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MON DOUBLE – HEINRICH HEINE POÈMES – LE LIVRE DES CHANTS XX – DIE HEIMKEHR -Still ist die Nacht

HEIRICH HEINE POÈMES
DIE HEIMKEHR HEINE
LE LIVRE DES CHANTS
LITTERATURE ALLEMANDE






Christian Johann Heinrich Heine


 

Still ist die Nacht, es ruhen die Gassen,
Calme est la nuit, tranquilles sont les rues,
In diesem Hause wohnte mein Schatz;
Dans cette maison vivait mon aimée,
Sie hat schon längst die Stadt verlassen,
Qui depuis longtemps a quitté la ville ;
Doch steht noch das Haus auf demselben Platz.
Mais la maison est toujours là.

*

Da steht auch ein Mensch und starrt in die Höhe,
Un homme s’y tient debout regardant fixement le ciel,
Und ringt die Hände, vor Schmerzensgewalt;
Se tordant douloureusement les mains ;
Mir graust es, wenn ich sein Antlitz sehe, –
Je frémis quand je vois son visage :
Der Mond zeigt mir meine eigne Gestalt.
La lune me montre ma propre image.


*

Du Doppeltgänger! du bleicher Geselle!
Double ! Toi, mon compagnon blême
 Was äffst du nach mein Liebesleid,
Pourquoi singes-tu ma peine d’amour,
 Das mich gequält auf dieser Stelle,
Qui, ici-même, m’a torturé
So manche Nacht, in alter Zeit?
Jadis, tant et tant de nuits ?

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HEINRICH HEINE POEMES
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UNE HISTOIRE DE SOUFFRANCE

Les Mains & La Beauté musicale de Heine

Mais ce qui m’intéressait plus encore que les discours de Heine, c’était sa personne, car ses pensées m’étaient connues depuis longtemps, tandis que je voyais sa personne pour la première fois et que j’étais à peu près sûr que cette fois serait l’unique. Aussi, tandis qu’il parlait, le regardai-je encore plus que je ne l’écoutai. Une phrase des Reisebilder me resta presque constamment en mémoire pendant cette visite : « Les hommes malades sont véritablement toujours plus distingués que ceux en bonne santé. Car il n’y a que le malade qui soit un homme ; ses membres racontent une histoire de souffrance, ils en sont spiritualisés. » C’est à propos de l’air maladif des Italiens qu’il a écrit cette phrase, et elle s’appliquait exactement au spectacle qu’il offrait lui-même. Je ne sais jusqu’à quel point Heine avait été l’Apollon que Gautier nous a dit qu’il fut alors qu’il se proclamait hellénisant et qu’il poursuivait de ses sarcasmes les pâles sectateurs du nazarénisme : ce qu’il y a de certain, c’est qu’il n’en restait plus rien alors. Cela ne veut pas dire que la maladie l’avait enlaidi, car le visage était encore d’une singulière beauté ; seulement cette beauté était exquise plutôt que souveraine, délicate plutôt que noble, musicale en quelque sorte plutôt que plastique. La terrible névrose avait vengé le nazarénisme outragé en effaçant toute trace de l’hellénisant et en faisant reparaître seuls les traits de la race à laquelle il appartenait et où domina toujours le spiritualisme exclusif contre lequel son éloquente impiété s’était si souvent élevée. Et cet aspect physique était en parfait rapport avec le retour au judaïsme, dont les Aveux d’un poète avaient récemment entretenu le public. D’âme comme de corps, Heine n’était plus qu’un Juif, et, étendu sur son lit de souffrance, il me parut véritablement comme un arrière-cousin de ce Jésus si blasphémé naguère, mais dont il ne songeait plus à renier la parenté. Ce qui était plus remarquable encore que les traits chez Heine, c’étaient les mains, des mains transparentes, lumineuses, d’une élégance ultra-féminine, des mains tout grâce et tout esprit, visiblement faites pour être l’instrument du tact le plus subtil et pour apprécier voluptueusement les sinuosités onduleuses des belles réalités terrestres ; aussi m’expliquèrent-elles la préférence qu’il a souvent avouée pour la sculpture sur la peinture. C’étaient des mains d’une rareté si exceptionnelle qu’il n’y a de merveilles comparables que dans les contes de fées et qu’elles auraient mérité d’être citées comme le pied de Cendrillon, ou l’oreille qu’on peut supposer à cette princesse, d’une ouïe si fine qu’elle entendait l’herbe pousser. Enfin, un dernier caractère plus extraordinaire encore s’il est possible, c’était l’air de jeunesse dont ce moribond était comme enveloppé, malgré ses cinquante-six ans et les ravages de huit années de la plus cruelle maladie. C’est la première fois que j’ai ressenti fortement l’impression qu’une jeunesse impérissable est le privilège des natures dont la poésie est exclusivement l’essence. Depuis, le cours de la vie nous a permis de la vérifier plusieurs fois et nous ne l’avons jamais trouvée menteuse.

Émile Montégut
Esquisses littéraires – Henri Heine
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 63
1884

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HEINRICH HEINE POÈMES

DIE HEIMKEHR HEINE

LE CHERCHEUR DE SANGSUES – WILLIAM WORDSWORTH POEMS RÉSOLUTION & INDÉPENDANCE XX – the Leech-gatherer

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Poésie anglaise
William Wordsworth
7 April 1770 – 23 April 1850
7 avril 1770 – 22 avril 1850
*

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

French and English Text
texte bilingue français-anglais

 


LES POÈMES
DE WILLIAM WORDSWORTH

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William Wordsworth’s poems
POEMS
POÈMES

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 RESOLUTION AND INDEPENDENCE

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RÉSOLUTION & INDÉPENDANCE

 

XX
LE CHERCHEUR DE SANGSUES

 And soon with this he other matter blended,
Et bientôt il parla d’autres choses,
Cheerfully uttered, with demeanour kind,
Avec un enthousiasme prononcé,
But stately in the main; and, when he ended,
Mais majestueux ; et, quand il eût fini,
I could have laughed myself to scorn to find
J’aurais pu me moquer d’avoir trouver ici
 In that decrepit Man so firm a mind.
Dans ce corps décrépit un esprit si ferme.
« God, » said I, « be my help and stay secure;
«Dieu, me dis-je, aide-moi et protège-moi ;
I’ll think of the Leech-gatherer on the lonely moor! »
Que toujours je pense au chercheur de sangsues sur sa lande solitaire !  »

 

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POÉSIE DE WILLIAM WORDSWORTH
WORDSWORTH POEMS

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UN STYLE SANS ARTIFICE

Une poésie sans cesse recommencée

Son style populaire et sans artifice s’est débarrassé d’une fois de toutes les friperies usées de la vieille versification. Les tours couronnées de nuages, les temples solennels, les palais majestueux, tout cela a été balayé du sol. C’a été comme l’édifice sans fondements d’une vision ; il n’est pas même resté un débris de ruines. Toutes les traditions du savoir, toutes les superstitions du passé, ont disparu sous un trait de plume. Nous avons fait table rase ; nous recommençons toute poésie. Le manteau de pourpre, le panache ondoyant de la tragédie, sont rejetés ainsi que de vains oripeaux de pantomime. Voici que nous en sommes revenus à la simple vérité de la nature. Rois, reines, nobles, prêtres, trône, autel, distinction des rangs, naissance, richesse, pouvoir, ne cherchez plus rien de tout cela, ni la robe du juge, ni le bâton du maréchal, ni le faste des grands. L’auteur foule aux pieds plus fièrement encore l’antique forme dont s’enorgueillissait l’art ; il se rit de l’ode, de l’épode, de la strophe et de l’antistrophe. Vous n’entendrez plus résonner la harpe d’Homère, ni retentir la trompette de Pindare et d’Alcée. Point de merci pour le costume éclatant, pour la décoration splendide. Tout cela n’est que spectacle vide, barbare, gothique. Les diamants parmi les cheveux tressés, le diadème sur le front brillant de la beauté, ne sont que parure vulgaire, joyaux de théâtre et de prostituée. Le poète dédaigneux ne peut plus des couronnes de fleurs ; il ne se prévaudra pas non plus des avantages que le hasard lui aura offerts ; il lui plait que son sujet soit tout entier de son invention, afin de ne devoir rien qu’à lui-même ; il recueille la manne dans le désert ; il frappe le rocher de sa baguette et en fait jaillir la source. A son souffle, le brin de paille qui gisait dans la poussière monte au soleil dans un rayon lumineux ; il puisera dans ses souvenirs assez de grandeur et de beauté pour en revêtir le tronc nu du vieux saule. Son vers ne s’embaume point du parfum des bosquets, mais son imagination prête une joie intime aux arbres dépouillés sur la montagne dépouillée, à l’herbe verte du pré vert :

To the bare trees and mountains bare.
And grass in the green field.

Plus de tempête, ni de naufrage, dont l’horreur nous épouvante. C’est l’arc-en-ciel qui attache aux nuages son ruban diapré. C’est la brise qui soupire dans la fougère fanée. Point de triste vicissitude du sort, point de menaçante catastrophe de la nature qui assombrisse ses pages. C’est la goutte de rosée qui se suspend aux cils de la fleur penchée ; ce sont les pleurs qui s’amassent dans l’œil brillant.

Antoine Fontaney
(poète romantique français ())
Cinquième Partie
WILLIAM WORDSWORTH
Poètes et Romanciers de la Grande-Bretagne
Revue des Deux Mondes
Tome 3 – 1835

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WORDSWORTH POEMS
RÉSOLUTION ET INDÉPENDANCE
RESOLUTION AND INDEPENDENCE

Warum sind denn die Rosen so blaß HEINE INTERMEZZO LYRIQUE XX

  Warum sind denn die Rosen so blaß

INTERMEZZO LYRIQUE HEINE
LITTERATURE ALLEMANDE
intermezzo-lyrique-heine-artgitato-lyrisches-intermezzo-heine-willem-van-aelst-bloemenstilleven-met-horloge



Christian Johann Heinrich Heine
Warum sind denn die Rosen so blaß




Deutsch Poesie
 Deutsch Literatur

Heinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich Heine

HEINRICH HEINE
1797- 1856

German poet
Poète Allemand
Deutsch Dichter

Heinrich Heine Oeuvre Poèmes Poésie Gedichte Artgitato

Übersetzung – Traduction
Jacky Lavauzelle




INTERMEZZO LYRIQUE HEINE
XX

 Warum sind denn die Rosen so blaß

 

 

Lyrisches Intermezzo XX
Pourquoi pâles sont les roses

1823

             Warum sind denn die Rosen so blaß

*

XX

Warum sind denn die Rosen so blaß,
Pourquoi pâles sont les roses,
O sprich, mein Lieb, warum?
Oh, dis-moi, mon cœur, pourquoi ?
 Warum sind denn im grünen Gras
Pourquoi dans la verte prairie
 Die blauen Veilchen so stumm?
Les violettes semblent muettes ?

*

Warum singt denn mit so kläglichem Laut
Pourquoi chante un air si pathétique
Die Lerche in der Luft?
L’alouette dans l’air ?
Warum steigt denn aus dem Balsamkraut
Pourquoi de la grande balsamite
Hervor ein Leichenduft?
Sort un parfum de cadavre ?

*

Warum scheint denn die Sonn’ auf die Au’
Pourquoi brille le soleil sur la lande
So kalt und verdrießlich herab?
Si froide et si triste ?
Warum ist denn die Erde so grau,
Pourquoi tant de gris sur cette Terre
Und öde wie ein Grab?
Funeste comme une tombe ?

*

Warum bin ich selbst so krank und so trüb’,
Pourquoi suis-je aussi si malade et austère
Mein liebes Liebchen, sprich?
Ma chère amie, dis ?
O sprich, mein Herzallerliebstes Lieb,
Oh, dis-moi, mon cher petit amour,
Warum verließest du mich?
Pourquoi m’as-tu abandonné ?

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XX   
Warum sind denn die Rosen so blaß

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LA POESIE DE HEINE

A ce point de vue, Heine est traité en privilégié. Les Allemands peuvent bien maudire le pamphlétaire, ils savent par cœur les vers du poète. Éditeurs, biographes, critiques d’outre-Rhin lui ont consacré d’importans travaux. Chez nous, seul entre les poètes allemands, il bénéficie de ce privilège d’avoir un public. Je ne nie pas que nous n’ayons pour quelques autres, et pour Goethe par exemple, un juste respect. Nous admirons Gœthe, nous ne l’aimons pas. Au contraire, l’auteur de l’Intermezzo est pour quelques Français de France un de ces écrivains qui sont tout près du cœur. Cela tient à plusieurs raisons parmi lesquelles il en est d’extérieures. Heine a vécu pendant de longues années parmi nous ; il parlait notre langue, quoique avec un fort accent ; il l’écrivait, quoique d’une façon très incorrecte ; il nous a loués, quoique avec bien de l’impertinence ; il a été mêlé à notre société ; il a été en rapports avec nos écrivains, nos artistes et même nos hommes politiques. Nous nous sommes habitués à le considérer comme un des nôtres, et sa plaisanterie, fortement tudesque, passe encore pour avoir été une des formes authentiques de l’esprit parisien. Notre sympathie pour Heine se fonde d’ailleurs sur des motifs plus valables. Il a quelques-unes des qualités qui nous sont chères : son style est clair ; ses compositions sont courtes. Nous aimons ces lieds dont quelques-uns durent le temps d’un soupir, l’espace d’un sanglot. Leur pur éclat nous semble celui de la goutte de rosée que le soleil taille en diamant, ou d’une larme qui brille dans un sourire. C’est par eux que le meilleur de la sentimentalité allemande est parvenu jusqu’à nous. Ou, pour parler plus exactement, la poésie de Heine représente une nuance particulière de sensibilité, qu’il a créée et que nous avons accueillie. Aussi doit-elle avoir sa place dans une histoire de la poésie lyrique en France. De même qu’il y a une « critique allemande » de l’œuvre de Heine, il convient qu’il y en ait parallèlement une « critique française ».

René Doumic
Revue littéraire
La poésie de Henri Heine d’après un livre récent
Revue des Deux Mondes
4e période
tome 140
1897
pp. 457-468

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XX   
Warum sind denn die Rosen so blaß

TALKING KHALIL GIBRAN LA PAROLE – The Prophet XX

TALKING The Prophet
Sur La Parole

The Prophet XX
TALKING KHALIL GIBRAN
Littérature Libanaise
Lebanese literature
le-prophete-khalil-gibran-fred-holland-day-1898Photographie de Fred Holland Day
1898



جبران خليل جبران
Gibran Khalil Gibran
1883–1931
le-prophete-khalil-gibran-the-prophete-n

Traduction Jacky Lavauzelle

 

THE PROPHET XX
 TALKING
LA PAROLE

1923


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talking-khalil-gibran-la-parole-artgitato-ciceron-demasque-catilina-tableau-de-cesare-maccari

Cicéron démasque Catilina
Cesare Maccari
(1840-1919)

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And then a scholar said, « Speak of Talking. »
Et puis un savant demanda : « Parle-nous de la Parole. »

And he answered, saying:
Et il répondit en disant :

You talk when you cease to be at peace with your thoughts;
Vous parlez quand vous cessez d’être en paix avec vos pensées ;

And when you can no longer dwell in the solitude of your heart you live in your lips, and sound is a diversion and a pastime.
Et quand vous ne pouvez plus vivre dans la solitude de votre cœur, vous vivez sur vos lèvres, et le son de vos lèvres devient alors une distraction et un passe-temps.

And in much of your talking, thinking is half murdered.
Et dans la plupart de vos paroles, la pensée est à moitié massacrée.

For thought is a bird of space, that in a cage of words many indeed unfold its wings but cannot fly.
Car la pensée est un oiseau de l’espace, qui, dans une cage de mots, déploient ses ailes mais sans pouvoir voler.

There are those among you who seek the talkative through fear of being alone.
Il y a ceux parmi vous qui cherchent le bavard par peur d’être seuls.

The silence of aloneness reveals to their eyes their naked selves and they would escape.
Le silence de la solitude révèle à leurs yeux leur être nu et ils voudraient s’enfuir.

And there are those who talk, and without knowledge or forethought reveal a truth which they themselves do not understand.
Et il ya ceux qui parlent, et qui, sans connaissance ou préméditation, révèlent une vérité qu’ils ne comprennent pas eux-mêmes.

And there are those who have the truth within them, but they tell it not in words.
Et il ya ceux qui ont la vérité en eux, mais qui ne la donnent pas par des mots.

In the bosom of such as these the spirit dwells in rhythmic silence.
Dans le sein de tels hommes, l’esprit habite dans le rythme du silence.

When you meet your friend on the roadside or in the market place, let the spirit in you move your lips and direct your tongue.
Lorsque vous rencontrez votre ami sur le bord de la route ou sur la place du marché, laissez l’esprit en vous bouger vos lèvres et de diriger votre langue.

Let the voice within your voice speak to the ear of his ear;
Que la voix de votre voix parle à l’oreille de son oreille ;

For his soul will keep the truth of your heart as the taste of the wine is remembered
Car son âme gardera la vérité de votre cœur comme le goût du vin est gardé dans notre bouche

When the colour is forgotten and the vessel is no more.
Quand sa couleur-même est oubliée et que le pichet n’est plus.

 

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LA PAROLE
TALKING KHALIL GIBRAN