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SHAKESPEARE SONNET 6 L’ÂPRE MAIN DE L’HIVER Then let not winter’s ragged hand deface

Then let not winter’s ragged hand deface
L’ÂPRE MAIN DE L’HIVER
WILLIAM SHAKESPEARE

THE SONNETS – LES SONNETS


WILLIAM SHAKESPEARE
[1564 – 1616]

Traduction JACKY LAVAUZELLE

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SONNET 6

The Sonnets
Les Sonnets
Then let not winter’s ragged hand deface
L’ÂPRE MAIN DE L’HIVER

1599-1609 

*

 

Then let not winter’s ragged hand deface,
Aussi ne laisse pas effacer l’âpre main de l’hiver,
In thee thy summer, ere thou be distill’d:
En toi, ton été, avant que tu ne te sois distillée :
Make sweet some vial; treasure thou some place
Coule doucement dans quelque flacon ; thésaurise en un lieu
With beauty’s treasure ere it be self-kill’d.
Le trésor de beauté avant qu’elle ne finisse ses jours.

*

That use is not forbidden usury,
Cette usage n’interdit pas l’usure
Which happies those that pay the willing loan;
Qui rend heureux celui qui paie ses dettes ;
That’s for thy self to breed another thee,
Voilà que tu dois reproduire un autre toi-même,
Or ten times happier, be it ten for one;
Dix fois plus heureux, si tu donnes dix pour un ;

*

Ten times thy self were happier than thou art,
Dix fois ton moi te rendraient plus heureuse,
If ten of thine ten times refigur’d thee:
Si les dix se reproduisaient à leur tour dix fois :
Then what could death do if thou shouldst depart,
Alors que pourrait alors faire la mort si tu partais,

*

Leaving thee living in posterity?
Te laissant vivant dans la postérité ?
Be not self-will’d, for thou art much too fair
Ne sois pas avare, car tu es beaucoup trop belle
To be death’s conquest and make worms thine heir.
Pour être la conquête de la mort et faire des vers tes héritiers.

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SONNET 6
Then let not winter’s ragged hand deface
L’ÂPRE MAIN DE L’HIVER
WILLIAM SHAKESPEARE

LES SONNETS SHAKESPEARE THE SONNETS 1598-1599 – 1609

 WILLIAM SHAKESPEARE
THE SONNETS – LES SONNETS


WILLIAM SHAKESPEARE
[1564 – 1616]

Traduction JACKY LAVAUZELLE

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SONNET

The Sonnets
Les Sonnets

 1598-1599-1609

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SONNET 1

From fairest creatures we desire increase,
Des plus belles créatures nous désirons le décuplement,
That thereby beauty’s rose might never die,
Pour que la rose de la beauté ne meure jamais,

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SONNET 2

When forty winters shall besiege thy brow,
Lorsque quarante hivers assiégeront ton front,
And dig deep trenches in thy beauty’s field,
Et creuseront des profondes tranchées dans le champ de ta beauté,

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SONNET 3

Look in thy glass, and tell the face thou viewest
Regarde ton miroir, et dis au visage que tu regardes
Now is the time that face should form another;
Qu’il est venu le temps où ce visage doit devenir autre ;

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SONNET 4

Unthrifty loveliness, why dost thou spend
Prodigue beauté, pourquoi dilapides-tu
Upon thy self thy beauty’s legacy?
L’héritage de ta beauté?

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SONNET 5

Those hours, that with gentle work did frame
Ces heures qui ont sculpté d’un si doux travail
The lovely gaze where every eye doth dwell,
Ce beau regard où chaque oeil s’attarde,

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SONNET 6

Then let not winter’s ragged hand deface,
Aussi ne laisse pas effacer l’âpre main de l’hiver,
In thee thy summer, ere thou be distill’d:
En toi, ton été, avant que tu ne te sois distillée :

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SONNET 7

 Lo! in the orient when the gracious light
Vois ! vois vers l’orient quand la lumière gracieuse du soleil
Lifts up his burning head, each under eye
Lève sa tête brûlante, chaque œil

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SONNET 8

Music to hear, why hear’st thou music sadly?
Ta voix est musique, pourquoi écouter la musique tristement ?
Sweets with sweets war not, joy delights in joy:
Le doux au doux ne s’oppose, la joie dans la joie se plaît :

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SONNET 9

Is it for fear to wet a widow’s eye,
Est-ce par crainte de mouiller les yeux d’une veuve,
That thou consum’st thy self in single life?
 Que tu te dessèches dans une vie solitaire ?

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SONNET 10

For shame! deny that thou bear’st love to any,
Quelle honte ! Nies-tu que tu n’aimes personne,
Who for thy self art so unprovident.
Tu es pour toi-même si aventurière.

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SONNET 11

 As fast as thou shalt wane, so fast thou grow’st,
Aussi vite que tu péricliteras, aussi vite tu grandiras,
In one of thine, from that which thou departest;
Dans l’un des tiens, de tout ce dont tu t’es départi ;

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SONNET 12

When I do count the clock that tells the time,
Quand je compte les heures de l’horloge,
And see the brave day sunk in hideous night;
Et vois la journée courageuse s’enfoncer dans une hideuse nuit ;

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SONNET 13

O! that you were your self; but, love you are
O ! si seulement vous étiez vous-même ! Mais, ma bien-aimée,
No longer yours, than you your self here live:
Vous n’êtes à vous qu’ici-bas :

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SONNET 14

Not from the stars do I my judgement pluck;
Ce n’est pas des étoiles que mon jugement puise ;
 And yet methinks I have astronomy,
Et pourtant, je pense que je suis sensible à l’astronomie,

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SONNET 15

When I consider every thing that grows
Quand je considère que tout ce qui se développe
Holds in perfection but a little moment,
 Ne se tient dans la perfection qu’un si court moment,

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SONNET 16

 But wherefore do not you a mightier way
Mais pourquoi n’avez-vous pas de manière plus puissante
Make war upon this bloody tyrant, Time?
Pour guerroyer contre ce tyran sanguinaire : le Temps ?

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SONNET 17

Who will believe my verse in time to come,
Qui croira mes versets dans les temps à venir,
If it were fill’d with your most high deserts?
Si de vos mérites les plus élevés, ils s’en trouvaient saturés ?

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SONNET 18

Shall I compare thee to a summer’s day?
Dois-je te comparer à un jour d’été ?
Thou art more lovely and more temperate:
Tu es plus belle et plus tempérée :

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WILLIAM SHAKESPEARE

Shakespeare
The Droeshout portrait
1623

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WILLIAM SHAKESPEARE
par CHATEAUBRIAND

extrait

Des commentateurs se sont figuré que Shakespeare rendait hommage à la reine Élisabeth ou à lord Southampton, transformé symboliquement dans les sonnets en une maîtresse. Rien de plus commun au XVe siècle que ce mysticisme de sentiment et cet abus de l’allégorie : Hamlet parle d’Yorick comme d’une femme, quand les fossoyeurs retrouvent sa tête. « Hélas ! pauvre Yorick ! je l’ai connu, Horatio : c’était un compagnon joyeux et d’une imagination exquise……… Là étaient attachées ces lèvres que j’ai baisées ne sais combien de fois ! »
That I have kiss’d, I know not how oft.
Au temps de Shakespeare l’usage de s’embrasser sur la joue était inconnu : Hamlet dit à Yorick ce que Marguerite d’Écosse disait à Alain Chartier.
Quoi qu’il en soit beaucoup de sonnets sont visiblement adressés à des femmes. Des jeux d’esprit gâtent ces effusions érotiques ; mais leur harmonie avait fait surnommer l’auteur le poète à la langue de miel.
Le créateur de Desdémone et de Juliette vieillissait sans cesser d’être amoureux. La femme inconnue à laquelle il s’adresse en vers charmants, était-elle fière et heureuse d’être l’objet des sonnets de Shakespeare ? On peut en douter la gloire est pour un vieil homme ce que sont les diamants pour une vieille femme : ils la parent, et ne peuvent l’embellir…

SHAKESPEARE
Chateaubriand
Revue des Deux Mondes
Tome 5
1836