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LE CHAR DE LA VIE – POÈME D’ALEXANDRE POUCHKINE (1823) Телега жизни

*

ALEXANDRE POUCHKINE POÈME

*
1823

Alexandre Pouchkine
русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe

poemes-de-alexandre-pouchkine-artgitatopushkin-alexander

ALEXANDRE POUCHKINE  1823
pushkin poems
стихотворение  – Poésie
 Пушкин 

 

 

POUCHKINE – Пу́шкин
Алекса́ндр Серге́евич Пу́шкин
1799-1837

[создатель современного русского литературного языка]

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

 

LA POÉSIE DE POUCHKINE

СТИХИ АЛЕКСАНДРА СЕРГЕЕВИЧА ПУШКИНА
Пушкин 


Телега жизни
1823

****


LE CHAR DE LA VIE
****

 

Хоть тяжело подчас в ней бремя,
Bien que son fardeau soit lourd,
Телега на ходу легка;
La manœuvre reste toujours aisée ;
Ямщик лихой, седое время,
Le fringant cocher, temps au tempes grises,
Везет, не слезет с облучка.
Conduit, sans jamais décoller de son siège.

*

С утра садимся мы в телегу;
Le matin, nous sommes assis sur le siège ;
Мы рады голову сломать
Nous sommes heureux de nous y briser le cou
  И, презирая лень и негу,
Méprisant la paresse, dédaignant le bonheur,
Кричим: пошёл, ебёна мать!
Nous crions : « Fonçons ! »

*

Но в полдень нет уж той отваги;
Mais à midi, s’altère le courage ;
  Порастрясло нас; нам страшней
Nous avons un peu peur des secousses
И косогоры и овраги;
peur des collines, peur des ravins ;
  Кричим: полегче, дуралей!
Nous crions : « Attention, imbécile ! »

*

Катит по-прежнему телега;
Nous avons toujours autant de soubresauts ;
 Под вечер мы привыкли к ней
Mais le soir, nous y sommes habitués
 И, дремля, едем до ночлега —
Et, assoupis, nous rentrons dans la nuit –
А время гонит лошадей.
Et c’est le temps qui conduit les chevaux.

1823

*

 

 **********

POUCHKINE
 1823 

********

LES JUGEMENTS DE Tolstoï
SUR LES POEMES DE POUCHKINE

Ayons donc pleine confiance dans le jugement du comte Tolstoï sur les poèmes de Pouchkine, son compatriote ! Croyons-le, encore, quand il nous parle d’écrivains allemands, anglais, et scandinaves : il a les mêmes droits que nous à se tromper sur eux. Mais ne nous trompons pas avec lui sur des œuvres françaises dont le vrai sens, forcément, lui échappe, comme il échappera toujours à quiconque n’a pas, dès l’enfance, l’habitude de penser et de sentir en français ! Je ne connais rien de plus ridicule que l’admiration des jeunes esthètes anglais ou allemands pour tel poète français. Verlaine, par exemple, ou Villiers de l’Isle-Adam. Ces poètes ne peuvent être compris qu’en France, et ceux qui les admirent à l’étranger les admirent sans pouvoir les comprendre. Mais il ne résulte pas de là, comme le croit le comte Tolstoï, qu’ils soient absolument incompréhensibles. Ils ne le sont que pour lui, comme pour nous Lermontof et Pouchkine. Ce sont des artistes : la valeur artistique de leurs œuvres résulte de l’harmonie de la forme et du fond : et si lettré que soit un lecteur russe, si parfaite que soit sa connaissance de la langue française, la forme de cette langue lui échappe toujours.

Léon Tolstoï
Qu’est-ce que l’art ?
Traduction par T. de Wyzewa.
 Perrin, 1918
pp. i-XII

*****

ALEXANDRE POUCHKINE POÈMES

 

DÉMONS- Poème de Pouchkine (1830) Бесы

*

ALEXANDRE POUCHKINE POEME

*
1830
 

Alexandre Pouchkine
русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe

poemes-de-alexandre-pouchkine-artgitatopushkin-alexander

ALEXANDRE POUCHKINE  1830
pushkin poems
стихотворение  – Poésie
 Пушкин 

 

 

POUCHKINE – Пу́шкин
Алекса́ндр Серге́евич Пу́шкин
1799-1837

[создатель современного русского литературного языка]

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

 

LA POESIE DE POUCHKINE

СТИХИ АЛЕКСАНДРА СЕРГЕЕВИЧА ПУШКИНА
Пушкин 


Бесы 
1830

****


DÉMONS
****

 

Мчатся тучи, вьются тучи;
Les nuages se précipitent, les nuages planent ;
Невидимкою луна
Sous l’invisible lune
Освещает снег летучий;
La neige couvre son vol ;
Мутно небо, ночь мутна.
Se noircit le ciel, se noircit la nuit.
Еду, еду в чистом поле;
Mon traîneau avance dans le vent ;
Колокольчик дин-дин-дин…
Les grelots entonnent des din-din-din …
Страшно, страшно поневоле
Qui terribles, terribles retentissent
Средь неведомых равнин!
Au milieu des plaines inconnues !

*

« Эй, пошел, ямщик!.. » – « Нет мочи:
« Hé, va, cocher..! » – « Impossible :
Коням, барин, тяжело;
Les chevaux, monsieur, sont épuisés ;
Вьюга мне слипает очи;
Le blizzard m’aveugle ;
Все дороги занесло;
Toutes les routes ont disparu ;
Хоть убей, следа не видно;
Nous avons perdu la piste ;
Сбились мы. Что делать нам!
Nous sommes perdu ! Que pouvons-nous faire !
В поле бес нас водит, видно,
Le démon nous conduit, il est clair
Да кружит по сторонам.
Que nous tournons en rond.

*

Посмотри: вон, вон играет,
Regarde : il est là-bas qui joue,
Дует, плюет на меня;
Qui maintenant me crache dessus ;
Вон – теперь в овраг толкает
Regarde – il nous attire près du ravin
Одичалого коня;
Pour y plonger nos chevaux ;
Там верстою небывалой
Regarde, le vois-tu
  Он торчал передо мной;
Droit devant moi ;
Там сверкнул он искрой малой
Il illumine comme une étincelle
И пропал во тьме пустой ».
Qui disparaît dans l’obscurité du vide « .

*

Мчатся тучи, вьются тучи;
Les nuages se précipitent, les nuages planent ;
Невидимкою луна
Sous l’invisible lune
Освещает снег летучий;
La neige couvre son vol ;
Мутно небо, ночь мутна.
Se noircit le ciel, se noircit la nuit.
Сил нам нет кружиться доле;
Mon traîneau s’arrête net ;
Колокольчик вдруг умолк;
Les grelots sont devenus muets ;
Кони стали… « Что там в поле? » –
Tout se pose… « Qu’est-ce donc ? » –
«  « Кто их знает? пень иль волк? »
« Qui sait ? Un tronc d’arbre ou une bête ? »

*

Вьюга злится, вьюга плачет;
Déferle le blizzard , déferle la tempête ;
Кони чуткие храпят;
Ronflement de nos montures ;
Вот уж он далече скачет;
Le démon galope au loin ;
Лишь глаза во мгле горят;
Seuls ses yeux dans l’obscurité apparaissent ;
Кони снова понеслися;
Les chevaux reprennent leur course ;
Колокольчик дин-дин-дин…
Les grelots entonnent à nouveau les din-din-din …
Вижу: духи собралися
Vois donc : les esprits là-bas se sont réunis
Средь белеющих равнин.
Au milieu des plaines blanchies.

*

 

Бесконечны, безобразны,
De nombreux démons, laids et terrifiants,
В мутной месяца игре
Flottant, éructant…
Закружились бесы разны,
Une ronde de démons tourbillonnants,
Будто листья в ноябре…
Comme les feuilles de novembre …
Сколько их! куда их гонят?
Comme ils sont nombreux ! D’où viennent-ils ?
Что так жалобно поют?
Pourquoi leurs chants sont-ils si plaintifs ?
Домового ли хоронят,
Enterrent-ils un farfadet ?
 Ведьму ль замуж выдают?
Est-ce le mariage d’une sorcière ?

*

Мчатся тучи, вьются тучи;
Les nuages se précipitent, les nuages planent ;
Невидимкою луна
Sous l’invisible lune
Освещает снег летучий;
La neige couvre son vol ;
Мутно небо, ночь мутна.
Se noircit le ciel, se noircit la nuit.
Мчатся бесы рой за роем
Une foule de démons s’est rassemblée
В беспредельной вышине,
Dans les hauteurs infinies,
Визгом жалобным и воем
Cette plainte qui hurle à travers la plaine
Надрывая сердце мне…
Déchire mon coeur …

 

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POUCHKINE
 1830  

********

LES JUGEMENTS DE Tolstoï
SUR LES POEMES DE POUCHKINE

Ayons donc pleine confiance dans le jugement du comte Tolstoï sur les poèmes de Pouchkine, son compatriote ! Croyons-le, encore, quand il nous parle d’écrivains allemands, anglais, et scandinaves : il a les mêmes droits que nous à se tromper sur eux. Mais ne nous trompons pas avec lui sur des œuvres françaises dont le vrai sens, forcément, lui échappe, comme il échappera toujours à quiconque n’a pas, dès l’enfance, l’habitude de penser et de sentir en français ! Je ne connais rien de plus ridicule que l’admiration des jeunes esthètes anglais ou allemands pour tel poète français. Verlaine, par exemple, ou Villiers de l’Isle-Adam. Ces poètes ne peuvent être compris qu’en France, et ceux qui les admirent à l’étranger les admirent sans pouvoir les comprendre. Mais il ne résulte pas de là, comme le croit le comte Tolstoï, qu’ils soient absolument incompréhensibles. Ils ne le sont que pour lui, comme pour nous Lermontof et Pouchkine. Ce sont des artistes : la valeur artistique de leurs œuvres résulte de l’harmonie de la forme et du fond : et si lettré que soit un lecteur russe, si parfaite que soit sa connaissance de la langue française, la forme de cette langue lui échappe toujours.

Léon Tolstoï
Qu’est-ce que l’art ?
Traduction par T. de Wyzewa.
 Perrin, 1918
pp. i-XII

*****

ALEXANDRE POUCHKINE POEME

DÉMONS
1830
Пушкин 

LE FRISSON Poème de SERGUEÏ ESSENINE 1924 Мы теперь уходим понемногу

Littérature Russe
ESSENINE POEME 1924

**********************

 

русский поэт- Poète Russe
русская литература

***
стихотворение  – Poésie

***

 

 

Sergueï Essénine
Сергей Александрович Есенин

3 octobre 1895 Konstantinovo (Rybnov) – 28 décembre 1925 à Leningrad
3 октября 1895, Константиново – 28 декабря 1925, Ленинград
TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

****

LA POESIE DE SERGUEÏ ESSÉNINE
****

Мы теперь уходим понемногу
LE FRISSON
******

*

1924
****

Мы теперь уходим понемногу
Maintenant, nous partons là-bas
В ту страну, где тишь и благодать.
Dans un pays de paix et de sérénité.
Может быть, и скоро мне в дорогу
Peut-être bientôt mon chemin
Бренные пожитки собирать.
Recueillera mes mortels effets.

*

Милые березовые чащи!
Forêt épaisse de bouleaux !
Ты, земля! И вы, равнин пески!
Toi, terre ! Et toi, dune de sable !
Перед этим сонмом уходящих
Avant de vous quitter, à vous
Я не в силах скрыть моей тоски.
Je ne peux cacher mon angoisse.

*

Слишком я любил на этом свете
Moi aussi j’ai aimé ce monde
 
Все, что душу облекает в плоть.
Qui enveloppa de chair mon âme.
Мир осинам, что, раскинув ветви,
Trembles réunis aux branches déployées
Загляделись в розовую водь!
Contemple encore nos rivières !

*

Много дум я в тишине продумал,
Tant de pensées méditées en silence,
Много песен про себя сложил,
Tant de chansons chantées dans mon cœur,
И на этой на земле угрюмой
Tout cela sur ce sol sombre,
Счастлив тем, что я дышал и жил.
Heureux que je respirais et ou j’ai vécu.

*

 

Счастлив тем, что целовал я женщин,
Heureux j’ai embrassé les femmes
Мял цветы, валялся на траве
Ecrasant les fleurs, nous couchant sur l’herbe
И зверье, как братьев наших меньших,
Heureux d’avoir été le frère des bêtes,
Никогда не бил по голове.
Heureux de n’avoir blessé quiconque.

*

Знаю я, что не цветут там чащи,
Je sais que ne fleurissent pas de broussailles là-bas,
Не звенит лебяжьей шеей рожь.
Là-bas ni seigle, ni cou de cygne.
Оттого пред сонмом уходящих
Comme un hôte avant le départ
Я всегда испытываю дрожь.
Je sens ce frisson qui me saisit.

*

Знаю я, что в той стране не будет
Je sais que je ne verrai pas non plus
Этих нив, златящихся во мгле…
Ces champs de maïs plongés dans la brume …
Оттого и дороги мне люди,
Voilà pourquoi vous m’êtes chers
Что живут со мною на земле.
Hommes et femmes de ce pays.

********

Бабушкины сказки
C. А. Есенин

*******************

LES POEMES DE SERGUEÏ ESSENINE

*****

****

LA POESIE DE SERGUEÏ ESSÉNINE
****

поэзия есенина
****

 

 

L’ECLAT DU DIABLE – Sergueï Essénine – 1922 – Да! Теперь решено

Littérature Russe
ESSENINE POEME

**********************

 

русский поэт- Poète Russe
русская литература

***
стихотворение  – Poésie

***

 

 

Sergueï Essénine
Сергей Александрович Есенин

3 octobre 1895 Konstantinovo (Rybnov) – 28 décembre 1925 à Leningrad
3 октября 1895, Константиново – 28 декабря 1925, Ленинград
TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

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LA POESIE DE SERGUEÏ ESSÉNINE
****

L’ECLAT DU DIABLE
****
Да! Теперь решено

1922
****

*******************

Да! Теперь решено. Без возврата
Oui ! Maintenant, c’est fini. Sans me retourner
Я покинул родные поля.
Je quitte ma maison, mon pays.
Уж не будут листвою крылатой
Feuilles ailées, je ne vous verrai plus
Надо мною звенеть тополя.
Au-dessus de moi tomber du peuplier.

*

Низкий дом без меня ссутулится,
Frêle demeure, je te laisse à ton sort,
Старый пес мой давно издох.
Vieux chien, sous terre, resté fidèle, je te quitte.
На московских изогнутых улицах
Dans les tortueuses rues de Moscou
Умереть, знать, судил мне Бог.
Où je rends l’âme, dignement, Dieu m’a jugé.

*

Я люблю этот город вязевый,
J’aime cette ville blême,
Пусть обрюзг он и пусть одрях.
Ballonnée et corrompue.
Золотая дремотная Азия
Somnolente Asie dorée
Опочила на куполах.
Où le silence sur les dômes se pose.

*

А когда ночью светит месяц,
Et quand le mois brille la nuit,
Когда светит… черт знает как!
Quand resplendit… l’éclat du diable !
Я иду, головою свесясь,
Je marche où me mène ma tête,
Переулком в знакомый кабак.
Retrouver ma taverne familière.

 

*

Шум и гам в этом логове жутком,
Le fracas dans cette tanière monte,
Но всю ночь, напролет, до зари,
Mais toute la nuit, jusqu’à l’aube,
Я читаю стихи проституткам
Je lis des poèmes aux prostituées
И с бандитами жарю спирт.
Et aux crapules, je les noie dans l’alcool.

*

Сердце бьется все чаще и чаще,
Mon cœur bat de plus en plus fort,
И уж я говорю невпопад:
Et me voici qui parle à sa place :
— Я такой же, как вы, пропащий,
– Je suis comme toi, perdu,
Мне теперь не уйти назад.
Et maintenant, je suis sans rivage.
*
Низкий дом без меня ссутулится,
Frêle demeure, je te laisse à ton sort,
Старый пес мой давно издох.
Vieux chien, sous terre, resté fidèle, je te quitte.
На московских изогнутых улицах
Dans les tortueuses rues de Moscou
Умереть, знать, судил мне Бог.
Où je rends l’âme, dignement, Dieu m’a jugé.
1922

*******************

LES POEMES DE SERGUEÏ ESSENINE

*****

****

LA POESIE DE SERGUEÏ ESSÉNINE
****

поэзия есенина
****

SERGUEÏ ESSENINE JE SUIS LE DERNIER POETE DES CAMPAGNES- 1920 – Я последний поэт деревни

 

Littérature Russe
ESSENINE POEME 1920

**********************

 

русский поэт- Poète Russe
русская литература

***
стихотворение  – Poésie

***

 

 

Sergueï Essénine
Сергей Александрович Есенин

3 octobre 1895 Konstantinovo (Rybnov) – 28 décembre 1925 à Leningrad
3 октября 1895, Константиново – 28 декабря 1925, Ленинград
TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

****

LA POESIE DE SERGUEÏ ESSÉNINE
****

JE SUIS LE DERNIER POETE DES CAMPAGNES
Я последний поэт деревни

 

1920
****

*******************

Я последний поэт деревни,
Je suis le dernier poète des campagnes,
Скромен в песнях дощатый мост.
Le dernier à chanter le modeste pont de bois.
За прощальной стою обедней
Debout, j’assiste encore à la messe d’adieu
Кадящих листвой берез.
Des dernières feuilles du bouleau.
*
Догорит золотистым пламенем
En flamme d’or, elle brûle
  Из телесного воска свеча,
La chandelle de mon corps de cire,
И луны часы деревянные
Et l’horloge de la lune sur les arbres
Прохрипят мой двенадцатый час.
Me montre ma douzième heure.
*
На тропу голубого поля
Sur le chemin du champ bleu
Скоро выйдет железный гость.
L’invité de fer bientôt pénétrera.
Злак овсяный, зарею пролитый,
L’avoine que redresse l’aube,
Соберет его черная горсть.
Bientôt sera fauchée par sa main noire.

 

*

Не живые, чужие ладони,
Non vivantes, paumes étrangères,
Этим песням при вас не жить!
Mes chansons ainsi ne peuvent vivre !
Только будут колосья-кони
Seuls les chevaux désappointés,
О хозяине старом тужить.
Attendent en vain leur maître.
*
Будет ветер сосать их ржанье,
Leurs hennissements par le vent s’effaceront,
Панихидный справляя пляс.
Les bourrasques libéreront son requiem.
Скоро, скоро часы деревянные
Bientôt, bientôt, horloge de la lune sur les arbres
Прохрипят мой двенадцатый час!
Me montrera ma douzième heure !

 

********

Бабушкины сказки
C. А. Есенин

*******************

LES POEMES DE SERGUEÏ ESSENINE

*****

****

LA POESIE DE SERGUEÏ ESSÉNINE
****

поэзия есенина
****

LA POÉSIE d’Essénine – поэзия есенина – SERGUEÏ ESSÉNINE POÈME

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SERGUEÏ ESSÉNINE POÈME

 

русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe

***
стихотворение  – Poésie

***

 

 

Sergueï Essénine
Сергей Александрович Есенин

3 octobre 1895 Konstantinovo (Rybnov) – 28 décembre 1925 à Leningrad
3 октября 1895, Константиново – 28 декабря 1925, Ленинград
TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

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LA POÉSIE DE SERGUEÏ ESSÉNINE
****

поэзия есенина
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1910
Выткался на озере алый свет зари…
LE ROUGE DE L’AUBE

Выткался на озере алый свет зари.
Le rouge de l’aube a tissé le lac.
На бору со звонами плачут глухари.
Toute la forêt frisonne aux chants de scie du grand tétras.

**

1914
Не ветры осыпают пущи,
LES PSAUMES DES ÉTOILES FILANTES

Не ветры осыпают пущи,
Ce ne sont pas les vents qui fouettent les forêts,
Не листопад златит холмы.
Ce ne sont pas les feuilles qui dorent les vallées.

**

1915
Я странник убогий
JE SUIS UN PAUVRE PELERIN

Я странник убогий.
Je suis un pauvre pèlerin.
С вечерней звездой
Suivant l’étoile du soir

**

1917
Бабушкины сказки
CONTE DE FÉES -IVAN LE FOU

В зимний вечер по задворкам
Le soir d’hiver à la périphérie
Разухабистой гурьбой
Se réunit la joyeuse foule

**

1917
Где ты, где ты, отчий дом
LA MAISON DE MON PERE

Где ты, где ты, отчий дом,
Où es-tu, où es-tu, maison de mon père,
Гревший спину под бугром?
Qui te réchauffait en retrait sous la colline ?

**

1918
Я покинул родимый дом
LE VIEIL ÉRABLE

Я покинул родимый дом,
Je t’ai quittée, ma chère maison,
Голубую оставил Русь.
Russie azurée, je t’ai quittée .

**

1918
Закружилась листва золотая
LA NUÉE DE PAPILLONS

Закружилась листва золотая.
La feuille d’or file
В розоватой воде на пруду
Sur l’eau rosée du bassin

**

1918
Хорошо под осеннюю свежесть
L’ÉTINCELLE DES MOTS

Хорошо под осеннюю свежесть
Comme il est bon dans la fraîcheur de l’automne
Душу-яблоню ветром стряхать
De laisser vaquer son âme comme une pomme au vent

**

Исповедь хулигана
CONFESSION D’UN VOYOU
1920

**

Essénine poème

**

1920
Я последний поэт деревни
JE SUIS LE DERNIER POETE DES CAMPAGNES

Я последний поэт деревни,
Je suis le dernier poète des campagnes,
Скромен в песнях дощатый мост.
Le dernier à chanter le modeste pont de bois.

**

 

**

1921
Не жалею, не зову, не плачу,
LA BLANCHEUR DES POMMIERS

Не жалею, не зову, не плачу,
Je ne regrette ni les suppliques ni les douleurs.
Все пройдет, как с белых яблонь дым.
Comme la blancheur des pommiers, tout passe.

**

1922
Да! Теперь решено
L’ÉCLAT DU DIABLE

Да! Теперь решено. Без возврата
Oui ! Maintenant, c’est fini. Sans me retourner
Я покинул родные поля.
Je quitte ma maison, mon pays.

**

Essénine poème

**

1924
Мы теперь уходим понемногу
LE FRISSON

Мы теперь уходим понемногу
Maintenant, nous partons là-bas
В ту страну, где тишь и благодать.
Dans un pays de paix et de sérénité.

**

1925
Вижу сон
LES RÊVES BLEUS

Вижу сон. Дорога чёрная.
Je rêve. La route est noire.
Белый конь. Стопа упорная.
Le cheval blanc. Il avance.

**

1925
мчатся сани, слышишь – сани мчатся
LE TRAÎNEAU

Слышишь – мчатся сани, слышишь – сани мчатся.
Écoute ! Écoute le chant du traîneau dans sa course.
Хорошо с любимой в поле затеряться.
Partons nous perdre là-bas au loin !

**

1925
Вечером синим, вечером лунным
LE BONHEUR BLEU

Вечером синим, вечером лунным
Un soir de lune dans ce bleu du soir
Был я когда-то красивым и юным.
J’étais jeune et j’étais beau.

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1925
Гори, звезда моя, не падай.
EPITHAPHE

Гори, звезда моя, не падай.
Etoile, mon étoile, ne tombe pas
Роняй холодные лучи.
Laisse tomber tes froids rayons.

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SON DERNIER POÈME

1925
До свиданья, друг мой, до свиданья.
AU REVOIR MON AMI

До свиданья, друг мой, до свиданья.
Au revoir mon ami, au revoir.
Милый мой, ты у меня в груди.
Mon ami, tu es dans mon cœur.

[autre traduction d’octobre 2015]

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LES POEMES DE SERGUEÏ ESSENINE

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 SERGUEÏ ESSÉNINE POÈME
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поэзия есенина
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ALEXANDRE POUCHKINE (1830) – MON NOM – Что в имени тебе моём?

*

Alexandre Pouchkine
русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe

poemes-de-alexandre-pouchkine-artgitatopushkin-alexander

ALEXANDRE POUCHKINE 1830
pushkin poems
стихотворение  – Poésie
 Пушкин 

 

 

POUCHKINE – Пу́шкин
Алекса́ндр Серге́евич Пу́шкин
1799-1837

[создатель современного русского литературного языка]

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

 

LA POESIE DE POUCHKINE

СТИХИ АЛЕКСАНДРА СЕРГЕЕВИЧА ПУШКИНА
Пушкин 


1830
MON NOM

  1830
Что в имени тебе моём?

***

Что в имени тебе моём?
Qu’est-ce que mon nom pour toi ?
Оно умрёт, как шум печальный
Ce nom va mourir, comme le triste bruit
Волны, плеснувшей в берег дальный,
Des vagues, le temps que dure la vague, et qui déjà s’enfuit,
Как звук ночной в лесу глухом.
Comme dans la nuit, l’écho perdu d’un bruit dans un bois.

Оно на памятном листке
Il trace sur une page ce signe illisible
  Оставит мёртвый след, подобный
Laisse sa trace morte, semblable
  Узору надписи надгробной
Aux inscriptions funèbres
  На непонятном языке.
Ecrites dans une langage austère.

 

Что в нём? Забытое давно
Qui est-il ? Il sera oublié depuis longtemps
  В волненьях новых и мятежных,
Dans l’excitation du temps,
Твоей душе не даст оно
Sur ton âme, il n’aura gravé
  Воспоминаний чистых, нежных.
Ni souvenirs purs ni instants sucrés.

Но в день печали, в тишине,
Mais , en silence, un jour d’émoi
Произнеси его тоскуя;
Tu diras d’une voix forte
Скажи: есть память обо мне,
Tu diras, quelqu’un pense à moi,
Есть в мире сердце, где живу я…
Il reste dans le monde un cœur où je vis encore…

5 января 1830
5 janvier 1830

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ALEXANDRE POUCHKINE
1830  

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LES JUGEMENTS DE Tolstoï
SUR LES POEMES DE POUCHKINE

Ayons donc pleine confiance dans le jugement du comte Tolstoï sur les poèmes de Pouchkine, son compatriote ! Croyons-le, encore, quand il nous parle d’écrivains allemands, anglais, et scandinaves : il a les mêmes droits que nous à se tromper sur eux. Mais ne nous trompons pas avec lui sur des œuvres françaises dont le vrai sens, forcément, lui échappe, comme il échappera toujours à quiconque n’a pas, dès l’enfance, l’habitude de penser et de sentir en français ! Je ne connais rien de plus ridicule que l’admiration des jeunes esthètes anglais ou allemands pour tel poète français. Verlaine, par exemple, ou Villiers de l’Isle-Adam. Ces poètes ne peuvent être compris qu’en France, et ceux qui les admirent à l’étranger les admirent sans pouvoir les comprendre. Mais il ne résulte pas de là, comme le croit le comte Tolstoï, qu’ils soient absolument incompréhensibles. Ils ne le sont que pour lui, comme pour nous Lermontof et Pouchkine. Ce sont des artistes : la valeur artistique de leurs œuvres résulte de l’harmonie de la forme et du fond : et si lettré que soit un lecteur russe, si parfaite que soit sa connaissance de la langue française, la forme de cette langue lui échappe toujours.

Léon Tolstoï
Qu’est-ce que l’art ?
Traduction par T. de Wyzewa.
 Perrin, 1918
pp. i-XII

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MON CHIEN (1878) Poème d’Ivan TOURGUENIEV – Иван Сергеевич Тургенев – Собака

русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe

IVAN TOURGUENIEV
Иван Сергеевич Тургенев

TOURGUENIEV
1818-1883

Подпись

стихотворение
Poème

Traduction Jacky Lavauzelle

——– Poemes en prose de Tourgueniev Texte et Traduction Artgitato


Собака

Mon Chien

 

Февраль, 1878 г.
Février 1878

Hас двое в комнате: собака моя и я. На дворе воет страшная, неистовая буря.
Deux, nous sommes deux dans la pièce : mon chien et moi. Dans la cour, l’hurlement terrible d’une violente tempête.

Собака сидит передо мною — и смотрит мне прямо в глаза.
Le chien est assis en face de moi Il me regarde droit dans les yeux.

И я тоже гляжу ей в глаза.
Et moi aussi, je le regarde dans ses yeux.

Она словно хочет сказать мне что-то. Она немая, она без слов, она сама себя не понимает — но я ее понимаю.
Elle semble vouloir me dire quelque chose. Elle est silencieuse. Elle reste là sans mots ; elle-même ne comprend pas mais moi, je la comprends.

Я понимаю, что в это мгновенье и в ней и во мне живет одно и то же чувство, что между нами нет никакой разницы. Мы тожественны; в каждом из нас горит и светится тот же трепетный огонек.
Je comprends que, en ce moment, elle vit le même sentiment et qu’entre nous il n’y a pas de différence. Nous sommes identiques ; Chacun de nous est éclairé par une même lumière vacillante.

Смерть налетит, махнет на него своим холодным широким крылом…
La mort remuera son aile froide et large

И конец!
Et tout sera fini !

Кто потом разберет, какой именно в каждом из нас горел огонек?
Qui comprendra alors exactement ce qu’était la flamme qui brûlait en chacun de nous ?

Нет! это не животное и не человек меняются взглядами…
Non ! Ce n’est pas un homme qui regarde un animal

Это две пары одинаковых глаз устремлены друг на друга.
Ce sont deux paires identiques d’yeux fixées l’une sur l’autre.

И в каждой из этих пар, в животном и в человеке — одна и та же жизнь жмется пугливо к другой.
Dans chacun de ces deux couples, chez l’animal et chez l’homme une seule et même vie fébrilement attachée l’une à l’autre.

 

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Traduction Jacky Lavauzelle
Artgitato
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автор Иван Сергеевич Тургенев

Sans titre 1

Пушкин Poème de Pouchkine – Я вас любил- JE VOUS AIMAIS

Я вас любил Пушкин 1829

Алекса́ндр Серге́евич Пу́шкин
Alexandre Pouchkine
русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe

 

POUCHKINE – Пу́шкин
1799-1837

[создатель современного русского литературного языка]


Я вас любил
стихотворение
Je vous aimais
[Poème]

poemes-de-alexandre-pouchkine-artgitatopushkin-alexander

LA POESIE DE POUCHKINE

СТИХИ АЛЕКСАНДРА СЕРГЕЕВИЧА ПУШКИНА
Я вас любил

1829

Я вас любил : любовь еще, быть может,
Je vous aimais : cet amour, peut-être,
В душе моей угасла не совсем;
Dans mon cœur, n’est pas tout à fait encore éteint ;
Но пусть она вас больше не тревожит;
Mais plus jamais ne redoutez sa flamme
Mais ne craignez plus son ardeur ;
Я не хочу печалить вас ничем.
Je ne veux pas vous attrister.
Я вас любил безмолвно, безнадежно,
Je vous aimais en silence, désespérément,
То робостью, то ревностью томим;
Avec timidité, avec jalousie aussi ;
Я вас любил так искренно, так нежно,
Je vous aimais si sincèrement, si tendrement,
Как дай вам бог любимой быть другим.
Qu’à Dieu ne plaise qu’un autre vous aime tout autant.

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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PUSHKIN POEMS 1829

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LES JUGEMENTS DE Tolstoï
SUR LES POEMES DE POUCHKINE

Ayons donc pleine confiance dans le jugement du comte Tolstoï sur les poèmes de Pouchkine, son compatriote ! Croyons-le, encore, quand il nous parle d’écrivains allemands, anglais, et scandinaves : il a les mêmes droits que nous à se tromper sur eux. Mais ne nous trompons pas avec lui sur des œuvres françaises dont le vrai sens, forcément, lui échappe, comme il échappera toujours à quiconque n’a pas, dès l’enfance, l’habitude de penser et de sentir en français ! Je ne connais rien de plus ridicule que l’admiration des jeunes esthètes anglais ou allemands pour tel poète français. Verlaine, par exemple, ou Villiers de l’Isle-Adam. Ces poètes ne peuvent être compris qu’en France, et ceux qui les admirent à l’étranger les admirent sans pouvoir les comprendre. Mais il ne résulte pas de là, comme le croit le comte Tolstoï, qu’ils soient absolument incompréhensibles. Ils ne le sont que pour lui, comme pour nous Lermontof et Pouchkine. Ce sont des artistes : la valeur artistique de leurs œuvres résulte de l’harmonie de la forme et du fond : et si lettré que soit un lecteur russe, si parfaite que soit sa connaissance de la langue française, la forme de cette langue lui échappe toujours.

Léon Tolstoï
Qu’est-ce que l’art ?
Traduction par T. de Wyzewa.
 Perrin, 1918
pp. i-xii

 

скифы блок текст – Александр Блок – Les Scythes – Poème d’Alexandre BLOK 1918

ARTGITATO
BLOK poems
скифы блок текст
Скифы Александр блок стихи

русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe

Alexandre Blok
Алекса́ндр Алекса́ндрович Блок

 

BLOK- Блок
1880-1921

 


скифы
стихотворение
Les Scythes
poème

 29 и 30 января 1918
29 & 30 janvier 1918

Мильоны – вас. Нас – тьмы, и тьмы, и тьмы.
Des millions : vous êtes. Nous nous sommes les ténèbres, les ténèbres, et encore les ténèbres !
Попробуйте, сразитесь с нами!
Essayez et vous verrez !
Да, скифы – мы! Да, азиаты – мы,
Oui, les Scythes nous sommes ! Oui, nous sommes les Asiatiques !
С раскосыми и жадными очами!
Avec les yeux bridés et inassouvis !

*

Для вас – века, для нас – единый час.
Pour vous : les siècles, pour nous : une heure seulement.
Мы, как послушные холопы,
Nous, comme des esclaves obéissants,
Держали щит меж двух враждебных рас
Ayant tenu un bouclier entre deux races hostiles
 Монголов и Европы!
Celles des Mongols et l’Europe !

*

Века, века ваш старый горн ковал
A travers les âges, tous les âges, de votre antique forge
 И заглушал грома, лавины,
Plus sonore que le tonnerre de l’avalanche,
И дикой сказкой был для вас провал
Ce fut un sauvage conte que les chutes
И Лиссабона, и Мессины!
De Lisbonne et de Messine!

*

Вы сотни лет глядели на Восток
Vous avez regardé des centaines d’années vers l’Est
  Копя и плавя наши перлы,
Emmagasinant et de fondant nos bijoux,
И вы, глумясь, считали только срок,
Et vous, moqueur, comptiez les jours,
Когда наставить пушек жерла!
Pour nos gaver par vos canons!

*

Вот – срок настал. Крылами бьет беда,
Maintenant le terme est venu. La mauvaise fortune bat ses ailes
И каждый день обиды множит,
Et chaque jour, nos rancunes s’accroissent,
И день придет – не будет и следа
Et un jour viendra il n’y aura même plus de trace
  От ваших Пестумов, быть может!
De vos temples grecs [Paestum], peut-être!

*

О, старый мир! Пока ты не погиб,
Ô vieux monde ! Jusqu’à ce que tu meures,
Пока томишься мукой сладкой,
Alors que tu languis encore,
Остановись, премудрый, как Эдип,
Arrête-toi, sage, comme Œdipe,
Пред Сфинксом с древнею загадкой!
Devant l’ancienne énigme du Sphinx !

*

Россия – Сфинкс. Ликуя и скорбя,
La Russie : le Sphinx. Joyeuse et endeuillée,
И обливаясь черной кровью,
Et baignée dans le sang noir,
Она глядит, глядит, глядит в тебя
Elle regarde, regarde, te regarde
И с ненавистью, и с любовью!…
Et avec de la haine et avec de l’amour !

*

Да, так любить, как любит наша кровь,
Oui, elle aime comme notre sang peut aimer,
Никто из вас давно не любит!
Comme aucun d’entre vous n’a aimé !
Забыли вы, что в мире есть любовь,
Vous avez oublié que l’amour est dans le monde,
Которая и жжет, и губит!
Avec ses brûlures, et ses destructions !

*

Мы любим все – и жар холодных числ,
Nous aimons tout la chaleur des nombres froids,
И дар божественных видений,
Le don de visions divines,
Нам внятно всё – и острый галльский смысл,
Nous comprenons clairement tout – le fort sens gaulois
И сумрачный германский гений…
Et le sombre génie allemand

*

Мы помним всё – парижских улиц ад,
Nous nous souvenons de tout : l’enfer des rues parisiennes,
И венецьянские прохлады,
Et la fraîcheur de Venise
Лимонных рощ далекий аромат,
Les arômes lointains des citronniers
И Кельна дымные громады…
Et les tours enfumées de Cologne ...

*

Мы любим плоть – и вкус ее, и цвет,
Nous aimons la chair et son goût et sa couleur,
И душный, смертный плоти запах…
l’odeur de la chair mortelle et étouffante
Виновны ль мы, коль хрустнет ваш скелет
Est-ce notre faute si votre squelette craque
В тяжелых, нежных наших лапах?
Sous nos lourdes et délicates pattes ?

*

Привыкли мы, хватая под уздцы
Lorsque nous tirons sur nos rênes
  Играющих коней ретивых,
chevaux fougueux, nous jouons
Ломать коням тяжелые крестцы,
à les briser d’un coup de croupe,
И усмирять рабынь строптивых…
Et domptons les tenaces filles désobéissantes

*

Придите к нам! От ужасов войны
Venez à nous ! Des horreurs de la guerre
Придите в мирные обьятья!
Rejoignez notre paisible étreinte !
Пока не поздно – старый меч в ножны,
Il n’est pas trop tard : rengainez votre vieille épée,
Товарищи! Мы станем – братья!
Camarades ! Nous serons frères !

*

А если нет – нам нечего терять,
Et sinon : nous avons rien à perdre,
И нам доступно вероломство!
Car nous aussi pouvons trahir !
Века, века вас будет проклинать
Durant des siècles et des siècles, vous serez maudits
Больное позднее потомство!
Ainsi que vos progénitures :  malades elles aussi !

*

Мы широко по дебрям и лесам
Nous serons dans les bois et les fourrés
 Перед Европою пригожей
Face à la belle Europe
Расступимся! Мы обернемся к вам
Essaimez ! Nous nous tournerons vers vous
Своею азиатской рожей!
Avec nos muselières asiatiques !

*

Идите все, идите на Урал!
Venez tous, venez à l’Oural !
Мы очищаем место бою
Nous dégagerons un champ de bataille
Стальных машин, где дышит интеграл,
Machines d’acier à la respiration froide,
С монгольской дикою ордою!
Horde sauvage des Mongols !

*

Но сами мы – отныне вам не щит,
Mais nous, nous maintenant, nous ne serons plus votre bouclier,
Отныне в бой не вступим сами,
Maintenant, nous entrons dans la bataille,
Мы поглядим, как смертный бой кипит,
Nous verrons la rage des mortelles batailles
Своими узкими глазами.
Avec nos yeux étroits.

*

Не сдвинемся, когда свирепый гунн
Mais nous ne nous lèverons pas quand un féroce Hun
  В карманах трупов будет шарить,
Dépouillera les poches des cadavres,
Жечь города, и в церковь гнать табун,
Brûlera la ville et conduira le bétail dans vos églises,
И мясо белых братьев жарить!…
Et fera frire la viande des frères blancs !

*

В последний раз – опомнись, старый мир!
Une dernière fois  reprenez la raison, vieux monde !
На братский пир труда и мира,
A la fête fraternelle du travail et de la paix,
В последний раз на светлый братский пир
Une dernière fois à la lumineuse fête fraternelle
Сзывает варварская лира!
Ma lyre barbare t’appelle !

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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скифы Александр Блок  1918
Les Scythes Alexandre Blok 1918