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GLAUCUS, fils de Neptune et de Naïs – OS LUSIADAS VI-24 – LES LUSIADES – Luís de Camões -E o Deus que foi num tempo corpo humano

*

Ferdinand de Portugal traduction Jacky Lavauzelle

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OS LUSIADAS CAMOES CANTO VI
CANTO SEXTO

Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS VI-24 LES LUSIADES VI-24

*
LITTERATURE PORTUGAISE

Ferdinand de Portugal Os Lusiadas Traduction Jacky Lavauzelle Les Lusiades de Luis de Camoes

literatura português
Luis de Camões
[1525-1580]
Tradução – Traduction
Jacky Lavauzelle
texto bilingue

Traduction Jacky Lavauzelle

*

*********


E o Deus que foi num tempo corpo humano,
Et arriva le Dieu qui jadis avait un corps humain,
E por virtude da erva poderosa
Glaucus, qui par la puissante herbe
Foi convertido em peixe, e deste dano
Fut converti en poisson, et, par ces péripéties,
Lhe resultou deidade gloriosa,
Devint une divinité glorieuse,
Inda vinha chorando o feio engano
Et qui pleurait toujours le maudit stratagème
Que Circe tinha usado com a formosa
Que Circé utilisa avec la belle
Cila, que ele ama, desta sendo amado,
Scylla, qu’il aimait, et en était aimé,
Que a mais obriga amor mal empregado.
Que le plus terrible arrive toujours d’un amour méprisé.


*************

GLAUCUS
DANS LA PREMIÈRE ENCYCLOPÉDIE

Jaucourt
L’Encyclopédie
Première Edition
1757
Tome 7

GLAUCUS, s. m. (Mythologie.) dans la Fable, c’est un dieu marin fils de Neptune & de Naïs, selon Evante, & selon Athénée d’Eubée & de Polybe, fils de Mercure. Dans l’histoire, Glaucus n’était qu’un habile pêcheur de la ville d’Anthédon en Béotie : il savait si bien plonger, qu’il alloit souvent sous l’eau aborder dans des lieux écartés, pour s’y cacher quelque temps ; & lorsqu’il était de retour, il se vantait d’avoir passé tout ce temps là dans la compagnie de Thétis, de Neptune, d’Amphitrite, de Nérée, des Néréïdes, & des Tritons : cependant il eut le malheur de se noyer, ou peut-être d’être dévoré par quelque poisson ; mais cet événement servit à l’immortaliser. On publia dans tout le pays, qu’il avait été changé en dieu de la mer ; & cette merveille fut consacrée d’âge en âge.

Philostrate est presque le seul qui mette Glaucus au nombre des Tritons, & qui se plaise à le peindre sous cette dernière forme. « Sa barbe, dit-il, est humide & blanche ; ses cheveux lui flottent sur les épaules ; ses sourcils épais se touchent & paraissent n’en faire qu’un seul : ses bras sont en manière de nageoires ; sa poitrine est couverte d’herbes marines : tout le reste de son corps se termine en poisson, dont la queue se recourbe jusqu’aux reins, & les alcyons volent sans cesse autour de lui. »

Cependant la ville d’Anthédon plaça Glaucus au nombre des dieux marins, lui bâtit un temple, & lui offrit des sacrifices. Ce temple rendit des oracles qui furent consultés par les matelots ; & l’endroit même où Glaucus périt, devint si célèbre, que Pausanias raconte que de son temps on montrait encore le saut de Glaucus, c’est-à-dire le rocher du haut duquel il se jetait dans la mer.

Tant de renommée engagea les Poètes & quelques autres auteurs, à débiter sur Glaucus un grand nombre de fables toutes merveilleuses. Euripide assure que ce dieu était l’interprète de Nérée, & qu’il prédisait l’avenir avec les Néréides ; c’est de lui-même, ajoute Nicander, qu’Apollon apprit l’art de prophétiser : ce fut lui, selon Apollonius, qui sortit du fond des eaux sous la figure d’un dieu marin, pour annoncer aux Argonautes que le destin s’opposait au voyage d’Hercule dans la Colchide, & qu’il avait bien fait de l’abandonner. Ovide ne pouvant enchérir sur le don de prophétie dont on avait honoré Glaucus, se mit à broder l’histoire de sa métamorphose : il nous dit à ce sujet que ce fameux pêcheur ayant pris un jour quelques poissons, il les posa sur le rivage, & s’aperçut que l’attouchement d’une certaine herbe leur redonnait leur première vigueur, & les faisait sauter dans la mer : curieux de tenter sur lui-même l’expérience de cette herbe, il en eut à peine mâché, qu’il sentit un si grand désir de changer de nature, que ne pouvant y résister, il se précipita sur le champ au fond des eaux. L’Océan & Thétis le voyant arriver, le dépouillèrent de tout ce qu’il avait de mortel, & l’admirent au nombre des dieux marins.

Après tout ce détail, on ne peut plus confondre notre Glaucus, dieu marin dans la fable, & surnommé glorieusement dans l’Histoire, Glaucus le Pontique, avec les autres Glaucus dont nous ne parlerons pas ici, quelle qu’ait été leur célébrité : on le distinguera donc sans peine de Glaucus fils de Minos, second roi de Crete ; de Glaucus le Généreux, petit-fils de Bellérophon, qu’Enée vit dans les enfers parmi les fameux guerriers ; de Glaucus, fils de Démyle, qui s’acquit tant d’honneur par ses victoires dans les jeux gymniques ; de Glaucus, fils d’Hyppolite, étouffé dans un tonneau de miel & ressuscité par Esculape ; & enfin de Glaucus l’argonaute, fils de Sysiphe, qui fut déchiré, selon la fable, par ses jumens qu’il nourrissait de chair humaine ; ce que Paléphate explique de ses dépenses excessives en chevaux, qui le mirent à la mendicité ; folie qui fut l’occasion du proverbe latin, Glaucus alter, qu’on a depuis lors appliqué à tous ceux qui se ruinent en ce genre de magnificence. (D. J.)


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LE THÉÂTRE d’EURIPIDE par JULES LEMAÎTRE – L’ION D’EURIPIDE & L’APOLLONIDE DE LECONTE DE LISLE

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LITTÉRATURE FRANÇAISE
THÉÂTRE 

JULES LEMAÎTRE

 né le  à Vennecy et mort le  à Tavers

LE THÉÂTRE d’EURIPIDE
*
L’ION D’EURIPIDE & L’APOLLONIDE DE LECONTE DE LISLE

Jules Lemaître

_______________

Parution
IMPRESSIONS DE THÉÂTRE
NOUVELLE BIBLIOTHÈQUE LITTÉRAIRE
PARIS
SOCIÉTÉ FRANÇAISE D’IMPRIMERIE ET DE LIBRAIRIE
Ancienne Librairie Lecêne, Oudin et Cie
15 Rue de Cluny
Paris XVe

_______________

L’ION D’EURIPIDE, et L’APOLLONIDE DE LECONTE DE LISLE

… Je fouille mélancoliquement dans le tas des livres que j’ai mis à part comme se rapportant au théâtre. J’en ramène l’Apollonide de Leconte de Lisle, « drame lyrique en trois parties et cinq tableaux ». Je vous cite le titre complet. Le poète n’a pas cru devoir ajouter, fût-ce en petits caractères : « d’après Euripide » ; et cette omission m’étonne un peu. Car enfin l’Apollonide n’est point, comme l’Andromaque ou la Phèdre de Racine, une pièce nouvelle sur un sujet ancien : c’est, bien réellement, une « adaptation », comme on dit aujourd’hui, ou, si vous voulez, une traduction libre et abrégée. Pas une scène de l’Apollonide qui ne soit dans l’Ion ; et l’ordre des choses est le même dans les deux ouvrages. Leconte de Lisle n’a procédé que par retranchement… Je le sais ; mais pour en être sûr, je vais relire la tragédie d’Euripide.
…Eh bien, Ion m’a fort réjoui. Au surplus, Euripide, est depuis longtemps, entre tous les Grecs anciens, celui que j’aime le mieux. Je consens qu’il soit inférieur, comme dramaturge, à l’auteur d’Œdipe-Roi. Mais qu’il est original et singulier !
C’est un philosophe et un humoriste délicieux. Il met de l’ironie dans le mélodrame, ce qui est bien imprudent, mais ce qui fait un mélange bien savoureux. Il passe du plus brutal réalisme psychologique (ses personnages expriment leurs plus affreux sentiments avec la même ingénuité que les personnages du Théâtre-Libre) au lyrisme le plus somptueux et au pathétique le plus tendre. Il est impie et religieux. Presque dans le même moment, il nie les Dieux et les aime ; il les raille dans les puérilités de leur légende, mais il les adore dans leur beauté et dans l’image épurée qu’il se forme d’eux. Il a, -déjà, – la piété sans la foi. Que n’a-t-il pas ?

Dans Ion, comme dans toutes ses tragédies, Euripide commence par nous faire un petit résumé de sa pièce, dénouement y compris ; car c’est une invention française que d’avoir fait de l’intérêt de curiosité l’essentiel du théâtre. Donc, Mercure nous raconte que Créuse, reine d’Athènes et fille d’Erechthée, a été séduite par Apollon, dont elle a eu un fils. Elle a exposé l’enfant, que le dieu a pris soin d’enlever et de faire secrètement nourrir à Delphes, dans son temple. Après quoi elle a épousé Xuthus, un étranger, d’ailleurs fils de Jupiter. Or, Xuthus vient tout justement consulter l’oracle de Delphes, « dans l’espoir d’obtenir une postérité qui lui manque. » Et Mercure, qui n’a pour nous rien de caché, ajoute : « Quand Xuthus sera entré dans ce temple, Apollon lui donnera son propre fils et dira qu’il est né de ce prince ; l’enfant, rentré ainsi dans le giron maternel, sera reconnu par Créuse, aura une existence assurée ; et la paternité d’Apollon demeurera secrète. » La situation d’Apollon sera donc un peu celle de Monsieur Alphonse dans le ménage du commandant Montaiglin.

Vous entrevoyez pourtant comment on a pris l’habitude de rapprocher plutôt Ion d’Athalie. Ion est, par un côté, un drame national : le dénouement écarte de la royauté athénienne une race étrangère, et restitue l’Attique au sang d’Apollon et d’Erechthée. Et de même qu’Athalie nous ouvre une glorieuse perspective sur la « Jérusalem nouvelle », ainsi l’Athènes de Périclès est à l’horizon de la tragédie d’Euripide.

A cela, vraiment, se bornent les ressemblances. A part sa naissance mystérieuse et ses occupations, Ion n’a rien de commun avec le petit Joas. Ce n’est point un enfant, ni même un adolescent. Les esclaves de Créuse disent quelque part : « Le fils qu’Appolon a donné à Xuthus est un jeune homme dans la force de l’âge. » Aussi bien a-t-il une âme fort différente de celle d’un enfant de chœur. Hormis quelques rares instants d’attendrissement et de colère, Ion est un jeune sacristain narquois, un extraordinaire pince-sans-rire, chargé par Euripide de railler la partie mélodramatique de l’ouvrage et de signaler l’immortalité de la légende populaire qui en est le sujet, et ainsi de faire à la fois la critique des dieux qui mènent l’action, -et la critique de la pièce.

Ecoutez, dès la première scène, sa réplique à Créuse, qui vient de lui conter son histoire en l’attribuant à une amie. (Je me permets de traduire moi-même, car aucune des traductions qu’on a tentées d’Euripide ne me satisfait.) « Voyez-vous, Madame, il y a, dans votre histoire, un détail bien fâcheux pour vous. Comment voulez-vous que le dieu vous réponde sur un fait qu’il veut précisément tenir caché ? Et croyez bien que personne n’osera vous répondre pour lui. Apollon, convaincu d’un crime dans son propre temple, châtierait celui qui s’aviserait de rendre un oracle en son nom. Et, franchement, Apollon n’aurait pas tort. De bonne foi, on ne peut pas demander à un dieu des oracles qui lui sont contraires. Ce serait le comble de la naïveté. Retirez-vous, Madame… »

Et un peu plus loin :  » …Qu’ai-je à m’inquiéter de la fille d’Erechthée, puisqu’elle ne m’est rien ? Allons plutôt arroser mes fleurs… C’est égal, abandonner une jeune fille après l’avoir prise de force, puis laisser mourir l’enfant qu’on lui a fait, cela n’est pas très joli pour un dieu. Quand on est tout-puissant, on doit être bon. Les dieux punissent les hommes méchants. Au moins ne devraient-ils pas violer les lois qu’ils nous ont données. Si, par impossible, vous comparaissez devant un tribunal humain, Neptune, Jupiter, roi du Ciel, et toi, Apollon, vous n’auriez pas assez d’argent dans vos temples pour payer la rançon de vos gaietés. »

Cependant la Pythie, consultée par Xuthus, lui a répondu : « Le premier que tu verras, en sortant d’ici, sera ton fils. » Il sort, aperçoit Ion : « Dans mes bras !…Je suis ton père. -Vous voulez rire ? » dit tranquillement le jeune sacristain. Mais Xuthus affirme qu’il est sérieux, et rapporte le mot de la Pythie. « C’est étrange ! dit Ion. – A qui le dîtes-vous ? dit Xuthus.

Vous voyez la situation. C’est un garçon de vingt ans qui retrouve son père, et un père qui lui ouvre les bras tout grands. Vous devinez ce qui serait le dialogue chez M. d’Ennery, -ou simplement chez Sophocle, qui est aussi « un homme de théâtre« . Ici, le « fils naturel » ne bronche pas ; et voici le dialogue étonnant qui s’engage entre son père et lui (je crois traduire très exactement et conformément à l’esprit du poète) :

Ion.
Mais alors qui est ma mère ?

Xuthus.
ça, je ne sais pas.

Ion.
Appolon ne vous l’a pas dit ?

Xuthus.
J’étais si content que j’ai oublié de lui demander.

Ion.
Je ne suis pourtant pas né sous un chou ?

Xuthus.
C’est probable.

Ion.
N’avez-vous jamais eu de maîtresse ?

Xuthus.
Mon Dieu…quand j’étais jeune…

Ion.
Avant votre mariage ?

Xuthus.
Oh ! bien étendu.

Ion.
Alors, c’est dans ce temps-là que vous m’auriez eu ?

Xuthus.
C’est bien possible.

Ion.
Oui, mais comment suis-je venu ici ?

Xuthus.
Je ne sais pas.

Ion.
D’Athènes ici, il y a un bout de chemin.

Xuthus.
….

Ion.
Mais, dites-moi, êtes-vous déjà venu à Delphes ?

Xuthus.
Oui, une fois, aux fêtes de Bacchus.

Ion.
A quel hôtel êtes-vous descendu ?

Xuthus.
Chez un digne homme qui…enfin qui me présenta à de petites Delphiennes…

Ion.
Et vous étiez gris ?

Xuthus.
Dame !

Ion.
Et voilà comment je vins au monde !

Xuthus.
C’est que ça devait arriver, mon enfant !

Ion.
Mais enfin, comment me trouvé-je dans ce temple ?

Xuthus.
Ta mère t’aura exposé.

Ion.
Bah ! Je ne lui en veux pas.

Xuthus.
Allons ! reconnais ton père.

Ion.
Je veux bien. Après tout que puis-je souhaiter de mieux que d’être le petit fils de Jupiter ? C’est une situation, cela.

Alexandre Dumas fils
Auteur Le Fils naturel
Création à Paris, théâtre du Gymnase, 16 janvier 1858
Avec les personnages de Jacques Vignot et de Charles Sternay
.

Vous voyez que nous sommes extrêmement loin de Jacques Vignot demandant des comptes à Charles Sternay. Il est vrai que, un moment après, nous nous en approchons imperceptiblement. Xuthus propose au jeune homme de l’emmener à Athènes, de le reconnaître publiquement pour son fils, et de lui faire part de sa puissance et de ses richesses. Mais Ion : « Les choses, de près, ne sont plus du tout ce qu’elles apparaissent de loin… Je suis content d’avoir retrouvé un père ; mais qu’irais-je faire à Athènes ? J’y serais mal vu, et comme bâtard, et comme étranger. Je mettrais le trouble dans votre maison. Je serais odieux à votre femme ; et, si vous aviez l’air de m’aimer trop… elle ne serait pas la première qui eût avancé, en douceur, la fin d’un mari… Oh ! j’ai très peu d’illusions… Ici, je suis bien tranquille. Je ne vois les hommes qu’en passant, et quand ils ont besoin de moi, ce qui fait qu’ils sont toujours fort aimables… Décidément, je reste ici, mon père...Laissez-moi vivre pour moi-même… »

Xuthus insiste : « Il y a un moyen de tout arranger. Je t’emmènerai à Athènes comme si tu n’étais que mon hôte… Au surplus, je ne veux pas attrister Créuse, qui n’a pas d’enfant, en étalant mon bonheur… Plus tard, nous verrons… Allons, c’est convenu, je t’emmène. Donne, ce soir, un souper d’adieu à tes amis. »

… Après ces scènes de comédie railleuse, tout à coup éclate un drame violent, brutal, -et aussi, par endroits, d’un arrangement ingénieux.

Lorsque Créuse apprend que son mari a retrouvé un fils né hors du mariage, elle gémit de douleur, de jalousie et de haine ; d’autant plus torturée par le souvenir de son enfant, à elle, de l’enfant qu’elle eut d’un dieu et que son lâche père (elle le croit du moins) abandonna à la dent des bêtes. Et ce sont les plus beaux cris de désespoir et de colère, une furieuse et splendide imprécation contre l’Alphonse divin. (J’aurais grande joie à vous citer le morceau, si mon dessein n’était de m’attacher principalement aux parties ironiques de ce mélodrame.)

Donc, conseillée par un vieil intendant, patriote fanatique qui ne peut souffrir la pensée de voir peut-être un jour un étranger sur le trône d’Athènes, Créuse résout de supprimer le bâtard de son mari, l’odieux intrus. Pour cela, elle remet au vieil homme un petit flacon qui contient une goutte du sang de la Gorgone, -un poison de famille.

Le vieil homme se rend au souper que le bâtard offre à ses camarades (la description du festin est un excellent morceau de poésie parnassienne) ; il verse, sans être vu, dans la coupe d’Ion, le poison gorgonien…

René-Charles Guilbert de Pixerécourt.
le « père du mélodrame »
1773-1844
Gravure de Bosselmann
D’après une peinture de Sophie Chéradame

Admirons ici l’imagination charmante d’Euripide, et comme il sait répandre un sourire et une grâce sur des noirceurs à la Pixerécourt. Au moment où Ion va boire, « un des serviteurs prononce une parole de mauvais augure« . Superstitieux, bien que narquois, je jeune ex-sacristain jette le contenu de sa coupe. Cela fait par terre une flaque où vient boire une des colombes familières du temple d’Apollon. L’oiseau tombe, empoisonné, « et meurt en allongeant ses pattes purpurines« . On soupçonne le vieillard ; on le presse de questions ; il avoue le crime de sa maîtresse. Et les magistrats de Delphes condamnent Créuse à mort, pour tentative de meurtre sur un homme d’église.

Charles Meynier, Apollon du Belvédère sur fond de paysage, (musée de la Révolution française).

Créuse, avertie, se réfugie au pied de l’autel d’Apollon, qui est « lieu d’asile« . Ion demeure narquois ; mais enfin il tient à sa peau et ne saurait vouloir du bien à une personne qui a voulu l’assassiner. Il essaye donc de la déloger du pied de l’autel où elle se cramponne. « Vraiment, dit-il (car ce jeune clerc ne cesse de faire, sur les dieux, des réflexions désobligeantes), les dieux ont des bizarres pensées. Ils accordent le même refuge à l’innocent et au coupable ; et finalement, ils se trouvent protéger surtout les coquins.« 

Or, tandis qu’il se dispose à malmener Créuse, la Pythie survient et s’écrie : « Arrête, mon fils. Appolon t’ordonne d’épargner cette femme. Il m’a chargée de t’apporter cette corbeille qui est celle où, tout petit, tu as été exposé dans ce temple. Elle contient tes langes et quelques menus objets. Pars, c’est l’ordre du dieu, et va-t’en à la recherche de ta mère. -Oh ! dit Ion, je ne suis pas si curieux. Je plains ma mère, mais j’aime autant ne pas la connaître. Je n’aurais qu’à découvrir que je suis fils d’une esclave ou d’une gourgandine ! Et je ne veux pas savoir ce qu’il y a dans la corbeille. Je m’en vais l’offrir au dieu sans l’ouvrir, cela est plus prudent. »

Mais cette corbeille, Créuse l’a reconnue : « Dans mes bras, mon fils !… Je suis ta mère ! -Elle est folle ! » dit Ion ; car la « voix du sang » reste, en lui, aussi parfaitement silencieuse devant sa mère retrouvée que naguère en présence de Xuthus. Et, comme Créuse continue à crier sa maternité : « Un instant, Madame ; dites-moi ce qu’il y a dans la corbeille. » Elle le lui dit, dans un grand détail et très exactement. « Eh bien donc, ma mère, je suis enchanté de vous revoir. » Et des baisers, et des effusions, ainsi qu’il convient. Mais Ion ne perd pas la tête : « Et mon père, Madame, qui est mon père ? » Créuse, moitié honteuse, moitié glorieuse, lui conte son aventure avec Apollon. « Ah ! dit Ion, un peu ahuri par tant de coups de théâtre, de reconnaissances et de découvertes, et se débattant au travers,

Comme l’eau qu’il secoue aveugle un chien mouillé,

que d’aventures en une journée ! J’étais sans père ; puis j’ai été le fils de Xuthus, et me voilà fils d’Apollon. Ma mère a voulu me tuer, j’ai voulu tuer ma mère. Bah ! Tout est bien qui finit bien. Je suis content de vous avoir retrouvée, et je n’ai pas trop lieu de me plaindre de ma naissance. »

C’est égal, tout cela est bien extraordinaire… Un soupçon lui traverse l’esprit. Il craint d’être dupe. « Mon Dieu, ma mère, ce que j’ai à vous dire est un peu délicat… Êtes-vous bien sûr que je sois le fils d’Apollon ?… Car enfin on a souvent vu des jeunes filles séduites rejeter leur faute, par vanité, sur un personnage illustre. » Créuse proteste, essaye de donner des preuves ; mais Ion est de ceux « à qui on ne la fait pas. »

Cependant il faut bien conclure. Et, pan ! voici le deus ex machina. Car, dans presque toutes les pièces d’Euripide, l’impertinence des dénouements répond au sans-gêne des prologues. Minerve apparaît, – d’ailleurs ironique, elle aussi : « N’ayez pas peur : je ne suis pas votre ennemie, et je ne vous veux que du bien. Je viens de la part d’Apollon. Il n’a pas voulu paraître lui-même, craignant d’être un peu gêné devant vous deux, et voulant éviter les scènes… Il m’envoie vous dire que Ion est bien son fils et celui de Créuse… Apollon a tout conduit avec beaucoup de sagesse : il t’a fait accoucher sans douleur, Créuse, pour que ta famille ne devinât rien. Quand tu fus mère, il commanda à Mercure de prendre ton enfant et de le transporter ici… Et maintenant, écoute un bon conseil : ne dis à personne que Ion est ton fils. Laisse à Xuthus sa douce illusion…« 

Je ne vous ai point rapporté tout ce qu’il y a dans cette pièce singulière ; mais tout ce que je vous ai rapporté s’y trouve réellement. Le personnage d’Ion est bien, dans son fond, ce que je vous ai dit : un philosophe gouailleur, de très libre esprit et d’imperturbable sang-froid, fourvoyé dans un conte populaire et empêtré par surcroît dans une trame mélodramatique dont il conçoit et constate à mesure l’extravagance, et qui s’étonne, flegmatiquement, d’être là. Et cela n’empêche point le rôle de devenir touchant et pathétique, quand la situation l’exige absolument. Ion, et surtout Créuse, ont, à l’occasion, des accents d’une tendresse délicieuse. C’est ainsi. Euripide méprise Scribe vingt-quatre siècles d’avance, ce qui est prodigieux. Il commence toujours par railler l’enfantillage des histoires qu’il raconte, la conception religieuse impliquée par le rôle qu’y jouent les dieux, et l’absurdité des moyens qui amènent les situations ; mais ces situations une fois produites, il cesse de railler, il exprime avec la plus émouvante vérité les sentiments des personnages qu’elles étreignent ; et, pareillement, ces dieux dont il bafouait tout à l’heure la figure populaire, il leur restitue, avec la beauté plastique, la beauté morale, conformément aux théories de ses amis Anaxagore et Socrate. Et il est bien certain que ce mélange, j’allais dire de « blague » et de pathétique, d’irrévérence et de piété, devait avoir quelque chose de déconcertant, même pour les subtils Athéniens, et que, « au point de vue du théâtre« , l’Euripide ironique fait tort à l’Euripide tragique. Et pourtant, je serais bien fâché que l’un des deux manquât. Il y a, dans le critique-poète dramaturge Euripide, du Voltaire, du Heine, du Racine, du Musset, du Dumas fils, -et d’Hennery. Je l’aime, malgré cela ou pour cela, selon que je suis raisonnable ou non ; mais je l’aime.

Adophe d’Hennery
Romancier et dramaturge français
17 juin 1811 – 25 janvier 1899
Evert van Muyden — Angelo Mariani, Joseph Uzanne, Figures contemporaines tirées de l’album Mariani, vol. 4, Paris, H. Floury, 1899.

Pour le parallèle entre Ion et Apollonide, je vous renvoie à l’un des chapitres du livre très vivant et gesticulant de M. Psichari : Autour de la Grèce. Je dois dire que je préfère Ion aussi délibérément que M. Psichari préfère l’Apollonide ; mais qu’importe ?

Jean Psichari
1854 – 1929
dans le magazine Ποικίλη Στοά (Galerie variée) en 1888

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Luis de Camoes OS LUSIADAS II-64 LES LUSIADES

LUIS DE CAMOES
OS LUSIADAS II-64 LES LUSIADES II-64
LITTERATURE PORTUGAISE

Luis de Camoes Oeuvres obras Artgitato

literatura português

Luis de Camões
[1525-1580]

Tradução – Traduction
texto bilingue

Luis de Camoes Les Lusiades

 

Obra Poética

(1556)

LES LUSIADES II-64

OS LUSIADAS II-64

A Epopeia Portuguesa

 

CHANT II
Canto Segundo

Traduction Jacky Lavauzelle

verso  64
Strophe 64

II-64

Image illustrative de l'article Vasco de Gama

Vasco de Gama

Vasco da Gama signature almirante.svg

 

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LUIS DE CAMOES
LES LUSIADES II-64
OS LUSIADAS II-64

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Isto Mercúrio disse, e o sono leva
Aussi ceci étant dit, Mercure enlève le sommeil
Ao Capitão, que com mui grande espanto
Au Capitaine, qui, frappé d’une très grande stupéfaction
Acorda, e vê ferida a escura treva
Se réveille et voit dans l’obscurité sombre
De uma súbita luz e raio santo.
Une lumière soudaine et un rayon divin.
E vendo claro quanto lhe releva
Et voyant clairement qu’il ne fallait pas
Não se deter na terra iníqua tanto,
S’attarder dans cette terre si inique,
  Com novo espírito ao mestre seu mandava
Avec un nouvel esprit, au maître d’équipage, il ordonne
Que as velas désse ao vento que assoprava.
De tendre les voiles au vent qui soufflait.

Vasco de Gama par Gregorio Lopes

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LUIS DE CAMOES
LES LUSIADES II-64
OS LUSIADAS II-64

Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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White_Fawn_Drawing Faon Diane

LA VIE DE LUIS DE CAMOES
par Charles Magnin

( Extrait )
Par En cherchant à montrer la différence qui sépare la vie aventureuse et active des écrivains portugais, notamment celle de Camoens, de la vie casanière et posée de la plupart de nos gens de lettres, je ne prétends pas élever par-là les œuvres des uns, ni déprimer les productions des autres. Je n’en crois pas les élégies de Camoens plus touchantes parce qu’elles sont datées d’Afrique, de la Chine et de l’Inde ; je n’en estime pas Polyeucte et Cinna moins admirables, parce que le grand Corneille n’a guère fait de plus longues pérégrinations que le voyage de Paris à Rouen. Je ne conseille à personne de louer un cabinet d’étude à Macao ; mais je crois que, généralement, si les ouvrages écrits au milieu des traverses et au feu des périls ne sont pas plus beaux, les vies de leurs auteurs sont plus belles. Indépendamment de la variété des aventures, on y trouve plus d’enseignements. J’admire et j’honore infiniment La Fontaine et Molière, mais j’honore et j’admire encore plus, comme hommes, Cervantès et Camoens. A mérite de rédaction égal, une histoire littéraire du Portugal serait un meilleur et plus beau livre qu’une histoire littéraire de notre dix-septième ou dix-huitième siècle. C’est une chose bonne et sainte que la lecture de ces vies d’épreuves, que ces passions douloureuses des hommes de génie, Je ne sache rien de plus capable de retremper le cœur. C’est pour cela que dans ce temps de souffrances oisives, de désappointements frivoles, de molles contrariétés et de petites douleurs, j’ai cru bon d’écrire l’étude suivante sur la vie de Luiz de Camoens.
….

LUIS DE CAMOES

OS LUSIADAS II-63 LES LUSIADES

OS LUSIADAS II-63 LES LUSIADES II-63
LITTERATURE PORTUGAISE

Luis de Camoes Oeuvres obras Artgitato

literatura português

Luis de Camões
[1525-1580]

Tradução – Traduction
texto bilingue

Luis de Camoes Les Lusiades

 

Obra Poética

(1556)

LES LUSIADES II-63

OS LUSIADAS II-63

A Epopeia Portuguesa

 

CHANT II
Canto Segundo

Traduction Jacky Lavauzelle

verso  63
Strophe 63

II-63

Image illustrative de l'article Vasco de Gama

Vasco de Gama

Vasco da Gama signature almirante.svg

 

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LES LUSIADES II-63
OS LUSIADAS II-63

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« Vai-te ao longo da costa discorrendo,
«Va le long de la côte,
  « E outra terra acharás de mais verdade,
Une autre terre tu trouveras, plus vraie,
  Lá quase junto donde o Sol ardendo
 Presqu’à l’Equateur où le brûlant soleil
Iguala o dia e noite em quantidade;
  Où le jour et la nuit sont égaux en temps ;
 Ali tua frota alegre recebendo
  Là, ta flotte sera reçue joyeusement
Um Rei, com muitas obras de amizade,
Par un Roi, avec de moult manifestations d’amitié,
 Gasalhado seguro te daria,
  Il te donnera l’assurance de l’hospitalité,
E, para a Índia, certa e sábia guia. »
  Et pour l’Inde, il t’orientera sagement.

**

os-lusiadas-ii-63-les-lusiades-ii-63-luis-de-camoes-artgitato-mercurius-mercure-hendrick-goltzius-1597Mercure
Hendrick Goltzius
1597

Vasco de Gama par Gregorio Lopes

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LES LUSIADES II-63
OS LUSIADAS II-63

Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
*********************

White_Fawn_Drawing Faon Diane

LA VIE DE LUIS DE CAMOES
par Charles Magnin

( Extrait )
Par En cherchant à montrer la différence qui sépare la vie aventureuse et active des écrivains portugais, notamment celle de Camoens, de la vie casanière et posée de la plupart de nos gens de lettres, je ne prétends pas élever par-là les œuvres des uns, ni déprimer les productions des autres. Je n’en crois pas les élégies de Camoens plus touchantes parce qu’elles sont datées d’Afrique, de la Chine et de l’Inde ; je n’en estime pas Polyeucte et Cinna moins admirables, parce que le grand Corneille n’a guère fait de plus longues pérégrinations que le voyage de Paris à Rouen. Je ne conseille à personne de louer un cabinet d’étude à Macao ; mais je crois que, généralement, si les ouvrages écrits au milieu des traverses et au feu des périls ne sont pas plus beaux, les vies de leurs auteurs sont plus belles. Indépendamment de la variété des aventures, on y trouve plus d’enseignements. J’admire et j’honore infiniment La Fontaine et Molière, mais j’honore et j’admire encore plus, comme hommes, Cervantès et Camoens. A mérite de rédaction égal, une histoire littéraire du Portugal serait un meilleur et plus beau livre qu’une histoire littéraire de notre dix-septième ou dix-huitième siècle. C’est une chose bonne et sainte que la lecture de ces vies d’épreuves, que ces passions douloureuses des hommes de génie, Je ne sache rien de plus capable de retremper le cœur. C’est pour cela que dans ce temps de souffrances oisives, de désappointements frivoles, de molles contrariétés et de petites douleurs, j’ai cru bon d’écrire l’étude suivante sur la vie de Luiz de Camoens.
….

OS LUSIADAS II-62 LES LUSIADES

OS LUSIADAS II-62 LES LUSIADES II-62
LITTERATURE PORTUGAISE

Luis de Camoes Oeuvres obras Artgitato

literatura português

Luis de Camões
[1525-1580]

Tradução – Traduction
texto bilingue

Luis de Camoes Les Lusiades

 

Obra Poética

(1556)

LES LUSIADES II-62

OS LUSIADAS II-62

A Epopeia Portuguesa

 

CHANT II
Canto Segundo

Traduction Jacky Lavauzelle

verso  62
Strophe 62

II-62

Image illustrative de l'article Vasco de Gama

Vasco de Gama

Vasco da Gama signature almirante.svg

800px-nama_heracles__busirisHéraclès tuant le roi Busiris, péliké attique à figures rouges du Peintre de Pan, v. 470 av. J.-C.
Musée national archéologique d’Athènes

******

LES LUSIADES II-62
OS LUSIADAS II-62

 *****

« Não tens aqui senão aparelhado
« Tu ne trouveras rien ici, sinon
O hospício que o cru Diomedes dava,
 L’hospitalité que Diomède donna,
 Fazendo ser manjar acostumado
 En faisant régulièrement dévorer 
   De cavalos a gente que hospedava;
 Par ses chevaux les invités qu’il abritait ;
As aras de Busíris infamado,
 Les autels de l’infâme Busiris, 
Onde os hóspedes tristes imolava,
Lorsqu’il immolait les malheureux hôtes,
 Terás certas aqui, se muito esperas.
 Tu les auras ici si tu ne te hâtes.
 Fuge das gentes pérfidas e feras.
 Fuis ces gens perfides et féroces.

**

os-lusiadas-ii-62-les-lusiades-ii-62-luis-de-camoes-artgitato-mercurius-mercure-hendrick-goltzius-1597Mercure
Hendrick Goltzius
1597

Vasco de Gama par Gregorio Lopes

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LES LUSIADES II-62
OS LUSIADAS II-62

Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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White_Fawn_Drawing Faon Diane

LA VIE DE LUIS DE CAMOES
par Charles Magnin

( Extrait )
Par En cherchant à montrer la différence qui sépare la vie aventureuse et active des écrivains portugais, notamment celle de Camoens, de la vie casanière et posée de la plupart de nos gens de lettres, je ne prétends pas élever par-là les œuvres des uns, ni déprimer les productions des autres. Je n’en crois pas les élégies de Camoens plus touchantes parce qu’elles sont datées d’Afrique, de la Chine et de l’Inde ; je n’en estime pas Polyeucte et Cinna moins admirables, parce que le grand Corneille n’a guère fait de plus longues pérégrinations que le voyage de Paris à Rouen. Je ne conseille à personne de louer un cabinet d’étude à Macao ; mais je crois que, généralement, si les ouvrages écrits au milieu des traverses et au feu des périls ne sont pas plus beaux, les vies de leurs auteurs sont plus belles. Indépendamment de la variété des aventures, on y trouve plus d’enseignements. J’admire et j’honore infiniment La Fontaine et Molière, mais j’honore et j’admire encore plus, comme hommes, Cervantès et Camoens. A mérite de rédaction égal, une histoire littéraire du Portugal serait un meilleur et plus beau livre qu’une histoire littéraire de notre dix-septième ou dix-huitième siècle. C’est une chose bonne et sainte que la lecture de ces vies d’épreuves, que ces passions douloureuses des hommes de génie, Je ne sache rien de plus capable de retremper le cœur. C’est pour cela que dans ce temps de souffrances oisives, de désappointements frivoles, de molles contrariétés et de petites douleurs, j’ai cru bon d’écrire l’étude suivante sur la vie de Luiz de Camoens.
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OS LUSIADAS II-61 LES LUSIADES

OS LUSIADAS II-61 LES LUSIADES II-61
LITTERATURE PORTUGAISE

Luis de Camoes Oeuvres obras Artgitato

literatura português

Luis de Camões
[1525-1580]

Tradução – Traduction
texto bilingue

Luis de Camoes Les Lusiades

 

Obra Poética

(1556)

LES LUSIADES II-61

OS LUSIADAS II-61

A Epopeia Portuguesa

 

CHANT II
Canto Segundo

Traduction Jacky Lavauzelle

verso  61
Strophe 61

II-61

Image illustrative de l'article Vasco de Gama

Vasco de Gama

Vasco da Gama signature almirante.svg

LES LUSIADES II-61
OS LUSIADAS II-61

 

Quando Mercúrio em sonhos lhe aparece,
Lorsque Mercure dans ses rêves apparaît,
Dizendo: « Fuge, fuge, Lusitano,
Il lui dit : « Fuis, fuis, Lusitanien,
 Da cilada que o Rei malvado tece,
 Ce piège que le Roi méphitique tisse,
 Por te trazer ao fim, e extremo dano;
 Imaginant ta fin et des dommages extrêmes ;
 Fuge, que o vento, e o Céu te favorece;
 Fuis ! le vent et le ciel te favorisent !
Sereno o tempo tens e o Oceano,
 Serein le temps, serein l’Océan,
E outro Rei mais amigo, noutra parte,
Et un autre Roi, plus hospitaliers, dans d’autres contrées,
Onde podes seguro agasalhar-te.
 Te proposera un accueil beaucoup plus sûr.

os-lusiadas-ii-61-les-lusiades-61-luis-de-camoes-artgitato-mercurius-mercure-hendrick-goltzius-1597Mercure
Hendrick Goltzius
1597

Vasco de Gama par Gregorio Lopes

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LES LUSIADES II-61
OS LUSIADAS II-61

Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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White_Fawn_Drawing Faon Diane

LA VIE DE LUIS DE CAMOES
par Charles Magnin

( Extrait )
Par En cherchant à montrer la différence qui sépare la vie aventureuse et active des écrivains portugais, notamment celle de Camoens, de la vie casanière et posée de la plupart de nos gens de lettres, je ne prétends pas élever par-là les œuvres des uns, ni déprimer les productions des autres. Je n’en crois pas les élégies de Camoens plus touchantes parce qu’elles sont datées d’Afrique, de la Chine et de l’Inde ; je n’en estime pas Polyeucte et Cinna moins admirables, parce que le grand Corneille n’a guère fait de plus longues pérégrinations que le voyage de Paris à Rouen. Je ne conseille à personne de louer un cabinet d’étude à Macao ; mais je crois que, généralement, si les ouvrages écrits au milieu des traverses et au feu des périls ne sont pas plus beaux, les vies de leurs auteurs sont plus belles. Indépendamment de la variété des aventures, on y trouve plus d’enseignements. J’admire et j’honore infiniment La Fontaine et Molière, mais j’honore et j’admire encore plus, comme hommes, Cervantès et Camoens. A mérite de rédaction égal, une histoire littéraire du Portugal serait un meilleur et plus beau livre qu’une histoire littéraire de notre dix-septième ou dix-huitième siècle. C’est une chose bonne et sainte que la lecture de ces vies d’épreuves, que ces passions douloureuses des hommes de génie, Je ne sache rien de plus capable de retremper le cœur. C’est pour cela que dans ce temps de souffrances oisives, de désappointements frivoles, de molles contrariétés et de petites douleurs, j’ai cru bon d’écrire l’étude suivante sur la vie de Luiz de Camoens.
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OS LUSIADAS II-60 LES LUSIADES

OS LUSIADAS II-60 LES LUSIADES II-60
LITTERATURE PORTUGAISE

Luis de Camoes Oeuvres obras Artgitato

literatura português

Luis de Camões
[1525-1580]

Tradução – Traduction
texto bilingue

Luis de Camoes Les Lusiades

 

Obra Poética

(1556)

LES LUSIADES II-60

OS LUSIADAS II-60

A Epopeia Portuguesa

 

CHANT II
Canto Segundo

Traduction Jacky Lavauzelle

verso 60
Strophe 60

II-60

Image illustrative de l'article Vasco de Gama

Vasco de Gama

Vasco da Gama signature almirante.svg

LES LUSIADES II-60
OS LUSIADAS II-60

 Meio caminho a noite tinha andado,
A mi-chemin de la nuit,
E as estrelas no céu co’a luz alhea
Les planètes dans le ciel projetaient leur lumière
Tinham o largo Mundo alumiado;
En illuminant le monde entier ;
 E só co’o sono a gente se recreia.
Et les marins se lovaient dans leur sommeil.
  O Capitão ilustre, já cansado
L’illustre Capitaine, las
 De vigiar a noite que arreceia,
De surveiller les profondeurs de nuit,
  Breve repouso então aos olhos dava,
Reposa ses yeux un bref moment,
 A outra gente a quartos vigiava;
Les autres marins se partagèrent le quart ;

os-lusiadas-ii-60-les-lusiades-60-luis-de-camoes-artgitato-mercurius-mercure-hendrick-goltzius-1597Mercure
Hendrick Goltzius
1597

Vasco de Gama par Gregorio Lopes

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LES LUSIADES II-60
OS LUSIADAS II-60

Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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White_Fawn_Drawing Faon Diane

LA VIE DE LUIS DE CAMOES
par Charles Magnin

( Extrait )
Par En cherchant à montrer la différence qui sépare la vie aventureuse et active des écrivains portugais, notamment celle de Camoens, de la vie casanière et posée de la plupart de nos gens de lettres, je ne prétends pas élever par-là les œuvres des uns, ni déprimer les productions des autres. Je n’en crois pas les élégies de Camoens plus touchantes parce qu’elles sont datées d’Afrique, de la Chine et de l’Inde ; je n’en estime pas Polyeucte et Cinna moins admirables, parce que le grand Corneille n’a guère fait de plus longues pérégrinations que le voyage de Paris à Rouen. Je ne conseille à personne de louer un cabinet d’étude à Macao ; mais je crois que, généralement, si les ouvrages écrits au milieu des traverses et au feu des périls ne sont pas plus beaux, les vies de leurs auteurs sont plus belles. Indépendamment de la variété des aventures, on y trouve plus d’enseignements. J’admire et j’honore infiniment La Fontaine et Molière, mais j’honore et j’admire encore plus, comme hommes, Cervantès et Camoens. A mérite de rédaction égal, une histoire littéraire du Portugal serait un meilleur et plus beau livre qu’une histoire littéraire de notre dix-septième ou dix-huitième siècle. C’est une chose bonne et sainte que la lecture de ces vies d’épreuves, que ces passions douloureuses des hommes de génie, Je ne sache rien de plus capable de retremper le cœur. C’est pour cela que dans ce temps de souffrances oisives, de désappointements frivoles, de molles contrariétés et de petites douleurs, j’ai cru bon d’écrire l’étude suivante sur la vie de Luiz de Camoens.
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OS LUSIADAS II-59 LES LUSIADES

OS LUSIADAS II-59 LES LUSIADES II-59
LITTERATURE PORTUGAISE

Luis de Camoes Oeuvres obras Artgitato

literatura português

Luis de Camões
[1525-1580]

Tradução – Traduction
texto bilingue

Luis de Camoes Les Lusiades

 

Obra Poética

(1556)

LES LUSIADES II-59

OS LUSIADAS II-59

A Epopeia Portuguesa

 

CHANT II
Canto Segundo

Traduction Jacky Lavauzelle

verso  59
Strophe 59

II-59

Image illustrative de l'article Vasco de Gama

Vasco de Gama

Vasco da Gama signature almirante.svg

LES LUSIADES II-59
OS LUSIADAS II-59

 

Dali para Mombaça logo parte,
Mercure, de là, part en hâte à Mombasa,
Aonde as naus estavam temerosas,
Où attendaient les terribles navires,
  Para que à gente mande que se aparte
Pour demander aux marins de sortir
Da barra amiga e terras suspeitosas:
Du recoin et des terres suspectes :
Porque mui pouco val esforço e arte,
Car valent peu l’effort et l’art,
Contra infernais vontades enganosas;
Contre les volontés trompeuses infernales ;
Pouco val coração, astúcia e siso,
Peu valent le cœur, la ruse et la sagesse,
Se lá dos Céus não vem celeste aviso.
Si des Cieux ne viennent des aides célestes.

os-lusiadas-ii-59-les-lusiades-59-luis-de-camoes-artgitato-mercurius-mercure-hendrick-goltzius-1597Mercure
Hendrick Goltzius
1597

Vasco de Gama par Gregorio Lopes

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LES LUSIADES II-59
OS LUSIADAS II-59

Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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LA VIE DE LUIS DE CAMOES
par Charles Magnin

( Extrait )
Par En cherchant à montrer la différence qui sépare la vie aventureuse et active des écrivains portugais, notamment celle de Camoens, de la vie casanière et posée de la plupart de nos gens de lettres, je ne prétends pas élever par-là les œuvres des uns, ni déprimer les productions des autres. Je n’en crois pas les élégies de Camoens plus touchantes parce qu’elles sont datées d’Afrique, de la Chine et de l’Inde ; je n’en estime pas Polyeucte et Cinna moins admirables, parce que le grand Corneille n’a guère fait de plus longues pérégrinations que le voyage de Paris à Rouen. Je ne conseille à personne de louer un cabinet d’étude à Macao ; mais je crois que, généralement, si les ouvrages écrits au milieu des traverses et au feu des périls ne sont pas plus beaux, les vies de leurs auteurs sont plus belles. Indépendamment de la variété des aventures, on y trouve plus d’enseignements. J’admire et j’honore infiniment La Fontaine et Molière, mais j’honore et j’admire encore plus, comme hommes, Cervantès et Camoens. A mérite de rédaction égal, une histoire littéraire du Portugal serait un meilleur et plus beau livre qu’une histoire littéraire de notre dix-septième ou dix-huitième siècle. C’est une chose bonne et sainte que la lecture de ces vies d’épreuves, que ces passions douloureuses des hommes de génie, Je ne sache rien de plus capable de retremper le cœur. C’est pour cela que dans ce temps de souffrances oisives, de désappointements frivoles, de molles contrariétés et de petites douleurs, j’ai cru bon d’écrire l’étude suivante sur la vie de Luiz de Camoens.
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OS LUSIADAS II-57 LES LUSIADES

OS LUSIADAS II-57 LES LUSIADES II-57
LITTERATURE PORTUGAISE

Luis de Camoes Oeuvres obras Artgitato

literatura português

Luis de Camões
[1525-1580]

Tradução – Traduction
texto bilingue

Luis de Camoes Les Lusiades

 

Obra Poética

(1556)

LES LUSIADES II-57

OS LUSIADAS II-57

A Epopeia Portuguesa

 

CHANT II
Canto Segundo

Traduction Jacky Lavauzelle

verso  57
Strophe 57

II-57

Image illustrative de l'article Vasco de Gama

Vasco de Gama

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LES LUSIADES II-57
OS LUSIADAS II-57

 

Já pelo ar o Cileneu voava,
Déjà par les airs, Mercure, le Dieu du Mont Cyllène s’envolait,
Com as asas nos pés à Terra desce,
Avec des ailes sur ses pieds, il descend sur terre,
Sua vara fatal na mão levava,
Son bâton fatal à la main,
Com que os olhos cansados adormece:
Qui endort les yeux fatigués :
 Com esta, as tristes almas revocava,
Avec le même bâton avec lequel il révoquait les âmes tristes,
Do Inferno, e o vento lhe obedece.
Des Enfers, et qu’il commandait au vent.
Na cabeça o galero costumado,
Sur la tête, il porte son casque habituel,
 E desta arte a Melinde foi chegado.
Et de cette manière, il atteignit Malindi [Mélinde – Kenya].

*

os-lusiadas-ii-57-les-lusiades-57-luis-de-camoes-artgitato-mercurius-mercure-hendrick-goltzius-1597Mercure
Hendrick Goltzius
1597

Vasco de Gama par Gregorio Lopes

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LES LUSIADES II-57
OS LUSIADAS II-57

Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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LA VIE DE LUIS DE CAMOES
par Charles Magnin

( Extrait )
Par En cherchant à montrer la différence qui sépare la vie aventureuse et active des écrivains portugais, notamment celle de Camoens, de la vie casanière et posée de la plupart de nos gens de lettres, je ne prétends pas élever par-là les œuvres des uns, ni déprimer les productions des autres. Je n’en crois pas les élégies de Camoens plus touchantes parce qu’elles sont datées d’Afrique, de la Chine et de l’Inde ; je n’en estime pas Polyeucte et Cinna moins admirables, parce que le grand Corneille n’a guère fait de plus longues pérégrinations que le voyage de Paris à Rouen. Je ne conseille à personne de louer un cabinet d’étude à Macao ; mais je crois que, généralement, si les ouvrages écrits au milieu des traverses et au feu des périls ne sont pas plus beaux, les vies de leurs auteurs sont plus belles. Indépendamment de la variété des aventures, on y trouve plus d’enseignements. J’admire et j’honore infiniment La Fontaine et Molière, mais j’honore et j’admire encore plus, comme hommes, Cervantès et Camoens. A mérite de rédaction égal, une histoire littéraire du Portugal serait un meilleur et plus beau livre qu’une histoire littéraire de notre dix-septième ou dix-huitième siècle. C’est une chose bonne et sainte que la lecture de ces vies d’épreuves, que ces passions douloureuses des hommes de génie, Je ne sache rien de plus capable de retremper le cœur. C’est pour cela que dans ce temps de souffrances oisives, de désappointements frivoles, de molles contrariétés et de petites douleurs, j’ai cru bon d’écrire l’étude suivante sur la vie de Luiz de Camoens.
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OS LUSIADAS II-56 LES LUSIADES

OS LUSIADAS II-56 LES LUSIADES II-56
LITTERATURE PORTUGAISE

Luis de Camoes Oeuvres obras Artgitato

literatura português

Luis de Camões
[1525-1580]

Tradução – Traduction
texto bilingue

Luis de Camoes Les Lusiades

 

Obra Poética

(1556)

LES LUSIADES II-56

OS LUSIADAS II-56

A Epopeia Portuguesa

 

CHANT II
Canto Segundo

Traduction Jacky Lavauzelle

verso  56
Strophe 56

II-56

Image illustrative de l'article Vasco de Gama

Vasco de Gama

Vasco da Gama signature almirante.svg

LES LUSIADES II-56
OS LUSIADAS II-56

 

Como isto disse, manda o consagrado
Après ces propos, Jupiter envoie Mercure, sacré
Filho de Maia à Terra, por que tenha
Fils de Maia, sur Terre, pour donner
Um pacífico porto o sossegado,
Un havre de paix au calme,
  Para onde sem receio a frota venha;
Où la flotte pourra se réfugier ;
E, para que em Mombaça, aventurado,
Et, pour qu’à Mombasa, l’aventureux
O forte Capitão se não detenha,
Fort capitaine ne s’arrête pas,
Lhe manda mais, que em sonhos lhe mostra
Il lui demande encore de lui montrer en rêve
A terra, onde quieto repousasse.
La terre où il pourra se reposer.

*

os-lusiadas-les-lusiades-luis-de-camoes-artgitato-mercurius-mercure-hendrick-goltzius-1597Mercure
Hendrick Goltzius
1597

Vasco de Gama par Gregorio Lopes

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LES LUSIADES II-56
OS LUSIADAS II-56

Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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White_Fawn_Drawing Faon Diane

LA VIE DE LUIS DE CAMOES
par Charles Magnin

( Extrait )
Par En cherchant à montrer la différence qui sépare la vie aventureuse et active des écrivains portugais, notamment celle de Camoens, de la vie casanière et posée de la plupart de nos gens de lettres, je ne prétends pas élever par-là les œuvres des uns, ni déprimer les productions des autres. Je n’en crois pas les élégies de Camoens plus touchantes parce qu’elles sont datées d’Afrique, de la Chine et de l’Inde ; je n’en estime pas Polyeucte et Cinna moins admirables, parce que le grand Corneille n’a guère fait de plus longues pérégrinations que le voyage de Paris à Rouen. Je ne conseille à personne de louer un cabinet d’étude à Macao ; mais je crois que, généralement, si les ouvrages écrits au milieu des traverses et au feu des périls ne sont pas plus beaux, les vies de leurs auteurs sont plus belles. Indépendamment de la variété des aventures, on y trouve plus d’enseignements. J’admire et j’honore infiniment La Fontaine et Molière, mais j’honore et j’admire encore plus, comme hommes, Cervantès et Camoens. A mérite de rédaction égal, une histoire littéraire du Portugal serait un meilleur et plus beau livre qu’une histoire littéraire de notre dix-septième ou dix-huitième siècle. C’est une chose bonne et sainte que la lecture de ces vies d’épreuves, que ces passions douloureuses des hommes de génie, Je ne sache rien de plus capable de retremper le cœur. C’est pour cela que dans ce temps de souffrances oisives, de désappointements frivoles, de molles contrariétés et de petites douleurs, j’ai cru bon d’écrire l’étude suivante sur la vie de Luiz de Camoens.
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