Archives par mot-clé : 1958

TRADUCTION RUSSE Jacky Lavauzelle Французский перевод текстов на русском языке

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Traduction Russe Jacky Lavauzelle
Жаки Лавозель
ARTGITATO
Французский перевод текстов на русском языке
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Traductions Artgitato Français Portugais Latin Tchèque Allemand Espagnol

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TRADUCTION RUSSE

Французский перевод текстов на русском языке

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 Анна Ахматова
Anna Akhmatova

Тихо льется тихий Дон Coule tranquillement le calme Don
Любовь – L’Amour (1911)
Музыка – La Musique (1958)

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Alexandre Blok
Алекса́ндр Алекса́ндрович Блок

В море – En Mer (1898)
Девушка пела в церковном хоре – Elle chante dans le chœur de l’Eglise (1905)
По берегу – Sur le Rive (1903)
скифы – les Scythes (1918)

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 Prince Alexandre Chakhovskoy

Le Cosaque poète
Saint-Pétersbourg – 1812

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Sergueï Essénine
Сергей Александрович Есенин

LA POESIE de Sergueï Essénine
поэзия есенина  

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Ivan Krylov

le Magasin à la mode

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Mikhaïl Lermontov
Михаил Юрьевич Лермонтов

La Poésie de Lermontov
Стихи Лермонтова

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Vladimir Maïakovski
Владимир Владимирович Маяковский

Poèmes
Поэмы

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Ossip Mandelstam
О́сип Эми́льевич Мандельшта́м

стихи о сталине
Poème sur Staline
novembre 1933





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B Okoudjava & V Kikabidze

  LES PEPINS DE RAISIN
Виноградную косточку

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Alexandre Pouchkine
Александр Сергеевич Пушкин

Poésie – Поэзия А. С. Пушкина
poemes-de-alexandre-pouchkine-artgitatopushkin-alexander

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 Anton Tchekhov
Антон Павлович Чехов

Les pièces de Théâtre – Театр

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Fiodor Tiouttchev
Федор Тютчев

La poésie de Fiodor Tiouttchev
стихи федор тютчев

Fiodor Tiouttchev Poèmes Poésie Artgitato Les poèmes de Fiodor Tiouttchev

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Ivan Tourgueniev
Иван Сергеевич Тургенев

Собака – Mon Chien (février 1878)
русский язык – La Langue Russe (juin 1882)

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Vladimir Vyssotski
Владимир Семёнович Высоцкий

Les Coupoles – Купола

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Boulat Okoudjova
Булат Шалвович Окуджава

Tant que la terre continue de tourner

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Vladislav Ozerov
Владислав Александрович Озеров

Fingal
Tragédie en trois actes
1805

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 Denis Fonvizine
Денис Иванович Фонвизин

Le Dadais ou l’Enfant gâté
1782

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Французский перевод текстов на русском языке

TRADUCTION RUSSE

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DE L’ART DE TRADUIRE LE RUSSE

Je viens d’indiquer la double valeur des écrits de Pouchkine : l’auteur de Poltava a renouvelé, comme prosateur, la langue russe, en même temps qu’il ouvrait à ses contemporains, comme poète, des sources nouvelles d’inspiration. On sait aussi quel accueil la Russie a fait à cet interprète de la pensée nationale. Quant à l’Europe, il faut le dire, elle est restée trop indifférente au rôle que Pouchkine a joué dans son pays. La France surtout n’a eu longtemps qu’une idée vague de ce grand mouvement littéraire commencé et dirigé par un seul homme. Ici même cependant, une étude biographique sur Pouchkine avait déjà indiqué l’importance de ses travaux. Pendant longtemps, on a pu s’étonner qu’une plume française ne cherchât point à le traduire. Aujourd’hui cette tâche a été abordée ; mais peut-on la regarder comme remplie ? L’auteur de la traduction française de Pouchkine qui vient d’être publiée n’a point paru se douter des difficultés que présentait un pareil travail. Il y avait là des écueils et des obstacles qui imposaient au traducteur un redoublement d’efforts. L’art de traduire, surtout lorsqu’il s’applique à la poésie, suppose une sorte d’initiation qui ne s’achète qu’au prix de veilles laborieuses. Les vulgaires esprits seuls peuvent s’imaginer qu’il suffit, pour traduire un poète, de rendre ses vers dans un autre idiome, sans s’inquiéter d’ailleurs de la physionomie, du mouvement, des nuances infinies de la pensée, des mille finesses du style. Or, ce ne sont point-là des choses qui aient leur vocabulaire écrit et ce sont pourtant des choses qu’il faut traduire, ou du moins indiquer : elles demandent une intelligence vive et délicate pour les saisir, une plume habile et souple pour les rendre. Pour transporter d’ailleurs dans son propre idiome les richesses d’une langue étrangère, il y a une première condition à remplir ; est-il besoin de la rappeler ? C’est la connaissance parfaite de la langue dont on veut révéler à son pays les richesses littéraires. Qu’on y songe, l’idiome russe est le plus difficile des idiomes européens, il est difficile même pour les Russes qui n’en ont pas fait l’objet d’une étude sérieuse. C’est une langue dont le sens positif varie à l’infini et dont le sens poétique varie encore davantage : langue souple et rude, abondante et imagée, dont l’origine, les accidents, l’esprit, l’allure, les procédés, n’offrent aucune analogie avec nos langues d’Occident. Le traducteur français des œuvres de Pouchkine a échoué pour n’avoir point compris les exigences de sa tâche. Il importe qu’on ne l’oublie pas, une traduction de ce poète exige une connaissance intime et approfondie, non-seulement de la grammaire et du vocabulaire russes, mais des finesses et des bizarreries de la langue ; elle exige aussi un long commerce avec ce génie si original, si en dehors de toute tradition européenne. Tant que cette double condition n’aura pas été remplie, notre pays, nous le disons à regret, ne connaîtra qu’imparfaitement la valeur et l’originalité du poète russe.

Pouchkine et le mouvement littéraire en Russie depuis 40 ans
Charles de Saint-Julien
Revue des Deux Mondes
Œuvres choisies de Pouchkine, traduites par M. H. Dupont
T.20 1847

Музыка Ахматова – Traduction du poème d’Anna Akhmatova – L’AMOUR

ARTGITATO
AKHMATOVA poems
Музыка Ахматова

anna akhmatova artgitato poésie russe

русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe

Anna AKHMATOVA
Анна Ахматова

Анна Ахматова
1889-1966

Музыка
стихотворение
La Musique
 Poème

В ней что-то чудотворное горит,
Elle a quelque chose des lumières miraculeuses,
И на глазах ее края гранятся.
Et dans ses yeux de vastes espaces.
Она одна со мною говорит,
Elle se lie avec moi,
Когда другие подойти боятся.
Quand d’autres ont peur de m’approcher.
Когда последний друг отвел глаза,
Lorsque le dernier ami s’en est allé,
Она была со мной одна в могиле
Elle m’accompagne seule dans la tombe
И пела словно первая гроза
Et elle chante comme une première tempête
 Иль будто все цветы заговорили. 
Comme si toutes les fleurs se mettaient à parler.

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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Музыка Анна Ахматова
La Musique Anna Akhmatova

BOLLYWOOD Songs & Movie – Evolution 1950 – 1959

 BOLLYWOOD
बॉलीवुड
Songs & Movie
गाने  – फ़िल्म
Les années 50 : 1950-1959

L’EVOLUTION DES CHANSONS INDIENNES
DANS LE CINEMA DES ANNEES 50

 1950
BABUL बाबुल de S.U. Sunny
Avec Nargis & Dilip Kumar

1951
BADAL de Amiya CHAKRABARTY
Avec Madhula & Prem & Purnima

1951
HUM LOG
Chanté par Lata Mangeshkar लता मंगेशकर
Avec Balraj Sahni, Nutan, Syama

1952
AWARA   आवारा de Raj Kapoor (1924 – 1988)
Avec Prithviraj Kapoor, Nargis, Raj Kapoor राज कपूर  et Leela Chitnis

1953
AAH – आह de Raja Nawathe  राजा नवाथे (1924 – 2005)
Avec Raj Kapoor  राज कपूर et Nargis

1954
JAGRITI (Le Réveil)
  de Satyen Bose सत्येन बोस (1916-1993)
chalo chalen maa..asha bhosale-hemant kumar

 1955
 SHREE 420- श्री 420 (M. 420)de  Ranbir Raj Kapoor
Pyar Hua Ikarar Hua – Raj Kapoor राज कपूर & Nargis
Chanteurs Lata Mangeshkar, Mohammed Rafi & Mukesh

 1956
CHORI CHORI (1956) चोरी चोरी  d’Anant Thakur
Aaja Sanam Madhur Chandani – Raj Kapoor राज कपूर, Nargis

INSPECTOR de Shakti Samanta শক্তি সামন্ত (1926-2009)
Dil Chhed Koi Aisa Naghma Lata Mangeshkar
Music Hemant Kumar
Avec Ashok Kumar, Geeta Bali and Pran.

 1957
PYAASA  (L’Assoiffé -1957)  प्यासा de Guru Dutt
Guru Dutt, Mala Sinha, Waheeda Rehman, Rehman, Mehmood, Tun Tun
Directeur musical: S D Burman.

1958
 YAHUDI (Le Juif) de Bimal Roy बिमल रॉय (1909-1966)

HOWRAH BRIDGE de Shakti Samanta শক্তি সামন্ত (1926-2009)
Mera Naam Chin Chinu Chu मेरा नाम चिन चिन चू

 CHALTI KA NAAM GAADI de Satyen Bose (1916-1993)
Avec Ashok Kumar, Anoop Kumar, Kishore Kumar and Madhubala

1959
SUJATA de Bhimal Roy (1909-1966)
Avec Nabendu Gosh, Sudodh Gosh, Paul Mahendra

BONJOUR TRISTESSE (PREMINGER) LE NOIR SOUS LE BLEU DE LA RIVIERA

  • OTTO PREMINGER
    Bonjour Tristesse
    (1958)

  • Bonjour Tristesse 1958 Otto Preminger Artgitato
    Le Noir sous
    le Bleu
    de la Riviera

  • TU N’EST PAS TOUT A FAIT LA MISERE

    « Adieu tristesse, Bonjour tristesse » (Paul Eluard, à peine défigurée). La tristesse comme un ami qui connait la maison. A qui dit-on adieu ? A un ami, un proche, à quelqu’un de la famille. Nous accueillons cette tristesse. Nous lui ouvrons la porte. Elle n’est pas en nous, elle ne naît pas de nous. Nous la laissons entrer. Elle vient, elle sort. Peut-être parce que « Tu n’es pas tout à fait la misère » (Paul Eluard).  Peut-être parce que elle nous fait vraiment comprendre ce qu’est, ce qu’a été, le bonheur, le vrai, celui qui reste dans nos têtes. Comme ce gris qui rend plus bleus les moments heureux.

    UNE ILLUSION DU BONHEUR

    Qu’est-ce que le bonheur ? Est-ce une danse, un cocktail, une ivresse ?  En tout cas, le décor fastueux est là : Paris, les quartiers chics, Notre-Dame, les hôtels particuliers, les voitures de sport décapotables, la vitesse, Saint-Tropez, des plages privées, des ciels bleus et sans nuage, le soleil. Des danses, encore des danses, des exhibitions de peinture, des exhibitions de richesse, de corps, d’ivresse. La mer, la plongée, le ski nautique. Des rires, du champagne. La vie est légère. Des amourettes, des embrassades, des corps pleins de soleil. La seule question se résume à savoir éviter les coups de soleil. Que de l’idéal. Le champ du voisin ne peut pas être plus vert. Nous sommes dans le vert. Dans le bleu. Mais nous sommes dans l’illusion du bonheur.

    LA SALLE D’ATTENTE, PIECE CENTRALE DU BONHEUR

    « Si l’on bâtissait la maison du bonheur, la plus grande pièce serait la salle d’attente. » disait Jules Renard. Mais personne ne souhaite ici attendre. Tout le monde court et danse comme dans la ronde endiablée des nuits de Saint-Tropez. Nous sentons déjà la main de Méphistophélès, dans la ronde du Faust de Gounod.  «  Au bruit sombre des écus, dansent une ronde folle, autour de son piédestal! Et Satan conduit le bal! » 

     Il faut bouger. Vivre. Se sentir vivant. Les êtres sont libres. Ils ne savent pas qu’ils pourraient-être heureux, qu’ils ont tout pour être heureux. Le mouvement incessant ne permet pas d’y goûter. Alors à quoi bon ?

    JE NE VEUX PLUS ÊTRE TRAITEE EN ENFANT !

    Sont-ils désœuvrés ?  « Nous ne sommes pas désœuvrés.  Nous faisons du tennis, du bateau, de la nage. Des choses saines. »  Les corps courent dans tous les sens, à l’image de ce caveau endiablé de Saint-Germain des Prés. Les êtres sont dans une tourmente temporelle. Comme dans une lessiveuse ou une yaourtière. Ils sont en décalage. Cécile (Jean Seberg) souligne qu’elle voudrait être plus jeune ou plus vieille, « je ne veux plus être traitée en enfant. ». Son âge ne lui convient pas. Elle n’a plus l’insouciance de l’enfance.  Elle copie les attitudes de son père, Raymond (David Niven), son modèle « Ce n’est pas ma faute si j’imite Raymond ? »

    FUIR ! MAIS Où ?

    Il y a la fuite. D’abord. Aller ailleurs. Ne pas se satisfaire du présent. Fuir. Vite. Ne pas supporter l’attente. Essayer de dépasser le temps. « -Rien ne t’intéresse donc ? – Si. Aller ailleurs. – Où ? -Je ne sais pas. »

    Il y a surtout ce sentiment indéfini de gâcher quelque chose. « Que de temps gâché, cher Jacques. Que de temps désespérément gâché. » … «- Vous ne pouvez gâcher votre vie.  – Gâchez-vous la vôtre ? » 

    QUE DE TEMPS DESEPEREMENT GÂCHE

    Il y a la peur de l’ennui. Si le mouvement s’arrête, que faire ? comment vivre ? La peur de connaître aussi ce que le mouvement nous apporte. De ne plus être étonné.  De savoir ce qui nous attend. Tout ce mouvement, rend l’avenir tellement prévisible. Il n’y a plus d’étonnement. Plus de surprise. Plus de frayeur. «  Après les courses, il m’emmènera dîner et danser. Et jeudi, au tennis. Et dimanche, à la campagne. Que de temps gâché, cher Jacques. Que de temps désespérément gâché. Il est gentil ce garçon. Je voudrais l’avertir, mais il ne comprendrait pas. »… « Ainsi les Lombard. Ils nous invitent à dîner mardi. Nous irons. C’est l’associé de votre père. Ils raconteront des histoires scabreuses devant vous  et Hélène Lombard plaisantera à propos de ses amis. Leurs seuls souvenirs seront les cuites. » 

    VERS UNE MISE A MORT

    C’est Anne (Deborah Kerr) qui brisera cette relation œdipienne. C’est Anne qui lui interdira de voir son petit ami. C’est Anne encore qui lui dira que le temps de la fête est terminé et qu’il est grand temps de reprendre ces études de philosophie. C’est cette Anne qui lui donnera des ordres et cherchera à la discipliner. Cette Anne qui vient de lui voler son père. Qui vient de le changer. Lui qui ne voulait plus entendre parler de mariage. Anne est de trop. Il faut qu’elle parte. C’est une mise à mort. Involontaire, certes. Mais une mise à mort quand même. Le ciel intérieur se noircit. 

    ATTEINDRE L’INACCESSIBLE. ET APRES ?

    Anne la tant attendue. L’inaccessible. « Mais bien que je lui en veuille,  j’étais fière qu’il ait gagné Anne, l’inaccessible. Cela durerait-il ? » Anne qui trône dans le Panthéon de Cécile. Mais Anne prend le rôle de la mère. Elle n’est plus l’image idéalisée, elle est aussi l’autorité. Ce changement passe par la crainte du changement : «Je craignais que vous ayez peur de moi. C’était vrai jusqu’à cet instant », puis par une acceptation résignée : « Le croyais-je vraiment ? Du moins, j’essayais de le croire et de vivre comme si c’était vrai, comme si les changements qu’Anne apportait à notre vie me rendaient heureuse aussi. » Enfin par la révolte : « Mon père peut me donner des ordres. Pas vous ! »

    ENTOUREE PAR UN MUR INVISIBLE DE SOUVENIRS

    Des enceintes apparaissent Déjà le poids d’un passé « Je suis entourée  par un mur, un mur invisible fait de souvenirs que je ne puis oublier »Le lent cheminement vers cette fin d’enfance. Le paradis perdu qui jamais ne se retrouvera. Uniquement par intermittence. Les limbes de l’enfer apparaissent. « Tu sais où j’habite ? En enfer, avec mon père. »

    SEPT, UN CHIFFRE PORTE-BONHEUR

    L’accident d’Anne est le septième à cet endroit de la route depuis le début de l’année. « Sept, mon chiffre porte-bonheur…Anne nous faisait à tous deux ce cadeau somptueux. Elle nous laissait croire que sa mort était un accident… Mon père et moi, nous partageons toujours cet appartement, nos soirées, nos amis. Cet été, nous passerons encore nos vacances dans le sud. Mais cette fois, sur la côté italienne. ‘Pour changer’ nous disons nous. Mais nous ne disons pas pourquoi nous voulons changer.» Rien n’est changé, mais plus rien n’est comme avant. Le temps est là. Les êtres sont fatigués. La relation avec le père perdure. Mais l’innocence est partie. A jamais. Les êtres continuent à vivre…

    « Si tu veux comprendre le mot bonheur, il faut l’entendre comme récompense et non comme but. »  (Antoine de Saint-Exupéry) On n’atteint pas le bonheur. Le bonheur n’est pas au bout du chemin. Il vient et il va. Délicatement il se pose sur nous. Nous ressentons parfois le velouté de ses ailes. C’est déjà ça !

    Mais Cécile pleure en ce moment devant sa glace. Elle a retrouvé son père. Mais elle sait qu’elle a perdu sa fraîcheur, sa jeunesse. Alors, elle pleure. Elle voit cette fille en face qui n’est plus tout à fait la même, ni tout à fait une autre, comme le dirait le poète. Elle est devenue adulte. Enfin! Mais à quel prix ? Elle n’a pas seulement perdu Anne. Elle dit bye-bye à ces anciens rêves. Elle dit adieu Jeunesse. Elle dit adieu Insouciance.

     

    Jacky Lavauzelle

Eva KMENTOVA : LA RESISTANCE A L’OPPRESSION (Femme au soleil – žena na slunci -1958, bronze 2005)






Eva Kmentova (1928-1980)
Femme au soleil
žena na slunci
(1958, bronze 2005)

 Eva Kmentova žena na slunci (1958, bronze 2005) (1)

La Résistance
à
L’Oppression

Dans une cour du Musée Kampa (Museum Kampa, U Sovových mlýnů 2, 118 00 Praha) au milieu d’autres statues, la Femme au soleil d’Eva Kmentova, seule, contre un mur, s’offre à nous.

Il s’agit d’une femme, les proportions sont là. Mais la féminité est peu marquée. Et nous sommes autant dans le corps de l’artiste que dans celui d’une humanité plus générale.

La femme est là, face contre terre. Comme jetée à terre. Presqu’humiliée. L’être est couché, comme soumis, mais tout son effort tend vers le redressement. Se mettre droit. Tenir debout. Ne pas rester dans la situation originelle. S’élever. Ne pas rester coucher. Ne plus rester soumise.

Eva Kmentova žena na slunci (1958, bronze 2005) (2)

Les masses s’équilibrent sur le socle en pierre blanche. Et les membres, la tête et les jambes, se lèvent, se jettent vers le soleil, comme s’il s’agissait de s’arracher de la terre. Ce corps lourd et massif veut partir, s’envoler. Il se tend un peu plus de chaque côté. Quelque chose peut casser à tout instant. Et ce corps qui part, laisse un peu plus la terre pour rejoindre les astres.

Dans cette forme, le corps devient céleste. Il va vers le soleil en devenant lune, croissant de lune. Ce corps en a besoin. Il a soif de cette chaleur. C’est une nécessité vitale pour lui, pour ce corps devenu satellite.

S’il se tend, il se tend comme un arc. Un arc qui enverrait dans le ciel, vers le soleil, ce besoin d’un ailleurs, ce besoin d’espoir, pour vaincre enfin sa peur. Pour laisser son désir s’épanouir.

Cette masse si imposante devient ligne par cette position tendue. La tension ne pourra pas durer éternellement, mais qu’importe, puisque, en existant, elle permet au corps de s’ouvrir, de s’entrouvrir.

Avoir gagné sur le lourd, le pesant, le joug, les interdits, la tyrannie et l’oppression, voilà ce que le corps, et plus que le corps, l’être gagne. C’est dans cette prouesse, simple et banale, mais tellement désagréable de cette tension du cou et de cette inflexion du bassin, que l’être peut se lever enfin et que la vie peut commencer, moins mécanique et plus humaine.

Elle se tend juste avant la cassure qui elle serait définitive. Inconfortable et seule, mais vivante encore et espérant.

Eva Kmentova žena na slunci (1958, bronze 2005) (4)Eva Kmentova, ainsi que son mari Olbram Zoubek, qu’elle a connu à l’Académie des Arts,  faisait partie du groupe Trasa, où figuraient notamment les sœurs Jikta er Květa Válovy. Eva apporta au groupe de cette nouvelle figuration une dimension poétique, plus sensuelle. Elle fut bridée tout au long de sa vie par le système communisme. Comme de nombreux artistes tchèques, elle vécut grâce à des petits boulots comme vendeuse et restauratrice de bijoux.

žena na slunci porte la trace de Fernand Léger. cette sculpture a été réalisée trois ans après la mort de l’artiste français.

« L’art est fait d’oppression, de tragédie, criblées discontinûment par l’irruption d’une joie qui inonde son site, puis repart. » (René Char, Eloge d’une soupçonnée, 1988)

 

Jacky Lavauzelle

Olbram Zoubek LA DISSOLUTION DU PEUPLE PAR LE SANG ( MEMORIAL AUX VICTIMES DU COMMUNISME Pomník obětem komunismu Prague)

Olbram Zoubek

Le Mémorial aux victimes du communisme (Pomník obětem komunismu -2002 Prague)
(en collaboration avec les architectes
Jan Kerel et Zdeněk Hoelzel)Olbram Zoubec Prague (12)

 La dissolution
du peuple par
le sang &les pleurs

En revenant du Musée Kampa, nous avons laissé dans une cour la femme au soleil d’Eva Kmentová et une œuvre d’Olbram Zoubek, Victimes (1958), son compagnon dans la vie.




Victimes 1958 Olbram Zoubek Musée Kampa Prague 1

Ces deux œuvres, diamétralement opposées, dans l’espace comme dans le style, séparées par d’autres sculptures sont là, face à face. Celle de Kmentová toute en rondeur, pleine, couchée, entière, face contre sol, celles de Zoubek en saillie, décharnées, vidées, pointues et droites. Ces œuvres si différentes sont celles d’un couple ayant vécu aussi longtemps ensemble et ayant participé à la même scène tchèque à travers le groupe Trasa.

Olbram Zoubec Prague (1)

 

Différentes mais parlant d’une même volonté, d’un véritable combat, la recherche d’un autre futur. L’œuvre de 1958 de Zoubek préfigure l’œuvre du Mémorial, par sa structure déchiquetée, fantomatique. Même si les sculptures n’ont encore pas d’expression et que les têtes sont réduites à leur plus simple expression. Mais déjà elles sont debout et elles marchent. La célèbre expression de Goethe : « Tout homme qui marche peut s’égarer » ne marche pas. Sous un tel régime, ne rien faire, ne rien dire, c’est avant tout s’égarer et mourir à petit feu.

 

Olbram Zoubec Prague (2)

En remontant vers le deuxième arrondissement, il suffit simplement de prendre deux rues, Vítězná ou Říční, et de se retrouver vers ce groupe de sculptures, mi humaines mi zombies qui déferlent de la petite colline Petrin. Un groupe d’hommes membrés et démembrés, condamné à rester là, figé dans le lieu et dans notre mémoire.  « La mémoire est à la base de la personnalité individuelle, comme la tradition est à la base de la personnalité collective » (Miguel de Unamuno). En effet, ce monument ne parle pas qu’à l’Homme, ne parle pas que son histoire, il parle de nous, il parle à chacun de nous.

 

Olbram Zoubec Prague (3)

Olbram Zoubek parle de son point de départ dans sa réflexion et de son travail sur le regard de chacun à travers son œuvre. Celui-ci ne peut que changer. Il est parti du mot MUKL, condamné : « Vycházel jsem ze slova mukl: muž určený k likvidaci. Nepadá, pořád stojí, postava nemá tendenci se vzdát, zlomit, podrobit, ale stojí, i když je štípaná blesky, ohlodávaná a ničená… Můžete se mezi nimi dívat i na Národní divadlo, je to pohled nový, jako by se ti mrtví dívali i na nás, na Vítěznou třídu k Národnímu divadlu. » (« Je suis parti du mot Condamné : Un homme destiné à être liquidé, à être éliminé. Quand il tombe, il se redresse encore. Il n’abandonne pas. Brisé, soumis, il résiste. Même si parfois il pense à abandonner. Parmi eux, vous changez votre vision, comme si les morts et nous regardions le Théâtre National « ).

 

Olbram Zoubec Prague (5)

Sept sculptures avancent donc vers la ville. Sortes de morts-vivants, les corps déchiquetés par la violence d’une idéologie, le communisme. Sept sculptures arrachées à la vie qui nous renvoient au septième cercle de l’Enfer de Dante. Toujours quand le démon des hommes frappe, la Divine Comédie ouvre ses ailes et ses pages. C’est notre miroir contemporain, notre abreuvoir. Rappelons ces vers du Chapitre XII : « Era lo loco ov’ a scender la riva venimmo, alpestro e, per quel che v’er’anco, tal, ch’ogne vista ne sarebbe schiva. » (« Nous arrivâmes à cet endroit difficile où nous devions descendre et où se trouvait cette monstruosité que tous les yeux fuyaient ») Le septième cercle s’ouvre à nous, celui des violents.

Olbram Zoubec Prague (6)

 

Nous ne franchirons pas « la riviera del sangue » (« la rivière de sang »), mais nous sentiront aux travers de leurs chairs « qual che per violenza in altrui noccia. » « E’ son tiranni cher dier nel sangue e ne l’aver di piglio. » (« Ces tyrans qui se baignent dans le sang et se complaisent aux pillages »)

Le communisme a pillé les êtres. Les ayant soumis, cassé, rompu, achevé. Mais les êtres sont restés droits. Ils continuent à marcher. Le rien de la première stèle, n’est qu’un commencement. Les communistes n’ont rien pu faire contre la détermination et la volonté de vivre inextinguible  de l’être humain. Celui s’est levé. Le corps en lambeau. 

Les sculptures marchent vers la ville. Vers le centre.

 

Olbram Zoubec Prague (8)




 

Olbram Zoubec Prague (9)

 

Olbram Zoubec Prague (10)

 

Olbram Zoubec Prague (11)

 

Ils reviennent à nos mémoires qui trop facilement oublient. Les chiffres sont là rangés, 205486 personnes condamnés dans des procès politiques. Un acharnement au quotidien. 4500 morts en prison. 248 exécutions. Nous repensons aux chiffres d’Alexandre Soljenitsyne dans l’Archipel du Goulag, les grandes purges, les quinze millions de déportés russes entre 1920 et 1930, les exactions du régime chinois, cubains, de Pol Pot, …

Il parait loin le temps où Paul Vaillant-Couturier  répétait en toute bonne foi que « les communistes sont des missionnaires historiques de la liberté. » Mais certains dont Victor Hugo avait, très tôt, pressenti et  refusé ce rouleau-compresseur qui allait dévaster le siècle dernier : « Communisme. Une égalité d’aigles et de moineaux, de colibris et de chauves-souris, qui consisterait à mettre toutes les envergures dans la même cage et toutes les prunelles dans le même crépuscule, je n’en veux pas. » Bertolt Brecht disait mieux encore « si le parti communiste et le peuple ne sont pas d’accord, il n’y a qu’à dissoudre le peuple. » Le parti a toujours raison. Le peuple n’est qu’une triste nécessité à soumettre par tous les moyens.

Olbram Zoubec Prague (13)

 

 

 

Olbram Zoubec Prague (15)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les corps avancent et se reconstruisent. Ils restent nus et le regard vide. Mais ils avancent. Ils sont de nouveau parmi nous. La stèle indique pudiquement que « pomník obětem komunismu je věnován všem obětem, nejen popraveným a vězněnym, ale všem, jejichž životy byly totalitní zvůlí zničeny   » (« Le Mémorial aux victimes du communisme est dédié à toutes les victimes, non seulement emprisonnés et exécutés, mais tous ceux dont la vie a été détruite par le despotisme totalitaire »).

Olbram Zoubec Prague (20)

 

Olbram Zoubec Prague (21)

 

 

 

 

 

 

 

Les corps sont là comme s’ils faisaient partis de séquences cinématographiques.

Comme si le vent de l’idéologie emportait sur les corps un peu plus de leur chair. Jusqu’à vouloir les faire disparaître. Comme s’il fallait les enfouir à jamais pour qu’enfin le régime les oublie et ne garde que les soumis.  Olbram Zoubek : « Naší snahou bylo vytvořit pomník nepřehlédnutelný a důstojný, přitom ale pojetím jednoduchý a civilní. Jeho základem je monumentální schodiště, na které jsme umístili celkem 7 bronzových plastik v mírně nadživotních velikostech. První socha stojí v popředí celého zástupu, mizejícího do ztracena ve stráni. Další sochy pak ustupují, ubývají, mění se v torza občanů – obětí. Mezi torzy cítíme ty, kdo nepřežili… Návštěvník prochází schodištěm a je konfrontován s metaforou oběti a utrpení. » (« Notre objectif était de créer un monument visible et digne. Sa base est un escalier monumental sur lequel nous avons placé un total de sept sculptures en bronze légèrement plus grandes que nature. La première statue se dresse à la pointe de la foule, disparaissant peu à peu, avec les autres statues,  par des multiples variations sur les corps et les torses.  Les victimes qui n’ont pas survécu sont symbolisées par ces torses déchirés … Le visiteur qui monte les escaliers se trouve alors confronté à la métaphore du sacrifice et de la souffrance. « )

Olbram Zoubec Prague (23)Le maire de Prague 1 lors de  la commémoration avait déclaré: « Praha jako hlavní město byla vždy srdcem odporu v letech komunistické totality. Důstojné místo pro uctění památky obětem komunismu zde však dosud bohužel chybělo. Proto jsme již od roku 1997 usilovali o vytvoření prostoru pro nadčasové památné místo, které by budoucím generacím připomínalo všechna násilí a křivdy komunistického režimu. Tento prostor jsme nakonec našli na úpatí Petřína v prodloužení Vítězné ulice. Podle našeho názoru má pro umístění pomníku všechny předpoklady: jde o frekventované místo s dobrým přístupem i dostatečnou plochou pro shromažďování. Přitom současně – vzhledem k umístění v Petřínských sadech – nutí při procházkách k zamyšlení. Věříme, že pomník je nejen svrchovaným výtvarným dílem, ale stane se také poctou obětem a stále živou připomínkou neslavné doby českých dějin. » (« Prague a toujours été au cœur de la résistance du totalitarisme communiste ; cet endroit commémore les victimes du communisme, mais il y a malheureusement toujours des portés disparus. Nous avons depuis 1997 cherché à créer un espace pour le souvenir. Olbram Zoubec Prague (22)Lieu de mémoire afin que les générations futures se souviennent de toutes les violences et les injustices du régime communiste. Cet espace se trouvé au pied du prolongement Petrin et de la Rue de la Victoire. A notre avis, cet emplacement convient pour de multiples raisons : c’est un endroit très fréquenté et accessible, ainsi qu’un espace suffisamment conséquent avec les jardins de Petrin qui amène à méditer. Ce n’est pas qu’une œuvre d’art, c’est avant tout un hommage aux victimes et une page tristement célèbre de l’histoire tchèque « .

Jacky Lavauzelle

(texte, traduction de la Divine Comédie et tchèque)