As-tu la satisfaction exigeante de l’artiste ?

*

Доволен? Так пускай толпа его бранит
Satisfait ? Laisse la cohue te balloter
И плюет на алтарь, где твой огонь горит,
Laisse cracher sur l’autel où le feu brûle,
И в детской резвости колеблет твой треножник.
Et, dans leur espiègleries d’enfant, laisse-les secouer ton trépied.

 июля 1830
Juillet 1830

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Поэту
AU POETE
ALEXANDRE POUCHKINE
1830  

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LES JUGEMENTS DE Tolstoï
SUR LES POEMES DE POUCHKINE

Ayons donc pleine confiance dans le jugement du comte Tolstoï sur les poèmes de Pouchkine, son compatriote ! Croyons-le, encore, quand il nous parle d’écrivains allemands, anglais, et scandinaves : il a les mêmes droits que nous à se tromper sur eux. Mais ne nous trompons pas avec lui sur des œuvres françaises dont le vrai sens, forcément, lui échappe, comme il échappera toujours à quiconque n’a pas, dès l’enfance, l’habitude de penser et de sentir en français ! Je ne connais rien de plus ridicule que l’admiration des jeunes esthètes anglais ou allemands pour tel poète français. Verlaine, par exemple, ou Villiers de l’Isle-Adam. Ces poètes ne peuvent être compris qu’en France, et ceux qui les admirent à l’étranger les admirent sans pouvoir les comprendre. Mais il ne résulte pas de là, comme le croit le comte Tolstoï, qu’ils soient absolument incompréhensibles. Ils ne le sont que pour lui, comme pour nous Lermontof et Pouchkine. Ce sont des artistes : la valeur artistique de leurs œuvres résulte de l’harmonie de la forme et du fond : et si lettré que soit un lecteur russe, si parfaite que soit sa connaissance de la langue française, la forme de cette langue lui échappe toujours.

Léon Tolstoï
Qu’est-ce que l’art ?
Traduction par T. de Wyzewa.
 Perrin, 1918
pp. i-XII

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ALEXANDRE POUCHKINE (1824) A LA MER – К морю

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Alexandre Pouchkine
русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe

poemes-de-alexandre-pouchkine-artgitatopushkin-alexander

ALEXANDRE POUCHKINE 1824
pushkin poems
стихотворение  – Poésie
 Пушкин 

 

 

POUCHKINE – Пу́шкин
Алекса́ндр Серге́евич Пу́шкин
1799-1837

[создатель современного русского литературного языка]

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

 

LA POESIE DE POUCHKINE

СТИХИ АЛЕКСАНДРА СЕРГЕЕВИЧА ПУШКИНА
Пушкин 


A LA MER

  1824
К морю
**

***

Ivan Aïvazovski
Иван Константинович Айвазовский
Arc en ciel
Радуга
Galerie d’État Tretiakov – Moscou
Государственная Третьяковская Галерея

*****

 

 

Прощай, свободная стихия!
Adieu, élément libre !
В последний раз передо мной
Pour la dernière fois devant moi
Ты катишь волны голубые
S’allongent tes vagues bleues
 И блещешь гордою красой.
Dans cette beauté immense et fière.

*

Как друга ропот заунывный,
Comme un long murmure plaintif,
Как зов его в прощальный час,
Comme un appel à l’heure des adieux,
Твой грустный шум, твой шум призывный
Un long et triste souffle
Услышал я в последний раз.
Que pour la dernière fois j’entends.

*

Моей души предел желанный!
Mon âme à tes côtés se retrouvait !
Как часто по брегам твоим
Combien de fois fuyant le monde
 Бродил я тихий и туманный,
Je me promenais sur ton rivage calme et brumeux,
Заветным умыслом томим!
Tourmenté par une quelconque peine !

*

Как я любил твои отзывы,
Comme j’aimais ton phrasé,
Глухие звуки, бездны глас
Tes sons étouffés, cette voix de l’abîme
 И тишину в вечерний час,
Ce silence à l’heure du soir,
И своенравные порывы!
Ces impulsions capricieuses !

 

*

Смиренный парус рыбарей,
Tu t’ouvres devant l‘humble voile de pêcheurs,
Твоею прихотью хранимый,
Qui glisse sur ton dos,
Скользит отважно средь зыбей:
Et vaillamment effleure tes flots :
Но ты взыграл, неодолимый,
Mais tu bondis, tu éructes, irrésistible,
И стая тонет кораблей.
Devant une majestueuse flotte présomptueuse.

*

Не удалось навек оставить
Quand ne pouvant quitter le pont
Мне скучный, неподвижный брег,
Immobile dans la fougue de tes tempêtes,
Тебя восторгами поздравить
Je me félicitais de toujours pouvoir
  И по хребтам твоим направить
Clamer sur la bordure de tes crêtes
Мой поэтической побег!
Mon évasion poétique !

*

Ты ждал, ты звал… я был окован;
Tu m’attendais, tu m’appelais… J’étais prisonnier ;
Вотще рвалась душа моя:
En vain, je déchirai mon âme :
Могучей страстью очарован,
Fasciné par cette puissante passion,
У берегов остался я…
Le long des côtes, je …

 

*

О чём жалеть? Куда бы ныне
Que regretter ? Où maintenant
 
Я путь беспечный устремил?
Partir insouciant ?
Один предмет в твоей пустыне
Un objet, un seul, dans ton immensité désertique
Мою бы душу поразил.
Aurait impressionné mon âme.

*

Одна скала, гробница славы…
Un rocher, tombeau de la renommée …
Там погружались в хладный сон
Au cœur d’un rêve avide
Воспоминанья величавы:
De souvenirs majestueux :
Там угасал Наполеон.
Là, Napoléon s’est endormi.

*

Там он почил среди мучений.
Là, il repose au milieu des tourments.
И вслед за ним, как бури шум,
Et après lui, comme le bruit de la tempête,
Другой от нас умчался гений,
Un autre génie éclate,
Другой властитель наших дум.
Une autre maître de nos pensées.

*

Исчез, оплаканный свободой,
Disparu, pleuré par la liberté
Оставя миру свой венец.
Laissant sur le monde sa couronne.
Шуми, взволнуйся непогодой:
Hurle, frappe et renverse :
Он был, о море, твой певец.
Je serai, o mer, ton chanteur.

*

Твой образ был на нём означен,
Créé à ton image,
Он духом создан был твоим:
Créé par ton esprit
Как ты, могущ, глубок и мрачен,
Puissant, profond et sombre,
Как ты, ничем неукротим.
Comme toi, invincible.

*

Мир опустел… Теперь куда же
Monde vide … où sont-ils
Меня б ты вынес, океан?
Ceux que tu as emportés, Océan ?
Судьба людей повсюду та же:
Destin inchangé du monde :
Где капля блага, там на страже
Sur tous ces corps et sur toutes ces âmes
Уж просвещенье иль тиран.
S’illumine aussi le tyran.

*

Прощай же, море! Не забуду
Adieu, Mer ! Je n’oublierai pas
Твоей торжественной красы
Ta solennelle beauté
 И долго, долго слышать буду
Et pendant longtemps, très longtemps, j’entendrais
Твой гул в вечерние часы.
Tes voix dans les heures du soir.

*

В леса, в пустыни молчаливы
Dans les bois, dans ce désert silencieux
Перенесу, тобою полн,
Je porterai, plein de toi,
Твои скалы, твои заливы,
Tes rochers, tes criques,
И блеск, и тень, и говор волн.
Tes scintillements et tes ombres, et le ressac de tes vagues.

 

 

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ALEXANDRE POUCHKINE
1824  

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LES JUGEMENTS DE Tolstoï
SUR LES POEMES DE POUCHKINE

Ayons donc pleine confiance dans le jugement du comte Tolstoï sur les poèmes de Pouchkine, son compatriote ! Croyons-le, encore, quand il nous parle d’écrivains allemands, anglais, et scandinaves : il a les mêmes droits que nous à se tromper sur eux. Mais ne nous trompons pas avec lui sur des œuvres françaises dont le vrai sens, forcément, lui échappe, comme il échappera toujours à quiconque n’a pas, dès l’enfance, l’habitude de penser et de sentir en français ! Je ne connais rien de plus ridicule que l’admiration des jeunes esthètes anglais ou allemands pour tel poète français. Verlaine, par exemple, ou Villiers de l’Isle-Adam. Ces poètes ne peuvent être compris qu’en France, et ceux qui les admirent à l’étranger les admirent sans pouvoir les comprendre. Mais il ne résulte pas de là, comme le croit le comte Tolstoï, qu’ils soient absolument incompréhensibles. Ils ne le sont que pour lui, comme pour nous Lermontof et Pouchkine. Ce sont des artistes : la valeur artistique de leurs œuvres résulte de l’harmonie de la forme et du fond : et si lettré que soit un lecteur russe, si parfaite que soit sa connaissance de la langue française, la forme de cette langue lui échappe toujours.

Léon Tolstoï
Qu’est-ce que l’art ?
Traduction par T. de Wyzewa.
 Perrin, 1918
pp. i-XII

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SONNET DE POUCHKINE (1830) L’austère Dante ne méprisait pas le sonnet – Суровый Дант не презирал сонета

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Alexandre Pouchkine
русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe

poemes-de-alexandre-pouchkine-artgitatopushkin-alexander

ALEXANDRE POUCHKINE 1830
pushkin poems
стихотворение  – Poésie
 Пушкин 

 

 

POUCHKINE – Пу́шкин
Алекса́ндр Серге́евич Пу́шкин
1799-1837

[создатель современного русского литературного языка]

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

 

LA POESIE DE POUCHKINE

СТИХИ АЛЕКСАНДРА СЕРГЕЕВИЧА ПУШКИНА
Пушкин 


SONNET 1830
L’austère Dante ne méprisait pas le sonnet

  Сонет 1830
Суровый Дант не презирал сонета
 

 

Суровый Дант не презирал сонета;
L’austère Dante ne méprisait pas le sonnet ;
 
В нем жар любви Петрарка изливал;
Pétrarque y versait ses éclairs d’amour ;
Игру его любил творец Макбета;
Le créateur de Macbeth en aimait le tour ;
Им скорбну мысль Камоэнс облекал.
Quand le mélancolique Camões s’y répendait.

И в наши дни пленяет он поэта:
Et aujourd’hui, il envoûte le poète :
Вордсворт его орудием избрал,
Wordsworth comme instrument l’avait choisi,
Когда вдали от суетного света
Quand à l’écart de l’agitation du monde
Природы он рисует идеал.
Il peignait la nature idéale.




Под сенью гор Тавриды отдаленной
Sous l’ombre des montagnes de Tauride
Певец Литвы в размер его стесненный
Adam Mickiewicz les chante dans ses Sonnets de Crimée
Свои мечты мгновенно заключал.
Leur livrant ses rêves pour qu’ils se réalisent.




У нас еще его не знали девы,
Nous ne le connaissions pas encore
Как для него уж Дельвиг забывал
Qu’Anton Delvig oubliait pour lui
Гекзаметра священные напевы.
Les chants sacrés de l’héxamètre.

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POUCHKINE
1830  

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LES JUGEMENTS DE Tolstoï
SUR LES POEMES DE POUCHKINE

Ayons donc pleine confiance dans le jugement du comte Tolstoï sur les poèmes de Pouchkine, son compatriote ! Croyons-le, encore, quand il nous parle d’écrivains allemands, anglais, et scandinaves : il a les mêmes droits que nous à se tromper sur eux. Mais ne nous trompons pas avec lui sur des œuvres françaises dont le vrai sens, forcément, lui échappe, comme il échappera toujours à quiconque n’a pas, dès l’enfance, l’habitude de penser et de sentir en français ! Je ne connais rien de plus ridicule que l’admiration des jeunes esthètes anglais ou allemands pour tel poète français. Verlaine, par exemple, ou Villiers de l’Isle-Adam. Ces poètes ne peuvent être compris qu’en France, et ceux qui les admirent à l’étranger les admirent sans pouvoir les comprendre. Mais il ne résulte pas de là, comme le croit le comte Tolstoï, qu’ils soient absolument incompréhensibles. Ils ne le sont que pour lui, comme pour nous Lermontof et Pouchkine. Ce sont des artistes : la valeur artistique de leurs œuvres résulte de l’harmonie de la forme et du fond : et si lettré que soit un lecteur russe, si parfaite que soit sa connaissance de la langue française, la forme de cette langue lui échappe toujours.

Léon Tolstoï
Qu’est-ce que l’art ?
Traduction par T. de Wyzewa.
 Perrin, 1918
pp. i-XII

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MIKHAÏL LERMONTOV UN GRAND NEVROPATHE (docteur Augustin Cabanès)




LA POESIE DE LERMONTOV

MIKHAÏL LERMONTOV

par le Docteur Augustin Cabanès
Grands névropathes
Tome 3
pp. 303-326
Editions Albin Michel
1933 Paris




 

MIKHAÏL LERMONTOV

Physionomie attachante entre toutes, que celle de Lermontov : un des représentants les plus brillants du romantisme russe, issu du romantisme européen.

Si son œuvre contribue, dans une certaine mesure, à éclairer sa psychologie, nous avons le regret de constater qu’elle est restée incomplète, ce qui nous prive d’un élément important d’appréciation sur le développement de son caractère, sur la formation de son génie.

La destruction d’une partie de sa correspondance, les rares documents permettant d’établir son curriculum vitæ, nous limiteront à une étude écourtée qui péchera par d’inévitables lacunes.

Heureusement avons-nous rencontré, pour suppléer à notre information en défaut, un guide aussi sûr que renseigné, dans l’auteur d’un travail de haute valeur consacré au personnage et qui est un de nos brillants agrégés de l’Université. Nous nous plaisons à reconnaître, en outre, le concours que nous a prêté, avec une bonne grâce dont nous conservons le sympathique souvenir, un des distingués bibliothécaires de l’Université de Paris, qui a bien voulu nous confier en son temps les bonnes feuilles de l’ouvrage qu’il se proposait de publier sur le poète dont nous allons esquisser à grands traits la psycho-pathologie.

Michel Iouriévitch Lermontov naquit dans la ville même qui avait donné, quinze ans auparavant, le jour au célèbre Pouchkine, dont il devait être le disciple et l’admirateur. Son ascendance ne nous révèle rien de particulièrement intéressant. Son père, Iouri Pétrovitch, d’un naturel emporté, sans être ce qu’on appelle un méchant homme, avait été mis à la retraite comme lieutenant au corps des cadets, « pour raison de santé ». Renseignement assez vague, dont force est de nous contenter.

Quant à sa mère, de bonne heure orpheline de père (celui-ci s’était empoisonné), elle était, nous dit-on, « d’une santé assez débile, et surtout d’un tempérament nerveux à l’excès, qu’elle semble avoir transmis à son fils ». Elle aurait succombé à la phtisie dans un âge peu avancé.

LERMONTOV, Mikhaïl (1814-1841).jpg
LERMONTOV

L’enfant qui était né d’elle n’eut pour veiller sur sa fragile existence qu’une grand’mère, d’ailleurs très attentive à ses moindres indispositions, ne le quittant ni de jour ni de nuit, l’entourant de soins continuels.

Quand il eut un an, on transporta le frêle rejeton, accompagné de sa nourrice, dans un village du gouvernement de Simbirsk.

Sur ces premières années, nous possédons un document bien précieux, un fragment autobiographique, écrit de la main même de Lermontov, qui s’est dépeint sous le nom de Sacha Arbénine, à ne point se méprendre sur sa véritable identité. Le poète raconte que la maison seigneuriale qui le recueillit ressemblait à toutes les maisons de même ordre. « Elle était en bois, peinte en jaune… ; dans la cour s’élevaient de longs bâtiments à un seul étage, des hangars, des écuries… »

Le jeune barine avait à son service plusieurs femmes de chambre placées sous la haute direction de la nourrice qui prenait très au sérieux son rôle.

« Sacha se plaisait beaucoup en leur compagnie. Elles le caressaient et l’embrassaient à l’envi, lui racontaient les légendes des brigands de la Volga. Son imagination s’emplissait des merveilles de leur bravoure farouche, de sombres tableaux et de sentiments extraordinaires. Il prit les jouets en dégoût et commença à rêver. À l’âge de six ans, il avait plaisir à regarder le soleil couchant, l’horizon parsemé de nuages rouges… Il avait soif d’affection, de baisers, de caresses, mais les mains de sa vieille nourrice étaient si rudes !… Sacha était un enfant horriblement gâté et fantasque. » Servantes, nianias, intendants, étaient entièrement à son service : ils avaient l’ordre de se plier à tous ses caprices. On ne réfrénait si ses colères, ni ses instincts de méchanceté native, même s’ils s’exerçaient sur les plantes du parc, qu’il se plaisait à détruire, et sur les malheureuses poules de la basse-cour auxquelles il lui était possible impunément de casser les pattes.

Il confessa plus tard que ses penchants mauvais se seraient certainement développés, si une maladie ne fût venue à propos interrompre le cours de ses fantaisies cruelles. Il eut la rougeole avec des complications qui donnèrent de l’inquiétude à son entourage. « On le sauva, mais cette maladie le laissa dans un état de faiblesse extrême. »

Il n’est pas sans intérêt de noter que cet incident morbide eut une influence assez inattendue sur le caractère et l’esprit de Sacha : « Il prit l’habitude de la réflexion : privé des distractions et des divertissements de son âge, il commença à les chercher en lui-même… Pendant ses insomnies douloureuses, étouffant sur son oreiller brûlant, il s’était accoutumé à surmonter les douleurs du corps en se laissant emporter par les rêveries de son imagination. Il s’imaginait être un brigand de la Volga qui fend les flots bleus et glacés, qui marche à l’ombre des forêts profondes, parmi les clameurs du champ de bataille, au bruit des chansons guerrières, au milieu des sifflements de la tempête… »

PIATIGORSK, Caucase (Les bains de).jpg
VUE DU CAUCASE : LES BAINS DE PIATIGORSK
d’après le Magasin pittoresque

La précocité de ses facultés intellectuelles a-t-elle pu avoir une influence fâcheuse sur le développement physique du jeune Lermontov ? Toujours est-il qu’on dut, à plusieurs reprises, le conduire aux eaux du Caucase, dans une propriété qu’y possédaient ses parents, pour y rétablir sa santé ébranlée. C’est au cours d’un de ces voyages qu’il ressentit les premiers troubles de l’amour et à un âge où il n’est pas courant de le voir apparaître. Ses parents étaient en relations avec une dame, qui avait une fillette âgée de neuf ans ; le futur poète, qui n’avait qu’une année de plus, s’éprit violemment de la petite fille au point d’en garder le souvenir durable pendant bien des années :



« Était-elle jolie ou non ? Je ne m’en souviens pas, déclarera-t-il un jour dans une échappée de confidences ; mais son image vit encore dans mon souvenir ; j’ai plaisir à me la rappeler, je ne sais pourquoi… On se moquait de moi, on me taquinait, car mon visage trahissait mon émotion. Je pleurais tout bas sans raison, je désirais la voir ; mais quand elle venait chez nous, je refusais ou j’avais honte d’entrer dans la chambre où elle était ; je craignais peut-être que les battements de mon cœur ou le tremblement de ma voix ne révélassent aux autres un secret impénétrable pour moi-même. Je ne sais qui elle était, d’où elle venait… Elle était blonde, elle avait des yeux bleus… Non, je n’ai rien vu de semblable, ou du moins j’éprouve cette impression, car je n’ai jamais aimé comme en ce temps-là. »

L’écho de ces mêmes sentiments se retrouve dans la pièce de Lermontov : Premier Amour ; « encore enfant, les souffrances d’un ardent amour troublèrent mon âme inquiète… ». Et quelques mois avant sa mort, il consignait cette impression, toujours vivace.

« Je me vois encore enfant : autour de moi, tout m’est familier, la haute maison seigneuriale, le jardin avec sa serre en ruines.

«  J’entre dans une sombre allée ; au travers des branches, filtrent les rayons du soleil couchant, et les feuilles jaunies bruissent sous mes pas craintifs.

« Et une étrange tristesse me serre le cœur : je pense à elle, je pleure et j’aime ; j’aime le fantôme créé par ma rêverie… »

Étant étudiant, il eut, non plus cette fois une passionnette, mais une véritable passion pour « une jeune fille douce, intelligente, et vraiment belle comme le jour… Elle était d’une nature ardente, enthousiaste, poétique… Elle avait entre quinze et seize ans ». Son partenaire avait à peu près le même âge.

Viennent ensuite les années d’Université. Lermontov apparaît à ses camarades comme un adolescent sombre et peu communicatif. L’un d’eux nous en a laissé ce portrait :

« Il était de taille moyenne, d’aspect quelque peu disgracieux, de teint basané ; ses cheveux de nuance sombre étaient aplatis sur la tête et sur les tempes. Ses grands yeux pénétrants, d’un brun sombre, regardaient dédaigneusement ce qui l’entourait. »

Gontcharov, qui le connut à la même époque, confirme la vérité de ce portrait ; il ajoute que Lermontov lui avait paru apathique, se livrant peu, n’ouvrant que rarement la bouche. Ne se sentant pour lui aucune attraction, il avait évité de lier connaissance avec lui.

Le pessimisme a déjà envahi cette jeune âme, désenchantée avant le temps ; ses premiers vers témoignent de son découragement, de ses déceptions.

« Oh ! si mes jours s’écoulaient au sein délicieux du repos et de l’oubli, affranchis des vanités de la terre, éloignés de l’agitation du monde ; si, pacifiant mon imagination, les divertissements de la jeunesse pouvaient me charmer, alors la gaieté habiterait à jamais dans mon âme ; alors, certes, je ne rechercherais ni le plaisir, ni la gloire, ni la louange. Mais pour moi le monde est vide, ennuyeux. Ton amour ne séduit pas mon âme : je souhaite des trahisons, des sensations nouvelles ; du moins leur aiguillon réveillerait mon sang engourdi par la tristesse, par la souffrance, par les passions qui m’ont tourmenté avant l’âge ! »

Dans une autre pièce, il s’attriste sur la courte durée de cette vie :

« Nous, enfants du Nord, comme les plantes de ce pays, nous fleurissons pour peu de temps, nous nous flétrissons vite : comme le soleil d’hiver sur l’horizon gris, ainsi notre vie est sombre, aussi bref est son cours monotone. »

Quand donc viendra la mort pour mettre fin à tant d’angoisses !

« La mort ne connaît plus ni l’amour ni la douleur. Six planches l’enferment… Ni les appels de la gloire, ni ta voix ne troubleront mon repos. »

Le poète s’est accoutumé de bonne heure à l’isolement ; il n’a jugé personne digne d’être honoré de son amitié. Pas d’espérance pour le consoler, « l’espoir s’est envolé à jamais ». Personne ne le chérit sur cette terre. Il est à charge à lui-même comme aux autres. Il brûlait pourtant d’agir, mais tout excite son dédain. Il s’analyse, d’ailleurs, à merveille :

« Une tristesse prématurée m’a marqué de son empreinte ; seul le Créateur connaît l’amertume de mes souffrances. Le monde indifférent doit les ignorer. » Il voit, dans un avenir qui se rapproche, « la tombe ensanglantée » qui lui est réservée, « une tombe que ne sanctifieront ni les prières, ni la croix, sur une rive sauvage où mugissent les flots, sous un ciel assombri par la brume ».



Était-ce là une attitude ? On peut d’autant mieux se le demander que l’on vivait alors en plein romantisme, et que le byronisme était une mode bien portée. Un de ceux qui l’ont connu, qui ont été élevés avec lui à une certaine période de sa vie, n’hésite pas à déclarer que c’étaient là sentiments de pure façade. « Ces sentiments, nous dit-il, étaient bien loin de lui. Son caractère était plutôt gai. Il aimait la société, particulièrement celle des femmes, au milieu de laquelle il avait grandi ; il leur plaisait par la vivacité de ses traits d’esprit et par son penchant à l’épigramme. Il fréquentait le théâtre, les bals, les mascarades : dans sa vie, il n’avait connu ni les privations, ni les mécomptes. » Cependant, comme on l’a justement fait observer, « ces accents de tristesse, cette veine mélancolique qui circule à travers ses poésies de jeunesse, nous les retrouverons dans toute l’œuvre de Lermontov : pourquoi serions-nous étonnés de constater, à l’aube de la vie du poète, les sentiments dont se nourrit sa maturité ».

Pour qui a étudié le personnage, tant dans sa vie que dans son œuvre, la tristesse de Lermontov n’était pas qu’une pose, elle avait ses racines dans le milieu où il avait vécu ses premières années, et dans son tempérament même. Son cas n’est nullement à rapprocher de celui du héros du roman en vers de Pouchkine. Eugène Oniéguine est le type littéraire d’un ennuyé des plaisirs, une sorte de don Juan et de Child Harold. Comme ce dernier, Oniéguine paraît dans le monde triste et ennuyé ; les murmures de la foule, le jeu, les tendres regards, les soupirs indiscrets ne l’émeuvent plus ; il reste indifférent à tout… En proie au désœuvrement, l’âme vide et languissante… il lit, il lit sans cesse… Les bois, la colline et les champs ne l’amusaient déjà plus, et il vit clairement que la vie était aussi ennuyeuse au village qu’à la ville, bien qu’il n’y eût ni rues, ni palais, ni cartes, ni bals, ni poésie. L’ennui le guettait et courait après lui comme une ombre ou comme une femme fidèle… Mais Oniéguine rencontre Tatiana et, dès lors, « un amour pur » l’enflamme et dissipe son ennui.

Tout autre nous apparaît Lermontov ; ce n’est pas, à dire vrai, de l’ennui, mais du désenchantement qu’il présente. On se souvient à son propos de ces paroles de Gœthe : « … Il arrive que le défaut d’activité, joint à un vif désir d’action, nous précipite vers le besoin de la mort, nous donne soif du néant. »

Dès l’enfance, Lermontov a manifesté une tendance marquée à la rêverie. « Cette rêverie prolongée n’a-t-elle pas développé et poussé de bonne heure à l’excès cet esprit d’analyse, qui est un des traits caractéristiques du jeune poète ? Cet esprit d’analyse ne pouvait-il pas amener à sa suite un précoce désenchantement ? Si l’on y ajoute le sentiment d’une supériorité réelle, un orgueil qui l’isolait, qui lui rendait plus douloureuse une certaine solitude morale, le rude contre-coup du drame domestique qui le réduisait à faire un choix entre deux êtres (son père et sa grand’mère), qui lui inspiraient une égale affection, on aura une explication vraisemblable de cette mélancolie prématurée. »

Le physiologiste ne saurait, en outre, négliger un autre point de vue. La jeunesse du poète avait été, nous le rappelons, maladive ; sa santé avait toujours été délicate ; certainement, cet état n’a pas dû être sans influence sur la formation et le développement de cette conception désenchantée du monde et de la vie.

On eût pu espérer qu’au régiment, mêlé à l’existence de ses camarades, il aurait chassé tous ces noirs papillons : il n’en fut rien, apparemment.

« Ici, je m’ennuie comme auparavant, écrit-il à un ami ; que faire ? La vie tranquille me rend plus malheureux. Je dis une vie tranquille, car l’instruction et les manœuvres engendrent seulement la fatigue. »

On a beau l’accabler de flatteries, les plus jolies femmes lui demander des vers et s’en vanter comme d’un triomphe, il s’ennuie, néanmoins, et rien ne parvient à remplir le vide de son âme ! Il se désole d’avoir épuisé prématurément la source des meilleures joies, et surtout de mourir sans laisser de traces, sans léguer aux siècles une pensée féconde, ni un travail couronné par le génie.

Il est une poésie de Lermontov qui porte, du reste, un titre significatif : Je m’ennuie et je suis triste, qu’on nous permettra de reproduire, parce qu’elle est trop représentative d’un état d’âme pour être négligée ; nous citons d’après la traduction de l’interprète le plus autorisé de la vie et des œuvres du poète :

« Je m’ennuie, je suis triste, je n’ai personne à qui tendre la main aux heures de détresse morale… Désirer ? À quoi bon les vains désirs ? sans cesse renouvelés ?… Les années s’écoulent, les meilleures années. Aimer ? mais qui aimer ?… Pour un temps, cela n’en vaut pas la peine et un amour éternel est impossible… Joies, douleurs, tout cela est si insignifiant… Qu’est-ce que les passions ? Est-ce que, tôt ou tard, leur douceur qui fait souffrir ne s’évanouira pas devant les objections de la raison ? La vie, si tu l’examines froidement, est une chose si vide et si sotte !… »

Quand on sait, d’autre part, que Lermontov a surtout exprimé dans ses vers ses sentiments personnels, que ses chagrins réels ou imaginaires en furent d’abord, à peu près l’unique matière, l’indication est particulièrement suggestive.

Qu’on ait découvert une affinité, une sorte de parenté intellectuelle entre Byron et le poète russe, que celui-ci ait songé un moment à rivaliser avec son émule anglais ; qu’il y ait des analogies évidentes entre telles circonstances de sa vie et celles de son modèle ; qu’il ait aidé, au besoin, à les faire naître ; ce n’est point contestable. Nous en avons l’aveu échappé de sa plume même.

KOUBATCHI, Caucase.jpg
VUE DE KOUBATCHI DANS LE CAUCASE
(Extrait du Magasin pittoresque)

« Quand je commençai à griffonner des vers, en 1828, en quelque sorte instinctivement, a-t-il consigné quelque part, je pris l’habitude de les transcrire et de les mettre de côté. Je les ai encore. Je viens de lire, dans une biographie de Byron, qu’il agissait de même. J’ai été stupéfait de cette ressemblance. »

Il note cette autre ressemblance : en Écosse, une vieille femme a prédit à la mère de Byron qu’il serait un grand homme, et qu’il serait marié deux fois. Au Caucase, une vieille femme a fait la même prédiction à la grand’mère de Lermontov. « Fasse le ciel, ajoute celui-ci, que la prédiction qui me concerne s’accomplisse, dussé-je être aussi malheureux que Byron ! »

TCHERKESSE DANS LA STEPPE (Caucase).jpg

Il se refuse pourtant à n’être qu’un disciple : et parlant de celui à qui il se compare : « Je suis autre, déclare-t-il fièrement ; j’ai une âme russe. » Ce qui ne l’empêchait point, à peu de temps de là, de se contredire, en appelant l’Écosse sa patrie véritable et en se montrant brûlé du désir… poétique de voler vers le pays où est la tombe d’Ossian, « pour y faire vibrer les cordes de la harpe écossaise ».

Lermontov a toujours conçu de lui-même l’idée la plus haute ; son orgueil s’étale parfois avec une naïveté puérile qui déconcerte ; comme par exemple lorsque s’imaginant qu’il descend des grands d’Espagne, les ducs de Lerma, il signe de ce nom ses épîtres ; ou qu’oubliant ses prétentions primitives, il célèbre ses nobles ancêtres écossais. « De l’orgueil, il y en a dans son dédain pour le monde qui l’entoure, dans ses invectives contre la société. Et toute sa vie, il est hanté par la figure du démon, le prototype de l’orgueil.

N’est-ce pas encore de l’orgueil, mais d’une qualité inférieure, que de prétendre à des bonnes fortunes féminines, tout disgracié de la nature, tout difforme qu’il soit ? Cette infériorité physique, qu’il ressentait douloureusement, le rendait maussade, hargneux, vindicatif. Car, au dire de ceux qui l’ont approché, il était très laid, et cette laideur, qui plus tard céda au pouvoir de sa physionomie, et disparut presque quand le génie eut transformé ses traits vulgaires, cette laideur était frappante dans sa grande jeunesse.

Un autre nous le montre « de petite taille, large d’épaules et d’aspect assez disgracieux. Il semblait de forte complexion… Ses gestes étaient brusques, bien qu’il montrât parfois de la paresse et cette indifférence inconsciente qui est maintenant à la mode ». « Il attirait l’attention, quoiqu’on en eût, par son visage irrégulier, de couleur foncée, ses yeux « qui brillaient d’un éclat redoutable. »

Il semble n’avoir fait la cour aux femmes que « pour le plaisir méchant qu’il éprouvait à les abandonner après les avoir séduites ». Tourguéniev, qui le vit dans un salon, sous l’uniforme du régiment des hussards de la garde, nous en a laissé un portrait rien moins que flatteur :

« Il n’avait ôté ni son sabre, ni ses gants ; voûté, l’air renfrogné, il fixait son regard maussade sur la comtesse (Mousine Pouchkine, ravissante créature, enlevée par une mort prématurée).

« Dans son extérieur, écrit l’auteur des Souvenirs littéraires, il y avait quelque chose de sinistre et de tragique ; une force ténébreuse et méchante, un air de mélancolique dédain, la passion émanaient de sa face basanée, de ses grands yeux sombres et fixes. Leur regard lourd contrastait étrangement avec la moue presque enfantine de ses lèvres très pâles. Tout son aspect physique, sa petite taille, ses jambes arquées, cette grosse tête sur des épaules larges et voûtées (il était presque bossu) produisaient une impression désagréable ; mais on sentait tout de suite qu’il y avait là une force. On sait que jusqu’à un certain point il s’est représenté sous les traits de Pétchorine. Ce détail : « Ses yeux ne riaient pas quand il riait », s’appliquait réellement à lui… »

MOUSSINE-POUCHKINE (Comtesse).jpg
MOUSINE POUCHKINE
d’après la Revue encyclopédique (1899)

Deux ans après, un autre témoignage, émané d’une personne qui avait pu l’observer de près, nous le montre fêté dans le monde, choyé dans le cercle de ses intimes, d’humeur joviale, tous les jours inventant une niche, amusant la société par sa verve intarissable. Mais il ne pouvait se défendre de cette humeur sarcastique (réaction de défense de sa disgrâce physique), qui lui avait valu tant d’ennemis, et qui devait être la cause de sa fin prématurée. Une des victimes de son ironie persistante finit par prendre mal la plaisanterie : une querelle éclata, un duel s’ensuivit : Lermontov tombait frappé mortellement de la première balle qu’il recevait.

Cette fin tragique, il en avait eu de bonne heure le pressentiment ; ce fut toujours chez lui comme une idée fixe passée à l’état d’obsession : il savait, il déclarait en toute occasion qu’il mourrait jeune et d’une mort violente.

Ces avertissements de la nature, qui saurait assurer qu’ils ne sont que l’effet du hasard ou d’un concours fortuit de coïncidences ? Autosuggestion ou prédestination, il est des êtres qui portent la mort en eux d’une façon consciente. Qu’on y voie la conséquence d’un état pathologique, d’une névrose — imparfaitement caractérisée, certes — cette inappétence à vivre, les symptômes de ce mal, avant tout subjectif, n’en sont pas moins d’une indiscutable réalité. Leur influence est indéniable sur la vie autant que sur l’œuvre de qui en fut obsédé à un pareil degré.

*********

MIKHAÏL LERMONTOV

LA DEMANDE EN MARIAGE Pièce de Tchekhov Предложение 1888-1889 Scène 2

Предложение
LA DEMANDE EN MARIAGE TCHEKHOV

русская литература
Littérature Russe
TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

 

 

Anton Pavlovitch Tchekhov
Антон Павлович Чехов
1860-1904

России театр
Théâtre Russe

——–


La Demande en mariage
Farce en un acte
1888-1889
Scène 2

 

Предложение
Шутка в одном действии
II

SCENE II

**

Предложение

Ломов
Lomov
(один)
(seul)

Холодно… Я весь дрожу, как перед экзаменом.
Il fait froid … Je suis tout tremblant, comme avant un examen. Главное — нужно решиться.
La principale chose : être décidé !
Если же долго думать, колебаться, много разговаривать да ждать идеала или настоящей любви, то этак никогда не женишься…
Plus on réfléchit et plus on hésite, plus on parle et plus on attend l’idéal de l’amour vrai, et jamais ainsi on ne se marie…
Брр!.. Холодно!
Brr! .. Comme j’ai froid !
Наталья Степановна отличная хозяйка, недурна, образованна…
Natalya Stépanovna est une excellente femme d’intérieur, pas mal faite et instruite …
чего ж мне еще нужно?
De quoi aurais-je envie de plus ?
Однако у меня уж начинается от волнения шум в ушах.
Cependant, je suis si excité que j’en ai des bourdonnements dans les oreilles.
(Пьет воду.)
(Il boit de l’eau.)
А не жениться мне нельзя…
Et je ne peux pas m’imaginer sans être bientôt marié…
Во-первых, мне уже 35 лет — возраст, так сказать, критический.
D’abord, parce que  je suis âgé de 35 ans – un âge, pour ainsi dire, critique.
Во-вторых, мне нужна правильная, регулярная жизнь…
Enfin, j’en ai besoin pour vivre une vie régulière…
У меня порок сердца, постоянные сердцебиения, я вспыльчив и всегда ужасно волнуюсь…
J’ai une maladie cardiaque avec un rythme cardiaque irrégulier ; je suis excité et toujours terriblement inquiet …
Сейчас вот у меня губы дрожат и на правом веке живчик прыгает…
Maintenant, mes lèvres tremblent et la paupière droite qui ne se maîtrise pas…
Но самое ужасное у меня — это сон.
Mais la pire chose : ce sont mes rêves.
Едва только лягу в постель и только что начну засыпать, как вдруг в левом боку что-то — дерг!
Dès que je suis allongé dans son lit et que je commence à m’endormir, tout à coup, du côté gauche, quelque chose – Un coup !
и бьет прямо в плечо и в голову…
et je suis frappé à l’épaule et dans la tête …
Вскакиваю как сумасшедший, похожу немного и опять ложусь, но только что начну засыпать, как у меня в боку опять — дерг!
Je sors du lit tel un fou, je fais les cent pas puis je me recouche et je me rendors – Un coup ! Encore !
И этак раз двадцать…
Et cela peut se produire vingt fois dans la nuit …

*********

МЕДНЫЙ ВСАДНИК LE CAVALIER DE BRONZE POUCHKINE 1ère Partie Часть первая

МЕДНЫЙ ВСАДНИК
Poèsie de Pouchkine

Poème de Pouchkine
1833


Alexandre Pouchkine
русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe
ALEXANDRE POUCHKINE
Poésie de Pouchkine

pushkin poems
стихотворение  – Poésie
  Пушкин 

 

 

POUCHKINE  Пу́шкин
Алекса́ндр Серге́евич Пу́шкин
1799-1837

[создатель современного русского литературного языка]

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

 

LA POESIE DE POUCHKINE

СТИХИ АЛЕКСАНДРА СЕРГЕЕВИЧА ПУШКИНА
Пушкин 


МЕДНЫЙ ВСАДНИК
Часть первая
1833

 LE CAVALIER DE BRONZE
Première Partie
1833

 

  1833
Le Cavalier de Bronze
Пушкин 

Vas.Surikov. Bronze Horseman on the Senate Square. Rusian Museum

Le Cavalier de bronze
Vassily Ivanovitch Sourikov
Василий Иванович Суриков

*

 МЕДНЫЙ ВСАДНИК
Часть первая
Première Partie

Над омрачённым Петроградом
La grisaille régnait au-dessus de Saint Petersburg
Дышал ноябрь осенним хладом.
Dans le froid de ce mois de novembre.
Плеская шумною волной
Les vagues venaient fortement heurter la rive
В края своей ограды стройной,
Sur le bord de la clôture,
Нева металась, как больной
La Neva sortait comme sort un malade
В своей постеле беспокойной.
De son lit agité.
Уж было поздно и темно;
Qu’il était tard et qu’il faisait sombre ;
Сердито бился дождь в окно,
La pluie furieuse frappait contre la fenêtre,
И ветер дул, печально воя.
Et le vent soufflait, hurlant, presque triste.
В то время из гостей домой
A ce moment dans la maison
 Пришёл Евгений молодой…
Est entré le jeune Eugène …
Мы будем нашего героя
Pour connaître notre héros
Звать этим именем. Оно
Nul besoin de connaître son nom de famille. Il
Звучит приятно; с ним давно
Sonne bien ce prénom ;
Моё перо к тому же дружно.
Ma plume s’en accomode.
Прозванья нам его не нужно,
Il n’a pas besoin de sobriquet,
Хотя в минувши времена
Bien que, dans le passé,
  Оно, быть может, и блистало
Il ait rayonné, consigné
И под пером Карамзина
Par le stylo de Karamzine
В родных преданьях прозвучало;
Et porté par la dévotion de sa famille ;
Но ныне светом и молвой
Mais maintenant, la lumière et la rumeur
Оно забыто. Наш герой
L’ont oublié. Notre héros
Живёт в Коломне; где-то служит,
Vit à Kolomna ; Il travaille quelque part,
Дичится знатных и не тужит
Dans un bureau, ne s’inquiètant
Ни о почиющей родне,
Ni de son arbre généalogique,
Ни о забытой старине.
Ni de l’histoire antique oubliée.

*

Claude Monet
L’inondation à Giverny
1894

*

Итак, домой пришед, Евгений
Ainsi, après être rentré dans sa maison, Eugène
Стряхнул шинель, разделся, лёг.
Posa son manteau, se déshabilla, se coucha.
Но долго он заснуть не мог
Mais pendant longtemps, il ne put dormir
В волненье разных размышлений.
Par sa pensée en ébullition.
О чём же думал он? о том,
A quoi pensait-t-il donc à ce moment ?
Что был он беден, что трудом
Que, pauvre, il se doit de travailler
Он должен был себе доставить
Pour pouvoir obtenir
 И независимость и честь;
Son indépendance et son honneur ;
Что мог бы Бог ему прибавить
Dieu seul pourrait lui apporter
Ума и денег. Что ведь есть
De l’esprit et de l’argent. Que
Такие праздные счастливцы,
Des repos chanceux,
Ума недальнего, ленивцы,
S’offrent parfois aux paresseux,
Которым жизнь куда легка!
Qui vivent pourtant si facilement !
Что служит он всего два года;
Lui ne travaillait que depuis deux ans ;
Он также думал, что погода
Il pensait aussi que le temps
Не унималась; что река
L’apaiserait ; la rivière
Всё прибывала; что едва ли
Ne cessait de croître ; bientôt
С Невы мостов уже не сняли
Les ponts sur la Néva seraient coupés
И что с Парашей будет он
Et, pour voir Paracha,
Дни на два, на три разлучён.
Deux ou trois jours seraient nécessaires.
Евгений тут вздохнул сердечно
Eugène soupira profondément
  И размечтался, как поэт:
Et rêva, comme un poète :

*

«Жениться? Мне? зачем же нет?
« Se marier?  Moi? pourquoi pas?
« Оно и тяжело, конечно;
« Et ce serait difficile, bien sûr;
Но что ж, я молод и здоров,
 « Mais, je suis jeune et en bonne santé,
день и ночь готов;
 « Je travaille de jour et de nuit ;
Трудиться Уж кое-как себе устрою
« Déjà nous habiterons ensemble
Приют смиренный и простой
  « Dans un abri humble et simple
 И в нём Парашу успокою.
«  Pour vivre avec Parasha.
Пройдёт, быть может, год-другой —
« Il faudra peut-être un an ou deux –
Местечко получу, Параше
 » Pour changer de poste, Parasha
 Препоручу семейство наше
 S’occupera de la famille
 И воспитание ребят…
  « Et de l’éducation des enfants …
И станем жить, и так до гроба
« Et nous nous laisserons vivre, et ainsi jusqu’à la tombe
Рука с рукой дойдём мы оба,
  « Main dans la main, nous vivrons,
И внуки нас похороня́т…»
Et nos petits-enfants nous enterrerons …

*

Так он мечтал. И грустно было
Il rêvait donc. Et lui, si triste
Ему в ту ночь, и он желал,
Ce soir-là ; il aurait voulu
Чтоб ветер выл не так уныло
Que le vent hurlant se calme
  И чтобы дождь в окно стучал
Et que la pluie qui battait la fenêtre
Не так сердито…
Fasse tomber sa colère …
Cонны очи
Les yeux lourds
Он наконец закрыл. И вот
Finalement se fermèrent. et
Редеет мгла ненастной ночи
A travers la nuit pluvieuse
И бледный день уж настаёт…
Le pâle jour s’entrevoyait aussi …
Ужасный день!
Terrible jour !
Нева всю ночь
La Néva, toute la nuit
Рвалася к морю против бури,
Avait lutté contre la mer, contre la tempête,
Не одолев их буйной дури…
Sans gagner cette sauvage lutte …
И спорить стало ей невмочь…
Et, épuisée, s’abandonnant…
Поутру над её брегами
Le matin sur les quais
Теснился кучами народ,
S’entassaient étroitement les badauds,
Любуясь брызгами, горами
Admirant les écumes, les crêtes des vagues
И пеной разъярённых вод.
Et la mousse des eaux furieuses.
Но силой ветров от залива
Mais la force des vents de la baie
Переграждённая Нева
Dominait la Néva
Обратно шла, гневна, бурлива,
Qui recule, par sa colère, sa turbulence,
И затопляла острова,
Et les eaux inondaient les îles,
Погода пуще свирепела,
Et les vents s’engouffraient dans la forêt,
Нева вздувалась и ревела,
La Neva se gonflait et rugissait,
Котлом клокоча и клубясь,
Devant la lutte plus intense,
И вдруг, как зверь остервенясь,
Et tout à coup, comme une bête en rage,
На город кинулась. Пред нею
Dans la ville se précipita. Devant elle
Всё побежало, всё вокруг
Tous s’enfuyaient, tout autour
Вдруг опустело — во́ды вдруг
Soudain était désert- Soudain l’eau
Втекли в подземные подвалы,
S’infiltra dans des caves souterraines,
К решёткам хлынули каналы,
Pour se déverser dans les canaux
И всплыл Петрополь как тритон,
Et Pétropolis a émergé comme un triton,
По пояс в воду погружён.
Au-dessus des eaux.

*

Осада! приступ! злые волны,
Un siège! une attaque! les vagues en colère
Как воры, лезут в окна. Чёлны
Comme des voleurs grimpaient aux fenêtres.
С разбега стёкла бьют кормой.
La poupe des bateaux s’invitaient.
Лотки под мокрой пеленой,
Des plateaux pour linceul humide,
Обломки хижин, брёвны, кровли,
Les huttes en débris, des toitures,
Товар запасливой торговли,
Les marchandises commerciales,
Пожитки бледной нищеты,
Les pauvres possessions des miséreux,
Грозой снесённые мосты,
Des ponts démolis par la tempête,
Гроба́ с размытого кладби́ща
Des cercueils sortis de leur cimetière
  Плывут по улицам!
Nageaient dans les rues !
Народ
Peuple,
Зрит Божий гнев и казни ждёт.
Voit la colère de Dieu et la punition qui t’attend.
всё гибнет: кров и пища!
Tout meurt : le logement et la nourriture !
 Увы! Где будет взять?
Hélas ! Où allez ?
В тот грозный год
Dans cette année terrible
Покойный царь ещё Россией
Le dernier tsar de la Russie régnait
Со славой правил. На балкон,
Avec des règles de gloire. Sur le balcon,
Печален, смутен, вышел он
Triste, gêné, il est sorti
И молвил: «С Божией стихией
Et il a dit : « Contre la volonté de Dieu
Царям не совладеть». Он сел
 Pas un roi ne gouverne.  » Il était assis
  И в думе скорбными очами
Avec, dans les yeux, une pensée douloureuse
На злое бедствие глядел.
Sur le spectacle de ce fléau.
Стояли стогны озера́ми,
Les lacs s’enfonçaient
И в них широкими река́ми
De larges fleuves
Вливались улицы. Дворец
Partaient des rues. Le palais
Казался островом печальным.
Ressemblait à une triste île.
Царь молвил — из конца в конец,
Un mot du tsar- d’un bout à l’autre de la ville,
По ближним улицам и дальным
Dans les hautes et dans les basses rues
  В опасный путь средь бурных вод
Au milieu des eaux tumultueuses
Его пустились генералы
Ses généraux rechercheraient alors
Спасать и страхом обуялый
Et secourraient et sauveraient
И дома тонущий народ.
De la noyades des milliers de personnes.

*

Тогда, на площади Петровой,
Ensuite, sur la place Saint Pierre
Где дом в углу вознёсся новый,
Où se trouvait une maison bourgeoise,
Где над возвышенным крыльцом
Où sur un porche surélevé
С подъятой лапой, как живые,
Dressés sur leurs pattes, si vivants,
Стоят два льва сторожевые,
Deux lions montaient la garde,
На звере мраморном верхом,
De marbre, la crinière frémissante,
Без шляпы, руки сжав крестом,
Sur l’un d’eux, les mains serrés en croix,
Сидел недвижный, страшно бледный
Il y resta immobile, pâle, il avait si peur
Евгений. Он страшился, бедный,
Eugène. Il avait peur, le pauvre,
Не за себя. Он не слыхал,
Non pour lui-même. Il ne voyait pas,
Как подымался жадный вал,
Ces eaux qui montaient
Ему подошвы подмывая,
Lui lavant ses semelles,
Как дождь ему в лицо хлестал,
Et comme la pluie fouettait son visage,
Как ветер, буйно завывая,
Comme le vent hurlait sauvagement,
С него и шляпу вдруг сорвал.
Et son chapeau fut soudainement arraché.
Его отчаянные взоры
Ses yeux désespérés
На край один наведены
Vers le bord au loin,
Недвижно были. Словно горы,
Restaient immobiles. Comme une montagne,
Из возмущённой глубины
L’eau en furie
Вставали волны там и злились,
Dessinaient des vagues colériques,
Там буря выла, там носились
La tempête hurlait, il flottait
Обломки… Боже, Боже! там —
Des fragments de … Oh, mon Dieu! là !
Увы! близёхонько к волнам,
Hélas! Dans les mains des vagues,
Почти у самого залива —
Presque sur la baie-
Забор некрашеный, да ива
Une clôture non peinte, un saule
 И ветхий домик: там оне,
Et la vieille maison : là vit
Вдова и дочь, его Параша,
La veuve et sa fille, sa Paracha,
Его мечта… Или во сне
Est-ce un rêve … ou dans un rêve
Он это видит? иль вся наша
Les voit-il ? toute notre
 И жизнь ничто, как сон пустой,
Vie est comme un rêve vide,
Насмешка неба над землёй?
Le ciel se moque-t-il au-dessus de la terre ?

*

И он, как будто околдован,
Et Eugène est comme ensorcelé,
Как будто к мрамору прикован,
Au marbre enchaîné,
Сойти не может! Вкруг него
Il ne peut plus descendre ! Autour de lui
Вода и больше ничего!
De l’eau et rien d’autre !
И, обращён к нему спиною,
Et, lui tournant le dos
В неколебимой вышине,
Inébranlable devant lui,
Над возмущённою Невою
Devant cette Néva indignée,
 Стоит с простёртою рукою
Impérieuse, une main tendue
Кумир на бронзовом коне.
Celle de l’idole sur son cheval de bronze.

**

 

*****

 Poésie de Pouchkine
LE CAVALIER DE BRONZE
Часть первая
1833
Пушкин
МЕДНЫЙ ВСАДНИК 

LE CAVALIER DE BRONZE POUCHKINE prologue МЕДНЫЙ ВСАДНИК

 

МЕДНЫЙ ВСАДНИК
Poèsie de Pouchkine

Poème de Pouchkine
1833


Alexandre Pouchkine
русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe
ALEXANDRE POUCHKINE
Poésie de Pouchkine

pushkin poems
стихотворение  – Poésie
  Пушкин 

 

 

POUCHKINE – Пу́шкин
Алекса́ндр Серге́евич Пу́шкин
1799-1837

[создатель современного русского литературного языка]

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

 

LA POESIE DE POUCHKINE

СТИХИ АЛЕКСАНДРА СЕРГЕЕВИЧА ПУШКИНА
Пушкин 


МЕДНЫЙ ВСАДНИК
ВСТУПЛЕНИЕ
1833

 LE CAVALIER DE BRONZE
Prologue
1833

 

  1833
Le Cavalier de Bronze
Пушкин 

Vas.Surikov. Bronze Horseman on the Senate Square. Rusian Museum

Le Cavalier de bronze
Vassily Ivanovitch Sourikov
Василий Иванович Суриков

*

ПРЕДИСЛОВИЕ
AVANT-PROPOS

Происшествие, описанное в сей повести, основано на истине.
L’incident décrit dans cette histoire est basé sur des faits réels. Подробности наводнения заимствованы из тогдашних журналов.
Les détails de l’inondation sont empruntés à des magazines contemporains.
Любопытные могут справиться с известием, составленным В. Н. Берхом.
Les curieux peuvent se référés aux nouvelles compilées par  V.N. Berhe.

ВСТУПЛЕНИЕ
PROLOGUE

На берегу пустынных волн
Sur la rive des vagues désolées,
Стоял он, дум великих полн,

Il était là, dans de si grandes pensées,
И вдаль глядел. Пред ним широко

Regardant au loin. Devant lui
Река неслася; бедный чёлн

La rivière coulait ; un pauvre canot
По ней стремился одиноко.

naviguait solitaire.
По мшистым, топким берегам

Sur la mousse des rives marécageuses
Чернели избы здесь и там,

Quelques huttes ici et là,
Приют убогого чухонца;

De misérables finnois ;
И лес, неведомый лучам

Et de la forêt, les rayons inconnus
В тумане спрятанного солнца,

Du soleil se cachaient derrière le brouillard,
Кругом шумел.
Tout frémissait tout autour.

*

И думал он:
Et il pensait :
Отсель грозить мы будем шведу,

De là, nous ferons face à la Suède,
Здесь будет город заложен
Il y aura une ville désormais
На зло надменному соседу.
Qui s’opposera à cet orgueilleux voisin.
Природой здесь нам суждено
Notre destin maintenant
В Европу прорубить окно,
Est d’ouvrir une fenêtre vers l’Europe,
Ногою твердой стать при море.
Un pied ferme face à la mer.
Сюда по новым им волнам
Des routes nouvelles s’ouvriront,
Все флаги в гости будут к нам,
Tous les drapeaux viendront à nous,
И запируем на просторе.
Dans une unité fraternelle.

*

Прошло сто лет, и юный град,
Cent ans plus tard, une ville,
Полнощных стран краса и диво,
Un bel émerveillement, au nord
Из тьмы лесов, из топи блат
Des forêts obscures, des profondeurs des marais
Вознесся пышно, горделиво;
Fièrement s’est érigée ;
Где прежде финский рыболов,

Jadis, un pêcheur finlandais
Печальный пасынок природы,
Triste enfant de la nature,
Один у низких берегов
Sur un rivage instable
Бросал в неведомые воды
Jetait dans des eaux incertaines
Свой ветхой невод, ныне там
Son vieux filet, maintenant
По оживленным берегам
Sur les rives animées
Громады стройные теснятся
Se dressent côte à côte
Дворцов и башен; корабли
Palais et tours ; des navires
Толпой со всех концов земли

Parcourant les extrémités de la terre
К богатым пристаням стремятся;
ici déversent leur cargaison ;
В гранит оделася Нева;
Le granit habille la Néva ;
Мосты повисли над водами;
Les ponts sont suspendus au-dessus des eaux;
Темно-зелеными садами

Des jardins d’un vert foncé
Ее покрылись острова,
Couvrent les îles,
И перед младшею столицей
Et face à cette juvénile capitale
Померкла старая Москва,
Blêmit l’ancienne Moscou,
Как перед новою царицей
Comme devant une nouvelle reine
Порфироносная вдова.
Une veuve régente.

*

Люблю тебя, Петра творенье,
Je t’aime, création de Pierre,
Люблю твой строгий, стройный вид,
J’adore ta sévère et svelte allure,
Невы державное теченье,
Le flux souverain de la Néva,
Береговой ее гранит,
Sa côte de granit,
Твоих оград узор чугунный,
Les amoncellements de clôtures de fer,
Твоих задумчивых ночей
Les nuits de réflexion
Прозрачный сумрак, блеск безлунный,
La transparence des ombres, les paillettes de la lune,
Когда я в комнате моей
Quand je suis dans ma chambre
Пишу, читаю без лампады,
J’écris, je lis sans lampes,
И ясны спящие громады
Et j’efface la grande partie de mon sommeil
Пустынных улиц, и светла
A travers les rues désertiques et les lumières
Адмиралтейская игла,
De l’aiguille de l’amirauté,
И, не пуская тьму ночную
Et, l’obscurité de la nuit ne résiste pas
На золотые небеса,
Sur le ciel doré,
Одна заря сменить другую
Une aube en chasse une autre
Спешит, дав ночи полчаса. 
Qui se dépêche,  donnant à la nuit une si petite heure.
Люблю зимы твоей жестокой
J’adore ton hiver brutal
Недвижный воздух и мороз,
Toujours cet air et ce froid,
Бег санок вдоль Невы широкой,
Voir les traîneaux glisser sur la large Néva,
Девичьи лица ярче роз,
Les visages des filles gais et roses,
И блеск, и шум, и говор балов,
Et l’éclat et le bruit et l’écho des bals,
А в час пирушки холостой
Et à l’heure d’ardentes réjouissances
Шипенье пенистых бокалов
le tintement clair des verres
И пунша пламень голубой.
Et la flamme bleue du punch.
Люблю воинственную живость
J’aime la vivacité des défilés
Потешных Марсовых полей,
Sur l’amusant Champ de Mars,
Пехотных ратей и коней
L’infanterie et les chevaux
Однообразную красивость,
Dans une monotone beauté,
В их стройно зыблемом строю
La gracilité des équipages
Лоскутья сих знамен победных,

Les bannières victorieuses,
Сиянье шапок этих медных,
La beauté du cuivre,
На сквозь простреленных в бою.
Criblé encore par le dernier combat.
Люблю, военная столица,
J’aime la capitale militaire,
Твоей твердыни дым и гром,
Sa forte fumée et le tonnerre,
Когда полнощная царица
Lorsque la souveraine de sa demeure
Дарует сына в царской дом,
Accorde un fils à la maison royale,
Или победу над врагом
Ou pour annoncer la victoire sur l’ennemi
Россия снова торжествует,
Quand la Russie triomphe à nouveau,
Или, взломав свой синий лед,
Ou, le claquement de sa glace bleue,
Нева к морям его несет
Quand la Néva retrouve la mer
И, чуя вешни дни, ликует.
Dans les premiers jours réjouissants du printemps.

*

Красуйся, град Петров, и стой
Sois belle, Ville de Peter, et sois fière
Неколебимо как Россия,
Résolument comme la Russie,
Да умирится же с тобой
Face à l’avenir
И побежденная стихия;
Et aux éléments vaincus ;
Вражду и плен старинный свой
Que les haines puissent disparaître
Пусть волны финские забудут
Dans les vagues finlandaises
И тщетной злобою не будут
Et que la méchanceté vaine
Тревожить вечный сон Петра!
Ne vienne déranger le rêve éternel de Pierre !

*

Была ужасная пора,
Il arriva alors un évènement terrible,
Об ней свежо воспоминанье…
Frais encore dans vos mémoires …
Об ней, друзья мои, для вас
Sur ce, mes amis, pour vous
Начну свое повествованье.
Je vais vous le conter.
Печален будет мой рассказ.
Mais qu’elle est triste mon histoire.

 

*****

 Poésie de Pouchkine
LE CAVALIER DE BRONZE
Prologue
1833
Пушкин 

В альбом Пушкин Poème de Pouchkine L’ALBUM 1817

 В альбом Пушкин – L’ALBUM 1817 
Alexandre Pouchkine
русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe

poemes-de-alexandre-pouchkine-artgitatopushkin-alexander

ALEXANDRE POUCHKINE 1817
pushkin poems
стихотворение  – Poésie
 В альбом Пушкин 

 

 

POUCHKINE – Пу́шкин
Алекса́ндр Серге́евич Пу́шкин
1799-1837

[создатель современного русского литературного языка]

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

 

LA POESIE DE POUCHKINE

СТИХИ АЛЕКСАНДРА СЕРГЕЕВИЧА ПУШКИНА
 

В альбом
L’ALBUM
 1817

 

 РОЗА Пушкин 

**********

В альбом POUCHKINE L’ALBUM

Пройдет любовь, умрут желанья;
Passe l’amour, meurt le désir ;
Разлучит нас холодный свет;
La lumière froide nous sépare ;
Кто вспомнит тайные свиданья,
Qui se souvient d’un rendez-vous secret,
Мечты, восторги прежних лет?..
Des rêves, de la joie des années passées ? …
Позволь в листах воспоминанья
Qu’une seule feuille
Оставить им минутный след.
Conserve un peu de ce souvenir.

********

LES JUGEMENTS DE Tolstoï
SUR LES POEMES DE POUCHKINE

Ayons donc pleine confiance dans le jugement du comte Tolstoï sur les poèmes de Pouchkine, son compatriote ! Croyons-le, encore, quand il nous parle d’écrivains allemands, anglais, et scandinaves : il a les mêmes droits que nous à se tromper sur eux. Mais ne nous trompons pas avec lui sur des œuvres françaises dont le vrai sens, forcément, lui échappe, comme il échappera toujours à quiconque n’a pas, dès l’enfance, l’habitude de penser et de sentir en français ! Je ne connais rien de plus ridicule que l’admiration des jeunes esthètes anglais ou allemands pour tel poète français. Verlaine, par exemple, ou Villiers de l’Isle-Adam. Ces poètes ne peuvent être compris qu’en France, et ceux qui les admirent à l’étranger les admirent sans pouvoir les comprendre. Mais il ne résulte pas de là, comme le croit le comte Tolstoï, qu’ils soient absolument incompréhensibles. Ils ne le sont que pour lui, comme pour nous Lermontof et Pouchkine. Ce sont des artistes : la valeur artistique de leurs œuvres résulte de l’harmonie de la forme et du fond : et si lettré que soit un lecteur russe, si parfaite que soit sa connaissance de la langue française, la forme de cette langue lui échappe toujours.

Léon Tolstoï
Qu’est-ce que l’art ?
Traduction par T. de Wyzewa.
 Perrin, 1918
pp. i-XII

*****

 В альбом Пушкин 

ИСТИННА Пушкин LA VERITE Poème de Pouchkine de 1816

 ИСТИННА Пушкин – LA VERITE 1816 
Alexandre Pouchkine
русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe

poemes-de-alexandre-pouchkine-artgitatopushkin-alexander

ALEXANDRE POUCHKINE 1819
pushkin poems
стихотворение  – Poésie
 ИСТИННА Пушкин 

 

 

POUCHKINE – Пу́шкин
Алекса́ндр Серге́евич Пу́шкин
1799-1837

[создатель современного русского литературного языка]

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

la-verite-pouchkine-artgitato-la-verite-jules-joseph_lefebvreLa Vérité
Jules Joseph Lefebvre
1870
Musée d’Orsay Paris

LA POESIE DE POUCHKINE

СТИХИ АЛЕКСАНДРА СЕРГЕЕВИЧА ПУШКИНА
ИСТИННА Пушкин 


LA VERITE
 1816

 

 РОЗА Пушкин 

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ИСТИННА POUCHKINE LA VERITE

Издавна мудрые искали
Les sages depuis longtemps recherchent
Забытых Истинны следов
Les pistes de la vérité oubliée
И долго, долго толковали
Depuis longtemps, longtemps, ils interprètent
Давнишни толки стариков.
Les rumeurs, depuis les premiers hommes.
Твердили: «Истинна нагая
Ils disaient :  « Vraiment nue
В колодез убралась тайком»,
Elle s’est cachée dans un puits »,
 И, дружно воду выпивая,
Il n’y avait plus qu’à boire cette eau,
Кричали: «Здесь её найдём!»
Ils ont crié: « Ici, nous la trouverons ! »

*

Но кто-то, смертных благодетель
Mais quelqu’un, un bienfaiteur du monde
(И чуть ли не старик Силен),
(Sans doute le vieux Silène)
Их важной глупости свидетель,
Témoin de leur bassesse,
Водой и криком утомлен,
Fatigué de ces eaux et de ces pleurs,
Оставил невидимку нашу,
Quitta la belle invisible,
Подумал первый о вине
Pensa d’abord au vin
И, осушив до капли чашу,
Et, buvant la coupe jusqu’à plus soif,
Увидел Истинну на дне.
Vit au fond la vérité.

 

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LES JUGEMENTS DE Tolstoï
SUR LES POEMES DE POUCHKINE

Ayons donc pleine confiance dans le jugement du comte Tolstoï sur les poèmes de Pouchkine, son compatriote ! Croyons-le, encore, quand il nous parle d’écrivains allemands, anglais, et scandinaves : il a les mêmes droits que nous à se tromper sur eux. Mais ne nous trompons pas avec lui sur des œuvres françaises dont le vrai sens, forcément, lui échappe, comme il échappera toujours à quiconque n’a pas, dès l’enfance, l’habitude de penser et de sentir en français ! Je ne connais rien de plus ridicule que l’admiration des jeunes esthètes anglais ou allemands pour tel poète français. Verlaine, par exemple, ou Villiers de l’Isle-Adam. Ces poètes ne peuvent être compris qu’en France, et ceux qui les admirent à l’étranger les admirent sans pouvoir les comprendre. Mais il ne résulte pas de là, comme le croit le comte Tolstoï, qu’ils soient absolument incompréhensibles. Ils ne le sont que pour lui, comme pour nous Lermontof et Pouchkine. Ce sont des artistes : la valeur artistique de leurs œuvres résulte de l’harmonie de la forme et du fond : et si lettré que soit un lecteur russe, si parfaite que soit sa connaissance de la langue française, la forme de cette langue lui échappe toujours.

Léon Tolstoï
Qu’est-ce que l’art ?
Traduction par T. de Wyzewa.
 Perrin, 1918
pp. i-XII

*****

 ИСТИННА Пушкин 

SOIREES FESTIVES POUCHKINE 1919 Веселый пир

 Веселый пир Пушкин – SOIREES FESTIVES 1819 
Alexandre Pouchkine
русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe

poemes-de-alexandre-pouchkine-artgitatopushkin-alexander

ALEXANDRE POUCHKINE 1819
pushkin poems
стихотворение  – Poésie
 Веселый пир SOIREES FESTIVES

 

 

POUCHKINE – Пу́шкин
Алекса́ндр Серге́евич Пу́шкин
1799-1837

[создатель современного русского литературного языка]

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

LA POESIE DE POUCHKINE

СТИХИ АЛЕКСАНДРА СЕРГЕЕВИЧА ПУШКИНА
Эхо

SOIREES FESTIVES
1819

soirees-festives-pouchkine-artgitato-jacob-jordaens-le-roi-boit-vers-1640-bruxelles-musees-royaux-des-beaux-arts-de-belgique

Jacob Jordaens
Яков Йорданс
Le Roi boit
vers 1640
КОРОЛЬ НАПИТКОВ
musées royaux des beaux-arts de Belgique  Bruxelles

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Веселый пир

Я люблю вечерний пир,
J’adore la fête le soir,
 Где веселье председатель,
Lorsque préside les lieux
А свобода, мой кумир,
La liberté, mon idole,
За столом законодатель,
À la table, le législateur,
Где до утра слово пей!
Où boire est le seul mot prescrit !
Заглушает крики песен,
Dans l’étouffement les chansons,
Где просторен круг гостей,
Immense devient le cercle d’amis,
А кружок бутылок тесен.
Quand se réduit le cercle des verres.

 

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LES JUGEMENTS DE Tolstoï
SUR LES POEMES DE POUCHKINE

Ayons donc pleine confiance dans le jugement du comte Tolstoï sur les poèmes de Pouchkine, son compatriote ! Croyons-le, encore, quand il nous parle d’écrivains allemands, anglais, et scandinaves : il a les mêmes droits que nous à se tromper sur eux. Mais ne nous trompons pas avec lui sur des œuvres françaises dont le vrai sens, forcément, lui échappe, comme il échappera toujours à quiconque n’a pas, dès l’enfance, l’habitude de penser et de sentir en français ! Je ne connais rien de plus ridicule que l’admiration des jeunes esthètes anglais ou allemands pour tel poète français. Verlaine, par exemple, ou Villiers de l’Isle-Adam. Ces poètes ne peuvent être compris qu’en France, et ceux qui les admirent à l’étranger les admirent sans pouvoir les comprendre. Mais il ne résulte pas de là, comme le croit le comte Tolstoï, qu’ils soient absolument incompréhensibles. Ils ne le sont que pour lui, comme pour nous Lermontof et Pouchkine. Ce sont des artistes : la valeur artistique de leurs œuvres résulte de l’harmonie de la forme et du fond : et si lettré que soit un lecteur russe, si parfaite que soit sa connaissance de la langue française, la forme de cette langue lui échappe toujours.

Léon Tolstoï
Qu’est-ce que l’art ?
Traduction par T. de Wyzewa.
 Perrin, 1918
pp. i-XII

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Веселый пир Пушкин