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Fatigué de tout ça ! SONNET SHAKESPEARE – SONNET 66 – ou SONNET 48 XLVIII – Tired with all these for restful death I cry

SONNET SHAKESPEARE
THE SONNETS
THE SONNETS – LES SONNETS

LES SONNETS SHAKESPEARE THE SONNETS – SOMMAIRE – INDICE

Sonnet shakespeare

Illustration du Phénix par Friedrich Justin Bertuch
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sonnet shakespeare


WILLIAM SHAKESPEARE
[1564 – 1616]

Traduction JACKY LAVAUZELLE


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SONNET 66 ou SONNET XLVIII SONNET 48

The Sonnets SHAKESPEARE
Les Sonnets de SHAKESPEARE
Tired with all these for restful death I cry

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FATIGUE DE TOUT CA !
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1598 

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Tired with all these, for restful death I cry,
Fatigué de tout ça, j’implore une mort paisible,
As to behold desert a beggar born,
Observant comme le mérite naît dans la mendicité,
And needy nothing trimm’d in jollity,
Comme le néant dans la joie se trouve travesti,
And purest faith unhappily forsworn,
Et la foi la plus pure, se trouve malheureusement abandonnée,

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And gilded honour shamefully misplac’d,
Et l’honneur doré honteusement égaré,
And maiden virtue rudely strumpeted,
Et la jeune fille férocement brutalisée,
And right perfection wrongfully disgrac’d,
Et la perfection du droit injustement bafouée,
And strength by limping sway disabled
Et la force paralysée par un pouvoir diminué

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And art made tongue-tied by authority,
Et la liberté de l’art contrainte par l’autorité,
And folly—doctor-like—controlling skill,
Et la folie – comme un docteur – qui maîtrise le savoir,
And simple truth miscall’d simplicity,
Et la simple vérité simplifiée à sa seule simplicité,

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And captive good attending captain ill:
Et le bien captif d’un mal devenu son maître :
Tir’d with all these, from these would I be gone,
Fatigué de tout ça, je voudrais partir,
Save that, to die, I leave my love alone.
Sauf que, en mourant, je laisserais seul mon amour.

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L’ENIGME DES SONNETS DE SHAKESPEARE

Les sonnets de Shakespeare sont encore aujourd’hui une énigme pour les historiens et pour les critiques. La dédicace mystérieuse qui les accompagnait dans la première édition, le désordre involontaire ou préconçu dans lequel ils parurent, l’obscurité de certains passages ont donné lieu à mille interprétations diverses. Les uns ont déclaré que ces sonnets étaient uniquement adressés à une femme ; les autres, qu’ils étaient adressés uniquement à un homme ; ceux-ci en ont attribué l’inspiration à un personnage bizarre qui n’aurait été ni homme, ni femme, ou plutôt qui aurait été l’un et l’autre ; ceux-là y ont vu autant de petits poëmes séparés, adressés à diverses personnes ; d’autres enfin, et ce sont les plus nombreux, ont soutenu qu’ils étaient dédiés à des créatures imaginaires, n’ayant jamais existé que dans le cerveau du poëte. Déroutée par tant de contradictions, la postérité, si curieuse pourtant de tout ce qui porte le nom de Shakespeare, a fini par perdre patience : ne pouvant résoudre l’énigme, elle a donné sa langue aux chiens et jeté par dépit ce livre impertinent qu’elle ne comprenait pas. C’est ainsi que les sonnets qui, au temps d’Élisabeth, étaient plus celèbres que les drames même de Shakespeare, sont aujourd’hui tombés dans un oubli complet. Un écrivain distingué de l’Angleterre nous disait dernièrement qu’il n’y avait peut-être pas cent de ses compatriotes qui les eussent lus en entier…

Nous l’avouons, en lisant ces admirables poésies où le plus grand poëte du moyen âge a, suivant l’expression de Wordsworth, donné la clef de son cœur, nous nous sommes indigné de cet oubli de la postérité, et nous aurions cru manquer à un devoir si nous n’avions pas au moins essayé de réparer ce qui nous semblait presque une ingratitude. D’ailleurs, nous nous sentions attiré vers cette œuvre étrange par le mystère même qui avait rebuté tant d’autres.

À force de relire ces poëmes, en apparence décousus, nous finîmes par y retrouver les traces de je ne sais quelle unité perdue. Il nous sembla que les sonnets avaient été jetés pêle-mêle dans l’édition de 1609, comme ces cartes des jeux de patience dont les enfants s’amusent à remettre en ordre les fragments. Nous fîmes comme les enfants : nous nous mîmes patiemment à rapprocher, dans ces poésies, les morceaux en apparence les plus éloignés, et nous réunîmes ensemble tous ceux que le sens adaptait les uns aux autres. Tel sonnet, par exemple, marqué le xxie dans l’édition de 1609 et dans toutes les éditions modernes, nous parut faire suite à un autre marqué le cxxxe ; tel autre qui, dans ces mêmes éditions, n’avait aucun sens après le xxxiie sonnet, devenait parfaitement intelligible après le cxlive. Nous n’avons pas hésité à faire presque partout ces transpositions nécessaires. Ainsi restitués à leur unité logique et rationnelle, les sonnets, tout en conservant chacun son charme lyrique intrinsèque, auront pour le lecteur un intérêt nouveau, l’intérêt dramatique.

Les sonnets de Shakespeare contiennent en effet tout un drame. Exposition, complications, péripéties, dénoûment, rien ne manque à ce drame intime où figurent trois personnages : le poëte, sa maîtresse et son ami. Là le poëte paraît, non sous le nom que le genre humain lui donne, mais sous celui qu’il recevait dans la vie privée : ce n’est plus William Shakespeare, c’est Will que nous voyons. Ce n`est plus ]’auteur dramatique qui parle, c’est l’ami, c’est l’amant. Ce n’est plus l’homme public, c’est l’homme. Quant aux deux autres personnages, ils restent anonymes. Comment s’appelle cette femme, cette brune aux yeux noirs que Shakespeare honore de son amour ? Comment s’appelle ce jeune homme qu’il glorifie de son amitié ? L’auteur n’a pas voulu dire leurs noms…

Introduction au William Shakespeare de François-Victor Hugo
William Shakespeare
Introduction
Traduction par François-Victor Hugo
Œuvres complètes de Shakespeare, Pagnerre, 1872, 15

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SHAKESPEARE SONNET
SONNET 66 ou SONNET 

LES SONNETS DE SHAKESPEARE THE SONNETS

sonnet shakespeare

MON PLUS GRAND TRESOR – SONNETS SHAKESPEARE – XLVIII – How careful was I when I took my way

SONNETS SHAKESPEARE
THE SONNETS
THE SONNETS – LES SONNETS

Illustration du Phénix par Friedrich Justin Bertuch
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WILLIAM SHAKESPEARE
[1564 – 1616]

Traduction JACKY LAVAUZELLE




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SONNET 48

The Sonnets SHAKESPEARE
Les Sonnets de SHAKESPEARE
How careful was I when I took my way
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MON PLUS GRAND TRESOR
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1598 

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How careful was I when I took my way,
En partant en voyage, je prends des précautions,
Each trifle under truest bars to thrust,
Et mets sous protection la moindre des bagatelles,
That to my use it might unused stay
Pour qu’à mon unique usage, elle soit utilisée.
From hands of falsehood, in sure wards of trust!
Loin de mains corrompus, dans un lieu de confiance !

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But thou, to whom my jewels trifles are,
Mais toi, pour qui tous mes bijoux ne sont que bagatelles,
Most worthy comfort, now my greatest grief,
Mon incomparable confort, désormais mon plus grand chagrin,
Thou best of dearest, and mine only care,
Toi, mon plus grand trésor et mon unique attention,
Art left the prey of every vulgar thief.
Je t’ai laissée en proie à tous les vulgaires voleurs.

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*

Thee have I not lock’d up in any chest,
Dans nul coffre, je ne t’ai enfermé,
Save where thou art not, though I feel thou art,
Sauf là où tu n’es pas, même si je te sens,
Within the gentle closure of my breast,
Dans la douce prison de mon cœur,

*

From whence at pleasure thou mayst come and part;
D’où, à ta guise, tu peux aller et venir ;
And even thence thou wilt be stol’n I fear,
Et même de là, je crains qu’on ne puisse te dérober,
For truth proves thievish for a prize so dear.
Car la justice se fait voleuse pour un aussi grand trésor.

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SONNETS SHAKESPEARE
SONNET XLVIII

LES SONNETS DE SHAKESPEARE THE SONNETS

Canzoniere Poet – LE CHANSONNIER Pétrarque Sonnet 48-CANZONIERE PETRARCA SONETTO 48

CANZONIERE POET
TRECENTO
dolce stil novo
Traduction – Texte Bilingue
Le Chansonnier PETRARQUE 48
LITTERATURE ITALIENNE

Dante Boccace Petrarque Guido Cavalvanti Cino da Pistoia Guittone dArezzo Trecento Italien 1544 Giorgio Vasari

Letteratura Italiana

PETRARQUE

Francesco PETRARCA
1304 – 1374

Traduction Jacky Lavauzelle

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Canzoniere Petrarca Sonetto 48

LE CHANSONNIER PETRARQUE
Sonnet 48

Rerum vulgarium fragmenta

Fragments composés en vulgaire

PRIMA PARTE
Première Partie

48/366

Se mai foco per foco non si spense,
Si jamais le feu par le feu ne s’estompa,
né fiume fu già mai secco per pioggia,
ni rivière ne fut plus sèche après la pluie,
ma sempre l’un per l’altro simil poggia,
mais toujours augmenté l’un par l’autre similaire,
et spesso l’un contrario l’altro accense,
et souvent allumé l’un par son contraire,

*

Amor, tu che’ pensier’ nostri dispense,
Amour, toi qui pensées nous dispense,
al qual un’alma in duo corpi s’appoggia,
et qu’en une âme en deux corps repose,
perché fai in lei con disusata foggia
pourquoi fais-tu en elle avec cette forme double
men per molto voler le voglie intense?
par trop de vouloir des envies moins intenses ?

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 Forse sí come ’l Nil d’alto caggendo
Peut-être que le Nil du haut de sa chute
col gran suono i vicin’ d’intorno assorda,
avec grand bruit autour assourdit,
e ’l sole abbaglia chi ben fiso ’l guarda,
et que le soleil éblouit celui qui, dans les yeux, le fixent,

*

 cosí ’l desio che seco non s’accorda,
ainsi le désir, qui ne s’accorde pas avec soi,
ne lo sfrenato obiecto vien perdendo,
parvient à perdre ce pour quoi il soupire,
   et per troppo spronar la fuga è tarda.
et qu’à trop éperoner, la fuite n’en sera que plus longue.

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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Ritratto_di_francesco_petrarca,_altichiero,_1376_circa,_padova

canzoniere Petrarca sonetto 48
le chansonnier Pétrarque sonnet 48
canzoniere poet