Archives par mot-clé : 1875

Constantin Cavafy La Ville – Η Πόλις – Κωνσταντίνος Πέτρου Καβάφης

Grèce – Ελλάδα

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Traduction Jacky Lavauzelle*******

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Constantin Cavafy poèmes
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LITTERATURE GRECQUE
POESIE GRECQUE

Ελληνική λογοτεχνία
Ελληνική ποίηση

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Constantin Cavafy
1863 – 1933

Traduction Jacky Lavauzelle

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Traduction Jacky Lavauzelle


LES POEMES GRECS

 Η Πόλις 

La Ville
Από τα Ποιήματα 1897-1933

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Traduction Jacky Lavauzelle
Ioannis Altamouras – Ιωάννης Αλταμούρας  (1852-1878) Marine (1875)

Είπες· «Θα πάγω σ’ άλλη γη, θα πάγω σ’ άλλη θάλασσα.
Tu as dit ceci : « Je vais vers un autre pays, vers une autre mer.
 « Μια πόλις άλλη θα βρεθεί καλλίτερη από αυτή.
Où, une ville différente, une ville meilleure, je trouverai.
Κάθε προσπάθεια μου μια καταδίκη είναι γραφτή·
 Une peine et une douleur, chaque effort que je fais ;
κ’ είν’ η καρδιά μου — σαν νεκρός — θαμένη.
mon cœur est mort – mort et enterré.
Ο νους μου ως πότε μες στον μαρασμόν αυτόν θα μένει.
Mon esprit quand je suis ici se retrouve au cœur de ce lieu désolé.
Όπου το μάτι μου γυρίσω, όπου κι αν δω
Partout où mon œil se pose, partout je vois
ερείπια μαύρα της ζωής μου βλέπω εδώ,
les tristes et sombres ruines de ma vie, où ma foi
που τόσα χρόνια πέρασα και ρήμαξα και χάλασα.»
j’ai passé tant d’années, où je l’ai ruinée, où je l’ai brisée. »

*

Καινούριους τόπους δεν θα βρεις, δεν θάβρεις άλλες θάλασσες.
D’autres lieux, d’autres mers, tu ne trouveras.
Η πόλις θα σε ακολουθεί. Στους δρόμους θα γυρνάς
La ville te poursuivra. Au travers des rues, tu erreras
τους ίδιους. Και στες γειτονιές τες ίδιες θα γερνάς·
Et dans tes quartiers tu vieilliras ;
και μες στα ίδια σπίτια αυτά θ’ ασπρίζεις.
et dans ces mêmes maisons, grisonnant, tu deviendras.
Πάντα στην πόλι αυτή θα φθάνεις. Για τα αλλού — μη ελπίζεις—
Toujours, dans cette ville, tu reviendras. Pour les autres villes, n’espère pas –
 δεν έχει πλοίο για σε, δεν έχει οδό.
car de bateau pour toi, de traversée, pour toi, il n’y aura.
Έτσι που τη ζωή σου ρήμαξες εδώ
Alors ta vie, celle que tu as brisée en ce lieu,
στην κώχη τούτη την μικρή, σ’ όλην την γη την χάλασες.
dans cette petite maison, tu l’as brisée en tout lieu.

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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LA POESIE GRECQUE EN GRECE 

Le langage est ce qu’il y a en Grèce de plus antique. C’est un grand charme pour celui qui a voué un culte à l’antiquité grecque d’entendre parler grec autour de lui, de reconnaître dans les conversations d’un guide ou d’un marinier tel mot qu’il n’avait jusque-là rencontré que dans Homère. Il semble alors qu’on est réellement transporté dans la Grèce antique ; on est tenté de dire aux passans, comme Philoctète à ses compatriotes retrouvés dans Lemnos : je veux vous entendre, et de s’écrier comme lui, ô langage bien aimé ! Mais, pour se livrer à ce transport, il faudrait, dira-t-on, que ce langage fût celui des anciens Hellènes, et non pas un dérivé imparfait que défigure une prononciation bizarre. A cela on peut répondre : Quant à la prononciation, il n’y a pas de raison pour que les descendans de Périclès adoptent le système qu’un savant Hollandais a imaginé au XVIe siècle. Du reste la question est délicate et ne saurait être traitée ici. Qu’il suffise d’affirmer que plusieurs règles de prononciation, adoptées par les Grecs modernes, remontent à la plus haute antiquité, et que l’on trouve déjà dans le second siècle de notre ère des exemples de l’iotacisme, c’est-à-dire de ê, ei, oi, prononcés i, bien que l’iotacisme ne paraisse avoir été définitivement et complètement constituée qu’au Xe ou XIe siècle.

Dans le langage populaire de certaines parties de la Grèce, on retrouve quelques vestiges des dialectes qui y furent parlé autrefois. En général, les anciens dialectes grecs ont péri par suite de la conquête, qui les a éteints avec la vie locale des pays subjugués. Cependant ils n’ont pas disparu entièrement ; on retrouve des traces assez nombreuses du dialecte œolien dans la Béotie et la Phocide, et dans un canton montagneux du Péloponèse, la Tzaconie, le dialecte dorien s’est merveilleusement conservé un certain nombre de mots grecs oubliés par le temps ont été remplacés dans l’usage par une autre expression : ainsi, trecho, courir, au lieu de dremo ; au lieu d’artos, pain, psomi. Eh bien ! il arrive que le vieux mot grec oublié se retrouve dans un coin de la Grèce, par exemple dremo dans les villages du Parnasse…

Jean-Jacques Ampère
La poésie grecques en Grèce
Seconde Partie
Revue des Deux Mondes, tome 7, 1844

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Constantin Cavafy
Έλληνα ποιητή
Cavafy Poèmes

L’ECLAT DE LA MORT – EMILY DICKINSON (1875) That short — potential stir

POEME D’EMILY DICKINSON
LITTERATURE AMERICAINE

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EMILY DICKINSON
December 10, 1830 – May 15, 1886
10 décembre 1830 – 15 mai 1886
Amherst, Massachusetts




Traduction – Translation

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

French and English text
texte bilingue français-anglais

That short — potential stir
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L’ECLAT DE LA MORT
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1875

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That short — potential stir
Ce court – et potentiel émoi
 
That each can make but once —
Que chacun peut faire juste une seule fois –
That Bustle so illustrious
Cette Agitation est si illustre
   ‘Tis almost Consequence —
Qu’elle a quelque Conséquence –

 




Is the eclat of Death —
C’est l’éclat de la Mort-
Oh, thou unknown Renown
Ô, toi, inconnue Renommée
 That not a Beggar would accept
Que pas un Indigent n’accepterait
  Had he the power to spurn —
S’il avait le pouvoir de la rejeter

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POEME D’EMILY DICKINSON

34 POEMES D’EMILY DICKINSON DE 1852 A 1886 – Emily Dickinson’s poems

LITTERATURE AMERICAINE

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EMILY DICKINSON
December 10, 1830 – May 15, 1886
10 décembre 1830 – 15 mai 1886
Amherst, Massachusetts

Traduction – Translation

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

French and English text
texte bilingue français-anglais

 


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LES POEMES D’EMILY DICKINSON

Emily Dickinson’s poems

 

 




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1853
ON THIS WONDROUS SEA

On this wondrous sea
Sur cette merveilleuse mer
Sailing silently,
Navigant silencieusement,




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1858
WHEN ROSES CEASE TO BLOOM

When Roses cease to bloom, dear, 
Quand les Roses finiront de fleurir, mon cher,
And Violets are done, 
Et les V
iolettes seront flétries,

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1859
WHOSE CHEEK IS THIS ?

Whose cheek is this ?
A qui est cette joue ?
What rosy face
Quel rose visage

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1860
A LITTLE EAST TO JORDAN

A little East of Jordan,
Un peu à l’est du Jourdain,
Evangelists record,
Les Evangélistes enregistrent,




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1861
POOR LITTLE HEART !

Poor little heart!
Pauvre petit cœur !
Did they forget thee?
T’ont-ils oublié ?

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1861
I’VE KNOW A HEAVEN LIKE A TENT

I’ve known a Heaven, like a Tent – 
J’ai connu un Ciel, comme une Tente –
To wrap its shining Yards – 
 A emballer son éclatante Cour-




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1862
OF BRONZE AND BLAZE

Of Bronze – and Blaze 
De Bronze – et de Feu
The North -tonight! 
Le Nord -ce soir !

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1863
I GAINED IT SO

I gained it so –
Je l’ai gagnée ainsi,
By Climbing slow –
En Escaladant lentement,

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1864
THE SPRY ARMS OF THE WIND

The spry Arms of the Wind
Les vaillants Bras du Vent
If I could crawl between
Si je pouvais ramper entre

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1865
WHAT TWINGS WE HELB BY
LA RIVIERE RAPIDE DE LA VIE

 What Twigs We held by-
Quels Rameaux nous agrippaient ?
Oh the View
Oh cette Vue

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1866
AFTER THE SUN COMES OUT
LA TRANSFORMATION DU MONDE

After the Sun comes out
Une fois le soleil sorti
How it alters the World —
Comme cela transforme le Monde

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1867
THE MURMURING OF BEES
LE MURMURE DES ABEILLES

The murmuring of Bees, has ceased
Le murmure des Abeilles a cessé
But murmuring of some
Mais d’autres s’entendent

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1868
AFTER A HUNDRED YEARS
UN SIECLE APRES

After a hundred years
Un siècle après
Nobody knows the Place
Personne ne connaît le Lieu

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1869
THE DUTIES OF THE WIND ARE FEW
LES DEVOIRS ET LES PLAISIRS DU VENT

The duties of the Wind are few,
Les devoirs du Vent sont peu nombreux :
To cast the ships, at Sea,
Fracasser les navires, en Mer,

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1870
A NOT ADMITTING OF THE WOUND
LA BLESSURE

A not admitting of the wound
Ne pas reconnaître la plaie
Until it grew so wide
Jusqu’à ce qu’elle soit si large

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1870
THAT THIS SHOULD FEEL THE NEAD OF DEATH
LE BESOIN DE LA MORT

That this should feel the need of Death
Que celui qui ressent le besoin de la Mort
 
The same as those that lived
Le même que celui qui vécu

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1871
THE DAYS THAT WE CAN SPARE

The Days that we can spare
Les Jours que nous avons en trop
Are those a Function die
Ensevelissent une Fonction qui meurt

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1872
UNTIL THE DESERT KNOWS
AU GALOP DANS NOS RÊVES

Until the Desert knows
Jusqu’à ce que le Désert sache
That Water grows
Que l’Eau jaillit

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1873
HAD WE OUR SENSES
LA RAISON & LA FOLIE

Had we our senses
Avons-nous notre raison ?
 
But perhaps ’tis well they’re not at Home
Mais peut-être vaut-il mieux que non

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1874
WONDER IS NOT PRECISLY KNOWING
LE PLAISIR DEVENU DOULEUR

Wonder — is not precisely Knowing
 L’Etonnement- n’est pas précisément la Connaissance
 
And not precisely Knowing not
 Ni précisément l’Ignorance –

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1875
THAT SHORT POTENTIAL STIR
L’ECLAT DE LA MORT

That short — potential stir
Ce court – et potentiel émoi
 
That each can make but once
Que chacun peut faire juste une seule fois –

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1876
LONG YEARS APART
L’ABSENCE DE LA SORCIERE

Long Years apart — can make no
Les longues Années d’éloignement- ne peuvent engendrer de
Breach a second cannot fill —
Brèche qu’une seule seconde ne puisse colmater –

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1877
IT WAS A QUIET SEEMING DAY
LE COQUELICOT DANS LE NUAGE

It was a quiet seeming Day —
C’était un Jour en apparence calme –
There was no harm in earth or sky —
Il n’y avait aucun mal ni sur terre ni dans le ciel –

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1878
TO MEND EACH TATTERED FAITH
REPARER LA FOI EN LAMBEAUX

To mend each tattered Faith
Pour réparer chaque Foi en lambeaux
There is a needle fair
Il y a une fine aiguille,

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1879
WE TALKED WITH EACH OTHER
LES SABOTS DE L’HORLOGE

We talked with each other about each other
Nous nous sommes parlés, les uns les autres
Though neither of us spoke —
  Même si aucun de nous n’a parlé –

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1880
GLASS WAS THE STREET
LA RUE DE VERRE

Glass was the Street – in Tinsel Peril
De verre était la rue – dans un Aventureux Crissement
 
Tree and Traveller stood.
Arbre et Voyageur debout se tenaient.

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1881
THE THINGS THAT NEVER CAN COME BACK
LES CHOSES QUI JAMAIS NE REVIENNENT

The Things that never can come back, are several —
Les Choses qui jamais ne reviennent sont multiples –
Childhood — some forms of Hope — the Dead —
L’Enfance – certaines formes d’Espoir – les Morts –

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1882
HE ATE AND DRANK THE PRECIOUS WORDS
LES MOTS PRECIEUX

He ate and drank the precious Words —
Il a mangé et il a bu les Mots précieux –
His Spirit grew robust —
Son Esprit s’est développé –

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1883
No ladder needs the bird but skies
DONNER DES AILES AUX CHERUBINS

No ladder needs the bird but skies
 L’oiseau n’a pas besoin d’échelle mais des cieux
To situate its wings,
Pour placer ses ailes,

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1884
Upon his Saddle sprung a Bird
LA NOTE DE L’OISEAU

Upon his Saddle sprung a Bird
Sur sa selle a bondi l’Oiseau
And crossed a thousand Trees
  S’en est allé traverser un milliers d’Arbres

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1885
Take all away from me, but leave me Ecstasy,
LAISSEZ-MOI L’EXTASE

Take all away from me, but leave me Ecstasy,
Retirez-moi tout, mais laissez-moi l’Extase,
 And I am richer then than all my Fellow Men —
Et plus riche que tous mes Semblables  je deviendrai –

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LES ULTIMES POEMES

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1886
THE IMMORTALITY SHE GAVE
LA FORCE DE L’AMOUR HUMAIN

The immortality she gave
L’immortalité qu’elle a donnée
We borrowed at her Grave —
Nous l’avons emprunté à son Tombeau-

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1886
OF GLORY NOT A BEAM IS LEFT
POUR LES ÉTOILES

Of Glory not a Beam is left
De la Gloire, ne reste pas un seul Faisceau
But her Eternal House —
Mais reste sa Maison Éternelle –

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EMILY DICKINSON

THE PROPHET KHALIL GIBRAN LE PROPHETE IX HOUSES LES MAISONS

the-prophet-khalil-gibran-houses-les-maisons-artgitato-caspar-david-friedrichThe Prophet
HOUSES
LES MAISONS

Le Prophète

The Prophet IX
KHALIL GIBRAN
Littérature Libanaise
Lebanese literature
le-prophete-khalil-gibran-fred-holland-day-1898Photographie de Fred Holland Day
1898





جبران خليل جبران
Gibran Khalil Gibran
1883–1931
le-prophete-khalil-gibran-the-prophete-n

Traduction Jacky Lavauzelle

 

THE PROPHET IX
HOUSES
LES MAISONS

1923




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The Prophet

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the-prophet-khalil-gibran-houses-les-maisons-artgitato-caspar-david-friedrich

 Le Rêveur  Der Träumer Caspar David Friedrich
1835-1840
Musée de l’Ermitage – Saint Pétersbourg

Then a mason came forth and said, « Speak to us of Houses. »
Ensuite, un maçon sortit et dit : «Parle-nous des maisons. »

And he answered and said:
Et il répondit et dit :

Build of your imaginings a bower in the wilderness ere you build a house within the city walls.
Construisez en imagination un écrin dans le désert avant que vous ne construisiez une maison dans les murs de la ville.

For even as you have home-comings in your twilight, so has the wanderer in you, the ever distant and alone.
Car, comme vous, au crépuscule, rentrez chez vous, il en va de même pour le vagabond qui est en vous, le toujours lointain et solitaire.

Your house is your larger body.
Votre maison est votre grand corps.

It grows in the sun and sleeps in the stillness of the night; and it is not dreamless. Does not your house dream? And dreaming, leave the city for grove or hilltop?
Elle se développe au soleil et dort dans le silence de la nuit ; et ce ne sont pas sans rêves. Votre maison n’a-t-elle pas de rêve ? Et rêvant, ne quitte-t-elle pas la ville pour un bosquet ou une colline ?

Would that I could gather your houses into my hand, and like a sower scatter them in forest and meadow.
Si je pouvais rassembler vos maisons dans ma main, et, comme un semeur, les disperser dans la forêt et la prairie.

Would the valleys were your streets, and the green paths your alleys, that you might seek one another through vineyards, and come with the fragrance of the earth in your garments.
Que les vallées soient vos rues et les chemins verts vos allées, que vous puissiez vous chercher à travers les vignes, et revenir avec le parfum de la terre sur vos vêtements.

But these things are not yet to be.
Mais ces choses ne sont pas encore là.

In their fear your forefathers gathered you too near together. And that fear shall endure a little longer. A little longer shall your city walls separate your hearths from your fields.
Dans leur crainte, vos ancêtres se sont réunis les uns à côté des autres. Et cette crainte durera un peu plus longtemps. Un peu plus tard encore, vos murs de la ville sépareront vos foyers de vos champs.

And tell me, people of Orphalese, what have you in these houses? And what is it you guard with fastened doors?
Et dites-moi, gens de Orphalese, que possédez-vous donc dans ces maisons ? Et que gardez-vous avec des portes fermées ?

Have you peace, the quiet urge that reveals your power?
Avez-vous la paix, l’assurance tranquille qui révèle votre puissance?

Have you remembrances, the glimmering arches that span the summits of the mind?
Avez-vous des souvenirs, des arches scintillantes qui couvrent les sommets de l’esprit ?

Have you beauty, that leads the heart from things fashioned of wood and stone to the holy mountain?
Avez-vous la beauté, qui mène au cœur des choses façonnées de bois et de pierre à la montagne sainte ?

Tell me, have you these in your houses?
Dites-moi, avez-vous ces choses-là dans vos maisons?

Or have you only comfort, and the lust for comfort, that stealthy thing that enters the house a guest, and becomes a host, and then a master?
Ou avez-vous seulement le confort, et la soif de confort, cette chose furtive qui pénètre dans la maison tel un invité, et devient un hôte, et enfin un maître ?

Ay, and it becomes a tamer, and with hook and scourge makes puppets of your larger desires.
Oui, et il devient un dompteur, et avec un  crochet et un fléau fait des marionnettes de vos plus grands désirs.

Though its hands are silken, its heart is of iron.
Bien que ses mains soient soyeuses, son cœur est de fer.

It lulls you to sleep only to stand by your bed and jeer at the dignity of the flesh.
Il vous berce pour dormir seulement pour se tenir près de votre lit et se railler de la dignité de la chair.

It makes mock of your sound senses, and lays them in thistledown like fragile vessels.
Il se moque de vos sens solides, et les dépose dans l’ouate comme des vases fragiles.

Verily the lust for comfort murders the passion of the soul, and then walks grinning in the funeral.
En vérité, la soif de confort tue la passion de l’âme, et se gausse en souriant à ses funérailles.

But you, children of space, you restless in rest, you shall not be trapped nor tamed.
Mais vous, les enfants de l’espace, vous qui êtes agités dans le repos, vous ne serez pas pris au piège ni apprivoisés.

Your house shall be not an anchor but a mast.
Votre maison ne doit pas être un point d’ancrage, mais un mât.

It shall not be a glistening film that covers a wound, but an eyelid that guards the eye.
Elle ne doit pas être une bandelette étincelante qui couvre une plaie, mais une paupière qui protège l’œil.

You shall not fold your wings that you may pass through doors, nor bend your heads that they strike not against a ceiling, nor fear to breathe lest walls should crack and fall down.
Vous ne plierez point vos ailes pour passer à travers les portes, ni ne baisserez vos têtes pour qu’elles ne se frappent au plafond, ni ne craindrez de respirer de peur que les murs ne se fissurent puis tombent.

You shall not dwell in tombs made by the dead for the living.
Vous ne vous attarderez pas dans des tombes faites par les morts pour les vivants.

And though of magnificence and splendour, your house shall not hold your secret nor shelter your longing.
Et bien que remplie de magnificence et de splendeur, votre maison ne doit pas tenir votre secret, ni abriter votre désir.

For that which is boundless in you abides in the mansion of the sky, whose door is the morning mist, and whose windows are the songs and the silences of night.
Ce qui est immense en vous demeure dans la maison du ciel, dont la porte est la brume du matin, et les fenêtres les chants et les silences de la nuit.

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The Prophet
LES MAISONS
HOUSES

Khalil Gibran
Le Prophète IX

the-prophet-khalil-gibran-houses-les-maisons-artgitato-caspar-david-friedrich

Joy and Sorrow LE PROPHETE VIII THE PROPHET KHALIL GIBRAN JOIE ET TRISTESSE

joy-and-sorrow-le-prophete-viii-the-prophet-khalil-gibran-joie-et-tristesseJoy and Sorrow
Joie et Tristesse
Le Prophète – The Prophet

Le Prophète VIII
KHALIL GIBRAN
Littérature Libanaise
Lebanese literature
le-prophete-khalil-gibran-fred-holland-day-1898Photographie de Fred Holland Day
1898





جبران خليل جبران
Gibran Khalil Gibran
1883–1931
le-prophete-khalil-gibran-the-prophete-n

Traduction Jacky Lavauzelle

 

THE PROPHET VIII
Joy and Sorrow
JOIE ET TRISTESSE

1923




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joy-and-sorrow-le-prophete-viii-the-prophet-khalil-gibran-joie-et-tristesse

Illustrations
Edvard Much Le Cri 1893  Musée Munch Oslo
Frans Hals Le Jeune Ramp et sa belle 1623, Metropolitan Museum of Art New York

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The Prophet
Joy and Sorrow
Joie et Tristesse
Khalil Gibran
Le Prophète VIII

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Then a woman said, « Speak to us of Joy and Sorrow. »
Puis une femme demanda : « Parle-nous de la Joie et de la Tristesse. »

And he answered:
Et il répondit :

Your joy is your sorrow unmasked.
Votre joie est votre tristesse démasquée.

And the selfsame well from which your laughter rises was oftentimes filled with your tears.
Et le même puits d’où viennent vos rires a été souvent rempli de vos larmes.

And how else can it be?
Et comment peut-il en être différemment ?

The deeper that sorrow carves into your being, the more joy you can contain.
Plus profondément la douleur creuse dans votre être, plus de joie vous pouvez contenir.

Is not the cup that holds your wine the very cup that was burned in the potter’s oven?
La coupe que contient votre vin n’est-elle pas la même qui a été brûlée dans le four du potier?

And is not the lute that soothes your spirit, the very wood that was hollowed with knives?
Et le luth qui apaise votre esprit ne vient-il pas du même bois sculpté avec des couteaux?

When you are joyous, look deep into your heart and you shall find it is only that which has given you sorrow that is giving you joy.
Lorsque vous êtes joyeux, regardez profondément dans votre cœur et vous trouverez que c’est seulement ce qui vous a donné la douleur qui vous donne la joie.

When you are sorrowful look again in your heart, and you shall see that in truth you are weeping for that which has been your delight.
Lorsque vous avez le regard douloureux, plongez-vous à nouveau dans votre coeur, et vous verrez qu’en vérité vous pleurez pour ce qui fut votre plus grand plaisir.

Some of you say, « Joy is greater than sorrow, » and others say, « Nay, sorrow is the greater. »
Certains d’entre vous disent : «La joie est plus grande que la douleur», et d’autres disent: «Non, la douleur est la plus grande. »

But I say unto you, they are inseparable.
Mais je vous le dis, elles sont inséparables.

Together they come, and when one sits alone with you at your board, remember that the other is asleep upon your bed.
Ensemble, elles viennent, et quand l’une d’elles est assise, seule à vos côtés, rappelez-vous que l’autre est endormie dans votre lit.

Verily you are suspended like scales between your sorrow and your joy.
En vérité, vous êtes suspendus comme une balance entre votre tristesse et votre joie.

Only when you are empty are you at standstill and balanced.
Seulement quand vous êtes vide que vous êtes à l’arrêt et à l’équilibre.

When the treasure-keeper lifts you to weigh his gold and his silver, needs must your joy or your sorrow rise or fall.
Lorsque le gardien du trésor vous soulève pour peser son or et son argent, votre joie ou votre douleur monte ou descend.

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 The Prophet
Joy and Sorrow
Joie et Tristesse
Khalil Gibran
Le Prophète VIII

working citation The Prophet WORK KHALIL GIBRAN CITATION LE TRAVAIL

working citation
The Prophet

WORK Le Travail- Le Prophète VII
KHALIL GIBRAN
Littérature Libanaise
Lebanese literature
le-prophete-khalil-gibran-fred-holland-day-1898Photographie de Fred Holland Day
1898

 





جبران خليل جبران
Gibran Khalil Gibran
1883–1931
le-prophete-khalil-gibran-the-prophete-n

Traduction Jacky Lavauzelle

Working Citation

THE PROPHET VII
WORK
LE TRAVAIL
 

1923




working citation
The Prophet
Work
Khalil Gibran
Le Prophète VII
Le Travail

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the-prophet-khalil-gibran-le-prophete-artgitato-gustave-caillebotte-the-floor-planers-les-raboteurs-de-parquet

Gustave Caillebotte  The Floor Planers Les Raboteurs de parquet – 1875 – Musée d’Orsay – Paris

Working Citation

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WORK THE PROPHET

working citation

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Then a ploughman said, « Speak to us of Work. »
Puis le laboureur dit : « Parle-nous du Travail. »

And he answered, saying:
Et il répondit en disant :

You work that you may keep pace with the earth and the soul of the earth.
Vous travaillez pour pouvoir suivre le rythme avec la terre et avec  l’âme de la terre.

For to be idle is to become a stranger unto the seasons, and to step out of life’s procession, that marches in majesty and proud submission towards the infinite.
Être inactif c’est devenir un étranger aux saisons, et de s’éloigner de la procession de la vie, qui marche dans une soumission majestueuse et qui marche fière vers l’infini.

When you work you are a flute through whose heart the whispering of the hours turns to music.
Lorsque vous travaillez, vous êtes une flute à travers laquelle le cœur change en musique le chuchotement des heures .

Which of you would be a reed, dumb and silent, when all else sings together in unison?
Lequel d’entre vous serait un roseau, muet et silencieux, quand tout le reste chante à l’unisson ?

Always you have been told that work is a curse and labour a misfortune.
Toujours on vous a dit que le travail est une malédiction et le labeur un malheur.

But I say to you that when you work you fulfil a part of earth’s furthest dream, assigned to you when that dream was born,
Mais je vous dis que lorsque vous travaillez vous remplissez une partie d’un rêve lointain de la terre, à vous assigné lorsque ce rêve est né,

And in keeping yourself with labour you are in truth loving life,
Et c’est en vous gardant au travail que vous êtes dans l’aimable vérité de la vie,

And to love life through labour is to be intimate with life’s inmost secret.
Et à aimer la vie par le travail c’est devenir intime avec le secret le plus fondamental de la vie.

But if you in your pain call birth an affliction and the support of the flesh a curse written upon your brow, then I answer that naught but the sweat of your brow shall wash away that which is written.
Mais si vous voyez votre naissance, dans votre peine, telle une affliction et le poids de la chair telle une malédiction écrite sur votre front, alors je réponds que rien d’autre que la sueur de votre front ne pourra laver ce qui y est écrit.

You have been told also life is darkness, and in your weariness you echo what was said by the weary.
On vous a dit aussi : « la vie est obscurité« , et dans votre lassitude vous faites écho à ce qui a été dit par lassitude.

And I say that life is indeed darkness save when there is urge,
Et je dis que la vie est en effet obscurité, sauf quand il y a envie,

And all urge is blind save when there is knowledge,
Et toute envie est aveugle sauf quand il y a la connaissance,

And all knowledge is vain save when there is work,
Et toute connaissance est vaine sauf quand il y a du travail,

And all work is empty save when there is love;
Et tout le travail est vide, sauf quand il y a l’amour ;

And when you work with love you bind yourself to yourself, and to one another, and to God.
Et quand vous travaillez avec amour vous vous liez à vous-même et aux autres, et à Dieu.

And what is it to work with love?
Et que veut donc dire travailler avec amour ?

It is to weave the cloth with threads drawn from your heart, even as if your beloved were to wear that cloth.
C’est tisser la toile avec des fils tirés de votre cœur, comme si votre bien-aimé devait porter ce tissu.

It is to build a house with affection, even as if your beloved were to dwell in that house.
C’est de construire une maison avec affection, comme si votre bien-aimé devait habiter dans cette maison.

It is to sow seeds with tenderness and reap the harvest with joy, even as if your beloved were to eat the fruit.
C’est semer les graines avec tendresse et récolter la moisson avec joie, comme si votre bien-aimé devait en manger le fruit.

It is to charge all things you fashion with a breath of your own spirit,
C’est charger toutes les choses que vous réalisez avec un souffle de votre propre esprit,

And to know that all the blessed dead are standing about you and watching.
Et savoir que tous les morts bienheureux sont debout à vos côtés et vous regardent.

Often have I heard you say, as if speaking in sleep, « he who works in marble, and finds the shape of his own soul in the stone, is a nobler than he who ploughs the soil.
J’ai souvent entendu dire, comme si  vous parliez en dormant, « celui qui travaille dans le marbre, et trouve la forme de son âme dans la pierre, est un plus noble que celui qui laboure le sol.

And he who seizes the rainbow to lay it on a cloth in the likeness of man, is more than he who makes the sandals for our feet. »
Et celui qui saisit l’arc en ciel pour le poser sur un chiffon à la ressemblance de l’homme, est plus grand que celui qui réalise les sandales pour nos pieds. « 

But I say, not in sleep but in the over-wakefulness of noontide, that the wind speaks not more sweetly to the giant oaks than to the least of all the blades of grass;
Mais je dis, non pas en dormant, mais en étant totalement éveillé en plein midi, que le vent ne parle pas plus doucement aux chênes géants qu’au moindre brin d’herbe ;

And he alone is great who turns the voice of the wind into a song made sweeter by his own loving.
Et lui seul est grand celui qui a changé la voix du vent en une chanson plus douce par son propre amour.

Work is love made visible.
Le travail est l’amour devenu visible.

And if you cannot work with love but only with distaste, it is better that you should leave your work and sit at the gate of the temple and take alms of those who work with joy.
Et si vous ne pouvez pas travailler avec amour mais seulement avec dégoût, il est préférable que vous quittiez votre travail et que vous vous asseyiez à la porte du temple et receviez l’aumône de ceux qui travaillent avec joie.

For if you bake bread with indifference, you bake a bitter bread that feeds but half man’s hunger.
Car si vous faites cuire du pain avec indifférence, vous faites cuire un pain amer qui ne nourrit que la moitié de la faim d’un homme.

And if you grudge the crushing of the grapes, your grudge distils a poison in the wine.
Et si vous écrasez des raisins sans joie, votre rancune distille alors un poison dans le vin.

And if you sing though as angels, and love not the singing, you muffle man’s ears to the voices of the day and the voices of the night.
Et si vous chantez comme les anges, mais que vous n’aimiez pas le chant, vous voilez aux oreilles de l’homme les voix du jour et les voix de la nuit.

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The Prophet
working citation

Sonnets traduits du portugais XV Sonnets from the Portuguese XV (Elizabeth Barrett Browning) Sonette aus dem Portugiesischen XV (RILKE) Sonnets du Portugais XV

Sonnets traduits du Portugais

Rainer Maria Rilke
1875-1926
Rainer Maria Rilke Portrait de Paula Modersohn-Becker 1906

Elizabeth Barrett Browning
1806-1861

 

 

Elizabeth Barrett Browning

*




Sonnets from the Portuguese
1850

XV


Rainer Maria Rilke
Sonette aus dem Portugiesischen
1908
XV

Traduction Française
Jacky Lavauzelle
Sonnets Portugais
Sonnets traduits du Portugais
XV

 

*

Elizabeth-Barrett-Browning Sonnets from the Portuguese Elizabeth Barrett Browning Sonette aus dem Portugiesischen RILKE

XV
Quinzième Sonnet

***




XV Sonnets traduits du portugais XV Sonnets from the Portuguese XV (Elizabeth Barrett Browning) Sonette aus dem Portugiesischen V. Kandinsky Automne en Bavière 1908

Vassily Kandinsky Automne en Bavière 1908

***

Accuse me not, beseech thee, that I wear
Klag mich nicht dessen an, daß ich dem deinen
Ne m’accuse pas, je t’en prie, de porter
Too calm and sad a face in front of thine;
mein Antlitz traurig still entgegentrage.
Un trop calme et triste visage devant toi ;
For we two look two ways, and cannot shine
Wir sehen so verschieden in die Tage,
Nous regardons de deux façons, et nous ne pouvons pas éclairer
With the same sunlight on our brow and hair.
daß Haar und Stirne nicht bei beiden scheinen.
Par la même lumière nos fronts et nos cheveux.

*

On me thou lookest with no doubting care,
Du kannst um mich so ruhig sein wie um
Tu peux me regarder sans douter,
As on a bee shut in a crystalline;
die Biene, die in ein Kristall geriet,
Comme sur une abeille enfermée dans un cristallin ;
Since sorrow hath shut me safe in love’s divine,
seit deine Liebe meinen Schmerz ringsum
Depuis que la tristesse qui m’enferme dans le divin amour,
And to spread wing and fly in the outer air
umschlossen hat mit Herrlichkeit. Mich zieht
Qui agite mon aile et qui vole dans les airs

*

Were most impossible failure, if I strove
nach draußen nichts, und wenn mich etwas riefe,
Serait impossible  si je ne persévérais
To fail so. But I look on thee—on thee—
so wär es Wahnsinn. Doch, in dich verloren,
Sans cesse. Mais je te regarde … toi…
Beholding, besides love, the end of love,
seh ich die Liebe und der Liebe Ende.
Contemplant, outre l’amour, la fin de l’amour,

*

Hearing oblivion beyond memory;
Und das Vergessen rauscht in meine Ohren.
Entendant l’oubli au-delà de la mémoire ;
As one who sits and gazes from above,
So sieht, wer hoch sitzt, aller Ströme Wende
Comme celui qui est assis et regarde en haut,
Over the rivers to the bitter sea.
und Ausgang in des Meeres bittre Tiefe.
Les rivières qui cheminent  jusqu’à la mer amère. 

****************

Sonnets de la Portugaise

Sonnets from the Portuguese Elizabeth Browning
Sonnets Traduits du Portugais

Elizabeth Barrett Browning Robert Browning 1865 photogravure Julia Margaret Cameron

Robert Browning
photogravure de 1865
De Julia Margaret CameronAlbert Chevallier Tayler Elizabeth Barrett Browning 1909
Peinture d’Elizabeth Barrett Browning
Par Albert Chevalier Tayler
1909

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SONNETS DE LA PORTUGAISE XIV Sonnets from the Portuguese XIV (Elizabeth Barrett Browning) Sonette aus dem Portugiesischen XIV (RILKE) Sonnets du Portugais XIV

SONNETS DE LA PORTUGAISE

Rainer Maria Rilke
1875-1926
Rainer Maria Rilke Portrait de Paula Modersohn-Becker 1906

Elizabeth Barrett Browning
1806-1861
Elizabeth Barrett Browning

 

 

Elizabeth Barrett Browning

*

Sonnets from the Portuguese
1850

XIV


Rainer Maria Rilke
Sonette aus dem Portugiesischen
1908
XIV




Traduction Française
Jacky Lavauzelle
Sonnets de la Portugaise
Sonnets Portugais
XIV

 

*

Elizabeth-Barrett-Browning Sonnets from the Portuguese Elizabeth Barrett Browning Sonette aus dem Portugiesischen RILKE

XIV
Quatorzième Sonnet
Sonnet de la Portugaise

*
Sonnets from the Portuguese XIV Elizabeth Barrett Browning Artgitato Sonette aus dem Portugiesischen Vassily Kandinsky Composition n° 4

В. Кандинский Композиция IV».
1911
Vassily Kandinsky Composition n°4

*******

Sonnets de la Portugaise
XIV

If thou must love me, let it be for nought
Wenn du mich lieben mußt, so soll es nur
Si tu dois m’aimer, que ce soit pour rien
Except for love’s sake only. Do not say
der Liebe wergen sein. Sag nicht im stillen:
Sauf par amour de l’amour seulement. Ne dis pas
‘I love her for her smile—her look—her way
»Ich liebe sie um ihres Lächelns willen,
«Je l’aime pour son sourire — son regard — sa manière
Of speaking gently,—for a trick of thought
für ihren Blick, ihr Mildsein, für die Spur,
De parler délicate, — pour son tour d’esprit

*

That falls in well with mine, and certes brought
die ihres Denkens leichter Griff in mir
Qui correspond bien au mien, et qui apporte
A sense of pleasant ease on such a day’—
zurückläßt, solche Tage zu umrändern«. –
Ce sentiment d’aisance agréable un instant.
For these things in themselves, Beloved, may
Denn diese Dinge wechseln leicht in dir,
Voilà des choses en elles-mêmes, Bien-Aimé, qui peuvent
Be changed, or change for thee,—and love, so wrought,
Geliebter, wenn sie nicht sich selbst verändern.
Être changées ou te changer, — et l’amour, ainsi forgé, 

*

May be unwrought so. Neither love me for
Wer also nährt, der weiß auch, wie man trennt.
Peut-être sous une forme brute. Ne m’aime pas pour
Thine own dear pity’s wiping my cheeks dry,—
Leg auch dein Mitleid nicht zu Grund, womit
Cette chère pitié qui assécha mes larmes,
A creature might forget to weep, who bore
du meine Wangen trocknest; wer den Schritt
Une créature peut oublier de pleurer et plonger

*

Thy comfort long, and lose thy love thereby!
aus deinem Trost heraus nicht tut, verkennt
Dans ton aisance et perdre ainsi ton amour!
But love me for love’s sake, that evermore
die Tränen schließlich und verliert mit ihnen
Mais aime-moi par amour de l’amour, qu’éternellement
Thou mayst love on, through love’s eternity.
der Liebe Ewigkeit: ihr sollst du dienen.
Tu puisses aimer à travers l’éternité de l’amour.  

****************




Sonnets de la Portugaise

Sonnets from the Portuguese Elizabeth Browning

Elizabeth Barrett Browning Robert Browning 1865 photogravure Julia Margaret Cameron

Robert Browning
photogravure de 1865
De Julia Margaret CameronAlbert Chevallier Tayler Elizabeth Barrett Browning 1909
Peinture d’Elizabeth Barrett Browning
Par Albert Chevalier Tayler
1909

 

Sonnets from the Portuguese Elizabeth Browning 42 Sonnets Portugais – Rainer Maria Rilke

Sonnets from the Portuguese Elizabeth Browning

Rainer Maria Rilke
1875-1926
Rainer Maria Rilke Portrait de Paula Modersohn-Becker 1906

Elizabeth Barrett Browning
1806-1861

 

 

Elizabeth Barrett Browning

*

Sonnets from the Portuguese
1850

XLII


Rainer Maria Rilke
Sonette aus dem Portugiesischen
1908
XLII

Traduction Française
Jacky Lavauzelle
Sonnets Portugais
XLII

 

*

Sonnets from the Portuguese Elizabeth Browning





Elizabeth-Barrett-Browning Sonnets from the Portuguese Elizabeth Barrett Browning Sonette aus dem Portugiesischen RILKE

XLII
Douzième Sonnet

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Sonnets from the Portuguese Elizabeth Browning

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Sonnets from the Portuguese Elizabeth Browning 42 Sonnets Portugais - Rainer Maria Rilke Artgitato Vassily Kandinsky Composition n° 217

Vassily Kandinsky – Composition n°217
В.В. Кандинский. Композиция № 217
1917

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‘My future will not copy fair my past’—
Nicht eine Reinschrift von Gewesenem wird
«Mon avenir ne copiera pas seulement mon passé ‘—
I wrote that once; and thinking at my side
mir meine Zukunft sein, so schrieb ich, glaubend
Je l’ai déjà écrit ; et à mes côtés
My ministering life-angel justified
der Engel stünde da, mir dies erlaubend
Mon ange-gardien a justifié
The word by his appealing look upcast
durch sein zu Gott unendlich unbeirrt
Ce mot par son séduisant regard

*

To the white throne of God, I turned at last,
gewandtes Antlitz. Aber schließlich wandte
Vers le trône blanc de Dieu, je me suis retourné enfin,
And there, instead, saw thee, not unallied
ich mich und fand an seiner Stelle dich,
Et là, à sa place je t’ai vu, l’allié
To angels in thy soul! Then I, long tried
der Umgang hat mit Engeln. Plätzlich wich
Des anges en ton âme ! Alors j’ai, moi qui longtemps ai essayé
By natural ills, received the comfort fast,
Siechtum von mir, da ich den Trost erkannte;
Par de mauvaise voies, reçu un réconfort rapide,

*

While budding, at thy sight, my pilgrim’s staff
mein Pilgerstab schlug aus in deinem Blick
Tandis que bourgeonnent, à tes yeux, les bienfaits de mon pèlerinage
Gave out green leaves with morning dews impearled.
und stand im Morgentau. Und mein Geschick
et perlent les feuilles vertes dans les rosées matinales.
I seek no copy now of life’s first half:
wird künftig nicht des alten Abschrift werden:
Je ne cherche plus à copier  maintenant la première moitié de ma vie :

*

Leave here the pages with long musing curled,
laß das zerlesene Buch, das mich betrifft,
Laisse ici les pages de cette longue rêverie,
And write me new my future’s epigraph,
und schreib mir meiner Zukunft Überschrift,
Et écris-moi la nouvelle épigraphe de mon avenir,
New angel mine, unhoped for in the world!
mein neuer Engel, unverhofft auf Erden.
Mon nouvel ange inespéré de ce monde !

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Sonnets from the Portuguese Elizabeth Browning

Elizabeth Barrett Browning Robert Browning 1865 photogravure Julia Margaret Cameron

Robert Browning
photogravure de 1865
De Julia Margaret CameronAlbert Chevallier Tayler Elizabeth Barrett Browning 1909
Peinture d’Elizabeth Barrett Browning
Par Albert Chevalier Tayler
1909

44 et Dernier Sonnet Portugais Elizabeth Browning Sonette aus dem Portugiesischen Rilke 44 Sonnets from the Portuguese

Sonnets from the Portuguese Elizabeth Browning
Sonette aus dem Portugiesischen Rilke
Dernier Sonnet Portugais
44

Rainer Maria Rilke
1875-1926
Rainer Maria Rilke Portrait de Paula Modersohn-Becker 1906

Elizabeth Barrett Browning
1806-1861

 

 

Elizabeth Barrett Browning

*

Sonnets from the Portuguese
1850

XLIV


Rainer Maria Rilke
Sonette aus dem Portugiesischen Rilke
1908
XLIV

Traduction Française
Jacky Lavauzelle
Sonnets Portugais
XLIV

Dernier Sonnet Portugais

*

Sonnets from the Portuguese Elizabeth Browning
sonette aus dem portugiesischen Rilke
Dernier Sonnet Portugais

Elizabeth-Barrett-Browning Sonnets from the Portuguese Elizabeth Barrett Browning Sonette aus dem Portugiesischen RILKE

XLIV
Quarante-Quatrième Sonnet

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Sonnets from the Portuguese Elizabeth Browning
sonette aus dem portugiesischen Rilke
Dernier Sonnet Portugais

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 Elizabeth Browning Sonette aus dem Portugiesischen Rilke 44 Sonnets from the Portuguese Vassily Kandinsky Amazona 1911


Vassily
Kandinsky – Amazone – 1911

 

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 Beloved, thou hast brought me many flowers
Du hast gewußt mir, mein Geliebter, immer
Bien-Aimé, tu m’as apporté beaucoup de fleurs
Plucked in the garden, all the summer through
zu allen Zeiten Blumen herzulegen;
Cueillies dans le jardin, tant en été 
And winter, and it seemed as if they grew
als brauchten sie nicht Sonne und nicht Regen,
Qu’en hiver, et il semblait qu’elles croissaient
In this close room, nor missed the sun and showers.
gediehen sie in meinem engen Zimmer.
Dans cette salle étroite, sans soleil ni pluies.

*

So, in the like name of that love of ours,
Nun laß mich dir unter dem gleichen Zeichen
Ainsi, au nom d’un amour comme le nôtre,
Take back these thoughts which here unfolded too,
die hier erwachsenen Gedanken reichen,
Reprends  ces pensées qui ont ici éclos,
And which on warm and cold days I withdrew
die ich in meines Herzens Jahreszeiten
Et que, les jours chauds comme les jours froids, je retirai
From my heart’s ground. Indeed, those beds and bowers
aufzog und pflückte. In den Beeten streiten
De la terre de mon cœur. En effet, ces lits et tonnelles  

*

Be overgrown with bitter weeds and rue,
Unkraut und Raute. Du hast viel zu jäten;
Sont envahis par les mauvaises herbes amères et sans valeurs,
And wait thy weeding; yet here’s eglantine,
doch hier ist Efeu, hier sind wilde Rosen.
Qui attendent que tu les arrachent ; encore voici l’églantine,
Here’s ivy!—take them, as I used to do
Nimm sie, wie ich die deinen nahm, als bäten
Voici le lierre ! — Prends-les, comme j’ai l’habitude de faire   

*




Thy flowers, and keep them where they shall not pine.
sie dich, in deine Augen sie zu schließen.
Avec tes fleurs, et garde-les où elles ne flétriront pas.
 Instruct thine eyes to keep their colours true,
Und sage deiner Seele, daß die losen
Que tes yeux conservent leurs vraies couleurs,
And tell thy soul, their roots are left in mine. 
in meiner Seele ihre Wurzeln ließen.
Et dis à ton âme que leurs racines sont dans la mienne. 

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Sonnets from the Portuguese Elizabeth Browning

sonette aus dem portugiesischen Rilke

Elizabeth Barrett Browning Robert Browning 1865 photogravure Julia Margaret Cameron

Robert Browning
photogravure de 1865
De Julia Margaret CameronAlbert Chevallier Tayler Elizabeth Barrett Browning 1909
Peinture d’Elizabeth Barrett Browning
Par Albert Chevalier Tayler
1909

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sonette aus dem portugiesischen Rilke
Dernier Sonnet Portugais