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MES SOEURS LES SIRENES- POEME HEINRICH HEINE – LE LIVRE DES CHANTS IX – Der Mond ist aufgegangen

LE LIVRE DES CHANTS
LITTERATURE ALLEMANDE






Christian Johann Heinrich Heine




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 Der Mond ist aufgegangen
La lune s’est levée
Und überstrahlt die Well’n;
Et les vagues se sont éclipsées ;
 Ich halte mein Liebchen umfangen,
Dans mes bras, mon aimée je prends,
Und unsre Herzen schwell’n.
Et nos cœurs se gonflent.

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Im Arm des holden Kindes
Dans le bras de la belle enfant
Ruh’ ich allein am Strand;
Je reste seul sur cette plage ;
Was horchst du bei’m Rauschen des Windes?
Qu’écoutes-tu dans le bruit du vent ?
Was zuckt deine weiße Hand?
Pourquoi tressaille-t-elle ta blanche main ?

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« Das ist kein Rauschen des Windes,
« Ce n’est pas le bruit du vent,
Das ist der Seejungfern Gesang,
C’est le chant des Sirènes,
Und meine Schwestern sind es,
Mes sœurs sont là,
Die einst das Meer verschlang. »
Qu’autrefois la mer a englouties « . 

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HEINRICH HEINE
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UNE HISTOIRE DE SOUFFRANCE

Les Mains & La Beauté musicale de Heine

Mais ce qui m’intéressait plus encore que les discours de Heine, c’était sa personne, car ses pensées m’étaient connues depuis longtemps, tandis que je voyais sa personne pour la première fois et que j’étais à peu près sûr que cette fois serait l’unique. Aussi, tandis qu’il parlait, le regardai-je encore plus que je ne l’écoutai. Une phrase des Reisebilder me resta presque constamment en mémoire pendant cette visite : « Les hommes malades sont véritablement toujours plus distingués que ceux en bonne santé. Car il n’y a que le malade qui soit un homme ; ses membres racontent une histoire de souffrance, ils en sont spiritualisés. » C’est à propos de l’air maladif des Italiens qu’il a écrit cette phrase, et elle s’appliquait exactement au spectacle qu’il offrait lui-même. Je ne sais jusqu’à quel point Heine avait été l’Apollon que Gautier nous a dit qu’il fut alors qu’il se proclamait hellénisant et qu’il poursuivait de ses sarcasmes les pâles sectateurs du nazarénisme : ce qu’il y a de certain, c’est qu’il n’en restait plus rien alors. Cela ne veut pas dire que la maladie l’avait enlaidi, car le visage était encore d’une singulière beauté ; seulement cette beauté était exquise plutôt que souveraine, délicate plutôt que noble, musicale en quelque sorte plutôt que plastique. La terrible névrose avait vengé le nazarénisme outragé en effaçant toute trace de l’hellénisant et en faisant reparaître seuls les traits de la race à laquelle il appartenait et où domina toujours le spiritualisme exclusif contre lequel son éloquente impiété s’était si souvent élevée. Et cet aspect physique était en parfait rapport avec le retour au judaïsme, dont les Aveux d’un poète avaient récemment entretenu le public. D’âme comme de corps, Heine n’était plus qu’un Juif, et, étendu sur son lit de souffrance, il me parut véritablement comme un arrière-cousin de ce Jésus si blasphémé naguère, mais dont il ne songeait plus à renier la parenté. Ce qui était plus remarquable encore que les traits chez Heine, c’étaient les mains, des mains transparentes, lumineuses, d’une élégance ultra-féminine, des mains tout grâce et tout esprit, visiblement faites pour être l’instrument du tact le plus subtil et pour apprécier voluptueusement les sinuosités onduleuses des belles réalités terrestres ; aussi m’expliquèrent-elles la préférence qu’il a souvent avouée pour la sculpture sur la peinture. C’étaient des mains d’une rareté si exceptionnelle qu’il n’y a de merveilles comparables que dans les contes de fées et qu’elles auraient mérité d’être citées comme le pied de Cendrillon, ou l’oreille qu’on peut supposer à cette princesse, d’une ouïe si fine qu’elle entendait l’herbe pousser. Enfin, un dernier caractère plus extraordinaire encore s’il est possible, c’était l’air de jeunesse dont ce moribond était comme enveloppé, malgré ses cinquante-six ans et les ravages de huit années de la plus cruelle maladie. C’est la première fois que j’ai ressenti fortement l’impression qu’une jeunesse impérissable est le privilège des natures dont la poésie est exclusivement l’essence. Depuis, le cours de la vie nous a permis de la vérifier plusieurs fois et nous ne l’avons jamais trouvée menteuse.

Émile Montégut
Esquisses littéraires – Henri Heine
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 63
1884

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POEME HEINRICH HEINE

LA SECONDE MER NAPOLITAINE – Poème LUIS DE GONGORA (1609) Oh marinero

Poème Luis de Góngora y Argote
Literatura
española – Littérature Espagnole
Siècle d’or espagnol -Siglo de Oro 

 

Luis de Góngora y Argote
1561-1627

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

Sonetos – Sonnets

OH MARINERO LUIS DE GONGORA

Ô MATELOT
1609

Oh marinero Luis de Góngora y Argote Artgitato Soneto Sonnet Oh marinero tú que cortesano

 

Oh marinero, tú que, cortesano

Ô matelot, toi qui, courtisan

Oh marinero, tú que, cortesano,
Ô Matelot, toi qui, courtisan,
al palacio le fías tus entenas,
au palais ta voile tu négocies,
al palacio real, que de sirenas
au  palais royal, qui avec ses sirènes
es un segundo mar napolitano,
est
une seconde mer napolitaine,

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 los remos deja, y una y otra mano
oublie les rames, et avec l’une et l’autre mains
de las orejas las desvía apenas,
de tes oreilles éloigne-les simplement,
que escollo es, cuando no Sirte de arenas,
c’est un écueil, lorsqu’il n’y a plus de sable à Syrte,
la dulce voz de un serafín humano.
que la douce voix de séraphin humain.

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Cual su acento, tu muerte será clara
Quels accentsta mort sera éclatante
si espira suavidad, si gloria espira
si jaillit la suavité, si jaillit la gloire
  su armonía mortal, su beldad rara.
de son harmonie mortelle, sa beauté rare.

 **

Huye de la que, armada de una lira,
Fuis devant celle qui, armée d’une lyre,
si rocas mueve, si bajeles para,
si bougeant les rochers, si bloquant les navires,
cantando mata al que matando mira.
tue en chantant celui qu’elle regarde en mourant.

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POEME LUIS DE GONGORA

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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