Archives par mot-clé : xxvi

LE RÊVE – HEINRICH HEINE POÈMES – LE LIVRE DES CHANTS XXVI- DIE HEIMKEHR – Mir träumte

HEIRICH HEINE POÈMES
DIE HEIMKEHR HEINE
LE LIVRE DES CHANTS
LITTERATURE ALLEMANDE






Christian Johann Heinrich Heine


 

Mir träumte: traurig schaute der Mond,
Je rêvais ; tristement la lune regardait,
Und traurig schienen die Sterne;
Et tristes les étoiles paraissaient ;
Es trug mich zur Stadt, wo Liebchen wohnt,
Ce rêve me transporta dans la ville où vit mon aimée,
Viel hundert Meilen ferne.
Qui à plus d’une centaine de miles se trouvait.

*

Es hat mich zu ihrem Hause geführt,
Il m’a conduit dans sa maison,
Ich küßte die Steine der Treppe,
J’y baisai les pierres du perron,
Die oft ihr kleiner Fuß berührt,
Que souvent touche son petit pied,
Und ihres Kleides Schleppe.
Et que souvent frôle sa robe.


*

Die Nacht war lang, die Nacht war kalt,
La nuit était longue, la nuit était froide,
 Es waren so kalt die Steine;
Comme les pierres aussi étaient froides !
Es lugt’ aus dem Fenster die blasse Gestalt,
A la fenêtre, sa pâle figure observait
Beleuchtet vom Mondenscheine.
Par la lune éclairée.

*

****************************************

HEINRICH HEINE POEMES
*************

UNE HISTOIRE DE SOUFFRANCE

Les Mains & La Beauté musicale de Heine

Mais ce qui m’intéressait plus encore que les discours de Heine, c’était sa personne, car ses pensées m’étaient connues depuis longtemps, tandis que je voyais sa personne pour la première fois et que j’étais à peu près sûr que cette fois serait l’unique. Aussi, tandis qu’il parlait, le regardai-je encore plus que je ne l’écoutai. Une phrase des Reisebilder me resta presque constamment en mémoire pendant cette visite : « Les hommes malades sont véritablement toujours plus distingués que ceux en bonne santé. Car il n’y a que le malade qui soit un homme ; ses membres racontent une histoire de souffrance, ils en sont spiritualisés. » C’est à propos de l’air maladif des Italiens qu’il a écrit cette phrase, et elle s’appliquait exactement au spectacle qu’il offrait lui-même. Je ne sais jusqu’à quel point Heine avait été l’Apollon que Gautier nous a dit qu’il fut alors qu’il se proclamait hellénisant et qu’il poursuivait de ses sarcasmes les pâles sectateurs du nazarénisme : ce qu’il y a de certain, c’est qu’il n’en restait plus rien alors. Cela ne veut pas dire que la maladie l’avait enlaidi, car le visage était encore d’une singulière beauté ; seulement cette beauté était exquise plutôt que souveraine, délicate plutôt que noble, musicale en quelque sorte plutôt que plastique. La terrible névrose avait vengé le nazarénisme outragé en effaçant toute trace de l’hellénisant et en faisant reparaître seuls les traits de la race à laquelle il appartenait et où domina toujours le spiritualisme exclusif contre lequel son éloquente impiété s’était si souvent élevée. Et cet aspect physique était en parfait rapport avec le retour au judaïsme, dont les Aveux d’un poète avaient récemment entretenu le public. D’âme comme de corps, Heine n’était plus qu’un Juif, et, étendu sur son lit de souffrance, il me parut véritablement comme un arrière-cousin de ce Jésus si blasphémé naguère, mais dont il ne songeait plus à renier la parenté. Ce qui était plus remarquable encore que les traits chez Heine, c’étaient les mains, des mains transparentes, lumineuses, d’une élégance ultra-féminine, des mains tout grâce et tout esprit, visiblement faites pour être l’instrument du tact le plus subtil et pour apprécier voluptueusement les sinuosités onduleuses des belles réalités terrestres ; aussi m’expliquèrent-elles la préférence qu’il a souvent avouée pour la sculpture sur la peinture. C’étaient des mains d’une rareté si exceptionnelle qu’il n’y a de merveilles comparables que dans les contes de fées et qu’elles auraient mérité d’être citées comme le pied de Cendrillon, ou l’oreille qu’on peut supposer à cette princesse, d’une ouïe si fine qu’elle entendait l’herbe pousser. Enfin, un dernier caractère plus extraordinaire encore s’il est possible, c’était l’air de jeunesse dont ce moribond était comme enveloppé, malgré ses cinquante-six ans et les ravages de huit années de la plus cruelle maladie. C’est la première fois que j’ai ressenti fortement l’impression qu’une jeunesse impérissable est le privilège des natures dont la poésie est exclusivement l’essence. Depuis, le cours de la vie nous a permis de la vérifier plusieurs fois et nous ne l’avons jamais trouvée menteuse.

Émile Montégut
Esquisses littéraires – Henri Heine
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 63
1884

****************************************

HEINRICH HEINE POÈMES

DIE HEIMKEHR HEINE

CATULLE XXVI CATULLUS Ad Furium – à Furius

*

CATULLE CATULLUS XXVI

litterarumLittérature Latine
Catulle

Poeticam Latinam

Traduction Jacky Lavauzelle

IMG_4840

CATULLE – CATULLUS
84 av J.-C. – 54 av J.-C.

POESIE XXVI

 Ad Furium 

À FURIUS

***

Furi villula vestra non ad Austri
Furius, votre maison de campagne ne souffre ni de l’Auster du midi
 flatus opposita est neque ad Favoni
ni du zéphyr d’occident,






 nec saevi Boreae aut Apheliotae,
ni de la violente Borée du nord ni de l’Apéliote de l’est,
   verum ad milia quindecim et ducentos.
mais elle est gagée pour quinze mille deux cents sesterces.
 


 o ventum horribilem atque pestilentem!
O quel horrible vent pestilentiel !

 


*************




Ad Furium
A FURIUS

**********************
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO












**********************
Catulle – Catullus
POESIE XXVI

****************************

LA CANAILLE & LES DELICATS
par Ferdinand Brunetière
1882

On a voulu faire de Catulle, sans arguments bien solides, un poète aristocratique, un poète du grand monde, comme de sa Lesbie, sur des inductions plutôt que sur des preuves, ce que Brantôme appelait « une grande et honnête dame. » Je persiste à ne pas croire, pour ma part, que Lesbie fût la célèbre Clodia, mais je crois que bon nombre des fréquentations de Catulle furent parmi la bohème littéraire de Rome. Au surplus, la conciliation n’est pas si difficile. Ce que nous savons, en effet, c’est que, lorsque l’adolescent de Vérone arriva de sa province dans la capitale, il y subsistait, sous le raffinement de quelques habitudes, sous l’étalage du luxe et sous l’apparence de la civilisation, un grand fonds d’antique brutalité romaine. Si nous en pouvions douter, nous rapprendrions au moins de certaines épigrammes de Catulle lui-même, plus grossières que mordantes, et dont l’outrageuse crudité passe tout. C’est bien fait à M. Rostand de nous les avoir traduites. On ne peut pas juger d’un poète en commençant par faire exception de toute une partie de son œuvre, qui peut-être est celle que les contemporains en ont presque le plus goûtée. Là où Catulle est bon, il va jusqu’à l’exquis, et c’est bien de lui que l’on peut dire aussi justement que de personne qu’il est alors le mets des délicats ; mais là où il est grossier, il l’est sans mesure, et c’est bien encore de lui que l’on peut dire qu’il est le charme de la canaille. Or, à Rome, en ce temps-là, dans le sens littéraire de l’un et l’autre mot, la canaille et les délicats, c’était presque tout un. On ne distinguait pas encore, selon le mot d’Horace, la plaisanterie spirituelle de l’insolente rusticité. La curiosité de l’intelligence, vivement éveillée, capable de goûter les finesses de l’alexandrinisme, était en avance, pour ainsi dire, sur la rudesse des mœurs et la vulgarité des habitudes mondaines. Quand on grattait ces soupeurs qui savaient apprécier les jolies bagatelles du poète, on retrouvait le paysan du Latium, qui s’égayait, au moment du vin, à faire le mouchoir. La raillerie, comme à la campagne, s’attaquait surtout aux défauts ou disgrâces physiques. Je sais bien que, jusque dans Horace, la grossièreté du vieux temps continuera de s’étaler, mais ce ne sera plus de la même manière naïvement impudente. Au temps de Catulle, la délicatesse n’avait pas encore passé de l’esprit dans les manières. Quand il s’élevait seulement un nuage sur les amours du poète et de sa Lesbie, le docte traducteur de Callimaque s’échappait en injures de corps de garde. Cette société très corrompue ne s’était pas encore assimilé la civilisation grecque. Elle s’essayait à la politesse, elle n’y touchait pas encore. Et sous son élégance toute superficielle, elle manquait étrangement de goût. — Il me paraît que, si l’on examinée quel moment de notre histoire la plupart de ces traits conviennent, on trouvera que c’est au XVIe siècle, dans le temps précis que le contact des mœurs italiennes opérait sur la cour des Valois le même effet qu’à Rome, sur les contemporains de César, le contact des mœurs de la Grèce.

Ferdinand Brunetière
Revue littéraire
À propos d’une traduction de Catulle
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 54 –  1882

***********************

DANTE ALIGHIERI LA VITA NUOVA XXVI- LA VIE NOUVELLE 1292

DANTE ALIGHIERI LA VITA NUOVA XXVI LA VIE NOUVELLE
Traduction – Texte Bilingue
LITTERATURE ITALIENNE
Letteratura Italiana

DANTE ALIGHIERI
Firenze 1265 Florence – Ravenna 1321 Ravenne

chapelle du Palais de Bargello Florence
Cappella del Podestà Firenze
attribué à Giotto di Bondone
Il ritratto di Dante in un’elaborazione grafica
Détail

Traduction  Traduzione Jacky Lavauzelle

——–



DANTE ALIGHIERI

LA VITA NUOVA
1292
XXVI

 ******

XXVI

******

Questa gentilissima donna, di cui ragionato è ne le precedenti parole, venne in tanta grazia de le genti, che quando passava per via, le persone correano per vedere lei;
Quand cette dame douce, dont je vous parle, avec tant de grâce paraissait, le peuple accourait pour la voir ;
onde mirabile letizia me ne giungea.
et cela me remplissait de joie.
E quando ella fosse presso d’alcuno, tanta onestade giungea nel cuore di quello, che non ardia di levare li occhi, né di rispondere a lo suo saluto;
Et quand elle se tenait près d’un homme, alors le cœur de ce dernier se désarmait et il n’osait plus ni lever tes yeux, ni répondre à son salut ;
e di questo molti, sì come esperti, mi potrebbero testimoniare a chi non lo credesse.
et tous ceux qui ont vécu ce moment pourraient témoigner pour ceux qui ne le croiraient pas.
Ella coronata e vestita d’umilitade s’andava, nulla gloria mostrando di ciò ch’ella vedea e udia.
Elle partait couronnée et vêtue d’humilité, ne montrant pas de gloire à ce qu’elle voyait ou entendait.
Diceano molti, poi che passata era:
Nombreux disaient, dès qu’elle avait disparu :
«Questa non è femmina, anzi è uno de li bellissimi angeli del cielo».
« Ce n’est pas une femme, c’est un des plus beaux anges du ciel. »
E altri diceano:
Et d’autres didaient :
«Questa è una maraviglia;
« C’est une merveille ;
che benedetto sia lo Segnore, che sì mirabilemente sae adoperare!».
que béni soit le Seigneur pour une création si admirable ! ».
Io dico ch’ella si mostrava sì gentile e sì piena di tutti li piaceri, che quelli che la miravano comprendeano in loro una dolcezza onesta e soave, tanto che ridìcere non lo sapeano;
Je dis qu’elle se montrait si gentille et si pleine de tous les plaisirs, que ceux qui avait la chance de la voir, étaient tellement inondés d’une douceur honnête et douce, qu’ils étaient dans l’incapacité de la retranscrire ;
né alcuno era lo quale potesse mirare lei, che nel principio nol convenisse sospirare.
et personne ne pouvait soutenir sa vision, sans aussitôt soupirer.
Queste e più mirabili cose da lei procedeano virtuosamente:
Ces choses et des plus merveilleuses encore procédaient d’elle vertueusement :
onde io pensando a ciò, volendo ripigliare lo stilo de la sua loda, propuosi di dicere parole, ne le quali io dessi ad intendere de le sue mirabili ed eccellenti operazioni;
pensant à ce sujet, et voulant reprendre le style de ses louanges, je me proposai d’évoquer toutes ses apparitions admirables et excellentes ;
acciò che non pur coloro che la poteano sensibilmente vedere, ma li altri sappiano di lei quello che le parole ne possono fare intendere.
et ceci afin que plus largement que ceux qui l’avaient vue, d’autres savent d’elle tout ce que par les mots je pourrais faire comprendre.
Allora dissi questo sonetto, lo quale comincia:
Ce sonnet commence ainsi :
Tanto gentile.
Si douce.








 Tanto gentile e tanto onesta pare
Si douce et si honnête, apparaît
« Sigh »la donna mia, quand’ella altrui saluta,
Ma dame, quand elle vous salue,
  ch’ogne lingua deven tremando muta,
Que la langue tremblante devient muette,
e li occhi no l’ardiscon di guardare.
Que les yeux n’osent plus regarder.
Ella si va, sentendosi laudare,
Elle s’en va, se sentant louée,
 benignamente d’umiltà vestuta;
Revêtue de bonté et d’humilité ;
 e par che sia una cosa venuta
Il semble que ce soit une chose provenant
da cielo in terra a miracol mostrare.
Du ciel sur la terre pour montrer la réalité d’un miracle.
Mòstrasi sì piacente a chi la mira,
Elle se montre si attrayante à ceux qui l’aperçoivent,
che dà per li occhi una dolcezza al core,
Que leurs yeux donnent une intense douceur au cœur,
che ‘ntender no la può chi non la prova:
Ne peut comprendre que celui qui l’a éprouvée :
 e par che de la sua labbia si mova
et il semble que de son visage transpire
 un spirito soave pien d’amore,
un esprit doux, plein d’amour,
   che va dicendo a l’anima: «Sospira!»
Qui dit à l’âme : « Soupire !« 

******

DANTE ALIGHIERI
DANTE LA VITA NUOVA XXVI

******

LA VITA NUOVA
Une plainte après la mort de Béatrice
par
Saint-René Taillandier

La Vie nouvelle a été composée avant 1292, selon M. Fauriel, en 1290, selon M. Delécluze. M. Wegele affirme, et sur bonnes preuves, qu’elle n’a été écrite que vers l’année 1300. Les dates sont précieuses ici. La Vie nouvelle est précisément le résumé de ces dix années qui nous occupent, le symbolique récit de ce travail intérieur retrouvé par la sagacité allemande. Qu’est-ce que la Vie nouvelle pour la plupart des érudits modernes ? Une plainte à l’occasion de la mort de Béatrice. M. Witte et M. Wegele, à l’aide de maintes indications fournies par l’histoire de l’époque, l’ont découvert la confession même de Dante sur une crise profonde que traversa son âme. Le poète, en ces pages tour à tour si bizarres et si gracieusement mystiques, nous parle d’une jeune dame qui essaya de le consoler après la mort de Béatrice. Elle était belle, noble, sage, et elle venait à lui, dit-il, pour rendre quelque repos à sa vie. Partagé d’abord entre l’attrait que cette dame lui inspire et le souvenir de Béatrice, il se laisse aller bientôt au charme de ces consolations, jusqu’à l’heure où Béatrice lui apparaît vêtue de rouge, dans l’éclat de son enfance radieuse, telle enfin qu’il l’avait aperçue en sa première extase. Ce souvenir des ferventes années le ramène à l’amour véritable ; ces sonnets et ces canzoni qu’il avait consacrés pendant quelque temps à la dame des consolations moins hautes, il les rend à l’âme sublime qui est devenue le flambeau de sa vie, et, récompensé de ce retour par une vision extraordinaire, il s’écrie : « Les choses dont j’ai été témoin m’ont fait prendre la résolution de ne plus rien dire de cette bienheureuse jusqu’à ce que je puisse parler d’elle plus dignement. » Cet épisode, trop peu remarqué jusqu’ici, signifie, selon MM. Witte et Wegele, l’affaiblissement de la foi dans l’âme de Dante, son ardeur à interroger la philosophie, et finalement, après bien des combats, son retour à la religion de son enfance. Racontée brièvement dans les dernières pages de la Vita nuova la lutte dont nous parlons paraît avoir agité sa jeunesse, et ce n’est que vers l’année 1300 que Dante a pu jeter son cri de victoire. C’est aussi à l’année 1300 qu’il assigne le pèlerinage retracé dans son poème : la Divine Comédie est la continuation immédiate de la Vita nuova. Ainsi ces mots, vita nuova, ne signifient pas souvenirs d’enfance, souvenirs de jeunesse, vita juvenilis, comme le veulent quelques commentateurs modernes, entre autres M. Pietro Fraticelli et M. Emile Ruth ; ils signifient, et avec une exactitude parfaite, la vie nouvelle, la vie fortifiée par l’épreuve et illuminée de clartés plus pures.




La découverte de M. Witte résout incidemment une question jusque-là fort obscure. Tant qu’on ne voyait dans la Vita nuova que le tableau des enfantines amours du poète, tant qu’on n’y avait pas de couvert ces luttes de l’âge virile la lutte de la philosophie qui s’éveille et de la foi du moyen âge, on ne pouvait raisonnablement traduire vita nuova par vie nouvelle. Vita nuova, dans ce système d’interprétation, c’était la vie au moment où elle s’ouvre comme une fleur, à l’âge où elle est toute neuve et toute fraîche, et si l’on préférait absolument la traduction littérale, il fallait expliquer du moins dans quel sens particulier on l’employait. La Fontaine a dit :

Si le ciel me réserve encor quelque étincelle
Du feu dont je brillais en ma saison nouvelle.

La saison nouvelle dont parle le fabuliste, c’est le printemps de l’existence, il n’y a pas de doute possible sur ce gracieux vers. Les traducteurs de Dante qui employaient les mots vie nouvelle auraient dû aussi faire en sorte que cette traduction ne produisît pas d’équivoque, c’est-à-dire qu’elle signifiât le premier épanouissement de la vie, et non pas la vie renouvelée et transformée. Faute de cette précaution, ils manquaient de logique dans leur système, et tombaient sous le coup des critiques de M. Fraticelli. J’ai peine à comprendre qu’un esprit aussi ingénieux, aussi pénétrant que Fauriel, n’ait pas été averti par cette contradiction. Je m’étonne aussi que M. Delécluze, dans sa traduction d’ailleurs si estimable, ait conservé un titre dont le sens n’a aucun rapport avec l’œuvre telle qu’il l’interprète. Le dernier traducteur anglais, M. J. Garrow, a été plus conséquent ; décidé à ne voir aucune allégorie dans le livre de Dante, mais seulement un récit des extases de son enfance, il traduit simplement early life.

Dégageons des formes symboliques la scène qui couronne la Vita nuova : Dante, après la mort de Béatrice et avant d’être élu prieur de Florence, c’est-à-dire de 1290 à 1300,- cherche une consolation à sa douleur en même temps qu’un emploi à son activité dans l’étude de la philosophie. À une époque où la raison s’essayait déjà à secouer le joug de la foi, où les plus libres esprits se produisaient à côté de saint Thomas d’Aquin, où des réformateurs audacieux, un Joachim de Flores, un Jean d’Olive, un Guillaume de Saint-Amour, s’élevaient du sein même de l’église, où des discussions à outrance passionnaient les écoles, où Simon de Tournay, après avoir prouvé la divinité du Christ devant un immense auditoire, enivré tout à coup de sa logique, s’écriait : « Petit Jésus, petit Jésus, autant j’ai exalté ta loi, autant je la rabaisserais, si je voulais ! » à une époque enfin où l’auteur de l’Imitation, fatigué de tout ce bruit, jetait ce vœu du fond de son âme : « Que tous les docteurs se taisent, ô mon Dieu ! parlez-moi tout seul ; » à une telle époque, Dante, avec son esprit subtil et son impétueuse avidité, avait-il pu ne s’abandonner qu’à demi aux entraînemens de la science ? Nous savons qu’il vint à Paris, qu’il parut dans le champ-clos de la scolastique et y soutint une lutte mémorable. Des recherches récentes nous ont appris que son maître, Siger de Brabant, celui qu’il retrouve plus tard dans le paradis, avait été obligé de se défendre contre des accusations d’hérésie. Dante avait-il su s’arrêter à temps ? N’avait-il pas senti s’ébranler les principes de ses premières croyances ? Il est difficile de ne pas admettre ce fait, lorsqu’on lit les dernières pages de la Vita nuova à la lumière de la critique et de l’histoire ; mais Dante, avide d’amour, visité sans cesse par les extases de sa jeunesse, ne trouva pas dans la science le repos qu’il y cherchait. Sa foi reparut bientôt ; il la vit revenir, dit-il, sous les traits de Béatrice enfant, montrant bien que Béatrice n’est plus ici la jeune femme de vingt-six ans dont il pleura si tendrement la mort, mais le symbole de son amour et de sa foi avant que nulle étude étrangère n’en eût altéré la candeur.

Voilà la crise que l’esprit de Dante a subie, et dont il a laissé la trace dans les dernières pages de la Vita nuova. Croit-on que ce soit seulement une conjecture ? Aux arguments de M. Wegele je pourrais en ajouter un qui me semble décisif : le fils même du poète, Jacopo Dante, nous parle en son commentaire de toute une période de désordre qui troubla la vie de son père, et il la place avant l’année 1300. Mais laissons là les preuves extérieures, c’est Dante seul qui va nous répondre. On sait que le Convito est comme la suite de la Vita nuova ; ouvrez-le, vous y verrez sous la forme la plus claire l’explication que nous venons de résumer. Cette dame qui l’avait consolé après la mort de Béatrice, il déclare expressément que c’est la philosophie. Quand il écrit la Vita nuova, à peine échappé au péril, il en parle en termes discrets, comme un homme qui craint de rouvrir une blessure mal fermée ; dans le Convito, au contraire, il en décrit les phases ; ce n’est plus un nuage qui a voilé un instant l’âme du poète, c’est toute une crise intérieure où il s’est longtemps débattu.

Saint-René Taillandier
Dante Alighieri et la Littérature dantesque en Europe au XIXe siècle, à propos d’un livre du roi de Saxe
Revue des Deux Mondes
Deuxième période
Tome 6
1856

 

LA VITA NUOVA XXVI

Die Erde war so lange geitzig HEINRICH HEINE INTERMEZZO LYRIQUE XXVI

INTERMEZZO LYRIQUE
Heinrich Heine
Die Erde war so lange geitzig

INTERMEZZO LYRIQUE HEINE
LITTERATURE ALLEMANDE
intermezzo-lyrique-heine-artgitato-lyrisches-intermezzo-heine-willem-van-aelst-bloemenstilleven-met-horloge



Christian Johann Heinrich Heine
Die Erde war so lange geitzig




Deutsch Poesie
 Deutsch Literatur

Heinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich Heine

HEINRICH HEINE
1797- 1856

German poet
Poète Allemand
Deutsch Dichter

Heinrich Heine Oeuvre Poèmes Poésie Gedichte Artgitato

Übersetzung – Traduction
Jacky Lavauzelle




INTERMEZZO LYRIQUE HEINE
XXVI

Die Erde war so lange geitzig

 

 

Lyrisches Intermezzo
XXVI
LA TERRE LONGTEMPS AVARE

1823

INTERMEZZO LYRIQUE
Die Erde war so lange geitzig
Heinrich Heine

*

XXVI

Die Erde war so lange geitzig,
La terre, longtemps avare,
 Da kam der May, und sie ward spendabel,
Avec le mois de mai redevient généreuse,
 Und alles lacht, und jauchzt, und freut sich,
Et tout rit, se réjouit et s’enflamme
  Ich aber bin nicht zu lachen kapabel.
mais moi, je n’ai plus le cœur à rire.

*

Die Blumen sprießen, die Glöcklein schallen,
Les fleurs éclosent et les clochettes tintent,
Die Vögel sprechen wie in der Fabel;
Les oiseaux parlent comme dans la fable ;
Mir aber will das Gespräch nicht gefallen,
Mais je n’aime pas la conversation,
Ich finde Alles miserabel.
Je trouve tout misérable.

*

Das Menschenvolk mich ennuyiret,
Le monde des hommes m’ennuie,
Sogar der Freund, der sonst passabel; –
Même l’ami me paraît passable ; –
Das kömmt, weil man Madame tituliret
Cela vient qu’on la nomme Madame
 Mein süßes Liebchen, so süß und aimabel.
Ma douce aimée, si douce, si aimable.

 

 

*******

XXVI
Die Erde war so lange geitzig
HEINRICH HEINE
INTERMEZZO LYRIQUE

********

*********
LA POESIE DE HEINRICH HEINE

A ce point de vue, Heine est traité en privilégié. Les Allemands peuvent bien maudire le pamphlétaire, ils savent par cœur les vers du poète. Éditeurs, biographes, critiques d’outre-Rhin lui ont consacré d’importans travaux. Chez nous, seul entre les poètes allemands, il bénéficie de ce privilège d’avoir un public. Je ne nie pas que nous n’ayons pour quelques autres, et pour Goethe par exemple, un juste respect. Nous admirons Gœthe, nous ne l’aimons pas. Au contraire, l’auteur de l’Intermezzo est pour quelques Français de France un de ces écrivains qui sont tout près du cœur. Cela tient à plusieurs raisons parmi lesquelles il en est d’extérieures. Heine a vécu pendant de longues années parmi nous ; il parlait notre langue, quoique avec un fort accent ; il l’écrivait, quoique d’une façon très incorrecte ; il nous a loués, quoique avec bien de l’impertinence ; il a été mêlé à notre société ; il a été en rapports avec nos écrivains, nos artistes et même nos hommes politiques. Nous nous sommes habitués à le considérer comme un des nôtres, et sa plaisanterie, fortement tudesque, passe encore pour avoir été une des formes authentiques de l’esprit parisien. Notre sympathie pour Heine se fonde d’ailleurs sur des motifs plus valables. Il a quelques-unes des qualités qui nous sont chères : son style est clair ; ses compositions sont courtes. Nous aimons ces lieds dont quelques-uns durent le temps d’un soupir, l’espace d’un sanglot. Leur pur éclat nous semble celui de la goutte de rosée que le soleil taille en diamant, ou d’une larme qui brille dans un sourire. C’est par eux que le meilleur de la sentimentalité allemande est parvenu jusqu’à nous. Ou, pour parler plus exactement, la poésie de Heine représente une nuance particulière de sensibilité, qu’il a créée et que nous avons accueillie. Aussi doit-elle avoir sa place dans une histoire de la poésie lyrique en France. De même qu’il y a une « critique allemande » de l’œuvre de Heine, il convient qu’il y en ait parallèlement une « critique française ».

René Doumic
Revue littéraire
La poésie de Henri Heine d’après un livre récent
Revue des Deux Mondes
4e période
tome 140
1897
pp. 457-468

***************************

INTERMEZZO LYRIQUE
XXVI
HEINRICH HEINE

RELIGION KHALIL GIBRAN THE PROPHET XXVI

RELIGION Khalil Gibran The Prophet
Sur La Religion

The Prophet XXVI
RELIGION KHALIL GIBRAN
Littérature Libanaise
Lebanese literature
le-prophete-khalil-gibran-fred-holland-day-1898Photographie de Fred Holland Day
1898



جبران خليل جبران
Gibran Khalil Gibran
1883–1931
le-prophete-khalil-gibran-the-prophete-n

Traduction Jacky Lavauzelle

 

THE PROPHET XXVI
 RELIGION
LA RELIGION

1923


*

religion-khalil-gibran-artgitato-the-prophet-le-prophete-meister-von-meskirch-benoit-de-nursie-dans-la-grotteMeister von Meßkirch
Représentation de Benoît de Nursie

dans la grotte

*

And an old priest said, « Speak to us of Religion. »
Et un vieux prêtre demanda : « Parle-nous de la Religion. »

And he said:
Et il dit :

Have I spoken this day of aught else?
Ai-je parlé à ce jour d’autre chose?

Is not religion all deeds and all reflection,
Tous les actes et toutes les réflexions ne sont-ils pas la religion,

And that which is neither deed nor reflection, but a wonder and a surprise ever springing in the soul, even while the hands hew the stone or tend the loom?
Et aussi ce qui n’est ni acte ni réflexion, mais une merveille et une surprise jaillissant toujours dans l’âme, alors même que les mains taillent la pierre ou tendent le métier à tisser ?

Who can separate his faith from his actions, or his belief from his occupations?
Qui peut séparer sa foi de ses actions, ou sa croyance de ses occupations ?

Who can spread his hours before him, saying, « This for God and this for myself; This for my soul, and this other for my body? »
Qui peut étendre ses heures devant lui, en disant : «celles-ci pour Dieu et celles-là pour moi-même, celles-ci pour mon âme, et ces autres pour mon corps ? »

All your hours are wings that beat through space from self to self.
Toutes vos heures sont des ailes qui battent à travers l’espace de votre moi.

He who wears his morality but as his best garment were better naked.
Celui qui porte sa moralité comme son meilleur vêtement, serait mieux nu.

The wind and the sun will tear no holes in his skin.
Le vent et le soleil ne déchireraient aucun trou dans sa peau.

And he who defines his conduct by ethics imprisons his song-bird in a cage.
Et celui qui définit sa conduite par l’éthique emprisonne l’oiseau-chanteur dans une cage.

The freest song comes not through bars and wires.
La chanson la plus libre ne passent pas par des barreaux et des fils.

And he to whom worshipping is a window, to open but also to shut, has not yet visited the house of his soul whose windows are from dawn to dawn.
Et celui pour qui l’adoration est une fenêtre, à ouvrir, mais aussi à fermer, n’a pas encore visité la maison de son âme dont les fenêtres sont grandes ouvertes de l’aube à l’aube.

Your daily life is your temple and your religion.
Votre vie quotidienne est votre temple et votre religion.

Whenever you enter into it take with you your all.
Chaque fois que vous y entrez, prenez avec vous votre tout.

Take the plough and the forge and the mallet and the lute,
Prenez la charrue et la forge, le maillet et le luth,

The things you have fashioned in necessity or for delight.
Les choses que vous avez façonnées dans la nécessité ou pour le plaisir.

For in reverie you cannot rise above your achievements nor fall lower than your failures.
Car en rêve vous ne pouvez pas monter au-dessus de vos réalisations ni tomber plus bas que vos échecs.

And take with you all men:
Et prenez avec vous tous les hommes :

For in adoration you cannot fly higher than their hopes nor humble yourself lower than their despair.
Car en adoration vous ne pouvez pas voler plus haut que leurs espoirs, ni vous humilier plus bas que leur désespoir.

And if you would know God be not therefore a solver of riddles.
Et si vous voulez connaître Dieu, ne tentez pas de résoudre des énigmes.

Rather look about you and you shall see Him playing with your children.
Regardez plutôt autour de vous et vous Le verrez jouer avec vos enfants.

And look into space; you shall see Him walking in the cloud, outstretching His arms in the lightning and descending in rain.
Et regardez dans l’espace ; vous Le verrez marcher dans la nuée, tendant Ses bras dans la foudre et descendant sous la pluie.

You shall see Him smiling in flowers, then rising and waving His hands in trees.
Vous Le verrez sourire dans les fleurs, puis se lever et agiter Ses mains dans les arbres.

*********