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LA DEESSE GERMAIN NOUVEAU POEME

LA DEESSE GERMAIN NOUVEAU
LITTERATURE FRANCAISE
SYMBOLISME

germain-nouveau-poemes-poesie-artgitato

Germain Nouveau

31 juillet 1851 Pourrières (Var) – 4 avril 1920 Pourrières

——–


POEMES
VALENTINES ET AUTRES VERS

LA POESIE DE
GERMAIN NOUVEAU
LA DEESSE

Valentines et autres vers

Texte établi par Ernest Delahaye
Albert Messein, 1922
*
la-deesse-germain-nouveau-artgitato-la-naissance-de-venusSandro Botticelli
Naissance de Vénus
Nascita di Venere
1485
Galleria degli Uffizi
Firenze – Florence
*

LA DEESSE

J’adore la Mythologie,
Sa science en fleurs, sa magie,
Ses Dieux… souvent si singuliers,
Et ses Femmes surnaturelles
Qui mêlent leurs noms aux querelles
Des peuples et des écoliers.

Cachés parfois dans les nuages,
Leurs noms luisent… sur nos voyages.
J’ai vu leurs temples phéniciens.
Et je songe, quand bat la diane,
Involontairement à Diane
Battant les bois avec ses chiens.

Tenez, Madame, je l’adore
Pour une autre raison encore,
C’est qu’elle offre à tous les amants,
Pour leur Belle entre les plus belles,
Des compliments par ribambelles
Dans d’éternels rapprochements.

Car toutes, ce sont des Déesses,
Leur inspirant mille prouesses
Dans le présent et l’avenir,
Comme dans le passé… farouche ;
Je me ferai casser la… bouche
Plutôt que n’en pas… convenir !

Mais Vous, Madame, l’Immortelle
Que vous êtes, qui donc est-elle ?
Est-ce Junon, Reine des Dieux,
À qui le plus… joyeux des Faunes,
Son homme en faisait voir de jaunes,
Étant coureur de… jolis lieux ?

Avec son beau masque de plâtre
Et sa lèvre blanche, idolâtre
D’Endymion, froid sigisbé,
Qui, dans sa clarté léthargique,
Dort au moment psychologique,
Est-ce la Déesse Phœbé ?

Foutre non !… Vous voyant si belle
Je dirais bien que c’est Cybèle,
S’il n’était de ces calembours
Qu’il faut laisser fleurir aux Halles…
Pourtant ces jeux pleins de cymbales
Égayaient Rome, et les faubourgs…

Je me hâte, est-ce Proserpine,
Reine des enfers ? quelle épine
Ce serait dans mon madrigal,
Sacré nom de Dieu !… ça vous blesse ?
Eh ! bien ! Sacré nom de Déesse !
Si vous voulez, ça m’est égal !

Je vous servirais Amphitrite
Comme on sert bien frite ou peu frite
Une friture de poissons,
Sans le : « Perfide comme l’onde »,
Car, vous avez pour tout le monde
Le cœur le plus loyal… passons.

Oui, passons ta plus belle éponge
Sur ces noms, Neptune ! eh ! j’y songe :
Pourquoi prendrais-je… trop de gants ?
À contempler votre visage
Plus doux qu’un profond paysage,
Ton galbe des plus élégants,

Vous êtes ?… Vous êtes ?… Vous êtes ?…
Je le donne en deux aux poètes,
Je le donne en trois aux sculpteurs,
Je le donne en quatre aux artistes,
En quatre ou cinq aux coloristes
De l’École des amateurs…

Puisqu’il faut que je vous le… serve,
Vous êtes Vénus, ou Minerve…
Mais laquelle, en réalité ?
Oui, la femme à qui je songe, est-ce
Minerve, ce Puits de Sagesse,
Ou Vénus, Astre de Beauté ?

Etes-Vous puits ? Etes-Vous Astre ?
Vous un puits ! quel affreux désastre !
Autant Te jeter dans un puits,
La plaisanterie est permise,
Sans Te retirer ta chemise,
Le temps de dire : Je Te suis.

Vous seriez la vérité fausse,
Qui tient trop à son haut-de-chausse,
Tandis que l’Astre de Beauté
C’est la Vérité qui ne voile
Pas plus la femme que l’étoile,
La véritable Vérité.

Vous êtes Vénus qui se lève
Au firmament ; mais… est-ce un rêve ?
Où ?… Je Vous vois… rougir… un peu,
Comme si je disais des choses…
Où si j’allais sans fins ni causes
Répéter : Sacré nom de Dieu !

Vous rougissez… oui, c’est le signe
Auquel on connaît si la vigne
Et si la femme sont à point :
C’est Cérès aussi qu’on vous nomme ?
Tant mieux ! Sacré nom… d’une pomme !
Pour moi je n’y contredis point.

Non ?… ce n’est pas Cérès ? bizarre !
Cependant, Madame, il est rare,
Rare… que je frappe à côté.
Quelle est donc, voyons ? par la cuisse
De Jupin ! la femme qui puisse
Ainsi rougir de sa beauté ?

Ce n’est pas Bellone ? la Guerre,
Nom de Dieu ! ça ne rougit guère…
Qu’un champ… un fleuve… ou le terrain ;
Ce n’est pas Diane chasseresse,
Car cette bougre de Bougresse
Doit être un démon à tous crins !

Serait-ce ?… Serait-ce ?… Serait-ce ?
Minerve ? Après tout, la Sagesse
Est bien capable de rougir ;
Mais ce n’est qu’une mijaurée,
Les trois quarts du temps éplorée
Et qui tremble au moment d’agir…

Tiens ! Cependant, ce serait drôle !
Je percherais sur ton épaule,
Je me frotterais à ton cou,
Je serais votre oiseau, Madame,
J’ai les yeux ronds pleins de ta flamme
Et plus éblouis qu’un hibou…

Voilà deux heures que je cherche,
Personne ne me tend la perche :
C’est donc une énigme, cela ?
Oui… quant à moi, de guerre lasse,
Madame, je demande grâce ;
Tiens ! Grâce !… et pardieu ! la voilà !

C’est la Grâce, oui, c’est bien la Grâce,
La Grâce, ni maigre ni grasse,
Tenez, justement, comme Vous !
Vous êtes, souffrez que je beugle,
Vénus l’Astre qui nous aveugle,
Et la Grâce qui nous rend fous.

Et si quelqu’un venait me dire
Qu’elles sont trois, je veux en rire
Avec tout l’Olympe à la fois !
Celle du corps, celle de l’âme,
Et celle du cœur, oui, Madame,
Vous les avez toutes les trois.

Vous êtes Vénus naturelle,
Entraînant un peu derrière Elle
Les trois Grâces par les chemins,
Comme Vous-même toutes nues,
Dans notre Monde revenues,
Vous tenant toutes par les mains.

Vénus, née au bord de la Manche,
Pareille à l’Aphrodite blanche
Que l’onde aux mortels révéla ;
Au bord… où fleurit… la Cabine :
Sacré nom… d’une carabine !
Quel calibre Vous avez là !

*

La Déesse Germain Nouveau

LES LUSIADES II-18 OS LUSIADAS

LES LUSIADES II-18 OS LUSIADAS
LITTERATURE PORTUGAISE

Luis de Camoes Oeuvres obras Artgitato

literatura português

Luis de Camões
[1525-1580]

Tradução – Traduction
texto bilingue

Luis de Camoes Les Lusiades

 

Obra Poética

(1556)

LES LUSIADES II-18

OS LUSIADAS

A Epopeia Portuguesa

 

CHANT II
Canto Segundo

Traduction Jacky Lavauzelle

verso  18
Strophe 18

II-18

Image illustrative de l'article Vasco de Gama

Vasco de Gama

Vasco da Gama signature almirante.svg

As âncoras tenaces vão levando
Les solides ancres sont levées
 Com a náutica grita costumada;
Avec les cris coutumiers des marins ;
 Da proa as velas sós ao vento dando
Les voiles de proue seules battent dans le vent
 Inclinam para a barra abalizada.
Inclinant le navire vers le passage balisé.
 Mas a linda Ericina, que guardando
Mais la belle Vénus Érycine, qui garde
 Andava sempre a gente assinalada,
Depuis toujours ces hommes,
 Vendo a cilada grande, e tão secreta,
Découvre le secret de cette mascarade,
 Voa do Céu ao mar como uma seta.
Et se jette du Ciel vers la mer telle une flèche.

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Luis de Camoes Les Lusiades II-18 Naissance de Vénus par Sandro Botticelli 1485

Naissance de Vénus – Sandro Botticelli – 1485

Vasco de Gama par Gregorio Lopes

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LES LUSIADES II-18

Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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White_Fawn_Drawing Faon Diane

LA VIE DE LUIS DE CAMOES
par Charles Magnin

( Extrait )
Par En cherchant à montrer la différence qui sépare la vie aventureuse et active des écrivains portugais, notamment celle de Camoens, de la vie casanière et posée de la plupart de nos gens de lettres, je ne prétends pas élever par-là les œuvres des uns, ni déprimer les productions des autres. Je n’en crois pas les élégies de Camoens plus touchantes parce qu’elles sont datées d’Afrique, de la Chine et de l’Inde ; je n’en estime pas Polyeucte et Cinna moins admirables, parce que le grand Corneille n’a guère fait de plus longues pérégrinations que le voyage de Paris à Rouen. Je ne conseille à personne de louer un cabinet d’étude à Macao ; mais je crois que, généralement, si les ouvrages écrits au milieu des traverses et au feu des périls ne sont pas plus beaux, les vies de leurs auteurs sont plus belles. Indépendamment de la variété des aventures, on y trouve plus d’enseignements. J’admire et j’honore infiniment La Fontaine et Molière, mais j’honore et j’admire encore plus, comme hommes, Cervantès et Camoens. A mérite de rédaction égal, une histoire littéraire du Portugal serait un meilleur et plus beau livre qu’une histoire littéraire de notre dix-septième ou dix-huitième siècle. C’est une chose bonne et sainte que la lecture de ces vies d’épreuves, que ces passions douloureuses des hommes de génie, Je ne sache rien de plus capable de retremper le cœur. C’est pour cela que dans ce temps de souffrances oisives, de désappointements frivoles, de molles contrariétés et de petites douleurs, j’ai cru bon d’écrire l’étude suivante sur la vie de Luiz de Camoens.
….

CHARLES MAGNIN
Revue des Deux Mondes
1832
Tome 6
Littérature étrangère – Luiz de Camoëns

Louise Labé Sonnet XV – Das fünfzehnte Sonett (Rilke)

POESIE FRANCAISE
LOUISE LABE SONNET XV




LOUISE LABE
1524-1566

Sonnets Louise Labé par Pierre Woeiriot Artgitato
Louise Labé par Pierre Woeiriot




 

*

Œuvres de Louise Labé
 


SONNET XV
Das fünfzehnte Sonett

-traduction Jacky Lavauzelle-
Übersetzt von Rainer Maria Rilke
Traduction allemande de Rilke

Louise Labé Les Sonnets Giovanni Bellini Jeune Femme à sa toilette 1515 Musée d'histoire de l'Art de VienneGiovanni Bellini
Jeune Femme à sa toilette
1515
Musée d’histoire de l’Art de Vienne

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Pour le retour du Soleil honorer,
Pour glorifier le retour du Soleil,
Der Sonne, eh sie wiederkommt, zu Ehren
Le Zéphir, l’air serein lui apareille :
Le Zéphyr, l’air serein, à lui s’unit :
erhebt sich leicht der reine Morgenwind.
Et du sommeil l’eau et la terre esueille,
Et éveille du sommeil l’eau et la terre,
Wasser und Erde, siehe, sie erwehren
Qui les gardoit l’une de murmurer
Qui les gardait l’une de murmurer
sich schon des Schlafes, der das eine lind 

*

En dous coulant, l’autre de se parer
En douces chutes, l’autre de se parer
hinrinnen ließ und stärker, lichterloher
De mainte fleur de couleur nompareille.
De maintes fleurs aux infinies couleurs.
 die andre blühen machte. Im Geäst
Ia les oiseaus es arbres font merveille,
Ià les oiseaux et arbres font merveille,
jubeln die Vögel, die’s nicht ruhen läßt,
 Et aus passans font l’ennui moderer :
Et tempère l’ennui des passants :
und wer vorübergeht, wird davon froher. 

*

Les Nymfes ia en mille ieus s’esbatent
Les Nymphes dans mille jeux s’ébattent
Und Nymphen: in den kühlen Wiesen, die
Au cler de Lune, et dansans l’herbe abatent :
Au clair de Lune, et dansant dans l’herbe coupées :
noch Mondschein haben, sind sie schon am Spiele.
Veus tu Zéphir de ton heur me donner,
Veux-tu Zéphire me donner de ton bonheur,
Günstiger Frühwind, wenn es dir gefiele,

*

Et que par toy toute me renouuelle ?
Et que par toi, toute je me renouvelle ?
daß ich mich selbst auch neu an dir belebe.
Fay mon Soleil deuers moy retourner,
Fait que mon Soleil vers moi se retourne,
 O tu nur, daß sich meine Sonne hebe,
 Et tu verras s’il ne me rend plus belle.
Et tu verras s’il ne me rend pas lui aussi plus belle.
 und du sollst sehn: ich werde schön wie nie.

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Louise Labé Sonnet XV

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Louise Labé Sonnet xv artgitato Zéphyr et Flore Jean-François de Troy collection Martha ed Snider PhiladelphieZéphyr et Flore
Jean-François de Troy
collection Martha & Ed Snider Philadelphie

 

Louise Labé Sonnet VI Das sechste Sonett Rilke

POESIE FRANCAISE
LOUISE LABE SONNET VI




LOUISE LABE
1524-1566

Sonnets Louise Labé par Pierre Woeiriot Artgitato
Louise Labé par Pierre Woeiriot




 

*

Œuvres de Louise Labé
 


SONNET VI
Das sechste Sonett

-traduction Jacky Lavauzelle-
Traduction Rainer Maria Rilke

Louise Labé Les Sonnets Giovanni Bellini Jeune Femme à sa toilette 1515 Musée d'histoire de l'Art de VienneGiovanni Bellini
Jeune Femme à sa toilette
1515
Musée d’histoire de l’Art de Vienne

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Deus ou trois fois bienheureus le retour
Deux ou trois fois, bienheureux fut le retour
Zwei-dreimal selig jenes Wiederkehren
 De ce cler Astre, et plus heureus encore
De ce clair Astre, mais plus heureux encore
 des starken Sterns. Und seliger noch das,
Ce que son œil de regarder honore.
Ce que son œil de regarder honore.
 worauf er weilt. Du, die er anstrahlt, laß
Que celle là receuroit un bon iour,
Que celle-là recevrait un bon jour,
 dir einen Tag der Herrlichkeit bescheren.  

*

Qu’elle pourroit se vanter d’un bon tour
Qu’elle pourrait se vanter d’un bon tour
Mit einer Wendung möge Morgenluft
  Qui baiseroit le plus beau don de Flore,
Qui baiserait le plus beau don de Flore,
 sich zu den offnen Blumen Florens senken,
 Le mieus sentant que iamais vid Aurore,
Le plus odorant que jamais vit Aurore,
 ihr ganzes Atmen dir herüberschwenken
 Et y feroit sur ses leures seiour :
Et y ferait sur ses lèvres séjour :
 und deinen Lippen lassen ihren Duft.

*

C’est à moi seule à qui ce bien est du,
C’est à moi seule que ce bien est dû,
 Keine verdient dies Glück, wie ichs verdiene
Pour tant de pleurs et tant de tems perdu :
Pour combien de pleurs et combien de temps perdu :
 für viel verweinte und verlorne Zeit.
 Mais le voyant, tant luy feray de feste,
Mais le voyant,  je lui ferai fête,
 Wie tät ich schön mit ihm, wenn er erschiene;

*

Tant emploiray de mes yeus le pouuoir,
J’emploierai de mes yeux le profit,
ich müßte Größres über ihn vermögen
 Pour dessus lui plus de credit auoir,
Pour qu’au-dessus de lui j’ai plus de crédit,
 und hielte meine Augen so bereit,
 Qu’en peu de tems feroy grande conqueste.
Qu’en peu de temps je ferai grande conquête.
 daß sie ihn schnell und sieghaft niederbögen.

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Louise Labé Sonnet VI Rilke Artgitato Flore -la Primavera de Sandro Botticelli

Flore dans la Primavera
Sandro Botticelli

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Louise Labé Sonnet VI