Archives par mot-clé : Buch der Lieder

MON CŒUR – HEINE POÈME GEDICHTE -LE LIVRE DES CHANTS XLVI – Herz, mein Herz

HEINE POÈME
HEINRICH HEINE GEDICHTE
DIE HEIMKEHR HEINE
LE LIVRE DES CHANTS
LITTERATURE ALLEMANDE

Heine Poèmes Gedichte Buch der Lieder




Christian Johann Heinrich Heine


Herz, mein Herz, sey nicht beklommen,
Cœur ! mon cœur, ne soit pas ainsi ému,
Und ertrage dein Geschick,
Et supporte ton destin,
Neuer Frühling giebt zurück,
Le nouveau printemps rapportera,
Was der Winter dir genommen.
Ce que l’hiver t’a dérobé!

*

Und wie viel ist dir geblieben!
Et vois tout ce qu’il te reste !
Und wie schön ist noch die Welt;
Et comme est beau le monde ;
Und, mein Herz, was dir gefällt,
Et, mon cœur, tout ce qui te plaît,
Alles, Alles darfst du lieben!
Tout ça, tu peux l’aimer!

**


 

****************************************

Heine Poème

HEINRICH HEINE GEDICHTE
*************

UNE HISTOIRE DE SOUFFRANCE

Les Mains & La Beauté musicale de Heine

Mais ce qui m’intéressait plus encore que les discours de Heine, c’était sa personne, car ses pensées m’étaient connues depuis longtemps, tandis que je voyais sa personne pour la première fois et que j’étais à peu près sûr que cette fois serait l’unique. Aussi, tandis qu’il parlait, le regardai-je encore plus que je ne l’écoutai. Une phrase des Reisebilder me resta presque constamment en mémoire pendant cette visite : « Les hommes malades sont véritablement toujours plus distingués que ceux en bonne santé. Car il n’y a que le malade qui soit un homme ; ses membres racontent une histoire de souffrance, ils en sont spiritualisés. » C’est à propos de l’air maladif des Italiens qu’il a écrit cette phrase, et elle s’appliquait exactement au spectacle qu’il offrait lui-même. Je ne sais jusqu’à quel point Heine avait été l’Apollon que Gautier nous a dit qu’il fut alors qu’il se proclamait hellénisant et qu’il poursuivait de ses sarcasmes les pâles sectateurs du nazarénisme : ce qu’il y a de certain, c’est qu’il n’en restait plus rien alors. Cela ne veut pas dire que la maladie l’avait enlaidi, car le visage était encore d’une singulière beauté ; seulement cette beauté était exquise plutôt que souveraine, délicate plutôt que noble, musicale en quelque sorte plutôt que plastique. La terrible névrose avait vengé le nazarénisme outragé en effaçant toute trace de l’hellénisant et en faisant reparaître seuls les traits de la race à laquelle il appartenait et où domina toujours le spiritualisme exclusif contre lequel son éloquente impiété s’était si souvent élevée. Et cet aspect physique était en parfait rapport avec le retour au judaïsme, dont les Aveux d’un poète avaient récemment entretenu le public. D’âme comme de corps, Heine n’était plus qu’un Juif, et, étendu sur son lit de souffrance, il me parut véritablement comme un arrière-cousin de ce Jésus si blasphémé naguère, mais dont il ne songeait plus à renier la parenté. Ce qui était plus remarquable encore que les traits chez Heine, c’étaient les mains, des mains transparentes, lumineuses, d’une élégance ultra-féminine, des mains tout grâce et tout esprit, visiblement faites pour être l’instrument du tact le plus subtil et pour apprécier voluptueusement les sinuosités onduleuses des belles réalités terrestres ; aussi m’expliquèrent-elles la préférence qu’il a souvent avouée pour la sculpture sur la peinture. C’étaient des mains d’une rareté si exceptionnelle qu’il n’y a de merveilles comparables que dans les contes de fées et qu’elles auraient mérité d’être citées comme le pied de Cendrillon, ou l’oreille qu’on peut supposer à cette princesse, d’une ouïe si fine qu’elle entendait l’herbe pousser. Enfin, un dernier caractère plus extraordinaire encore s’il est possible, c’était l’air de jeunesse dont ce moribond était comme enveloppé, malgré ses cinquante-six ans et les ravages de huit années de la plus cruelle maladie. C’est la première fois que j’ai ressenti fortement l’impression qu’une jeunesse impérissable est le privilège des natures dont la poésie est exclusivement l’essence. Depuis, le cours de la vie nous a permis de la vérifier plusieurs fois et nous ne l’avons jamais trouvée menteuse.

Émile Montégut
Esquisses littéraires – Henri Heine
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 63
1884

****************************************

HEINE POÈME

HEINRICH HEINE GEDICHTE
DIE HEIMKEHR HEINE

Heine Poèmes Gedichte

LE ROI VISHVAMITRA – HEINE POÈME GEDICHTE -LE LIVRE DES CHANTS XLV – Den König Wiswamitra

LE ROI VISHVAMITRA
HEINE POÈME
HEINRICH HEINE GEDICHTE
DIE HEIMKEHR HEINE
LE LIVRE DES CHANTS
LITTERATURE ALLEMANDE

Heine Poèmes Gedichte Buch der Lieder




Christian Johann Heinrich Heine


Deutsch Poesie
 Deutsch Literatur

Heinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich Heine Poèmes Heinrich HeineHeinrich Heine poèmesHeinrich HeineHeinrich Heine Poèmes GedichteHeinrich HeineHeinrich Heine poèmes

HEINRICH HEINE
1797- 1856

German poet
Poète Allemand
Deutsch Dichter

Heine Poèmes Gedichte Buch der Lieder Oeuvre Poèmes Poésie Gedichte Artgitato

Übersetzung
Traduction Jacky Lavauzelle




Buch der Lieder
Die Heimkehr
XLV
LE LIVRE DES CHANTS
LE RETOUR
 
1823-1824

****
HEINRICH HEINE GEDICHTE

Den König Wiswamitra
****

*****

LE ROI VISHVAMITRA
****

*****

*

Vishvamitra et Menaka
Peinture de Raja Ravi Varma.

**

Den König Wiswamitra,
Le roi Vishvamitra ,
Den treibt’s ohne Rast und Ruh’,
Jamais ne se repose de toute évidence :
Er will durch Kampf und Büßung
Il veut par la lutte et la pénitence
Erwerben Wasischtas Kuh.
Acheter la vache de Vashistha .

*

O, König Wiswamitra,
Ô roi Vishvamitra ,
O, welch ein Ochs bist du,
Ô quel bœuf fais-tu là,
Daß du so viel kämpfest und büßest,
Tant de pénitence, tant de combat,
Und Alles für eine Kuh!
Et c’est pour une vache, que tu fais tout ça !

**


 

****************************************

Heine Poème

HEINRICH HEINE GEDICHTE
*************

UNE HISTOIRE DE SOUFFRANCE

Les Mains & La Beauté musicale de Heine

Mais ce qui m’intéressait plus encore que les discours de Heine, c’était sa personne, car ses pensées m’étaient connues depuis longtemps, tandis que je voyais sa personne pour la première fois et que j’étais à peu près sûr que cette fois serait l’unique. Aussi, tandis qu’il parlait, le regardai-je encore plus que je ne l’écoutai. Une phrase des Reisebilder me resta presque constamment en mémoire pendant cette visite : « Les hommes malades sont véritablement toujours plus distingués que ceux en bonne santé. Car il n’y a que le malade qui soit un homme ; ses membres racontent une histoire de souffrance, ils en sont spiritualisés. » C’est à propos de l’air maladif des Italiens qu’il a écrit cette phrase, et elle s’appliquait exactement au spectacle qu’il offrait lui-même. Je ne sais jusqu’à quel point Heine avait été l’Apollon que Gautier nous a dit qu’il fut alors qu’il se proclamait hellénisant et qu’il poursuivait de ses sarcasmes les pâles sectateurs du nazarénisme : ce qu’il y a de certain, c’est qu’il n’en restait plus rien alors. Cela ne veut pas dire que la maladie l’avait enlaidi, car le visage était encore d’une singulière beauté ; seulement cette beauté était exquise plutôt que souveraine, délicate plutôt que noble, musicale en quelque sorte plutôt que plastique. La terrible névrose avait vengé le nazarénisme outragé en effaçant toute trace de l’hellénisant et en faisant reparaître seuls les traits de la race à laquelle il appartenait et où domina toujours le spiritualisme exclusif contre lequel son éloquente impiété s’était si souvent élevée. Et cet aspect physique était en parfait rapport avec le retour au judaïsme, dont les Aveux d’un poète avaient récemment entretenu le public. D’âme comme de corps, Heine n’était plus qu’un Juif, et, étendu sur son lit de souffrance, il me parut véritablement comme un arrière-cousin de ce Jésus si blasphémé naguère, mais dont il ne songeait plus à renier la parenté. Ce qui était plus remarquable encore que les traits chez Heine, c’étaient les mains, des mains transparentes, lumineuses, d’une élégance ultra-féminine, des mains tout grâce et tout esprit, visiblement faites pour être l’instrument du tact le plus subtil et pour apprécier voluptueusement les sinuosités onduleuses des belles réalités terrestres ; aussi m’expliquèrent-elles la préférence qu’il a souvent avouée pour la sculpture sur la peinture. C’étaient des mains d’une rareté si exceptionnelle qu’il n’y a de merveilles comparables que dans les contes de fées et qu’elles auraient mérité d’être citées comme le pied de Cendrillon, ou l’oreille qu’on peut supposer à cette princesse, d’une ouïe si fine qu’elle entendait l’herbe pousser. Enfin, un dernier caractère plus extraordinaire encore s’il est possible, c’était l’air de jeunesse dont ce moribond était comme enveloppé, malgré ses cinquante-six ans et les ravages de huit années de la plus cruelle maladie. C’est la première fois que j’ai ressenti fortement l’impression qu’une jeunesse impérissable est le privilège des natures dont la poésie est exclusivement l’essence. Depuis, le cours de la vie nous a permis de la vérifier plusieurs fois et nous ne l’avons jamais trouvée menteuse.

Émile Montégut
Esquisses littéraires – Henri Heine
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 63
1884

****************************************

HEINE POÈME

HEINRICH HEINE GEDICHTE
DIE HEIMKEHR HEINE

Heine Poèmes Gedichte

LA MORT DANS L’ÂME – HEINE POÈME GEDICHTE -LE LIVRE DES CHANTS XLIV – Nun ist es Zeit, daß ich mit Verstand

HEINE POÈME
HEINRICH HEINE GEDICHTE
DIE HEIMKEHR HEINE
LE LIVRE DES CHANTS
LITTERATURE ALLEMANDE

Heine Poèmes Gedichte Buch der Lieder




Christian Johann Heinrich Heine


Nun ist es Zeit, daß ich mit Verstand
Il est temps pour moi désormais de comprendre
Mich aller Thorheit entled’ge;
Et de mettre un terme à toutes ces folies ;
Ich hab’ so lang als ein Comödiant
Depuis trop longtemps, tel un acteur,
Mit dir gespielt die Comödie.
Avec toi, je joue la comédie.
*

Die prächt’gen Coulissen, sie waren bemalt
Les splendides coulisses étaient peintes
Im hochromantischen Style,
Dans le majestueux style romantique,
Mein Rittermantel hat goldig gestrahlt,
Mon manteau de chevalier d’or brillait,
Ich fühlte die feinsten Gefühle.
Je ressentais les plus délicats sentiments.

*

Und nun ich mich gar säuberlich
Et maintenant, je suis définitivement sevré
Des tollen Tands entled’ge,
De ces grandes tribunes insensées,
Noch immer elend fühl’ ich mich,
Mais je me sens encore misérable,
Als spielt’ ich noch immer Comödie.
Comme jouant encore cette comédie.

*

Ach Gott! im Scherz und unbewußt
Ô Dieu ! En plaisantant et inconscient
Sprach ich was ich gefühlet;
Je parlais de mes ressentiments ;
Ich hab’ mit dem eignen Tod in der Brust
Et c’est la mort dans l’âme
Den sterbenden Fechter gespielet.
Que je jouais l’escrimeur mourant.

**


 

****************************************

Heine Poème

HEINRICH HEINE GEDICHTE
*************

UNE HISTOIRE DE SOUFFRANCE

Les Mains & La Beauté musicale de Heine

Mais ce qui m’intéressait plus encore que les discours de Heine, c’était sa personne, car ses pensées m’étaient connues depuis longtemps, tandis que je voyais sa personne pour la première fois et que j’étais à peu près sûr que cette fois serait l’unique. Aussi, tandis qu’il parlait, le regardai-je encore plus que je ne l’écoutai. Une phrase des Reisebilder me resta presque constamment en mémoire pendant cette visite : « Les hommes malades sont véritablement toujours plus distingués que ceux en bonne santé. Car il n’y a que le malade qui soit un homme ; ses membres racontent une histoire de souffrance, ils en sont spiritualisés. » C’est à propos de l’air maladif des Italiens qu’il a écrit cette phrase, et elle s’appliquait exactement au spectacle qu’il offrait lui-même. Je ne sais jusqu’à quel point Heine avait été l’Apollon que Gautier nous a dit qu’il fut alors qu’il se proclamait hellénisant et qu’il poursuivait de ses sarcasmes les pâles sectateurs du nazarénisme : ce qu’il y a de certain, c’est qu’il n’en restait plus rien alors. Cela ne veut pas dire que la maladie l’avait enlaidi, car le visage était encore d’une singulière beauté ; seulement cette beauté était exquise plutôt que souveraine, délicate plutôt que noble, musicale en quelque sorte plutôt que plastique. La terrible névrose avait vengé le nazarénisme outragé en effaçant toute trace de l’hellénisant et en faisant reparaître seuls les traits de la race à laquelle il appartenait et où domina toujours le spiritualisme exclusif contre lequel son éloquente impiété s’était si souvent élevée. Et cet aspect physique était en parfait rapport avec le retour au judaïsme, dont les Aveux d’un poète avaient récemment entretenu le public. D’âme comme de corps, Heine n’était plus qu’un Juif, et, étendu sur son lit de souffrance, il me parut véritablement comme un arrière-cousin de ce Jésus si blasphémé naguère, mais dont il ne songeait plus à renier la parenté. Ce qui était plus remarquable encore que les traits chez Heine, c’étaient les mains, des mains transparentes, lumineuses, d’une élégance ultra-féminine, des mains tout grâce et tout esprit, visiblement faites pour être l’instrument du tact le plus subtil et pour apprécier voluptueusement les sinuosités onduleuses des belles réalités terrestres ; aussi m’expliquèrent-elles la préférence qu’il a souvent avouée pour la sculpture sur la peinture. C’étaient des mains d’une rareté si exceptionnelle qu’il n’y a de merveilles comparables que dans les contes de fées et qu’elles auraient mérité d’être citées comme le pied de Cendrillon, ou l’oreille qu’on peut supposer à cette princesse, d’une ouïe si fine qu’elle entendait l’herbe pousser. Enfin, un dernier caractère plus extraordinaire encore s’il est possible, c’était l’air de jeunesse dont ce moribond était comme enveloppé, malgré ses cinquante-six ans et les ravages de huit années de la plus cruelle maladie. C’est la première fois que j’ai ressenti fortement l’impression qu’une jeunesse impérissable est le privilège des natures dont la poésie est exclusivement l’essence. Depuis, le cours de la vie nous a permis de la vérifier plusieurs fois et nous ne l’avons jamais trouvée menteuse.

Émile Montégut
Esquisses littéraires – Henri Heine
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 63
1884

****************************************

HEINE POÈME

HEINRICH HEINE GEDICHTE
DIE HEIMKEHR HEINE

Heine Poèmes Gedichte

Buch der Lieder HEINE XLIII- LES DOULEURS ANCIENNES – Werdet nur nicht ungeduldig

Buch der Lieder
HEINRICH HEINE GEDICHTE
DIE HEIMKEHR HEINE
LE LIVRE DES CHANTS
LITTERATURE ALLEMANDE

Heine Poèmes Gedichte Buch der Lieder




Christian Johann Heinrich Heine


Deutsch Poesie
 Deutsch Literatur

Heinrich HeineHeinrich HeineBUCH DER LIEDER HEINEHeinrich Heine Poèmes BUCH DER LIEDER HEINEBUCH DER LIEDER HEINEHeinrich HeineHeinrich Heine Poèmes GedichteBUCH DER LIEDER HEINEHeinrich Heine poèmes

HEINRICH HEINE
1797- 1856

German poet
Poète Allemand
Deutsch Dichter

Heine Poèmes Gedichte Buch der Lieder Oeuvre Poèmes Poésie Gedichte Artgitato

Übersetzung
Traduction Jacky Lavauzelle




Buch der Lieder
Die Heimkehr
XLIII
LE LIVRE DES CHANTS
LE RETOUR
 
1823-1824

****
HEINRICH HEINE GEDICHTE

Werdet nur nicht ungeduldig
****

*****

LES DOULEURS ANCIENNES
***

*****

*

Werdet nur nicht ungeduldig,
Ne soyez pas impatient,
Wenn von alten Schmerzensklängen
Quand des douleurs anciennes
Manche noch vernehmlich klingen
S’entendent encore certaines peines
In den neuesten Gesängen.
Dans mes derniers poèmes.

*

Wartet nur, es wird verhallen
Patientez ! bientôt disparaîtront
Dieses Echo meiner Schmerzen,
Ces échos de mes calvaires,
Und ein neuer Liederfrühling
Et de nouvelles chansons printanières
Sprießt aus dem geheilten Herzen.
Dans un cœur guéri s’épanouiront.

**


 

****************************************

Heine Poèmes
Buch der Lieder
HEINRICH HEINE GEDICHTE

*************

UNE HISTOIRE DE SOUFFRANCE

Les Mains & La Beauté musicale de Heine

Mais ce qui m’intéressait plus encore que les discours de Heine, c’était sa personne, car ses pensées m’étaient connues depuis longtemps, tandis que je voyais sa personne pour la première fois et que j’étais à peu près sûr que cette fois serait l’unique. Aussi, tandis qu’il parlait, le regardai-je encore plus que je ne l’écoutai. Une phrase des Reisebilder me resta presque constamment en mémoire pendant cette visite : « Les hommes malades sont véritablement toujours plus distingués que ceux en bonne santé. Car il n’y a que le malade qui soit un homme ; ses membres racontent une histoire de souffrance, ils en sont spiritualisés. » C’est à propos de l’air maladif des Italiens qu’il a écrit cette phrase, et elle s’appliquait exactement au spectacle qu’il offrait lui-même. Je ne sais jusqu’à quel point Heine avait été l’Apollon que Gautier nous a dit qu’il fut alors qu’il se proclamait hellénisant et qu’il poursuivait de ses sarcasmes les pâles sectateurs du nazarénisme : ce qu’il y a de certain, c’est qu’il n’en restait plus rien alors. Cela ne veut pas dire que la maladie l’avait enlaidi, car le visage était encore d’une singulière beauté ; seulement cette beauté était exquise plutôt que souveraine, délicate plutôt que noble, musicale en quelque sorte plutôt que plastique. La terrible névrose avait vengé le nazarénisme outragé en effaçant toute trace de l’hellénisant et en faisant reparaître seuls les traits de la race à laquelle il appartenait et où domina toujours le spiritualisme exclusif contre lequel son éloquente impiété s’était si souvent élevée. Et cet aspect physique était en parfait rapport avec le retour au judaïsme, dont les Aveux d’un poète avaient récemment entretenu le public. D’âme comme de corps, Heine n’était plus qu’un Juif, et, étendu sur son lit de souffrance, il me parut véritablement comme un arrière-cousin de ce Jésus si blasphémé naguère, mais dont il ne songeait plus à renier la parenté. Ce qui était plus remarquable encore que les traits chez Heine, c’étaient les mains, des mains transparentes, lumineuses, d’une élégance ultra-féminine, des mains tout grâce et tout esprit, visiblement faites pour être l’instrument du tact le plus subtil et pour apprécier voluptueusement les sinuosités onduleuses des belles réalités terrestres ; aussi m’expliquèrent-elles la préférence qu’il a souvent avouée pour la sculpture sur la peinture. C’étaient des mains d’une rareté si exceptionnelle qu’il n’y a de merveilles comparables que dans les contes de fées et qu’elles auraient mérité d’être citées comme le pied de Cendrillon, ou l’oreille qu’on peut supposer à cette princesse, d’une ouïe si fine qu’elle entendait l’herbe pousser. Enfin, un dernier caractère plus extraordinaire encore s’il est possible, c’était l’air de jeunesse dont ce moribond était comme enveloppé, malgré ses cinquante-six ans et les ravages de huit années de la plus cruelle maladie. C’est la première fois que j’ai ressenti fortement l’impression qu’une jeunesse impérissable est le privilège des natures dont la poésie est exclusivement l’essence. Depuis, le cours de la vie nous a permis de la vérifier plusieurs fois et nous ne l’avons jamais trouvée menteuse.

Émile Montégut
Esquisses littéraires – Henri Heine
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 63
1884

****************************************

HEINE Buch der Lieder
HEINRICH HEINE GEDICHTE
DIE HEIMKEHR HEINE

Heine Buch der Lieder

HEINE POÈMES – LES ŒUFS DE L’AMOUR – GEDICHTE -LE LIVRE DES CHANTS XLII – Theurer Freund! Was soll es nützen

HEINE POÈMES
HEINRICH HEINE GEDICHTE
DIE HEIMKEHR HEINE
LE LIVRE DES CHANTS
LITTERATURE ALLEMANDE

Heine Poèmes Gedichte Buch der Lieder




Christian Johann Heinrich Heine


Deutsch Poesie
 Deutsch Literatur

Heinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich Heine Poèmes Heinrich HeineHeinrich Heine poèmesHeinrich HeineHeinrich Heine Poèmes GedichteHeinrich HeineHeinrich Heine poèmes

HEINRICH HEINE
1797- 1856

German poet
Poète Allemand
Deutsch Dichter

Heine Poèmes Gedichte Buch der Lieder Oeuvre Poèmes Poésie Gedichte Artgitato

Übersetzung
Traduction Jacky Lavauzelle




Buch der Lieder
Die Heimkehr
XLII
LE LIVRE DES CHANTS
LE RETOUR
 
1823-1824

****
HEINRICH HEINE GEDICHTE

Theurer Freund! Was soll es nützen
****

*****

LES ŒUFS DE L’AMOUR
***

*****

*

« Theurer Freund! Was soll es nützen,
« Mon cher ami, à quoi bon,
 Stets das alte Lied zu leiern?
Toujours ressasser cette vielle chanson ?
Willst du ewig brütend sitzen
Veux tu pour toujours
 
Auf den alten Liebes-Eiern!
Couver les vieux œufs de ton amour !

*

Ach! das ist ein ewig Gattern,
Hélas ! C’est une coutume éternelle,
Aus den Schaalen kriechen Küchlein,
Les poussins de la coquille sortent les ailes,
Und sie piepsen und sie flattern,
Ils s’ébattent et crient,
Und du sperrst sie in ein Büchlein! »
Et toi tu les enfermes dans ton manuscrit! « 

**


 

****************************************

Heine Poèmes

HEINRICH HEINE GEDICHTE
*************

UNE HISTOIRE DE SOUFFRANCE

Les Mains & La Beauté musicale de Heine

Mais ce qui m’intéressait plus encore que les discours de Heine, c’était sa personne, car ses pensées m’étaient connues depuis longtemps, tandis que je voyais sa personne pour la première fois et que j’étais à peu près sûr que cette fois serait l’unique. Aussi, tandis qu’il parlait, le regardai-je encore plus que je ne l’écoutai. Une phrase des Reisebilder me resta presque constamment en mémoire pendant cette visite : « Les hommes malades sont véritablement toujours plus distingués que ceux en bonne santé. Car il n’y a que le malade qui soit un homme ; ses membres racontent une histoire de souffrance, ils en sont spiritualisés. » C’est à propos de l’air maladif des Italiens qu’il a écrit cette phrase, et elle s’appliquait exactement au spectacle qu’il offrait lui-même. Je ne sais jusqu’à quel point Heine avait été l’Apollon que Gautier nous a dit qu’il fut alors qu’il se proclamait hellénisant et qu’il poursuivait de ses sarcasmes les pâles sectateurs du nazarénisme : ce qu’il y a de certain, c’est qu’il n’en restait plus rien alors. Cela ne veut pas dire que la maladie l’avait enlaidi, car le visage était encore d’une singulière beauté ; seulement cette beauté était exquise plutôt que souveraine, délicate plutôt que noble, musicale en quelque sorte plutôt que plastique. La terrible névrose avait vengé le nazarénisme outragé en effaçant toute trace de l’hellénisant et en faisant reparaître seuls les traits de la race à laquelle il appartenait et où domina toujours le spiritualisme exclusif contre lequel son éloquente impiété s’était si souvent élevée. Et cet aspect physique était en parfait rapport avec le retour au judaïsme, dont les Aveux d’un poète avaient récemment entretenu le public. D’âme comme de corps, Heine n’était plus qu’un Juif, et, étendu sur son lit de souffrance, il me parut véritablement comme un arrière-cousin de ce Jésus si blasphémé naguère, mais dont il ne songeait plus à renier la parenté. Ce qui était plus remarquable encore que les traits chez Heine, c’étaient les mains, des mains transparentes, lumineuses, d’une élégance ultra-féminine, des mains tout grâce et tout esprit, visiblement faites pour être l’instrument du tact le plus subtil et pour apprécier voluptueusement les sinuosités onduleuses des belles réalités terrestres ; aussi m’expliquèrent-elles la préférence qu’il a souvent avouée pour la sculpture sur la peinture. C’étaient des mains d’une rareté si exceptionnelle qu’il n’y a de merveilles comparables que dans les contes de fées et qu’elles auraient mérité d’être citées comme le pied de Cendrillon, ou l’oreille qu’on peut supposer à cette princesse, d’une ouïe si fine qu’elle entendait l’herbe pousser. Enfin, un dernier caractère plus extraordinaire encore s’il est possible, c’était l’air de jeunesse dont ce moribond était comme enveloppé, malgré ses cinquante-six ans et les ravages de huit années de la plus cruelle maladie. C’est la première fois que j’ai ressenti fortement l’impression qu’une jeunesse impérissable est le privilège des natures dont la poésie est exclusivement l’essence. Depuis, le cours de la vie nous a permis de la vérifier plusieurs fois et nous ne l’avons jamais trouvée menteuse.

Émile Montégut
Esquisses littéraires – Henri Heine
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 63
1884

****************************************

HEINE POÈMES

HEINRICH HEINE GEDICHTE
DIE HEIMKEHR HEINE

Heine Poèmes Gedichte

J’IRAI PLEURER SUR TA TOMBE – HEINE POÉSIE GEDICHTE -LE LIVRE DES CHANTS XLI – Im Traum sah ich die Geliebte

HEINE POÉSIE
HEINRICH HEINE GEDICHTE
DIE HEIMKEHR HEINE
LE LIVRE DES CHANTS
LITTERATURE ALLEMANDE

Poèmes Heine Poésie Gedichte Buch der Lieder




Christian Johann Heinrich Heine


Deutsch Poesie
 Deutsch Literatur

Heinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich Heine GedichteHeinrich HeineHeinrich Heine

HEINRICH HEINE
1797- 1856

German poet
Poète Allemand
Deutsch Dichter

Poèmes Heine Poésie Gedichte Buch der Lieder Oeuvre Poèmes Poésie Gedichte Artgitato

Übersetzung
Traduction Jacky Lavauzelle




Buch der Lieder
Die Heimkehr
XLI
LE LIVRE DES CHANTS
LE RETOUR
 
1823-1824

****
HEINRICH HEINE GEDICHTE

Im Traum sah ich die Geliebte
****

*****

J’IRAI PLEURER SUR TA TOMBE
***

*****

*

Im Traum sah ich die Geliebte,
En rêve, j’ai vu la bien-aimée,
Ein banges, bekümmertes Weib,
Une femme agitée et troublée,
Verwelkt und abgefallen
Relâché et flétri
Der sonst so blühende Leib.
Ce corps autrefois épanoui.

*

Ein Kind trug sie auf dem Arme,
Un enfant dans son bras était porté,
Ein andres führt sie an der Hand,
Un autre par la main était agrippé,
Und sichtbar ist Armuth und Trübsal
Sa pauvreté et son affliction étaient révélées
Am Gang und Blick und Gewand.
Tant par regard que son aspect.

*

Sie schwankte über den Marktplatz,
Elle traversa vacillante la Place du Marché,
Und da begegnet sie mir,
Et c’est à ce moment que je la rencontrai,
Und sieht mich an, und ruhig
Et me regardant, calmement,
Und schmerzlich sag’ ich zu ihr:
Je lui dis tristement :

*


Komm mit nach meinem Hause,

« Viens chez moi,
Denn du bist blaß und krank;
Car tu es pâle et malade ;
Ich will durch Fleiß und Arbeit
Je veux par ma persévérance et mon travail
Dir schaffen Speis’ und Trank.
T’apporter des vivres et des boissons.

*

Ich will auch pflegen und warten
Je veux aussi nourrir et élever
Die Kinder, die bei dir sind,
Les enfants qui sont avec toi,
Vor Allem aber dich selber,
Mais surtout, c’est toi que j’aiderai,
Du armes, unglückliches Kind.
Toi pauvre et misérable enfant.

*

Ich will dir nie erzählen,
Je ne te dirai jamais,
Daß ich dich geliebet hab’,
Que je t’ai aimé,
 Und wenn du stirbst, so will ich
Et si tu meurs, j’irai
Weinen auf deinem Grab.
Sur ta tombe pleurer.

**


 

****************************************

POÈMES HEINE

HEINRICH HEINE GEDICHTE
*************

UNE HISTOIRE DE SOUFFRANCE

Les Mains & La Beauté musicale de Heine

Mais ce qui m’intéressait plus encore que les discours de Heine, c’était sa personne, car ses pensées m’étaient connues depuis longtemps, tandis que je voyais sa personne pour la première fois et que j’étais à peu près sûr que cette fois serait l’unique. Aussi, tandis qu’il parlait, le regardai-je encore plus que je ne l’écoutai. Une phrase des Reisebilder me resta presque constamment en mémoire pendant cette visite : « Les hommes malades sont véritablement toujours plus distingués que ceux en bonne santé. Car il n’y a que le malade qui soit un homme ; ses membres racontent une histoire de souffrance, ils en sont spiritualisés. » C’est à propos de l’air maladif des Italiens qu’il a écrit cette phrase, et elle s’appliquait exactement au spectacle qu’il offrait lui-même. Je ne sais jusqu’à quel point Heine avait été l’Apollon que Gautier nous a dit qu’il fut alors qu’il se proclamait hellénisant et qu’il poursuivait de ses sarcasmes les pâles sectateurs du nazarénisme : ce qu’il y a de certain, c’est qu’il n’en restait plus rien alors. Cela ne veut pas dire que la maladie l’avait enlaidi, car le visage était encore d’une singulière beauté ; seulement cette beauté était exquise plutôt que souveraine, délicate plutôt que noble, musicale en quelque sorte plutôt que plastique. La terrible névrose avait vengé le nazarénisme outragé en effaçant toute trace de l’hellénisant et en faisant reparaître seuls les traits de la race à laquelle il appartenait et où domina toujours le spiritualisme exclusif contre lequel son éloquente impiété s’était si souvent élevée. Et cet aspect physique était en parfait rapport avec le retour au judaïsme, dont les Aveux d’un poète avaient récemment entretenu le public. D’âme comme de corps, Heine n’était plus qu’un Juif, et, étendu sur son lit de souffrance, il me parut véritablement comme un arrière-cousin de ce Jésus si blasphémé naguère, mais dont il ne songeait plus à renier la parenté. Ce qui était plus remarquable encore que les traits chez Heine, c’étaient les mains, des mains transparentes, lumineuses, d’une élégance ultra-féminine, des mains tout grâce et tout esprit, visiblement faites pour être l’instrument du tact le plus subtil et pour apprécier voluptueusement les sinuosités onduleuses des belles réalités terrestres ; aussi m’expliquèrent-elles la préférence qu’il a souvent avouée pour la sculpture sur la peinture. C’étaient des mains d’une rareté si exceptionnelle qu’il n’y a de merveilles comparables que dans les contes de fées et qu’elles auraient mérité d’être citées comme le pied de Cendrillon, ou l’oreille qu’on peut supposer à cette princesse, d’une ouïe si fine qu’elle entendait l’herbe pousser. Enfin, un dernier caractère plus extraordinaire encore s’il est possible, c’était l’air de jeunesse dont ce moribond était comme enveloppé, malgré ses cinquante-six ans et les ravages de huit années de la plus cruelle maladie. C’est la première fois que j’ai ressenti fortement l’impression qu’une jeunesse impérissable est le privilège des natures dont la poésie est exclusivement l’essence. Depuis, le cours de la vie nous a permis de la vérifier plusieurs fois et nous ne l’avons jamais trouvée menteuse.

Émile Montégut
Esquisses littéraires – Henri Heine
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 63
1884

****************************************

HEINE POÉSIE
HEINRICH HEINE GEDICHTE
DIE HEIMKEHR HEINE

Poèmes Heine Gedichte HEINE POÉSIE

DANS LES YEUX – POÈMES HEINE GEDICHTE -LE LIVRE DES CHANTS XL – Wie der Mond sich leuchtend dränget

POÈMES HEINE
HEINRICH HEINE GEDICHTE
DIE HEIMKEHR HEINE
LE LIVRE DES CHANTS
LITTERATURE ALLEMANDE

Poèmes Heine Gedichte Buch der Lieder




Christian Johann Heinrich Heine


Deutsch Poesie
 Deutsch Literatur

Heinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich Heine GedichteHeinrich HeineHeinrich Heine

HEINRICH HEINE
1797- 1856

German poet
Poète Allemand
Deutsch Dichter

Poèmes Heine Gedichte Buch der Lieder Oeuvre Poèmes Poésie Gedichte Artgitato

Übersetzung
Traduction Jacky Lavauzelle




Buch der Lieder
Die Heimkehr
XL
LE LIVRE DES CHANTS
LE RETOUR
 
1823-1824

****
HEINRICH HEINE GEDICHTE

Wie der Mond sich leuchtend dränget
****

*****

DANS LES YEUX
***

*****

*

Wie der Mond sich leuchtend dränget
Comme la lune qui brille vivement
Durch den dunkeln Wolkenflor,
À travers cet amas de noirs nuages,
Also taucht aus dunkeln Zeiten
Émerge des sombres temps
Mir ein lichtes Bild hervor.
En moi, une éclatante image.

*

Saßen all auf dem Verdecke,
Sur le pont, assis,
Fuhren stolz hinab den Rhein,
Fièrement sur le Rhin, descendions avec défi
Und die sommergrünen Ufer
Et les rives estivales
Glühn im Abendsonnenschein.
Brillaient dans le soleil vespéral.

*

Sinnend saß ich zu den Füßen
Je me suis assis songeur aux pieds
Einer Dame, schön und hold;
D’une dame belle et douce ;
In ihr liebes, bleiches Antlitz
Dans son visage pâle et aimé
Spielt’ das rothe Sonnengold.
Jouait le doré soleil rouge.

*

Lauten klangen, Buben sangen,
Des bruits forts, les garçons chantaient,
Wunderbare Fröhlichkeit!
Bonheur merveilleux !
Und der Himmel wurde blauer,
Et le ciel devint encore plus bleu,
Und die Seele wurde weit.
Et mon âme s’épanouissait.

*

Mährchenhaft vorüberzogen
Devant nous défilaient
Berg und Burgen, Wald und Au’;
Montagnes et châteaux, prairies et forêts ;
Und das Alles sah ich glänzen
Et tout ce que je voyais si ardent
In dem Aug’ der schönen Frau.
Je le voyais dans les yeux de cette charmante enfant.

**


 

****************************************

POÈMES HEINE

HEINRICH HEINE GEDICHTE
*************

UNE HISTOIRE DE SOUFFRANCE

Les Mains & La Beauté musicale de Heine

Mais ce qui m’intéressait plus encore que les discours de Heine, c’était sa personne, car ses pensées m’étaient connues depuis longtemps, tandis que je voyais sa personne pour la première fois et que j’étais à peu près sûr que cette fois serait l’unique. Aussi, tandis qu’il parlait, le regardai-je encore plus que je ne l’écoutai. Une phrase des Reisebilder me resta presque constamment en mémoire pendant cette visite : « Les hommes malades sont véritablement toujours plus distingués que ceux en bonne santé. Car il n’y a que le malade qui soit un homme ; ses membres racontent une histoire de souffrance, ils en sont spiritualisés. » C’est à propos de l’air maladif des Italiens qu’il a écrit cette phrase, et elle s’appliquait exactement au spectacle qu’il offrait lui-même. Je ne sais jusqu’à quel point Heine avait été l’Apollon que Gautier nous a dit qu’il fut alors qu’il se proclamait hellénisant et qu’il poursuivait de ses sarcasmes les pâles sectateurs du nazarénisme : ce qu’il y a de certain, c’est qu’il n’en restait plus rien alors. Cela ne veut pas dire que la maladie l’avait enlaidi, car le visage était encore d’une singulière beauté ; seulement cette beauté était exquise plutôt que souveraine, délicate plutôt que noble, musicale en quelque sorte plutôt que plastique. La terrible névrose avait vengé le nazarénisme outragé en effaçant toute trace de l’hellénisant et en faisant reparaître seuls les traits de la race à laquelle il appartenait et où domina toujours le spiritualisme exclusif contre lequel son éloquente impiété s’était si souvent élevée. Et cet aspect physique était en parfait rapport avec le retour au judaïsme, dont les Aveux d’un poète avaient récemment entretenu le public. D’âme comme de corps, Heine n’était plus qu’un Juif, et, étendu sur son lit de souffrance, il me parut véritablement comme un arrière-cousin de ce Jésus si blasphémé naguère, mais dont il ne songeait plus à renier la parenté. Ce qui était plus remarquable encore que les traits chez Heine, c’étaient les mains, des mains transparentes, lumineuses, d’une élégance ultra-féminine, des mains tout grâce et tout esprit, visiblement faites pour être l’instrument du tact le plus subtil et pour apprécier voluptueusement les sinuosités onduleuses des belles réalités terrestres ; aussi m’expliquèrent-elles la préférence qu’il a souvent avouée pour la sculpture sur la peinture. C’étaient des mains d’une rareté si exceptionnelle qu’il n’y a de merveilles comparables que dans les contes de fées et qu’elles auraient mérité d’être citées comme le pied de Cendrillon, ou l’oreille qu’on peut supposer à cette princesse, d’une ouïe si fine qu’elle entendait l’herbe pousser. Enfin, un dernier caractère plus extraordinaire encore s’il est possible, c’était l’air de jeunesse dont ce moribond était comme enveloppé, malgré ses cinquante-six ans et les ravages de huit années de la plus cruelle maladie. C’est la première fois que j’ai ressenti fortement l’impression qu’une jeunesse impérissable est le privilège des natures dont la poésie est exclusivement l’essence. Depuis, le cours de la vie nous a permis de la vérifier plusieurs fois et nous ne l’avons jamais trouvée menteuse.

Émile Montégut
Esquisses littéraires – Henri Heine
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 63
1884

****************************************

POÈMES HEINE
HEINRICH HEINE GEDICHTE
DIE HEIMKEHR HEINE

Poèmes Heine Gedichte

JADIS – HEINRICH HEINE GEDICHTE -LE LIVRE DES CHANTS XXXIX – Das Herz ist mir bedrückt, und sehnlich

HEINRICH HEINE POÈMES
HEINRICH HEINE GEDICHTE
DIE HEIMKEHR HEINE
LE LIVRE DES CHANTS
LITTERATURE ALLEMANDE

Heinrich Heine Gedichte Buch der Lieder




Christian Johann Heinrich Heine


Deutsch Poesie
 Deutsch Literatur

Heinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich Heine GedichteHeinrich HeineHeinrich Heine

HEINRICH HEINE
1797- 1856

German poet
Poète Allemand
Deutsch Dichter

Heinrich Heine Gedichte Buch der Lieder Oeuvre Poèmes Poésie Gedichte Artgitato

Übersetzung
Traduction Jacky Lavauzelle




Buch der Lieder
Die Heimkehr
XXXIX
LE LIVRE DES CHANTS
LE RETOUR
 
1823-1824

****
HEINRICH HEINE GEDICHTE

Das Herz ist mir bedrückt, und sehnlich
****

*****

JADIS
***

*****

*

Das Herz ist mir bedrückt, und sehnlich
Mon cœur est opprimé et pesant
Gedenke ich der alten Zeit;
Car je me souviens de l’ancien temps ;
Die Welt war damals noch so wöhnlich,
Le monde s’organisait paisiblement,
Und ruhig lebten hin die Leut’.
Et les gens vivaient tranquillement.

*

Doch jetzt ist alles wie verschoben,
Mais maintenant, tout est bouleversé,
Das ist ein Drängen! eine Noth!
Quelle misère ! quelle pitié !
Gestorben ist der Herrgott oben,
Le Seigneur est mort en haut,
Und unten ist der Teufel todt.
Et le Diable en bas aussi s’en est allé.

*

Und Alles schaut so grämlich trübe,
Et tout est si sombre partout,
So krausverwirrt und morsch und kalt,
Si confus, froid et pourri,
Und wäre nicht das bischen Liebe,
Et si ce n’était qu’il subsiste un peu d’amour,
So gäb’ es nirgends einen Halt.
Il n’y aurait aucun intérêt à rester ici.

**


 

****************************************

HEINRICH HEINE POEMES
HEINRICH HEINE GEDICHTE
*************

UNE HISTOIRE DE SOUFFRANCE

Les Mains & La Beauté musicale de Heine

Mais ce qui m’intéressait plus encore que les discours de Heine, c’était sa personne, car ses pensées m’étaient connues depuis longtemps, tandis que je voyais sa personne pour la première fois et que j’étais à peu près sûr que cette fois serait l’unique. Aussi, tandis qu’il parlait, le regardai-je encore plus que je ne l’écoutai. Une phrase des Reisebilder me resta presque constamment en mémoire pendant cette visite : « Les hommes malades sont véritablement toujours plus distingués que ceux en bonne santé. Car il n’y a que le malade qui soit un homme ; ses membres racontent une histoire de souffrance, ils en sont spiritualisés. » C’est à propos de l’air maladif des Italiens qu’il a écrit cette phrase, et elle s’appliquait exactement au spectacle qu’il offrait lui-même. Je ne sais jusqu’à quel point Heine avait été l’Apollon que Gautier nous a dit qu’il fut alors qu’il se proclamait hellénisant et qu’il poursuivait de ses sarcasmes les pâles sectateurs du nazarénisme : ce qu’il y a de certain, c’est qu’il n’en restait plus rien alors. Cela ne veut pas dire que la maladie l’avait enlaidi, car le visage était encore d’une singulière beauté ; seulement cette beauté était exquise plutôt que souveraine, délicate plutôt que noble, musicale en quelque sorte plutôt que plastique. La terrible névrose avait vengé le nazarénisme outragé en effaçant toute trace de l’hellénisant et en faisant reparaître seuls les traits de la race à laquelle il appartenait et où domina toujours le spiritualisme exclusif contre lequel son éloquente impiété s’était si souvent élevée. Et cet aspect physique était en parfait rapport avec le retour au judaïsme, dont les Aveux d’un poète avaient récemment entretenu le public. D’âme comme de corps, Heine n’était plus qu’un Juif, et, étendu sur son lit de souffrance, il me parut véritablement comme un arrière-cousin de ce Jésus si blasphémé naguère, mais dont il ne songeait plus à renier la parenté. Ce qui était plus remarquable encore que les traits chez Heine, c’étaient les mains, des mains transparentes, lumineuses, d’une élégance ultra-féminine, des mains tout grâce et tout esprit, visiblement faites pour être l’instrument du tact le plus subtil et pour apprécier voluptueusement les sinuosités onduleuses des belles réalités terrestres ; aussi m’expliquèrent-elles la préférence qu’il a souvent avouée pour la sculpture sur la peinture. C’étaient des mains d’une rareté si exceptionnelle qu’il n’y a de merveilles comparables que dans les contes de fées et qu’elles auraient mérité d’être citées comme le pied de Cendrillon, ou l’oreille qu’on peut supposer à cette princesse, d’une ouïe si fine qu’elle entendait l’herbe pousser. Enfin, un dernier caractère plus extraordinaire encore s’il est possible, c’était l’air de jeunesse dont ce moribond était comme enveloppé, malgré ses cinquante-six ans et les ravages de huit années de la plus cruelle maladie. C’est la première fois que j’ai ressenti fortement l’impression qu’une jeunesse impérissable est le privilège des natures dont la poésie est exclusivement l’essence. Depuis, le cours de la vie nous a permis de la vérifier plusieurs fois et nous ne l’avons jamais trouvée menteuse.

Émile Montégut
Esquisses littéraires – Henri Heine
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 63
1884

****************************************

HEINRICH HEINE POÈMES
HEINRICH HEINE GEDICHTE
DIE HEIMKEHR HEINE

Heinrich Heine Gedichte

NOS JEUX D’ENFANTS – HEINRICH HEINE POÉSIE GEDICHTE -LE LIVRE DES CHANTS XXXVIII – Mein Kind, wir waren Kinder

HEINRICH HEINE POÉSIE
HEINRICH HEINE GEDICHTE
DIE HEIMKEHR HEINE
LE LIVRE DES CHANTS
LITTERATURE ALLEMANDE

Heinrich Heine Poésie Gedichte Buch der Lieder




Christian Johann Heinrich Heine


Deutsch Poesie
 Deutsch Literatur

Heinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich Heine GedichteHeinrich HeineHeinrich Heine

HEINRICH HEINE
1797- 1856

German poet
Poète Allemand
Deutsch Dichter

Heinrich Heine Poésie Gedichte Buch der Lieder Oeuvre Poèmes Poésie Gedichte Artgitato

Übersetzung
Traduction Jacky Lavauzelle




Buch der Lieder
Die Heimkehr
XXXVIII
LE LIVRE DES CHANTS
LE RETOUR
 
1823-1824

****
HEINRICH HEINE GEDICHTE

Mein Kind, wir waren Kinder
****

*****

NOS JEUX D’ENFANTS
***

*****

*

Mein Kind, wir waren Kinder,
Mon enfant, nous étions
Zwei Kinder, klein und froh;
Deux enfants, petits et joyeux ;
Wir krochen in’s Hühnerhäuschen
Nous entrions dans le poulailler, radieux
Und steckten uns unter das Stroh.
Et sous la paille nous nous dissimulions.

*

Wir krähten wie die Hähne,
Nous imitions le coq,
Und kamen Leute vorbei –
Et quand les gens passaient :
Kikereküh! sie glaubten,
« Cocorico ! » et eux croyaient,
Es wäre Hahnengeschrei.
Que c’était le cri du coq.

*

Die Kisten auf unserem Hofe,
Dans des boîtes dans notre cour,
Die tapezirten wir aus,
Nous y posions des tapis partout,
Und wohnten drin beisammen,
Et nous y logions majestueux,
Und machten ein vornehmes Haus.
Comme s’il s’agissait d’un lieu prestigieux.

*

Des Nachbars alte Katze
Le vieux chat du voisin
Kam öfters zum Besuch;
Venait nous voir souvent ;
Wir machten ihr Bückling’ und Knixe
Nous lui faisions une grande réception
Und Complimente genug.
Et des compliments à profusion.

*

Wir haben nach ihrem Befinden
Nous portions sur son état
Besorglich und freundlich gefragt;
Attention et gentillesse ;
Wir haben seitdem dasselbe
Et nous avions les mêmes délicatesses
Mancher alten Katze gesagt.
Pour de nombreux autres chats.

*

Wir saßen auch oft und sprachen
Nous nous asseyions et parlions souvent
Vernünftig, wie alte Leut’,
Comme de vieilles personnes raisonnées,
Und klagten, wie Alles besser
Et nous regrettions les temps d’avant
Gewesen zu unserer Zeit;
Où tout était si parfait ;

*

Wie Lieb’ und Treu’ und Glauben
Comme l’amour, la foi et la foi avaient
Verschwunden aus der Welt,
Disparu de cette terre,
Und wie so theuer der Kaffee,
Et combien le café était cher,
Und wie so rar das Geld!
Et combien rare l’argent devenait !

*

Vorbei sind die Kinderspiele
Finis sont nos jeux d’enfants
Und Alles rollt vorbei, –
Et tout se dissipe, tout est oublié…
Das Geld und die Welt und die Zeiten,
L’argent et le monde et le temps,
Und Glauben und Lieb’ und Treu’.
La foi, l’amour et la fidélité.


 

****************************************

HEINRICH HEINE POÉSIE
HEINRICH HEINE GEDICHTE
*************

UNE HISTOIRE DE SOUFFRANCE

Les Mains & La Beauté musicale de Heine

Mais ce qui m’intéressait plus encore que les discours de Heine, c’était sa personne, car ses pensées m’étaient connues depuis longtemps, tandis que je voyais sa personne pour la première fois et que j’étais à peu près sûr que cette fois serait l’unique. Aussi, tandis qu’il parlait, le regardai-je encore plus que je ne l’écoutai. Une phrase des Reisebilder me resta presque constamment en mémoire pendant cette visite : « Les hommes malades sont véritablement toujours plus distingués que ceux en bonne santé. Car il n’y a que le malade qui soit un homme ; ses membres racontent une histoire de souffrance, ils en sont spiritualisés. » C’est à propos de l’air maladif des Italiens qu’il a écrit cette phrase, et elle s’appliquait exactement au spectacle qu’il offrait lui-même. Je ne sais jusqu’à quel point Heine avait été l’Apollon que Gautier nous a dit qu’il fut alors qu’il se proclamait hellénisant et qu’il poursuivait de ses sarcasmes les pâles sectateurs du nazarénisme : ce qu’il y a de certain, c’est qu’il n’en restait plus rien alors. Cela ne veut pas dire que la maladie l’avait enlaidi, car le visage était encore d’une singulière beauté ; seulement cette beauté était exquise plutôt que souveraine, délicate plutôt que noble, musicale en quelque sorte plutôt que plastique. La terrible névrose avait vengé le nazarénisme outragé en effaçant toute trace de l’hellénisant et en faisant reparaître seuls les traits de la race à laquelle il appartenait et où domina toujours le spiritualisme exclusif contre lequel son éloquente impiété s’était si souvent élevée. Et cet aspect physique était en parfait rapport avec le retour au judaïsme, dont les Aveux d’un poète avaient récemment entretenu le public. D’âme comme de corps, Heine n’était plus qu’un Juif, et, étendu sur son lit de souffrance, il me parut véritablement comme un arrière-cousin de ce Jésus si blasphémé naguère, mais dont il ne songeait plus à renier la parenté. Ce qui était plus remarquable encore que les traits chez Heine, c’étaient les mains, des mains transparentes, lumineuses, d’une élégance ultra-féminine, des mains tout grâce et tout esprit, visiblement faites pour être l’instrument du tact le plus subtil et pour apprécier voluptueusement les sinuosités onduleuses des belles réalités terrestres ; aussi m’expliquèrent-elles la préférence qu’il a souvent avouée pour la sculpture sur la peinture. C’étaient des mains d’une rareté si exceptionnelle qu’il n’y a de merveilles comparables que dans les contes de fées et qu’elles auraient mérité d’être citées comme le pied de Cendrillon, ou l’oreille qu’on peut supposer à cette princesse, d’une ouïe si fine qu’elle entendait l’herbe pousser. Enfin, un dernier caractère plus extraordinaire encore s’il est possible, c’était l’air de jeunesse dont ce moribond était comme enveloppé, malgré ses cinquante-six ans et les ravages de huit années de la plus cruelle maladie. C’est la première fois que j’ai ressenti fortement l’impression qu’une jeunesse impérissable est le privilège des natures dont la poésie est exclusivement l’essence. Depuis, le cours de la vie nous a permis de la vérifier plusieurs fois et nous ne l’avons jamais trouvée menteuse.

Émile Montégut
Esquisses littéraires – Henri Heine
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 63
1884

****************************************

HEINRICH HEINE POÉSIE
HEINRICH HEINE GEDICHTE
DIE HEIMKEHR HEINE

Heinrich Heine Gedichte

LES TROIS ROIS -HEINRICH HEINE POÉSIE -LE LIVRE DES CHANTS XXXVII – Die heil’gen drei Könige aus Morgenland

HEINRICH HEINE POÉSIE
HEINRICH HEINE GEDICHTE
DIE HEIMKEHR HEINE
LE LIVRE DES CHANTS
LITTERATURE ALLEMANDE

Heinrich Heine Poésie Gedichte Buch der Lieder




Christian Johann Heinrich Heine


Deutsch Poesie
 Deutsch Literatur

Heinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich Heine GedichteHeinrich HeineHeinrich Heine

HEINRICH HEINE
1797- 1856

German poet
Poète Allemand
Deutsch Dichter

Heinrich Heine Poésie Gedichte Buch der Lieder Oeuvre Poèmes Poésie Gedichte Artgitato

Übersetzung
Traduction Jacky Lavauzelle




Buch der Lieder
Die Heimkehr
XXXVII
LE LIVRE DES CHANTS
LE RETOUR
 
1823-1824

****
HEINRICH HEINE GEDICHTE

Die heil’gen drei Könige aus Morgenland
****

*****

LES TROIS ROIS
***

*****

*

Die heil’gen drei Könige aus Morgenland,
Les trois Rois saints de l’est,
Sie frugen in jedem Städtchen:
Demandaient dans chaque ville :
Wo geht der Weg nach Bethlehem,
« Où se trouve la route de Bethléem,
 Ihr lieben Buben und Mädchen?
Chers garçons et filles ?

*

Die Jungen und Alten, sie wußten es nicht,
Ni les jeunes ni les vieux ne savaient,
Die Könige zogen weiter;
Les rois continuèrent à marcher ;
Sie folgten einem goldenen Stern,
Ils suivirent une étoile dorée,
Der leuchtete lieblich und heiter.
Qui charmante et joyeuse brillait.

*

Der Stern blieb stehn über Josehs Haus,
L’étoile se posa au-dessus de la maison de Joseph,
 Da sind sie hineingegangen;
C’est là qu’ils pénétrèrent ;
Das Oechslein brüllte, das Kindlein schrie,
Le veau beugla, l’enfant pleurait,
Die heil’gen drei Könige sangen.
Les trois Rois saints chantèrent.


 

****************************************

HEINRICH HEINE POÉSIE
HEINRICH HEINE GEDICHTE
*************

UNE HISTOIRE DE SOUFFRANCE

Les Mains & La Beauté musicale de Heine

Mais ce qui m’intéressait plus encore que les discours de Heine, c’était sa personne, car ses pensées m’étaient connues depuis longtemps, tandis que je voyais sa personne pour la première fois et que j’étais à peu près sûr que cette fois serait l’unique. Aussi, tandis qu’il parlait, le regardai-je encore plus que je ne l’écoutai. Une phrase des Reisebilder me resta presque constamment en mémoire pendant cette visite : « Les hommes malades sont véritablement toujours plus distingués que ceux en bonne santé. Car il n’y a que le malade qui soit un homme ; ses membres racontent une histoire de souffrance, ils en sont spiritualisés. » C’est à propos de l’air maladif des Italiens qu’il a écrit cette phrase, et elle s’appliquait exactement au spectacle qu’il offrait lui-même. Je ne sais jusqu’à quel point Heine avait été l’Apollon que Gautier nous a dit qu’il fut alors qu’il se proclamait hellénisant et qu’il poursuivait de ses sarcasmes les pâles sectateurs du nazarénisme : ce qu’il y a de certain, c’est qu’il n’en restait plus rien alors. Cela ne veut pas dire que la maladie l’avait enlaidi, car le visage était encore d’une singulière beauté ; seulement cette beauté était exquise plutôt que souveraine, délicate plutôt que noble, musicale en quelque sorte plutôt que plastique. La terrible névrose avait vengé le nazarénisme outragé en effaçant toute trace de l’hellénisant et en faisant reparaître seuls les traits de la race à laquelle il appartenait et où domina toujours le spiritualisme exclusif contre lequel son éloquente impiété s’était si souvent élevée. Et cet aspect physique était en parfait rapport avec le retour au judaïsme, dont les Aveux d’un poète avaient récemment entretenu le public. D’âme comme de corps, Heine n’était plus qu’un Juif, et, étendu sur son lit de souffrance, il me parut véritablement comme un arrière-cousin de ce Jésus si blasphémé naguère, mais dont il ne songeait plus à renier la parenté. Ce qui était plus remarquable encore que les traits chez Heine, c’étaient les mains, des mains transparentes, lumineuses, d’une élégance ultra-féminine, des mains tout grâce et tout esprit, visiblement faites pour être l’instrument du tact le plus subtil et pour apprécier voluptueusement les sinuosités onduleuses des belles réalités terrestres ; aussi m’expliquèrent-elles la préférence qu’il a souvent avouée pour la sculpture sur la peinture. C’étaient des mains d’une rareté si exceptionnelle qu’il n’y a de merveilles comparables que dans les contes de fées et qu’elles auraient mérité d’être citées comme le pied de Cendrillon, ou l’oreille qu’on peut supposer à cette princesse, d’une ouïe si fine qu’elle entendait l’herbe pousser. Enfin, un dernier caractère plus extraordinaire encore s’il est possible, c’était l’air de jeunesse dont ce moribond était comme enveloppé, malgré ses cinquante-six ans et les ravages de huit années de la plus cruelle maladie. C’est la première fois que j’ai ressenti fortement l’impression qu’une jeunesse impérissable est le privilège des natures dont la poésie est exclusivement l’essence. Depuis, le cours de la vie nous a permis de la vérifier plusieurs fois et nous ne l’avons jamais trouvée menteuse.

Émile Montégut
Esquisses littéraires – Henri Heine
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 63
1884

****************************************

HEINRICH HEINE POÉSIE
HEINRICH HEINE GEDICHTE
DIE HEIMKEHR HEINE

Heinrich Heine Poésie Gedichte