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MINUIT A MOSCOU – POÈME OSSIP MANDELSTAM – 1931 – Полночь в Москве

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LITTÉRATURE RUSSE
POÉSIE RUSSE
Русская литература
Русская поэзия
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Poésie de Ossip Mandelstam
Поэзии Осип Мандельштам
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Ossip Emilievitch Mandelstam
О́сип Эми́льевич Мандельшта́м
2/3 janvier 1891 Varsovie – 27 décembre 1938 Vladivostok
2/3 января 1891 Варшава — 27 декабря 1938

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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
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MINUIT A MOSCOU
1931
Полночь в Москве

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(Montage à partir d’une carte-postale représentant la rue Tverskaïa au XIXe siècle)

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Полночь в Москве. Роскошно буддийское лето.
Minuit à Moscou. Quel été magnifiquement bouddhiste.
С дроботом мелким расходятся улицы в чоботах узких железных.
Les rues, dans leurs bottes de fer étroits, divergent.
В черной оспе блаженствуют кольца бульваров…
Variolés de sombre, les anneaux des boulevards sont heureux …
Нет на Москву и ночью угомону,
Non ! Moscou ne se calme pas la nuit,
Когда покой бежит из-под копыт…
Quand la paix passe en douce sous les sabots …
Ты скажешь — где-то там на полигоне
Il se dit que, quelque part sur le polygone,
Два клоуна засели — Бим и Бом,
Deux clowns se sont installés : Bim et Bom,
И в ход пошли гребенки, молоточки,
Et leurs peignes, et leurs maillets volent,
То слышится гармоника губная,
Ensuite, vous entendez un harmonica, parfois,
То детское молочное пьянино:
Là, un piano à la tonalité laiteuse :
— До-ре-ми-фа
– Do-ré-mi-fa
И соль-фа-ми-ре-до.
Et sol-fa-mi-ré-do.

Бывало, я, как помоложе, выйду
Je sortais, plus jeune,
В проклеенном резиновом пальто
Dans un ciré en caoutchouc,
В широкую разлапицу бульваров,
Sur ces larges boulevards enchevêtrés,
Где спичечные ножки цыганочки в подоле бьются длинном,
Là où les jambes en allumettes d’une gitane luttaient avec sa jupe immense,
Где арестованный медведь гуляет —
Là, où se pavanait l’ours aux arrêts –
Самой природы вечный меньшевик.
La nature même de l’éternel menchevik.

И пахло до отказу лавровишней…
Et ça sentait si fort le laurier-cerise …
Куда же ты? Ни лавров нет, ни вишен…
Où aller désormais ? Il n’y a plus ni lauriers, ni cerises …
Я подтяну бутылочную гирьку
Je vais tirer le poids de la chaîne
Кухонных крупно скачущих часов.
De l’horloge de la cuisine avec ses aiguilles au galop.
Уж до чего шероховато время,
Comme le temps est rugueux,
А все-таки люблю за хвост его ловить,
Mais j’aime toujours l’attraper par la queue,
Ведь в беге собственном оно не виновато
Après tout, il ne peut être nullement fautif de sa propre course
Да, кажется, чуть-чуть жуликовато…
Oui, mais comme il semble néanmoins un peu tricheur…

Чур, не просить, не жаловаться! Цыц!
Aller ! Que cessent les plaintes et les jérémiades ! Chut !
Не хныкать —
Ne plus gémir non plus !
для того ли разночинцы
L’ancienne intelligentsia aurait-elle frappé le trottoir
Рассохлые топтали сапоги, чтоб я теперь их предал?
De leurs bottes sèches et craquelées, pour que je la trahisse à présent ?
Мы умрем как пехотинцы,
Nous mourrons comme des fantassins,
Но не прославим ни хищи, ни поденщины, ни лжи.
Mais nous ne glorifierons ni prédateur ni mensonge.

Есть у нас паутинка шотландского старого пледа.
Il nous reste encore cette toile d’araignée de ce vieux plaid écossais.
Ты меня им укроешь, как флагом военным, когда я умру.
Tu m’en recouvriras comme un drapeau militaire quand je mourrai.
Выпьем, дружок, за наше ячменное горе,
Buvons, mon ami, pour notre chagrin d’orge,
Выпьем до дна…
Buvons cul-sec ! …

Из густо отработавших кино,
Les cinémas travaillent sans répit,
Убитые, как после хлороформа,
Endormies comme avec du chloroforme,
Выходят толпы — до чего они венозны,
Les foules se réveillent- à quel point elles sont rougies,
И до чего им нужен кислород…
Et combien elles ont un besoin urgent d’oxygène …

Пора вам знать, я тоже современник,
Il est temps que vous sachiez que je suis aussi un contemporain,
Я человек эпохи Москвошвея, —
Je suis un homme de l’ère des nouvelles manufactures Moscovites, –
Смотрите, как на мне топорщится пиджак,
Regardez ma veste me bouffer sur moi,
Как я ступать и говорить умею!
Je peux marcher et je peux parler !
Попробуйте меня от века оторвать, —
Essayez de m’extirper de mon époque, –
Ручаюсь вам — себе свернете шею!
Je vous le garantis – vous vous casserez le cou !

Я говорю с эпохою, но разве
Je parle avec l’époque, mais
Душа у ней пеньковая и разве
Son âme doit être de chanvre cannabinoïde et n’a-t-elle
Она у нас постыдно прижилась,
Pas honteusement pris racine en nous,
Как сморщенный зверек в тибетском храме:
Comme un animal ratatiné dans un temple tibétain :
Почешется и в цинковую ванну.
Et qui se gratte pour ensuite se jeter dans sa baignoire de zinc.
— Изобрази еще нам, Марь Иванна.
-Montre-nous, Mar’ Ivanna.
Пусть это оскорбительно — поймите:
Que ce soit offensant ? peut-être, mais comprenez :
Есть блуд труда и он у нас в крови.
Il y a de la débauche dans le travail, c’est dans notre sang.

Уже светает. Шумят сады зеленым телеграфом,
Déjà l’aube est là. Les jardins bruissent du télégraphe vert,
К Рембрандту входит в гости Рафаэль.
Raphaël est l’invité de Rembrandt.
Он с Моцартом в Москве души не чает —
Lui et Mozart pour Moscou donneraient leur âme –
За карий глаз, за воробьиный хмель.
Pour ses yeux bruns, pour son ivresse de moineau.
И словно пневматическую почту
Et, comme un courrier pneumatique,
Иль студенец медузы черноморской
Ou une gelée de méduses de la mer Noire,
Передают с квартиры на квартиру
Se transfert d’appartement en appartement
Конвейером воздушным сквозняки,
Les courants d’air sont convoyés incessamment,
Как майские студенты-шелапуты.
Comme les étudiants insouciants et narquois de mai.


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Май — 4 июня 1931
Mai – 4 juin 1931

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SUR LA TOMBE DE LA MÈRE DE SCHILLER – Poème de MÖRIKE – AUF DAS GRAB VON SCHILLERS MUTTER

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Mörike
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Traduction Jacky Lavauzelle

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LITTÉRATURE ALLEMANDE
Deutsch Literatur

Gedichte – Poèmes

EDUARD MÖRIKE

8. September 1804  Ludwigsburg- 4. Juni 1875 Stuttgart
8 septembre 1804 – 4 juin 1875

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AUF DAS GRAB VON SCHILLERS MUTTER
SUR LA TOMBE DE LA MÈRE DE SCHILLER

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Elisabetha Dorothea Schiller, geb. Kodweiß, auf einem Gemälde von Ludovike Simanowiz – Elisabetha Dorothea Schiller, née Kodweiß, sur un tableau de Ludovike Simanowiz

Cleversulzbach, im Mai
Cleverssulzbach, mai

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Nach der Seite des Dorfs, wo jener alternde Zaun dort
Du côté du village, où cette clôture vieillissante
Ländliche Gräber umschließt, wall ich in Einsamkeit oft.
Encercle les vieilles tombes, je déambule souvent dans la solitude.
Sieh den gesunkenen Hügel; es kennen die ältesten Greise
Voir la colline engloutie ; les personnes âgées s’en souviennent
Kaum ihn noch, und es ahnt niemand ein Heiligtum hier
À peine encore, et personne ne soupçonne un sanctuaire ici
Jegliche Zierde gebricht und jedes deutende Zeichen;
Sans ornements ni signes ;
Dürftig breitet ein Baum schützende Arme umher.
Un arbre écarte mal ses bras protecteurs.
Wilde Rose! dich find ich allein statt anderer Blumen;
Rose sauvage ! Je te trouve seule au lieu d’autres fleurs ;
Ja, beschäme sie nur, brich als ein Wunder hervor!
Oui, fais-leur honte, éclate comme un miracle !
Tausendblättrig eröffne dein Herz! entzünde dich herrlich
Ouvre ton cœur de mille pétales ! Brûle à merveille
Am begeisternden Duft, den aus der Tiefe du ziehst!
Par le parfum inspirant que tu tires des profondeurs !
Eines Unsterblichen Mutter liegt hier bestattet; es richten
Une mère d’un Immortel est enterrée ici ;
. Deutschlands Männer und Fraun eben den Marmor ihm auf.
Les hommes et les femmes allemands viennent de lui préparer un marbre.


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La mère de Friedrich Schiller
Mutter von Friedrich Schiller
Elisabetha Dorothea Schiller
geb. Kodweiß
Née Kodweiß
(13. Dezember 1732 Marbach am Neckar – 29. April 1802 Cleversulzbach), 13 décembre 1732 – 29 avril 1802


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JOIE D’AIMER – Poème de MÖRIKE – LIEBESGLÜCK

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Mörike
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Traduction Jacky Lavauzelle

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LITTÉRATURE ALLEMANDE
Deutsch Literatur

Gedichte – Poèmes

EDUARD MÖRIKE

8. September 1804  Ludwigsburg- 4. Juni 1875 Stuttgart
8 septembre 1804 – 4 juin 1875

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LIEBESGLÜCK
JOIE D’AIMER

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SONNET

Kouzma Petrov-Vodkine, Кузьма Сергеевич Петров-Водкин, Cheval rouge au bain, 1912, Купание красного коня, Третьяковская галерея, Galerie Tretiakov, Moscou

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Wenn Dichter oft in warmen Phantasieen,
Si, souvent, les poètes pris dans de fougueuses imaginations,
von Liebesglück und schmerzlichem Vergnügen,
sur des joies d’amour et sur de douloureuses peines,
sich oder uns, nach ihrer Art, belügen,
se mentent ou nous mentent, selon leur nature,
so sei dies Spielwerk ihnen gern verziehen.
Mais à ce jeu, qu’ils en soient pardonnés.

*

Mir aber hat ein gütger Gott verliehen,
Mais un bon Dieu m’a donné quant à moi
den Himmel, den sie träumen, zu durchfliegen,
la possibilité de voler dans leur rêve et dans le ciel,
ich sah die Anmut mir im Arm sich schmiegen,
J’ai vu la grâce nichée dans mes bras,
der Unschuld Blick von raschem Feuer glühen.
le regard innocent luire dans un prompt feu.

*

Auch ich trug einst der Liebe Müh und Lasten,
Moi aussi, j’ai porté une fois le labeur et le fardeau de l’amour,
verschmähte nicht den herben Kelch zu trinken,
sans dédaigner de boire la coupe amère,
damit ich seine Lust nun ganz empfinde.
pour que je puisse enfin ressentir pleinement sa luxure.


*

Und dennoch gleich ich jenen Erzphantasten:
Et pourtant, je suis comme ces grands rêveurs :
mir will mein Glück so unermeßlich dünken,
mon bonheur me semble si incommensurable
daß ich mir oft im wachen Traum verschwinde.
que je disparais souvent dans le rêve éveillé.



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MÉLIE de JULES LEMAÎTRE

Nikolaï Kassatkine, Николай Алексеевич Касаткин, La Chakhtiorka,la mineure, Шахтерка, Galerie Tretiakov, Moscou, Государственная Третьяковская галерея
LITTÉRATURE FRANÇAISE

 

JULES LEMAÎTRE

 né le  à Vennecy et mort le  à Tavers

 

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LES ROMANS
DE 
JULES LEMAÎTRE

 

MÉLIE

 

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Jules Lemaître
Parution
LISEZ-MOI
N°46 du 25 juillet 1907

-Adorée ? dit la comtesse Christiane, je suis sûre de l’avoir été une fois dans ma vie. Non pas par vous, messieurs, quoique plusieurs me l’aient dit : car je sais que c’est une façon de parler et que c’est déjà fort joli d’être aimée. Mais, étant tout enfant, j’ai été adorée par une petite fille de mon âge, qui était bien la plus misérable petite fille, la plus mal lavée et la plus souillon qu’on pût voir, et qui s’appelait Mélie.

Oui, adorée ; et je vous prie de donner au mot tout son sens. Il n’y en a pas d’autre pour exprimer le sentiment que j’inspirais à Mélie. Je comprends maintenant que j’étais sa seule pensée, sa seule joie au monde, sa seule raison de vivre ; que rien n’existait pour elle en dehors de moi ; qu’elle était réellement ma chose et qu’elle m’appartenait absolument…

Où cela se passait ? Là-bas, dans la vieille maison de province où je suis née. Une rue, déserte et claire, pavés pointus, bordée de façades grises et de longs murs de couvents. Une grande maison sonore à hautes fenêtres et à boiseries, avec un vaste jardin, traversé dans toute sa longueur par une tonnelle tapissée de vignes, où il faisait sombre et frais comme dans une église, et qui donnait chaque année trois ou quatre pièces de vin blanc. De chaque côté de la tonnelle, de grands carrés plantés d’arbres fruitiers, très vieux. Au bout du jardin, une porte de bois à claire-voie s’ouvrait sur la campagne. De là, on voyait le soleil se coucher, et en se retournant, on apercevait le chevet de la cathédrale et ses derniers contreforts, tout dorés par le soir. L’humble image de Mélié est liée pour moi au souvenir de ce coin de terre, d’une paix profonde et presque solennelle.

Illustration Charles Atamian

Toutes les fois que je songe à Mélie, je revois une fillette de dix à douze ans, laide, assez grande, très maigre, criblée de taches de son, les yeux luisants à travers des cheveux en broussailles ; les pieds dans de vieilles bottines à élastiques, éculées et crevées ; des haillons sans couleur, un corsage boutonné de travers, et toujours quelque pli de chemise passant par la fente de la jupe. Bref, un parfait guenillon. Ce qu’elle avait de mieux, c’était une grande bouche avec des dents de jeune chien, qu’elle montrait continuellement, à moi du moins, car elle ne pouvait me regarder sans rire de béatitude.

Moi, il paraît que j’étais une fille assez jolie, mais surtout très blanche, très délicate, avec de longs cheveux couleur de marron d’Inde. Mon frère, un peu plus âgé que moi et très taquin, appelait cela des cheveux carotte pour me faire enrager. Ou bien il les comparait à la queue du Petit-Blond (le Petit-Blond était un petit Percheron rougeaud, solide et entêté, un compagnon d’enfance, qui nous promenait dans la belle saison et qui prenait visiblement plaisir à nous secouer le plus possible dans sa charrette). Enfin, et qu’elle qu’en fût la nuance, c’étaient des cheveux que mon père aimait beaucoup et dont on avait grand soin. Avec cela des yeux verts très singuliers et, dans toute ma personne, quelque chose de maladif et d’exalté. J’avais l’air d’une petite fille un peu irréelle. Je rapporte ce qu’on me dit. Il est évident que, pour Mélie tout au moins, j’appartenais à un monde supérieur, au même monde que les figures diaphane d’anges et de saints qu’elle voyait dans les vitraux d’église.

Comment avais-je fait la connaissance de Mélie ? Je ne sais plus. Ses parents étaient des pauvres gens du voisinage. Ce qui est sûr, c’est qu’ils ne s’occupaient guère de leur fille, que je m’étais accoutumée à la voir partout sur mon chemin, et qu’elle vivait dans mon ombre.

Je ne pense point qu’au commencement mon père n’eût essayé d’éloigner de moi cette petite sorcière. Car vraiment ce n’était pas une compagnie pour une petite fille de riche bourgeoisie, comme j’étais. J’imaginai qu’elle avait été vaincu par la persévérance de Mélie, par sa souplesse de couleuvre à se glisser, paraître et disparaître, et peut-être aussi par mes prières. Je sentais bien, en effet, que j’étais bien pour Mélie une espèce de petite madone ; et une madone ne s’irrite point que les gueux lui fassent leurs dévotion, du fond de la chapelle.

Illustration Charles Atamian

Elle était si peu gênante, la pauvre Mélie ! Elle ne me demandait que de la supporter, non pas même à côté de moi, mais derrière. Le matin, quand la bonneme conduisait au couvent, Mélie, embusquée au coin de la porte, guettait ma sortie. Elle prenait le cartable où étaient mes livres et nous suivait à quelques pas de distance. Je lui disais : « Merci, Mélie ! » Cela lui suffisait. Elle savait bien que mon père n’eût pas souffert qu’elle marchât à mes côtés, et qu’il n’eût pas trouvé convenable que je fisse la conversation avec elle dans la rue, et elle était elle-même tout à fait de cet avis.

Elle avait d’ailleurs de la dignité, celle que conserve, sans le savoir et sans y tâcher, tout amour désintéressé et profond. Ainsi, quoiqu’elle fût bien pauvre, je ne lui donnais jamais de sous. Une fois que j’avais voulu lui en donner, elle avait refusé en secouant énergiquement sa tête de loup. Seulement, quand j’avais quelque friandise, des crottes de chocolat ou des macarons, je lui en offrais derrière mon dos tout en trottinant près de ma bonne, et elle venait les prendre. Les bonbons, cela s’accepte.

Je me demande quelquefois pourquoi Mélie était si loqueteuse, car certainement on devait lui donner, à la maison, de vieille hardes et de quoi se vêtir plus proprement…Je lui faisais honte, quelquefois, de ses cheveux jamais peignés, de ses boutons arrachés, de ses taches et de ses accrocs… Alors elle baissait la tête, très confuse, et ne disait rien. Et elle reparaissait le lendemain aussi minable que devant. C’était sans doute plus fort qu’elle.

Il faut dire qu’avec la vie qu’elle menait il lui eût été difficile d’être tirée à quatre épingles. Tout le temps qu’elle n’était pas avec moi, elle le passait soit à se battre dans la rue avec des galopins, soit à courir les champs, à grimper aux arbres, à cueillir des fleurs, à dormir dans les foins. Une vraie petite faunesse ! Elle ne savait pas lire, n’étant jamais allée à l’école, mais elle connaissait très bien les herbes, celles qui sont bonnes pour les rhumes, celles qui sont rafraîchissantes, celles qui guérissent les douleurs, celles qui cicatrisent les plaies… Elle en apportait souvent à la cuisine, et aussi des mâches, du cresson, des pissenlits, et d’énormes bouquets de violettes, de perce-neige, de coucous, de marguerites, de coquelicots, de bleuets.

Autant de prétextes pour se glisser dans la maison. Ou bien, elle rôdait autour de la cuisine, épiant l’aubaine d’une commission à faire : le pain qui manquait au moment du déjeuner, le boucher qui n’envoyait pas la viande. Mélie courait, était de retour en un clin d’œil, et alors elle ne s’en allait plus, se dissimulait dans les coins, passait par les portes entrebâillées, me cherchait, et finissait par me retrouver. C’était le plus souvent au jardin. Elle se montrait d’abord de loin, timidement. Je lui faisait signe de s’approcher. Et elle accourait, une joie de paradis dans ses yeux.

-Oh ! mademoiselle, mademoiselle !

Nous nous installions sur un banc, sous la tonnelle, et là, bien cachées, nous causions à l’aise. Ce que nous disions, je l’ai oublié ; mais je me rappelle très bien ce que nous faisions. Mélie était très ingénieuse. Elle m’apprenait à faire des sifflets avec des branches de saule, des canons avec du sureau, des balles avec des coucous, des couronnes avec toutes sortes de fleurs, et des pompes avec des pailles enfoncées dans les trous d’un noyau d’abricot (mon Dieu ! c’est bien simple : on fait les trous en usant le noyau contre du grès, et, par ces trous, on retire l’amande avec une épingle). Quand elle avait reçu quelques sous pour ses commissions, elle achetait, chez une couturière de la villes, des fouffes, c’est-à-dire des rognures d’étoffes et des bouts de ruban, et, roulant et cousant ensemble ces chiffons multicolores autour d’une poignée de foin et de quatre bâtonnets, elle en fabriquait des poupées qui me semblaient superbes, des poupées éclatantes, fantastiques, avec des têtes en satin rose et des gestes imprévus, des poupées bien plus vivantes – Bourget n’hésiterait pas à dire : plus suggestives – que celles qu’on achète chez les marchands.

Mélie était aussi généreuse. Un jour, en sortant, je la vis qui m’attendait accotée contre une borne et tenant une longue tartine sur laquelle fumait une couche de pommes de terre écrasées et assaisonnées de ciboules et d’autres herbes. Il y avait beaucoup plus épais de pommes de terre que de pain, et cela sentait bon, mais bon ! Je n’y pus tenir :

Ça ne doit pas être mauvais, ça, Mélie ?

Tout de suite, elle me tendait la tartine, où ses dents de loup avaient découpé des demi-cercles comme à l’emporte pièce. Et moi, si chétive et l’on grondait toujours parce que je ne mangeais point, je dévorai la tartine en le barbouillant de pommes de terre jusqu’au bout du nez. Et Mélie me regardait d’un air drôle, où il y avait du ravissement, de la fierté de voir que j’appréciais si fort sa cuisine, et aussi, tout au fond, un peu de regret…. A partir de ce jour-là, toutes les fois qu’on faisait quelque fricot chez elle, elle m’en apportait dans du papier. Elle tirait cela de sa poche avec des mines mystérieuses…Mais ce n’était plus la tartine de pommes de terre ! C’étaient des mangeailles de pauvre qui sentaient décidément trop fort. J’essayais d’y goûter ; mais cela ne passait pas, je lui disais que je n’avais plus faim, et elle en était toute triste.

En somme, Mélie m’inspirait, par certains côtés, une sorte de considération. Sa force, son agilité, sa hardiesse, étonnait ma timidité de fillette frêle, recluse et surveillée. Je l’enviais de pouvoir courir partout et de ne rien craindre. Parfois elle sentait le foin où elle s’était roulée, et elle en avait encore des brins dans les cheveux. Elle me faisait rêver de vie libre à travers champs, à la Robinson. Quand nous étions bien sûres d’être seules, elle grimpait aux arbres du verger, secouait les branches, faisait pleuvoir les fruits mûrs, arrachait les autres à poignées. Elle aimait beaucoup les pommes vertes, et surtout les abricots verts, durs comme des balles. Elle m’affirmait, en les croquant, que c’était très bon, et j’en croquais aussi, par amour-propre, et pour faire comme elle. Mais, tout de même, j’aimais mieux les fruits un peu plus mûrs…Nous n’avions que des cerisiers très tardifs. Je lui dis une fois que c’était très ennuyeux de n’avoir pas encore de cerises. Le lendemain, elle m’en rapporta plein sa jupe. Elle les avait pillées dans quelque jardin. Elle volait pour moi, pour moi elle aurait tué. Et, dès qu’elle voyait quelqu’un de la maison venir de notre côté, -à moins que ce ne fût ma bonne ou la cuisinière, qui étaient assez de ses amies, – elle disparaissait je ne sais comment, par quelque trou de haie.

Les plus mauvais jours pour Mélie, c’étaient ceux où de petites amies venaient me voir. Mélie continuait à tourner autour de moi, mais je passais devant elle sans lui parler, sans avoir l’air de la connaître. Et alors elle se reculait, s’effaçait, se faisait petite. Elle ne m’en voulait point, elle comprenait que ces belles petites filles élégantes devaient ignorer qu’elle était mon amie. Elle ne se disait pas que je rougissais d’elle, ou, si elle se le disait, elle trouvait cela tout naturel : mais je sentais que tout de même cela lui faisait gros cœur.

Un autre chagrin pour elle, c’était quand mon père m’emmenait avec mon frère à une maison de campagne, très rustique et flanquée d’une fermette, qu’il possédait à une petite lieue de la ville.

Elle essayait bien de nous suivre de loin, mais mon père ne le souffrait pas, la renvoyait avec sa grosse voix. un jour, comme nous approchions de la ferme, je vis Mélie, toute empoussiérée, surgir d’un fossé où elle s’était tapie pour me voir passer. Elle restait là, tremblante, prête à s’enfuir au moindre mouvement hostile de mon père. J’en fus attendrie :

Père, dis-je, bien doucement, laissez-la marcher derrière nous. Qu’est-ce que cela nous fait ?

Mon père consentit ; et Mélie, radieuse, me suivait comme un bon chien ; et, de temps en temps, je lui tendais la main par derrière sans rien dire ; elle la prenait dans la sienne et posait dessus, un instant, son autre patte. Rien de plus.

Vers la fin du déjeuner, je trouvai moyen de sortir seule et je portai à Mélie, blottie contre la porte, du pain, un peu de viande, du fromage, ce que j’avais pu prendre.

-Oh ! mademoiselle, mademoiselle !

Puis, je jouai avec mon frère sous les grands arbres qui entouraient la ferme ; et, sans la voir, je devinais que Mélie était dans les environs, cachée par quelque buisson, et qu’elle me regardait, et que cela la rendait contente.

A un moment, me frère me quitta, et bientôt après j’entendis des cris du côté de la ferme. J’y courus et je vis, devant l’écurie, la pauvre Mélie mouillée jusqu’aux genoux, sa robe ruisselante, ses pieds clapotant dans ses savates. Le méchant garçon l’avait empoignée à l’improviste et trempée dans l’auge de pierre, pleine d’eau de pluie, où buvaient les chevaux. Mélie pleurait ; mais dès qu’elle m’aperçut, sachant bien que j’allais gronder mon frère et que cela amènerait une querelle, ne voulant point m’ennuyer, ni m’attrister, ni que je prisse la peine de la plaindre ou que je fisse l’effort de la défendre, elle renfonça subitement ses larmes, et, souriant avec sa grande bouche, elle me dit :

-Ce n’est rien, mademoiselle. C’était pour s’amuser…

Quand vint l’époque de ma première communion, je montrai une piété ardente dont Mélie fut toute impressionnée. Elle voulut faire comme moi, communier le même jour. Elle n’était pas prête du tout, n’ayant jamais suivi le catéchisme. Ce fut moi qui l’introduisis, qui lui parlai de Dieu. Mais, tandis que ma piété était pleine d’amour et d’espérance, il y avait surtout dans la sienne de l’étonnement et de la crainte.

Le jour de la cérémonie, j’avais une telle fièvre que mon cierge tremblait dans ma main et arrosait les voiles de mes voisines. On dut me l’enlever. Au dernier rang, Mélie, presque propre, toute rouge dans sa grosse mousseline bleuie par par le lavage, ne me quittait pas du regard. Elle priait pour sa petite malade ; car elle ne demandait jamais rien pour elle-même, se jugeant tout à fait négligeable aux yeux de Dieu, et ne croyant pas qu’il pût avoir le moindre plaisir à s’occuper d’elle. De moi, à la bonne heure !

L’après-midi, mon parrain le cardinal me confirma la première, et mes parents m’emmenèrent vite à notre maison de campagne… Mélie m’attendait, dans son fossé, au bord d’un champ d’avoine. Mon cœur se fondit, et je lui envoyai un baiser.

On me coucha. J’entendis, de mon lit, le bruit des vois et des rires, car toute la famille était réunie à dîner pour la circonstance. Je ne pensais à rien, envahie seulement par la tristesse de la tombée du jour, de cette heure si mélancolique et si grise dans ces grandes plaines de la Champagne.

Paul Bourget par Charles Gallot Photographe

Je sentis des fleurs fraîches dans mes mains. Mélie était là, agenouillée, le front sur le bord de mon lit. Je voulais parler ; elle me supplia de me taire, de rester calme, de dormir, – pour qu’on ne chassât pas… Mon père vint me voir et me trouva endormie, tenue par elle, son bras sous ma tête. Il n’eût pas le courage de la renvoyer ce jour-là et lui fit porter à manger.

Quelque temps après, ma mère exigea que j’apprisse tout ce que doit savoir une bonne maîtresse de maison. Félicie, une petite ouvrière bossue et très douce, qui venait plusieurs fois par semaine (je vois encore sa silhouette humble et falote sur les rideaux blancs de la fenêtre), eut l’ordre de m’apprendre à coudre. D’autres furent chargées à m’enseigner le soin du linge et un peu de repassage. Je dus aussi ranger moi-même mes affaires dans ma chambre.

Tout cela m’ennuyait bien, car j’avais une passion : la lecture. Heureusement, ma mère était souvent absente ; et Mélie avait fini par se faire tolérer dans la maison. Elle assistait aux leçons de Félicie et des autres ouvrières ; et, dans son désir de m’aider, elle apprit beaucoup plus vite que moi. C’était elle, la plupart du temps, qui faisait à ma place les petites besognes dont on me chargeait : ourlets, reprises, linge à plier ; et c’était elle qui mettait ma chambre en ordre.

Pendant qu’elle travaillait, je lisais, assise dans un coin,me bouchant les oreilles avec mes pouces pour n’avoir pas de distraction. Je lisais le Vie des saints, l’Histoire romaine de Rollin, des récits de voyage, et je ne sais quel vieux petit livre à tranches rouges qui contenait des anecdotes sur le XVIIIe siècle. Et, quand Mélie avait fini, je lui racontait mes lectures : c’était là sa récompense.

Roulée à mes pieds, en boule, immobile, les yeux attachés sur moi, elle m’écoutait avec extase, comme on écouterait le bon Dieu. Je racontais très bien paraît-il, avec un grand sérieux, des gestes expressifs, une extrême ardeur de conviction. Je me rappelle qu’une de ces histoires commençait par cette phrase :

Au temps où Mme de Pompadour régnait sur la France…

Je ne sais trop ce que Mme de Pompadour représentait pour Mélie, ni même pour moi. Mais je me souviens que c’était une bien belle histoire.

Ici, un grand trou dans ma mémoire, une longue maladie, la petite vérole, la fièvre, le délire. De tout cela, une seule vision m’est restée : Mélie à mes côtés, remuant des tisanes ; Mélie accroupie par terre ; Mélie à cheval sur mon petit lit, me tenant les mains doucement, et pourtant de toutes ses forces, et m’empêchant de me gratter la figure.

On lui avait dit que, si je me grattais, je deviendrais laide ; et elle veillait sur ma beauté comme un gnome sur un trésor.

Comment la souffrait-on auprès de moi et l’exposait-on à prendre monmal ? On avait tout fait pour l’empêcher d’entrer ; puis, un matin,on l’avait surprise dans un coin de ma chambre, derrière un fauteuil, où elle avait passée la nuit. Il n’était plus temps de la renvoyer ; au reste, elle aurait bien trouvé moyen de revenir, car les portes n’étaient jamais bien fermées dans cette grande maison de province…

Le jour où je commençai à aller mieux (on était en avril et il y avait du soleil sur mes draps), Mélie m’apporta des brassées de fleurs et des balles de coucous. Nous jouions à nous jeter ces balles ; j’étais si maladroite et si faible encore, que je les laissais souvent tomber. Mélie les ramassait dans les coins, sous les meubles, à quattre pattes, avecune agilité de chat ; et cela m’amusait.

J’avais les enfantillages de la convalescence, des enfantillages plus jeunes que moi, quoique je ne fusse qu’une petite fille. L’intelligence, après une si longue et si rude secousse, ne me revenait que très lentement. Je me retrouvais plus proche de Mélie, presque aussi simple qu’elle ; et, quand je m’efforçais de me rappeler le passé (oh ! comme il me semblait loin !), c’est toujours avec Mélie que je me revoyais, sous le berceau de vigne ou dans le verger. Et, très gravement, nous échangions nos souvenirs :

Te rappelles-tu, Mélie ?

Oh ! oui, mademoiselle...

Et maintenant, c’était elle qui se rappelait le mieux les belles histoires que lui avais contées, et c’était moi qui les lui demandais et qui l’écoutais à mon tour.

-Et cette autre, Mélie, tu sais bien ? où ça parlait de Mme de Pompadour…

Attendez, mademoiselle, je vais la retrouver.

Et Mélie commençait :

Au temps où Mme Pompadour régnait sur la France…

Un jour, Mélie ne vint pas. C’était le premier jour où l’on m’avait permis de me lever. Je la réclamai avec insistance. Ma mère me dit que Mélie était malade, mais qu’elle viendrait bientôt.

Le lendemain, on me transporta à la campagne. Tout le monde s’empressait autour de moi, cherchait à me distraire, me faisait jouer. Mon père passait avec moi de longues heures et, quand le soleil était chaud, me promenait sous les arbres au feuillage tendre et tout neuf et par des chemins tout neigeux d’aubépine. Cependant, je n’oubliais pas Mélie et, de temps en temps, je demandais à la voir.

Mélie, me dit mon père, est très malade. Mais sois tranquille, je lui ai envoyé le médecin et tout ce qu’il faut ; elle est très bien soignée. Tu la verras quand elle sera guérie.

Mes forces revenaient peu à peu. J’avais grand appétit. Je jouissais vivement de toutes choses, du bon air, de la bonne chaleur, des bons petits plats qu’on me faisait, des fleurs, des arbres, des prés, de la promenade, comme quelqu’un qui refait la découverte de la vie. Je m’épanouissais délicieusement dans l’égoïsme de la convalescence. Une fois pourtant j’interrogeai :

Et Mélie ?

Elle est morte, répondit tristement ma mère.

Pauvre Mélie ! fis-je rêveusement et comme songeant à quelque chose de très vague et de très lointain…

Et je n’y pensai plus.

Mais, depuis, j’y ai pensé très souvent.

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COMME VA LE MONDE ! – LE CHANSONNIER PÉTRARQUE SONNET 290 (2ème Partie) CANZONIERE CCXC – Come va ‘l mondo!

Ivan Kramskoï, Иван Николаевич Крамской, L’Inconnue, 1883, Galerie Tretiakov, Moscou

*

FRANCESCO PETRARQUE CHANSONNIER

Francesco PETRARCA
1304 – 1374

Traduction Jacky Lavauzelle

——–

Canzoniere Petrarca 
Sonetto 290

LE CHANSONNIER PETRARQUE
Sonnet 290
CCXC
Dante Boccace Petrarque Guido Cavalvanti Cino da Pistoia Guittone dArezzo Trecento Italien 1544 Giorgio Vasari

Rerum vulgarium fragmenta

Fragments composés en vulgaire

SECONDA PARTE
Deuxième Partie

290/366

*

**********



Come va ‘l mondo! or mi diletta et piace
Comme va le monde ! maintenant me ravit et j’aime
quel che piú mi dispiaque; or veggio et sento
ce qui me déplaisait le plus ; maintenant je vois et j’entends
che per aver salute ebbi tormento,
que, pour mon salut, j’ai souffert mille tourments,
et breve guerra per eterna pace.
et eu une courte guerre pour la paix éternelle.

*

O speranza, o desir sempre fallace,
Ô espérance, ô désir toujours fallacieux,
et degli amanti piú ben per un cento!
et cent fois plus que ceux des amants !
O quant’era il peggior farmi contento
Oh ! comme pire cela aurait été qu’elle me rende heureux
quella ch’or siede in cielo, e ‘n terra giace!
celle qui se trouve au ciel et sous terre !

*

Ma ‘l ceco Amor et la mia sorda mente
Mais l’aveugle Amour et mon esprit sourd
mi travïavan sí, ch’andar per viva
m’ont si bien égaré, que je devais avancer de vive
forza mi convenia dove morte era.
force là où était la mort.

*

Benedetta colei ch’a miglior riva
Bénie celle qui m’a orienté
volse il mio corso, et l’empia voglia ardente
sur une meilleure route, et qui, mon impie désir brûlant,
lusingando affrenò perch’io non pèra.
a tempéré, m’empêchant ainsi de périr.



***************

********************
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
*********************

Ritratto_di_francesco_petrarca,_altichiero,_1376_circa,_padova

canzoniere Petrarca 290
le chansonnier Pétrarque Sonnet 290
canzoniere poet

FRANCESCO PETRARQUE CHANSONNIER

*

LE PLUS IMPORTANT DES MOTS – Poème de Marina Tsvétaïeva – Марина Ивановна Цветаева- 1912 – Он приблизился, крылатый

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LITTÉRATURE RUSSE
POÉSIE RUSSE
Русская литература

Русская поэзия


TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE


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Marina Tsvétaïeva – photo de Pierre Choumoff ( Пётр Ива́нович Шу́мов )

Marina Ivanovna Tsvetaïeva
Марина Ивановна Цветаева

poétesse russe
русская поэтесса
Moscou 26 septembre 1892 – Ielabouga 31 août 1941
26 сентября 1892, Москва — 31 августа 1941, Елабуга

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 ____________________________________________

LE PLUS IMPORTANT DES MOTS
1912
Он приблизился, крылатый 
____________________________________________

Arkhip Kouïndji, Архип Іванович Куїнджі, Coucher de soleil rouge,Красный закат, 1905, 1908

**********************

Он приблизился, крылатый,
Il s’est approché, ailé,
И сомкнулись веки над сияньем глаз.
Et a fermé tes paupières sur l’éclat de tes yeux.
Пламенная — умерла ты
Ardents – tu es mort
В самый тусклый час.
Aux heures les plus sombres.

*

Что искупит в этом мире
Qui rachètera donc dans ce monde
Эти две последних, медленных слезы?
Ces deux dernières larmes fugitives ?
Он задумался. — Четыре
Pensa-t-il – quatre
Выбили часы.
Heures sonnèrent à l’horloge.

*

Незамеченный он вышел,
Furtivement, il sortit,
Слово унося важнейшее из слов.
Emportant le plus important des mots.
Но его никто не слышал —
Mais personne n’entendit –
Твой предсмертный зов!
Ce dernier appel !

*

Затерялся в море гула
Dans le fracas de la mer s’est perdu
Крик, тебе с душою разорвавший грудь.
Un cri, déchirant et ton cœur et ton âme.
Розовая, ты тонула
Rose, tu te noies
В утреннюю муть…
Au petit matin…

*********

Москва, 1912
Moscou, 1912

**********************

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Marina Tsvétaïeva – Marina Tsvetaeva – en 1924

__________________________________________
Poésie de Marina Tsvétaïéva
Поэзия Марины Чветаевой

__________________________________________

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L’ECLAT DU DIABLE – Sergueï Essénine – 1922 – Да! Теперь решено

Littérature Russe
ESSENINE POEME

**********************

 

русский поэт- Poète Russe
русская литература

***
стихотворение  – Poésie

***

 

 

Sergueï Essénine
Сергей Александрович Есенин

3 octobre 1895 Konstantinovo (Rybnov) – 28 décembre 1925 à Leningrad
3 октября 1895, Константиново – 28 декабря 1925, Ленинград
TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

****

LA POESIE DE SERGUEÏ ESSÉNINE
****

L’ECLAT DU DIABLE
****
Да! Теперь решено

1922
****

*******************

Да! Теперь решено. Без возврата
Oui ! Maintenant, c’est fini. Sans me retourner
Я покинул родные поля.
Je quitte ma maison, mon pays.
Уж не будут листвою крылатой
Feuilles ailées, je ne vous verrai plus
Надо мною звенеть тополя.
Au-dessus de moi tomber du peuplier.

*

Низкий дом без меня ссутулится,
Frêle demeure, je te laisse à ton sort,
Старый пес мой давно издох.
Vieux chien, sous terre, resté fidèle, je te quitte.
На московских изогнутых улицах
Dans les tortueuses rues de Moscou
Умереть, знать, судил мне Бог.
Où je rends l’âme, dignement, Dieu m’a jugé.

*

Я люблю этот город вязевый,
J’aime cette ville blême,
Пусть обрюзг он и пусть одрях.
Ballonnée et corrompue.
Золотая дремотная Азия
Somnolente Asie dorée
Опочила на куполах.
Où le silence sur les dômes se pose.

*

А когда ночью светит месяц,
Et quand le mois brille la nuit,
Когда светит… черт знает как!
Quand resplendit… l’éclat du diable !
Я иду, головою свесясь,
Je marche où me mène ma tête,
Переулком в знакомый кабак.
Retrouver ma taverne familière.

 

*

Шум и гам в этом логове жутком,
Le fracas dans cette tanière monte,
Но всю ночь, напролет, до зари,
Mais toute la nuit, jusqu’à l’aube,
Я читаю стихи проституткам
Je lis des poèmes aux prostituées
И с бандитами жарю спирт.
Et aux crapules, je les noie dans l’alcool.

*

Сердце бьется все чаще и чаще,
Mon cœur bat de plus en plus fort,
И уж я говорю невпопад:
Et me voici qui parle à sa place :
— Я такой же, как вы, пропащий,
– Je suis comme toi, perdu,
Мне теперь не уйти назад.
Et maintenant, je suis sans rivage.
*
Низкий дом без меня ссутулится,
Frêle demeure, je te laisse à ton sort,
Старый пес мой давно издох.
Vieux chien, sous terre, resté fidèle, je te quitte.
На московских изогнутых улицах
Dans les tortueuses rues de Moscou
Умереть, знать, судил мне Бог.
Où je rends l’âme, dignement, Dieu m’a jugé.
1922

*******************

LES POEMES DE SERGUEÏ ESSENINE

*****

****

LA POESIE DE SERGUEÏ ESSÉNINE
****

поэзия есенина
****

SERGUEÏ ESSENINE JE SUIS LE DERNIER POETE DES CAMPAGNES- 1920 – Я последний поэт деревни

 

Littérature Russe
ESSENINE POEME 1920

**********************

 

русский поэт- Poète Russe
русская литература

***
стихотворение  – Poésie

***

 

 

Sergueï Essénine
Сергей Александрович Есенин

3 octobre 1895 Konstantinovo (Rybnov) – 28 décembre 1925 à Leningrad
3 октября 1895, Константиново – 28 декабря 1925, Ленинград
TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

****

LA POESIE DE SERGUEÏ ESSÉNINE
****

JE SUIS LE DERNIER POETE DES CAMPAGNES
Я последний поэт деревни

 

1920
****

*******************

Я последний поэт деревни,
Je suis le dernier poète des campagnes,
Скромен в песнях дощатый мост.
Le dernier à chanter le modeste pont de bois.
За прощальной стою обедней
Debout, j’assiste encore à la messe d’adieu
Кадящих листвой берез.
Des dernières feuilles du bouleau.
*
Догорит золотистым пламенем
En flamme d’or, elle brûle
  Из телесного воска свеча,
La chandelle de mon corps de cire,
И луны часы деревянные
Et l’horloge de la lune sur les arbres
Прохрипят мой двенадцатый час.
Me montre ma douzième heure.
*
На тропу голубого поля
Sur le chemin du champ bleu
Скоро выйдет железный гость.
L’invité de fer bientôt pénétrera.
Злак овсяный, зарею пролитый,
L’avoine que redresse l’aube,
Соберет его черная горсть.
Bientôt sera fauchée par sa main noire.

 

*

Не живые, чужие ладони,
Non vivantes, paumes étrangères,
Этим песням при вас не жить!
Mes chansons ainsi ne peuvent vivre !
Только будут колосья-кони
Seuls les chevaux désappointés,
О хозяине старом тужить.
Attendent en vain leur maître.
*
Будет ветер сосать их ржанье,
Leurs hennissements par le vent s’effaceront,
Панихидный справляя пляс.
Les bourrasques libéreront son requiem.
Скоро, скоро часы деревянные
Bientôt, bientôt, horloge de la lune sur les arbres
Прохрипят мой двенадцатый час!
Me montrera ma douzième heure !

 

********

Бабушкины сказки
C. А. Есенин

*******************

LES POEMES DE SERGUEÏ ESSENINE

*****

****

LA POESIE DE SERGUEÏ ESSÉNINE
****

поэзия есенина
****

LE NUAGE EN PANTALON (MAÏAKOVSKI – 1915) DEUXIEME PARTIE

****

Владимир Маяковский

русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe
 

 





 

Владимир Владимирович Маяковский
Vladimir Maïakovski

1893-1930

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
стихотворение Лермонтова

 




 Théâtre de Vladimir Maïakovski

VLADIMIR MAÏAKOVSKI
1915
Облако в штанах
LE NUAGE EN PANTALON

Тетраптих – Tétraptyque

II


DEUXIEME PARTIE



**

Славьте меня!
Grâce !
Я великим не чета.
Je ne fais pas le poids.
Я над всем, что сделано,
Moi, sur tout ce qui est fait,
ставлю «nihil».
Je mets un «nihil».

Никогда
Jamais !
ничего не хочу читать.
Je ne veux pas lire.
Книги?
Des livres ?
Что книги!
Quoi, les livres !

Я раньше думал —
Je pensais –
книги делаются так:
que livres étaient faits comme ça :
 пришел поэт,
le poète arrive,
легко разжал уста,
il desserre sa bouche,
и сразу запел вдохновенный простак —
et immédiatement il entame, le simplet, un couplet à chanter-
пожалуйста!
C’est fait !
А оказывается —
Et il se trouve qu’en réalité –
прежде чем начнет петься,
avant qu’il ne commence à chanter,
долго ходят, размозолев от брожения,
il lui faille une longue marche, une longue fermentation,
и тихо барахтается в тине сердца
et qu’il laisse son cœur patauger tranquillement dans sa boue
глупая вобла воображения.
la stupide imagination du gardon.
Пока выкипячивают, рифмами пиликая,
Alors que l’on cuisine, en grattant des rimes,
из любвей и соловьев какое-то варево,
Une fricassée d’amour au rossignol
улица корчится безъязыкая —
la rue  se tortille sans langue-
ей нечем кричать и разговаривать.
Elle n’a rien à crier et elle n’a rien à dire.

Городов вавилонские башни,
Des tours de Babel se dressent dans nos villes
возгордясь, возносим снова,
Elles grimpent  à nouveau,
а бог
et dieu
 города на пашни
plante des villes sur les terres arables
 рушит,
qu’elles détruisent,
мешая слово.
confusion des mots.

Улица муку молча пёрла.
En silence, la rue avale sa peine.
Крик торчком стоял из глотки.
Un cri se glace dans sa gorge.
Топорщились, застрявшие поперек горла,
Coincés dans la gorge irritée,
пухлые taxi и костлявые пролетки
De gras taxis et d’osseux fiacres
грудь испешеходили.
Et une poitrine piétinée.
Чахотки площе.
Infectée.
Город дорогу мраком запер.
La route de la ville est verrouillée par l’obscurité.

И когда —
Et quand –
все-таки!—
après tout ! –
выхаркнула давку на площадь,
Elle a écrasé les badauds sur la zone,
спихнув наступившую на горло паперть,
Ecartant le porche  qui encombrait sa gorge,
думалось:
faisant penser à
 в хорах архангелова хорала
un chant par des chorales d’archanges,
бог, ограбленный, идет карать!
Dieu, dépouillé, venait pour punir !

А улица присела и заорала:
La rue s’est accroupie et a crié :
 
«Идемте жрать!»
« Allons manger! »

Гримируют городу Круппы и Круппики
Les gros Krupps et les maigres Krupps maquillent sur la ville
грозящих бровей морщь,
de menaçant sourcils froncés
а во рту
et dans la bouche
умерших слов разлагаются трупики,
des mots morts décomposés cadavériques,
 только два живут, жирея —
Seulement deux mots survivent, et profitent –
«сволочь»
« bâtard »
и еще какое-то,
et un autre,
кажется, «борщ».
Il me semble : «borchtch».

Поэты,
Poètes,
 размокшие в плаче и всхлипе,
Affadis par les pleurs et encore les pleurs,
бросились от улицы, ероша космы:
se sont précipités dans la rue, ébouriffantes crinières :
«Как двумя такими выпеть
« Comment avec ces deux uniques mots
и барышню,
pouvoir évoquer la jeune femme,
и любовь,
et l’amour
и цветочек под росами?»
et la floraison sous la rosée? « 
 А за поэтами —
Et après le poète –
уличные тыщи:
des milliers se sont retrouvés dans la rue :
студенты,
les étudiants
проститутки,
les prostituées,
подрядчики.
les entrepreneurs.

Господа!
Seigneur!
Остановитесь!
Stop!
Вы не нищие,
Vous n’êtes pas des gueux,
вы не смеете просить подачки!
ne demandez pas l’aumône !

Нам, здоровенным,
Pour nous, les costauds,
с шаго саженьим,
avec nos grandes enjambées,
надо не слушать, а рвать их —
il n’est nullement nécessaire de les écouter, il faut les réduire en miettes-
их,
oui, eux
присосавшихся бесплатным приложением
qui bénéficient de gratuité
  к каждой двуспальной кровати!
pour chaque lit double!

 





Их ли смиренно просить:
Est-ce que humblement nous allons nous abaisser à dire :
«Помоги мне!»
« Aidez-nous ! »
Молить о гимне,
Demandez-leur un hymne,
 об оратории!
un oratorio !
Мы сами творцы в горящем гимне —
Nous sommes les créateurs de l’hymne ardent –
шуме фабрики и лаборатории.
le bruit des usines et des laboratoires.

Что мне до Фауста,
Que m’importe Faust,
феерией ракет
d’extravagants missiles
скользящего с Мефистофелем в небесном паркете!
se déplaçant avec Méphistophélès sur la piste de danse céleste !
Я знаю —
Je sais –
гвоздь у меня в сапоге
qu’un seul clou dans ma botte
кошмарней, чем фантазия у Гете!
est plus cauchemardesque encore que toute la fantaisie réunie de Goethe !

Я,
Moi
златоустейший,
Bouche dorée,
 чье каждое слово
dont chaque mot
 душу новородит,
renforce mon âme,
 именинит тело,
nettoie le corps,
говорю вам:
je vous le dis :
мельчайшая пылинка живого
le plus petit grain de poussière vivant
 ценнее всего, что я сделаю и сделал!
est chose plus précieuse que ce que je fais, et ce que j’ai fait !

Слушайте!
Ecoutez !
Проповедует,
Le prêche,
мечась и стеня,
nerveux, murmurant,
  сегодняшнего дня крикогубый Заратустра!
aujourd’hui de Zarathoustra !
Мы
Nous
с лицом, как заспанная простыня,
avec un visage comme une couette somnolente,
с губами, обвисшими, как люстра,
avec des lèvres tombantes comme un lustre,
 мы,
nous,
каторжане города-лепрозория,
les déclarés coupable, les condamnés de la ville léproserie,
 где золото и грязь изъязвили  проказу,—
où l’or et la saleté se posent sur la lèpre –
мы чище венецианского лазорья,
Nous sommes plus propres que la Venise bleue,
морями и солнцами омытого сразу!
par la mer et le soleil à la fois baignée !

Плевать, что нет
Je ne me soucie pas de trouver chez
  
у Гомеров и Овидиев
Homère et Ovide
людей, как мы,
des gens comme nous,
от копоти в оспе.
variolés de suie.
Я знаю —
Je sais –
солнце померкло б, увидев
que le soleil s’assombrirait, voyant
наших душ золотые россыпи!
dans nos âmes cette mine d’or !

Жилы и мускулы — молитв верней.
Veines et muscles – valent mieux que les prières des fidèles.
Нам ли вымаливать милостей времени!
Nous ne demandons pas les faveurs de temps !
 Мы —
Nous –
 каждый —
Chacun d’entre nous –
держим в своей пятерне
nous gardons dans nos cinq doigts
миров приводные ремни!
les rênes du mondes !

 





Это взвело на Голгофы аудиторий
J’ai gravi le Golgotha des auditoires
Петрограда, Москвы, Одессы, Киева,
de Petrograd, Moscou, Odessa, Kiev,
 и не было ни одного,
et il n’y avait rien, personne
  который
qui
не кричал бы:
a crié :
 «Распни,
« Crucifiez,
 распни его!»
Crucifiez-le! « 
Но мне —
A moi-
люди,
les gens
 и те, что обидели —
et ceux qui m’ont offensé, aussi –
вы мне всего дороже и ближе.
vous êtes ce qu’il y a de plus précieux pour moi et de plus intime.

Видели,
Avez-vous vu
 как собака бьющую руку лижет?!
un chien battu lécher la main qui le bat !

Я,
Moi,
обсмеянный у сегодняшнего племени,
vilipendé par la tribu d’aujourd’hui,
как длинный
comme une interminable
скабрезный анекдот,
anecdote indécente,
вижу идущего через горы времени,
Je vois venir à travers les montagnes du temps
которого не видит никто.
celui que personne ne voit.

Где глаз людей обрывается куцый,
Où les yeux des gens s’arrêtent,
главой голодных орд,
à la tête des hordes affamées,
в терновом венце революций
munie d’une couronne d’épines de révolutions,
 грядет шестнадцатый год.
la seizième année de notre siècle arrive.

А я у вас — его предтеча;
Et moi- son prédécesseur ;
 я — где боль, везде;
moi- partout où la douleur se trouve ;
на каждой капле слёзовой течи
sur chacun des pleurs
  распял себя на кресте.
je me suis crucifié.
   Уже ничего простить нельзя.
Rien ne peut plus être pardonné .
Я выжег души, где нежность растили.
J’ai brûlé les âmes où la tendresse existait.
 Это труднее, чем взять
Ceci est plus difficile que de prendre
тысячу тысяч Бастилий!
mille milliers de Bastille !

И когда,
Et quand,
приход его
lors de sa venue
мятежом оглашая,
dans le vacarme des rébellions,
выйдете к спасителю —
viendra le sauveur –
вам я
Pour vous, moi,
душу вытащу,
je m’arracherai la langue,
растопчу,
je la foulerai aux pieds,
чтоб большая!—
afin qu’elle grandisse ! –
и окровавленную дам, как знамя.
Et, sanglante, elle deviendra votre bannière.

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VLADIMIR MAÏAKOVSKI
1915




L’OURS TCHEKHOV 1888 Медведь FARCE EN UN ACTE Шутка

L’OURS TCHEKHOV Медведь

Шутка в одном действии
1888
TCHEKHOV

русская литература
Littérature Russe

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

 

 

Anton Pavlovitch Tchekhov
Антон Павлович Чехов
1860-1904

России театр
Théâtre Russe




——–


L’OURS

Farce en un acte

 

Медведь

Шутка в одном действии
1888

 Ivan Chichkine et Constantin Savitski
Un matin dans une forêt de pins
1886
Moscou, galerie Tretiakov.

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Действующие лица
Les Personnages

Елена Ивановна Попова, вдовушка с ямочками на щеках, помещица.
Elena Ivanovna Popova, jeune veuve avec des belles fossettes, propriétaire.

Григорий Степанович Смирнов, нестарый помещик.
Grigory Stepanovich Smirnov, propriétaire d’âge mûr.

Лука, лакей Поповой, старик.
Louka, un valet de pied de Popova, vieil homme.

******

Гостиная в усадьбе Поповой.
Dans le salon de la maison de Papova

*****

SCENE 1
сцена 1

Жизнь моя уже кончена.
Ma vie est déjà terminée.
Он лежит в могиле, я погребла себя в четырех стенах…
Il se trouve dans la tombe, et moi, je me suis enterrée entre ces quatre murs …
Мы оба умерли.
Nous sommes tous les deux morts.

**

SCENE 2
сцена 2

…Ты увидишь, Nicolas, как я умею любить и прощать…
 Tu vois, Nicolas, je sais aimer et pardonner …
Любовь моя угаснет вместе со мною, когда перестанет биться мое бедное сердце.
Mon amour disparaîtra avec moi quand s’arrêtera de battre mon pauvre cœur…

**

SCENE 3
сцена 3

…Нет, видно уж и вправду придется уйти в монастырь…
Non, je devrais me retirer plutôt dans un monastère …
(Задумывается)
(Elle réfléchit)

Да, в монастырь…
Oui, un monastère ..

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SCENE 4
сцена 4

Встречается мне сейчас по дороге акцизный и спрашивает:
J’ai rencontré juste avant le percepteur sur le chemin et qui me disait :
  «Отчего вы всё сердитесь, Григорий Степанович?»
«Pourquoi êtes-vous toujours en colère, Grigory Stepanovich ?« 
Да помилуйте, как же мне не сердиться?
Oui, mais comment pourrais-je ne pas être en colère ?

**

SCENE 5
сцена 5

…Ну, у вас муж умер, настроение там и всякие фокусы…
Eh bien, d’accord, vous avez un mari mort, votre humeur est là et toutes sortes de trucs …
приказчик куда-то уехал, черт его возьми, а мне что прикажете делать?
ce régisseur là-bas qui s’est enfui quelque part, qu’il soit damné, et moi, que dois-je faire ?…

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SCENE 6
сцена 6

Потому-то вот я никогда не любил и не люблю говорить с женщинами.
C’est pour ça que moi, je n’ai jamais aimé, et que je n’aime pas parler aux femmes.
Для меня легче сидеть на бочке с порохом, чем говорить с женщиной. Брр!..
Je préfère rester sur un baril de poudre que de parler à une femme. Brr !..

**

SCENE 7
сцена 7

жара невыносимая, денег никто не платит, плохо ночь спал, а тут еще этот траурный шлейф с настроением…
la chaleur est insupportable, personne ne me donne mon argent, une mauvaise nuit de sommeil, et puis il y a désormais la traîne funéraire avec ses humeurs …

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L’OURS TCHEKHOV
SCENE 8
сцена 8

**

SCENE 9
сцена 9

А вы думаете, что если вы поэтическое создание, то имеете право оскорблять безнаказанно?
Pensez-vous, parce que vous êtes une création poétique, avoir le droit de m’insulter en toute impunité ?

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SCENE 10
сцена 10

Вы не можете понять, какое счастие умереть под взглядами этих чудных глаз, умереть от револьвера, который держит эта маленькая бархатная ручка…
Vous ne pouvez pas comprendre quel le bonheur ce serait de mourir sous des yeux si merveilleux, mourir d’un revolver tenu par une petite main de velours …
Я с ума сошел!
je suis fou !

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L’OURS TCHEKHOV
CENE 11

сцена 11

Лука, скажешь там, на конюшне, чтобы сегодня Тоби вовсе не давали овса.
Louka, tu diras aux écuries, qu’aujourd’hui, Toby n’a pas besoin d’avoine.

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Занавес
Rideau

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L’OURS TCHEKHOV Медведь