Archives par mot-clé : nil

CAMMA – Oscar WILDE

*

Camma
Camma Oscar Wilde



Traduction – Texte Bilingue

Traduction Jacky Lavauzelle

OSCAR WILDE
1854-1900

Photos Napoléon Sarony

 





Poem by Oscar Wilde


Poems

Poème d’Oscar Wilde
 CAMMA

**

 

As one who poring on a Grecian urn
Comme celui qui, penché sur une urne grecque,
 Scans the fair shapes some Attic hand hath made,
Contemple les formes parfaites que la main Attique a réalisées,
God with slim goddess, goodly man with maid,
Dieu avec une élégante déesse, un homme fort avec une jeune fille,
And for their beauty’s sake is loth to turn
Et leur beauté qui annihile toute désir de se retourner
And face the obvious day, must I not yearn
Et d’observer la clarté du jour, ainsi ne dois-je donc pas aspirer
For many a secret moon of indolent bliss,
A plus d’une secrète lune d’indolente félicité,
  When in the midmost shrine of Artemis
Quand, dans le cœur du sanctuaire d’Artémis,
  I see thee standing, antique-limbed, and stern?
Je te vois, debout, aux formes antiques et sévère ?

*

 And yet—methinks I’d rather see thee play
Et pourtant … il me semble que je préférerais te voir jouer
That serpent of old Nile, whose witchery
Ce serpent du vieux Nil, dont la sorcellerie
Made Emperors drunken,—come, great Egypt, shake
Enivrait des Empereurs,… Viens, grande Egypte, secoue
Our stage with all thy mimic pageants! Nay,
Notre scène avec toutes tes parades ! Non,
  I am grown sick of unreal passions, make
Je suis malade de passions irréelles, fais
The world thine Actium, me thine Antony!
Du monde ton Actium, fais de moi ton Antoine !

Oscar Wilde 

****

CAMMA OSCAR WILDE

LE CHANSONNIER PÉTRARQUE POÉSIE CANZONIERE SONNET 148 (Première Partie) – CXLVIII

*

FRANCESCO PÉTRARQUE POÉSIE

Francesco PETRARCA
1304 – 1374

Traduction Jacky Lavauzelle

——–


Canzoniere Petrarca  Sonetto 148

LE CHANSONNIER PÉTRARQUE Sonnet 148
CXLVIII

Rerum vulgarium fragmenta

Fragments composés en vulgaire

Rime In vita di Madonna Laura

PRIMA PARTE
Première Partie

148/263

Dante Boccace Petrarque Guido Cavalvanti Cino da Pistoia Guittone dArezzo Trecento Italien 1544 Giorgio Vasari

 

Non Tesin, Po, Varo, Adige et Tebro,
Ni Tessin, Po, Var, Adige et Tibre,
Eufrate, Tigre, Nilo, Hermo, Indo et Gange,
Euphrate, Tigre, Nil, Hermos*, Indus et Gange,
Tana, Histro, Alpheo, Garona, e ‘l mar che frange,
Don, Danube*, Alphée, Garonne, et Timave****,
 Rodano, Hibero, Ren, Sena, Albia, Era, Hebro;
Rhône, Ebre, Rhin, Seine, Aube,  Aar, Hébron ;

[* Gediz Nehri fleuve de Turquie – **du grec Ἴστρος – Istros – ***Ρουφιάς / Roufiás (fleuve du Péloponnèse) – ****Reka ou Timave (Slovénie et Italie jusqu’à la mer Adriatique)

**

non edra, abete, pin, faggio, o genebro,
Ni lierre, sapin, pin, hêtre ou genévrier,
poria ‘l foco allentar che ‘l cor tristo ange,
Ne pourraient apaiser le feu qui consume mon triste cœur,
quant’un bel rio ch’ad ognor meco piange,
Comme un beau ruisseau* qui toutes les heures avec moi pleure,
co l’arboscel che ‘n rime orno et celebro.
Comme l’arbuste** qu’avec mes rimes j’orne et je célèbre.

[*La Sorgue – ** le Laurier / Laure]

**


**

Questo un soccorso trovo tra gli assalti
Je ne trouve pas d’autres secours aux assauts
d’Amore, ove conven ch’armato viva
D’Amour, et je dois vivre constamment armé
la vita che trapassa a si gran salti.
Cette vie qui trépasse à grands bonds.

**

Cosi cresca il bel lauro in fresca riva,
Que pousse le beau laurier sur la fraîche rive,
et chi ‘l pianto pensier’ leggiadri et alti
et pour celui qui le planta, de hautes et gracieuse pensées
ne la dolce ombra al suon de l’acque scriva.
Dans la douce ombre écrite au doux bruit de l’eau.

********************
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
*********************

Ritratto_di_francesco_petrarca,_altichiero,_1376_circa,_padova

canzoniere Petrarca 148
PÉTRARQUE POÉSIE CANZONIERE
le chansonnier Pétrarque Sonnet 148
canzoniere poet

*******

PÉTRARQUE POÉSIE
CANZONIERE

CATULLE CATULLUS XI – Ad Furium et Aurelium – À FURIUS ET AURELIUS

*

CATULLE CATULLUS XI

litterarumLittérature Latine
Catulle

Poeticam Latinam

Traduction Jacky Lavauzelle

IMG_4840

CATULLE – CATULLUS
84 av J.-C. – 54 av J.-C.

POESIE X

Ad Furium et Aurelium

À FURIUS ET AURELIUS

Furi et Aureli comites Catulli,
Furius et Aurélius, compagnons de Catulle
sive in extremos penetrabit Indos,
Pénétrant les lointaines Indes,
 litus ut longe resonante Eoa
où les rives Orientales résonnent
tunditur unda,
de leurs ondes,
sive in Hyrcanos Arabesve molles,
Marchant dans la lascive Arabie,
seu Sagas sagittiferosve Parthos,
Ou au cœur de la Parthie aux terribles archers,
sive quae septemgeminus colorat
Ou sur les sept embouchures
aequora Nilus,
que le Nil colore,
sive trans altas gradietur Alpes,
Que ce soit sur les hauteurs des Alpes,
Caesaris visens monimenta magni,
Pour visiter les monuments du grand César,
Gallicum Rhenum horribile aequor ulti-
Le Rhin Gaulois ou les horribles
mosque Britannos,
Bretons
omnia haec, quaecumque feret voluntas
Dans toutes ces contrées, conduit par la volonté des
caelitum, temptare simul parati,
Dieux, partout vous me suivez fidèlement,
pauca nuntiate meae puellae
Je vous demande désormais d’apporter à ma maîtresse
non bona dicta.
Ces mots tranchants :
cum suis vivat valeatque moechis,
Qu’elle vive et profite de l’amour,
quos simul complexa tenet trecentos,
à enchaîner des centaines d’amants,
nullum amans vere, sed identidem omnium
En vérité sans nul amour véritable, mais qu’encore et encore, un à un,
ilia rumpens;
Elle les brise ;
nec meum respectet, ut ante, amorem,
Qu’elle n’attende plus mon amour,
qui illius culpa cecidit velut prati
Qui par sa faute est mort
ultimi flos, praetereunte postquam
Comme une fleur saccagée
tactus aratro est.
Au passage d’une charrue.

*************

À FURIUS ET AURELIUS

**********************
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO












**********************
Catulle – Catullus
X

****************************

LA CANAILLE & LES DELICATS
par Ferdinand Brunetière
1882

On a voulu faire de Catulle, sans arguments bien solides, un poète aristocratique, un poète du grand monde, comme de sa Lesbie, sur des inductions plutôt que sur des preuves, ce que Brantôme appelait « une grande et honnête dame. » Je persiste à ne pas croire, pour ma part, que Lesbie fût la célèbre Clodia, mais je crois que bon nombre des fréquentations de Catulle furent parmi la bohème littéraire de Rome. Au surplus, la conciliation n’est pas si difficile. Ce que nous savons, en effet, c’est que, lorsque l’adolescent de Vérone arriva de sa province dans la capitale, il y subsistait, sous le raffinement de quelques habitudes, sous l’étalage du luxe et sous l’apparence de la civilisation, un grand fonds d’antique brutalité romaine. Si nous en pouvions douter, nous rapprendrions au moins de certaines épigrammes de Catulle lui-même, plus grossières que mordantes, et dont l’outrageuse crudité passe tout. C’est bien fait à M. Rostand de nous les avoir traduites. On ne peut pas juger d’un poète en commençant par faire exception de toute une partie de son œuvre, qui peut-être est celle que les contemporains en ont presque le plus goûtée. Là où Catulle est bon, il va jusqu’à l’exquis, et c’est bien de lui que l’on peut dire aussi justement que de personne qu’il est alors le mets des délicats ; mais là où il est grossier, il l’est sans mesure, et c’est bien encore de lui que l’on peut dire qu’il est le charme de la canaille. Or, à Rome, en ce temps-là, dans le sens littéraire de l’un et l’autre mot, la canaille et les délicats, c’était presque tout un. On ne distinguait pas encore, selon le mot d’Horace, la plaisanterie spirituelle de l’insolente rusticité. La curiosité de l’intelligence, vivement éveillée, capable de goûter les finesses de l’alexandrinisme, était en avance, pour ainsi dire, sur la rudesse des mœurs et la vulgarité des habitudes mondaines. Quand on grattait ces soupeurs qui savaient apprécier les jolies bagatelles du poète, on retrouvait le paysan du Latium, qui s’égayait, au moment du vin, à faire le mouchoir. La raillerie, comme à la campagne, s’attaquait surtout aux défauts ou disgrâces physiques. Je sais bien que, jusque dans Horace, la grossièreté du vieux temps continuera de s’étaler, mais ce ne sera plus de la même manière naïvement impudente. Au temps de Catulle, la délicatesse n’avait pas encore passé de l’esprit dans les manières. Quand il s’élevait seulement un nuage sur les amours du poète et de sa Lesbie, le docte traducteur de Callimaque s’échappait en injures de corps de garde. Cette société très corrompue ne s’était pas encore assimilé la civilisation grecque. Elle s’essayait à la politesse, elle n’y touchait pas encore. Et sous son élégance toute superficielle, elle manquait étrangement de goût. — Il me paraît que, si l’on examinée quel moment de notre histoire la plupart de ces traits conviennent, on trouvera que c’est au XVIe siècle, dans le temps précis que le contact des mœurs italiennes opérait sur la cour des Valois le même effet qu’à Rome, sur les contemporains de César, le contact des mœurs de la Grèce.

Ferdinand Brunetière
Revue littéraire
À propos d’une traduction de Catulle
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 54 –  1882

***********************

OS LUSIADAS II-53 LES LUSIADES

OS LUSIADAS II-53 LES LUSIADES II-53
LITTERATURE PORTUGAISE

Luis de Camoes Oeuvres obras Artgitato

literatura português

Luis de Camões
[1525-1580]

Tradução – Traduction
texto bilingue

Luis de Camoes Les Lusiades

 

Obra Poética

(1556)

LES LUSIADES II-53

OS LUSIADAS II-53

A Epopeia Portuguesa

 

CHANT II
Canto Segundo

Traduction Jacky Lavauzelle

verso  53
Strophe 53

II-53

Image illustrative de l'article Vasco de Gama

Vasco de Gama

Vasco da Gama signature almirante.svg

LES LUSIADES II-53
OS LUSIADAS II-53

 

« Nunca com Marte instructo e furioso,
« Jamais avec Mars furieux,
  Se viu ferver Leucate, quando Augusto
Nous n’avons vu Leucate bouillir quand Auguste
Nas civis Actias guerras animoso,
Dans les guerres civiles d’Actium,
O Capitão venceu Romano injusto,
L’injuste Capitaine romain vainqueur
Que dos povos da Aurora, e do famoso
Des peuples de l’Aurore, du célèbre
Nilo, e do Bactra Cítico e robusto
Nil et du robuste Bactres du pays des Scythes,
 A vitória trazia, e presa rica,
Apportait et la victoire et la riche prise,
 Preso da Egípcia linda e não pudica.
Prisonnier de Cléopâtre, la belle Egyptienne impudique.

os-lusiadas-ii-53-les-lusiades-artgitato-luis-de-camoes-peigne-greco-scythe-en-or-kourgane-de-soloha

Peigne gréco-scythe en or
Kourgane de Soloha
IVe siècle avant J-C.

Vasco de Gama par Gregorio Lopes

*********************
LES LUSIADES II-53
OS LUSIADAS II-53

Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
*********************

White_Fawn_Drawing Faon Diane

LA VIE DE LUIS DE CAMOES
par Charles Magnin

( Extrait )
Par En cherchant à montrer la différence qui sépare la vie aventureuse et active des écrivains portugais, notamment celle de Camoens, de la vie casanière et posée de la plupart de nos gens de lettres, je ne prétends pas élever par-là les œuvres des uns, ni déprimer les productions des autres. Je n’en crois pas les élégies de Camoens plus touchantes parce qu’elles sont datées d’Afrique, de la Chine et de l’Inde ; je n’en estime pas Polyeucte et Cinna moins admirables, parce que le grand Corneille n’a guère fait de plus longues pérégrinations que le voyage de Paris à Rouen. Je ne conseille à personne de louer un cabinet d’étude à Macao ; mais je crois que, généralement, si les ouvrages écrits au milieu des traverses et au feu des périls ne sont pas plus beaux, les vies de leurs auteurs sont plus belles. Indépendamment de la variété des aventures, on y trouve plus d’enseignements. J’admire et j’honore infiniment La Fontaine et Molière, mais j’honore et j’admire encore plus, comme hommes, Cervantès et Camoens. A mérite de rédaction égal, une histoire littéraire du Portugal serait un meilleur et plus beau livre qu’une histoire littéraire de notre dix-septième ou dix-huitième siècle. C’est une chose bonne et sainte que la lecture de ces vies d’épreuves, que ces passions douloureuses des hommes de génie, Je ne sache rien de plus capable de retremper le cœur. C’est pour cela que dans ce temps de souffrances oisives, de désappointements frivoles, de molles contrariétés et de petites douleurs, j’ai cru bon d’écrire l’étude suivante sur la vie de Luiz de Camoens.
….

PLACE NAVONE – PIAZZA NAVONA : LA FONTAINE DU MAURE & LA FONTAINE DE NEPTUNE & LA FONTAINE DES QUATRES FLEUVES

LES PLACES DE ROME
PIAZZE DI ROMA
ROME – ROMA

Armoirie de Rome

Photos Jacky Lavauzelle

——-

Flag_of_Lazio

PIAZZA NAVONA
PLACE NAVONE

VUE GENERALE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 29

« Nous aimons à rôder sur la place Navone.
Ah ! le pied n’y bat point l’asphalte monotone,
Mais un rude pavé, houleux comme une mer. »
Sully Prudhomme

LA FONTAINE DU MAURE
Fontana del Moro
The Moor Fontain

LA FONTAINE DU MAURE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 24 LA FONTAINE DU MAURE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 25 LA FONTAINE DU MAURE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 35 LA FONTAINE DU MAURE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 36

LA FONTAINE DE NEPTUNE
La fontana del Nettuno
the Neptune Fountain

LA FONTAINE DE NEPTUNE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 16 LA FONTAINE DE NEPTUNE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 17 LA FONTAINE DE NEPTUNE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 18

« Un cheval qui s’élance en ouvrant les narines… »
Sully Prudhomme
LA FONTAINE DE NEPTUNE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 19 LA FONTAINE DE NEPTUNE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 20 LA FONTAINE DE NEPTUNE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 21 LA FONTAINE DE NEPTUNE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 22 LA FONTAINE DE NEPTUNE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 23 LA FONTAINE DE NEPTUNE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 26 LA FONTAINE DE NEPTUNE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 27 LA FONTAINE DE NEPTUNE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 28 LA FONTAINE DE NEPTUNE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 30 LA FONTAINE DE NEPTUNE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 33

« Au beau milieu surgit un chaos où l’on voit
Dans un antre de pierre un gros lion qui boit… »
Sully Prudhomme

LA FONTAINE DES QUATRE-FLEUVES
Fontana dei Quattro Fiumi
The Fountain of the Four Rivers

Œuvre du Bernin
4 fleuves des 4 Continents sont représentés :
– Le Nil (Afrique) : celui qui se cache les yeux (on ne connaît pas alors la source du Nil)
– Le Rio del Plata (Amérique)
– Le Gange (Asie)
– Le Danube (Europe)

Allégories aussi sont de l’œuvre de Borromini

LA FONTAINE DES QUATRE-FLEUVES Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 10 LA FONTAINE DES QUATRE-FLEUVES Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 11 LA FONTAINE DES QUATRE-FLEUVES Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 12 LA FONTAINE DES QUATRE-FLEUVES Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 13 LA FONTAINE DES QUATRE-FLEUVES Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 14 LA FONTAINE DES QUATRE-FLEUVES Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 15 LA FONTAINE DES QUATRE-FLEUVES Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 31 LA FONTAINE DES QUATRE-FLEUVES Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 32 LA FONTAINE DES QUATRE-FLEUVES Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 34

******************

JAUCOURT
L’ENCYCLOPEDIE
1ère édition
Tome 14
1751
ROME

« La place Navone s’appelloit autrefois platea agonalis, c’est-à-dire, la place des combats, parce que c’étoit un cirque bâti par Alexandre Severe. Elle est cinq ou six fois plus longue que large. & une de ses extrémités est un arc de cercle. On y voit le palais du prince Pamphile, ainsi que la belle église qu’il a fait bâtir en l’honneur de sainte Agnès.

Le milieu de la place Navone est moins élevé que les bords ; de maniere qu’on en peut faire une espece de lac, en fermant les conduits par lesquels s’écoule l’eau des trois grandes fontaines qui sont sur cette place. On a mis au pié du rocher, quatre figures colossales qui représentent les quatre grands fleuves des quatre parties du monde ; le Gange pour l’Asie, le Nil pour l’Égypte, le Danube pour l’Europe, & le Rio de la Plata pour l’Amérique. On peut donner trois piés d’eau au milieu de la place Navone, & c’est ce qu’on fait fréquemment dans les grandes chaleurs, une heure avant le coucher du Soleil.

Le college de la Sapienza n’est pas éloigné de la place Navone. »

***********************

LA PLACE NAVONE
Poésie de SULLY PRUDHOMME
1872

Nous aimons à rôder sur la place Navone.
Ah ! le pied n’y bat point l’asphalte monotone,
Mais un rude pavé, houleux comme une mer.
Des maraîchers y font leurs tentes tout l’hiver,
Et les enfants, l’été, s’ébattent dans l’eau, bleue,
Sous le triton qui tient un dauphin par la queue.
Au beau milieu surgit un chaos où l’on voit
Dans un antre de pierre un gros lion qui boit,
Près d’un palmier, parmi des floraisons marines ;
Un cheval qui s’élance en ouvrant les narines ;
Un obélisque en l’air sur un tas de récifs,
Flanqué de quatre dieux aux gestes sans motifs.
Nous aimions ce grand cirque à fortune inégale
Où le taudis s’accote à la maison ducale.
Nous y venions surtout dans les jours de marché :
C’est là que nous avons avec amour cherché
Quelque précieux tome, embaumé dans sa crasse,
De Marsile Ficin, de Quinault ou d’Horace,
Et, parmi les chaudrons, les vestes, les fruits secs,

Les poignards et les clefs, ces lampes à trois becs,
De forme florentine, aux supports longs et minces,
Où pend tout un trousseau d’éteignoirs et de pinces,
Et qui, flambeaux naïfs des poètes fameux,
Nous font croire, la nuit, que nous pensons comme eux.