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MÉLIE de JULES LEMAÎTRE

Nikolaï Kassatkine, Николай Алексеевич Касаткин, La Chakhtiorka,la mineure, Шахтерка, Galerie Tretiakov, Moscou, Государственная Третьяковская галерея
LITTÉRATURE FRANÇAISE

 

JULES LEMAÎTRE

 né le  à Vennecy et mort le  à Tavers

 

_______________

 

LES ROMANS
DE 
JULES LEMAÎTRE

 

MÉLIE

 

________________

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Jules_Lemaître_-_Project_Gutenberg_eText_17662.jpg.
Jules Lemaître
Parution
LISEZ-MOI
N°46 du 25 juillet 1907

-Adorée ? dit la comtesse Christiane, je suis sûre de l’avoir été une fois dans ma vie. Non pas par vous, messieurs, quoique plusieurs me l’aient dit : car je sais que c’est une façon de parler et que c’est déjà fort joli d’être aimée. Mais, étant tout enfant, j’ai été adorée par une petite fille de mon âge, qui était bien la plus misérable petite fille, la plus mal lavée et la plus souillon qu’on pût voir, et qui s’appelait Mélie.

Oui, adorée ; et je vous prie de donner au mot tout son sens. Il n’y en a pas d’autre pour exprimer le sentiment que j’inspirais à Mélie. Je comprends maintenant que j’étais sa seule pensée, sa seule joie au monde, sa seule raison de vivre ; que rien n’existait pour elle en dehors de moi ; qu’elle était réellement ma chose et qu’elle m’appartenait absolument…

Où cela se passait ? Là-bas, dans la vieille maison de province où je suis née. Une rue, déserte et claire, pavés pointus, bordée de façades grises et de longs murs de couvents. Une grande maison sonore à hautes fenêtres et à boiseries, avec un vaste jardin, traversé dans toute sa longueur par une tonnelle tapissée de vignes, où il faisait sombre et frais comme dans une église, et qui donnait chaque année trois ou quatre pièces de vin blanc. De chaque côté de la tonnelle, de grands carrés plantés d’arbres fruitiers, très vieux. Au bout du jardin, une porte de bois à claire-voie s’ouvrait sur la campagne. De là, on voyait le soleil se coucher, et en se retournant, on apercevait le chevet de la cathédrale et ses derniers contreforts, tout dorés par le soir. L’humble image de Mélié est liée pour moi au souvenir de ce coin de terre, d’une paix profonde et presque solennelle.

Illustration Charles Atamian

Toutes les fois que je songe à Mélie, je revois une fillette de dix à douze ans, laide, assez grande, très maigre, criblée de taches de son, les yeux luisants à travers des cheveux en broussailles ; les pieds dans de vieilles bottines à élastiques, éculées et crevées ; des haillons sans couleur, un corsage boutonné de travers, et toujours quelque pli de chemise passant par la fente de la jupe. Bref, un parfait guenillon. Ce qu’elle avait de mieux, c’était une grande bouche avec des dents de jeune chien, qu’elle montrait continuellement, à moi du moins, car elle ne pouvait me regarder sans rire de béatitude.

Moi, il paraît que j’étais une fille assez jolie, mais surtout très blanche, très délicate, avec de longs cheveux couleur de marron d’Inde. Mon frère, un peu plus âgé que moi et très taquin, appelait cela des cheveux carotte pour me faire enrager. Ou bien il les comparait à la queue du Petit-Blond (le Petit-Blond était un petit Percheron rougeaud, solide et entêté, un compagnon d’enfance, qui nous promenait dans la belle saison et qui prenait visiblement plaisir à nous secouer le plus possible dans sa charrette). Enfin, et qu’elle qu’en fût la nuance, c’étaient des cheveux que mon père aimait beaucoup et dont on avait grand soin. Avec cela des yeux verts très singuliers et, dans toute ma personne, quelque chose de maladif et d’exalté. J’avais l’air d’une petite fille un peu irréelle. Je rapporte ce qu’on me dit. Il est évident que, pour Mélie tout au moins, j’appartenais à un monde supérieur, au même monde que les figures diaphane d’anges et de saints qu’elle voyait dans les vitraux d’église.

Comment avais-je fait la connaissance de Mélie ? Je ne sais plus. Ses parents étaient des pauvres gens du voisinage. Ce qui est sûr, c’est qu’ils ne s’occupaient guère de leur fille, que je m’étais accoutumée à la voir partout sur mon chemin, et qu’elle vivait dans mon ombre.

Je ne pense point qu’au commencement mon père n’eût essayé d’éloigner de moi cette petite sorcière. Car vraiment ce n’était pas une compagnie pour une petite fille de riche bourgeoisie, comme j’étais. J’imaginai qu’elle avait été vaincu par la persévérance de Mélie, par sa souplesse de couleuvre à se glisser, paraître et disparaître, et peut-être aussi par mes prières. Je sentais bien, en effet, que j’étais bien pour Mélie une espèce de petite madone ; et une madone ne s’irrite point que les gueux lui fassent leurs dévotion, du fond de la chapelle.

Illustration Charles Atamian

Elle était si peu gênante, la pauvre Mélie ! Elle ne me demandait que de la supporter, non pas même à côté de moi, mais derrière. Le matin, quand la bonneme conduisait au couvent, Mélie, embusquée au coin de la porte, guettait ma sortie. Elle prenait le cartable où étaient mes livres et nous suivait à quelques pas de distance. Je lui disais : « Merci, Mélie ! » Cela lui suffisait. Elle savait bien que mon père n’eût pas souffert qu’elle marchât à mes côtés, et qu’il n’eût pas trouvé convenable que je fisse la conversation avec elle dans la rue, et elle était elle-même tout à fait de cet avis.

Elle avait d’ailleurs de la dignité, celle que conserve, sans le savoir et sans y tâcher, tout amour désintéressé et profond. Ainsi, quoiqu’elle fût bien pauvre, je ne lui donnais jamais de sous. Une fois que j’avais voulu lui en donner, elle avait refusé en secouant énergiquement sa tête de loup. Seulement, quand j’avais quelque friandise, des crottes de chocolat ou des macarons, je lui en offrais derrière mon dos tout en trottinant près de ma bonne, et elle venait les prendre. Les bonbons, cela s’accepte.

Je me demande quelquefois pourquoi Mélie était si loqueteuse, car certainement on devait lui donner, à la maison, de vieille hardes et de quoi se vêtir plus proprement…Je lui faisais honte, quelquefois, de ses cheveux jamais peignés, de ses boutons arrachés, de ses taches et de ses accrocs… Alors elle baissait la tête, très confuse, et ne disait rien. Et elle reparaissait le lendemain aussi minable que devant. C’était sans doute plus fort qu’elle.

Il faut dire qu’avec la vie qu’elle menait il lui eût été difficile d’être tirée à quatre épingles. Tout le temps qu’elle n’était pas avec moi, elle le passait soit à se battre dans la rue avec des galopins, soit à courir les champs, à grimper aux arbres, à cueillir des fleurs, à dormir dans les foins. Une vraie petite faunesse ! Elle ne savait pas lire, n’étant jamais allée à l’école, mais elle connaissait très bien les herbes, celles qui sont bonnes pour les rhumes, celles qui sont rafraîchissantes, celles qui guérissent les douleurs, celles qui cicatrisent les plaies… Elle en apportait souvent à la cuisine, et aussi des mâches, du cresson, des pissenlits, et d’énormes bouquets de violettes, de perce-neige, de coucous, de marguerites, de coquelicots, de bleuets.

Autant de prétextes pour se glisser dans la maison. Ou bien, elle rôdait autour de la cuisine, épiant l’aubaine d’une commission à faire : le pain qui manquait au moment du déjeuner, le boucher qui n’envoyait pas la viande. Mélie courait, était de retour en un clin d’œil, et alors elle ne s’en allait plus, se dissimulait dans les coins, passait par les portes entrebâillées, me cherchait, et finissait par me retrouver. C’était le plus souvent au jardin. Elle se montrait d’abord de loin, timidement. Je lui faisait signe de s’approcher. Et elle accourait, une joie de paradis dans ses yeux.

-Oh ! mademoiselle, mademoiselle !

Nous nous installions sur un banc, sous la tonnelle, et là, bien cachées, nous causions à l’aise. Ce que nous disions, je l’ai oublié ; mais je me rappelle très bien ce que nous faisions. Mélie était très ingénieuse. Elle m’apprenait à faire des sifflets avec des branches de saule, des canons avec du sureau, des balles avec des coucous, des couronnes avec toutes sortes de fleurs, et des pompes avec des pailles enfoncées dans les trous d’un noyau d’abricot (mon Dieu ! c’est bien simple : on fait les trous en usant le noyau contre du grès, et, par ces trous, on retire l’amande avec une épingle). Quand elle avait reçu quelques sous pour ses commissions, elle achetait, chez une couturière de la villes, des fouffes, c’est-à-dire des rognures d’étoffes et des bouts de ruban, et, roulant et cousant ensemble ces chiffons multicolores autour d’une poignée de foin et de quatre bâtonnets, elle en fabriquait des poupées qui me semblaient superbes, des poupées éclatantes, fantastiques, avec des têtes en satin rose et des gestes imprévus, des poupées bien plus vivantes – Bourget n’hésiterait pas à dire : plus suggestives – que celles qu’on achète chez les marchands.

Mélie était aussi généreuse. Un jour, en sortant, je la vis qui m’attendait accotée contre une borne et tenant une longue tartine sur laquelle fumait une couche de pommes de terre écrasées et assaisonnées de ciboules et d’autres herbes. Il y avait beaucoup plus épais de pommes de terre que de pain, et cela sentait bon, mais bon ! Je n’y pus tenir :

Ça ne doit pas être mauvais, ça, Mélie ?

Tout de suite, elle me tendait la tartine, où ses dents de loup avaient découpé des demi-cercles comme à l’emporte pièce. Et moi, si chétive et l’on grondait toujours parce que je ne mangeais point, je dévorai la tartine en le barbouillant de pommes de terre jusqu’au bout du nez. Et Mélie me regardait d’un air drôle, où il y avait du ravissement, de la fierté de voir que j’appréciais si fort sa cuisine, et aussi, tout au fond, un peu de regret…. A partir de ce jour-là, toutes les fois qu’on faisait quelque fricot chez elle, elle m’en apportait dans du papier. Elle tirait cela de sa poche avec des mines mystérieuses…Mais ce n’était plus la tartine de pommes de terre ! C’étaient des mangeailles de pauvre qui sentaient décidément trop fort. J’essayais d’y goûter ; mais cela ne passait pas, je lui disais que je n’avais plus faim, et elle en était toute triste.

En somme, Mélie m’inspirait, par certains côtés, une sorte de considération. Sa force, son agilité, sa hardiesse, étonnait ma timidité de fillette frêle, recluse et surveillée. Je l’enviais de pouvoir courir partout et de ne rien craindre. Parfois elle sentait le foin où elle s’était roulée, et elle en avait encore des brins dans les cheveux. Elle me faisait rêver de vie libre à travers champs, à la Robinson. Quand nous étions bien sûres d’être seules, elle grimpait aux arbres du verger, secouait les branches, faisait pleuvoir les fruits mûrs, arrachait les autres à poignées. Elle aimait beaucoup les pommes vertes, et surtout les abricots verts, durs comme des balles. Elle m’affirmait, en les croquant, que c’était très bon, et j’en croquais aussi, par amour-propre, et pour faire comme elle. Mais, tout de même, j’aimais mieux les fruits un peu plus mûrs…Nous n’avions que des cerisiers très tardifs. Je lui dis une fois que c’était très ennuyeux de n’avoir pas encore de cerises. Le lendemain, elle m’en rapporta plein sa jupe. Elle les avait pillées dans quelque jardin. Elle volait pour moi, pour moi elle aurait tué. Et, dès qu’elle voyait quelqu’un de la maison venir de notre côté, -à moins que ce ne fût ma bonne ou la cuisinière, qui étaient assez de ses amies, – elle disparaissait je ne sais comment, par quelque trou de haie.

Les plus mauvais jours pour Mélie, c’étaient ceux où de petites amies venaient me voir. Mélie continuait à tourner autour de moi, mais je passais devant elle sans lui parler, sans avoir l’air de la connaître. Et alors elle se reculait, s’effaçait, se faisait petite. Elle ne m’en voulait point, elle comprenait que ces belles petites filles élégantes devaient ignorer qu’elle était mon amie. Elle ne se disait pas que je rougissais d’elle, ou, si elle se le disait, elle trouvait cela tout naturel : mais je sentais que tout de même cela lui faisait gros cœur.

Un autre chagrin pour elle, c’était quand mon père m’emmenait avec mon frère à une maison de campagne, très rustique et flanquée d’une fermette, qu’il possédait à une petite lieue de la ville.

Elle essayait bien de nous suivre de loin, mais mon père ne le souffrait pas, la renvoyait avec sa grosse voix. un jour, comme nous approchions de la ferme, je vis Mélie, toute empoussiérée, surgir d’un fossé où elle s’était tapie pour me voir passer. Elle restait là, tremblante, prête à s’enfuir au moindre mouvement hostile de mon père. J’en fus attendrie :

Père, dis-je, bien doucement, laissez-la marcher derrière nous. Qu’est-ce que cela nous fait ?

Mon père consentit ; et Mélie, radieuse, me suivait comme un bon chien ; et, de temps en temps, je lui tendais la main par derrière sans rien dire ; elle la prenait dans la sienne et posait dessus, un instant, son autre patte. Rien de plus.

Vers la fin du déjeuner, je trouvai moyen de sortir seule et je portai à Mélie, blottie contre la porte, du pain, un peu de viande, du fromage, ce que j’avais pu prendre.

-Oh ! mademoiselle, mademoiselle !

Puis, je jouai avec mon frère sous les grands arbres qui entouraient la ferme ; et, sans la voir, je devinais que Mélie était dans les environs, cachée par quelque buisson, et qu’elle me regardait, et que cela la rendait contente.

A un moment, me frère me quitta, et bientôt après j’entendis des cris du côté de la ferme. J’y courus et je vis, devant l’écurie, la pauvre Mélie mouillée jusqu’aux genoux, sa robe ruisselante, ses pieds clapotant dans ses savates. Le méchant garçon l’avait empoignée à l’improviste et trempée dans l’auge de pierre, pleine d’eau de pluie, où buvaient les chevaux. Mélie pleurait ; mais dès qu’elle m’aperçut, sachant bien que j’allais gronder mon frère et que cela amènerait une querelle, ne voulant point m’ennuyer, ni m’attrister, ni que je prisse la peine de la plaindre ou que je fisse l’effort de la défendre, elle renfonça subitement ses larmes, et, souriant avec sa grande bouche, elle me dit :

-Ce n’est rien, mademoiselle. C’était pour s’amuser…

Quand vint l’époque de ma première communion, je montrai une piété ardente dont Mélie fut toute impressionnée. Elle voulut faire comme moi, communier le même jour. Elle n’était pas prête du tout, n’ayant jamais suivi le catéchisme. Ce fut moi qui l’introduisis, qui lui parlai de Dieu. Mais, tandis que ma piété était pleine d’amour et d’espérance, il y avait surtout dans la sienne de l’étonnement et de la crainte.

Le jour de la cérémonie, j’avais une telle fièvre que mon cierge tremblait dans ma main et arrosait les voiles de mes voisines. On dut me l’enlever. Au dernier rang, Mélie, presque propre, toute rouge dans sa grosse mousseline bleuie par par le lavage, ne me quittait pas du regard. Elle priait pour sa petite malade ; car elle ne demandait jamais rien pour elle-même, se jugeant tout à fait négligeable aux yeux de Dieu, et ne croyant pas qu’il pût avoir le moindre plaisir à s’occuper d’elle. De moi, à la bonne heure !

L’après-midi, mon parrain le cardinal me confirma la première, et mes parents m’emmenèrent vite à notre maison de campagne… Mélie m’attendait, dans son fossé, au bord d’un champ d’avoine. Mon cœur se fondit, et je lui envoyai un baiser.

On me coucha. J’entendis, de mon lit, le bruit des vois et des rires, car toute la famille était réunie à dîner pour la circonstance. Je ne pensais à rien, envahie seulement par la tristesse de la tombée du jour, de cette heure si mélancolique et si grise dans ces grandes plaines de la Champagne.

Paul Bourget par Charles Gallot Photographe

Je sentis des fleurs fraîches dans mes mains. Mélie était là, agenouillée, le front sur le bord de mon lit. Je voulais parler ; elle me supplia de me taire, de rester calme, de dormir, – pour qu’on ne chassât pas… Mon père vint me voir et me trouva endormie, tenue par elle, son bras sous ma tête. Il n’eût pas le courage de la renvoyer ce jour-là et lui fit porter à manger.

Quelque temps après, ma mère exigea que j’apprisse tout ce que doit savoir une bonne maîtresse de maison. Félicie, une petite ouvrière bossue et très douce, qui venait plusieurs fois par semaine (je vois encore sa silhouette humble et falote sur les rideaux blancs de la fenêtre), eut l’ordre de m’apprendre à coudre. D’autres furent chargées à m’enseigner le soin du linge et un peu de repassage. Je dus aussi ranger moi-même mes affaires dans ma chambre.

Tout cela m’ennuyait bien, car j’avais une passion : la lecture. Heureusement, ma mère était souvent absente ; et Mélie avait fini par se faire tolérer dans la maison. Elle assistait aux leçons de Félicie et des autres ouvrières ; et, dans son désir de m’aider, elle apprit beaucoup plus vite que moi. C’était elle, la plupart du temps, qui faisait à ma place les petites besognes dont on me chargeait : ourlets, reprises, linge à plier ; et c’était elle qui mettait ma chambre en ordre.

Pendant qu’elle travaillait, je lisais, assise dans un coin,me bouchant les oreilles avec mes pouces pour n’avoir pas de distraction. Je lisais le Vie des saints, l’Histoire romaine de Rollin, des récits de voyage, et je ne sais quel vieux petit livre à tranches rouges qui contenait des anecdotes sur le XVIIIe siècle. Et, quand Mélie avait fini, je lui racontait mes lectures : c’était là sa récompense.

Roulée à mes pieds, en boule, immobile, les yeux attachés sur moi, elle m’écoutait avec extase, comme on écouterait le bon Dieu. Je racontais très bien paraît-il, avec un grand sérieux, des gestes expressifs, une extrême ardeur de conviction. Je me rappelle qu’une de ces histoires commençait par cette phrase :

Au temps où Mme de Pompadour régnait sur la France…

Je ne sais trop ce que Mme de Pompadour représentait pour Mélie, ni même pour moi. Mais je me souviens que c’était une bien belle histoire.

Ici, un grand trou dans ma mémoire, une longue maladie, la petite vérole, la fièvre, le délire. De tout cela, une seule vision m’est restée : Mélie à mes côtés, remuant des tisanes ; Mélie accroupie par terre ; Mélie à cheval sur mon petit lit, me tenant les mains doucement, et pourtant de toutes ses forces, et m’empêchant de me gratter la figure.

On lui avait dit que, si je me grattais, je deviendrais laide ; et elle veillait sur ma beauté comme un gnome sur un trésor.

Comment la souffrait-on auprès de moi et l’exposait-on à prendre monmal ? On avait tout fait pour l’empêcher d’entrer ; puis, un matin,on l’avait surprise dans un coin de ma chambre, derrière un fauteuil, où elle avait passée la nuit. Il n’était plus temps de la renvoyer ; au reste, elle aurait bien trouvé moyen de revenir, car les portes n’étaient jamais bien fermées dans cette grande maison de province…

Le jour où je commençai à aller mieux (on était en avril et il y avait du soleil sur mes draps), Mélie m’apporta des brassées de fleurs et des balles de coucous. Nous jouions à nous jeter ces balles ; j’étais si maladroite et si faible encore, que je les laissais souvent tomber. Mélie les ramassait dans les coins, sous les meubles, à quattre pattes, avecune agilité de chat ; et cela m’amusait.

J’avais les enfantillages de la convalescence, des enfantillages plus jeunes que moi, quoique je ne fusse qu’une petite fille. L’intelligence, après une si longue et si rude secousse, ne me revenait que très lentement. Je me retrouvais plus proche de Mélie, presque aussi simple qu’elle ; et, quand je m’efforçais de me rappeler le passé (oh ! comme il me semblait loin !), c’est toujours avec Mélie que je me revoyais, sous le berceau de vigne ou dans le verger. Et, très gravement, nous échangions nos souvenirs :

Te rappelles-tu, Mélie ?

Oh ! oui, mademoiselle...

Et maintenant, c’était elle qui se rappelait le mieux les belles histoires que lui avais contées, et c’était moi qui les lui demandais et qui l’écoutais à mon tour.

-Et cette autre, Mélie, tu sais bien ? où ça parlait de Mme de Pompadour…

Attendez, mademoiselle, je vais la retrouver.

Et Mélie commençait :

Au temps où Mme Pompadour régnait sur la France…

Un jour, Mélie ne vint pas. C’était le premier jour où l’on m’avait permis de me lever. Je la réclamai avec insistance. Ma mère me dit que Mélie était malade, mais qu’elle viendrait bientôt.

Le lendemain, on me transporta à la campagne. Tout le monde s’empressait autour de moi, cherchait à me distraire, me faisait jouer. Mon père passait avec moi de longues heures et, quand le soleil était chaud, me promenait sous les arbres au feuillage tendre et tout neuf et par des chemins tout neigeux d’aubépine. Cependant, je n’oubliais pas Mélie et, de temps en temps, je demandais à la voir.

Mélie, me dit mon père, est très malade. Mais sois tranquille, je lui ai envoyé le médecin et tout ce qu’il faut ; elle est très bien soignée. Tu la verras quand elle sera guérie.

Mes forces revenaient peu à peu. J’avais grand appétit. Je jouissais vivement de toutes choses, du bon air, de la bonne chaleur, des bons petits plats qu’on me faisait, des fleurs, des arbres, des prés, de la promenade, comme quelqu’un qui refait la découverte de la vie. Je m’épanouissais délicieusement dans l’égoïsme de la convalescence. Une fois pourtant j’interrogeai :

Et Mélie ?

Elle est morte, répondit tristement ma mère.

Pauvre Mélie ! fis-je rêveusement et comme songeant à quelque chose de très vague et de très lointain…

Et je n’y pensai plus.

Mais, depuis, j’y ai pensé très souvent.

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LE JUGEMENT DERNIER – POÈME DE ERIK-AXEL KARLFELDT – Yttersta domen – 1901

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Diktsamlingen Fridolins visor och andra dikter
karlfeldt dikter
Dikter av Erik Axel Karlfeldt

Traduction – Texte Bilingue
Erik Axel Karlfeldts dikter
Karlfeldt poet
Poesi
Poésie


LITTERATURE SUEDOISE
POESIE SUEDOISE

Svensk litteratur
svensk poesi –

Traduction Jacky Lavauzelle

Erik Axel Karlfeldt 1864 – 1931

översättning – Traduction

Diktsamlingen Fridolins visor och andra dikter
CHANSONS DE FRIDOLIN & AUTRES POEMES
  1898

________________________

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Soleienatt, Nikolai Astrup

_______________

YTTERSTA DOMEN
LE JUGEMENT DERNIER

 

__________________________

RECUEIL
Fridolins lustgård och Dalmålningar på rim
Le Jardin de Fridolin
&
Peintures Dalécarliennes en vers
Maison d’Edition
Wahlström & Widstrands

1901

_____________________________

I
*
MOT AFTONEN

VERS LE SOIR

Det lyste mig spela och göra mig glad,
J’avais envie de jouer et d’être heureux,
milorum.

Ainsi va la vie !

**

II
*
LE TEMPS DES SIGNES
Tecknens tid

Nu är de stora tecknens tid,
C’est maintenant le temps des grands signes,
de svåra, de många.
sévères et nombreux.

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William Blake, Le grand Dragon rouge et la femme enveloppée de soleil.

**

III

DES VOIX SUR LA ROUTE
Röster på vägen

DEN KRÖNTE:
L’HOMME COURONNÉ :

Salig, salig, salig i höjden!
Qu’il soit béni, béni, béni dans le ciel !
Folk, som förr edra hjässor böjden
Béni de peuple, autrefois tête penchée

Le Jour du Jugement par Michel-Ange

**

IV
LE NAVIRE
SKEPPET

Hav, på din yta
Mer, à ta surface
manormar flyta,
flottent des serpents aux longs cheveux des fonds marins,

William Turner, Le Naufrage du Minotaur, 1810

________________

LE JUGEMENT DERNIER
POÈME DE ERIK-AXEL KARLFELDT 
Yttersta domen
1901
________________

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LE JUGEMENT DERNIER – II – LE TEMPS DES SIGNES – POÈME DE ERIK-AXEL KARLFELDT – Yttersta domen (II) – 1901 – Tecknens tid

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Diktsamlingen Fridolins visor och andra dikter
karlfeldt dikter
Dikter av Erik Axel Karlfeldt

Traduction – Texte Bilingue
Erik Axel Karlfeldts dikter
Karlfeldt poet
Poesi
Poésie


LITTERATURE SUEDOISE
POESIE SUEDOISE

Svensk litteratur
svensk poesi –

Traduction Jacky Lavauzelle

Erik Axel Karlfeldt 1864 – 1931

översättning – Traduction

Diktsamlingen Fridolins visor och andra dikter
CHANSONS DE FRIDOLIN & AUTRES POEMES
  1898

________________________

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Soleienatt, Nikolai Astrup

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Yttersta domen
LE JUGEMENT DERNIER

II

 

LE TEMPS DES SIGNES
Tecknens tid

__________________________

RECUEIL
Fridolins lustgård och Dalmålningar på rim
Le Jardin de Fridolin
&
Peintures Dalécarliennes en vers
Maison d’Edition
Wahlström & Widstrands

1901

_____________________________
William Blake, Le grand Dragon rouge et la femme enveloppée de soleil.

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Nu är de stora tecknens tid,
C’est maintenant le temps des grands signes,
de svåra, de många.
sévères et nombreux.
Nu svartna knopparna i lid
Maintenant, les bourgeons noirs souffrent
och sprida rutten ånga.
et répandent leur dernière fragrance.
Nu vissnar jordens gamla barm
Maintenant le vieux sein de la terre se flétrit
utsugen, saftlös, platt och arm.
vidé, sans jus, plat et abattu.

*

Nu dryper blod från månens horn,
Maintenant du sang des cornes de la lune coule,
o under, o under!
ô mystère, ô mystère !
Nu går man ut att skära korn
Maintenant, en sortant pour couper l’orge,
och finner tistellunder,
se croisent les chardons,
och hunger, örlig, pestilens
la faim, la pauvreté, la peste
förhärja land från gräns till gräns.
qui ravagent la terre de frontière en frontière.

*


Nu dansar gravölsfolket vals,
Maintenant, dans le salon funéraire se danse la valse,
se traven, hör trallen!
voyez les passes, écoutez la mélodie !
Nu heter hätskhet arm om hals
Maintenant, la haine se tient les bras autour des cous
och kärlek dunk i skallen,
et l’amour se prend des coups dans le crâne,
och Antikrist i biskopsskrud
et l’Antéchrist dans une tenue épiscopale
går saklöst kring och hädar Gud.
fait son tour et blasphème Dieu.

*


Nu växer lejonskägg på lamm
Maintenant, la crinière du lion pousse sur l’agneau
och vargungen smiler.
et le loup sourit.
Ur duvägg krypa drakar fram,
Il sort des œufs des pigeons des dragons rampants,
ur grodrom krokodiler.
des crocodiles des œufs des grenouilles.
I rena jungfrurs moderliv
Dans la pure vie de la vierge
hörs barnagråt och tvillingkiv.
l’on peut entendre pleurer les enfants et les jumeaux.

*

Nu skiftar solen sin gestalt,
Maintenant, le soleil change de forme,
o fasa, o fasa,
ô horreur, ô horreur,
och ligger som en möglig palt
et ment comme un caillot moisi
i molnets tiggartrasa.
au cœur de nuages en haillons.
Nu är det skymning dagen om,
Maintenant le crépuscule recouvre la journée,
och natten växer småningom.
et la nuit se développe progressivement.

*


Nu komma alla stygga djur,
Maintenant, viennent tous les cruels animaux,
se ulvar, hör uvar!
voyez les loups, entendez les hiboux !
Nu rasslar tidens nötta ur
Maintenant, les hochets du temps claquent
med sina hjul och skruvar;
avec ses rouages et ses poids ;
dess lod stå nära världens golv,
qui s’approchent du sol du monde,
dess visare stå nära tolv.
ses aiguilles se tiennent près du chiffre douze.

*

Då syns ett starkt och fjärran sken,
Ensuite, voyez cette lumière forte et distante,
nej skåda, nej skåda!
non, non, regardez-là !
Ur molnen sträcks ett mäktigt ben,
Des nuages ​​s’étend une puissante jambe,
som drivor skina båda;
brillante et glaciale à la fois ;
och väldigt gapar lurens tratt
et s’ouvre le pavillon de la trompette,
med guldmun över jordens natt.
une bouche d’or sur la nuit de la terre.

*


Blås, Gabriel, i din basun,
Souffle, Gabriel, dans ta trompette,
tra rara, tra rara!
taratata, taratata !
Blås hop all världens folk som dun
Regroupe tous les gens du monde
att stå till doms och svara,
pour les juger et qu’ils répondent de leurs actes,
tills rymden ligger öde kvar,
jusqu’à ce que l’espace soit désert,
ett sprucket, skakat bolstervar.
comme un traversin fissuré et vidé.

****************

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QUILOA & MONBASA – Francisco De Almeida – OS LUSIADAS V-45- LES LUSIADES – LUIS DE CAMOES – É do primeiro Ilustre

*

Ferdinand de Portugal traduction Jacky Lavauzelle

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OS LUSIADAS CAMOES CANTO V
Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS V-45 LES LUSIADES V-45
*

LITTERATURE PORTUGAISE

Ferdinand de Portugal Os Lusiadas Traduction Jacky Lavauzelle Les Lusiades de Luis de Camoes

literatura português
Luis de Camões
[1525-1580]
Tradução – Traduction
Jacky Lavauzelle
texto bilingue

Traduction Jacky Lavauzelle

*

Kilwa Kisiwani – Kilwa – Quiloa en 1572
(actuelle district de Kilwa en Tanzanie)

(http://commons.wikimedia.org/wiki/File:City_of_Kilwa,_1572.jpg)
Francisco de Almeida
(1540-1510)
Militaire et explorateur portugais
vice-roi des Indes portugaises chargé de l’expansion du commerce dans l’océan Indien

*********

-« É do primeiro Ilustre, que a ventura
– « Et de Francisco de Almeida, premier Illustre,
Com fama alta fizer tocar os Céus,
Qui par sa grande renommée atteindra les cieux,
Serei eterna e nova sepultura,
Je serai l’éternelle et nouvelle sépulture,
Por juízos incógnitos de Deus.
De par les jugements impénétrables de Dieu.
Aqui porá da Turca armada dura
Ici il déposera des Turcs combattifs et sévères
Os soberbos e prósperos troféus;
Les trophées superbes et prospères ;
Comigo de seus danos o ameaça
Par moi d’autres dommages le menacent
A destruída Quíloa com Mombaça.
Pour Quiloa détruite avec Mombasse*.

[* Monbaça – Monbasa – anciennement Monbasse en français]
**********

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L’INCONSCIENT – POEME DE ANTERO DE QUENTAL – O INCONSCIENTE

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*

traduction Jacky Lavauzelle
LITTERATURE PORTUGAISE
literatura português

Os Lusiadas Traduction Jacky Lavauzelle Les Lusiades de Luis de Camoes

Antero de Quental

18 avril 1842 – Ponta Delgada (Les Açores)-  11 septembre 1891 Ponta Delgada
 18 de abril de 1842 – Ponta Delgada, 11 de setembro de 1891

______________________________________ 

Traduction Jacky Lavauzelle

 _______________________________________

L’INCONSCIENT
O INCONSCIENTE
_______________________________________

Arkhip Kouïndji, Архип Іванович Куїнджі,Архип Иванович Куинджи, La Cathédrale Saint-Isaac,1869

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O Espectro familiar que anda comigo,
Le Spectre familier qui m’accompagne,
Sem que pudesse ainda ver-lhe o rosto,
Sans que je puisse voir son visage,
Que umas vezes encaro com desgosto
Parfois, je le considère avec répulsion
E outras muitas ansioso espreito e sigo.
Et souvent, impatient, je le guette et je le suis.

*

É um espectro mudo, grave, antigo,
C’est un spectre silencieux, grave et ancien,
Que parece a conversas mal disposto…
Qui semble fuir les conversations …
Ante esse vulto, ascético e composto
Devant cette figure, ascétique et réservée
Mil vezes abro a boca… e nada digo.
Mille fois j’ouvre la bouche … mais je reste muet.

*


Só uma vez ousei interrogá-lo:
Une seule fois j’ai osé le questionner :
Quem és (lhe perguntei com grande abalo)
Qui es-tu (ai-je demandé avec effroi),
Fantasma a quem odeio e a quem amo?
Fantôme que je déteste et que j’aime ?

*

Teus irmãos (respondeu) os vãos humanos,
Tes frères (répondit-il), les vains humains,
Chamam-me Deus, ha mais de dez mil anos…
M’appellent Dieu, depuis plus de dix mille ans …
Mas eu por mim não sei como me chamo…
Mais moi-même, je ne sais quel est mon nom …


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LE CONVERTI – POEME DE ANTERO DE QUENTAL – O CONVERTIDO

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*

traduction Jacky Lavauzelle
LITTERATURE PORTUGAISE
literatura português

Os Lusiadas Traduction Jacky Lavauzelle Les Lusiades de Luis de Camoes

Antero de Quental

18 avril 1842 – Ponta Delgada (Les Açores)-  11 septembre 1891 Ponta Delgada
 18 de abril de 1842 – Ponta Delgada, 11 de setembro de 1891

______________________________________ 

Traduction Jacky Lavauzelle

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LE CONVERTI
O CONVERTIDO
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Arkhip Kouïndji, Архип Куинджи, Reflets de soleil sur givre,1876-1890

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Entre os filhos dum século maldito
Parmi les enfants d’un siècle maudit
Tomei também lugar na ímpia mesa,
J’ai aussi pris place à la table des impies,
Onde, sob o folgar, geme a tristeza
Où, sous le plaisir, la tristesse gémit
Duma ânsia impotente de infinito.
D’un désir impuissant d’infini.

*


Como os outros, cuspi no altar avito
Comme les autres, j’ai craché sur l’autel
Um rir feito de fel e de impureza…
Un rire de fiel et d’impureté …
Mas um dia abalou-se-me a firmeza,
Mais un jour ma rudesse m’a ébranlé,
Deu-me um rebate o coração contrito!
Le cœur contrit m’a lancé une alarme !

*


Erma, cheia de tédio e de quebranto,
Aride, pleine d’ennui et brisée,
Rompendo os diques ao represo pranto,
Rompant les digues à ses larmes retenues,
Virou-se para Deus minha alma triste!
Ma triste âme s’est tournée vers Dieu !

*


Amortalhei na Fé o pensamento,
J’ai enveloppé ma pensée dans la Foi,
E achei a paz na inércia e esquecimento…
Et j’ai trouvé la paix dans l’inertie et l’oubli …
Só me falta saber se Deus existe!
J’ai juste besoin de savoir si Dieu existe !


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EFFRAYANT ! POÈME DE ZINAÏDA HIPPIUS – 1916 – Поэзия Зинаиды Гиппиус – Страшное

*

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LITTÉRATURE RUSSE
POÉSIE RUSSE
Русская литература
Русская поэзия
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Poésie de Zinaïda Hippius
Поэзия Зинаиды Гиппиус
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Zinaïda Nicolaïevna Hippius
Зинаи́да Никола́евна Ги́ппиус

8 novembre 1869 Beliov Russie – 9 septembre 1945 Paris,
8 ноября 1869 Белёв, Российская империя — 9 сентября 1945 Париж Франция

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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
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EFFRAYANT !
1916
Страшное

 

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*

Страшно оттого, что не живется – спится…
C’est terrible parce que ça ne vit pas – ça dort …
И все двоится, все четверится.
Et tout double, tout quadruple.
В прошлом грехов так неистово-много,
Il y a tellement de péchés dans le passé
Что и оглянуться страшно на Бога.
Que cela jette un regard terrible sur Dieu.

*

Да и когда замолить мне грехи мои?
Oui, et quand prier pour mes péchés ?
Ведь я на последнем склоне круга…
Après tout, je suis sur la dernière pente du cercle …
А самое страшное, невыносимое,
Et le pire, le plus insupportable
Это что никто не любит друг друга…
C’est que personne ne s’aime …


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1916

L’OMBRE DES CÈDRES – Poème de SOPHIA PARNOK – 1921 – стихи Софии Парнок -В те дни младенческим напевом

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LITTÉRATURE RUSSE
POÉSIE RUSSE
Русская литература
Русская поэзия
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Poésie de Sophia Parnok
Поэзия офии Парнок
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Sophia Parnok
Софи́я Я́ковлевна Парно́к

30 juillet 1885, Taganrog- 26 août 1933, Karinskoïe
30 июля 1885, Таганрог – 26 августа 1933, Каринское, Московская область
русская поэтесса, переводчица
Poétesse russe

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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
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L’OMBRE DES CEDRES
1921
В те дни младенческим напевом
_______________________________________________

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В те дни младенческим напевом
En ces jours, d’une mélodie infantile
Звучали первые слова,
Les premiers mots ont résonné,
Как гром весенний, юным гневом
Comme un tonnerre de printemps, la colère de jeunesse
Гремел над миром Егова,
De Jéhovah rugissait,

*

И тень бросать учились кедры,
Et les cèdres apprirent à jeter leur première ombre,
И Ева — лишь успела пасть,
Et Ève – venait seulement de tomber,
И семенем кипели недра,
Et de la graine bouillaient les entrailles,
И мир был — Бог, и Бог — был страсть.
Et le monde était Dieu, et Dieu était passion.

*

Своею ревностью измаял,
Il la portait jalousement,
Огнем вливался прямо в кровь…
Le feu coulait directement dans le sang …
Ужель ты выпил всю, Израиль,
As-tu tout bu, Israël,
Господню первую любовь?
Le premier amour du Seigneur ?


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3 июня 1921
3 juin 1921

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Poésie de Sophia Parnok
Поэзия офии Парнок
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LA CRÉATION DU MONDE- Iakob Gogebashvili – იაკობ გოგებაშვილი- ქვეყნის შექმნა

Littérature Géorgienne
ქართული ლიტერატურა


HISTOIRE BIBLIQUE
ბიბლიური ისტორია

LA CRÉATION DU MONDE
ქვეყნის შექმნა

Le Premier Jour de la création, Chronique de Nuremberg, 1493

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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

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Iakob Gogebashvili
იაკობ გოგებაშვილი

15 octobre 1840 Variani (Gori)– 1er juin 1912 Tbilissi
15 ოქტომბერი 1840, სოფ. ვარიანი, ახლანდელი გორის რაიონი ― 14 ივნისი 1912, თბილისი

********

ჩვენ ვიცით, რომ ყველა ადამიანი დედ-მამისაგან იბადება.
Nous savons que chaque personne est née d’une mère et d’un père.

აგრეთვე ვხედავთ, რომ ცხოველები ცხოველებისაგან ჩნებიან, მცენარეები მცენარებიიდან მრავლდებიან.
Nous voyons également que les animaux sont des dérivés d’autres animaux, les plantes poussent à partir d’autres plantes.

მაგრამ პირველი დედ-მამა როგორღა გაჩნდა?
Mais comment sont venus au monde les premiers pères et les premières mères ?

პირველი ცხოველები და მცენარეები როგორღა დაიბადნენ ქვეყანაზედ?
Comment sont nés les premiers animaux et les premières plantes sur la terre ?

ისინი შექმნა ღმერთმა.
lls ont été créés par Dieu.

ღმერთი არის ყოვლის შემოქმედი, ყველაფრის დამბადებელი.
Dieu est le Créateur de toutes choses, le Créateur de toutes choses.

მან გააჩინა ცა, მან შექმნა დედამიწა და მან დაბადა ყველაფერი, რასაც კი ქვეყნიერებაზედ ვხედავთ.
Il a créé le ciel, il a créé la terre et il a donné naissance à tout ce que nous voyons dans le monde.

თვითონ ღმერთი კი არავისგან არ შექმნილა და არავისგან არ დაბადებულა.
Mais Dieu lui-même n’a été créé par personne et n’est né de personne.

იგი ყოველთვის იყო, არის და იქნება.
Il a toujours été, est et sera.

ამიტომ ღმერთს ჩვენ ვუწოდებთ საუკუნო არსებას.
Nous appelons donc Dieu : l’Être éternel.

კაცი როცა რაიმე ნივთს აკეთებს, მასალასა ხმარობს.
Quand une personne fait quelque chose, elle utilise du matériel.

ღმერთმა კი ქვეყანა არაფრისაგან შექმნა.
Mais Dieu a créé la terre à partir de rien.

უფალმა კი მთელი ქვეყანა შექმნა მარტო სიტყვით, ბრძანებით.
Et le Seigneur a fait le pays entier par le Verbe.

ამიტომ ღმერთს ვუწოდებთ ყოვლისშემძლებელსა.
Par conséquent, nous l’appelons Dieu Tout-Puissant.

უფალს შეეძლო ყველაფერი ერთ წამს გაეჩინა, მაგრამ სხვაფრივ ინება: ცისა და დედამიწის შექმნას ექვსი დღე მოანდომა.
Le Seigneur aurait pu tout faire en une seconde, mais il en a décidé autrement : il avait six jours pour créer les cieux et la terre.

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FANATISME – Poème de FLORBELA ESPANCA – FANATISMO -1923

Traduction Jacky Lavauzelle João da Cruz e Sousa
João da Cruz e Sousa Traduction Jacky Lavauzelle

LITTÉRATURE PORTUGAISE
POÉSIE PORTUGAISE
LITERATURA PORTUGUESA
POESIA PORTUGUESA

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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
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Florbela Espanca
Flor Bela de Alma da Conceição
Poétesse portugaise
8 décembre 1894 – 8 décembre 1930
Vila Viçosa, 8 de dezembro de 1894 — Matosinhos, 8 de dezembro de 1930

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FANATISME
FANATISMO
Poème paru dans « 
Livro de Sóror Saudade« 
1923 

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Caspar David Friedrich, Le Voyageur contemplant une mer de nuages, 1818, Hambourg Kunsthalle

********************


Minh’alma, de sonhar-te, anda perdida.
Mon âme, rêvant de toi, s’est perdue.
Meus olhos andam cegos de te ver.
Mes yeux sont devenus aveugles de te voir.
Não és sequer razão do meu viver
Tu n’es même pas la raison de ma vie.
Pois que tu és já toda a minha vida!
Car déjà tu es toute ma vie !

*

Não vejo nada assim enlouquecida…
Je ne vois rien d’aussi fou …
Passo no mundo, meu Amor, a ler
Entrez dans le monde, mon Amour, à lire
No misterioso livro do teu ser
Dans le livre mystérieux de ton être
A mesma história tantas vezes lida!…
La même histoire si souvent lue ! …

*

« Tudo no mundo é frágil, tudo passa… »
« Tout dans le monde est fragile, tout va …« 
Quando me dizem isto, toda a graça
Quand on me dit ça, toute la grâce
Duma boca divina fala em mim!
D’une bouche divine parle de moi !

*

E, olhos postos em ti, digo de rastros:
Et, les yeux posés sur toi, je dis en me traînant :
« Ah! podem voar mundos, morrer astros,
« Ah, les mondes peuvent voler, les étoiles mourir,
Que tu és como Deus: princípio e fim!… »
Que te es comme Dieu : l’alpha et l’oméga ! …  »

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LA POÉSIE DE FLORBELA ESPANCA – POESIA DE FLORBELLA ESPANCA
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João da Cruz e Sousa Traduction Jacky Lavauzelle