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LETTRES DE L’ARETIN A MADONNA MARIA DE’ MEDICI A MARIA DE MEDICIS 1526 LETTERE DI ARETINO

PIERRE L’ARETIN – PIETRO ARETINO
LETTERE – Libro I – LETTRES -LIVRE I
A MADONNA MARIA DE’ MEDICI
A MARIA DE MEDICIS

1526

Traduction – Texte Bilingue
LITTERATURE ITALIENNE
Letteratura Italiana

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

Pietro Aretino
Pierre l’Arétin
Arezzo, 20 aprile 1492 – Venezia, 21 ottobre 1556
Arezzo 20 avril 1492 – Venise 21 octobre 1556

——–











 L’ARETIN

LETTERE – Libro I
LETTRES -LIVRE I
A MADONNA MARIA DE’ MEDICI
A MARIA DE MEDICIS
Decembre 1526

 

 

Tiziano – Le Titien
Vers 1548 circa 1548
Frick Collection New York












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Notes & Précisions historiques

Cette lettre est écrite par Pierre l’Arétin à Mantoue et datée du 10 décembre 1526. L’Arétin présente ses condoléances à Maria de Médicis, suite à la mort du très célèbre candottiere de la famille des Médicis, Jean des Bandes Noires (1498-1526)- Giovanni dalle Bande Nere -mort dans la même ville de Mantoue, une dizaine de jours avant, le 30 novembre de cette année 1526.
Jean des Bandes Noires est le fils de Jean de Médicis. En 1516, il épousa la fille de Jacopo Salviati, Maria ( 1499-1543). Maria avait donc 26 ans à la mort de son époux. Elle descendait des Médicis du côté maternel.

Portrait de Jean des Bandes Noires

L’Arétin évoque la personne de Giullio di Raffaello dans cette lettre. [E sarei morto, mentre ho visto esalargli lo illustre spirito, e nel formargli del volto, che fece Giulio di Rafaello, e nel chiuderlo io ne la sepoltura.Il s’agit du peintre Jules Romain, élève de Raphaël, Giulio di Pietro di Filippo de Gianuzzi, Giulio Pippi ou  Giulio Romano,  qui aussi mourut à Mantoue le premier novembre 1546. Il est connu pour avoir réalisé des dessins érotiques qui lui valurent de nombreux ennuis et condamnations papales, notamment de la part d’Adrien VI. L’érotisme qui se dégage des dessins de Giullio di Raffaello se retrouve dans les I Sonneti lussuriosi de l’Arétin.

Giulio Romano par Jean-Louis Potrelle (1825)

Frédéric Gonzague est cité aussi dans notre lettre : « E il marchese, con tutta la nobiltà di casa Gonzaga e de la corte sua, con la folta del popolo dietro e la turba de le donne su per le finestre, conversa in stupore, ha riverito il tremendo corpo di lui che a voi fu sposo e a me signore, affermando di non veder mai più essequie di maggior guerriero. » Il s’agit de Frédéric II Gonzague, Frederico II Gonzaga, Frédérique II de Mantoue, né en 1500 à Mantoue. En 1526, il est auréolé de la prise de Parme,  avec le marquis de Pescara et Prospero Colonna, survenue 5 ans plus tôt en 1521, tenue par les armées de François Ier.

Il est question aussi de la blessure de Jean des Bandes Noires, survenue quelques jours avant, le 18 février 1525, qui l’empêche de participer à la Bataille de Pavie qui se déroula le 24 février 1525. [«Se il signor Giovanni non era ferito, la fortuna non mi faceva prigione?] François Ier fort de ses victoires en Provence en 1523, la conquête de Milan, continue sa progression avant d’échouer à Pavie où un siège commence le commence le 27 octobre 1524François Ier sera arrêté par César Hercolani et fait prisonnier par Charles Quint.

Jacky Lavauzelle

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A MADONNA MARIA DE’ MEDICI
A MARIA DE MEDICIS

MARIA SALVIATI

 

Io non voglio, signora, contendere con voi di dolore.
Je n’entends pas, Madame, ici opposer nos douleurs.
Non che io non vincessi per dolermi la morte del vostro marito più che a persona che viva;
Non que je puisse vaincre, car je pleure la mort de votre mari plus qu’aucune autre personne vivante ;
ma perché la vincita mi saria perdita, essendogli voi moglie, perché tutti i duoli, nel mancar dei consorti, si dànno a loro.
mais ce serait perdre inéluctablement, car sa femme vous êtes et le malheur suprême revient toujours inéluctablement au conjoint.
E non è perciò che la mia passione non preceda a la vostra, perché il vezzo, che vi domesticò a star senza, aveva indurato l’amore, tanto più tenero in me quanto non un’ora, non un momento, non un attimo ho saputo né potuto stargli assente, e più son note le vertù sue a me che a voi.
Mais mon affliction surpasse la vôtre, car l’habitude de vivre sans l’être chéri, a durci votre amour, alors que, pour moi, elle est tellement tendre que pas une heure, pas une seconde, pas un instant, je n’ai été en mesure de vivre cette absence, et, je l’avoue aussi, ses vertus me sont plus connus qu’à vous.
E mi si debbe credere, avendole io sempre vedute e voi sempre udite;
Et je crois que je les ai toujours vues, vous qui les connaissez par la rumeur ;
onde altri si compiace più ne la vertù degli occhi propri che nei gridi de la fama.
et nous préférons contempler la vertu de nos yeux plutôt que d’entendre courir les cris de la renommée.
E, caso che io ceda con la passione al vostro patire, do cotal preminenza al valore e a la saviezza di che sète piena, di maniera che è più capacità de le cose in voi donna che in me uomo.
Et, si je cède à l’intensité de votre souffrance, c’est que vous êtes la gardienne de la sagesse et de la grandeur de cet homme, et que vous les ressentez plus fortement qu’un homme tel que moi.
E, essendo così, il duolo è maggiore dal lato che più sa che da quello che men conosce.
Mais, ceci étant, le deuil est plus grand du côté de celui qui sait que que de celui qui ignore.

Ma diamisi il secondo luogo ne la doglia, la quale è sì giunta al sommo nel mio core, che non ha di che più dolersi.
Mais donnez-moi alors la seconde place dans cette échelle de la douleur, douleur qui se positionne au sommet de mon cœur, que rien ne plus déchirer davantage.
E sarei morto, mentre ho visto esalargli lo illustre spirito, e nel formargli del volto, che fece Giulio di Rafaello, e nel chiuderlo io ne la sepoltura.
J’aurais pu mourir quand Giulio Raffaello a terminé son moulage avant son enterrement, comme s’il venait à l’instant de nous quitter.
Ma il conforto, che mi ha dato la eternità de la sua memoria, mi ha sostenuto in vita.
Mais le réconfort que m’apportait la présence éternelle de sa mémoire, m’a soutenu en vie.
La publica voce de le sue vertù, le quali saranno le gioie e gli ornamenti de la vedovanza vostra, mi ha asciutto il pianto.
La connaissance publique de ses vertus qui réjouit et calme votre veuvage, assèche aussi mes larmes.
L’istorie dei suoi fatti mi tolgono non pur la maninconia, ma fannomi lieto.
Les histoires des ses actions balaient non seulement ma mélancolie mais aussi me rendent joyeux.
E mi pasco di udir da le gran persone:
Et je me nourris en entendant des gens formidables dire :
“Egli è morto uno sforzo di natura.
« Cette force de la nature est morte.
Egli è finito l’essempio de la fede antica.
Il s’est éteint ce parangon de la foi antique.
Egli è sparito il vero braccio di battaglia”.
Il a disparu ce bras vigoureux dans la bataille ».
E certo non fu mai chi levasse a tanta speranza l’arme italiane.
Il n’y a certainement jamais eu d’autre personne capable de faire lever ainsi les bras italiens.
E che più bel vanto può avere uno tolto a le cose umane che la ricordanza del re Francesco, da la cui bocca s’è udito più volte:
Quelle plus belle fierté que de recevoir du roi François, de sa bouche  même, et à maintes reprises, les propos suivants :
«Se il signor Giovanni non era ferito, la fortuna non mi faceva prigione?”
« Si le Seigneur Jean n’avait pas été blessé, la fortune m’aurait-elle conduit en prison ? “

Eccolo a pena sotterra che gli orgogli barbari, sollevandosi al cielo, spaventano i più coraggiosi;
Ici, à peine enterré, l’orgueil des barbares s’élève vers le ciel, effrayant les plus courageux ;
e già la paura signoreggia Clemente, che impara a desiderar il morire a chi era atto a sostenerlo vivo.
et maintenant la peur envahit Clément, qui désire la mort de ceux qui étaient là pour le garder en vie.
Ma l’ira di Dio, che vòl procedere sopra i falli altrui, ce l’ha tolto.
Mais la colère de Dieu, qui châtie les fautes des autres, nous l’a enlevé.
La Maestà Sua l’ha tirato a sé per gastigar gli erranti.
Sa Majesté l’a tiré vers elle afin de juger les offenses.
Perciò consentiamo a la volontà divina, senza più trafiggerci l’animo, dando orecchie a l’armonia de la sua lode.
Par conséquent, remettons-nous à la volonté divine, ne nous martyrisons plus l’âme, tendons l’oreille à l’harmonie de ses louanges.
Ristringasi il cor nostro nei diletti dei suoi onori.
Que notre cœur se remplisse des honneurs attachés à notre bien-aimé.
E, ragionando de le sue vittorie, facciamoci lume con i raggi de la sua gloria, la quale è andata inanzi al feretro, mentre la pompa funebre stupiva nel vedersi splendere nel mezzo dei capitani famosi, che l’hanno portato a seppellire su le loro spalle onorate.
Et, en pensant à ses victoires, réchauffons-nous à la lumière des rayons de sa gloire, qui cheminait au-devant du cercueil, tandis que la cérémonie funèbre s’émerveillait de briller au milieu des célèbres capitaines qui le portaient sur leurs nobles épaules.

E il marchese, con tutta la nobiltà di casa Gonzaga e de la corte sua, con la folta del popolo dietro e la turba de le donne su per le finestre, conversa in stupore, ha riverito il tremendo corpo di lui che a voi fu sposo e a me signore, affermando di non veder mai più essequie di maggior guerriero.
Et le marquis Frédéric Gonzague, avec toute la noblesse de la famille Gonzague et de sa cour, avec le peuple derrière lui et la foule des femmes aux fenêtres, qui conversaient avec étonnement, vénérait le corps majestueux de votre époux et de mon Seigneur, déclamait qu’on ne verrait jamais plus de funérailles d’un aussi grand guerrier.
Sì che riposate la mente nel grembo dei suoi meriti, e mandate Cosimo a Sua Eccellenza, che così mi comandò che io vi scrivesse, perché quella vòl succedergli in luogo del padre, che gliene ha lasciato per figliuolo.
Oui, calmez votre esprit dans le sein de ses mérites, et envoyait Cosme à Son Excellence, qui m’a commandé ce que je devais écrire, car pour père il en souhaite la charge, puisqu’il lui a laissé un fils.
E, se io credessi che Iddio non gli rendesse con doppia usura la copia de le degnità tolte al mio idolo da la invidia del destino e de la morte, mi gittarei ne le braccia de la disperazione.
Et, si je ne croyais que Dieu ne lui accorde pleinement, avec usure même, une quantité de bienfaits que l’envie du destin et de la mort a privé votre mari, je me jetterais dans les bras du désespoir.
Ma viviamo, ché così sarà, perché non pò esser che non sia.
Mais vivons, qu’il en soit ainsi et que différemment cela ne peut être.

Di Mantova, il 10 di decembre 1526
De Mantoue, le 10 décembre 1526

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Pierre l’Arétin
A MADONNA MARIA DE’ MEDICI
A MARIA DE MEDICIS
1526

Lettere di Aretino – Les Lettres de l’Arétin

PIERRE L’ARETIN – PIETRO ARETINO

Traduction – Texte Bilingue
LITTERATURE ITALIENNE
Letteratura Italiana

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

Pietro Aretino
Pierre l’Arétin
Arezzo, 20 aprile 1492 – Venezia, 21 ottobre 1556
Arezzo 20 avril 1492 – Venise 21 octobre 1556

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 L’ARETIN








LETTERE  DI ARETINO
LETTRES DE L’ARETIN

 

Arezzo, 20 aprile 1492 – Venezia, 21 ottobre 1556
Tiziano – Le Titien
Vers1548 circa
Frick Collection New York

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LIVRE I – LIBRO I

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A MADONNA MARIA DE’ MEDICI
A MARIA DE MEDICIS
1526

Io non voglio, signora, contendere con voi di dolore.
Je n’entends pas, Madame, ici opposer nos douleurs.
Non che io non vincessi per dolermi la morte del vostro marito più che a persona che viva;
Non que je puisse vaincre, car je pleure la mort de votre mari plus qu’aucune autre personne vivante ;

Di Mantova, il 10 di decembre 1526
De Mantoue, le 10 décembre 1526

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AU CONTE DE SAN SECONDO
AL CONTE DI SAN SECONDO
1537

Andate piano con il farmi piacere, ch’io non voglio che mi incalziate tanto con la loro abondanza che, volendo far de l’uomo in sodisfarvigli e non potendo, vi paresse poi una bestia.








Allez-y modérément avec vos largesses, car je ne veux pas être pourvu par tant d’abondance ; je voudrais vous rendre la pareille que je ne le pourrai, je ressemblerai alors à une bête.

Di Venezia, il 24 giugno 1537
Venise, le 24 juin 1537

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LIVRE III – LIBRO III

Lettera di Pietro Aretino a Michelangelo
Lettre à Michel-Ange
Sur le Jugement Dernier
Il Giudizio Universale
Novembre 1545

Nel rivedere lo schizzo intiero di tutto il vostro dì del Giudicio, ho fornito di conoscere la illustre gratia di Rafaello ne la grata bellezza de la inventione.
Lors de ma dernière vision générale de votre Jugement, j’ai retrouvé l’illustre grâce de Raphaël dans la beauté de l’invention.

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L’ARETIN
par
Philarète Chasles
(1834)

« Arétin ! — L’infamie de ce nom m’arrêtait. — J’hésitais à tracer des lettres obscènes, symboles d’impureté : mais cet impur, fils d’un un impur, soulève un coin de l’histoire des hommes.
C’est la civilisation dépravée de l’Italie, et le premier excès de la presse vénale. C’est la plume devenue marchandise, et l’éloge et le blâme achetés lâchement par les rois, vendus lâchement par un misérable, à travers l’Europe, sa tributaire. C’est Venise savante, impudique, artiste, indépendante, asile des proscrits, des savants, des exilés, des penchants pervers et des arts brillants ; Venise riche et puissante, offrant toutes les libertés du vice à qui veut bien se passer des autres libertés. Vous ne voyez en lui qu’un type ignoble ? Il a dominé le XVIe siècle littéraire. François Ier l’honorait. Arioste l’appelait divin. Charles-Quint causait familièrement avec lui. De niveau avec toutes les puissances, ami de Titien, correspondant de Michel-Ange, bravant les foudres papales, plus riche qu’un prince, plus insolent qu’un condottiere, plus admiré que le Tasse, plus célèbre que Galilée, qu’était donc cet homme ?
D’où lui venait sa puissance ?
De quelle force disposait-il ?
Quelle terreur et quelle tyrannie se concentraient dans ces taches d’encre calomniatrices et immondes qui dégouttaient de sa plume ?Que résumait-il ? — Que représentait-il ? —
Il représentait la Presse. Il fut terrible comme elle. Né au moment précis où cette Force inattendue sortait des langes, se développait, grandissait, devenait redoutable, étendait son influence : il comprit le premier quel levier ce serait que l’injure de la Presse.
La calomnie, multipliée, impérissable !
La crainte lancée par cette calomnie !
Instrument, pouvoir, levier immense, qu’il devina ; instrument que son abus n’avait pas affaibli, que son excès n’avait pas usé. Arétin s’en saisit ; — il mit son siècle à ses pieds, — un grand siècle ! »

Philarète Chasles
L’Arétin, sa vie et ses œuvres
Première Partie
Revue des Deux Mondes
Période Initiale
Tome 4 – 1834








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LETTRES DE L’ARETIN : AU CONTE DE SAN SECONDO Pietro Aretino Al conte di San Secondo (Venise-24 juin 1537)

PIERRE L’ARETIN – PIETRO ARETINO
LETTERE – Libro I – LETTRES -LIVRE I
AU CONTE DE SAN SECONDO
AL CONTE DI SAN SECONDO
1537

Traduction – Texte Bilingue
LITTERATURE ITALIENNE
Letteratura Italiana

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

Pietro Aretino
Pierre l’Arétin
Arezzo, 20 aprile 1492 – Venezia, 21 ottobre 1556
Arezzo 20 avril 1492 – Venise 21 octobre 1556

 

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 L’ARETIN

LETTERE – Libro I
LETTRES -LIVRE I
AU CONTE DE SAN SECONDO
AL CONTE DI SAN SECONDO

 

Tiziano – Le Titien
Vers 1548 circa 1548
Frick Collection New York












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Andate piano con il farmi piacere, ch’io non voglio che mi incalziate tanto con la loro abondanza che, volendo far de l’uomo in sodisfarvigli e non potendo, vi paresse poi una bestia.
Allez-y modérément avec vos largesses, car je ne veux pas être pourvu par tant d’abondance ; je voudrais vous rendre la pareille que je ne le pourrai, je ressemblerai alors à une bête.
A me è troppo che, scrivendo al signor Cosimo dei Medici per alte vostre faccende, me gli ricordiate, senza così caldamente, qual mi scrivete, mandare a Fiorenza a posta.
Pour moi, c’est déjà inespéré que vous écriviez au seigneur Cosme de Médicis, afin de lui rappeler mon bon souvenir, mais aller jusqu’à le lui rappeler en lui envoyant spécialement une missive à Florence, aussi chaleureuse que celle que vous m’écrivez.
Ma ogni altra cosa è ciancia, eccetto l’avere addosso quel diavolo d’amore che, non perdonando a la vecchiezza mia, è da credere che non perdoni anco a la gioventù vostra.
Mais tout le reste est absurdité, sauf ce diable d’amour, qui ne m’oublie pas dans ma vieillesse, et tout me laisse à penser qu’il ne passe pas à côté de votre jeunesse.
Che crudeli notti, che fieri giorni si trapassano, bontà de le sue ribalderie!
Que de nuits cruelles, que de jours inquiets, nous subissons sa fourberie! Io mi aveva scemato la metà di ciò ch’io mangiava per ismagrare (che certo non il cibo ma l’ozio di questa città m’ha ingrassato tanto che ne vivo in continua rabbia), e non giovava.
Pour maigrir, je m’étais forcé à manger deux fois moins (ce qui est certainement pas de la responsabilité de la nourriture, mais l’oisiveté dans cette ville m’a engraissé, ce qui m’a conduit dans une colère constante), et pour tout dire n’a rien donné.
Occorsami la perdita di una mia già donna, e ora d’altri;
Seulement la cause en est la perte de ma femme, qui à cette heure est avec un autre ;
onde io per tal cagione divenni come un di quegli che trafugano la vita di mano a la peste o a la fame, che sono simili a l’ombre di loro stessi.

de sorte que, pour cette raison, je suis devenu semblable à ceux qui échappent des mains de la peste ou de la famine, et qui ne ressemblent plus qu’à l’ombre d’eux-mêmes.
Veramente ch’io ho più compassione a chi pate amando che a chi si muor di fame o a chi va a la giustizia a torto:
En fait, j’ai plus de compassion pour ceux qui se meurt d’amour que pour ceux qui meurt de faim ou ceux qui sont condamnés à tort par la justice :
perché il morirsi di fame procede da la dapocaggine, e l’esser giustiziato a torto nasce da la mala sorte;
parce que mourir de faim procède de la lâcheté, et être condamné à tort procède de malchance ;
ma la crudeltà che cade sopra a un innamorato è uno assassinamento fattogli da la fede, da la sollecitudine e da la servitù de la bontà propria.

mais la cruauté qui tombe sur un amant est un assassinat contre sa foi, sa sollicitude et sa propre bonté.
Io mi son ritrovato e trovo e trovarò sempre, per la grazia di Dio e mia, senza danari, a perder padroni, amici e parenti, a esser in caso di morte, ad aver nimicizia, debiti a le spalle, e in mille altre rovine;
 Je me suis retrouvé et je me retrouverai toujours, par la grâce de Dieu et la mienne, sans argent, sans protecteur, ni amis et ni famille, comme mort, ayant des inimitiés, des dettes sur les épaules, et au milieu de mille autres ruines ;
e conchiudo che son zuccaro i fastidi predetti a comparazione del martello de la gelosia, de l’aspettare, de le bugie, degli inganni, con cui sei crocifisso dì e notte.
et je conclus qu’ils ne sont tous rien que des douceurs comparés au marteau de la jalousie, de l’attente, des mensonges, de la tromperie, qui te crucifient continuellement.
Il desinare ti si fa tosco, la cena assenzio, il letto di sasso, l’amicizia odio, e sempre la fantasia è fitta in colei;
Le déjeuner t’empoisonne, le dîner est immangeable, le lit dur comme de la roche, l’amitié en haine se transforme, et ton cerveau se bloque toujours sur elle ;
onde stupisco come è possibile che la mente sia in una continua tempesta e come ella non dimentichi se medesima ne l’essere sempre sempre combattuta dai pensieri che gli fan seguitare la cosa amata, strascinandosi dietro il core.
je me demande aussi comme est-il possible que l’esprit résiste tant dans cette tempête constante et qu’il ne perde pas sa raison dans cette violente lutte contre les pensées qui suivent la chose aimée, avec le cœur en lambeaux derrière lui.
E tutto sarebbe spasso se ne le donne fusse qualche pochetto di conoscenza del meglio.
Et tout ne serait qu’amusement si les femmes avaient quelque peu de bienveillance.
Apunto viola esse, giocando a la ronfa amorosa, scartano ogni volta gli assi e i re.
En jouant à la prime (ronfa), elles se débarrassent des as et des rois. 
Ma si doveria sculpire in lettre d’oro ciò che disse un perugino.
Mais il serait nécessaire de sculpter en or ces mots de Pérugin :
Egli cavò de l’amor d’una amica tanto mal francioso che avrebbe fatto disperare il legno d’India;
L’amour de sa bien-aimée lui a donné un mal français à désespérer le bois d’Inde [permettant de combattre la syphilis] ;
onde se ne coperse dal capo ai piedi pur troppo bestialmente.
donc il se couvrit de la tête aux pieds, mais si bestialement.
Ne aveva ricamate le mani, smaltata la faccia, ingemmato il collo e coniata la gola, talché pareva composto di musaico.
Il se retrouva avec les mains scarifiées et le visage glacé brodé, le cou et la gorge marqués, de sorte qu’il ressemblait à une mosaïque.
Ed essendo così malconcio, ecco che lo guarda uno di quegli voi mi intendete;
Et étant ici, c’est l’un de ces regards…vous me comprenez ;
e doppo le meraviglie e i conforti, disse:
qui lui dit afin de le consoler :
« Fratello, ella si coglie al nascere, e bisogna che chi può ce la mandi buona.
« Frère, cela vient à la naissance, et nous avons besoin de ceux qui peuvent nous donner du bien.
Ma buon per te, se tu avessi imparato l’arte mia! ».
Mais il eût été préférable pour vous, d’avoir appris mon art. »
« Volesse Cristo », rispose egli, che si faria per questa pelle ch’io ho abotitacento volte al vostro santo Arcolano;
« Plût au Christ !» répondit-il, que pour cette peau, j’ai prié tant de fois notre saint Herculan de Pérouse [Saint Herculan de Pérouse fut mis à mort, écorché et décapité sur les remparts de Pérouse en 547 par le roi Ostrogoth Totila] ;
ma perché non faria un piacere a Dio col pegno, sto come tu vedi ».
mais il ne plaît pas à Dieu, je suis comme tu le vois. »
E nel fin di cotal parabola mi raccomado a la vostra signoria.
Et comme je termine cette parabole, je me recommande à vous, Monseigneur.

Di Venezia, il 24 giugno 1537
Venise, le 24 juin 1537

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Pierre l’Arétin

 


CAMOES OS LUSIADAS III-14 LES LUSIADES

Luís Vaz de Camões Les Lusiades
OS LUSIADAS III-14 LES LUSIADES III-14
LITTERATURE PORTUGAISE

Luis de Camoes Oeuvres obras Artgitato

literatura português

Luis de Camões
[1525-1580]

Tradução – Traduction
texto bilingue

Luis de Camoes Les Lusiades

 

Obra Poética

(1556)

LES LUSIADES III-14

OS LUSIADAS III-14

A Epopeia Portuguesa

 

CHANT III
Canto Terceiro

Traduction Jacky Lavauzelle

verso  14
Strophe 14

III-14

Image illustrative de l'article Vasco de Gama

Vasco de Gama

Vasco da Gama signature almirante.svg

 

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Luís Vaz de Camões Les Lusiades
OS LUSIADAS III-14
LES LUSIADES III-14

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« Logo os Dálmatas vivem; e no seio,
« Bientôt les terres des Dalmates*, et à l’intérieur,
Onde Antenor já muros levantou,
  Où Anténor** éleva les murs,
A soberba Veneza está no meio
  La superbe Venise au milieu
Das águas, que tão baixa começou.
  Des eaux, à l’origine si humble.
Da terra um braço vem ao mar, que cheio
Un bras de terre s’enfonce dans la mer, qui, par de nombreux
 De esforço, nações várias sujeitou,
 Efforts, a soumis tant de nations,
Braço forte, de gente sublimada,
Un bras viril, fort de personnes sublimées
Não menos nos engenhos, que na espada.
  Tant par le génie que par l’épée.

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NOTES ET PRECISIONS

*Les Dalmates :  « DALMATIE, (Géog. mod.) province d’Europe bornée au nord par la Bosnie, au midi par le golfe de Venise, à l’orient par la Servie, à l’occident par la Morlaquie. Elle se divise en Vénitienne, Ragusienne, & Turque. Spalatro est la capitale de la partie Vénitienne, Raguse de la partie Ragusienne, & Herzegorma de la partie Turque. » (L’Encyclopédie, Première édition – 1751 – Tome 4, page 614)

** Anténor : « v. 242. Antenor potuit, mediis elapsus Achivis, etc. Ce passage n’a pas toujours été bien compris, même par les anciens. Virgile, qui s’était proposé de célébrer dans l’Énéide les origines de l’Italie, rappelle ici le souvenir de la première colonie asiatique qui, peu après la guerre de Troie, entra dans le golfe Adriatique, découvrit son extrémité, et la route qui conduisait en Italie. Tite-Live, Strabon, Justin, ont parlé de cette transmigration chacun à leur manière. Nous ne devons nous attacher qu’à ce qu’en dit ici notre poëte. Anténor, à la tête d’une colonie partie du pays des Hénètes, dans l’Asie Mineure, pénétra dans l’Illyrie, et traversant, dit Virgile, le pays des Liburniens, c’est-à-dire les provinces illyriennes ou la Morlakie des modernes, il arriva au fond du golfe où se trouvait le Timave, torrent encore aujourd’hui connu sous le nom de Timao. Anténor, en redescendant au midi, entra en Italie, fonda la ville de Padoue, et donna au pays dont il s’empara le nom de Henetia ou Venetia, et au canton où s’établit sa colonie, celui de Pagus Trojanus. Ces mots hic tamen, etc., ne sont donc point relatifs au Timave, et n’indiquent pas que la nouvelle colonie se trouvait sur les rives de ce fleuve, dont elle était au contraire fort éloignée ; mais ils rappellent qu’elle était en Italie. Ces mots sont dans la bouche de Vénus un reproche fait à Jupiter. La déesse se plaint que, pour l’empêcher d’aborder en Italie, on écarte Énée de tous les rivages. » (Notes Eneide : Lucrèce, Virgile, Valérius Flaccus – Notes du Livre Ier (C. A. Walckenaer) Traduction par divers traducteurs sous la direction de Charles Nisard – Lucrèce, Virgile, Valérius Flaccus – Œuvres complètes, Firmin Didot, 1868 (pp. 474-475))

Vasco de Gama par Gregorio Lopes

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Luís Vaz de Camões Les Lusiades
OS LUSIADAS III-14 LES LUSIADES III-14
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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White_Fawn_Drawing Faon Diane

LA VIE DE LUIS DE CAMOES

António Carvalho da Silva Porto – LE PEINTRE DE LA SERENIDADE

PORTUGAL
PORTO
Museu Nacional Soares dos Reis
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assinatura – signature de Silva Porto




Photo Jacky Lavauzelle

António Carvalho da Silva Porto

Musée national
Soares dos Reis 

SILVA PORTO
LE PEINTRE DE LA SERENIDADE

 11 novembre 1850 Porto – 11 juin 1893 Lisbonne
11 de novembro de 1850 Porto – 11 de junho de 1893 Lisboa
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Praia de Póvoa de Varzim
Plage de Póvoa de Varzim
Assinada Signé
1884
Óleo sobre Madeira – Huile sur bois

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No Areinho – Douro
Assinada Signé
Óleo sobre Madeira – Huile sur bois

silva-porto-no-areinho-douro-artgitato

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Colheita – Ceifeiras
La Récolte
Óleo sobre tela – Huile sur toile
Assinada e datada 1893
Signé et daté

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Uma Marinha
Marine
Compondo as redes – Itália

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Cancela Vermelha
Porte Rouge
1878-1879
Assinada Signé
Óleo sobre Madeira – Huile sur bois

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Perfile – Profil
Retrato de Adelaide Porto
Portrait d’Adelaïde Porto
Datada – Daté 1882
Óleo sobre Madeira – Huile sur bois

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Costume de Capri
Cabeça – Tête
Assinada Signé
Datada – Daté 1877
Óleo sobre Madeira – Huile sur bois

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Silva Porto
Costume de Companha Romana
Costume de Campagne Roumaine
Assinada Signé
Óleo sobre Madeira – Huile sur bois

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Paisagem
Paysage
Óleo sobre Madeira – Huile sur bois

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A tigela partida
La cruche brisée
Óleo sobre tela – Huile sur toile
Assinada Signé

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Paisagem – Paysage
Margens de rio Vizela
Au bord de la Vizela
[Rivière qui nait dans le Alto de Morgaír et qui coule dans la région de Braga – Guimarães]
Assinada
1884

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Silva Porto
Cascata
Chute d’eau
Assinada Signé
Óleo sobre Madeira – Huile sur bois

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Silva Porto
Conducão do rebanho
La conduite du troupeau
Óleo sobre tela – Huile sur toile
Assinada Signé
Datada – Daté 1893

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Macieira em flor
Pommier en fleur
Óleo sobre tela – Huile sur toile
datada daté 1893

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Apanha do Sargaço
La cueillette de sargasses
Assinada Signé
Óleo sobre Madeira – Huile sur bois

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Barcos
Les Barques
Assinada Signé
Óleo sobre Madeira – Huile sur bois

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Paisagem – Rio de Portuzelo
Paysage – La rivière Portuzelo
[Distrito de Viana do Castelo]
Óleo sobre tela – Huile sur toile
Assinada e datada 1892
Signé et daté

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Canal
Veneza – Venise
Óleo sobre tela – Huile sur toile
Assinada e datada 1877
Signé et daté

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Um Campo de Trigo
Un champ de blé
[Arredores de Paris – Dans les environs de Paris]
Óleo sobre tela – Huile sur toile
Assinada Signé
1878-1879

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Uma Paisagem representando a planicie
Un paysage de plaine
Détail – Detalhe
Óleo sobre tela – Huile sur toile
Assinada Signé
Datada – Daté 1876

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Entrada de uma aldeia
Entrée d’un village
Caminho na Normandia
Chemin de Normandie
Óleo sobre tela – Huile sur toile
Assinada Signé
Datada Daté 1877

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Estudo de Paisagem
Etude de Paysage
Óleo sobre tela – Huile sur toile
Assinada Signé
Datada – daté
1874

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Floresta – Forêt
Óleo sobre tela – Huile sur toile
Assinada Signé
1874-1879

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Um pequeno esboço de paisagem
Un petit croquis de paysage
Assinada et datada
Signé et daté
1876
Óleo sobre tela – Huile sur toile

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As margem do Oise, em Auvers (Seine-et-Oise)
Les bords de l’Oise à Auvers
Óleo sobre tela – Huile sur toile
Assinada Signé
1876

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Silva Porto
Le peintre de la Serenidade

 

MARCO POLO 马可波罗 VILLA BORGHESE – 贝佳斯别墅 – ROME – ROMA – 罗马

ROME – ROMA – 罗马
马可波罗

LA VILLA BORGHESE
贝佳斯别墅

Armoirie de Rome

 Photos  Jacky Lavauzelle

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Flag_of_Lazio


Les Bustes de la Villa Borghèse
贝佳斯别墅
I busti della villa Borghèse

MARCO POLO
马可波罗
Venise 1254 – Venise 1324
威尼斯 Venice

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Marco Polo portrait Marco Polo Villa Borghese Artgitato Rome Roma

ETIENNE-JEAN DELECLUZE
Revue des Deux Mondes
1832 – tome 7
Marco Polo

Andréa Polo de Saint Felice, noble patricien de Venise, Dalmate d’origine, eut trois fils, nommés Marco, Maffio et Nicolo : ce dernier qui fut père de Marco Polo, le fameux voyageur, ainsi que Maffio son oncle, étaient marchands à Venise. Il parait même qu’ils étaient en société de commerce et que poussés par cet esprit entreprenant et aventureux qui animait alors tous les citoyens de cette république, ils combinèrent une expédition et s’embarquèrent ensemble pour Constantinople, qui alors était en relation habituelle et intime avec Venise. C’était à l’époque où l’empire grec avait été conquis par les armes da la France, réunies à celles de la république, et où l’ambassadeur de ce dernier gouvernement prenait, au moyen de son alliance avec Baudouin II [1], une très grande part à tout ce que faisait le gouvernement impérial.

Dans la plupart des manuscrits et des éditions imprimées du voyage de Marco Polo, il y a quelques différences de dates sur l’année où les deux premiers voyageurs, Marco et Maffio, arrivèrent à Constantinople. Mais la confrontation de ces livres donne lieu de croire que les voyageurs ne s’y trouvèrent pas plus tard qu’en 1254 ou 1255.

Après avoir vendu les marchandises qu’ils avaient apportées d’Italie, ils avisèrent au moyen de faire valoir leurs capitaux. Ayant entendu parler d’objets précieux à vendre parmi les Tartares occidentaux, ils résolurent d’aller au milieu de ces peuples. Ceux ci, après avoir ravagé plus leurs provinces de l’Asie et de l’Europe, s’étaient établis sur les bords du Wolga, avaient bâti des villes et y vivaient sous une espèce de gouvernement régulier.

Lorsqu’ils eurent fait des achats considérables de joyaux précieux, ils traversèrent la mer Noire, abordèrent en Crimée ; puis, continuant leur voyage par terre et par eau, ils arrivèrent enfin à la cour ou au camp de Barkah, frère ou fils de Batu, petit-fils de Tchingkis-Kan, qui faisait sa résidence tantôt à Saraï et tantôt à Bolghar, noms bien connus des géographes du moyen-âge.

Les voyageurs eurent à se louer de la bonne réception que leur fit ce prince, auquel ils offrirent tout ce qu’ils possédaient de précieux. Barkah accepta leur don, mais leur remit une somme double en valeur et y joignit encore des présens. Marco et Maffio restèrent un an environ dans ce pays.

Bientôt un différend s’éleva entre Barkah et Hulagu, son cousin, chef d’une horde voisine. Une guerre s’ensuivit, et Barkah ayant été vaincu, nos voyageurs dont le dessein était de retourner à Constantinople, sachant que toutes les routes étaient interceptées par les troupes victorieuses, furent contraints de chercher un chemin plus sûr en faisant de grands circuits. Ils arrivèrent jusqu’au haut de la mer Caspienne, traversèrent le Jaik et le Jaxartes, prenant cette dernière rivière pour l’une des quatre qui coulent dans le Paradis, et après avoir parcouru les déserts de Transoxiana, ils parvinrent à la grande cité de Bokhara.

Le hasard fit qu’au même moment où ils étaient arrêtés dans cette ville, un noble Tartare, envoyé par Hulagu à son frère Kublaï, y fit aussi une halte. Le messager, poussé par la curiosité de voir et d’entendre des Latins qu’il n’avait jamais eu l’occasion de rencontrer, fit connaissance avec les deux marchands vénitiens, prit plaisir à entendre leur langage et à profiter de leurs connaissances ; en telle sorte qu’il leur proposa de venir le rejoindre à la cour de l’empereur, ayant soin de les assurer qu’ils seraient protégés pendant leur voyage, et que le prince ne manquerait pas de leur faire une réception favorable. Nos voyageurs, fort incertains de pouvoir retourner à Constantinople, ou poussés plutôt par le goût des entreprises et l’espoir d’augmenter leurs richesses, acceptèrent la proposition. Après s’être recommandés à Dieu, ils poursuivirent leur voyage vers des contrées que, dans leur esprit, ils estimaient être les extrémités de l’Orient. Après avoir voyagé un an, ils arrivèrent à la résidence impériale.

La manière gracieuse dont ils furent reçus par le grand Kan, chef de tous les Tartares, leur donna bonne espérance. Ce prince leur adressa des questions sur toutes les parties occidentales du monde, sur l’empereur des Romains et sur tous les rois et princes de la chrétienté. Il s’informa de l’importance respective de ces souverains, de l’étendue de leurs possessions, de la manière dont la justice était administrée dans chaque état ; comment les princes faisaient la guerre, et par-dessus tout il multiplia les questions au sujet du pape, des affaires de l’église et de la doctrine et de la foi des chrétiens. Les voyageurs, dit la relation de Marco Polo, répondirent en gens sages et discrets, mesurant toutes leurs réponses d’après l’importance des matières et faisant usage du langage tartare (Moghul), ce qui augmenta singulièrement l’estime que le grand Kan avait conçue pour eux,

Ce passage fort curieux de Marco Polo où il règne une espèce de réserve diplomatique, a donné lieu de croire que l’intérêt que le grand Kan semble prendre à l’église et à la foi chrétienne, avait été exagéré par le zèle de ceux qui originairement tirèrent des copies de la relation de Marco Polo. Mais l’importance que les Tartares Moghuls mettaient à savoir quel était l’état des puissances chrétiennes de l’Occident, avec lesquelles elles faisaient alors cause commune contre les Sarrasins et les Mahométans, est assez connue pour que l’on s’explique avec quel intérêt et quelle curiosité bienveillante le prince mongol a dû écouter les renseignemens que lui donnèrent nos deux Vénitiens. Non-seulement cette alliance d’intérêt entre les Tartares et les chrétiens occidentaux existait, comme on n’en a jamais douté, mais on a acquis la certitude, depuis quelque temps, qu’il s’était établi non-seulement avec le pape, mais avec le roi de France et les successeurs de la race de Tchingkis-Kan, des relations diplomatiques dont les pièces originales en langue mongole existent dans les archives royales de France.

C’est au savant M. Abel Rémusat que l’on doit cette découverte sur laquelle il donne lui-même des détails qui serviront de commentaire à la partie de la relation de Marco Polo, où il parle du grand Kan Kublaï à la cour duquel il a été admis. « Je m’étais occupé, dit M. Abel Rémusat [2], de rechercher quelles avaient été l’origine et l’occasion des rapports que saint Louis et ses successeurs raient eus avec les princes de la race de Tchingkis-Kan. Des passages oubliés de nos vieilles chroniques, des particularités négligées par nos historiens, des monumens originaux ensevelis dans nos archives, m’avaient appris les motifs de ces négociations que Voltaire, Deguignes et plusieurs autres ont traitées de fabuleuses, parce qu’ils n’en avaient pas deviné l’objet et qu’ils n’en saisissaient pas l’enchaînement. « La terreur que l’irruption subite des Mongols avait inspirée depuis la Corée et le Japon jusqu’en Pologne et en Silésie, s’était propagée en Allemagne, en Italie et en France même. On voulut savoir quels étaient ces barbares nouveaux qui menaçaient d’envahir encore une fois l’Europe romaine, après avoir conquis et dévasté l’Asie. On hasarda de leur envoyer des ambassadeurs ; on brava leurs menaces, on dévora leurs mépris, et le résultat des courses lointaines et périlleuses entreprises par les envoyés de saint Louis et du pontife romain, fut d’ouvrir avec les généraux tartares devenus souverains de la Perse, de l’Arménie et de la Géorgie, des relations qu’on espérait faire tourner au profit du christianisme et de la cause des croisés. Tel fut l’état de ces négociations dans leur première période….

« La haine des nations musulmanes, commune aux Tartares et aux chrétiens, conduisit les uns et les autres à combiner leurs efforts. On fut d’autant plus disposé à agréer les propositions des Mongols, qu’ils passaient alors pour avoir une grande propension au christianisme. C’était presque être chrétien, dans ces siècles peu éclairés, que d’être ennemi des musulmans. Enfin les Tartares avaient été pris d’abord pour des démons incarnés, quand ils avaient attaqué les Hongrois et les Polonais ; peu s’en fallut qu’on ne les jugeât tout-à-fait convertis, quand on vit qu’ils faisaient avec acharnement la guerre aux Turcs et aux Sarrasins.

« Dans ce moment, la puissance des Francs, en Syrie, était sur son déclin ; elle ne tarda même pas à tomber sous les coups des sultans d’Egypte ; mais de nouvelles croisades pouvaient la relever en un instant. Les Mongols se mirent à en solliciter dans l’Occident. Ile joignirent leurs exhortations à celles des Géorgiens, des Arméniens, des Grecs, des croisés réfugiés en Chypre. Les premiers Tartares avaient débuté par des menaces et des injures. Les derniers en vinrent aux offres, et descendirent jusqu’aux prières. Des ambassadeurs furent envoyés par eux en Italie, en Espagne, en France, en Angleterre, et il ne tint pas a eux que le feu des guerres saintes ne se rallumât de nouveau et ne s’étendît encore sur l’Europe et sur l’Asie. On peut croire qu’ils avaient aisément fait entrer les papes dans leurs vues, et qu’ils trouvaient en eux de zélés auxiliaires ; mais, circonstance aussi singulière que peu remarquée, ce n’était plus de Rome ou, d’Avignon, c’était de la cour de ces rois idolâtres que partaient d’abord ces sollicitations pour engager les rois chrétiens à venir à la délivrance du Saint-Sépulcre ; et lorsque Clément y prêcha cette grande croisade qui devait mettre la Palestine entre les mains des Francs, c’est qu’il avait vu à Poitiers des envoyés mongols, qui lui avaient appris qu’une paix générale venait d’être conclue entre tous les princes de la Tartarie, depuis la grande muraille de la Chine jusqu’aux frontières du pays des Francs. Cette circonstance permettait au roi de Perse de mettre à la disposition de Philippe-le-Bel, pour une expédition en Syrie, deux cent mille chevaux, deux cent mille charges de blé et plus de cent mille cavaliers tartares que le prince s’offrait de conduire en personne. La lettre, en langue mongole, relative à ces dispositions, est un rouleau de dix-huit pouces de haut sur neuf pieds de longueur, lequel existe encore aujourd’hui dans les archives du royaume. »

C’est pendant le cours de ces relations diplomatiques que nos Vénitiens étaient à la cour du grand Kan. On peut supposer même qu’ils avaient reçu quelques commissions particulières de l’empereur Beaudoin II, dont la politique s’accordait alors avec celle de la république de Venise, ce qui motiverait la réserve avec laquelle ils rendent compte de leur réponse, et l’intérêt que le prince tartare leur témoigna sur tout ce qui touchait aux intérêts des chrétiens occidentaux.

Quoi qu’il en soit, ce que Marco Polo rapporte des questions qui lui furent adressées par Kublaï, joint à la découverte faite par M. Rémusat des relations officielles qui ont existé entre les princes tartares et les souverains de l’Occident, prouve qu’il y avait un fondement à ces discours vagues qui couraient dans toutes les bouches en Europe aux treizième, quatorzième et quinzième siècles. Il n’était question alors que d’un grand souverain dont les vastes états occupaient l’Asie centrale ; tous les auteurs écrivaient et chacun répétait que le grand Kan, attaché à la religion chrétienne, demandait instamment qu’on lui envoyât de Rome des missionnaires qui pussent instruire les peuples idolâtres dans la religion chrétienne. Les ambassades auxquelles les croisades donnèrent lieu, firent sans doute naître ces bruits qui prirent encore plus de consistance, lorsque, vers 1298, les copies de la relation de Marco Polo commencèrent à se répandre en Europe.

Maintenant que nous avons fait connaître de quelle nature et de quelle importance étaient les relations diplomatiques qui s’étaient établies entre les Tartares et les nations de l’Occident, revenons à l’histoire des deux marchands vénitiens qui, en rentrant dans leur patrie, donnèrent l’éveil sur ce grand événement et jetèrent en Europe les premières notions positives que l’on ait eues sur les nations de l’Asie.

Le grand Kan, satisfait de la précision des réponses de Maffio et de Nicolo Polo, ainsi que de l’habileté qu’ils montraient dans les affaires, résolut de les aider à retourner en Italie, en les faisant accompagner par un de ses officiers qu’il revêtit de la qualité d’ambassadeur auprès du saint siège de Rome. Cet envoyé était chargé de supplier sa Sainteté d’envoyer des missionnaires pour répandre l’instruction religieuse parmi les peuples de la Tartarie. Cependant, sans prétendre absolument que le grand Kan fût tout-à-fait indifférent à la foi chrétienne, il est permis de croire que les dispositions hostiles des chrétiens envers les musulmans qui étaient aussi ses ennemis, ont pu engager ce prince à flatter le pape d’un espoir sur lequel il comptait peu lui-même.

Cependant les deux Vénitiens partirent pour retourner dans leur pays, et vers le commencement du voyage, l’ambassadeur tartare qui les accompagnait, tomba malade, resta en arrière et ne les rattrapa plus . Toutefois les voyageurs européens, munis d’un firman du prince qui leur assurait aide, protection et respect partout où ils passaient, parvinrent, au bout de trois ans, jusqu’aux rives de la Méditerranée. Ce fut de Giazza ou Ayas dans le royaume de la Basse-Arménie qu’ils s’embarquèrent pour Acre, alors tombée au pouvoir des chrétiens, et où ils arrivèrent au mois d’avril 1269.

En mettant pied à terre, ils apprirent la nouvelle, de la mort du pape Clément IV ; elle avait eu lieu l’année précédente. Le légat qu’ils trouvèrent à Acre leur conseilla de ne pas parler de l’ambassade dont ils étaient chargés, avant l’élection d’un nouveau pape, ce qui décida les voyageurs à profiter de cet intervalle de temps pour aller revoir leur famille à Venise.

En arrivant dans leur patrie, Nicolo Polo apprit que sa femme, qu’il avait laissée enceinte, était morte en accouchant d’un fils auquel elle avait donné le nom de Marco, en mémoire du frère aîné de son mari. Ce fils, dit la relation, était près de toucher à l’âge viril, et d’après la confrontation des dates incertaines du départ avec celle du retour, 1269, on estime que Marco Polo le célèbre voyageur, fils de Nicolo et auteur de la relation qui nous occupe, était né en 1254, et avait seize ans lorsqu’il vit son père.

Le pape Clément IV était mort à Viterbe au mois de novembre 1268, et ce ne fut qu’au mois de septembre 1271 que Grégoire X, son successeur, fut élu. Pendant trois ans, le sacré collège resta assemblé dans Viterbe et même tenu enfermé par le Podesta de la ville sans pouvoir se réunir. Enfin, par le conseil de saint Bonaventure, présent et cardinal lui-même, il se détermina à faire un compromis entre les mains de six de ses membres, lesquels élurent tout d’une voix Thealde (Théobalde), qui n’était autre que ce légat du pape que les voyageurs vénitiens avaient trouvé à Acre, et qui leur avait conseillé de ne faire connaître l’objet de leur mission qu’après l’élection du pape.

Mais les Polo n’eurent pas la patience d’attendre la décision du sacré collège. Craignant donc d’encourir la disgrâce de leur protecteur asiatique, Maffio et Nicolo prirent la résolution d’aller retrouver le légat à Acre pour s’entendre avec lui et reprendre le chemin de l’Asie. Ce fut dans cette occasion que les deux voyageurs vénitiens emmenèrent avec eux le jeune Marco Polo, fils de Nicolo. Arrivés à Acre, ils se munirent de lettres que le légat leur donna pour remettre à l’empereur de Tartarie, et ils s’embarquèrent pour Ayas. Mais à peine avaient-ils mis à la voile, qu’ils reçurent avis que le légat Théobalde de Plaisance était nommé pape. Ce nouveau pontife ayant fait revenir vers lui les trois voyageurs, substitua aux premières instructions qu’il leur avait données, des lettres papales, écrites selon l’usage que sa nouvelle dignité lui faisait un devoir de suivre. Il leur donna ensuite sa bénédiction et leur confia deux frères prêcheurs, chargés de remettre de riches présens, de la part du pape, au grand Kan des Tartares.

Ces arrangemens et le départ de la famille eurent lieu vers la fin de l’an 1271. Alors la partie septentrionale de la Syrie avait été envahie par le soudan d’Egypte, et l’alarme que causait son approche vers les frontières de la basse Arménie était telle, que les deux frères prêcheurs, commissionnés par le nouveau pape, n’osèrent pas s’y enfoncer et retournèrent prudemment à la côte.

Quant à la famille Polo, sans être arrêtée par l’idée des dangers qu’ils pouvaient courir, ils poursuivirent leur voyage vers l’intérieur de l’Asie, en suivant la direction du nord-est. D’après la relation, il paraît qu’ils n’eurent à surmonter que des difficultés dont les causes étaient naturelles, car rien n’indique qu’ils aient jamais été arrêtés hostilement dans le cours de leur long voyage.

Ils traversèrent la Haute-Arménie, une partie de la Perse, le Khorassan, et arrivèrent dans le pays de Badaksan au milieu des sources de l’Oxus, où ils s’arrêtèrent un an.

Dans ces contrées, alors, comme il arrive aujourd’hui même encore, on ne voyageait qu’avec de grandes difficultés et beaucoup de lenteur. Les conquêtes des Tartares avaient détruit beaucoup de villes, et celles qui restaient étaient souvent à de grandes distances l’une de l’autre. Outre ces inconvéniens, la route que l’on voulait suivre était coupée par des fleuves, des marais, des montagnes et des déserts. Il fallait souvent attendre qu’un assez grand nombre de voyageurs, tendant vers le même but, fussent rassemblés pour former une caravane qui pût surmonter les obstacles qu’offriraient les lieux, et se défendre en cas d’attaque. Peut-être est-ce par des causes de cette nature, jointes aux opérations commerciales que les Polo faisaient en route, que l’on peut expliquer le séjour d’un an qu’ils firent près des sources de l’Oxus. Toutefois il paraît, d’après un passage de la relation (Liv. I, chap. 25), que Marco Polo a éprouvé là une longue indisposition dont il ne s’est rétabli qu’en faisant des excursions dans les montagnes environnantes, dont il vante les salutaires bienfaits.

Ce fut là qu’ils recueillirent des renseignemens sur le royaume de Cachemire et sur d’autres provinces qui forment de ce côté les limites de l’Inde ; mais ils ne voyagèrent pas dans cette direction. Ils suivirent la route qui conduit à la vallée de Vokhan d’où ils montèrent dans les régions élevées de Pamer et de Belor et parvinrent à la ville de Khasghar qui faisait partie des vastes états du grand Kan. Après avoir dit quelques mots de Samarkand, situé à l’ouest de leur route, ils font aussi mention de Yerhen, et vont directement à Koten, ville célèbre. Enfin, après avoir traversé plus leurs villes moins importantes et peu connues aujourd’hui, ils arrivent au désert de Lop ou Kobi, dont ils donnent une description circonstanciée. (Chap. XXXV livre I, édit. Marsden). Après avoir employé trente jours à traverser ce désert, ils entrent dans le district de Tangut, coupent le pays que les Chinois nomment Si-Fan ou Tu-Fan, passent par la ville appelée Scha-Cheu, la Ville du Sable, et de là se dirigent vers l’extrémité ouest de la province de Shen-Si jusqu’à la cité de Kan-cheu.

En cet endroit, ils furent encore obligés de s’arrêter, mais Marco Polo ne donne pas précisément la cause de ce retard ; seulement, il indique que cette ville était une de celles où les voyageurs occidentaux avaient coutume de faire halte et de se reposer.

Il paraîtrait que nos voyageurs, ayant eu des désagrémens à essuyer de la part des autorités locales à Kan-cheu, trouvèrent moyen de faire savoir leur arrivée au grand Kan qui aurait alors ordonné que l’on protégeât au contraire ces voyageurs italiens.

Enfin, ils furent reçus par le grand Kan dans sa capitale nommée Tay-yuen-fu. L’accueil qu’ils reçurent de ce prince fut tout-à-fait favorable. Les voyageurs, après s’être prosternés selon l’usage en présentant leurs lettres, rendirent compte au grand Kan de leur mission et donnèrent les détails de tout ce qu’ils avaient fait en Europe. Le prince les écouta avec intérêt, les loua de leur zèle, accepta avec plaisir les présens qui lui étaient envoyés par le pape, et avec respect un vase rempli d’huile du saint sépulcre de Jésus-Christ, que l’on avait été chercher exprès à Jérusalem, ajoutant, en le recevant, que ses vertus devaient être grandes, si l’on en jugeait par l’importance et la valeur qu’y attachaient les chrétiens.

Le grand Kan remarqua le jeune Marco, notre auteur, et ayant su qu’il était le fils de Nicolo Polo, il l’honora d’un accueil particulier, le prit sous sa protection et lui donna un emploi dans sa maison. Cette position fournit à ce jeune homme les moyens de se distinguer par ses talens et de se faire respecter à la cour du prince tartare. Il adopta les manières du pays, et acquit la connaissance des quatre langues qui y étaient le plus en usage, le mongol, l’iey-ighur, le mantchou et le chinois. Bientôt il devint un favori utile pour son maître qui l’employa à des affaires importantes et délicates dans les parties les plus éloignées du siège de son empire. On voit par exemple au chapitre LXX du IIe livre (édition Marsden), que Marco Polo fut chargé, pendant trois ans, du gouvernement de la ville importante de Yan-gus, qui en comprenait vingt-sept autres dans sa juridiction.

Parmi les contrées dont la relation de Marco Polo révéla l’existence à l’Europe, et auxquelles elle donna une grande célébrité, il faut compter le royaume de Cathay, qui comprend la moitié septentrionale de la Chine, et l’île de Zipangu, que l’on a désignée depuis sous le nom de Japon.

L’île et le royaume de Zipangu ou japon fit naître à Kublaï, le grand Kan, l’idée de s’en rendre maître. Il équipa une flotte nombreuse, et par ce moyen y fit transporter une armée considérable. Mais les vents excitèrent une tempête terrible qui en submergea une partie, et dissipa le reste. Marco Polo, qui reporte cet événement à l’année 1264, était alors dans les états du grand Kan, mais ne dit pas s’il a été témoin de cette catastrophe, ou s’il en parle seulement d’après le rapport de ceux qui avaient fait partie de cette expédition.,

Quoi qu’il en soit, les trois circonstances des voyages de Marco Polo, qui firent impression en Europe lorsqu’il en publia la relation, furent les richesses immenses du grand Kan que l’on regardait comme disposé à se faire chrétien, l’existence du royaume de Cathay où l’or, les perles et toute espèce de richesses étaient en grande abondance, et enfin l’idée d’une grande île, celle de Zipangu (Japon), qui était située à l’extrémité orientale de l’Inde.

Marco Polo profita de ces différentes missions pour observer les mœurs, les usages des habitans, ainsi que les localités et les richesses des différens pays où il se trouvait. Il faisait des notes de toutes les choses remarquables, dans l’intention de satisfaire sur cet important sujet, l’extrême curiosité du grand Kan Kublaï. C’est à ces notes qu’il fît pour accomplir un devoir, que nous devons la relation de ses voyages dont il eut plus tard l’idée de donner connaissance à l’Europe. Au surplus, ce fut cette attention pour son maître qui augmenta la confiance que ce dernier avait en lui, et c’est après avoir présenté ce résultat de ses observations que Kublaï lui confia, pendant trois ans, la place de gouverneur d’un district.

Selon toute apparence, le père et l’oncle de Marco Polo conservèrent aussi la faveur du grand Kan, car peu après l’époque de leur arrivée chez ce prince, ils eurent l’occasion de lui rendre un service signalé. Le prince tartare faisait le siège d’une ville très importante de la Chine, Siang-yang-fu, qui résistait depuis trois ans à ses attaques. Nos deux Vénitiens firent connaître à Kublaï l’usage des catapultes au moyen desquels ils lancèrent tant de pierres dans la ville que les habitans se rendirent.

Il y avait dix-sept ans que nos voyageurs étaient dans ce pays, et jouissaient des plus brillans avantages à la cour du grand Kan, lorsqu’ils éprouvèrent le désir si naturel de revoir leur patrie. L’âge avancé et l’avenir tant soit peu incertain de leur protecteur leur firent faire des réflexions sérieuses sur leur propre sort : craignant que ce prince ne vînt à mourir, ce qui aurait pu faire naître des difficultés insurmontables pour leur retour en Europe, ils témoignèrent le désir de partir. Les efforts qu’ils firent pour obtenir le consentement de l’empereur furent d’abord non-seulement inutiles, mais leur attirèrent même des reproches de la part de Kublaï. Il leur fit entendre que, si la résolution de le quitter était causée par le désir et l’espérance qu’ils avaient d’augmenter leurs richesses, il était disposé à les combler de biens au-delà de tout ce qu’ils pourraient jamais souhaiter, mais que, quant à leur départ, ils ne devaient pas y penser. Au milieu des chagrins que leur causa cette espèce d’esclavage, leur bonne fortune permit qu’ils fussent tirés d’embarras par un événement tout-à-fait inattendu.

Il arriva vers ce temps, à la cour de Kublaï, des ambassadeurs qui lui étaient envoyés par un prince tartare-mongol, nommé Arghun, qui régnait en Perse : c’était le petit-fils de Houlagou, et par conséquent le petit-neveu du grand Kan. Cet Arghun, ayant perdu sa principale femme, issue du sang impérial, avait promis à cette épouse, lorsqu’elle était au lit de mort, de ne pas faire tort à sa mémoire, en formant une nouvelle alliance avec une autre femme inférieure à elle par la naissance. Pour accomplir ce vœu, et d’après les conseils de sa famille, il envoya donc une ambassade à son seigneur suzerain, pour obtenir de lui une femme de leur famille impériale. Cette demande fut aussitôt accueillie par le grand Kan, qui fit choix d’une princesse âgée de dix-sept ans parmi ses petites filles. Elle se nommait Kogatin, dit la relation, et elle était aussi aimable que belle. Les ambassadeurs, satisfaits des qualités de la jeune fiancée royale, se mirent en route, accompagnés d’une suite nombreuse, pour la conduire en Perse ; mais, après avoir voyagé quelques mois, car, ainsi qu’on l’a déjà fait observer, on ne marche pas vite dans ces contrées, la caravane n’osa plus avancer à cause des troubles qui avaient lieu dans différens états, à la suite des querelles fréquentes qui commençaient à s’élever entre les petits princes tartares. La crainte s’empara tellement des ambassadeurs chargés de conduire la jeune princesse, qu’ils prirent le parti de retourner à la capitale du grand Kan. Ce fut à ce moment et lorsque les envoyés de Perse étaient près de Kublaï, que Marco Polo y arriva aussi, revenant d’un grand voyage qu’il avait fait dans les îles voisines de la Chine. Il soumit à son souverain, selon sa coutume, les observations qu’il avait été à même de faire sur la navigation possible de ces mers. Ces renseignemens parvinrent jusqu’aux oreilles des ambassadeurs persans. Ils espérèrent trouver par cette nouvelle route un moyen plus sûr de regagner leur pays, et s’abouchèrent avec les voyageurs vénitiens. Rapprochées par un intérêt commun, l’ambassade persane et la famille vénitienne s’entendirent pour représenter au grand Kan que l’expérience des chrétiens dans les voyages par mer serait une raison pour qu’on les chargeât de conduire la jeune princesse et l’ambassade par la mer de l’Inde jusqu’au golfe Persique.

Quelque contrariété qu’occasionât cette demande à Kublaï, il ne put cependant, à cause de l’impossibilité où les Persans étaient de faire leur voyage par terre, la refuser. On fit donc des préparatifs extraordinaires pour cette expédition ; on équipa quatorze vaisseaux à quatre mâts, dont l’équipage de quelques-uns se montait à deux cent cinquante hommes, et l’on approvisionna cette flotte pour deux ans. Le grand Kan donna des passeports et des lettres de recommandation aux Vénitiens pour tous les lieux soumis à sa puissance ; puis, après leur avoir fait de riches présens en joyaux, il leur dit qu’il comptait sur leur retour et les autorisa à agir comme ses ambassadeurs auprès du pape, des rois de France et d’Espagne et de tous les princes chrétiens.

Cette expédition remarquable mit à la voile vers le commencement de l’an 1291, trois ans avant la mort de Kublaï, et quatre ans avant le retour de Maffio, Nicolo et Marco Polo, à Venise, en 1295. Depuis la rivière Pe-ho qui traverse le district de Pe-King et va se jeter dans la mer Jaune, voici la route que tint la flotte et que trace Marco Polo dans sa relation. Elle toucha d’abord au port de Zaitun dans la province de Fo-Kien, puis passa par l’île de Hai-nan et suivit la côte de Anan ou de la Cochinchine. Après avoir dépassé la côte de Kamboia, on se dirigea vers l’île de Bintan, située à la pointe méridionale de la péninsule Malaise (Malayan). Puis remontant vers le nord-ouest parle détroit que forment cette presqu’île et Sumatra, la flotte, après avoir été arrêtée pendant cinq mois pour attendre un vent favorable, passa près des îles Nicobar et Andamans, et traversa la baie du Bengale, en se dirigeant vers l’île de Ceylan, et de là à Olmuz dans le golfe Persique, où se termina cette grande navigation qui dura dix-huit mois.

A peine la jeune princesse, les ambassadeurs persans et nos Vénitiens étaient-ils débarqués, que l’on apprît qu’Arghun, ce roi mongol pour qui on avait amené une fiancée avec tant de peine, était mort depuis quelque temps (1291) ; que le pays était gouverné par un régent, un protecteur, qui passait pour être disposé à s’emparer de la souveraineté, et que le fils d’Arghun le dernier roi, Ghazan, qui par la suite s’est rendu célèbre en remontant sur le trône de son père, était à la tête d’une armée dans le Korasan, attendant l’occasion de faire valoir ses droits. Nos voyageurs, ainsi que la fiancée et les ambassadeurs, dirigèrent leurs marche vers ce prince, et lorsque les Vénitiens eurent remis entre les mains de Ghazan le dépôt royal qui leur avait été confié par Kublaï, ils allèrent à Tauris où ils se reposèrent des fatigues de leur long voyage, pendant neuf mois. De là ils atteignirent Trébizonde sur les bords de la mer Noire, où ils s’embarquèrent pour retourner à Venise, leur patrie. Ces trois célèbres voyageurs revirent leur pays en 1295, après une absence de vingt-quatre ans.

Au récit qui précède et qui est extrait de la relation même de Marco Polo, on ajoutera ce que les traditions vénitiennes ont conservé de la vie et des aventures de ces voyageurs, lorsqu’ils furent rentrés dans leur pays, en Europe. On prétend qu’à leur arrivée à Venise, on leur fit une réception à-peu-près semblable à celle qu’Ulysse éprouva en abordant à lthaque. Ils ne furent reconnus par personne, pas même par leurs plus proches parens ; car, pendant leur longue absence, on avait répandu le bruit de leur mort, et on la regardait généralement comme certaine. D’ailleurs les fatigues des voyages, les inquiétudes d’esprit qu’ils avaient éprouvées, et le changement que vingt-quatre années avaient apporté sur leurs visages, rendaient l’incrédulité de leurs compatriotes assez naturelle ; leur langage italien, corrompu par l’usage des langues de l’Asie ; leurs manières tant soit peu tartares et leur costume étranger, tout enfin contribuait à les faire méconnaître pour des Italiens.

Le beau palais de la famille Polo, habité par ceux des parens qui n’étaient point sortis de Venise, était situé dans la rue Saint-Jean Chrysostome. Quand nos voyageurs demandèrent à y être admis, ceux de leurs pareils qui occupaient la maison eurent toutes les peines du monde à se persuader que ces hommes si bizarrement vêtus, dont les manières leur paraissaient si étranges, et qu’enfin ils tenaient pour morts, fussent des leurs. Ils ne voulaient pas les reconnaître.

Placés dans cette situation fausse, et désirant se faire reconnaître, nos trois voyageurs eurent recours à un expédient assez singulier. Ils firent faire dans leur palais les apprêts d’une fête magnifique, à laquelle ils invitèrent tous leurs pareils et leurs anciennes connaissances. Lorsque l’heure de se mettre à table fut arrivée, Maffio, Nicolo et Marco Polo sortirent d’un appartement intérieur, vêtus de grandes simarres couleur de pourpre et traînant jusqu’à terre, telles qu’il était d’usage d’en porter alors dans les grandes cérémonies. Après que le lavement des mains fut terminé, comme chacun se mettait en devoir de prendre place à table, ils ôtèrent eux-mêmes ces vêtemens et en mirent d’autres semblables, mais en damas cramoisi. Les premiers habits ayant été déchirés en pièces, on en distribua les morceaux aux serviteurs. Après le premier service, ils se déshabillèrent encore, passèrent de nouvelles simarres de velours cramoisi, partagèrent de nouveau entre les domestiques celles qu’ils venaient de quitter. Enfin, quand le repas fut terminé, on distribua également les robes de velours cramoisi. Alors les trois hôtes parurent vêtus d’habillemens simples et semblables à tous ceux que portait la compagnie. Tous les assistans, fort étonnés de ce qu’ils avaient déjà vu, attendaient avec impatience ce qui allait s’ensuivre. Aussitôt donc que le repas fut terminé et que l’on eut donné l’ordre aux domestiques de se retirer, Marco Polo, comme le plus jeune, se leva de table, passa dans une pièce voisine d’où il revint bientôt, tenant les trois vêtemens sales et usés avec lesquels les trois voyageurs étaient arrivés d’abord dans le palais après leur débarquement. Les trois Polo prirent alors des couteaux et se mirent à découdre la doublure de leurs vieux haillons d’où ils tirèrent, au grand étonnement de la société, une grande quantité de pierreries, telles que rubis, saphirs, escarboucles, diamans, émeraudes etc..

En quittant la cour du grand Kan, ils avaient reçu des richesses immenses de ce prince. Mais comme le transport de si grandes sommes eût été impraticable pendant un aussi long voyage que celui qu’ils avaient à faire, ils avaient converti l’or en pierreries.

Cet amas de bijoux précieux qu’ils offrirent sur la table aux regards des assistans, jeta ces derniers dans la stupéfaction. Cependant, quand ils furent revenus de leur extase, ils commencèrent à croire que les trois voyageurs étaient en effet ces gentilshommes de la maison Polo qu’ils avaient cru morts depuis long-temps, et ils finirent par donner les témoignages du plus profond respect à leurs trois hôtes.

On ne donne pas ce fait comme avéré, mais en diminuant un peu l’exagération romanesque qui s’y trouve, on peut regarder cette anecdote traditionnelle comme fondée sur la vérité ; car de quelque manière que les trois Polo s’y soient pris pour se faire reconnaître à leur compatriotes et à leurs parens, après un voyage dans le fond de l’Inde, qui avait duré 24 ans, il est difficile de croire qu’ils y soient parvenus sans causer d’abord un grand étonnement.

Sitôt que le bruit du retour et du singulier voyage des Polo fut répandu à Venise, il n’y eut personne dans la ville qui ne voulût les voir et leur parler. Depuis les premiers seigneurs jusqu’aux artisans, tous recherchèrent leur conversation et eurent à se louer de leur complaisance. Enfin cette curiosité a laquelle se mêlait un intérêt réel, valut à Maffio, le frère aîné, un emploi important dans la magistrature. Quant au jeune Marco Polo, il était constamment entouré de la jeunesse vénitienne qui ne pouvait se lasser de faire des questions sur le grand Kan et sur le royaume de Cathay. Comme Marco avait, à ce qu’il paraît, une complaisance égale à la curiosité de ceux qui le questionnaient, il arriva qu’à force de répéter dans ses récits que les revenus du grand Kan montaient à dix ou quinze millions de ducats d’or, et d’évaluer toutes les richesses de ces contrées en employant fréquemment le mot million, l’on donna à Marco Polo le surnom de Marco Milione. En effet, ce surnom lui resta, mais il y a des auteurs qui prétendent qu’il lui fut donné seulement à cause des richesses que son oncle, son père et lui avaient rapportées de l’Inde.

Il était de la destinée de Marco Polo de mener une vie toujours agitée. A peine s’était-il écoulé quelques mois depuis son arrivée à Venise, que la république eut avis qu’une flotte génoise, commandée par Lampa Doria, s’était montrée vers l’île de Curzola, sur les côtes de la Dalmatie. Aussitôt les Vénitiens mirent à la mer une flotte composée de galères, en nombre supérieur à celui des ennemis. cette flotte fut confiée au commandement d’Andréa Dandolo, et Marco Polo, connu comme un excellent homme de mer, fut nommé capitaine d’une des galères. Les deux flottes ne tardèrent pas à se trouver en présence, et il y eut un engagement à la suite duquel celle des Vénitiens fut dispersée avec une grande perte. Parmi les prisonniers qui furent faits, outre A. Dandolo lui-même, se trouva aussi notre célèbre voyageur, qui, placé parmi les galères formant la division la plus avancée, se porta en avant avec une bravoure remarquable, et n’ayant point été soutenu, fut obligé de se rendre après avoir reçu une blessure grave.

On l’envoya à Gènes avec les autres prisonniers, ses compagnons d’infortune. Mais sa bravoure, ses qualités personnelles et le bruit qui se répandit de ses longs voyages et des récits qu’il en faisait, contribuèrent bientôt à adoucir les rigueurs de sa captivité. Il fut visité par toutes les personnes les plus distinguées de la ville de Gênes, et chacun se fit un point d’honneur de lui offrir, dans sa position, ce qui pouvait lui être nécessaire et même agréable : c’était à qui parviendrait à entendre parler Marco Polo, du royaume de Cathay et de la puissance du grand Kan Kublaï. Cette nécessité de répéter si souvent la même chose devint sans doute insupportable à Marco Polo, et c’est vraisemblablement à cette cause secondaire que nous sommes redevables de la relation de ses voyages, qu’il dicta pour contenter la curiosité de ses contemporains, et s’épargner de si fréquentes redites. Lorsqu’il prit ce parti, il fit venir de Venise toutes les notes qu’il avait faites en voyage, et que son père avait entre les mains. Avec ces documens, dont il parle plus d’une fois dans son livre, et aidé de sa mémoire, il dicta sa relation, qui fut écrite par un certain Rustighello ou Rustigiello, noble génois. Cet homme, par suite du vif désir qu’il avait de s’instruire dans la connaissance des différentes parties du monde, avait lié une amitié intime avec Marco Polo, et passait presque tout son temps avec lui dans l’endroit où il était retenu prisonnier. Cependant Apostolo Zeno pense, d’après l’autorité d’un des manuscrits de Marco, que le livre a été originairement écrit sous la dictée de l’auteur, par un Pisan prisonnier de guerre avec Marco. Quoi qu’il en soit de ces deux conjectures, le manuscrit a été terminé, et a commencé à circuler dans toute l’Italie et l’Europe en 1298.

Cependant Nicolo Polo, le père de notre auteur, avait formé des projets de mariage pour son fils ; mais la prolongation de sa captivité, dont la fin devenait toujours plus incertaine, lui fit renoncer à cette espérance. Après avoir fait des offres de rançon considérables, le tout sans succès, le vieux Nicolo, craignant de ne pas laisser son immense fortune à des héritiers directs, se décida à se remarier.

Il arriva qu’au bout de quatre ans de captivité, Marco Polo, par suite d’arrangemens entre les deux républiques, recouvra sa liberté. Il retourna donc à Venise et trouva son vieux père, qui était vert encore, entouré de trois fils en bas âge. Marco était un homme de sens et qui avait beaucoup vu ; il ne témoigna aucune humeur de cet accident et résolut de prendre femme aussi, ce qu’il fit. Il n’a point laissé de race masculine. On sait que son testament était daté de 1323, et que sa naissance a eu lieu vers 1254, d’où il suit que l’on peut évaluer la durée de son existence à soixante-dix ans.

Lorsque le livre de Marco Polo parut, on le lut avec une grande avidité, mais personne alors ne crut à la vérité de cette relation. Les poètes, les romanciers, s’emparèrent du personnage du grand Kan et du royaume de Cathay, pour embellir et égayer leurs récits. Cette machine poétique fut mise en usage jusqu’au temps de l’Arioste qui, comme l’on sait, parle souvent de la reine de Cathay. De la lecture du livre de Marco Polo résulta encore une opinion qui s’accrédita dans l’esprit de tous les peuples occidentaux : c’est qu’il y avait au milieu de l’Asie un grand monarque, que l’on désignait sous le nom de grand Kan, qui était chrétien, qui appelait vers lui, par ses vœux, tous ceux des chrétiens occidentaux qui voudraient entreprendre le voyage de Tartarie pour y propager la foi catholique et y instruire les peuples idolâtres dans la religion chrétienne. Les richesses immenses que possédait ce grand Kan n’étaient point oubliées. Dans tous ces désirs vagues que l’on formait pour aller convertir les païens, il se joignait toujours une espérance d’en être largement récompensé par les rubis, les émeraudes et l’or du grand Kan, du prêtre Jean ou du roi des Hassacis dont le vulgaire ne faisait qu’un seul personnage. Les croisades et les relations diplomatiques qui s’étaient établies entre saint Louis et les princes tartares, avaient commencé à répandre toutes ces idées en Europe ; la relation de Marco Polo les y fixa.

Outre ces résultats, ce livre eut encore celui de porter l’attention de quelques savans, et particulièrement celle de Christophe Colomb, sur les études géographiques. On ne peut douter, en lisant la relation originale du premier voyage que fit Christophe Colomb de 1492 à 1504, que toutes les études préliminaires, que toutes les spéculations qu’il avait faites sur l’étendue de la terre et la position relative des différentes contrées, ne fussent calculées d’après les renseignemens que lui avait fournis l’ouvrage de Marco Polo. Voici les propres paroles du fameux voyageur, qui, lorsqu’il venait de découvrir ce nouveau monde, portant aujourd’hui le nom d’Amérique, croyait avoir trouvé un chemin, en traversant la mer dans la direction du couchant, pour arriver à l’extrémité orientale de l’Inde et pénétrer par ce côté dans l’intérieur de ce vieux continent.

« Très hauts, très chrétiens, très excellens et très puissans princes, roi et reine des Espagnes et des îles de la mer, notre seigneur et notre souveraine, cette présente année 1492, après que vos altesses eurent mis fin à la guerre entre les Maures qui régnaient en Europe, et eurent terminé cette guerre dans la très grande cité de Grenade, où, cette présente année, le deuxième jour du mois de janvier, je vis arborer, par la force des armes, les bannières royales de vos altesses sur les tours de l’Alhambra, et où je vis le roi maure se rendre aux portes de la ville et y baiser les mains royales de vos altesses ; aussitôt dans ce présent mois et d’après les informations que j’avais données à vos altesses des terres de l’Inde et d’un prince qui est appelé grand Kan, ce qui veut dire en notre langue vulgaire roi des rois, et de ce que plus leurs fois lui et ses prédécesseurs avaient envoyé à Rome y demander des docteurs en notre sainte foi, pour qu’ils la lui enseignassent ; comme le Saint Père ne l’en avait jamais pourvu, et que tant de peuples se perdaient en croyant aux idolâtries et recevant en eux des sectes de perdition, vos altesses pensèrent, en leur qualité de catholiques chrétiens et de princes amis et propagateurs de la sainte foi chrétienne et ennemis de la secte de Mahomet et de toutes les idolâtries et hérésies, à envoyer moi, Christophe Colomb, auxdites contrées de l’Inde pour voir lesdits princes et les peuples, pour savoir de quelle manière on pourrait s’y prendre pour les convertir à notre sainte foi. Elles m’ordonnèrent de ne point aller par terre à l’Orient, mais de prendre, au contraire, la route de l’Occident, par laquelle nous ne savons pas, jusques aujourd’hui, d’une manière positive que personne ait jamais passé. » (Vol. II, pages 3 et 4.)

Tout plein de cette idée pendant le cours de son voyage de découverte, Colomb, arrivé aux premières îles américaines, dit (vol. Ile, page 77) : « Je voulais remplir d’eau toutes les tonnés des vaisseaux, pour partir d’ici si le temps me le permettait, et faire le tour de cette île jusqu’à ce que j’eusse pu prendre langue avec ce roi et voir si je puis avoir de lui l’or qu’il porte, et partir après pour une autre très grande île, qui doit être, à ce que je crois, (ipango (Zipangu), d’après les renseignemens que me donnent mes Indiens, qui l’appellent Colba, (Cuba). »

Arrivé à l’île de Cuba, il pense qu’il y a la ville de ce nom ; que le pays est un grand continent s’étendant beaucoup au nord ; que le roi de cette contrée est en guerre avec le grand Kan. L’amiral (Colomb) se disposa à envoyer un présent au roi du pays. « Il ajoute qu’il faisait tous ses efforts pour se rendre auprès du grand Kan, qu’il pensait devoir habiter dans les environs ou dans la ville de Cathay, appartenant à ce prince qui est fort puissant, ainsi qu’on le lui assura avant son départ d’Espagne. » (Page 94.)

« On tirera aussi beaucoup de coton de ce pays, ajoute-t-il en parlant de Cuba ; et je crois qu’il s’y vendrait très bien sans qu’on eût besoin de le porter en Espagne, mais seulement dans les grandes villes du grand Kan que nous découvrirons sans doute, et dans plus leurs autres appartenant à d’autres grands seigneurs qui seraient heureux de servir vos altesses. » (Volume II, page 114)-

Plus d’une fois encore, il parle de l’île de Cipango (Zipangu) qu’il compte sans cesse trouver. Au surplus, l’illusion de ce navigateur à l’égard de l’Inde est complète ; et dans une lettre qu’il écrivit à l’intendant en chef du roi et de la reine catholiques, il dit : « Lorsque j’arrivai à l’île la Juana, j’en suivis la côte vers le couchant, et je la trouvai si grande, que je pensais que c’était la Terre-Ferme, LA PROVINCE DU CATHAY ! »

Colomb dans sa relation semble toujours être poussé par l’envie de trouver de l’or, des perles et toute sorte de richesses de cette nature. Quand on ne connaît pas le voyage de Marco Polo et la connexité qu’il a avec celui du Génois, on pourrait accuser ce dernier d’avoir été mu particulièrement par une cupidité tout–à-fait désagréable. Mais avec un peu de réflexion, on s’aperçoit que les notions qu’il avait recueillies en Europe sur l’Inde, sur le royaume du Cathay et du grand Kan, sur les richesses immenses qui s’y trouvaient, lui ont fait rechercher toutes ces matières précieuses comme un renseignement qui pouvait lui indiquer qu’il était effectivement dans le pays, dans cette Inde enfin qu’il cherchait.

En somme, c’est une chose assez remarquable que ce soit un simple négociant de Venise, qui le premier ait fait connaître à l’Europe l’extrémité orientale de l’Inde, et qu’un autre Italien, Colomb, ait découvert l’Amérique presque par hasard, et en voulant aller par mer où Marco Polo était parvenu par terre.

L’homme ne peut réellement s’enorgueillir de rien de ce qu’il fait. Les plus grands génies dans leurs plus grandes entreprises sont les instrumens de la Providence ou les dupes du destin ; car, enfin, sans vouloir diminuer en rien le mérite de Christophe Colomb, mérite immense, toutefois lorsqu’il était à Cuba et qu’il nommait cette île Cipango, il faisait une erreur de tout l’espace que couvre le golfe du Mexique, le continent américain et la mer Pacifique.

le café GOLDONI – LA BOTTEGA DEL CAFFE GOLDONI ATTO TERZO Scena Sesta- LE CAFE ACTE 3 Scène 6

le Café Goldoni

LA BOTTEGA DEL CAFFE GOLDONI
ATTO TERZO- Scena Sesta
Le Café GOLDONI

ACTE III Scène 6
Traduction – Texte Bilingue
Carlo Osvaldo Goldoni

LITTERATURE ITALIENNE

letteratura italiana

CARLO GOLDONI
1707- 1793

La bottega del caffe goldoni le cafe texte et traduction artgitato

 

Traduction Jacky Lavauzelle

La bottega del caffè

LE CAFE

1750 – 1751

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Carlo_Goldoni_-_1750Carlo_Goldoni_-_1750Carlo_Goldoni_-_1750Carlo_Goldoni_-_1750Carlo_Goldoni_-_1750

ATTO TERZO
ACTE III

Scène 6
Scena Sesta

Ridolfo ed Eugenio.
Ridolfo et Eugenio

RIDOLFO
Se posso, voglio vedere di far del bene anche a questa povera diavola.

Si je peux, j’aiderai cette pauvre chose.
E nello stesso tempo facendola partire con suo marito, la signora Vittoria non avrà più di lei gelosia.
Et en même temps, si elle peut prendre congé avec son mari, Madame Vittoria ne sera plus jalouse.
Già mi ha detto qualche cosa della pellegrina.
Déjà, elle m’a dit des choses sur la pèlerine.

EUGENIO
Voi siete un uomo di buon cuore.

Vous êtes un homme de cœur.
In caso di bisogno, troverete cento amici che s’impegneranno per voi.
En cas de besoin, vous trouverez une centaine d’amis qui s’engageront à vos côtés.

RIDOLFO
Prego il cielo di non aver bisogno di nessuno.
Je prie le ciel de n’avoir besoin de personne.
In tal caso non so che cosa potessi sperare.
Si ça arrivait, je ne sais pas ce que je pourrais espérer.
Al mondo vi è dell’ingratitudine assai.
Dans le monde, il y a beaucoup trop d’ingratitude.

EUGENIO
Di me potrete disporre finch’io viva.

Moi vivant, je suis à votre disposition.

RIDOLFO
La ringrazio infinitamente.

Je vous remercie beaucoup.
Ma badiamo a noi.
Mais prenons soin de nous.
Che pensa ella di fare?
Que pensez-vous faire d’elle ?
Vuol andar in camerino da sua moglie, o vuol farla venire in bottega?
Voulez-vous aller dans le salon où se trouve votre femme, ou voulez-vous la faire venir à la boutique ?
Vuol andar solo? 
Voulez-vous y aller seul ?
Vuole che venga anch’io? 
Faut-il que je vienne ?
Comandi.
Commandez.

EUGENIO
In bottega non istà bene;

Dans le magasin ? Non, je ne trouve pas ça bien ;
se venite anche voi, avrà soggezione.
si vous venez aussi, elle ne sera pas à son aise.
Se vado solo, mi vorrà cavare gli occhi…
Si j’y vais seul, elle m’arrachera les yeux
Non importa;
Peu importe;
ch’ella si sfoghi;
Qu’elle s’emporte;
che poi la collera passerà.
alors la colère passera.
Anderò solo.
Je vais y aller seul.

RIDOLFO
Vada pure col nome del cielo.

Allez-y avec l’aide du ciel.

EUGENIO
Se bisogna, vi chiamerò.

Si besoin, je vous appellerai.

RIDOLFO
Si ricordi che io non servo per testimonio.

Souvenez-vous que je ne souhaite pas servir de témoin.

EUGENIO
Oh, che caro Ridolfo! Vado.

Oh, ce cher Ridolfo !
in atto di incamminarsi
Comme s’il s’éloignait

RIDOLFO
Vai bravo!

Bon courage !

EUGENIO
Che cosa credete che abbia da essere?

Comment pensez-vous que cela se passera ?

RIDOLFO
Bene.

Bien.

EUGENIO
Pianti, o graffiature?

Des pleurs ou bien des griffures ?

RIDOLFO
Un poco di tutto.

Un peu des deux !

EUGENIO
E poi?

Et ensuite ?

RIDOLFO
Ognun dal canto suo cura si prenda.

Chacun prendra sa part.

EUGENIO
Se non chiamo, non venite.

Si je ne vous appelle pas, ne venez pas.

RIDOLFO
Già ci s’intende.

C’est bien entendu

EUGENIO
Vi racconterò tutto.

Je vous raconterai tout ensuite.

RIDOLFO
Via, andate.

Allez ! Partez !

EUGENIO
Grand’uomo è Ridolfo!

Un grand homme que ce Ridolfo !
Gran buon amico!
Un vrai bon ami !

 entra nella bottega interna
il entre à l’intérieur du café

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 Traduction Jacky Lavauzelle
    ARTGITATO
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la bottega del caffe Goldoni atto terzo Scena Sesta
le café Goldoni acte 3 scène 6
La bottega del caffè
le café Goldoni

le café GOLDONI – LA BOTTEGA DEL CAFFE GOLDONI ATTO TERZO Scena Quinta- LE CAFE ACTE 3 Scène 5

le Café Goldoni

LA BOTTEGA DEL CAFFE GOLDONI
ATTO TERZO- Scena Quinta
Le Café GOLDONI

ACTE III Scène 5
Traduction – Texte Bilingue
Carlo Osvaldo Goldoni

LITTERATURE ITALIENNE

letteratura italiana

CARLO GOLDONI
1707- 1793

La bottega del caffe goldoni le cafe texte et traduction artgitato

 

Traduction Jacky Lavauzelle

La bottega del caffè

LE CAFE

1750 – 1751

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ATTO TERZO
ACTE III

Scène 5
Scena Quinta

Il garzone del barbiere dalla sua bottega e detti.
Le garçon du barbier de la boutique

GARZONE
Le Garçon
Che volete m’esser Ridolfo?
Que voulez-vous Messer Ridolfo ?

RIDOLFO
Dite al vostro padrone che mi faccia il piacere di tener questa pellegrina in bottega per un poco, fino che venga io a ripigliarla.
Dites à votre maître qu’il me fasse le plaisir de prendre cette pèlerine dans son magasin pendant un certain temps, jusqu’à ce que je vienne la reprendre.

GARZONE
Volentieri, venga, venga, padrona, che imparerà a fare la barba.
Volontiers, venez, venez, madame, je vais vous apprendre à raser.
Benché, per pelare, la ne saprà più di noi altri barbieri.
 Bien que, pour raser, vous en savez plus que nous autres barbiers.

 rientra in bottega
il rentre dans la boutique

PLACIDA
Tutto mi convien soffrire per causa di quell’indegno.
Tout ce que je dois souffrir à cause de cet indigne.
Povere donne!
Pauvres femmes !
E’ meglio affogarsi, che maritarsi così.
Il est préférable de se noyer que de se marier ainsi

entra dal barbiere
elle entre dans la boutique

 

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 Traduction Jacky Lavauzelle
    ARTGITATO
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la bottega del caffe Goldoni atto terzo Scena Quinta
le café Goldoni acte 3 scène 5
La bottega del caffè
le café Goldoni

le café GOLDONI – LA BOTTEGA DEL CAFFE GOLDONI ATTO TERZO Scena Quarta- LE CAFE ACTE 3 Scène 4

le Café Goldoni

LA BOTTEGA DEL CAFFE GOLDONI
ATTO TERZO- Scena Quarta
Le Café GOLDONI
ACTE III Scène 4
Traduction – Texte Bilingue
Carlo Osvaldo Goldoni

LITTERATURE ITALIENNE

letteratura italiana

CARLO GOLDONI
1707- 1793

La bottega del caffe goldoni le cafe texte et traduction artgitato

 

Traduction Jacky Lavauzelle

La bottega del caffè

LE CAFE

1750 – 1751

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Carlo_Goldoni_-_1750Carlo_Goldoni_-_1750Carlo_Goldoni_-_1750Carlo_Goldoni_-_1750Carlo_Goldoni_-_1750

ATTO TERZO
ACTE III

Scène 4
Scena Quarta

Ridolfo ed Eugenio e detta.
Ridolfo et Eugenio

RIDOLFO
Eh via, cosa sono queste difficoltà?

Eh là, quelles sont toutes ces difficultés ?
Siamo tutti uomini, tutti soggetti ad errare.
Nous sommes tous des hommes, tous destinés à errer.
Quando l’uomo si pente, la virtù del pentimento cancella tutti il demerito dei mancamenti.
Quand l’homme se repent, la vertu du repentir efface tout le démérite du manquement.

EUGENIO
 Tutto va bene, ma mia moglie non mi crederà più.
Tout va bien, mais ma femme ne me croit plus.

RIDOLFO
Venga con me;

Venez avec moi;
lasci parlare a me.
Laissez-moi lui parler.
La signora Vittoria le vuol bene;
Madame Vittoria vous aime bien ;
tutto si aggiusterà.
tout se passera bien.

PLACIDA
Signor Eugenio?

Monsieur Eugenio ?

RIDOLFO
Il signor Eugenio si contenti di lasciarlo stare.

Monsieur Eugenio, laissez-le tranquille.
Ha altro che fare, che badare a lei.
Il a une autre affaire qui l’occupe aisément.

PLACIDA
Io non pretendo di sviarli da’ suoi interessi.

Je ne prétends pas qu’il se détourne de ses intérêts.
Mi raccomando a tutti nello stato miserabile in cui mi ritrovo.
Je me recommande à tous vu l’état misérable dans lequel je me trouve.

EUGENIO
 Credetemi, Ridolfo, che questa povera donna merita compassione;
Croyez-moi, Ridolfo, cette pauvre femme mérite la compassion;
è onestissima, e suo marito è un briccone.
Elle est très honnête, et son mari est un scélérat.

PLACIDA
Egli mi ha abbandonata in Torino.

Il m’a abandonnée à Turin.
Lo ritrovo in Venezia, tenta uccidermi, ed ora è sulle mosse per fuggirmi nuovamente di mano.
Je le trouve ici à Venise, il essaie de me tuer, et il est maintenant sur le point de fuir à nouveau.

RIDOLFO
Sa ella dove egli sia?

Vous savez où il se trouve ?

PLACIDA
E’ qui in casa della ballerina;

Il est ici dans la maison de la danseuse ;
mette insieme le sue robe e fra poco se ne andrà.
Il rassemble ses affaires et d’ici peu il sortira.

RIDOLFO
 Se andrà via, lo vedrà.
S’il part, vous allez le voir.

PLACIDA
Partirà per la porta di dietro, ed io non lo vedrò, o se sarò scoperta mi ucciderò.

Il partira par la porte arrière, et je ne le verrai pas, s’il me découvre, il me tuera.

RIDOLFO
 Chi ha detto che anderà via per la porta di dietro?
Qui a dit qu’il passera par la porte de derrière ?

PLACIDA
Quel signore che si chiama Don Marzio.

Le monsieur qui s’appelle Don Marzio.

RIDOLFO
La tromba della comunità.

La trompette de la communauté.
Faccia così: 
Ecoutez :
 si ritiri in bottega qui del barbiere;
retirez-vous dans la boutique du barbier ;
stando lì si vede la porticina segreta.
de là  vous verrez la porte secrète.
Subito che lo vede uscire, mi avvisi, e lasci operare me.
Une fois que vous le verrez sortir, avisez-moi, et laissez-moi opérer.

PLACIDA
In quella bottega non mi vorranno.

Dans ce magasin, ils ne voudrons pas de moi.

RIDOLFO
 Ora… Ehi, m’esser Agabito?

Ola !…Eh ! Messer Agabito ?

(chiama)
il appelle

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 Traduction Jacky Lavauzelle
    ARTGITATO
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la bottega del caffe Goldoni atto terzo Scena Quarta
le café Goldoni acte 3 scène 4
La bottega del caffè
le café Goldoni

le café GOLDONI – LA BOTTEGA DEL CAFFE GOLDONI ATTO TERZO Scena Terza – LE CAFE ACTE 3 Scène 3

le Café Goldoni

LA BOTTEGA DEL CAFFE GOLDONI
ATTO TERZO- Scena Terza
Le Café GOLDONI
ACTE III Scène 3
Traduction – Texte Bilingue
Carlo Osvaldo Goldoni

LITTERATURE ITALIENNE

letteratura italiana

CARLO GOLDONI
1707- 1793

La bottega del caffe goldoni le cafe texte et traduction artgitato

 

Traduction Jacky Lavauzelle

La bottega del caffè

LE CAFE

1750 – 1751

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Carlo_Goldoni_-_1750Carlo_Goldoni_-_1750Carlo_Goldoni_-_1750Carlo_Goldoni_-_1750Carlo_Goldoni_-_1750

ATTO TERZO
ACTE III

Scène 3
Scena Terza

Placida dalla locanda e detto.
Placida de l’auberge

PLACIDA
Sì, nasca quel che può nascere, voglio ritrovare quell’indegno di mio marito.
Oui, quoiqu’il en soit, je veux trouver cet homme indigne que j’ai comme mari.

DON MARZIO
Pellegrina, come va?

Pèlerine, comment allez-vous ?

PLACIDA
Voi, se non m’inganno, siete uno di quelli che erano alla tavola con mio marito?

Vous, si je ne me trompe, étiez aussi à table avec mon mari ?

DON MARZIO
Si, son quello delle castagne secche.

Oui, je suis celui qui a des châtaignes sèches.

PLACIDA
Per carità ditemi dove si trova quel traditore.

Pour l’amour du ciel, pouvez-vous me dire où se trouve ce traître ?

DON MARZIO
Io non lo so, e quand’anche lo sapessi, non ve lo direi.
Je ne sais pas, et même si je le savais, je ne dirais rien.

PLACIDA
Per che causa?

Pour quelle raison ?

DON MARZIO
Perché se lo trovate, farete peggio.
Parce que si vous le trouvez, ce sera pire encore.
 Vi ammazzerà.
Il vous tuera.

PLACIDA
Pazienza.

Tant pis.
Avrò terminato almen di penare.
J’en aurai terminé de souffrir.

DON MARZIO
Eh, spropositi!

Oh, bêtises !
Bestialità!
Idiotie !
Ritornate a Torino.
Repartez à Turin.

PLACIDA
Senza mio marito?

Sans mon mari ?

DON MARZIO
Sì; senza vostro marito.

Oui, sans votre mari.
Ormai, che volete fare?
A présent, que vous voulez en faire?
E’ un briccone.
C ‘est un coquin !

PLACIDA
Pazienza!

Tant pis !
 almeno vorrei vederlo.
au moins, j’aimerais le revoir.

DON MARZIO
Oh, non lo vedete più.

Oh, vous ne le verrez plus.

PLACIDA
Per carità, ditemi, se lo sapete;

Pour l’amour du ciel, dites-moi ce que vous savez.
è egli forse partito?
est-il parti ?

DON MARZIO
E’ partito, e non è partito.
Il est parti sans partir.

PLACIDA
Per quel che vedo, V. S. sa qualche cosa di mio marito?

A ce que je vois, Votre Seigneurie sait quelque chose à propos de mon mari ?

DON MARZIO
Io?
Moi ?
So, e non so, ma non parlo.
Je sais et je ne sais pas, mais je ne parle pas !

PLACIDA
Signore, muovetevi a compassione di me.

Seigneur, ayez de la compassion pour moi.

DON MARZIO
Andate a Torino, e non pensate ad altro.

Partez à Turin, et ne pas pensez plus à autre chose.
Tenete, vi dono questi due zecchini.
Tenez, voici ces deux sequins.

PLACIDA
Il Cielo vi rimeriti la vostra carità;
Le Ciel remercie votre bienfaisance;
ma non volete dirmi nulla di mio marito?
mais vous ne voulez-vous pas me dire quelque chose à propos de mon mari ?
Pazienza!
Tant pis !
me ne anderò disperata.
Je pars désespérée.
in atto di partire piangendo
elle mime un départ en pleurant

DON MARZIO
Povera donna!

Pauvre femme !
da sé
à part
Ehi?
Eh ?
la chiama
il l’appelle

PLACIDA
Signore!

Monsieur !

DON MARZIO
Vostro marito è qui in casa della ballerina, che prende la sua roba, e partirà per la porta di dietro.
Votre mari est ici, dans la maison de la danseuse, il prend ses affaires et va sortir par la porte de derrière.
parte
il part

PLACIDA
E’ in Venezia! 

Il est à Venise !
Non è partito!
Il n’est donc pas parti !
E’ in casa della ballerina!
Il est ici dans la maison de la danseuse!
Se avessi qualcheduno che mi assistesse, vorrei di bel nuovo azzardarmi.
Si j’avais quelqu’un pour m’aider, je tenterais bien autre chose.
Ma così sola temo di qualche insulto.
Mais seule, je peux craindre quelques insultes.

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 Traduction Jacky Lavauzelle
    ARTGITATO
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la bottega del caffe Goldoni atto terzo Scena terza
le café Goldoni acte 3 scène 3

La bottega del caffè
le café Goldoni