Archives par mot-clé : homère

NI VIRGILE NI HOMÈRE – OS LUSIADAS V-98 – LES LUSIADES – Luís de Camões – Por isso, e não por falta de natura

*

Ferdinand de Portugal traduction Jacky Lavauzelle

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OS LUSIADAS CAMOES CANTO V
Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS V-98 LES LUSIADES V-98
*

LITTERATURE PORTUGAISE

Ferdinand de Portugal Os Lusiadas Traduction Jacky Lavauzelle Les Lusiades de Luis de Camoes

literatura português
Luis de Camões
[1525-1580]
Tradução – Traduction
Jacky Lavauzelle
texto bilingue

Traduction Jacky Lavauzelle

*

********


Por isso, e não por falta de natura,
Pour cela, et non par manque de la nature,
Não há também Virgílios nem Homeros;
Il n’y a pas donc ni Virgile ni Homère ;
Nem haverá, se este costume dura,
Il n’y aura pas non plus, si cela perdure,
Pios Eneias, nem Aquiles feros.
De pieux Énée, ni même d’Achille.
Mas o pior de tudo é que a ventura
Mais le pire c’est que le destin qui nous a faits
Tão ásperos os fez, e tão austeros,
Si âpre et si austère,
Tão rudos, e de engenho tão remisso,
Si fort et si ingénieusement négligent,
Que a muitos lhe dá pouco, ou nada disso.
Beaucoup ne s’en préoccupe pas plus que ça.


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UNE VÉRITÉ SUPÉRIEURE A L’ÉNÉIDE ET A L’ODYSSÉE – OS LUSIADAS V-89 – LES LUSIADES – Luís de Camões – Ventos soltos lhe finjam

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Ferdinand de Portugal traduction Jacky Lavauzelle

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OS LUSIADAS CAMOES CANTO V
Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS V-89 LES LUSIADES V-89
*

LITTERATURE PORTUGAISE

Ferdinand de Portugal Os Lusiadas Traduction Jacky Lavauzelle Les Lusiades de Luis de Camoes

literatura português
Luis de Camões
[1525-1580]
Tradução – Traduction
Jacky Lavauzelle
texto bilingue

Traduction Jacky Lavauzelle

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« Ventos soltos lhe finjam, e imaginem
« Imaginant des vents libérés d’une outre d’Éole, ou
Dos odres e Calipsos namoradas;
Des Caplypsos amoureuses ;
Harpias que o manjar lhe contaminem;
Des Harpies qui gâtent la nourriture des marins ;
Descer às sombras nuas já passadas:
Descendant dans les domaines des ombres :
Que por muito e por muito que se afinem
Peu importe la quantité extraordinaire
Nestas fábulas vãs, tão bem sonhadas,

De ces vaines fables, pourtant si bien rêvées,
A verdade que eu conto nua e pura
La vérité que je conte, nue et pure,
Vence toda grandíloqua escritura. »
Dépasse toute cette écriture grandiloquente. « 


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HOMÈRE & VIRGILE : CES DEUX DEMI-DIEUX – OS LUSIADAS V-88 – LES LUSIADES – Luís de Camões – Cantem , louvem e escrevam sempre extremos

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Ferdinand de Portugal traduction Jacky Lavauzelle

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OS LUSIADAS CAMOES CANTO V
Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS V-88 LES LUSIADES V-88
*

LITTERATURE PORTUGAISE

Ferdinand de Portugal Os Lusiadas Traduction Jacky Lavauzelle Les Lusiades de Luis de Camoes

literatura português
Luis de Camões
[1525-1580]
Tradução – Traduction
Jacky Lavauzelle
texto bilingue

Traduction Jacky Lavauzelle

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« Cantem , louvem e escrevam sempre extremos
« Ils chantent, louent et évoquent toujours des exploits,
Desses seus Semideuses, e encareçam,
Virgile et Homère, ces deux demi-dieux,
Fingindo Magis Circes, Polifemos,
Créant des Magiciennes telle Circé, des Cyclopes tel Polyphème,
Sirenas que com o canto os adormeçam;
Des Sirènes qui endorment de leur chant ;
Dêem-lhe mais navegar à vela e remos
Qu’ils les dirigent à la force des voiles et des pagaies
Os Cicones, e a torra onde se esqueçam
Chez les Cicones et sur la terre où ils oublient,
Os companheiros, em gostando o Loto;
Les compagnons, en goûtant au Lotus ;
Dêem-lhe perder nas águas o piloto;
Ou qu’ils perdent le pilote Palinure dans les eaux *;

******

NOTE

*Palinure
Barreur de la flotte d’Énée
dans l’ Énéide
Virgile, Énéide, Livre V

cum pater amisso fluitantem errare magistro
sensit, et ipse ratem nocturnis rexit in undis
multa gemens casuque animum concussus amici :
« o nimium caelo et pelago confise sereno,
nudus in ignota, Palinure, iacebis harena. »



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HOMÈRE & VIRGILE – OS LUSIADAS V-87 – LES LUSIADES – Luís de Camões – Esse que bebeu tanto da água Aónia

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Ferdinand de Portugal traduction Jacky Lavauzelle

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OS LUSIADAS CAMOES CANTO V
Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS V-87 LES LUSIADES V-87
*

LITTERATURE PORTUGAISE

Ferdinand de Portugal Os Lusiadas Traduction Jacky Lavauzelle Les Lusiades de Luis de Camoes

literatura português
Luis de Camões
[1525-1580]
Tradução – Traduction
Jacky Lavauzelle
texto bilingue

Traduction Jacky Lavauzelle

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« Esse que bebeu tanto da água Aónia,
« Qu’Homère qui a tant bu des eaux d’Aonie,
Sobre quem tem contenda peregrina,
Sur qui ce sont affrontées pour le reconnaître tant de cités,
Entre si, Rodes, Smirna e Colofónia,
Parmi elles, Rhodes, Smyrne et Calophon,
Atenas, Ios, Argo e Salamina:
Athènes, Ios, Argos et Salamine :
Essoutro que esclarece toda Ausónia,
Que Virgile, qui illumine toute l’Ausonie,
A cuja voz altíssona e divina
Dont la voix haute et divine
Ouvindo, o pátrio Míncio se adormece,
Berce la patrie de Mincio,
Mas o Tibre, com o som se ensoberbece;
Mais fait gonfler le Tibre d’orgueil ;


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HOMÈRE, HÉLÈNE ET LA MER – Poésie d’Ossip MANDELSTAM – 1915- Поэзия Осипа Мандельштама – Гомер

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LITTÉRATURE RUSSE
POÉSIE RUSSE
Русская литература
Русская поэзия
___________________________________
___________________________________

Poésie de Ossip Mandelstam
Поэзии Осип Мандельштам
___________________________________

Ossip Emilievitch Mandelstam
О́сип Эми́льевич Мандельшта́м
2/3 janvier 1891 Varsovie – 27 décembre 1938 Vladivostok
2/3 января 1891 Варшава — 27 декабря 1938

__________________________________
TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
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HOMÈRE, HÉLÈNE ET LA MER
1915
Гомер
_________________________________________________

*

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Бессонница. Гомер. Тугие паруса.
Insomnie. Homère. Se tendent les voiles.
Я список кораблей прочел до середины:
J’ai lu la liste des navires et au milieu me suis arrêté :
Сей длинный выводок, сей поезд журавлиный,
Passe une longue file, des oiseaux par milliers,
Что над Элладою когда-то поднялся.
Qui, un jour, passèrent au-dessus de la Grèce.

*

Как журавлиный клин в чужие рубежи,-
Les grues, en pointe, partent vers des frontières lointaines, –
На головах царей божественная пена,-
Sur les têtes des rois quelle écume divine !
Куда плывете вы? Когда бы не Елена,
Où vas-tu ? Sans Hélène,
Что Троя вам одна, ахейские мужи?
Que serait Troie pour vous, hommes achéens ?

*

И море, и Гомер – всё движется любовью.
La mer, et Homère – tout bouge par amour.
Кого же слушать мне? И вот Гомер молчит,
Qui devrais-je écouter ? Et Homère se tait,
И море черное, витийствуя, шумит
Et la mer noire, tourbillonnante, vocifère
И с тяжким грохотом подходит к изголовью.
Et son rugissement lourd arrive jusqu’à moi.

***************

1915

LE TRAVAIL DE PHIDIAS – Poème de Fernando de Herrera – A un capitán valeroso

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Littérature espagnole
Literatura española
Poésie espagnole
Poesía española
Soneto
Sonnet

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FERNANDO DE HERRERA
Séville 1534 – Séville 1597

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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
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Statue chryséléphantine de Zeus à Olympie
Le Jupiter olympien ou l’art de la sculpture antique, Gravure, Quatremère de Quincy,1815

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(El trabajo de Fidia ingenioso)
(Le travail de l’ingénieux Phidias)

******

El trabajo de Fidia ingenioso,
Le travail de l’ingénieux Phidias,
que a Júpiter Olimpio dio la gloria,
que le Jupiter Olympien a rendu célèbre,
fue soberbio despojo de victoria
fut un superbe butin de victoire
al tiempo, en nuestra injuria presuroso;
jadis, pour disparaître précipitamment ;

pero al valor de Aquiles animoso
mais la valeur courageuse d’Achille
el siempre insigne Homero alzó la historia,
dont le toujours distingué Homère a raconté l’histoire,
y dio a la fama eterna su memoria
a donné à sa mémoire une renommée éternelle
con alta voz del canto generoso.
par la voix haute de son chant généreux.

Yo, que mal puedo ser en honra vuestra
Moi, qui ne peux être en ton honneur
nuevo Homero, consagro, luz de España,
un nouvel Homère, j’offrirai, lumière de l’Espagne,
de mis incultos versos la armonía;
l’harmonie de mes vers incultes ;

Mas si me mira Caliope diestra,
Mais si la muse Calliope me regarde dans sa main droite,
valdrá, si mi deseo no me engaña,
elle deviendra, si mon désir ne me trompe,
mas que Fidia mortal la musa mía.
plus que Phidias mortel ma propre muse.

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LA POÉSIE DE FERNANDO DE HERRERA – LA POESIA DE FERNANDO DE HERRERA

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SUR ACHILLE (2) Friedrich Hölderlin – ÜBER ACHILL (1799)

ESSAIS D’HÖLDERLIN

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LITTERATURE ALLEMANDE
Deutsch Literatur

Poème de Hölderlin

Friedrich Hölderlin
1770-1843

 

Traduction Jacky Lavauzelle

——–

 
Friedrich_hoelderlin


Friedrich Hölderlin

ÜBER ACHILL
SUR ACHILLE
(II)
1799

**

 

Am meisten aber lieb’ ich und bewundere den Dichter aller Dichter um des Achilles willen.
Mais l’admiration que je voue au poète des poètes me vient de l’admiration et de l’amour que je porte à Achille.
Es ist einzig, mit welcher Liebe und welchem Geiste er diesen Karakter urchschaut und gehalten und gehoben hat.
En effet, que d’amour et que d’esprit il a fallu pour élever ce personnage.
Nimm die alten Herrn Agamemnon und Ulysses und Nestor mit ihrer Weisheit und Thorheit, nimm den Lärmer Diomed, den blindtobenden Ajax, und halte sie gegen den genialischen, allgewaltigen, melancholischzärtlichen Göttersohn, den Achill, gegen dieses enfant gaté der Natur, und wie der Dichter ihn, den Jüngling voll Löwenkraft und Geist und Anmuth, in die Mitte gestellt hat zwischen Altklugheit und Rohheit und du wirst ein Wunder der Kunst in Achilles Karakter finden.
Prends ces vieux héros, Agamemnon, Ulysse et Nestor avec leur sagesse et leur folie, prends le larmoyant Diomède, la rage aveugle d’Ajax et compare-les au génie, à la toute puissance, à la douce mélancolie du fils des dieux, Achille, cet enfant gâté par la nature, et comme le poète dépeint pleinement sa force de lion, avec de l’esprit et de la grâce, entre précocité et expérience et tu auras un des miracles de l’art qui dessine le caractère d’Achille.
Im schönsten Kontraste stehet der Jüngling mit Hector, dem edeln treuen frommen Manne, der so ganz aus Pflicht und feinem Gewissen Held ist, da der andre alles aus reicher schöner Natur ist.
Dans les plus forts et beaux contrastes, tu trouveras l’opposition avec Hector, noble, fidèle et pieux, toujours se tenant dans la route du devoir et la conscience, alors que l’autre est héros par sa riche beauté naturelle.
Sie sind sich eben so entgegengesetzt, als sie verwandt sind, und eben dadurch wird es um so tragischer, wenn Achill am Ende als Todtfeind des Hector auftritt.
Ils sont si opposés que semblables, et cela apportera au dénouement un tragique encore plus poignant quand Achille apparaîtra comme l’ennemi mortel d’Hector.
Der freundliche Patroklus gesellt sich lieblich zu Achill und schikt sich so recht zu dem Trozigen.
Le sympathique Patrocle avec son amitié pour Achille, donne aussi un contrepoint parfait à son insolence redoutable.
Man siehet auch wohl, wie hoch Homer den Helden seines Herzens achtete.
On voit ainsi aussi combien Homère respectait le héros de son cœur.
Man hat sich oft gewundert, warum Homer, der doch den Zorn des Achill besingen wolle, ihn fast gar nicht erscheinen lasse.
On s’est souvent demandé pourquoi Homère, qui voulait chanter la colère d’Achille, n’a presque rien fait paraître.
Er wollte den Götterjüngling nicht profaniren in dem Getümmel vor Troja.
C’est qu’il ne souhaitait pas profaner le jeune dieu dans la tourmente qui agitait la cité troyenne.
Der Idealische durfte nicht alltäglich erscheinen.
Le personnage idéal ne pouvait pas se mélanger au commun et paraître ordinaire.
Und er kont’ ihn wirklich nicht herrlicher und zärtlicher besingen, als dadurch, daß er ihn zurüktreten läßt (weil sich der Jüngling in seiner genialischen Natur vom rangstolzen Agamemnon, als ein Unendlicher unendlich belaidiget fühlt) so daß jeder Verlust der Griechen, von dem Tag an wo man den Einzigen im Heere vermißt, an seine Überlegenheit über die ganze prächtige Menge der Herren und Diener mahnt, und die seltenen Momente, wo der Dichter ihn vor uns erscheinen läßt, durch seine Abwesenheit nur desto mehr ins Licht gesezt werden.
Et pour que celui paraisse encore plus beau et encore avec plus de tendresse, il se devait de le dessiner à la marge des autres (car la jeunesse dans sa géniale nature rejette l’affable et arrogant Agamemnon, qu’il ressent infiniment de par sa nature-même) et il renforce par son absence les pertes massives des Grecs, en rappelant sa supériorité sur cet ensemble de maîtres et de serviteurs et, dans les rares moments où le poète le fait paraître, sa lumineuse présence en devient d’autant plus remarquable.
Diese sind dann auch mit wunderbarer Kraft gezeichnet und der Jüngling tritt wechselweise, klagend und rächend, unaussprechlich rührend, und dann wieder furchtbar so lange nacheinander auf, bis am Ende, nachdem sein Leiden und sein Grimm aufs höchste gestiegen sind, nach fürchterlichem Ausbruch das Gewitter austobt, und der Göttersohn, kurz vor seinem Tode, den er vorausweiß, sichmit allem, so gar mit dem alten Vater Priamus aussöhnt.
Ces descriptions sont alors réalisées avec une force merveilleuse et admirable et le jeune homme se montre tour à tour plaintif et vengeur, touchant indiciblement, et puis ainsi jusqu’à la fin, et, quand sa souffrance et sa colère sont arrivées au stade ultime, une terrible tempête fait rage et ainsi le fils des dieux finit par s’apaiser et va même jusqu’à se réconcilier avec le vieux père Priam juste avant sa mort, qu’il attend.
Diese lezte Scene ist himmlisch nach allem, was vorhergegangen war.
Cette scène touche alors au sublime, après tout ce qui a précédé.


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HÖLDERLIN
SUR ACHILLE

SUR ACHILLE (1) Friedrich Hölderlin – ÜBER ACHILL (1799)

ESSAIS D’HÖLDERLIN

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LITTERATURE ALLEMANDE
Deutsch Literatur

Poème de Hölderlin

Friedrich Hölderlin
1770-1843

 

Traduction Jacky Lavauzelle

——–

 
Friedrich_hoelderlin


Friedrich Hölderlin

ÜBER ACHILL
SUR ACHILLE
(I)
1799

**

Mich freut es, daß du von Achill sprichst.
Je suis heureux que tu aies parlé d’Achille.
Er ist mein Liebling unter den Helden, so stark und zart, die gelungenste, und vergänglichste Blüthe der Heroenwelt, “so für kurze Zeit geboren” nach Homer, eben weil er so schön ist.
C’est mon préféré parmi les héros, si fort et si tendre, la floraison parfaite, la floraison la plus éphémère du monde des héros « né ainsi pour si peu temps » d’après Homère, précisément parce qu’il est beau.
Ich möchte auch fast denken, der alte Poët lass’ ihn nur darum so wenig in Handlung erscheinen, und lasse die andern lärmen, indeß sein Held im Zelte sitzt, um ihn so wenig, wie möglich unter dem Getümmel vor Troja zu profaniren.
Je pense que si le poète antique ne le laisse apparaître que fort peu dans les périodes d’action, pendant que les autres eux font du bruit, c’est pour ne pas qu’il se trouve ainsi profané dans la mêlée de Troie.
Von Ulyß konnte er Sachen genug beschreiben.
D’Ulysse, il pouvait suffisamment écrire de choses.
Dieser ist ein Sak voll Scheidemünze, wo man lange zu zählen hat, mit dem Gold ist man viel bälder fertig.
C’est comme une poche qui serait pleine de menues monnaies si longues à compter, alors qu’avec de l’or, c’est tellement plus rapide.


**

HÖLDERLIN
SUR ACHILLE

LE NUAGE EN PANTALON (MAÏAKOVSKI – 1915) DEUXIEME PARTIE

****

Владимир Маяковский

русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe
 

 





 

Владимир Владимирович Маяковский
Vladimir Maïakovski

1893-1930

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
стихотворение Лермонтова

 




 Théâtre de Vladimir Maïakovski

VLADIMIR MAÏAKOVSKI
1915
Облако в штанах
LE NUAGE EN PANTALON

Тетраптих – Tétraptyque

II


DEUXIEME PARTIE



**

Славьте меня!
Grâce !
Я великим не чета.
Je ne fais pas le poids.
Я над всем, что сделано,
Moi, sur tout ce qui est fait,
ставлю «nihil».
Je mets un «nihil».

Никогда
Jamais !
ничего не хочу читать.
Je ne veux pas lire.
Книги?
Des livres ?
Что книги!
Quoi, les livres !

Я раньше думал —
Je pensais –
книги делаются так:
que livres étaient faits comme ça :
 пришел поэт,
le poète arrive,
легко разжал уста,
il desserre sa bouche,
и сразу запел вдохновенный простак —
et immédiatement il entame, le simplet, un couplet à chanter-
пожалуйста!
C’est fait !
А оказывается —
Et il se trouve qu’en réalité –
прежде чем начнет петься,
avant qu’il ne commence à chanter,
долго ходят, размозолев от брожения,
il lui faille une longue marche, une longue fermentation,
и тихо барахтается в тине сердца
et qu’il laisse son cœur patauger tranquillement dans sa boue
глупая вобла воображения.
la stupide imagination du gardon.
Пока выкипячивают, рифмами пиликая,
Alors que l’on cuisine, en grattant des rimes,
из любвей и соловьев какое-то варево,
Une fricassée d’amour au rossignol
улица корчится безъязыкая —
la rue  se tortille sans langue-
ей нечем кричать и разговаривать.
Elle n’a rien à crier et elle n’a rien à dire.

Городов вавилонские башни,
Des tours de Babel se dressent dans nos villes
возгордясь, возносим снова,
Elles grimpent  à nouveau,
а бог
et dieu
 города на пашни
plante des villes sur les terres arables
 рушит,
qu’elles détruisent,
мешая слово.
confusion des mots.

Улица муку молча пёрла.
En silence, la rue avale sa peine.
Крик торчком стоял из глотки.
Un cri se glace dans sa gorge.
Топорщились, застрявшие поперек горла,
Coincés dans la gorge irritée,
пухлые taxi и костлявые пролетки
De gras taxis et d’osseux fiacres
грудь испешеходили.
Et une poitrine piétinée.
Чахотки площе.
Infectée.
Город дорогу мраком запер.
La route de la ville est verrouillée par l’obscurité.

И когда —
Et quand –
все-таки!—
après tout ! –
выхаркнула давку на площадь,
Elle a écrasé les badauds sur la zone,
спихнув наступившую на горло паперть,
Ecartant le porche  qui encombrait sa gorge,
думалось:
faisant penser à
 в хорах архангелова хорала
un chant par des chorales d’archanges,
бог, ограбленный, идет карать!
Dieu, dépouillé, venait pour punir !

А улица присела и заорала:
La rue s’est accroupie et a crié :
 
«Идемте жрать!»
« Allons manger! »

Гримируют городу Круппы и Круппики
Les gros Krupps et les maigres Krupps maquillent sur la ville
грозящих бровей морщь,
de menaçant sourcils froncés
а во рту
et dans la bouche
умерших слов разлагаются трупики,
des mots morts décomposés cadavériques,
 только два живут, жирея —
Seulement deux mots survivent, et profitent –
«сволочь»
« bâtard »
и еще какое-то,
et un autre,
кажется, «борщ».
Il me semble : «borchtch».

Поэты,
Poètes,
 размокшие в плаче и всхлипе,
Affadis par les pleurs et encore les pleurs,
бросились от улицы, ероша космы:
se sont précipités dans la rue, ébouriffantes crinières :
«Как двумя такими выпеть
« Comment avec ces deux uniques mots
и барышню,
pouvoir évoquer la jeune femme,
и любовь,
et l’amour
и цветочек под росами?»
et la floraison sous la rosée? « 
 А за поэтами —
Et après le poète –
уличные тыщи:
des milliers se sont retrouvés dans la rue :
студенты,
les étudiants
проститутки,
les prostituées,
подрядчики.
les entrepreneurs.

Господа!
Seigneur!
Остановитесь!
Stop!
Вы не нищие,
Vous n’êtes pas des gueux,
вы не смеете просить подачки!
ne demandez pas l’aumône !

Нам, здоровенным,
Pour nous, les costauds,
с шаго саженьим,
avec nos grandes enjambées,
надо не слушать, а рвать их —
il n’est nullement nécessaire de les écouter, il faut les réduire en miettes-
их,
oui, eux
присосавшихся бесплатным приложением
qui bénéficient de gratuité
  к каждой двуспальной кровати!
pour chaque lit double!

 





Их ли смиренно просить:
Est-ce que humblement nous allons nous abaisser à dire :
«Помоги мне!»
« Aidez-nous ! »
Молить о гимне,
Demandez-leur un hymne,
 об оратории!
un oratorio !
Мы сами творцы в горящем гимне —
Nous sommes les créateurs de l’hymne ardent –
шуме фабрики и лаборатории.
le bruit des usines et des laboratoires.

Что мне до Фауста,
Que m’importe Faust,
феерией ракет
d’extravagants missiles
скользящего с Мефистофелем в небесном паркете!
se déplaçant avec Méphistophélès sur la piste de danse céleste !
Я знаю —
Je sais –
гвоздь у меня в сапоге
qu’un seul clou dans ma botte
кошмарней, чем фантазия у Гете!
est plus cauchemardesque encore que toute la fantaisie réunie de Goethe !

Я,
Moi
златоустейший,
Bouche dorée,
 чье каждое слово
dont chaque mot
 душу новородит,
renforce mon âme,
 именинит тело,
nettoie le corps,
говорю вам:
je vous le dis :
мельчайшая пылинка живого
le plus petit grain de poussière vivant
 ценнее всего, что я сделаю и сделал!
est chose plus précieuse que ce que je fais, et ce que j’ai fait !

Слушайте!
Ecoutez !
Проповедует,
Le prêche,
мечась и стеня,
nerveux, murmurant,
  сегодняшнего дня крикогубый Заратустра!
aujourd’hui de Zarathoustra !
Мы
Nous
с лицом, как заспанная простыня,
avec un visage comme une couette somnolente,
с губами, обвисшими, как люстра,
avec des lèvres tombantes comme un lustre,
 мы,
nous,
каторжане города-лепрозория,
les déclarés coupable, les condamnés de la ville léproserie,
 где золото и грязь изъязвили  проказу,—
où l’or et la saleté se posent sur la lèpre –
мы чище венецианского лазорья,
Nous sommes plus propres que la Venise bleue,
морями и солнцами омытого сразу!
par la mer et le soleil à la fois baignée !

Плевать, что нет
Je ne me soucie pas de trouver chez
  
у Гомеров и Овидиев
Homère et Ovide
людей, как мы,
des gens comme nous,
от копоти в оспе.
variolés de suie.
Я знаю —
Je sais –
солнце померкло б, увидев
que le soleil s’assombrirait, voyant
наших душ золотые россыпи!
dans nos âmes cette mine d’or !

Жилы и мускулы — молитв верней.
Veines et muscles – valent mieux que les prières des fidèles.
Нам ли вымаливать милостей времени!
Nous ne demandons pas les faveurs de temps !
 Мы —
Nous –
 каждый —
Chacun d’entre nous –
держим в своей пятерне
nous gardons dans nos cinq doigts
миров приводные ремни!
les rênes du mondes !

 





Это взвело на Голгофы аудиторий
J’ai gravi le Golgotha des auditoires
Петрограда, Москвы, Одессы, Киева,
de Petrograd, Moscou, Odessa, Kiev,
 и не было ни одного,
et il n’y avait rien, personne
  который
qui
не кричал бы:
a crié :
 «Распни,
« Crucifiez,
 распни его!»
Crucifiez-le! « 
Но мне —
A moi-
люди,
les gens
 и те, что обидели —
et ceux qui m’ont offensé, aussi –
вы мне всего дороже и ближе.
vous êtes ce qu’il y a de plus précieux pour moi et de plus intime.

Видели,
Avez-vous vu
 как собака бьющую руку лижет?!
un chien battu lécher la main qui le bat !

Я,
Moi,
обсмеянный у сегодняшнего племени,
vilipendé par la tribu d’aujourd’hui,
как длинный
comme une interminable
скабрезный анекдот,
anecdote indécente,
вижу идущего через горы времени,
Je vois venir à travers les montagnes du temps
которого не видит никто.
celui que personne ne voit.

Где глаз людей обрывается куцый,
Où les yeux des gens s’arrêtent,
главой голодных орд,
à la tête des hordes affamées,
в терновом венце революций
munie d’une couronne d’épines de révolutions,
 грядет шестнадцатый год.
la seizième année de notre siècle arrive.

А я у вас — его предтеча;
Et moi- son prédécesseur ;
 я — где боль, везде;
moi- partout où la douleur se trouve ;
на каждой капле слёзовой течи
sur chacun des pleurs
  распял себя на кресте.
je me suis crucifié.
   Уже ничего простить нельзя.
Rien ne peut plus être pardonné .
Я выжег души, где нежность растили.
J’ai brûlé les âmes où la tendresse existait.
 Это труднее, чем взять
Ceci est plus difficile que de prendre
тысячу тысяч Бастилий!
mille milliers de Bastille !

И когда,
Et quand,
приход его
lors de sa venue
мятежом оглашая,
dans le vacarme des rébellions,
выйдете к спасителю —
viendra le sauveur –
вам я
Pour vous, moi,
душу вытащу,
je m’arracherai la langue,
растопчу,
je la foulerai aux pieds,
чтоб большая!—
afin qu’elle grandisse ! –
и окровавленную дам, как знамя.
Et, sanglante, elle deviendra votre bannière.

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VLADIMIR MAÏAKOVSKI
1915




DANTE LA VITA NUOVA II- LA VIE NOUVELLE (1292)

DANTE LA VITA NUOVA LA VIE NOUVELLE
Traduction – Texte Bilingue
LITTERATURE ITALIENNE
Letteratura Italiana

DANTE ALIGHIERI
Firenze 1265 Florence – Ravenna 1321 Ravenne

chapelle du Palais de Bargello Florence
Cappella del Podestà Firenze
attribué à Giotto di Bondone
Il ritratto di Dante in un’elaborazione grafica
Détail

Traduction  Traduzione Jacky Lavauzelle

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DANTE ALIGHIERI

LA VITA NUOVA
1292
II

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II

 

Nove fiate già appresso lo mio nascimento era tornato lo cielo de la luce quasi a uno medesimo punto, quanto a la sua propria girazione, quando a li miei occhi apparve prima la gloriosa donna de la mia mente, la quale fu chiamata da molti Beatrice, li quali non sapeano che si chiamare.
Depuis ma naissance, neuf fois le ciel de la lumière s’était retrouvé sur un seul et même point, dans sa propre évolution, quand mes yeux aperçurent la dame glorieuse de mon esprit, qui était appelée par beaucoup Beatrice, ne sachant pas comment l’appeler.
Ella era in questa vita già stata tanto, che ne lo suo tempo lo cielo stellato era mosso verso la parte d’oriente de le dodici parti l’una d’un grado, sì che quasi dal principio del suo anno nono apparve a me, ed io la vidi quasi da la fine del mio nono.
Elle était à ce moment de sa vie où le ciel étoilé s’est déplacé vers le côté oriental d’une douzaine de degrés, de sorte que presque dès le début de sa neuvième année elle m’apparut, et moi j’étais presqu’à la fin de ma neuvième année.
Apparve vestita di nobilissimo colore, umile ed onesto, sanguigno, cinta e ornata a la guisa che a la sua giovanissima etade si convenia.
Elle m’est apparue vêtue d’une noble couleur, humble et honnête, rouge sang, qui seyait bien à son jeune âge.
In quello punto dico veracemente che lo spirito de la vita, lo quale dimora ne la secretissima camera de lo cuore, cominciò a tremare sì fortemente che apparia ne li mènimi polsi orribilmente;
À ce moment-là,  je dis sincèrement que l’esprit de vie, à travers lequel habite la chambre secrète du cœur, se mit à trembler si fort faisant battre mes membres horriblement ;
e tremando, disse queste parole:
et tremblant, dit ces paroles :
«Ecce deus fortior me, qui veniens dominabitur mihi».
« Voici là un dieu plus fort que moi, qui vient me dominer »
 In quello punto lo spirito animale, lo quale dimora ne l’alta camera ne la quale tutti li spiriti sensitivi portano le loro percezioni, si cominciò a maravigliare molto, e parlando spezialmente a li spiriti del viso, sì disse queste parole:
A ce moment, l’esprit animal qui habite la maison supérieure, dans laquelle tous les esprits sensibles portent leurs perceptions, commença à admirer intensément, et s’adressa plus particulièrement aux esprits de la vision en disant ces mots :
«Apparuit iam beatitudo vestra».
« Ce qui apparaît, c’est votre béatitude »
In quello punto lo spirito naturale, lo quale dimora in quella parte ove si ministra lo nutrimento nostro, cominciò a piangere, e piangendo, disse queste parole:
À ce moment, l’esprit naturel, qui habite dans cette partie où notre nourriture se dépose, se mit à pleurer, et pleurer encore et dit ces mots suivants :
«Heu miser, quia frequenter impeditus ero deinceps!».
«Misérable que je suis, je vais être troublé bien souvent !»
D’allora innanzi dico che Amore segnoreggiò la mia anima, la quale fu sì tosto a lui disponsata, e cominciò a prendere sopra me tanta sicurtade e tanta signoria per la vertù che li dava la mia imaginazione, che me convenia fare tutti li suoi piaceri compiutamente.
Depuis ce temps, je dis que l’Amour est maître de mon âme, qu’ils sont à jamais liés, et qu’il commença à prendre sur moi, tant et si bien par la vertu que lui donnait mon imagination, un tel pouvoir que je devais, par la suite, m’en remettre à lui entièrement.
Elli mi comandava molte volte che io cercasse per vedere questa angiola giovanissima;
Il me commanda de nombreuses fois de voir ce jeune ange ;
onde io ne la mia puerizia molte volte l’andai cercando, e vedèala di sì nobili e laudabili portamenti, che certo di lei si potea dire quella parola del poeta Omero:
ainsi, depuis mon enfance, souvent, je suis allé à sa recherche, et je lui trouvais des comportements si nobles et si louables que l’on aurait pu dire ces mots du poète Homère [NdT : à propos d’Hélène] :
Ella non parea figliuola d’uomo mortale, ma di Deo.
Elle ne semblait pas être une fille de mortel, mais une fille de Dieu.
E avegna che la sua imagine, la quale continuamente meco stava, fosse baldanza d’Amore a segnoreggiare me, tuttavia era di sì nobilissima vertù, che nulla volta sofferse che Amore mi reggesse sanza lo fedele consiglio de la ragione in quelle cose là ove cotale consiglio fosse utile a udire.
Et même si son image était constamment à mes côtés, me donnant l’audace d’avoir Amour comme seigneur, elle avait de si nobles vertus, qu’elle ne souffrît pas que l’Amour règne seul sans le conseil fidèle de la raison, qui, dans ces choses-là, sont bien utiles à entendre.
E però che soprastare a le passioni e atti di tanta gioventudine pare alcuno parlare fabuloso, mi partirò da esse;
Et bien que cela paraisse fabuleux que ces passions et ces actions aient pu être maîtrisées par tant de jeunesse, je n’en dirai pas plus ;
e trapassando molte cose, le quali si potrebbero trarre de l’esemplo onde nascono queste, verrò a quelle parole le quali sono scritte ne la mia memoria sotto maggiori paragrafi.
et laisserai beaucoup de choses qui pourraient être tirées de mon esprit, j’en viendrai désormais à ces mots qui sont gravés intensément dans ma mémoire.

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DANTE ALIGHIERI
DANTE LA VITA NUOVA
II

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LA VITA NUOVA
Une plainte après la mort de Béatrice
par
Saint-René Taillandier

La Vie nouvelle a été composée avant 1292, selon M. Fauriel, en 1290, selon M. Delécluze. M. Wegele affirme, et sur bonnes preuves, qu’elle n’a été écrite que vers l’année 1300. Les dates sont précieuses ici. La Vie nouvelle est précisément le résumé de ces dix années qui nous occupent, le symbolique récit de ce travail intérieur retrouvé par la sagacité allemande. Qu’est-ce que la Vie nouvelle pour la plupart des érudits modernes ? Une plainte à l’occasion de la mort de Béatrice. M. Witte et M. Wegele, à l’aide de maintes indications fournies par l’histoire de l’époque, l’ont découvert la confession même de Dante sur une crise profonde que traversa son âme. Le poète, en ces pages tour à tour si bizarres et si gracieusement mystiques, nous parle d’une jeune dame qui essaya de le consoler après la mort de Béatrice. Elle était belle, noble, sage, et elle venait à lui, dit-il, pour rendre quelque repos à sa vie. Partagé d’abord entre l’attrait que cette dame lui inspire et le souvenir de Béatrice, il se laisse aller bientôt au charme de ces consolations, jusqu’à l’heure où Béatrice lui apparaît vêtue de rouge, dans l’éclat de son enfance radieuse, telle enfin qu’il l’avait aperçue en sa première extase. Ce souvenir des ferventes années le ramène à l’amour véritable ; ces sonnets et ces canzoni qu’il avait consacrés pendant quelque temps à la dame des consolations moins hautes, il les rend à l’âme sublime qui est devenue le flambeau de sa vie, et, récompensé de ce retour par une vision extraordinaire, il s’écrie : « Les choses dont j’ai été témoin m’ont fait prendre la résolution de ne plus rien dire de cette bienheureuse jusqu’à ce que je puisse parler d’elle plus dignement. » Cet épisode, trop peu remarqué jusqu’ici, signifie, selon MM. Witte et Wegele, l’affaiblissement de la foi dans l’âme de Dante, son ardeur à interroger la philosophie, et finalement, après bien des combats, son retour à la religion de son enfance. Racontée brièvement dans les dernières pages de la Vita nuova la lutte dont nous parlons paraît avoir agité sa jeunesse, et ce n’est que vers l’année 1300 que Dante a pu jeter son cri de victoire. C’est aussi à l’année 1300 qu’il assigne le pèlerinage retracé dans son poème : la Divine Comédie est la continuation immédiate de la Vita nuova. Ainsi ces mots, vita nuova, ne signifient pas souvenirs d’enfance, souvenirs de jeunesse, vita juvenilis, comme le veulent quelques commentateurs modernes, entre autres M. Pietro Fraticelli et M. Emile Ruth ; ils signifient, et avec une exactitude parfaite, la vie nouvelle, la vie fortifiée par l’épreuve et illuminée de clartés plus pures.

La découverte de M. Witte résout incidemment une question jusque-là fort obscure. Tant qu’on ne voyait dans la Vita nuova que le tableau des enfantines amours du poète, tant qu’on n’y avait pas de couvert ces luttes de l’âge virile la lutte de la philosophie qui s’éveille et de la foi du moyen âge, on ne pouvait raisonnablement traduire vita nuova par vie nouvelle. Vita nuova, dans ce système d’interprétation, c’était la vie au moment où elle s’ouvre comme une fleur, à l’âge où elle est toute neuve et toute fraîche, et si l’on préférait absolument la traduction littérale, il fallait expliquer du moins dans quel sens particulier on l’employait. La Fontaine a dit :

Si le ciel me réserve encor quelque étincelle
Du feu dont je brillais en ma saison nouvelle.

La saison nouvelle dont parle le fabuliste, c’est le printemps de l’existence, il n’y a pas de doute possible sur ce gracieux vers. Les traducteurs de Dante qui employaient les mots vie nouvelle auraient dû aussi faire en sorte que cette traduction ne produisît pas d’équivoque, c’est-à-dire qu’elle signifiât le premier épanouissement de la vie, et non pas la vie renouvelée et transformée. Faute de cette précaution, ils manquaient de logique dans leur système, et tombaient sous le coup des critiques de M. Fraticelli. J’ai peine à comprendre qu’un esprit aussi ingénieux, aussi pénétrant que Fauriel, n’ait pas été averti par cette contradiction. Je m’étonne aussi que M. Delécluze, dans sa traduction d’ailleurs si estimable, ait conservé un titre dont le sens n’a aucun rapport avec l’œuvre telle qu’il l’interprète. Le dernier traducteur anglais, M. J. Garrow, a été plus conséquent ; décidé à ne voir aucune allégorie dans le livre de Dante, mais seulement un récit des extases de son enfance, il traduit simplement early life.

Dégageons des formes symboliques la scène qui couronne la Vita nuova : Dante, après la mort de Béatrice et avant d’être élu prieur de Florence, c’est-à-dire de 1290 à 1300,- cherche une consolation à sa douleur en même temps qu’un emploi à son activité dans l’étude de la philosophie. À une époque où la raison s’essayait déjà à secouer le joug de la foi, où les plus libres esprits se produisaient à côté de saint Thomas d’Aquin, où des réformateurs audacieux, un Joachim de Flores, un Jean d’Olive, un Guillaume de Saint-Amour, s’élevaient du sein même de l’église, où des discussions à outrance passionnaient les écoles, où Simon de Tournay, après avoir prouvé la divinité du Christ devant un immense auditoire, enivré tout à coup de sa logique, s’écriait : « Petit Jésus, petit Jésus, autant j’ai exalté ta loi, autant je la rabaisserais, si je voulais ! » à une époque enfin où l’auteur de l’Imitation, fatigué de tout ce bruit, jetait ce vœu du fond de son âme : « Que tous les docteurs se taisent, ô mon Dieu ! parlez-moi tout seul ; » à une telle époque, Dante, avec son esprit subtil et son impétueuse avidité, avait-il pu ne s’abandonner qu’à demi aux entraînemens de la science ? Nous savons qu’il vint à Paris, qu’il parut dans le champ-clos de la scolastique et y soutint une lutte mémorable. Des recherches récentes nous ont appris que son maître, Siger de Brabant, celui qu’il retrouve plus tard dans le paradis, avait été obligé de se défendre contre des accusations d’hérésie. Dante avait-il su s’arrêter à temps ? N’avait-il pas senti s’ébranler les principes de ses premières croyances ? Il est difficile de ne pas admettre ce fait, lorsqu’on lit les dernières pages de la Vita nuova à la lumière de la critique et de l’histoire ; mais Dante, avide d’amour, visité sans cesse par les extases de sa jeunesse, ne trouva pas dans la science le repos qu’il y cherchait. Sa foi reparut bientôt ; il la vit revenir, dit-il, sous les traits de Béatrice enfant, montrant bien que Béatrice n’est plus ici la jeune femme de vingt-six ans dont il pleura si tendrement la mort, mais le symbole de son amour et de sa foi avant que nulle étude étrangère n’en eût altéré la candeur.

Voilà la crise que l’esprit de Dante a subie, et dont il a laissé la trace dans les dernières pages de la Vita nuova. Croit-on que ce soit seulement une conjecture ? Aux arguments de M. Wegele je pourrais en ajouter un qui me semble décisif : le fils même du poète, Jacopo Dante, nous parle en son commentaire de toute une période de désordre qui troubla la vie de son père, et il la place avant l’année 1300. Mais laissons là les preuves extérieures, c’est Dante seul qui va nous répondre. On sait que le Convito est comme la suite de la Vita nuova ; ouvrez-le, vous y verrez sous la forme la plus claire l’explication que nous venons de résumer. Cette dame qui l’avait consolé après la mort de Béatrice, il déclare expressément que c’est la philosophie. Quand il écrit la Vita nuova, à peine échappé au péril, il en parle en termes discrets, comme un homme qui craint de rouvrir une blessure mal fermée ; dans le Convito, au contraire, il en décrit les phases ; ce n’est plus un nuage qui a voilé un instant l’âme du poète, c’est toute une crise intérieure où il s’est longtemps débattu.

Saint-René Taillandier
Dante Alighieri et la Littérature dantesque en Europe au XIXe siècle, à propos d’un livre du roi de Saxe
Revue des Deux Mondes
Deuxième période
Tome 6
1856