Archives par mot-clé : Tagebücher

FRANZ KAFKA – JOURNAL INTIME – Tagebücher – 1911 -LE CORPS – LA FOLIE COMME ISSUE

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Symbole-Artgitato-6.jpg.

*
FRANZ KAFKA

3 juillet 1883 Prague – 3 juin 1924 Kierling

Traduction Jacky Lavauzelle

________________________________________

LE JOURNAL INTIME
Tagebücher

________________________________________

1911
LE CORPS
LA FOLIE COMME ISSUE

________________________________________

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Le-journal-intime.jpg.
Albrecht Dürer, Autoportrait nu, v. 1509, Château de Weimar, détail

1911

[Kafka a 27 ans – 28 ans]

Willem van den Broecke, Etude anatomique,1563

******

3.Januar.
3 janvier
Bei dem plötzlichen Reden flog mir etwas Speichel als schlechtes Vorzeichen aus dem Mund.
Pendant le discours soudain, de la salive a jailli de ma bouche comme un mauvais présage.

12.Januar.
12 janvier
Ich habe vieles in diesen Tagen über mich nicht aufgeschrieben, teils aus Faulheit (ich schlafe jetzt so viel und fest bei Tag, ich habe während des Schlafes ein größeres Gewicht), teils aber auch aus Angst, meine Selbsterkenntnis zu verraten.
Je n’ai pas beaucoup écrit sur moi ces jours-ci, en partie par paresse (je dors maintenant tellement et si fermement pendant la journée, j’ai un poids plus lourd pendant le sommeil), mais en partie par peur de trahir ma connaissance de moi-même.

19.Februar.
19 février
Wie ich heute aus dem Bett steigen wollte, bin ich einfach zusammengeklappt.
En voulant sortir du lit aujourd’hui, je me suis simplement effondré.
Es hat das einen sehr einfachen Grund, ich bin vollkommen überarbeitet.
Il y a une raison très simple à cela : je suis complètement surmené.
Nicht durch das Bureau, aber durch meine sonstige Arbeit.
Pas par le bureau, mais par mon autre travail.
Das Bureau hat nur insofern einen unschuldigen Anteil daran, als ich, wenn ich nicht hinmüßte, ruhig für meine Arbeit leben könnte und nicht diese sechs Stunden täglich dort verbringen müßte, die mich besonders Freitag und Samstag, weil ich voll meiner Sachen war, gequält haben, daß Sie es sich nicht ausdenken können.
Le bureau a un rôle innocent seulement en ce que, si je n’avais pas à y aller, je pourrais vivre tranquillement pour mon travail et ne pas avoir à y passer six heures par jour, ce qui m’a particulièrement tourmenté vendredi et samedi parce que j’étais plein de mes affaires, à un point que vous ne pouvez imaginer.

Nur ist es eben für mich ein schreckliches Doppelleben, aus dem es wahrscheinlich nur den Irrsinn als Ausweg gibt.
Mais pour moi, ce n’est qu’une terrible double vie, dont il n’y a probablement que la folie comme issue.
Ich schreibe das bei gutem Morgenlicht und würde es sicher nicht schreiben, wenn es nicht so wahr wäre und wenn ich Sie nicht so liebte wie ein Sohn.
J’écris ceci dans la lumière du bon matin et je ne l’écrirais certainement pas si ce n’était pas si vrai et si je ne t’aimais pas autant qu’un fils.

19.Februar.
19 février
Die besondere Art meiner Inspiration, in der ich Glücklichster und Unglücklichster jetzt um zwei Uhr nachts schlafen gehe (sie wird vielleicht, wenn ich nur den Gedanken daran ertrage, bleiben, denn sie ist höher als alle früheren), ist die, daß ich alles kann, nicht nur auf eine bestimmte Arbeit hin.
Le type d’inspiration spécial où je suis, le plus heureux et le plus malheureux, quand je vais me coucher à deux heures du matin (cela peut perdurer si je peux le supporter, car elle est supérieure à toutes les précédentes), c’est que je peux tout faire, pas seulement concernant un travail spécifique.
Wenn ich wahllos einen Satz hinschreibe, zum Beispiel: »Er schaute aus dem Fenster«, so ist er schon vollkommen.
Si j’écris au hasard une phrase, par exemple: «Il a regardé par la fenêtre», c’est déjà parfait.

20.Februar.
20 février
Mella Mars in der « Lucerna ».
Mella Mars au Lucerna.
…Beim Auftreten hat sie ein müdes, allerdings auch flaches leeres altes Gesicht, wie dies für alle bewußten Schauspieler ein natürlicher Anlauf ist.
Quand elle apparaît, elle a un vieux visage fatigué, mais aussi plat et vide, ce qui est un commencement naturel pour tous les acteurs conscients.
Sie spricht sehr scharf, auch ihre Bewegungen sind so, von dem durchgebogenen Daumen angefangen, der statt der Knochen harte Sehnen zu haben scheint.
Elle parle très fort, ses mouvements sont forcés, à commencer par le pouce plié, qui semble posséder des tendons au lieu des os.
Besondere Wandlungsfähigkeit ihrer Nase durch die wechselnden Lichter und Vertiefungen der ringsherum spielenden Muskeln.
Flexibilité particulière de son nez à travers les lumières changeantes et affaissement des muscles qui jouent.

20.Februar.
21 février
Einen Augenblick lang fühlte ich mich umpanzert.
Pendant un moment, je me suis senti indestructible.
Wie fern sind mir zum Beispiel die Armmuskeln.
Comme mes muscles sont loin de mes bras, par exemple.

26 März.
26 mars
Theosophische Vorträge des Dr. Rudolf Steiner, Berlin.
Conférences théosophiques du Dr Rudolf Steiner, Berlin.
Rhetorische Wirkung
Effet rhétorique

Wird aber der Punkt ausgelassen, dann weht der nicht mehr gehaltene Satz unmittelbar mit ganzem Atem den Zuhörer an.
Mais si le point final de la phrase est laissé de côté, la phrase n’est plus maintenue et elle frappe alors l’auditeur de tout son souffle.

28 März.
28 mars
Maler P.-Karlin, seine Frau, zwei breite große Vorderzähne oben, die das große, eher flache Gesicht zuspitzen.
Le peintre P.-Karlin, sa femme et ses deux larges et grandes dents supérieures devant, qui aiguisent ce grand visage plutôt plat
Frau Hofrat B., Mutter des Komponisten, der das Alter ihr starkes Knochengerüst so hervortreibt, daß sie zumindest im Sitzen wie ein Mann aussieht.
Mme B., la mère du compositeur, l’âge a décharné puissamment sa structure osseuse qu’elle ressemble à un homme en position assise.

Noch ein ähnlicher Münchener Fall.
Un autre cas similaire à Munich.
– Ein Münchener Arzt heilt mit Farben, die Dr. Steiner bestimmt.
– Un médecin de Munich guérit avec des couleurs que le Dr Steiner choisit.
Er schickt auch Kranke in die Pinakothek mit der Vorschrift, vor einem bestimmten Bild eine halbe Stunde oder länger sich zu konzentrieren.
Il envoie également les malades à la galerie d’art avec l’instruction de se concentrer pendant une demi-heure ou plus devant une certaine image.
Atlantischer Weltuntergang, lemurischer Untergang und jetzt der durch Egoismus.
Fin du monde atlantique, destin lémurien, à travers notre égoïsme. –
– Wir leben in einer entscheidenden Zeit.
Nous vivons à une époque cruciale.

Er hörte äußerst aufmerksam zu, ohne mich offenbar im geringsten zu beobachten, ganz meinen Worten hingegeben.
Il a écouté très attentivement, ne m’observant apparemment pas du tout, totalement absorbé par mes paroles.
Er nickte von Zeit zu Zeit, was er scheinbar für ein Hilfsmittel einer starken Konzentration hält.
Il hochait la tête de temps en temps, ce qui semble aider à une forte concentration.
Am Anfang störte ihn ein stiller Schnupfen, es rann ihm aus der Nase,
immerfort arbeitete er mit dem Taschentuch bis tief in die Nase hinein, einen Finger an jedem Nasenloch.

Au début, son nez qui coulait doucement le gênait, il continuait à travailler avec son mouchoir profondément dans son nez, un doigt dans chaque narine.

15. August.
15 août
Die Zeit, die jetzt verlaufen ist und in der ich kein Wort geschrieben habe, ist für mich deshalb so wichtig gewesen, weil ich auf den Schwimmschulen in Prag, Königssaal und Czernoschitz aufgehört habe, für meinen Körper mich zu schämen.
Le temps qui s’est écoulé et dans lequel je n’ai pas écrit un mot a été si important pour moi car j’ai cessé d’avoir honte de mon corps dans les écoles de natation de Prague, du Königssaal et de Czernoschitz.
Wie spät hole ich jetzt mit achtundzwanzig Jahren meine Erziehung nach, einen verspäteten Start würde man das bei einem Wettlaufen nennen.
Je dois rattraper mon éducation à l’âge de vingt-huit ans, un départ retardé si nous étions dans une course.
Und der Schaden eines solchen Unglücks besteht nicht vielleicht darin, daß man nicht siegt; dieses letzte ist ja nur der noch sichtbare, klare gesunde Kern des weiterhin verschwimmenden grenzenlos werdenden Unglücks, das einen, der man doch den Kreis umlaufen sollte, in das Innere des Kreises treibt.
Et le mal d’un tel malheur n’est peut-être pas dans le fait de ne pas vaincre ; ce dernier malheur n’est que le noyau encore visible, clair et sain du malheur flou et illimité qui nous conduit à l’intérieur du cercle, alors que nous devrions le contourner.
Übrigens habe ich auch vieles andere in dieser zum kleinen Teil auch glücklichen Zeit an mir bemerkt und werde es in den nächsten Tagen aufzuschreiben versuchen.
Soit dit en passant, j’ai également remarqué beaucoup d’autres choses en moi pendant cette période partiellement heureuse et j’essaierai de les écrire dans les prochains jours.

26. August.
26 août
Morgen soll ich nach Italien fahren.
Je suis censé aller en Italie demain.
Jetzt abends konnte der Vater vor Aufregung nicht einschlafen, da er ganz von der Sorge um das Geschäft und von seiner dadurch aufgeweckten Krankheit ergriffen war.
Mon père n’a pas pu s’endormir d’excitation ce soir car il était submergé par l’inquiétude pour l’entreprise et par sa maladie qui l’a réveillé.
Auf das Herz ein nasses Tuch, Brechreiz Luftmangel, seufzendes Hin- und Hergehn.
Un chiffon humide sur le cœur, des nausées, des suffocations, des soupirs constants.
Die Mutter in ihrer Angst findet neuen Trost.
Ma mère dans sa peur trouve quand même de nouvelles consolations.
Immer sei er doch so energisch gewesen, über alles sei er hinweggekommen und jetzt -.
Il était toujours était énergique, il a toujours tout surmonté et maintenant -.
Ich sage, daß der Jammer mit dem Geschäft doch nur ein Vierteljahr noch dauern könne, dann müsse doch alles gut werden.
Je dis que les misères qui s’abattent sur l’entreprise ne devrait durer que quelques mois, ensuite tout devrait bien se passer.
Er geht seufzend und den Kopfschüttelnd auf und ab.
Il soupire et secoue la tête de haut en bas.

Durch sein häufiges Gähnen oder sein übrigens nicht unappetitliches In-die-NaseGreifen erzeugt der Vater eine kleine, kaum zum Bewußtsein kommende Beruhigung über seinen Zustand;
Par ses bâillements fréquents ou par la façon dont il se touche le nez, mon père donne une assurance à peine conscient de son état ;
trotzdem er dies; wenn er gesund ist, im allgemeinen nicht macht.
mais il le fait; quand il est en bonne santé, généralement non.


26. September.
26 septembre
Der Zeichner Kubin empfiehlt als Abführmittel Regulin, eine zerstampfte Alge, die im Darm aufquillt, ihn zum Zittern bringt, also mechanisch wirkt, zum Unterschied von der ungesunden, chemischen Wirkung anderer Abführmittel, die bloß den Kot durchreißen, ihn also an den Darmwänden hängenlassen.
L’illustrateur Kubin recommande Regulin comme laxatif, une algue broyée qui gonfle dans l’intestin et le fait trembler, c’est-à-dire qu’elle fonctionne mécaniquement, contrairement à l’effet malsain et chimique d’autres laxatifs qui ne déchirent que les fèces, c’est-à-dire les laissant dans les parois intestinales.
Er ist mit Hamsun bei Langen zusammengekommen.
Il a rencontré Hamsun chez Langen.
Er (Hamsun) feixt grundlos: Während des Gespräches, ohne daß er es unterbrochen hätte, hob er seinen Fuß aufs Knie, nahm vom Tisch eine große Papierschere und schnitt rundherum die Fransen seiner Hose ab.
Celui-ci (Hamsun) sourit sans raison : pendant la conversation, sans l’avoir interrompue, il posa le pied sur le genou, prit une grande paire de ciseaux et coupa les franges des bords de son pantalon.
Schäbig angezogen, mit irgendeinem wertvolleren Detail, zum Beispiel Krawatte.
Négligemment habillé, avec quelques détails plus recherchés, comme une cravate.

Kubin selbst: sehr stark, aber etwas einförmig bewegtes Gesicht, mit der gleichen Muskelanspannung beschreibt er die verschiedensten Sachen: Sieht verschieden alt, groß und stark aus, je nachdem er sitzt, aufsteht, bloßen Anzug oder Überzieher hat.
Kubin lui-même : visage très compact, mais avec des mouvements quelque peu uniforme, et avec la même tension musculaire, il décrit une grande variété de choses : son apparence, sa taille et sa force diffèrent selon la façon dont il s’assoit, se lève, n’a pas de costume ou s’il porte un pardessus.

27. September.
27 septembre
Gestern auf dem Wenzelsplatz zwei Mädchen begegnet, zu lange den Blick auf einer gehalten, während gerade die andere, wie sich zu spät zeigte, einen häuslich weichen, braunen, faltigen, weiten, vorn ein wenig offenen Mantel trug, zarten Hals und zarte Nase hatte, das Haar war in einer schon vergessenen Weise schön.
Hier, j’ai rencontré deux filles sur la place Venceslas, j’ai attardé mes yeux trop longtemps sur l’une, tandis que l’autre, comme il s’est avéré plus tard, portait un manteau large doux, brun, froissé, avec un front légèrement ouvert, un cou et un nez délicats, les cheveux étaient magnifiques d’une belle manière que j’ai déjà oubliée.
Alter Mann mit locker hängenden Hosen auf dem Belvedere.
Un vieil homme avec un pantalon ample est sur le Belvédère.
Er pfeift; wenn ich ihn anschaue, hört er auf; schaue ich weg, fängt er wieder an; endlich pfeift er, auch wenn ich ihn anschaue.
Il siffle ; quand je le regarde, il s’arrête ; si je regarde ailleurs, il recommence ; enfin il siffle même quand je le regarde.
Der schöne große Knopf, schön angebracht unten auf dem Ärmel eines Mädchenkleides.
Le beau gros bouton, magnifiquement placé sur la manche d’une robe de fille.
Das Kleid auch schön getragen, über amerikanischen Stiefeln schwebend.
La robe est également portée gracieusement, planant sur des bottes américaines.
Wie selten gelingt mir etwas Schönes, und diesem unbeachteten Knopf und seiner unwissenden Schneiderin gelingt’s
Comme il ne m’arrive que rarement à réaliser quelque chose de beau, alors que ce bouton ignoré et son tailleur ignorant réussissent.

2. Oktober.
2 octobre
Schlaflose Nacht.
Nuit blanche.
Schon die dritte in einer Reihe.
Déjà le troisième d’affilée.
Ich schlafe gut ein, nach einer Stunde aber wache ich auf, als hätte ich den Kopf in ein falsches Loch gelegt.
Je m’endors bien, mais après une heure je me réveille comme si j’avais mis ma tête dans un mauvais trou.
Ich bin vollständig wach, habe das Gefühl, gar nicht oder nur unter einer dünnen Haut geschlafen zu haben, habe die Arbeit des Einschlafens von neuem vor mir und fühle mich vom Schlaf zurückgewiesen.
Je suis pleinement éveillé, j’ai l’impression de ne pas avoir dormi du tout ou seulement sous une peau mince, j’ai ce labeur d’essayer m’endormir devant moi et je me sens rejeté par le sommeil.
Und von jetzt an bleibt es die ganze Nacht bis gegen fünf so, daß ich zwar schlafe, daß aber bald starke Träume mich gleichzeitig wachhalten.
Et à partir de maintenant, toute la nuit jusqu’à environ cinq heures, bien que je dorme, ces rêves forts me garderont éveillé en même temps.
Neben mir schlafe ich förmlich, während ich selbst mit Träumen mich herumschlagen muß.
Je dors littéralement à côté de moi pendant que je dois gérer moi-même mes rêves.
Gegen fünf ist die letzte Spur von Schlaf verbraucht, ich träume nur, was anstrengender ist als Wachen.
À cinq heures, la dernière trace de sommeil est épuisée, je ne fais que rêver, ce qui est plus épuisant même que l’éveil.
Kurz, ich verbringe die ganze Nacht in dem Zustand, in dem sich ein gesunder Mensch ein Weilchen lang vor dem eigentlichen Einschlafen befindet.
En bref, je passe toute la nuit dans l’état dans lequel une personne en bonne santé est pendant un certain temps avant de réellement s’endormir.
Wenn ich erwache, sind alle Träume um mich versammelt, aber ich hüte mich, sie zu durchdenken.
Quand je me réveille, tous les rêves se rassemblent autour de moi, mais je fais attention de ne pas y penser.
Gegen früh seufze ich in den Polstern, weil für diese Nacht alle Hoffnung vorüber ist.
Tôt le matin, je soupire dans mon oreiller car tout espoir est parti pour cette nuit.
Ich denke an jene Nächte, an deren Ende ich aus dem tiefen Schlaf gehoben wurde, und erwachte, als wäre ich in einer Nuß eingesperrt gewesen.
Je pense aux nuits au bout desquelles je sortais de mon sommeil profond et je m’éveillé comme si j’étais enfermée dans une noix.

Ich war heute so schwach, daß ich sogar meinem Chef die Geschichte von dem Kind erzählte.
J’étais si faible aujourd’hui que j’ai même raconté à mon patron l’histoire de l’enfant.
Jetzt erinnerte ich mich, daß die Brille im Traum von meiner Mutter stammt, die am Abend neben mir sitzt und unter ihrem Zwicker während des Kartenspiels nicht sehr angenehm zu mir herüberschaut.
Maintenant, je me souviens que les lunettes dans le rêve venaient de ma mère, qui, assise à côté de moi le soir, me suit du regard par dessus ses lorgnons en jouant aux cartes.
Ihr Zwicker hat sogar, was ich früher bemerkt zu haben mich nicht erinnere, das rechte Glas näher dem Auge als das linke.
Son lorgnon, dont je ne me souvenais pas plus tôt, a même le verre droit plus près de l’œil que le gauche.



3. Oktober.
3 octobre
Die gleiche Nacht, nur noch schwerer eingeschlafen.
La même nuit, je me suis endormi plus laborieusement encore.
Beim Einschlafen ein vertikal gehender Schmerz im Kopfüber der Nasenwurzel, wie von einer zu scharfgepreßten Stirnfalte.
Lors de l’endormissement, une douleur se déplaçant verticalement dans la tête au-dessus de l’arête du nez, comme si le pli du front était trop froncé.
Um möglichst schwer zu sein, was ich für das Einschlafen für gut halte, hatte ich die Arme gekreuzt und die Hände auf die Schultern gelegt, so daß ich dalag wie ein bepackter Soldat.
Afin d’être le plus lourd possible, ce qui me semble bon pour s’endormir, j’avais croisé les bras et mis les mains sur mes épaules afin de m’allonger comme un soldat avec tout son équipement.
Wieder war es die Kraft meiner Träume, die schon ins Wachsein vor dem Einschlafen strahlen, die mich nicht schlafen ließ.
Encore une fois, c’est la puissance de mes rêves qui s’est réveillée avant que je m’endorme et qui ne m’a plus laissé dormir.
Das Bewußtsein meiner dichterischen Fähigkeiten ist am Abend und am Morgen unüberblickbar.
La conscience de mes compétences poétiques est impossible à ignorer le soir comme le matin.
Ich fühle mich gelockert bis auf den Boden meines Wesens und kann aus mir heben, was ich nur will.
Je me sens détendu au fond de mon être et je peux sortir ce que je veux de moi-même.

Endlich sage ich es, behalte aber den großen Schrecken, daß zu einer dichterischen Arbeit alles in mir bereit ist und eine solche Arbeit eine himmlische Auflösung und ein wirkliches Lebendig werden für mich wäre, während ich hier im Bureau um eines so elenden Aktenstückes willen einen solchen Glückes fähigen Körper um ein Stück seines Fleisches berauben muß.
Je le dicte enfin, mais en conservant, avec effroi, que tout en moi est prêt pour un travail poétique et qu’un tel travail serait une dissolution céleste et une vraie vie pour moi, alors qu’ici, au bureau, pour un si travail si misérable, pour ce corps capable de bonheur, je dois arracher de mon corps un morceau de sa chair.

4. Oktober.
4 octobre
Ich bin unruhig und giftig.
Je suis agité et aigri.
Gestern vor dem Einschlafen hatte ich links oben im Kopf ein flackerndes kühles Flämmchen.
Hier, avant de m’endormir, j’avais une flamme froide vacillante en haut à gauche de ma tête.
Über meinem linken Auge hat sich eine Spannung schon eingebürgert.
Une tension s’est déjà installée sur mon œil gauche.
Denke ich daran, so scheint es mir, daß ich es im Bureau auch dann nicht aushalten könnte, wenn man mir sagte, daß ich in einem Monat frei sein werde.
Quand j’y pense, il me semble que même si on me disait que je serais libre dans un mois, je ne pourrais plus supporter le bureau.
Und doch tue ich im Bureau meist meine Pflicht, bin recht ruhig, wenn ich der Zufriedenheit meines Chefs sicher sein kann, und empfinde meinen Zustand nicht als einen schrecklichen.
Et pourtant je fais habituellement mon devoir au bureau, je suis assez calme quand je peux être sûr de la satisfaction de mon patron, et je ne trouve pas ma condition si terrible.
Gestern abend habe ich mich übrigens mit Absicht dumpf gemacht, war spazieren, habe Dickens gelesen, war dann etwas gesünder und hatte die Kraft zu der Traurigkeit verloren, die ich als berechtigt ansah, wenn sie mir auch etwas in die Ferne gerückt schien, wovon ich mir einen bessern Schlaf erhoffte.
Soit dit en passant, hier soir, je me suis délibérément endormi, je suis allé me promener, j’ai lu Dickens, et je suis devenu plus serein et alors j’avais perdu la force de cette tristesse, qui semblait s’être éloignée, que je considérais comme justifiée, ce qui me fit espérer un meilleur sommeil.
Er war auch ein wenig tiefer, aber nicht genug, und oft unterbrochen.
Il devint en effet un peu plus profond, mais pas suffisant, et souvent interrompu.
Ich sagte mir zum Trost, daß ich zwar die große Bewegung, die in mir gewesen war, wieder unterdrückt hatte, daß ich mich aber nicht aus der Hand geben wollte, wie früher immer nach solchen Zeiten, sondern daß ich mir auch der Nachwehen jener Bewegung genau bewußt bleiben wolle, was ich früher nie getan hatte.
Je me suis consolé en me disant que bien que j’aie supprimé le grand mouvement qui se déroulait en moi, je ne voulais pas m’abandonner, comme je le faisais toujours après de tels moments, mais qu’afin de pouvoir regarder aussi les conséquences de cette agitation, je voulais rester conscient, ce que je n’avais jamais fait auparavant.
Vielleicht könnte ich so eine verborgene Standhaftigkeit in mir finden.
Peut-être pourrais-je trouver en moi une assurance cachée.

12 Oktober.
12 octobre
Gestern bei Max am Pariser Tagebuch geschrieben.
Écrit hier chez Max sur le journal parisien.
Im Halbdunkel der Rittergasse die in ihrem Herbstkostüm dicke warme R., die wir nur in ihrer Sommerbluse und dem dünnen blauen Sommerjäckchen gekannt haben, in denen ein Mädchen mit nicht ganz fehlerlosem Aussehn schließlich ärger als nackt ist.
Dans la pénombre de la Rittergasse, la chaude R., épaisse dans son costume d’automne, que l’on ne connaissait que dans son chemisier d’été et sa fine veste d’été bleue, dans laquelle une fille avec une apparence pas vraiment parfaite est finalement pire que si elle était nue.
Da hatte man erst recht ihre starke Nase in dem blutleeren Gesicht gesehn, in dessen Wangen man lange die Hände hätte drücken können, ehe sich eine Rötung gezeigt hätte, den starken blonden Flaum, der sich auf der Wange und der Oberlippe häufte, den Eisenbahnstaub, der sich zwischen Nase und Wange verflogen hatte, und das schwächliche Weiß im Blusenausschnitt.
Vous auriez vu son nez fort dans le visage exsangue ; vous auriez pu presser les joues avec les mains pendant longtemps avant qu’il n’y ait une seule rougeur ; le pelage blond fort s’empilait sur la joue et la lèvre supérieure, et cette blanche pâleur dans l’encolure du chemisier.
Heute aber liefen wir ihr respektvoll nach, und als ich mich an der Mündung eines Durchhauses vor der Ferdinandstraße verabschieden mußte wegen Unrasiertheit und sonstigen schäbigen Aussehns, fühlte ich nachher einige kleine Stöße von Zuneigung zu ihr.
Mais aujourd’hui, nous avons couru après elle avec respect, et quand j’ai dû lui dire au revoir à l’embouchure d’une rue en face de la Ferdinandstrasse, à cause de mon aspect misérable, je n’étais même pas rasé, j’ai ressenti quelques petits frissons d’affection pour elle.
Und wenn ich nachdachte warum, mußte ich mir immer nur sagen: weil sie so warm angezogen war.
Et quand je me suis demandé pourquoi, tout ce que je pouvais dire : parce qu’elle était habillée de façon très chaude.

13. Oktober.
13 octobre
Kunstloser Übergang von der gespannten Haut der Glatze meines Chefs zu den zarten Falten seiner Stirn.
Transition sans art de la peau ridée de la tête chauve de mon patron aux plis délicats de son front.
Eine offenbare, sehr leicht nachzuahmende Schwäche – der Natur, Banknoten dürften nicht so gemacht sein.
Une faiblesse évidente, très facile à imiter – la nature, les billets de banque ne devraient pas être faits comme ça.

17. Oktober.
17 octobre
Nichts bringe ich fertig, weil ich keine Zeit habe und es in mir so drängt.
Je ne peux rien faire car je n’ai pas le temps et je me sens tellement dans l’urgence.
Wenn der ganze Tag frei wäre und diese Morgenunruhe in mir bis zum Mittag steigen und bis zum Abend sich ermüden könnte, dann könnte ich schlafen.
Si toute la journée était libre et que cette agitation matinale pouvait augmenter peu à peu jusqu’à midi et s’épuiser le soir, je pourrais alors dormir.
So aber bleibt für diese Unruhe nur höchstens eine Abenddämmerungsstunde, sie verstärkt sich etwas, wird dann niedergedrückt und gräbt mir die Nacht unnütz und schädlich auf Werde ich es lange aushalten?
Mais il n’y a qu’une heure du crépuscule pour cette agitation, qui s’intensifie un peu, et ensuite défonse et détruit ma nuit inutilement et misérablement. Vais-je supporter ça longtemps ?
Und hat es einen Zweck, es auszuhalten, werde ich denn Zeit bekommen?
Et est-il utile de supporter ça, et en aurai-je le temps ?

24. Oktober.
24 octobre

Seit längerer Zeit klage ich schon, daß ich zwar immer krank bin, niemals aber eine besondere Krankheit habe, die mich zwingen würde, mich ins Bett zu legen.
Je me plains depuis longtemps que je suis toujours malade mais que je n’ai jamais de maladie particulière qui m’obligerait à m’aliter.
Dieser Wunsch geht sicher zum größten Teil darauf zurück, daß ich weiß, wie die Mutter trösten kann, wenn sie zum Beispiel aus dem beleuchteten Wohnzimmer in die Dämmerung des Krankenzimmers kommt, oder am Abend, wenn der Tag einförmig in die Nacht überzugehn anfängt, aus dem Geschäft zurückkehrt und mit ihren Sorgen und raschen Anordnungen den schon so späten Tag noch einmal anfangen läßt und den Kranken aufmuntert, ihr dabei zu helfen.
C’est aussi en grande partie dû au fait que je sais comment ma mère peut me réconforter, par exemple, quand elle vient du salon éclairé dans le crépuscule à la chambre du malade, ou le soir, quand le jour commence à passer uniformément dans la nuit, qu’elle revient de son travail, avec ses soucis, et que cela lui permet de recommencer sa journée si tardivement et qu’elle encourage le malade à l’y aider.
Das würde ich mir wieder wünschen, weil ich dann schwach wäre, daher von allem überzeugt, was die Mutter täte, und mit der deutlicheren Genußfähigkeit des Alters kindliche Freuden haben könnte.
Je voudrais à nouveau connaître cela, car alors je serais faible, convaincu de tout ce que ma mère ferait, et je pourrais avoir des joies d’enfant avec une plus grande et éclairée jouissance.

3. Dezember.
3 décembre
Wie ich letzthin meinen Schwestern die Selbstbiographie Mörikes vorlas, schon gut anfing, aber noch besser fortsetzte und schließlich, die Fingerspitzen aufeinander gelegt, mit meiner ruhig bleibenden Stimme innere Hindernisse bezwang, einen immer mehr sich ausbreitenden Ausblick meiner Stimme verschaffte und schließlich das ganze Zimmer rings um mich nichts anderes auf nehmen durfte als meine Stimme.

Comment je lisais récemment l’autobiographie de Mörike à mes sœurs – j’ai bien commencé, mais j’ai continué encore mieux, et enfin, du bout des doigts, les uns sur les autres, je surmontais les obstacles intérieurs avec une voix ferme, je donnais à ma voix une ampleur en constante expansion et enfin toute la pièce tout autour de moi n’enregistrait rien d’autre que ma voix.
Bis dann meine aus dem Geschäft zurückkehrenden Eltern läuteten.
Jusqu’à ce que mes parents, revenus du travail, sonnassent à la porte.
Vor dem Einschlafen das Gewicht der Fäuste an den leichten Armen auf meinem Leib gespürt.
Avant de m’endormir, le poids de mes poings sur mes bras légers se ressentait sur mon corps.

********************
FRANZ KAFKA
JOURNAL INTIME
Tagebücher
1911
LE CORPS
LA FOLIE COMME ISSUE

********************

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Symbole-Artgitato-6.jpg.

FRANZ KAFKA – JOURNAL INTIME – Tagebücher – 1910 -LE CORPS – Ma force ne suffit plus

*
FRANZ KAFKA

3 juillet 1883 Prague – 3 juin 1924 Kierling

 

Traduction Jacky Lavauzelle

________________________________________

LE JOURNAL INTIME
Tagebücher

________________________________________

1910
LE CORPS
Ma force ne suffit plus

________________________________________

 

Albrecht Dürer, Autoportrait nu, v. 1509, Château de Weimar, détail

1910

[Kafka a 27 ans]

****

Kometennacht 17./18. Mai.
Nuit de la comète
Nuit du 17 au 18 mai 1810

Habe ich nicht einmal die Entschlossenheit, diesen Federhalter, dieses Stück Holz täglich in die Hand zu nehmen.
Je n’ai même pas la force de prendre ce stylo, ce morceau de bois dans ma main tous les jours.
Ich glaube schon, daß ich sie nicht habe.
Je pense que je ne l’ai pas.
Ich rudere, reite, schwimme, liege in der Sonne.
Je rame, monte à cheval, nage, je m’allonge au soleil.
Daher sind die Waden gut, die Schenkel nicht schlecht, der Bauch geht noch an, aber schon die Brust ist sehr schäbig und wenn mir der Kopf im Genick …
Par conséquent, mes mollets sont bons, mes cuisses ne sont pas mal, le ventre est toujours en place, mais la poitrine est déjà très mal en point et si la tête est dans mon cou …

*

15 November, zehn Uhr.
15 novembre – 10 heures

Ich werde mich nicht müde werden lassen.
Je ne me laisserai pas la fatigue me gagner.
Ich werde in meine Novelle hineinspringen und wenn es mir das Gesicht zerschneiden sollte.
Je vais totalement m’immerger dans ma petite histoire même si ça me coupe le visage.

*

18. Dezember.
18 décembre
halb zwölf Uhr.
Onze heures 1/2 du soir

Daß ich, solange ich von meinem Bureau nicht befreit bin, einfach verloren bin, das ist mir über alles klar, es handelt sich nur darum, solange es geht, den Kopf so hoch zu halten, daß ich nicht ertrinke.
Que je sois simplement perdu tant que je ne serai pas libéré de mon bureau, voilà une évidence pour moi, il s’agit seulement de tenir la tête si haute pour que je ne puisse pas me noyer.
Wie schwer das sein wird, welche Kräfte es aus mir wird herausziehn müssen, zeigt sich schon daran, daß ich heute meine neue Zeiteinteilung, von acht bis elf Uhr abends beim Schreibtisch zu sein, nicht eingehalten habe, daß ich dieses sogar gegenwärtig für kein so großes Unglück halte, daß ich diese paar Zeilen nur eilig hingeschrieben habe, um ins Bett zu kommen.
Comme ce sera difficile, combien de force devrai-je trouver en moi-même, on le voit déjà aujourd’hui, puisque je n’ai pas respecté mon nouvel horaire, être au bureau de huit heures à onze heures du soir, qe cela ne me rend pas si malheureux puisque j’écris ces quelques lignes à la hâte avant d’aller me coucher.

25. Dezember.
25 décembre

Elend, elend und doch gut gemeint.
Misérable, misérable et pourtant bien intentionné.
Es ist ja Mitternacht, aber das ist, da ich sehr gut ausgeschlafen bin, nur insofern Entschuldigung, als ich bei Tag überhaupt nichts geschrieben hätte.
Il est minuit, mais comme j’ai très bien dormi, ce n’est qu’une excuse pour ne rien avoir écrit du tout pendant la journée.
Die angezündete Glühlampe, die stille Wohnung, das Dunkel draußen, die letzten Augenblicke des Wachseins, sie geben mir das Recht, zu schreiben, und sei es auch das Elendste.
L’ampoule allumée, l’appartement calme, l’obscurité extérieure, les derniers instants d’éveil, me donnent le droit d’écrire, même les choses les plus misérables.
Und dieses Recht benutze ich eilig. Das bin ich also.
Et j’utilise ce droit à la hâte. C’est bien moi.

*

27. Dezember.
27 décembre

Meine Kraft reicht zu keinem Satz mehr aus.
Ma force ne suffit plus pour une seule phrase.
Ja, wenn es sich um Worte handeln würde, wenn es genügte, ein Wort hinzusetzen und man sich wegwenden könnte im ruhigen Bewußtsein, dieses Wort ganz mit sich erfüllt zu haben.
Oui, s’il s’agissait de mots, s’il suffisait de mettre un mot et que vous pouviez vous détourner avec la conscience tranquille d’avoir complètement rempli ce mot de vous-même.

Zum Teil habe ich den Nachmittag verschlafen, während des Wachseins lag ich auf dem Kanapee, überdachte einige Liebeserlebnisse aus meiner Jugend, hielt mich ärgerlich bei einer versäumten Gelegenheit auf (damals lag ich etwas verkühlt im Bett und meine Gouvernante las mir die ‘Kreutzersonate’ vor, wobei sie es verstand, meine Aufregung zu genießen), stellte mir das vegetarische Nachtmahl vor, war mit meiner Verdauung zufrieden und hatte Befürchtungen darüber, ob mein Augenlicht für mein ganzes Leben genügen wird.
En partie, j’ai dormi l’après-midi, alors que j’étais éveillé, je me suis allongé sur le canapé, j’ai reconsidéré certaines expériences amoureuses de ma jeunesse, je suis resté en colère à propos d’une occasion manquée (j’étais couchée dans le lit un peu froid à l’époque et ma gouvernante m’a lu la Sonate de Kreutzer , sachant profiter de mon excitation), puis j’ai dîné végétarien, satisfait de ma digestion et me demandant si ma vue serait suffisante pour toute ma vie.

****************************
FRANZ KAFKA
JOURNAL INTIME

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Symbole-Artgitato-6.jpg.