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ПРОРОК Пушкин Texte & Traduction du Prophète de POUCHKINE

ARTGITATO ПРОРОК Пушкин
1826 

poemes-de-alexandre-pouchkine-artgitatopushkin-alexanderАлекса́ндр Серге́евич Пу́шкин
Alexandre Pouchkine
русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe

 

Le Prophète Alexandre Pouchkine Peinture de Sokolov Traduction Artgitato

POUCHKINE – Пу́шкин
1799-1837

[создатель современного русского литературного языка]


ПРОРОК
стихотворение
Le Prophète
[Poème]
1826

 

Духовной жаждою томим,
Tourmenté par la soif spirituelle,
В пустыне мрачной я влачился, —
Dans un sombre désert je me traînais-
 И шестикрылый серафим
Et un séraphin à six ailes
На перепутье мне явился.
M’attendait  à un carrefour.
Перстами легкими как сон
Avec des doigts légers comme un rêve
Моих зениц коснулся он.
Il m’a touché les yeux.
Отверзлись вещие зеницы,
Qui s’écarquillèrent
Как у испуганной орлицы.
Comme un aigle apeuré.
Моих ушей коснулся он, —
Il m’a touché les oreilles-
И их наполнил шум и звон:
Qui se remplirent de bruits et de sons :
И внял я неба содроганье,
Et je pus entendre le frisson du ciel,
И горний ангелов полет,
Et la fuite des anges dans la montagne,
И гад морских подводный ход,
Et le glissement du serpent des mers dans les profondeurs,
И дольней лозы прозябанье.
Et la croissance des végétaux.
И он к устам моим приник,
Et il se cramponna à mes lèvres,
И вырвал грешный мой язык,
Et me coupa la langue pécheresse,
И празднословный и лукавый,
Fausse et sournoise,
И жало мудрыя змеи
Et me piqua par le sagace serpent
В уста замершие мои
Dans ma bouche endormie
Вложил десницею кровавой.
De ses main ensanglantées.
И он мне грудь рассек мечом,
Et il coupa ma poitrine avec l’épée,
И сердце трепетное вынул,
Et pris mon cœur en un frémissement,
И угль, пылающий огнем,
Et jeta une flamme de feu,
Во грудь отверстую водвинул.
Au plus profond de mes entrailles.
Как труп в пустыне я лежал,
Comme un cadavre dans le désert, je mentais,
 И бога глас ко мне воззвал:
Et la voix de Dieu se fit entendre pour me dire :
«Восстань, пророк, и виждь, и внемли,
« Lève-toi,  Ô Prophète, et ouvre les yeux, et prête l’oreille,
Исполнись волею моей,
Que tu sois remplis de ma propre volonté,
И, обходя моря и земли,
Et, en sillonnant la mer et la terre,
Глаголом жги сердца людей».
De ton verbe brûle le cœur des gens ».

 

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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ПРОРОК Пушкин

DESCAMINADO ENFERMO PEREGRINO de GONGORA Texte & Traduction Epuisé et malade, pèlerin

BILINGUE ESPAGNOL-FRANCAIS – TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE- ARTGITAO

Luis de Góngora y Argote
Literatura
española – Littérature Espagnole
Siècle d’or espagnol -Siglo de Oro 

 

Luis de Góngora y Argote
1561-1627

Sonetos – Sonnets

DESCAMINADO ENFERMO PEREGRINO …
1594

Descaminado enfermo péregrinoLuis de Góngora y Argote Artgitato Soneto Sonnet

 

Descaminado Enfermo Péregrino

Epuisé et malade, pèlerin

 

Descaminado, enfermo, péregrino
Epuisé et malade, pèlerin
en tenebrosa noche, con pie incierto
dans la nuit sombre, incertaine à pied
la confusion pisando del desertio,
déambulant dans la confusion désertique,
voces en vano dio, pasos sin tino.
il appelait en vain mais marchait sans fin.

**

Repetido latir, si no vecino,
Il entendit des jappements répétés, rapprochés,
Distincto oyo de can simpre despierto,
Et puis, plus distinctement, les yeux d’un chien grands ouverts,
Y en pastoral albergue mal cubierto
Et dans une auberge mal couverte
Piedad hallo, si no hallo camino.
Ne trouvant pas sa route, il trouva du réconfort.

**

Salio el sol, y entre arminos escondida,
Le soleil se leva, et cachée d’hermine,
 sonolienta beldad con dulce sana
une beauté endormie avec une saine douceur
 salteo al no bien sano pasajero.
se jeta sur le passager engourdi.

**

Pagara et hospedaje con la vida,
Et il paya l’hébergement de sa vie,
 mas le valiera errar en la montana,
il lui eût été préférable encore d’errer dans la montagne,
   que morir de la suerte que yo muero.
que de mourir de la sorte !
 

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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LE SYNDROME DE FRANCOIS MAYNARD

François Maynard François Maynard

Le Syndrome de Maynard

Le syndrome de Maynard comme le passage d’une vie mondaine remplie d’honneur et de distinctions à une vie recluse d’ermite.

Après avoir connu les plus hautes sphères de l’Etat et côtoyé les plus puissants de France et d’Italie, François Maynard ne souhaite se nourrir,à la fin de sa vie, que de solitude, de nature et de désert.

Le syndrome de Maynard : des ors et des médailles au sable et aux étoiles, une volonté maladive de se libérer des contraintes et donner « à son désert les restes de sa vie. »

UN NOBLE QUI VAVOIT METTRE LES PIERRERIES EN OEUVRE

Elève de Malherbe, qui disait que de ces élèves celui-ci « faisoit le mieux les vers », avocat, secrétaire de Marguerite de Valois, la Reine Margot,  qui « émoit les vers et qui les savoit faire » (Pélisson), « elle avoit la coutume de dire que Maynard étoit un orfèvre excellent, qui savoit mettre les pierreries en œuvre » (Pélisson), président au Présidial d’Aurillac, Conseiller au Parlement, diplomate, anobli en 1644, académicien.

 

 LA FINESSE DE LA POESIE

Côtoyant, accompagnant tous les puissants de son temps : « Mais s’i avoit eu en France l’honneur et l’estime des gens de la plus haute condition, comme il se voit par les lettres escrites, il n’acquit pas moins celle des plus grands personnages d’Italie, pendant le séjour qu’il fit à Rome, l’an 1634, avec M de Nouailles qui y estoit pour lors ambassadeur. Urbain VIII l’honora mesme  de sa conversation et, dans cette cognoissance que ce savant pontife avoit des lettres sacrées et profanes, il se plaisoit à lui communiquer souvent ses ouvrages et à s’entretenir avecque luy de la finesse de la poésie.» (Colletet)

LAS DE ME PLAINDRE

Une cassure intervient qui le fait renoncer aux biens et à la reconnaissance du monde religieux, intellectuel ou royal. Colletet souligne un peu plus loin : « Mais enfin, lassé de l’embarras de la cour et de la chicane du palais, il se retira chez luy pour vaquer, quelques temps avant sa mort, à l’estude de la philosophie. Les quatre vers qu’il fit mettre sur la porte de son cabinet, apprennent l’estat de sa fortune et de son âme :
Sur François Maynard

Las d’espérer et de ma plaindre
Des muses, des grands et du sort,
C’est ici que j’attends la mort
Sans la désirer ni la craindre »

JE SUIS LAS D’ENCENSER L’AUTEL DE LA FORTUNE

Nous pourrions croire à une lassitude, las d’avoir à contrôler ses faits et gestes, si nous n’avions dans ces poèmes plus que la recherche d’un havre de paix dans un château entouré de verdures et de solitude prompte à la réflexion philosophique.
Il y a une urgence maladive de retrouver une paix intérieure « Je suis las d’encenser l’autel de la fortune, Et brusle de revoir mes rochers et mes bois, Où tout me satisfait, où rien ne m’importune. » (Adieu Paris, adieu pour la dernière fois), ou « Les palais y sont pleins d’orgueil et d’ignorance ; Je suis las d’y souffrir, et honteux d’avoir mis Dans ma tête chenue une vaine espérance. » (Désert où j’ai vécu dans un calme si doux)
Il y a de l’amertume dans ces pertes de temps et dans ce manque cruel de reconnaissance : « Depuis que je cognois que le siecle est gasté
Et que le haut merite est souvent mal-traité, Je ne trouve ma paix que dans la solitude. 
» (Adieu Paris, adieu pour la dernière fois)

MES VERS SONT MESPRISEZ

Il a dû expliquer, s’abaisser, entendre des commentaires sarcastiques, voire méprisants. Il semble se lâcher : « Il est vray. Je le sçay. Mes Vers sont mesprisez. Leur cadence a choqué les Galans et les Belles, Graces à la bonté des Orateurs frisez, Dont le faux sentiment regne dans les Ruelles. Ils s’efforcent en vain de ravaler mon prix ; Et malgré leur malice, aussi foible que noire, Mon Livre sera leu de tous les beaux Esprits ; Et, plus il vieillira, plus il aura de Gloire. Tant qu’on fera des Vers, les miens seront vivans ; Et la Race future, équitable aux Sçavans, Dira que j’ay connu l’Art qui fait bien Escrire. » (Il est vray. Je le sçay. Mes vers vous mesprisez).

 

MA PLUME EST UNE PUTAIN

Comme si François Maynard avant vendu son âme, s’était prostitué devant des Béotiens, à se justifier : « Ma plume est une putain,
Mais ma vie est une sainte»
(Il n’est homme en l’Univers…). Il souhaite sanctifier le reste de sa vie, se laver des hontes et des ténèbres de sa vie mondaine.

  J’AY FLATTE LES PUISSANS
J’AY PLASTRE LEURS MALICES

En se préparant à mourir, il sait que la tâche reste ardue et difficile. Son âme sera-t-elle sauvée ? : Pour entrer sans frayeur dans la terre des morts ? J’ay flatté les puissans, j’ay plastré leurs malices,
J’ay fait de mes pechez mes uniques plaisirs, Je me suis tout entier plongé dans les delices, Et les biens passagers ont esté mes desirs.
Tout espoir de salut me semble illegitime ; Je suis persecuté de l’horreur de mon crime, Et son affreuse image est toujours devant moy. 
»(je suis dans dans le penchant de mon âge de glace)

Jacky Lavauzelle