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HÉLAS ! OSCAR WILDE Poème – Poem 1881

LA Hélas !
Hélas OSCAR WILDE




Traduction – Texte Bilingue

Traduction Jacky Lavauzelle

OSCAR WILDE
1854-1900

Photos Napoléon Sarony

 





Poem by Oscar Wilde


Poems in Prose

Poème d’Oscar Wilde
 Hélas !

Poème en Prose

 1881

Hélas Oscar Wilde 

Bouffon au luth
Luitspelende nar
1624-1626
Frans Hals
Musée du Louvre Paris

**

To drift with every passion till my soul
Dériver avec chaque passion jusqu’à ce que mon âme
 Is a stringed lute on which all winds can play,
Soit un luth sur lequel tous les vents pourraient jouer sur chacune de mes cordes,
Is it for this that I have given away
Est-ce pour ça que j’ai donné
Mine ancient wisdom, and austere control?
Mon antique sagesse et mon austère réserve ?
Methinks my life is a twice-written scroll
Je pense que ma vie est un palimpseste
Scrawled over on some boyish holiday
Gribouillé par une main enfantine désinvolte,
With idle songs for pipe and virelay,
Plein de chansons oisives pour pipe et virelai,
Which do but mar the secret of the whole.
Transformant ainsi le mystère de l’ensemble.

*

Surely there was a time I might have trod
Sûrement, il fut un temps où j’aurais foulé
The sunlit heights, and from life’s dissonance
Les hauteurs ensoleillées, et de la dissonance de la vie
Struck one clear chord to reach the ears of God:
J’aurais frappé un accord clair pour atteindre les oreilles de Dieu :
Is that time dead? lo! with a little rod
Ce temps est-il mort ? Hélas ! A l’aide d’une petite tige
I did but touch the honey of romance—
Je n’aurais pas dû toucher le miel de la romance –
And must I lose a soul’s inheritance?
Mais dois-je perdre pour cela l’héritage d’une âme ?

****

Hélas OSCAR WILDE

L’ARTISTE OSCAR WILDE THE ARTIST POEME EN PROSE

L’ARTISTE OSCAR WILDE
THE ARTIST




Traduction – Texte Bilingue

Traduction Jacky Lavauzelle

OSCAR WILDE
1854-1900

Photos Napoléon Sarony

 





Poem by Oscar Wilde
The Artist
Poems in Prose

Poème d’Oscar Wilde
 L’ARTISTE

Poème en Prose


Auguste Rodin

****
THE ARTIST OSCAR WILDE L’ARTISTE

One evening there came into his soul the desire to fashion an image of The Pleasure that Abideth for a Moment. 
Un soir, dans son âme, le désir de façonner une image du Plaisir d’un Instant, s’immisça.
And he went forth into the world to look for bronze. 
Et il partit alors dans le monde à la quête du bronze.
For he could think only in bronze.
Car il ne pouvait penser qu’en bronze.

*

But all the bronze of the whole world had disappeared, nor anywhere in the whole world was there any bronze to be found, save only the bronze of the image of The Sorrow that Endureth For Ever.
Mais tout le bronze du monde entier avait disparu, et nulle part dans le monde on ne pouvait en trouver, si ce n’est celui de la statue de l’Eternelle Douleur.

*

Now this image he had himself, and with his own hands, fashioned, and had set it on the tomb of the one thing he had loved in life.
Or, cette image, il l’avait lui-même, de ses propres mains, façonnée, et l’avait mise sur le tombeau de l’être qu’il avait aimé dans la vie.
On the tomb of the dead thing he had most loved had he set this image of his own fashioning, that it might serve as a sign of the love of man that dieth not, and a symbol of the sorrow of man that endureth for ever.
Sur le tombeau de l’être mort qu’il avait le plus aimé, il avait posé cette image façonnée par ses mains, afin qu’elle représente l’amour de l’homme qui ne meurt pas, et afin qu’elle soit un symbole de la douleur de l’homme qui demeure toujours.
And in the whole world there was no other bronze save the bronze of this image.
Et dans le monde entier, il n’y avait pas d’autre bronze que le bronze de cette image.

*

And he took the image he had fashioned, and set it in a great furnace, and gave it to the fire.
Et il prit l’image qu’il avait façonnée, et la posa dans une grande fournaise, et la donna au feu.

*

And out of the bronze of the image of The Sorrow that Endureth For Ever he fashioned an image of The Pleasure that Abideth for a Moment.
Et du bronze de l’Eternelle Douleur, il façonna la statue du Plaisir d’un Instant.

****

L’ARTISTE OSCAR WILDE

CIRKOPOLIS, LE SOLEIL BRILLE ENCORE DANS LA NUIT Poème de Jacky Lavauzelle

Poème




 CIRQUE ELOIZE
CIRK
OPOLIS
Le Soleil brille encore dans la nuit

*

D’après Miss Lala au Cirque Fernando (négatif)
Edgar Degas
1879








*

La parole n’est plus
Elle est morte
Les mots ne s’entendent plus
Que des pas cadencés
Le mal est dans la ville
Dans le noir de la ville
Les âmes sont sombres tellement
Le soleil a quitté le coin de la rue
Des hommes passent
Nous regardent
Nous inspectent
Des gestes et des regards
Au-devant
Le soleil ne reviendra plus
Dit-on
Des tuniques longues et grises
Inquiétantes
Frappent le pavé
Un ton
Claquent du talon
Des musiques rondes et soumises
Lancinantes
Marchent au clairon
Une note vêtue de noir
Une goutte de rosée lourde d’encre
Une résistance
La note s’éclaire
La goutte en pluie se transforme
Une pluie
Une fenêtre s’ouvre
Sur le souvenir d’un rêve
Sous la poussière des lieux
Metropolis roule
Brise
Broie
Les roues, le sang et les chaînes
Les rires, les lacets et les couleurs
Des clous et des peines
Et du sang
Cirkopolis
Un tremblement
Une table et une pile
Qui s’entasse
Et une table qui plie
Une barques d’ordres naviguent
Et des poussières qui volent
L’homme est assis
Nous tourne le dos
Son âme émiettée s’envole
Dans les volutes des cassures
Mais qui résiste
L’homme
Qui se voûte et qui crie
Ne nous voit plus
Il crie
A l’intérieur
Juste à l’intérieur
Déjà les cœurs tremblent
En anneaux de lumière
Des filles souples et des couples lianes
Des rivières de contorsion
Des mats chinois d’abandon
Des bascules coréennes de fusion
Une roue cyr des passions
Des pyramides humaines d’anges
Et des ailes dans le gris des temps
Qui partent
et des lumières dans des roues infinies
Qui flashent
Aux impossibles pistes aux cercles étourdis
La limite impossible et des corps et des mains
La danse des roues
Tout est impossible
La roue du temps
Aussi
Des mondes de héros aux corps élastiques
Le feu doux des éclaireurs
Qui poussent et repoussent
Un peu plus loin
Est-ce possible ?
Si ce n’est dans les mots
Ce sera dans les corps
Des héros des plis et des chants dépliés des membres
Aux impossibles étreintes dans l’espace
Des complaintes
Un refus du rigide et du code des contraintes
Dans le seul bruit de la mort
Quand le corps s’affole et que seul résiste
Une main, un pied, une tête
Au-dessus
Qui tombe sans tomber
Qui s’écrase sans mourir
Deux mains, deux pieds
Trois mains puis des milliers
Il s’entend dans ces corps
Le repos des cœurs qui se cassent
Et reviennent encore
Pour se briser à nouveau
Le corps peut-il aller si loin
Si beau ?
Les pas qui résonnent s’ensorcellent dans l’image
Mais un objet
Un seul
Une main, un pied, une tête
Des rêves par milliers
Et la journée qui s’enchante
Le soleil encore brille
Même dans nos nuits

Jacky Lavauzelle

*********

Poème

 CIRKOPOLIS

*

 

ARKHIP KOUÏNDJI ou LA SENTINELLE DES RÊVES poème de Jacky Lavauzelle

PEINTURE UKRAINIENNE

Arkhip Kouïndji
Куїнджі Архип Іванович
Архип Иванович Куинджи
1842-1910

arkhip-kouindji-poeme-jacky-lavauzelle-portrait-de-viktor-vasnetsov-1869-la-sentinelle-des-reves

LA PEINTURE D’ARKHIP KOUÏNDJI

LA SENTINELLE DES RÊVES
poème de Jacky Lavauzelle




**

arkhip-kouindji-nuit-de-lune-1890-1895-elbrus
Эльбрус. Лунная ночь L’Elbrouz
(1890—1895)

La mort a fait son lit
Ce matin
Sans lumières
J’ai vu l’Elbrouz apparaître
disparaître
Le mont comme un baiser recevait la mort
Il est temps de partir
A la recherche des neiges
En quête de couleurs et de rien
Une ombre m’a suivi ce matin
Je ne lui demandais rien

Un matin
Dans la ville
Frappé dans un cœur vide
Au seuil de la ville
Je quittais à galop
Les bruits sourds de ces pâles couleurs
Qui partout nous frappent
Un matin
La valise à la main
Jeté dans le silence des routes
Tristement je vais

arkhip-kouindji-vue-sur-le-pont-de-la-moskova-moskvoretsky-1882
ARKHIP KOUÏNDJI
Vue sur le pont de la Moskova (Moskvoretsky) (1882)

Une voix inconnue et paisible vide les rêves
A la sortie de la ville
Le pont de la Moskova si fin
On entend et les vagues et les vies
Des deux rives de la ville
En attendant l’orage du monde
En attendant la lune n’est plus
Sans lutte dans le bas du ciel aux portes du cœur
Elle est partie

Moscou au loin brillait
Un nouveau désert dans le monde
Moscou résigné s’effaçait
A chaque seconde une éternité de plus

arkhip-kouindji-moscou-vue-depuis-les-monts-des-moineaux
Moscou vue depuis les monts des moineaux

Le ciel est devenu noir
jusqu’aux os
Le vert saisit son moment de grâce
Les muses en cercle s’affairent
L’enfer dans l’attente ne se voit plus
La lune a-t-elle été ?

arkhip-kouindji-apres-la-pluie-1879ARKHIP KOUÏNDJI  Після дощу – После дождя
Après la pluie
1879

Une corde se tend dans la chair du ciel
Des tonnes de cantiques
Et le mal se dénoue sur les lacs et les êtres
Les choses sont dans l’ordre
Et la maison et le ciel et les arbres
Le noir encore dévore
Un soleil s’étend et la clairière s’enchante
Au bord des morts
Qui s’aiment encore
Comme ces bleus sont trompeurs
Pourquoi la terre ne gronde-t-elle plus

arkhip-kouindji-nuit-de-lune-les-gorges-daryal-1890-1895
ARKHIP KOUÏNDJI  Дарьяльська ущелина. Місячна ніч
Дарьяльское ущелье. Лунная ночь
Nuit de pleine lune
(1890—1895)

Le blanc et le noir s’affrontent
ça se sent
Le vent balaye les premiers réveils et le premier bruit
ça s’entend
La visite des anges et le retour du jour
La planète semble avoir changé de mains
vraiment
La lune signe encore sa place éternelle
Sur le monde en béquilles
Qui prend l’eau
vainement







arkhip-kouindji-nuit-de-lune-sur-le-dniepr-1880
Лунная ночь на Днепре
Nuit de lune sur le Dniepr
(1880)

Le noir est au-dessus et en-dedans
Une vague rivière semble serpenter
Et la lune…
Elle souffle siffle ou se sauve
La noir ou la folie
Tout s’éteint
Une ombre encore se promène
Derrière la mort
Et la lune

arkhip-kouindji-une-soiree-en-ukraine-1878
Вечір на Україні
Вечер на Украине
Nuit en Ukraine
1878

S’aspergent les feux et les fleuves de feuilles
Pas une couleur ne s’étale et toutes glissent
Le point du temps se met à table et s’endort
La nature a vécu
En oubliant ses luttes

Plus de vœux de salut plus de vie en attente
Se délasse et se traîne un rêve
Puis un autre
Puis un autre
Encore

Le noir est superflu
Une chose simple
Indivisible
Le noir s’est pendu
Les couleurs ne peuvent plus partir

Derrière le soleil
Au loin
On l’a jeté à la mer
Avec le noir avec la nuit
Avec les faubourgs et les passants

Le noir n’est plus

arkhip-kouindji-automne-1890
«Осінь», до
Automne
1890

L’infini s’est montré pour se faire oublier
Et des pages et des clartés se sont perdues
Sans bruit
Un drame a marché
Ne l’entendez-vous bramer

Là le troupeau des hivers a bousculé la paix
Et du gris au noir c’est le noir qui dévore
Tout étouffe sans un bruit sans un seul
Et des peuples et des vies à jamais disparus

Le noir en force
Revient

arkhip-kouindji-clair-de-lune-dans-une-foret-en-hiver-1898-1908
Плями місячного сяйва у лісі. Зима
Пятна лунного света в лесу. Зима
 Clair de lune dans une forêt, en hiver

Du gris du blanc au blanc du bleu
Se donne et se jette du haut des falaises
Qui s’arrêtent dans la fuite
J’entends un cri qui monte du rivage
Dans le blanc qui s’efface
Le ciel n’est jamais si tendre
Les dieux se jouent de nous
Sur l’instant

arkhip-kouindji-reflets-de-soleil-sur-givre-1876-1890
ARKHIP KOUÏNDJI  Reflets de soleil sur givre (1876-1890) мороз

Dans le blanc qui revient
Un salut nous répond
Sur la pierre qui se casse
Une réponse se livre
Des pas dans la neige
Une femme une flamme
Un duvet sur le cœur des neiges
Un duvet sourd
Avide

Le bleu semble vaincre
Les vieillards sont couchés
Le jour a faim
Du haut de la falaise
Le jour dévore tout

arkhip-kouindji-falaise-1898-1908стрімчак – утес
 Falaise
1898-1908

Au-delà
Une route se dessine
Sans rien
Sans appel
Une ombre nous prend la main
Pour une visite lascive
Des rois sont passés par ici
Je crois

arkhip-kouindji-la-volga
La Volga [Musée national de l’Azerbaïdjan à Bakou]
Волга [Национальный музей искусств Азербайджана, Баку]

Une voie
Une autre encore
Au bout
Nous commande de marcher
Et nous marchons
Mon ombre
Et moi

arkhip-kouindji-le-dniepr-au-petit-matin-1881
Днепр утром (1881 г.)  Дніпро вранці 
Le Dniepr au petit matin

arkhip-kouindji-lac-ladoga-1873

La route s’achève
Affamés debout
Encore
Un sentiment rêvé
Est-ce la lueur au loin
Près du but
Au-dessus des taches de fleurs
Le point entre et ne veut plus sortir
J’ai perdu mon ombre
Je crois

arkhip-kouindji-foret-1887 ліс – Forêt – лес
1887

Le bleu
Plus menaçant encore
Un bateau nous attend
Qui répond à nos premiers désirs
C’est là que les âmes s’échangent
Venues du fond de la mer
La mer est dans le ciel
C’est là qu’elles se vengent aussi
Et la terre s’est oubliée
Le bleu nage
Dans des restes d’Enfer
Le bleu se noie
Nous ne le reverrons plus

arkhip-kouindji-la-cathedrale-saint-isaac-1869 Исаакиевский собор
Ісаакіївський собор
La Cathédrale Saint-Isaac
1869

La terre ne nous fait plus peur
Le regard se promène
Dans l’ordre des lumières
Les couleurs n’en peuvent plus
De tant toucher de ténèbres
Les odeurs sont de retour
Pleines de moisis et de pourritures passagères
La terre ne nous fait plus peur
Dans le vert éternel
Tout s’est arrêté
Tombe une écorce des peupliers en ligne
Tombe un cri Tombe un instant
Que personne ne peut entendre

arkhip-kouindji-la-foret-de-bouleau-1901 Les peupliers – Берёзовая роща -1901 – Березовий гай

arkhip-kouindji-les-bouleaux-1879

Des pierres comme des os
Nul ici n’échappe
Les rêves sont trop fins et nous pensons courir
Qu’importe le temps
Qu’importe l’océan
Qu’importe le désir
Les nuages sont trop grands
Des lames dans le ciel
Nous tailladerons en pièces
Des flammes et des orages
Se sont-ils perdus

 

 

  arkhip-kouindji-mer-1898-1908  arkhip-kouindji-nuit-1905-1908    arkhip-kouindji-paysage-de-crimee-1885-1890

Au loin
Qui y a-t-il
Au loin
Un point plus loin que l’horizon

   arkhip-kouindji-voilier-en-mer-1876-1890 парусник в море- Voilier en mer  – парусник в море
(1876-1890)

Il n’y a que l’horizon

arkhip-kouindji-steppe-1890-1895

Sans ombre

LA MUSE POUCHKINE Муза POEME DE 1821

 Муза LA MUSE POUCHKINE
Алекса́ндр Серге́евич
Alexandre Pouchkine 1821
русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe

poemes-de-alexandre-pouchkine-artgitatopushkin-alexander

ALEXANDRE POUCHKINE 1821
pushkin poems
стихотворение  – Poésie
Муза – LA MUSE POUCHKINE

 

 

POUCHKINE – Пу́шкин
Алекса́ндр Серге́евич Пу́шкин
1799-1837

[создатель современного русского литературного языка]

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

LA POESIE DE POUCHKINE

СТИХИ АЛЕКСАНДРА СЕРГЕЕВИЧА ПУШКИНА
Муза
LA MUSE

la-muse-pouchkine-artgitato-nicolas-poussin-linspiration-du-poete-niedersachsisches-landesmuseumNicolas Poussin
L’Inspiration du poète
1627
*

Муза
La Muse Pouchkine

В младенчестве моем она меня любила
Dès mon enfance, elle m’a aimé,
И семиствольную цевницу мне вручила.
Et la cithare à sept cordes me tendit.
Она внимала мне с улыбкой — и слегка,
Souriant, elle m’écoutait- et légèrement,
По звонким скважинам пустого тростника,
Soufflait dans un roseau vide,
Уже наигрывал я слабыми перстами
Déjà je jouais de mes doigts chétifs
И гимны важные, внушенные богами,
Des hymnes imposants inspirés des dieux,
И песни мирные фригийских пастухов.
Et des rustiques chants phrygiens pacifiques.
С утра до вечера в немой тени дубов
Du matin au soir, dans les ombres silencieuses des chênes
Прилежно я внимал урокам девы тайной,
Promptement, je rejouais encore et encore les secrètes leçons,
И, радуя меня наградою случайной,
Et elle, agréable, voulant me récompenser,
Откинув локоны от милого чела,
Lançant en arrière les boucles de son front charmant,
Сама из рук моих свирель она брала.
De sa main attrapait la flûte.
Тростник был оживлен божественным дыханьем
La ranimant du souffle divin
И сердце наполнял святым очарованьем
Remplissant de charme sacré mon cœur.

**********

LA SOLITUDE CHEZ POUCHKINE

Lorsque Pouchkine se vit en présence de cette sévère et puissante nature de l’antique Chersonèse, qu’il aperçut le Caucase à la cime souveraine, que ses regards se perdirent à l’horizon de ces steppes sans fin où l’on voit passer les chameaux des caravanes comme aux déserts de l’Arabie, alors le poète connut de nouvelles émotions. Ce fut pour lui un moment de recueillement profond et solennel ; s’interrogeant pour la première fois dans la solitude, il sentit ce qui manquait à son esprit encore inculte ; il appela au secours de son âme chagrine et désabusée l’étude et la réflexion. Jusqu’alors son génie n’avait obéi qu’à une fougueuse effervescence, à des colères subites et à des passions soudaines ; d’admirables instincts poétiques avaient donné à ses premiers accents la verve, la puissance et l’harmonie ; mais le flot de ces inspirations pouvait se tarir, si des études sérieuses n’en venaient entretenir et purifier la source. Pouchkine recommença donc son éducation lui-même. Il écrivait des lieux de son exil : « J’ai appelé dans la solitude le paisible travail et le goût de la réflexion. Le temps est à moi, et j’en use selon ma volonté ; mon esprit est devenu l’ami de l’ordre ; j’apprends à retenir mes pensées, je cherche à réparer en liberté le temps perdu : je me mets en règle avec le siècle. » Comme l’intelligence de Pouchkine était vive, cette éducation fut bientôt terminée. »

Pouchkine et le mouvement littéraire en Russie depuis 40 ans
Charles de Saint-Julien
Revue des Deux Mondes
Œuvres choisies de Pouchkine, traduites par M. H. Dupont
T.20 1847

*********************

LA MUSE POUCHKINE

Ein Fichtenbaum UN SAPIN HEINE INTERMEZZO LYRIQUE XXXI

INTERMEZZO LYRIQUE
Heinrich Heine
Ein Fichtenbaum
UN SAPIN

INTERMEZZO LYRIQUE HEINE
LITTERATURE ALLEMANDE
intermezzo-lyrique-heine-artgitato-lyrisches-intermezzo-heine-willem-van-aelst-bloemenstilleven-met-horloge



Christian Johann Heinrich Heine
Ein Fichtenbaum
UN SAPIN




Deutsch Poesie
 Deutsch Literatur

Heinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich Heine

HEINRICH HEINE
1797- 1856

German poet
Poète Allemand
Deutsch Dichter

Heinrich Heine Oeuvre Poèmes Poésie Gedichte Artgitato

Übersetzung – Traduction
Jacky Lavauzelle




INTERMEZZO LYRIQUE HEINE
XXXI

Ein Fichtenbaum

 

Lyrisches Intermezzo
XXXI
UN SAPIN

1823

INTERMEZZO LYRIQUE
Ein Fichtenbaum
UN SAPIN
Heinrich Heine

*

XXXI

 

Ein Fichtenbaum steht einsam
Un sapin reste seul
Im Norden auf kahler Höh’.
Au nord du sommet décharné.
Ihn schläfert; mit weißer Decke
Il dort dans sa couverture blanche
Umhüllen ihn Eis und Schnee.
De glace et de neige.

*

Er träumt von einer Palme,
Il rêve d’un palmier,
Die, fern im Morgenland,
Là-bas, dans le lointain orient,
Einsam und schweigend trauert
Solitaire et pleurant en silence
Auf brennender Felsenwand.
Sur sa paroi rocheuse brûlante.

*******

XXXI
Ein Fichtenbaum
HEINRICH HEINE
INTERMEZZO LYRIQUE

********

*********
LA POESIE DE HEINRICH HEINE

A ce point de vue, Heine est traité en privilégié. Les Allemands peuvent bien maudire le pamphlétaire, ils savent par cœur les vers du poète. Éditeurs, biographes, critiques d’outre-Rhin lui ont consacré d’importans travaux. Chez nous, seul entre les poètes allemands, il bénéficie de ce privilège d’avoir un public. Je ne nie pas que nous n’ayons pour quelques autres, et pour Goethe par exemple, un juste respect. Nous admirons Gœthe, nous ne l’aimons pas. Au contraire, l’auteur de l’Intermezzo est pour quelques Français de France un de ces écrivains qui sont tout près du cœur. Cela tient à plusieurs raisons parmi lesquelles il en est d’extérieures. Heine a vécu pendant de longues années parmi nous ; il parlait notre langue, quoique avec un fort accent ; il l’écrivait, quoique d’une façon très incorrecte ; il nous a loués, quoique avec bien de l’impertinence ; il a été mêlé à notre société ; il a été en rapports avec nos écrivains, nos artistes et même nos hommes politiques. Nous nous sommes habitués à le considérer comme un des nôtres, et sa plaisanterie, fortement tudesque, passe encore pour avoir été une des formes authentiques de l’esprit parisien. Notre sympathie pour Heine se fonde d’ailleurs sur des motifs plus valables. Il a quelques-unes des qualités qui nous sont chères : son style est clair ; ses compositions sont courtes. Nous aimons ces lieds dont quelques-uns durent le temps d’un soupir, l’espace d’un sanglot. Leur pur éclat nous semble celui de la goutte de rosée que le soleil taille en diamant, ou d’une larme qui brille dans un sourire. C’est par eux que le meilleur de la sentimentalité allemande est parvenu jusqu’à nous. Ou, pour parler plus exactement, la poésie de Heine représente une nuance particulière de sensibilité, qu’il a créée et que nous avons accueillie. Aussi doit-elle avoir sa place dans une histoire de la poésie lyrique en France. De même qu’il y a une « critique allemande » de l’œuvre de Heine, il convient qu’il y en ait parallèlement une « critique française ».

René Doumic
Revue littéraire
La poésie de Henri Heine d’après un livre récent
Revue des Deux Mondes
4e période
tome 140
1897
pp. 457-468

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INTERMEZZO LYRIQUE
XXXI
HEINRICH HEINE

Lyrisches Intermezzo Mein süßes Lieb HEINE XXX

INTERMEZZO LYRIQUE
Lyrisches Intermezzo

Heinrich Heine
Mein süßes Lieb HEINE
MON TENDRE AMOUR

INTERMEZZO LYRIQUE HEINE
LITTERATURE ALLEMANDE
intermezzo-lyrique-heine-artgitato-lyrisches-intermezzo-heine-willem-van-aelst-bloemenstilleven-met-horloge



Lyrisches Intermezzo
Christian Johann Heinrich Heine
Mein süßes Lieb HEINE
MON TENDRE AMOUR




Deutsch Poesie
 Deutsch Literatur

Heinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich Heine

HEINRICH HEINE
1797- 1856

German poet
Poète Allemand
Deutsch Dichter

Heinrich Heine Oeuvre Poèmes Poésie Gedichte Artgitato

Übersetzung – Traduction
Jacky Lavauzelle




INTERMEZZO LYRIQUE HEINE
XXX

Mein süßes Lieb

 

Lyrisches Intermezzo
XXX
MON TENDRE AMOUR

1823

INTERMEZZO LYRIQUE
Mein süßes Lieb Heine

*

XXX

Mein süßes Lieb, wenn du im Grab,
Mon tendre amour, quand dans ta tombe,
Im dunkeln Grab wirst liegen,
Ta sombre tombe, tu seras,
Dann steig’ ich langsam zu dir hinab,
Je me poserai lentement tout contre toi
Und will mich an dich schmiegen.  
Et je me cramponnerai à toi.

*

Ich küss’, ich umschlinge, ich presse dich wild,
Je te baise et t’étreins, je te presse sauvagement,
Du Stille, du Kalte, du Bleiche!
Toi silencieuse, toi froide, toi livide !
Ich jauchze, ich zitt’re, ich weine mild,
Je crie, je tremble, je pleure,
Ich werde selber zur Leiche.
Je deviens cadavre.

*

Die Todten stehn auf, die Mitternacht ruft,
Les morts se relèvent à l’appel de minuit,
Sie tanzen im luftigen Schwarme;
Ils dansent en essaim aérien;
Wir beide bleiben in der Gruft,
Tous deux nous restons dans la tombe,
Ich liege in deinem Arme.
Je repose dans tes bras.

*

Die Todten stehn auf, der Tag des Gerichts
Les morts se relèvent au Jour du Jugement
Ruft sie zu Qual und Vergnügen;
Les attendent l’agonie et la joie ;
Wir beide bekümmern uns um nichts,
Nous deux, nous inquiétons de rien,
Und bleiben umschlungen liegen.
Et enlacés nous restons. 

*

 

 

*******

Lyrisches Intermezzo
XXX
Mein süßes Lieb
HEINRICH HEINE
INTERMEZZO LYRIQUE

********

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LA POESIE DE HEINRICH HEINE

A ce point de vue, Heine est traité en privilégié. Les Allemands peuvent bien maudire le pamphlétaire, ils savent par cœur les vers du poète. Éditeurs, biographes, critiques d’outre-Rhin lui ont consacré d’importans travaux. Chez nous, seul entre les poètes allemands, il bénéficie de ce privilège d’avoir un public. Je ne nie pas que nous n’ayons pour quelques autres, et pour Goethe par exemple, un juste respect. Nous admirons Gœthe, nous ne l’aimons pas. Au contraire, l’auteur de l’Intermezzo est pour quelques Français de France un de ces écrivains qui sont tout près du cœur. Cela tient à plusieurs raisons parmi lesquelles il en est d’extérieures. Heine a vécu pendant de longues années parmi nous ; il parlait notre langue, quoique avec un fort accent ; il l’écrivait, quoique d’une façon très incorrecte ; il nous a loués, quoique avec bien de l’impertinence ; il a été mêlé à notre société ; il a été en rapports avec nos écrivains, nos artistes et même nos hommes politiques. Nous nous sommes habitués à le considérer comme un des nôtres, et sa plaisanterie, fortement tudesque, passe encore pour avoir été une des formes authentiques de l’esprit parisien. Notre sympathie pour Heine se fonde d’ailleurs sur des motifs plus valables. Il a quelques-unes des qualités qui nous sont chères : son style est clair ; ses compositions sont courtes. Nous aimons ces lieds dont quelques-uns durent le temps d’un soupir, l’espace d’un sanglot. Leur pur éclat nous semble celui de la goutte de rosée que le soleil taille en diamant, ou d’une larme qui brille dans un sourire. C’est par eux que le meilleur de la sentimentalité allemande est parvenu jusqu’à nous. Ou, pour parler plus exactement, la poésie de Heine représente une nuance particulière de sensibilité, qu’il a créée et que nous avons accueillie. Aussi doit-elle avoir sa place dans une histoire de la poésie lyrique en France. De même qu’il y a une « critique allemande » de l’œuvre de Heine, il convient qu’il y en ait parallèlement une « critique française ».

René Doumic
Revue littéraire
La poésie de Henri Heine d’après un livre récent
Revue des Deux Mondes
4e période
tome 140
1897
pp. 457-468

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INTERMEZZO LYRIQUE
XXVII
Mein süßes Lieb HEINRICH HEINE
Lyrisches Intermezzo

LE MONDE EST SI BEAU Die Welt ist so schön HEINE INTERMEZZO LYRIQUE XXIX

INTERMEZZO LYRIQUE
Heinrich Heine
LE MONDE EST SI BEAU
Die Welt ist so schön

INTERMEZZO LYRIQUE HEINE
LITTERATURE ALLEMANDE
intermezzo-lyrique-heine-artgitato-lyrisches-intermezzo-heine-willem-van-aelst-bloemenstilleven-met-horloge



Christian Johann Heinrich Heine
UE MONDE EST SI BEAU
Die Welt ist so schön




Deutsch Poesie
 Deutsch Literatur

Heinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich Heine

HEINRICH HEINE
1797- 1856

German poet
Poète Allemand
Deutsch Dichter

Heinrich Heine Oeuvre Poèmes Poésie Gedichte Artgitato

Übersetzung – Traduction
Jacky Lavauzelle




INTERMEZZO LYRIQUE HEINE
XXIX

Die Welt ist so schön

 

Lyrisches Intermezzo
XXIX
LE MONDE EST SI BEAU

 

1823

INTERMEZZO LYRIQUE
Le Monde est si beau
Heinrich Heine

*

XXIX

 Die Welt ist so schön und der Himmel so blau,
Le monde est si beau et le ciel si bleu,
Und die Lüfte die wehen so lind und so lau,
Et les brises qui soufflent si douces et si tièdes,
Und die Blumen winken auf blühender Au’,
Et les fleurs ondulent dans la prairie fleurie
Und funkeln und glitzern im Morgenthau’,
Eclatent et brillent sous la rosée matinale
Und die Menschen jubeln wohin ich schau’,
Et les hommes jubilent là où je fixe mon regard
Und doch möcht ich’ im Grabe liegen,
Pourtant, je voudrais me poser dans la tombe,
Und mich an ein todtes Liebchen schmiegen.
Et embrasser mon amie morte.

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XXIX
LE MONDE EST SI BEAU
HEINRICH HEINE
INTERMEZZO LYRIQUE

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LA POESIE DE HEINRICH HEINE

A ce point de vue, Heine est traité en privilégié. Les Allemands peuvent bien maudire le pamphlétaire, ils savent par cœur les vers du poète. Éditeurs, biographes, critiques d’outre-Rhin lui ont consacré d’importans travaux. Chez nous, seul entre les poètes allemands, il bénéficie de ce privilège d’avoir un public. Je ne nie pas que nous n’ayons pour quelques autres, et pour Goethe par exemple, un juste respect. Nous admirons Gœthe, nous ne l’aimons pas. Au contraire, l’auteur de l’Intermezzo est pour quelques Français de France un de ces écrivains qui sont tout près du cœur. Cela tient à plusieurs raisons parmi lesquelles il en est d’extérieures. Heine a vécu pendant de longues années parmi nous ; il parlait notre langue, quoique avec un fort accent ; il l’écrivait, quoique d’une façon très incorrecte ; il nous a loués, quoique avec bien de l’impertinence ; il a été mêlé à notre société ; il a été en rapports avec nos écrivains, nos artistes et même nos hommes politiques. Nous nous sommes habitués à le considérer comme un des nôtres, et sa plaisanterie, fortement tudesque, passe encore pour avoir été une des formes authentiques de l’esprit parisien. Notre sympathie pour Heine se fonde d’ailleurs sur des motifs plus valables. Il a quelques-unes des qualités qui nous sont chères : son style est clair ; ses compositions sont courtes. Nous aimons ces lieds dont quelques-uns durent le temps d’un soupir, l’espace d’un sanglot. Leur pur éclat nous semble celui de la goutte de rosée que le soleil taille en diamant, ou d’une larme qui brille dans un sourire. C’est par eux que le meilleur de la sentimentalité allemande est parvenu jusqu’à nous. Ou, pour parler plus exactement, la poésie de Heine représente une nuance particulière de sensibilité, qu’il a créée et que nous avons accueillie. Aussi doit-elle avoir sa place dans une histoire de la poésie lyrique en France. De même qu’il y a une « critique allemande » de l’œuvre de Heine, il convient qu’il y en ait parallèlement une « critique française ».

René Doumic
Revue littéraire
La poésie de Henri Heine d’après un livre récent
Revue des Deux Mondes
4e période
tome 140
1897
pp. 457-468

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INTERMEZZO LYRIQUE
XXIX
HEINRICH HEINE

Die blauen Veilchen der Aeugelein HEINRICH HEINE INTERMEZZO LYRIQUE XXVIII

INTERMEZZO LYRIQUE
Heinrich Heine
Die blauen Veilchen der Aeugelein

INTERMEZZO LYRIQUE HEINE
LITTERATURE ALLEMANDE
intermezzo-lyrique-heine-artgitato-lyrisches-intermezzo-heine-willem-van-aelst-bloemenstilleven-met-horloge



Christian Johann Heinrich Heine
Die blauen Veilchen der Aeugelein




Deutsch Poesie
 Deutsch Literatur

Heinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich Heine

HEINRICH HEINE
1797- 1856

German poet
Poète Allemand
Deutsch Dichter

Heinrich Heine Oeuvre Poèmes Poésie Gedichte Artgitato

Übersetzung – Traduction
Jacky Lavauzelle




INTERMEZZO LYRIQUE HEINE
XXVIII

Die blauen Veilchen der Aeugelein 

Lyrisches Intermezzo
XXVIII
LES VIOLETTES BLEUES
DE SES PETITS YEUX

 

1823

INTERMEZZO LYRIQUE
Die blauen Veilchen der Aeugelein
Heinrich Heine

*

XXVIII

Die blauen Veilchen der Aeugelein,
Les violettes bleues de ses petits yeux,
Die rothen Rosen der Wängelein,
Le roses rouges de ses délicates joues,
Die weißen Lilien der Händchen klein,
Les lys blancs de ses menues mains,
Die blühen und blühen noch immerfort,
La floraison et encore la floraison,
Und nur das Herzchen ist verdorr’t.
Seul le cœur est sec.

*******

XXVIII
Die blauen Veilchen der Aeugelein
HEINRICH HEINE
INTERMEZZO LYRIQUE

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LA POESIE DE HEINRICH HEINE

A ce point de vue, Heine est traité en privilégié. Les Allemands peuvent bien maudire le pamphlétaire, ils savent par cœur les vers du poète. Éditeurs, biographes, critiques d’outre-Rhin lui ont consacré d’importans travaux. Chez nous, seul entre les poètes allemands, il bénéficie de ce privilège d’avoir un public. Je ne nie pas que nous n’ayons pour quelques autres, et pour Goethe par exemple, un juste respect. Nous admirons Gœthe, nous ne l’aimons pas. Au contraire, l’auteur de l’Intermezzo est pour quelques Français de France un de ces écrivains qui sont tout près du cœur. Cela tient à plusieurs raisons parmi lesquelles il en est d’extérieures. Heine a vécu pendant de longues années parmi nous ; il parlait notre langue, quoique avec un fort accent ; il l’écrivait, quoique d’une façon très incorrecte ; il nous a loués, quoique avec bien de l’impertinence ; il a été mêlé à notre société ; il a été en rapports avec nos écrivains, nos artistes et même nos hommes politiques. Nous nous sommes habitués à le considérer comme un des nôtres, et sa plaisanterie, fortement tudesque, passe encore pour avoir été une des formes authentiques de l’esprit parisien. Notre sympathie pour Heine se fonde d’ailleurs sur des motifs plus valables. Il a quelques-unes des qualités qui nous sont chères : son style est clair ; ses compositions sont courtes. Nous aimons ces lieds dont quelques-uns durent le temps d’un soupir, l’espace d’un sanglot. Leur pur éclat nous semble celui de la goutte de rosée que le soleil taille en diamant, ou d’une larme qui brille dans un sourire. C’est par eux que le meilleur de la sentimentalité allemande est parvenu jusqu’à nous. Ou, pour parler plus exactement, la poésie de Heine représente une nuance particulière de sensibilité, qu’il a créée et que nous avons accueillie. Aussi doit-elle avoir sa place dans une histoire de la poésie lyrique en France. De même qu’il y a une « critique allemande » de l’œuvre de Heine, il convient qu’il y en ait parallèlement une « critique française ».

René Doumic
Revue littéraire
La poésie de Henri Heine d’après un livre récent
Revue des Deux Mondes
4e période
tome 140
1897
pp. 457-468

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INTERMEZZO LYRIQUE
XXVIII
HEINRICH HEINE

ALEXANDRE POUCHKINE 1820 Мне бой знаком J’AIME LA BATAILLE Пу́шкин

Мне бой знаком
Алекса́ндр Серге́евич
Alexandre Pouchkine 1820
русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe

poemes-de-alexandre-pouchkine-artgitatopushkin-alexander

ALEXANDRE POUCHKINE 1820
pushkin poems
стихотворение  – Poésie
Я вас любил Пушкин

 

 

POUCHKINE – Пу́шкин
Алекса́ндр Серге́евич Пу́шкин
1799-1837

[создатель современного русского литературного языка]

JACKY LAVAUZELLE TRADUCTION

LA POESIE DE POUCHKINE

СТИХИ АЛЕКСАНДРА СЕРГЕЕВИЧА ПУШКИНА
Мне бой знаком
J’AIME LA BATAILLE

Мне бой знаком

Мне бой знаком — люблю я звук мечей;
J’aime la bataille et le bruit des épées ;
От первых лет поклонник бранной славы,
Dès mes premières années, fasciné par les gloires guerrières,
Люблю войны кровавые забавы,
J’aimais l’excitation des sanglants combats,
И смерти мысль мила душе моей.
Et la pensée de la mort si douce à mon âme.
Во цвете лет свободы верный воин,
Dans la fleur l’âge, un fidèle guerrier pour la liberté,
Перед собой кто смерти не видал,
En face de la mort, se doit d’approcher,
Тот полного веселья не вкушал
Sinon, jamais ne connaîtra la plénitude
 И милых жен лобзаний не достоин.
Ni ne sera digne des baisers d’une belle.

Апрель 1820
Avril 1820

*******
Pouchkine 1820

******

LE JEUNE POUCHKINE AMOUREUX DES DUELS

« …Quelle était cependant la valeur réelle de ce jeune homme, sorti à peine de l’école, d’où il ne rapportait aucune des études qui, dans nos pays de civilisation latine, sont la condition presque indispensable des succès littéraires ? Pouchkine ne savait rien des littératures anciennes ; quant aux littératures modernes, elles ne lui étaient connues que par quelques auteurs qu’il avait lus à la dérobée. L’histoire n’avait laissé dans sa mémoire que des faits généraux et vagues ; toutes ses connaissances étaient incomplètes : rien, dans son esprit, de lié, de tissu, de coordonné ; mais ce jeune homme avait une imagination ardente, une intelligence merveilleuse, quoique éclairée de mille clartés confuses, un génie moqueur, une verve satirique : il était poète, poète né pour la lutte plutôt que pour la rêverie. Le monde l’accepta ainsi. Pouchkine lui paya sa bienvenue par une sorte de dithyrambe patriotique sur les derniers succès des armées russes et la glorification de l’empereur Alexandre ; après quoi, laissant la poésie venir à ses heures, il ne songea plus qu’à se plonger dans les plaisirs. Les fêtes du monde furent bientôt impuissantes à le satisfaire : il lui fallut l’orgie nocturne, bruyante, effrénée, le jeu avec ses émotions puissantes et fiévreuses, les duels, qui sont aussi un jeu, et qui, pour lui, variaient la monotonie de l’autre. Il aimait les duels : était-il averti par un pressentiment secret, et voulait-il se familiariser avec ce terrible hasard qui devait un jour lui être si fatal ?
La violente nature de ce jeune homme ne tarda pas à se trahir au milieu des salons par d’imprudents discours. Quand une question d’émancipation politique était agitée en sa présence, le chantre de l’empereur Alexandre devenait un tribun dont l’éloquence hardie faisait trembler ses amis pour sa liberté. La Muse ne le visitait plus que pour lui inspirer des chants d’indépendance qu’on ne retrouve point dans ses œuvres, mais que la mémoire des contemporains a retenus. Les craintes de ses amis ne tardèrent pas à se justifier. Pouchkine reçut l’ordre de quitter Pétersbourg. Les provinces méridionales de l’empire lui furent assignées comme lieu de résidence… »

Pouchkine et le mouvement littéraire en Russie depuis 40 ans
Charles de Saint-Julien
Œuvres choisies de Pouchkine, traduites par M. H. Dupont
Revue des Deux Mondes
T.20 1847

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POUCHKINE 1820