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Élégie à Ramón Sijé – Poème de Miguel Hernández – ELEGIA A RAMÓN SIJÉ – 1936

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Miguel Hernández
(30 octobre 1910 Orihuela, province d’Alicante – 28 mars 1942 Alicante)
(Orihuela, 30 de octubre de 1910-Alicante, 28 de marzo de 1942)
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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
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ELEGIA A RAMÓN SIJÉ
Élégie à Ramón Sijé

(L’écrivain Ramón Sijé (José Ramón Marín Gutiérrez) est né, comme Miguel Hernández, trois ans avant, à Orihuela le 16 novembre 1913)

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(En Orihuela, su pueblo y el mío, se me ha
muerto como del rayo Ramón Sijé, con quien
tanto quería.)

Francisco de Goya, Visión fantástica o Asmodea, Museo del Prado, Madrid

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Yo quiero ser llorando el hortelano
Avec mes pleurs, je veux être le jardinier
de la tierra que ocupas y estercolas,
de la terre que tu foules et que tu fertilises,
compañero del alma, tan temprano.
compagnon de l’âme, tôt le matin.

Alimentando lluvias, caracolas
Elle alimente les pluies, les coquillages
y órganos mi dolor sin instrumento,
et les organes ma douleur sans instrument,
a las desalentadas amapolas
et aux coquelicots découragés

daré tu corazón por alimento.
je donnerai ton cœur comme aliment.
Tanto dolor se agrupa en mi costado
Tant de douleur se regroupe dans mes côtes
que por doler me duele hasta el aliento.
que je souffre au plus haut point.

Un manotazo duro, un golpe helado,
Un coup dur, un coup glacial,
un hachazo invisible y homicida,
une hache invisible et criminelle,
un empujón brutal te ha derribado.
une poussée brutale t’a assommé.



 No hay extensión más grande que mi herida,
Il n’existe aucune extension plus grande que ma plaie,
lloro mi desventura y sus conjuntos
je pleure mon malheur, et tout ce qui l’entoure
y siento más tu muerte que mi vida.
et je sens ta mort plus que je ne sens ma vie.

Ando sobre rastrojos de difuntos,
Je marche sur les chaumes des défunts,
y sin calor de nadie y sin consuelo
et sans la chaleur de personne et sans réconfort
voy de mi corazón a mis asuntos.
Je vais tantôt vers mon cœur tantôt à mes affaires.

Temprano levantó la muerte el vuelo,
La mort tôt le matin s’est envolée,
temprano madrugó la madrugada,
tôt le matin l’aurore s’est levée,
temprano estás rodando por el suelo.
tôt le matin, sur le sol, tu es tombé.

No perdono a la muerte enamorada,
Je ne pardonne pas à la mort amoureuse,
no perdono a la vida desatenta,
 Je ne pardonne pas à la vie inattentive,
no perdono a la tierra ni a la nada.
Je ne pardonne ni à la terre ni au néant.

En mis manos levanto una tormenta
De mes mains je soulève une tempête
de piedras, rayos y hachas estridentes
de pierres, de rayons et d’axes stridents
sedienta de catástrofes y hambrienta.
assoiffée de catastrophes et affamée.

Quiero escarbar la tierra con los dientes,
Je veux creuser la terre avec mes dents,
quiero apartar la tierra parte a parte
Je veux répartir la terre, morceaux après morceaux
a dentelladas secas y calientes.
par des morsures sèches et chaudes.

Quiero minar la tierra hasta encontrarte
Je veux miner la terre jusqu’à ce que je te trouve
y besarte la noble calavera
et embrasser ce noble crâne
y desamordazarte y regresarte. 
et te libérer et te ramener.

Volverás a mi huerto y a mi higuera:
Tu retourneras dans mon jardin et à mon figuier :
por los altos andamios de las flores
parmi les hautes plantes en fleurs
pajareará tu alma colmenera
butinera ton âme bourdonnante

de angelicales ceras y labores.
de cires laborieuses et angéliques.
Volverás al arrullo de las rejas
Tu reviendras vers le roucoulement des grilles
de los enamorados labradores.
des paysans amoureux.

Alegrarás la sombra de mis cejas,
Tu apprécieras l’ombre de mes sourcils,
y tu sangre se irá a cada lado
et ton sang partira de tous les côtés
disputando tu novia y las abejas.
disputé entre ton amie et les abeilles.

Tu corazón, ya terciopelo ajado,
Ton cœur, velours fripé,
llama a un campo de almendras espumosas
appelle vers un champ d’amandes bouillonnant
mi avariciosa voz de enamorado.
ma voix avide d’amant.

A las aladas almas de las rosas
Aux âmes des roses ailées
del almendro de nata te requiero,
de l’amandier de crème je t’appelle,
que tenemos que hablar de muchas cosas,
nous avons tant de choses encore à nous dire,
compañero del alma, compañero.
compagnon de l’âme, mon compagnon.  

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10 de enero de 1936
10 janvier 1936

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